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Henri du VERGIER de la ROCHEJAQUELEIN

Titres: Comte de la Rochejaquelein Soldat vendéen

  • Baptisé le 30 août 1772 - Saint Aubin de Baubigné, 79, , , La durbelière
  • Décédé le 28 janvier 1794 - Saint Aubin de Baubigné 49, , , , à l’âge de peut-être 21 ans
  • Inhumé en 1816 - Saint Aubin de Baubigné, 79, , , En l'église

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Baptême: « Le trente du mois d'août est né et a
été baptisé Henry, fils légitime de haut
et puissant seigneur Henry-Louis-Auguste
du Vergier, chevalier, écuyer,
marquis de La Rochejaquelein, gueydon
des gendarmes, et de haute et puissante
dame Constance-Luçie-Bonne de Caumont,
qui a été tenu sur les fonts du
baptême par M. Jacques - Christophe-
Félix Boutillier, au lieu et place de haut
et puissant seigneur Armand - Henry -
Hercule de Caumont, capitaine du régiment
du Roy-infanterie, et par Mlle Marie-
Jeanne Le Clerc, au lieu et place de
haute et puissante dame Hardouïne-
Henriette Sidrac de Granges de Surgères,
douairière et marquise de La Rochejaquelein.
BOUTILLIER DE BEAUREGARD ;
LE CLERC; A. H. DU VERGIER;
S. M. A. DU VERGIER;
LA CASSAGNE SAINT-LAURENT;
F. THO. O. HANNIN,
rel- prêtre ; BRETHE, curé de
Saint-Aubin-de-Baubigné. »

  1.  Biographie : Au sortir de Sorèze, à treize ans, il sert à Royal-Pologne-Cavalerie "acheté par son père l'année précédente". En 1791 il refuse à prêter le serment prescrit aux officiers par l'Assemblée Constituante et démissionne. Peu après, le jeune Henri entre dans la garde Constitutionnelle du Roi. Au Dix Août, il fait le coup de feu contre les émeutiers, échappe au massacre, se cache à Paris, puis prend la route du logis paternel. Après le Dix Août, il alla rejoindre au château de Clisson, près de Bressuire, son cousin le marquis de Lescure.
    lire la suite sur le site de Sorèze
    Il n'était encore qu'un adolescent de vingt ans, sous-lieutenant de cavalerie, lorsqu'il prit les armes (avril 1793). Devant plusieurs milliers de paysans réunis dans la grande cour de la Durbelière, il prononça les fameuses paroles : "Si j'avance, suivez-moi ! Si je recule, tuez-moi ! Si je meurs, vengez-moi !". Toujours au premier rang, dans toutes les batailles, ce jeune général au visage d'archange était le plus populaire des chefs vendéens. Après le passage de la Loire, désigné comme généralissime, il sut, pendant la terrible "Virée de Galerne", remporter d'éclatantes victoires et tenir tête inlassablement à des adversaires acharnés.
    Rentré dans les Mauges, il fut tué le 28 janvier 1794, au cours d'une obscure escarmouche près de Cholet, à Nuaillé : Un soldat bleu reconnaît son écharpe blanche de général et lui tire une balle en pleine tête. La Rochejaquelein meurt sur le coup, il n'a pas 22 ans. Sa mort va rester secrète quelques temps, pour ne pas démoraliser les troupes et ne pas réjouir les républicains. Son corps est caché et ne sera retrouvé que sous la Restauration. La dépouille du généralissime repose depuis dans l'église de Saint-Aubin-de-Baubigné, sa ville natale.
    Ancien élève de Sorèze.
    Sources:
    - personne: CB du Coudert (web), J-P de Palmas (site de l'Ecole de Sorèze)
    - enterrement: Hervé Balestrieri (Site Web http://gvendee.free.fr/ ) 11.05.2007

    Saint-Aubin-de-Baubigné
    Les stations du pèlerin à Saint-Aubin-de-
    Baubigné. — Le tombeau de Monsieur
    Henri. — Le secret de la première sépulture—
    Comment le corps du héros échappa
    aux profanations des Républicains, et
    comment il fut retrouvé vingt-deux ans
    plus tard. — L'exhumation du 38 mars
    1816. — Curieux procès-verbal. — L'inhumation
    définitive du 7 mai 1817.
    1. Avant de poursuivre notre pèlerinage
      et de passer à une nouvelle étape, il
    nous reste au moins deux stations à faire,
    dans le bourg même de Saint-Aubin-de-
    Baubigné : la première, à l'église, devant
    le tombeau de Monsieur Henri; l'autre,
    tout à côté, devant la statue récemment
    élevée à la mémoire du héros.
    Commençons par le tombeau.
    Il se trouve dans l'une des deux chapelles
    latérales qui forment la croix de
    l'église. Cette chapelle (celle du côté de
    l'évangile) est d'une grande richesse ;
    toutes ses peintures sont à fresque, et
    elle est éclairée par un magnifique vitrail
    représentant la mort de Judas Macliabée
    : allusion suggestive et bien naturelle,
    en face des restes mortels d'un
    généralissime vendéen.
    En avant du mausolée s'élèvent deux
    gigantesques candélabres, ornés de
    sculptures représentant les médaillons
    de Henri de la Rochejaquelein, de son
    frère Louis et de Lescure. Mausolée et
    candélabres sont en marbre blanc.
    C'est devant ce monument que, le 26
    septembre 1895, Mgr de Cabrieres, évêque
    de Montpellier, prononça le panégyrique
    de Monsieur Henri, en présence
    d'un auditoire composé de plus de trois
    cents prêtres et de l'élite de la Vendée;
    Panégyrique de superbe envolée, page
    historique précieuse qui mérite d'être recueillie
    dans nos archives et que je me
    réserve de reproduire en appendice,
    avant de clore le compte-rendu de mon
    pèlerinage au pays poitevin.
    En attendant, racontons à la suite de
    quelles péripéties furent retrouvés et
    transportés dans l'église de Saint-Aubin
    les restes glorieux du généralissime de
    la Grande Armée.»
    Lorsque le héros eut été tué, le 28
    janvier 1794, dans une escarmouche aux
    environs de Nuaillé, Stofflet, accouru
    aussitôt sur les lieux, ordonna aux quelques
    Vendéens qui étaient présents de
    garder le plus longtemps possible le
    secret de ce malheur, afin de ne point
    décourager l'armée; puis, pour soustraire
    les restes du général aux profanations
    des Bleus, il fit transporter et enterrer
    le corps à quelque distance de là,
    près de la métairie de la Haie-Burçau, située
    sur le territoire de la commune de
    Cholet.
    La précaution n'était point inutile, car
    voici ce que Turreau, dans une lettre
    datée du 13 février 1794 Savary, t. III,
    p. 192), écrivait au Comité de salut
    public : •
    « Le général Cordellier, qui commande
    une des colonnes agissantes et qui t
    battu l'ennemi à Cholet, a l'ordre dt
    le poursuivre sans relâche. Il me mande
    que la Rochejaquelein est tué et enterré,
    à Trémentines. Trente rapports me sont
    faits sur cet événement et tous s'accordent....
    J'ai ordonné à Cordellier de
    faire déterrer La Rochejaquelein et d'acquérir
    des preuves de sa mort. »
    1. Sur la foi des trente rapports faits à
      Turreau, les recherches des Républicains
      s'égarèrent heureusement du côté
      de Trémentines. Le secret de la sépulture
      avait été si bien gardé que les Vendéens eux-mêmes, à l'exception de Stofflet
      et des quelques témoins présenta
      ignorèrent toujours, jusqu'à la fin de
      la guerre, l'endroit où reposait le corps
      de Monsieur Henri.
      Vingt-deux ans plus tard, au mois de
      mars 1816, Mu° Louise de la Rochejaquelein
      , soeur du glorieux généralissime,
      voulut faire exhumer les restes de son
      frère. Aidée du maire de Cholet, M. Turpault,
      elle dirigea elle-même les recherche.-
      et le corps fut retrouvé non sans
      peine, dans les conditions que constate
      le curieux procès-verbal que voici :
      « Le vingt-huitième jour de mars mil
      huit cent seize, nous Denis Hocbocq,
      docteur-médecin à Cholet; Pierre-Germain
      Chenay, chirurgien à Nueil; Louis-
      Jean-Baptiste-Etienne Baguenier-Pésormeaux,
      chirurgien à Maulévrier, tous les
      deux chirurgiens-majors des armées royales
      de Ia Vendée, et René-Jean Terrien,
      chirurgien à Trémentines, requis
      par Mademoiselle Louise du Vergier de
      la Rochejaquelein, soeur de Monsieur
      Henri du Vergier de la Rochejaquelein,
      généralissime et commandant en chef
      l'armée royale de la Vendée, dite la
      Grande Armée, nous sommes transportés
      à la métairie de la Haie-Bureau, commune
      de Cholet, à l'effet de procéder à
      l'exhumation des restes de Monsieur
      Henri du Vergier de la Rochejaquelein,
      tué à l'âge de 21 ans, l e . . . février (28
      janvier) 1794..., d'après l'autorisation
      de Monsieur le Préfet du département de
      Maine-et-Loire, contenue sur un arrêté
      du 6 février 1816, et ce, en présence de
      Monsieur François-Joseph-Paul Turpault,
      maire de la dite commune de
      Cholet.
      » Pour parvenir à découvrir le lieu
      où a été inhumé mon dit sieur de Ia
      Rochejaquelein, M. le maire de Cholet
      a entendu les déclarations des différents
      témoins qui ont eu connaissance des
      circonstances de la mort et de l'inhumation,
      » Le premier témoin, nommée Perrine
      Bernier, veuve Roution, demeurant à la
      métairie de la Boulinière, commune de
      Cholet, a dit qu'au moment du combat
      qui eut lieu le... février (28 janvier) 1794,
      près de Ia métairie de la Haie Bureau,
      elle se trouvait à la dite métairie de Ia
      Boulinière d'où elle a vu très distinctement
      l'avant-garde à cheval des Royalistes
      s'avancer par le champ des Trembles
      ; qu'au même instant elle a entendu
      plusieurs coups de fusil et qu'alors l'infanterie
      royaliste était à la métairie de
      la Brissonnière. Elle déclare en outre
      que feu Pierre Bernier, son frère, lui a
      assuré que Monsieur Henri de la Rochejacquelein
      avait été tué au moment même
      où elle avait vu les Royalistes dans Ies
      positions ci-dessus désignées et où elle
      avait entendu des coups de fusil. Laquelle
      déclaration elle a signé après lecture
      faite.
      » La déclaration ci-dessus a été confirmée
      par celle de Marie Mosset, veuve
      de Pierre Bernier, à qui son mari avait
      fait le même rapport qu'à Perrine Bernier.
      » Le second témoin, nommé Louis
      Fortin, métayer au Bois d'Ouin, commune
      de Cholet, a déclaré que, peu
      de jours après le... février (28 janvier
      1794), Ie général Stofflet lui avait dit
      avoir fait enterrer Monsieur Henri de la
      Rochejaquelein; que Grégoire, domestique
      de M. Stofflet, lui avait assuré, quelque
      temps après, qu'il avait été enterré
      auprès de plusieurs cerisiers près la
      Haie-Bureau, ce que ledit Fortin a entendu
      répéter par beaucoup de personnes;
      qu'il a souvent entendu dire que M.
      Henri de la Rochejaquelein avait reçu
      une balle dans le visage. Ledit Fortin
      a déclaré ne savoir signer.
      » Joseph Rotureau, métayer de la
      Haie-Bureau, a indiqué l'endroit où il
      a abattu les cerisiers dont a parlé Fortin
      et qui existaient en 1794, ainsi qu'un
      poirier au pied duquel il était de notoriété
      publique que s'était faite l'inhumation
      du corps de Monsieur Henri de
      la Rochejaquelein.
      » Monsieur Chenay, chirurgien susdit
      déclare que le jour du décès de Monsieur
      Henri du Vergier de la  Rochejaquelein,
    2. il recueillit des dépositions de plusieurs
      témoins oculaires qui attestèrent
      que M. de la Rochejaquelein avait reçu
      la blessure dont il est mort dans la tête;
      que la balle était entrée par l'oeil
      et avait défoncé le crâne.
      » D'après les déclarations ci-dessus et
      d'autres concordantes, nous médecin et
      chirurgien susdits avons fait faire des
      fouilles dans les endroits indiqués,, afin
      de parvenir à l'exhumation dont il s'agit,
      et après plusieurs recherches nous avons
      trouvé une tête à laquelle nous avons
      remarqué deux fractures qui nous ont
      paru avoir été faites par une arme à feu :
      la première à la fosse orbitaire droite
      avec brisure de l'apophyse montante de
      l'os maxillaire supérieur du même côté,
      la seconde vers le milieu du pariétal
      droit, dont la table externe a été emportée
      ; passant ensuite à l'examen des
      autres os, nous avons reconnu deux fémurs
      dont les apophyses sont détruites,
      un des os des iles du côté gauche, deux
      humérus dont un est entièrement dépourvu
      de ses apophyses et dont l'autre
      a conservé seulement sa tête, plusieurs
      fragments des côtes du côté gauche, un
      péroné, une portion de l'os sacrum et
      plusieurs autres petits os qu'il est impossible
      d'énumérer. Tous ces os ont été
      considérablement altérés, ce qui empêche
      de déterminer la stature de l'individu.
      Néanmoins, nous avons remarqué que
      ces os devaient appartenir à un jeune
      homme d'une taille élevée, à raison de
      leur longueur et du défaut de consistance.
      » Les déclarations des témoins sur
      la blessure qu'a reçue Monsieur Henri
      du Vergier de La Rochejaquelein, desquelles
      il résulte que la balle était entrée
      par l'oeil et l'état de la tête que nous
      avons exhumée qui est fracturée précisément
      à la fosse orbitaire, prouvent
      clairement que les ossements exhumés
      sont ceux de mon dit sieur Henri de la
      Rochejaquelein, En conséquence nous
      avons fait placer ces ossements dans une
      bière que nous avons fait transporter
      dans l'église de Saint-Pierre de Cholet,
      sous l'autel de Saint-Sébastien, ce jourd'hui
      à une heure après-midi.
      » Le transport a eu lieu sous l'escorte
      d'un détachement de Vendéens qui se
      sont présentés spontanément à cet effet.
      Le convoi a été reçu à l'entrée de la ville
      avec les cérémonies d'usage, par le
      clergé réuni, et M. le Maire de Cholet, à
      la fin de la cérémonie, a apposé les
      scellés sur la bière, avec le cachet de la
      mairie sur cire noire.
      » De quoi nous avons rédigé le présent
      procès-verbal que nous avons signé,
      ainsi que M. le Maire de Cholet, le tout
      en présence de Mademoiselle Louise du
      Vergier de La Rochejaquelein.
      » Fait à Cholet les jour et an que
      dessus,
      » HOCBOCQ; BAGUENIER-DESORMEAUX
      ; TERRIEN ;
      CHENAY ; RAIMBAULT,
      principal du collège; Pierre
      BOUSSION, ex-commandant
      déplace; ROUSSELOT
      ; BEURIER, curé de
      Cholet ; Louise de La ROCHEJAQUELEIN; TURPAULT,
      fils aîné', maire. »
      Les précieux restes de Monsieur Henri
      n'avaient été déposés dans l'église de
      Saint-Pierre de Cholet qu'à titre provisoire
      : l'année suivante, le 7 mai, après
      un service funèbre auquel assistait une
      foule nombreuse de Vendéens, ils furent
      solennellement transportés dans l'église
      de Saint-Aubin-de-Baubigné, où la Marquise
      de la Rochejaquelein avait tenu à
      les réunir à ceux de son mari, tué en
      1815 au combat des Mathes.
      C'est là, dans l'église paroissiale du
      château paternel, que les deux frères
      dorment leur dernier sommeil dans le
      même tombeau, en attendant le jour glorieux
      de la résurrection.
      Le château de Ia Durbelière
      Une poignée de remerciements en guise de
      préface à cette quatrième série. — La
      Vendée Historique au tribunal de Ia critique.—
      Une vengeance de Dom Chamard.
      — Pourquoi l'auteur a fait attendre quelque
      peu la suite des Zig-Zags au Pays des
      Géants. — En route pour le pays de La
      Rochejaquelein ! — Au quartier général
      de Châtillon. — Mon cicérone au berceau
      de Monsieur Henri. — Un premier document
      : le portail de la Durbelière. —
      — L'écusson et les titres des Rorthais. —
      Les ruines de la Durbelière. — La tour
      où naquit le Bayard de la Vendée militaire.
      — La chapelle, — Où l'auteur a
      éprouvé qu'il subsiste quelque chose des
      héros aux lieux habités par eux. — Vision
      devant le seuil d'une porte.
      L'accueil fait aux trois premières séries
      de ces chroniques m'impose l'obligation
      de ne point aborder la quatrième
      sans avoir adressé de vifs remerciements :
      non pas seulement à la fidèle clientèle
      de la Vendée Historique ainsi qu'à la
      presse locale et régionale, mais encore
      aux maîtres critiques qui ont si aimablement
      profité du compte rendu de mes
      petits volumes pour faire connaître au
      loin la Revue vendéenne.
      Déjà, au suffrage si précieux de M.
      Edmond Biré était venu s'ajouter celui
      du critique autorisé de la Vérité Française
      et du Bloc Catholique, M. Edouard
      Pontal, de l'école des Chartes : « De
      toutes les Revues provinciales », écrivait-
      il, au mois de mai dernier, en présentant
      la Vendée Historique aux lecteurs
      du Bloc Catholique, « de toutes les
      Revues provinciales, je n'en connais aucune
      qui soit plus intéressante, plus vivante
      et plus vaillante. Ce n'est pas seulement
      en Vendée, mais partout qu'il
      faudrait la lire. »
      Et voici qu'à leur tour se présentent,
      de toutes part, d'autres parrains non
      moins aimables, qui tiennent à
      plus spécialement leurs dragées aux
      humbles petits Zig-Zags .,
      Merci à tous, notamment à M. Maxime
      de la Rocheterie, pour ses deux
      coups de clairon successifs dans le grave
      orchestre du Polybiblion i Merci surtout
      à ce vénérable Dom Chamard auquel —
      Dieu me pardonne I — j'avais négligé
      d'adresser mes deux premiers petits volumes
      ; qui a été obligé de me les réclamer
      et qui — pour... se venger de mon
      inexcusable négligence — a tout simplement
      fait insérer ce qui suit dans le
      Bulletin des Bénédictins de Ligugé :
      c.. Nous avons, eii ces deux plaquettes
      (les deux premiers volumes des Zig-
      Zags), neuf monographies vendéennes,
      toutes d'un intérêt très vif et de la meilleure
      érudition Il faut féliciter M.
      Henri Bourgeois de la vaillance qu'il met
      amener à bien sa patriotique tâche. C'est
      une bonne et sainte action que de recueillir
      ainsi — pour l'avenir — les souvenirs
      épars de notre glorieux passé,
      d'autant que l'auteur apporte dans le
      choix de ses documents toute la rigueur
      de la plus sévère critique. Nous regrettons
      seulement le tirage restreint de ces
      savantes brochures... »
      De pareils témoignages — je ne m'en
      cacherai pas — m'ont vivement touché ;
      et ils m'expliquent comment une petite
      Revue aux allures tout à fait sans façon,
      et qui s'adressait surtout aux humbles
      fidèles de la Vendée, a pu si rapidement
      étendre sa clientèle dans nombre de
      provinces et pénétrer, peu à peu, jusque
      dans les milieux cultivés où elle compte
      aujourd'hui tant de lecteurs.
      j'en ai conclu que la note imprimée à
      la Vendée Historique n'était réellement
      pas trop mauvaise ; que la tournure populaire
      donnée à mes petites chroniques
      n'était point si démodée que certains
      pseudo - documentaires avaient semblé
      l'insinuer; que le fond et la forme comptaient,
      somme toute, plus d'approbateurs
      autorisés que de détracteurs pé»
      $Wt?. n < et jaloux; que le meilleur pro«
      cédé pour conquérir le public était encore
      — même aujourd'hui ! — de rejeter
      l'apparat de la fausse science et de se
      garder des obscurités du pédantisme, en
      se mettant tout simplement — à la bonne
      franquette — à la portée du plus humble
      de ses lecteurs; qu'en un mot, les routes
      bien déblayées et même fleuries, suivant
      l'heureuse expression de Châteaubriand,
      conduisant non moins sûrement et beaucoup
      plus agréablement le voyageur au
      but que les sentiers embroussaillés et rocailleux,
      je n'avais qu'à m'en tenir à la
      méthode jusque-là suivie, et à poursuivre
      du même pas mon petit bonhomme de
      chemin.
      Mais les suffrages du public né doivent
      pas avoir seulement pour effet
      de procurer une douce satisfaction à
      l'ouvrier en cours de besogne : pour être
      mérités par lui jusqu'au bout, ils doivent
      piquer son amour-propre; ils lui imposent
      l'obligation de perfectionner l'oeuvre
      de plus en plus, ou, tout au moins,
      de donner le même fini aux parties encore
      sur le chantier. — Ce sera mon
      excuse, si j'ai fait attendre quelque peu
      cette quatrième série.
      Au moment, en effet, où, quittant-le
      pays de Lescure pour celui de La Rochejaquelein,
      j'allais conduire le lecteur à la
      Durbelière et à Saint-Aubin-de-Baubigné,
      je fus tout à coup pris d'un scrupule :
      Avais-je bien suffisamment étudié
      les lieux et passé à la loupe — sur place
      — ces documents « de la plus sévère critique
      » dont la Revue bénédictine me félicitait
      d'avoir jusque-là fait usage.... ?
      Ma première visite à la Durbelière et à
      Saint-Aubin-de-Baubigné datait déjà de
      bien loin! Elle avait été, d'ailleurs,
      quelque peu superficielle, et plutôt celle
      d'un simple curieux que d'un historien :
      avant de prendre la plume n'était-il pas
      prudent de retourner là-bas, pour compléter
      mes notes et rafraîchir mes souvenirs?...
      Poser la question, c'était la réioudïe |
      et au risque de faire jurer le lecteur impatient,
      je me décidai à ne reprendre la
      suite de mes impressions de voyage au
      Pays des Géants qu'après une « descente
      de lieux » complémentaire. J'attendis
      donc les premiers beaux jours, et, dès
      que je pus disposer de quarante-huit
      heures entre deux numéros de la Vendée
      Historique^ je me mis en route pour
      Châtillon : quartier général où je n'ai
      que l'embarras du choix pour planter
      ma tente, lors de chaque campagne entreprise
      au pays poitevin.
      La première fois, c'était chez un vieux
      camarade du pensionnat des bons Frères
      de Saint-Laurent, M. Ludovic Couronneau,
      que j'avais trouvé la popote au
      retour de chaque étape : l'autre jour, ce
      fut à la porte d'un fidèle de la Vendée
      Historique, M. Blanleuil, que j'allai frapper
      sans façon pour demander l'hospitalité.
      Guide non moins précieux qu'hôte
      aimable, M. Blanloeil, qui connaît tous les
      coins et recoins de la contrée, poussa
      l'obligeance jusqu'à vouloir me piloter
      lui-même, et ce fut en sa compagnie — et
      sous sa direction — que s'accomplit le
      pieux pèlerinage dont je vais rendre
      compte.
      »
      Donc, l'autre matin, avec M. Blanloeil
      comme cicérone me voilà parti de Châtillon,
      au lever du soleil, à destination
      de la Durbelière.
      . Pedibus cumjambis — naturellement.,,
      Ce n'était point en auto, ni même en
      voiture que les gas de la Grand'Guerre
      faisaient là navette dans ces parages, et
      j'aurais rougi de me montrer plus difficile
      qu'eux. D'autant qu'il s'agissait à peine
      d'une course de onze kilomètres, aller et
      retour : plutôt une simple promenade.
      A une lieue de Châtillon, voici le
      bourg de Saint-Aubin-de-Baubigné;
      nous le réservons pour le retour et courons
      droit à la Durbelière, premier but
      du pèlerinage. En toute chose il faut
      commencer par le commencement j o.-,
      U Durbelière fut le berceau de La Rochejaquelein, et ce fut là que Ie héros
      vint prendre Ie commandement des vaillants
      Poitevins insurgés : ma première
      station devait donc être aux lieux témoins
      de la naissance et de la vocation
      de Monsieur Henri.
      Le château de Ia Durbelière, dépendant
      de la commune de Saint-Aubin-de-
      Baubigné, est situé à environ douze
      cents mètres du bourg, à gauche de la
      route de Châtillon aux Aubiers. Quand
      je dis le château, c'est une façon de
      parler, car il n'en reste plus que des
      ruines, à l'exception des servitudes —
      trè9 bien conservées — au milieu desquelles
      se trouve le vaste portail donnant
      accès dans l'ancienne enceinte seigneuriale.
      Arrêtons-nous un instant en face de ce
      portail : il va nous fournir, on peut dire
      qu'il constitue lui-même un premier et
      précieux document. C'est le même, en
      effet, qui existait en 1793; on l'a religieusement
      conservé tel quel, brisé dans
      la partie inférieure par les Bleus, à
      coups de haches dont il est facile de
      constater la trace.
      A gauche de ce témoin vénérable, et
      au-dessus d'une petite porte latérale, se
      trouvent sculptées dans la pierre les
      armes des Rorthais, telles qu'elles furent
      concédées par saint Louis à Guillaume
      de Rorthais, l'un des héros de la
      fameuse bataille de Mansourah.
      Ces Rorthais, qui, on le voit, remontaient
      bien réellement aux croisades,
      avaient été en effet les premiers seigneurs
      de la Durbelière, qu'ils possédaient
      encore au commencement du dix-septième
      siècle. A cette époque, Renée
      de Rorthais, fille de François, apporta le
      château en dot à son cousin Pierre de
      Meulles, et ce fut seulement près d'un
      siècle plus tard qu'un petit-fils de Renée
      de Rorthais ayant épousé Marie du Vergier
      de la Rochejaquelein, cette alliance
      fit passer la Durbelière dans la famille
      du futur généralissime vendéen.
      La famille dci Moulte» est éteinte fo-,
      puis longtemps, et le dernier Marquis de
      la Rochejaquelein est lui-même descendu
      dans. la tombe ; mais les Rorthais, doublement
      vendéens depuis leur transplantation
      au château de la Rochette en Bas-
      Poitou, ont toujours des représentants,
      — dignes du grand nom immortalisé par
      Monsieur Henri, le glorieux allié de
      leur famille. J'ajoute que les Rorthais
      eux - mêmes s'illustrèrent pendant la
      Grande Guerre, et que plusieurs ont payé
      de leur sang le droit de figurer au livre
      d'or de la Vendée.
      Après avoir noté ces menus détails
      préliminaires, et maintenant que nous
      connaissons ce que j'appellerai les antécédents
      de la Durbelière, franchissons
      l'antique portail, traversons l'immense
      cour autour de laquelle s'élèvent les servitudes,
      et dirigeons-nous là-bas, en
      face des douves, vers la petite maison
      d'habitation ménagée au régisseur, M. Ouvrard.
      Ce vieux serviteur des. La Rochejaquelein,
      auquel mon aimable guide
      vient de passer la main, va nous faire
      visiter lui-même — en cicérone « de derrière
      les fagots » — les ruines du château
      proprement dit.
      *
      . *
      Si j'étais peintre, comme il me semble
      que je le brosserais « de chic », le tableau
      de ces ruines imposantes, témoins
      et dépositaires de tant de glorieux souvenirs!...
      Si j'étais antiquaire de profession,
      avec quel soin jaloux, avec quelle scrupuleuse
      minutie je passerais à la loupe
      chaque fronton, chaque sculpture,
      chaque pierre de cette colossale et vénérable
      masure, qui fut le berceau d'un
      héros pour lequel Homère eût donné
      tous les demi-dieux et même les dieux
      complets de l'Iliade et de l'Odyssée !
      Malheureusement, je ne suis ni peintre
      ni antiquaire : en fait de pinceau je n'ai
      jamais manié que la plume ; en fait de
      passion pour les pierres et les débris des
      vieux murs je n'y vois pas plus loin que
      U, 4e Mandat-Grancey et j'appartiens,
      HISTORIQUE 41Î5
      - — - ^ - — - - - * - — . « - « « « - » * « .
      comme lui, « à la catégorie des touristes
      qui ne s'intéressent guère aux monuments
      qu'à cause des souvenirs qu'ils
      rappellent. » Les secrets de la peinture
      et de l'archéologie proprement dite me
      sont tout aussi inconnus que ceux de la
      numismatique ou de l'hébreu, et je me
      garderai bien de mettre seulement le
      bout de l'orteil sur l'un quelconque de
      ces terrains : j'aurais trop peur de m'y
      enfoncer jusqu'au cou !
      Je dirai donc tout bonnement aux disciples
      de Raphaël...ou d'Oldbuck: «Faites
      comme moi, et allez-y voir. Les profits
      du voyage en valent la peine, car il faudrait
      n'être qu'un misérable barbouilleur
      de quatre sous — ou un antiquaire de
      bien mince pacotille — pour s'en retourner
      sans inspiration ou à vide de trouvailles,
      après une excursion aux ruines
      de la Durbelière ! » Quant à moi, simple
      enquêteur à la recherche des leçons
      morales du passé, je me suis contenté
      d'admirer l'ensemble de ces ruines, en
      notant seulement les parties qui m'ont
      rappelé quelque épisode de la vie de
      Monsieur Henri.
      J'en signalerai trois :
      Tout d'abord, à gauche, la tour, où la
      tradition rapporte que naquit le Bayard
      de la Vendée militaire, à la date du 30
      août 1772. Retenons bien cette date :
      aucune, peut-être, ne mérite mieux de figurer
      aux éphémérides vendéennes. J'en
      puis d'ailleurs garantir l'exactitude,
      grâce au document suivant, extrait des
      registres paroissiaux de Saint-Aubin-de-
      Baubigné pour l'année 1772 :
      « Le trente du mois d'août est né et a
      été baptisé Henry, fils légitime de haut
      et puissant seigneur Henry-Louis-Auguste
      du Vergier, chevalier, écuyer,
      marquis de La Rochejaquelein, gueydon
      des gendarmes, et de haute et puissante
      dame Constance-Luçie-Bonne de Caumont,
      qui a été tenu sur les fonts du
      baptême par M. Jacques - Christophe-
      Félix Boutillier, au lieu et place de haut
      4-7 --- VENDÉE
      et puissant seigneur Armand - Henry -
      Hercule de Caumont, capitaine du régiment
      du Roy-infanterie, et par M110 Marie-
      Jeanne Le Clerc, au lieu et place de
      haute et puissante dame Hardouïne-
      Henriette Sidrac de Granges de Surgères,
      douairière et marquise de La Rochejaquelein.
      » BOUTILLIER DE BEAUREGARD ;
      LE CLERC; A. H. DU VERGIER;
      S. M. A. DU VERGIER;
      LA CASSAGNE SAINT-LAURENT;
      F. THO. O. HANNIN,
      rel- prêtre ; BRETHE, curé de
      Saint-Aubin-de-Baubigné. »
      A droite, dans Ie corps principal des
      ruines, voici la chapelle. C'est là, très
      vraisemblablement, que fut baptisé le
      héros ; c'est là, à coup sûr, que sa pieuse
      mère lui apprit à joindre les mains et à
      prier Dieu; c'est là, enfin, que ce fils des
      croisés dut venir s'agenouiller une dernière
      fois, dans la matinée du 13 avril
      1793, lorsqu'il prit la croix à son tour
      pour foncer sur la «chiennaille» républicaine.
      Et maintenant, regardez en face de
      vous, au centre des ruines... Voyez-vous
      cette porte, dont les montants bravent
      les années après avoir bravé le feu des
      Bleus, et qui donne accès dans la cour
      d'honneur ?... C'est bien la porte d'honneur
      en effet, car ce fut là, sur ce seuil
      où sont venus s'agenouiller, depuis, tant
      de vétérans de la Grande Armée, ce fut
      là que lé futur généralissime de vingt et
      un ans, après avoir rangé autour de lui
      les gas du pays de Saint-Aubin et de
      Châtillon, prononça sa fameuse harangue,
      la plus belle peut-être qui soit jamais
      tombée de la bouche d'un guerrier!
       Jamais je n'éprouvai, aussi bien qu'au
      milieu de cette cour d'honneur de la
      Durbelière, la vérité de ce que disait un
      ancien : à savoir qu'aux lieux où ont habité
      les grands hommes, quelque chose
      d'eux-mêmes survit, au point de donner
      parfois l'illusion de leur présence.
      HISTORIQUE 418
      Tout à l'heure, en pénétrant dans la
      vieille tour, il m'avait déjà semblé voir
      Ie héros dans ses langes, et même entendre
      ses premiers vagissements de nouveau-
      né. Dans la chapelle l'illusion avait
      été encore plus forte, et j'aurais presque
      parié que je l'avais là sous mes yeux,
      ce bébé rose, émergeant d'un flot de dentelles
      et souriant au prêtre qui le marquait
      du signe du chrétien... Mais devant
      cette porte, et à l'instant où j'allais
      en franchir le seuil, ce fut tout à coup
      l'illusion complète.... Instinctivement je
      fermai les paupières, et alors, sur le fond
      de cette chambre noire où chacun de
      nous voit si bien en dedans, je vis se détacher
      nettement la silhouette, non plus
      d'un enfant au berceau, mais d'un grand et
      beau jeune homme, fier, l'oeil étincelant; la
      lèvre frémissante, le geste vainqueur....
      Et, du coup, je n'aurais plus seulement
      parié, j'aurais presque juré que j'entendais
      réellement retentir à mes oreilles la
      mémorable apostrophe :
      Si j’avance, suives-moi ! Si je recule,
      tuez-moi! Si je meurs, vengez-moi I
      (A suivre.)
      ___.
    3. wiki#Normal; Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein, né le 30 août 1772, à la Durbelière, près de Châtillon sur Sèvre (Poitou) et tué le 28 janvier 1794, à Nuaillé, est l'un des chefs de l'armée vendéenne au cours des batailles de la Révolution française.
      Sommaire
      [masquer]
      1 Biographie
      1.1 Origine
      1.2 Les premiers soulèvements
      1.3 L'insurrection monarchiste
      1.4 Soulèvement de la Vendée
      1.5 Bataille de Cholet
      1.6 Géné
      1.7 L'expé
      1.8 Bataille d'Entrammes
      1.9 La Viré
      1.10 La bataille du Mans
      1.11 La retraite
      1.12 La fin
      1.13 La tombe
      1.14 Le Héros de la Vendée
      2 Notes et références
      3 Source partielle
      Biographie [modifier]
      Origine [modifier]
      Fils du marquis de La Rochejaquelein, Henri de La Rochejaquelein naquit au château de la Durbelière, commune de Saint-Aubin-de-Baubigné, près de Châtillon sur Sèvre (aujourd'hui Mauléon dans le département des Deux-Sèvres, et fit ses études à l'école militaire de Sorèze. La Révolution française l'ayant surpris dès l'âge de seize ans, il ne suivit point son père dans l'émigration, et il crut pouvoir défendre le trône dans la Garde constitutionnelle du Roi Louis XVI où il fut appelé en 1791. La journée du 10 août 1792 trompa ses espérances [1].
      Les premiers soulèvements [modifier]
      On le vit en effet, dans le Poitou, déplorer les suites du premier soulèvement de Bressuire, où les paysans royalistes venaient d'être défaits par les révolutionnaires. La Rochejaquelein se retira dans la terre de Clisson, près de Parthenay, chez le marquis de Lescure, son parent et son ami : unis tous deux par les mêmes sentiments, à peu près du même âge, ayant les mêmes intérêts, ils aspiraient secrètement au projet de participer au rétablissement de la monarchie qui menaçait ruine. Ils n'apprirent que par des bruits vagues le nouveau soulèvement du 10 mars 1793.
      Statue de Henri de La Rochejaquelein au Muse des Augustins réalisé en 1895 par Alexandre Falguire
      L'insurrection monarchiste [modifier]
      Ils flottaient entre l'espérance et la crainte, lorsqu'un paysan de Châtillon vint annoncer à la Rochejaquelein que les habitants des paroisses circonvoisines, impatients de se réunir aux insurgés, couraient aux armes et le demandaient pour chef. [2] Lescure veut le suivre. C'était livrer ses parents, ses amis et sa jeune épouse à la vengeance des républicains.
      Accompagné de son guide fidèle et armé de deux pistolets, la Rochejaquelein arrive sur le théâtre de la guerre et rejoint Bonchamps et d'Elbe. Il apprend qu'une division ennemie pénètre dans la Vende, et, n'écoutant que son courage, il veut arrêter le mouvement offensif des républicains, II accourt à Châtillon, à Saint-Aubin-de-Baubigné, où sont les propriétés de sa famille. À peine a-t-il paru que des milliers de paysans des Aubiers, de Neuil, de Saint-Aubin, des Echaubroignes, des Cerqueux de Maulévrier, d'Izernay, le proclament leur chef.
      En mars 1793, il participe au soulèvement de la Vende et devient un des chefs de l'armée vendéenne. La Rochejaquelein se met à leur tête et leur adresse cette courte harangue :
      « Si mon père était parmi nous, il vous inspirerait plus de confiance, car à peine me connaissez-vous. J'ai d'ailleurs contre moi et ma grande jeunesse et mon inexpérience ; mais je brûle déjà de me rendre digne de vous commander. Allons chercher l'ennemi : si j'avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi. »
      Soulèvement de la Vendée [modifier]
      Henri de La Rochejaquelein au combat de Cholet, 17 octobre 1793, peinture de Paul-Émile Boutigny, Musée d'histoire de Cholet
      Les Vendéens répondent par des acclamations et marchent aux républicains, qu'ils trouvent retranchés dans le cimetière des Aubiers. Ils investissent le bourg et attaquent en tirailleurs la division du général Pierre Quétineau. La Rochejaquelein les persuade que l'ennemi, à demi vaincu, commence à prendre la fuite. Aussitôt les Vendéens s'élancent sur les républicains, les dispersent et s'emparent de leur artillerie. La Rochejaquelein marche à l'instant sur Châtillon et sur Tiffauges. Là, se réunissant aux autres rassemblements royalistes, il partage avec eux les munitions qu'il vient d'enlever, et, par un premier succès, relevant son parti, il lui inspire une ardeur nouvelle. La défaite des Aubiers ayant décidé le général Quétineau à évacuer précipitamment Bressuire, le marquis de Lescure envoya l'ordre à plus de quarante paroisses de prendre les armes.[3] Le château de Clisson devint à l'instant une place d'armes et se remplit de soldats. Chaque rassemblement faisait un corps à part. Celui de la Rochejaquelein se réunit le plus souvent à la grande arme d'Anjou, qui, à cette époque, s'élevait à peine à 18 000 combattants, mal armés et sans organisation fixe.
      Le 2 avril, La Rochejaquelein prit part au combat de Beaupréau, à la suite duquel les républicains, refoulés au delà de la Loire, restèrent pendant trois mois sans s'avancer dans le pays insurgé. La consternation se répandit à Angers, à Saumur et à Nantes. À l'attaque de Thouars, la Rochejaquelein, monté sur les épaules de Texier de Courlay, tire sur les assiégés, et tandis qu'on recharge ses armes, il arrache de ses mains les pierres des murailles et commence la brèche : toute l'armée républicaine mit bas les armes et se rendit à discrétion. À la Première Bataille de Fontenay-le-Comte, perdue par les royalistes, la Rochejaquelein commanda l'aile gauche. Peu de jours après, à la seconde bataille, il chargea avec la cavalerie, enfonça les bleus et acheva la déroute. À l'prise de Saumur, le 7 juin, il enleva d'abord le camp retranché de Varrins ; et emporté par sa bouillante ardeur, au moment où l'on se battait encore à l'entrée de la ville, il met le sabre à la main, sa carabine en bandoulière, et suivi d'un seul officier (La Ville-Baugé), il s'élance à la suite des fuyards, pénètre dans les rues, s'avance sur la place de la Bhilange, brave les coups de fusil, abat lui-même plusieurs soldats républicains et renverse à ses pieds, d'un coup de sabre, un dragon qui, arrivé sur lui le pistolet à la main, venait de le manquer.
      La prise de Saumur fut l'exploit le plus étonnant des Vendéens. En cinq jours de combats, ils avaient fait plus de 12 000 prisonniers, pris pièces de canon, des munitions considérables et le chef de la Loire. [4]
      Pendant le siège de Nantes, qui fut moins heureux, la Rochejaquelein garda Saumur avec sa division, tant pour couvrir la Vendée que pour conserver l'une des plus importantes communications de la Loire. Après l'échec de Nantes, il vola à la défense du pays insurgé, qui était attaqué de nouveau. Il commanda l'aile droite à la bataille de Luçon, et, couvrant la retraite, il préserva l'armée royale et sauva les troupes d'élite.
      Cet échec fut réparé le 4 septembre, jour où l'armée républicaine de Luçon, assaillie dans son camp retranché de Chantonnay, fut entièrement détruite. La Rochejaquelein avait tourné lui-même le camp pour l'investir et commencer l'attaque. Vers cette époque, la convention nationale ayant voté contre la Vendée une guerre plus énergique, la lutte devint si terrible que tous les combats antérieurs semblèrent n'en avoir été que le prélude.
      La Rochejaquelein, renforçant la division de sur Sèvre, emporta la position d'Erign. [5] La Vendée allait être en péril par la concentration des armées républicaines : la Rochejaquelein, Stofflet et Lescure couvrirent Châtillon, mais sans succès.
      Bataille de Cholet [modifier]
      Après la bataille de Cholet, où d'Elbée et Bonchamps succombèrent également, La Rochejaquelein était devenu le chef du parti royaliste. [6]
      Le torrent des fuyards entraîna la Rochejaquelein jusqu'à Beaupréau. Devenu l'âme de son parti, ce jeune guerrier se vit engagé sous ces funestes auspices dans le passage de la Loire, qu'il désapprouvait. Sa première pensée fut de couvrir et d'assurer la retraite : il laissa d'abord une forte arrière-garde à Beaupréau, lui ordonna de se défendre et de se porter ensuite rapidement sur les bords du fleuve.
      Le 18 octobre, 80 000 fugitifs avaient atteint Saint-Florent pour passer sur la rive droite. La Rochejaquelein et Lescure s'opposaient opiniâtrement à ce passage ou plutôt à cette fuite. La transmigration vendéenne fit renaître une armée royale qui, le 19 octobre, se trouva réunie tout entière à Varades, sur la rive droite.
      Généralissime [modifier]
      Les généraux, n'ayant plus ni Bonchamps ni d'Elbée, sentirent la nécessité de se donner un commandant en chef qui eût la confiance générale. Lescure, blessé à mort, désigna la Rochejaquelein comme le seul capable de ranimer le courage des combattants de la Vendée. Tous les chefs le nommèrent, à l'unanimité, généralissime. Il est nommé général en chef de l'armée vendéenne catholique et royale. Il avait à peine 21 ans [7].
      L'expédition en marche [modifier]
      Lorsque le plan de campagne eut été arrêté dans les conseils, que l'on se fut décidé à se porter sur d'abord sur Laval et sur Rennes, l'armée leva ses tentes. L'armée entière se mit en mouvement, le 20 octobre, pour une expédition sur les côtes de Bretagne, où les Anglais faisaient espérer des secours. Il fut décidé qu'on marcherait.
      L'avant-garde était composée de 12 000 fantassins, soutenus de 12 pièces de canon, les meilleurs soldats et presque toute la cavalerie formaient l'arrière-garde ; entre ces deux corps cheminait un troupeau de femmes, d'enfants, de vieillards, qui s'élevait à plus de 50 000. [8]
      La Rochejaquelein passa le gros des tirailleurs et deux pièces de canon en avant et les bagages au milieu de l'armée. Un corps républicain couvrait Laval. À huit heures du matin, le 22, le général en chef fit commencer l'attaque ; les républicains, ébranlés, furent bientôt entraînés par les fuyards ; la cavalerie vendéenne acheva de tout disperser.
      Bataille d'Entrammes [modifier]
      Article détaillé : Bataille d'Entrammes.
      La Virée de Galerne [modifier]
      Article détaillé : Vire de Galerne.
      La Rochejaquelein, qui avait divisé son armée en trois corps, s'empara d'Ernée et de Fougères à la suite de deux attaques brillantes. Il prit ensuite la route de Dol au lieu de marcher sur Rennes. De Dol, il s'avança sur Pontorson et Avranches, afin de se porter sur Granville, que le gros de l'armée, formant à peu près 30 000 hommes, attaqua sans succès, la place étant hérissée de fortifications et défendue par une garnison exaltée et nombreuse. Les Vendéens, découragés, furent à la veille de se soulever contre leurs chefs ; demandant à grands cris à rentrer dans leur pays natal.
      La Rochejaquelein rappela les détachements et se remit en marche. En s'éloignant du rivage, les royalistes perdirent à jamais l'occasion d'acquérir, par la jonction des forces anglaises avec eux, la consistance politique et militaire, qui pouvait les sauver. L'expédition que commandait lord Moira, contrariée par les vents, mit trop tard à la voile. Les distances, les éléments et la défense de Granville causèrent la ruine des royalistes.
      Mais leur retraite jusqu'à la Loire fut marquée par des combats où éclatèrent de nouveau toute leur valeur et l'énergie de leurs chefs. Pontorson fut d'abord enlevé après un grand carnage. La Rochejaquelein, se dirigeant ensuite vers Dol, trouva sur les deux routes d'Antrain et de Pontorson deux armées républicaines qui marchaient à grandes journées pour lui couper la retraite. Il divise aussitôt ses forces pour faire face des deux côtés. Lui-même repousse d'abord Westermann sur Pontorson, tandis que sur la route d'Antrain d'autres chefs harcelaient diverses colonnes ennemies. On se battit pendant vingt-deux heures, du 16 au 17 novembre.
      La Rochejaquelein, dont le cheval fut blessé, donna partout des preuves d'une haute valeur et fit surtout admirer ce coup d'oeil qui distingue les plus grands capitaines. Cette bataille ne peut se comparer qu'à celle de Laval. Les royalistes, réunis en masse, poursuivirent continuellement l'armée républicaine, la forçant sur tous les points à fuir dans le plus grand désordre.
      Le 21 novembre, la Rochejaquelein occupa Ernée et le lendemain Mayenne, d'où il se dirigea sur Laval, Le 27, il sortit de Laval et marcha sur la Flèche, où il séjourna jusqu'au décembre. Le conseil vendéen y décida qu'on attaquerait Angers sans retard. L'attaque d'Angers, qui commença le 5, ne fut pas plus heureuse que celle de Granville. Les chefs, au désespoir de ce dernier échec et indécis sur leur marche, prirent la route du nord, tournant le dos à la Loire et n'osant rentrer dans la Vendée par les Ponts-de-Cé, dont les approches étaient défendues. L'armée royale se porta sur la Flèche par Baugé : arrivée devant la Flèche, elle trouva le pont sur la rivière du Loir coupé et la ville au delà défendue par une forte garnison. Placée ainsi entre la rivière et l'armée républicaine qui marchait pour la combattre de nouveau, sa position était effrayante. La Rochejaquelein prend alors un parti décisif : il remonte la rivière à la tête de cavaliers choisis, dont chacun portait un fantassin en croupe, et, trouvant un gué près d'un moulin, il passe le premier sur une chaussée couverte d'eau : le reste suit, surprend et culbute la garnison ; il s'empare du faubourg, s'y retranche et rétablit le pont. La ville est prise, et la Rochejaquelein, par son action d'éclat, sauve l'armée.
      La bataille du Mans [modifier]
      Le 10 décembre, il se remet en marche et s'avance vers le Mans, espérant y trouver des vivres et des amis ; car l'armée, accablée de privations, était aux abois. S'étant rendu maître du Mans, il y passa tranquillement la journée du 11 ; mais le lendemain il : fut attaqué sur les trois routes du sud par toutes les forces républicaines, qui avaient pour chef le général Marceau. On sait que la bataille du Mans, livrée le 13 décembre, fut en quelque sorte le tombeau de l'armée vendéenne. Là commença du moins sa dissolution. La Rochejaquelein, voyant la bataille perdue, s'était efforcé, pour éviter un massacre général, de mettre quelque ordre dans la retraite. Il rassembla le peu de cavaliers qu'il rencontra sur son passage et gagna la route de Laval, la seule qui fût encore libre, elle était couverte de fuyards ; il en rallia un assez grand nombre et pénétra le soir même dans Laval avec ces débris.
      La retraite [modifier]
      Le lendemain, il arrive à Craon avec sa troupe fugitive, que les républicains harcelaient et dont il pressait la retraite. Ses soldats, livrés à une sombre inquiétude, marchent nuit et jour, espérant traverser la Loire à Ancenis. Le 15, il occupe Pouancé et le lendemain Ancenis, où il entre le premier sans éprouver de résistance. Il n'y avait là ni bateaux ni pontons, et la rive opposée était au pouvoir de l'ennemi.
      Sur l'autre rive, on aperçoit quatre barques chargées, dont on espérait s'emparer et se servir. La Rochejaquelein s'offre d'aller lui-même reconnaître l'autre rive. Il se jette, avec Stofflet et La Ville-Baugé, dans un batelet enlevé d'un étang voisin, et qu'on avait chargé sur un chariot. Toute l'avant-garde suit des yeux ce frêle bateau, portant la Rochejaquelein [9]. Une attaque subite des républicains force les Vendéens de renoncer à leur entreprise. On vit alors se disperser les restes malheureux de cette armée qui soixante jours auparavant, maîtrisait la Loire, envahissait le Maine et la Bretagne. La plupart de ces fugitifs allèrent périr dans les champs de Savenay (22-23 décembre 1793).
      La fin [modifier]
      La Mort de Henri de La Rochejaquelein, peinture de Alexandre Bloch
      Cependant la Rochejaquelein, suivi de Stofflet, La Ville-Baugé, de Langerie et d'une vingtaine de soldats qui avaient aussi gagné la rive gauche à Ancenis, fut surpris par une patrouille, qui le chassa des bords du fleuve et dispersa son détachement. Resté avec ses trois compagnons d'armes, il s'enfonça dans l'intérieur du pays, errant la journée entière dans une solitude effrayante, n'apercevant partout que des traces de dévastation et ne rencontrant sur ses pas aucun être vivant. [10] Pendant deux jours, ils ne vécurent que du pain enlevé aux soldats qui tombaient isolément sous leurs coups. À mesure qu'ils pénétraient vers Châtillon, la Rochejaquelein retrouvait de ses partisans. Son unique désir était de combattre encore à leur tête. [11]
      Laissant tout au hasard, il traverse de nuit la ville de Châtillon où les républicains avaient un poste, ne répond pas au qui vive de la sentinelle, échappe au péril à force d'audace et, arrivé près de Saint-Aubin-de-Baubigné, retrouve sa tante, madame de la Rochejaquelein, qui était cachée dans une métairie voisine. Il passe trois jours avec elle et n'en reçoit que des paroles pleines de fermeté.
      Les ruines du château de la Durbelière, que les républicains avaient livré aux flammes, lui servirent d'asile. Le bruit de son arrivée et quelques indices sur le lieu de sa retraite l'exposèrent aux perquisitions d'un détachement qui vint fouiller ce château : il ne s'y déroba qu'en se tenant couché sur l'entablement des murs encore debout de la façade principale.
      C'était ainsi que, bravant les dangers, il préparait tout pour reprendre les armes. Instruit que Charette vient d'entrer dans le haut Poitou, il se porte à sa rencontre, voulant concerter avec lui les opérations qu'il médite. [12]
      C'était au moment même où les républicains réprimaient violemment les troubles dans la Vendée. Le gn commandant l'une des colonnes, eut trois engagements sérieux avec la Rochejaquelein, qu'il ne put entamer. Le chef vendéen, voyant grossir l'orage, se replia sur la fort de Vezin pour s'assurer une retraite. Là, s'étant mis sur la défensive, il fit construire dans la forêt des baraques, où il se cantonna avec ses meilleures troupes, après avoir établi un poste sur la route de Cholet. Instruit de tous les mouvements de l'ennemi, il revint au même plan qu'on avait suivi pendant son absence et se borna, pendant le reste de l'hiver, à couper les communications des républicains, à enlever leurs patrouilles, leurs escortes et surtout leurs munitions. Il s'empara ainsi de plusieurs convois. Dans une rencontre imprévue, il prit un adjudant général sur lequel il trouva l'ordre de donner des sauf-conduits aux paysans vendéens, de se saisir ensuite de tous ceux qui en seraient porteurs et de les fusiller indistinctement. La Rochejaquelein se hâta de faire afficher cet ordre barbare dans toutes les paroisses environnantes. Les paysans indignés, n'ayant plus aucune sûreté, se réunirent à lui en plus grand nombre. Se voyant en état de sortir de la forêt, il reparaît à la tête d'un rassemblement et menace tour à tour les divers cantonnements qui l'environnent. Serré de près par le général Cordelier, il élude d'abord le combat, assaillit ensuite ce général à plusieurs reprises et obtient quelques succès. Bouillant et impétueux, il harcèle sans cesse son ennemi, qu'il tient en échec. [13]
      Depuis sa rentrée dans la Vendée, il semblait pressentir la chute de son parti et ne pas vouloir lui survivre. Le 4 mars, Nuaillé près Cholet fut témoin de sa dernière expédition. La garnison de Cholet étant sortie pour incendier ce bourg, la Rochejaquelein l'attaqua au moment où elle y mettait le feu. Entourés par les Vendéens, plusieurs soldats périrent dans les flammes ; d'autres s'élancèrent à travers les rangs ennemis. [14]
      La Rochejaquelein, qui s'avance à cheval, veut les interroger, malgré les représentations des officiers de sa suite, qu'il laisse derrière lui. L'un des deux grenadiers [15], qui vient d'entendre prononcer le nom du général royaliste, se dévoue ; et, tandis que la Rochejaquelein se penche pour recevoir de lui son arme, le grenadier l'ajuste et tire à bout portant. La balle frappe le front de la Rochejaquelein, qui tombe et expire aussitôt (le 28 janvier 1794). Ses officiers accourent et le vengent en massacrant son meurtrier.
      La tombe [modifier]
      Le corps de la Rochejaquelein fut enseveli à la même place où il avait été atteint d'un coup mortel. Afin que son cadavre ne soit pas identifié, son compagnon Nicolas Stofflet lui enleva ses vêtements et lui taillada le visage à coups de sabre en sanglotant: j'ai perdu ce que j'avais de plus cher au monde.
      Il fut inhumé plus tard après qu'un métayer aura indiqué le lieu de sépulture provisoire, dans l'église de Saint-Aubin de Baubigné dans les Deux-Sèvres, avec ses deux frères: Louis et Auguste du Vergier de La Rochejaquelein.
      Le Héros de la Vendée [modifier]
      Les royalistes et les républicains donnèrent des regrets à la mémoire de ce héros de la Vendée. Henri de la Rochejaquelein était d'un tempérament robuste ; il maniait un cheval avec grâce ; il était passionné pour la chasse et les exercices violents ; il avait l'oeil vif, le nez aquilin, la mine guerrière ; il semblait né pour les combats. À peine âgé de vingt ans, il montrait le germe de tous les talents de l'homme de guerre. Dans les conseils, il ouvrait toujours l'avis le plus sage, mais il était trop modeste pour ne jamais s'en prévaloir au contraire, il cédait volontiers à l'opinion des chefs dont la maturité semblait annoncer plus de lumières et d'expérience. [16] Mais, dans les dangers, tous recouraient à lui, tous réclamaient ses ordres. N'ayant d'autre instinct que celui de la guerre, il fut étranger à la politique ; et, tel que nos anciens preux, il semblait appartenir aux temps héroïques de la chevalerie. Hors des combats, il s'abandonnait à l'enjouement et à la gaieté de son âge, ne développant son grand caractère que dans les moments décisifs. Sa physionomie était pleine de douceur et de noblesse. Ses yeux, naturellement vifs, devenaient si ardents et si fiers au milieu des combats que son regard semblait alors le coup d'oeil de l'aigle. Tel fut cet illustre chef, à vingt-deux ans généralissime d'une armée qui venait d'être créée, et remportant en dix-huit mois seize victoires dans les circonstances les plus difficiles où une armée puisse se trouver.
      Notes et références [modifier]
      Ce fut alors que, s'éloignant de la capitale, il dit :
      « J'irai dans ma province, et bientôt l'on entendra parler de moi. »

      « L'honneur m'appelle, s'écrie le gentilhomme vendéen, et je vole aux combats ! »
      Il était déjà même à cheval, lorsqu'il vit arriver plusieurs cavaliers bride abattue, s'annonçant aux cris de Vive le roi ! C'était la Rochejaquelein qui, mettant pied à terre, s'élança dans les bras de son ami en criant : « Je vous ai donc délivrés ! »
      Quand la Rochejaquelein jeta les yeux sur ces immenses trophées : « Savez-vous, dit-il à l'un de ses officiers qui le voyait pensif, quel est celui qui est le plus étonné de nos succès? » Comme on hésitait à lui répondre : C'est moi ajouta-t-il.
      Il donnait ses ordres dans un chemin creux, lorsque des tirailleurs, s'avançant sur lui, le frappèrent d'une balle qui lui cassa le pouce ; il tenait un pistolet, et sans le quitter, il dit à ceux qui, le voyant couvert de sang, témoignaient de l'inquiétude : Je n'ai que le pouce cassé ! Toutefois, il resta sur le champ de bataille ; mais sa blessure le força de quitter l'armée le lendemain.
      «Cette armée de la Haute-Vendée, dit M. de Chateaubriand, jadis si brillante, maintenant si malheureuse, se trouvait resserrée entre la Loire et l'armée républicaine qui la poursuivait. Pour la première fois, une sorte de terreur s'empara des paysans ; ils apercevaient les flammes qui embrasaient leurs chaumières et qui s'approchaient peu à peu; ils ne virent de salut que dans le passage du fleuve. En vain les officiers voulurent les retenir; en vain La Rochejaquelein versa des pleurs de rage, il fallut suivre une impulsion que rien ne pouvait arrêter. Vingt mauvais bateaux servirent à transporter sur l'autre rive de la Loire la fortune de la monarchie. On fit alors le dénombrement de l'armée ; elle se trouva réduite à 30,000 soldats; elle avait encore 24 pièces de canon, mais elle commençait à manquer de munitions et de cartouches.
      Aussi modeste que brave, il s'était dérobé aux regards de l'armée. On le cherche, on le trouve, les yeux mouillés de larmes, protestant qu'il ne se croit pas digne du généralat ; qu'il n'a ni assez de talent, ni assez d'expérience pour remplir des fonctions à la fois si honorables et si difficiles ; que ce n'est guère à vingt ans qu'on peut tour à tour présider aux combats et aux conseils avec la même fermeté ; mais l'armée entière, ne songeant qu'aux qualités héroïques de la Rochejaquelein, le proclame. Il parcourt aussitôt toute la ligne, qui fait entendre les cris répétés de Vive le roi ! Vive la Rochejaquelein !
      La Rochejaquelein paraissait à la tête de l'armée, monté sur un cheval que les paysans avaient surnommé le Daim, à cause de sa vitesse.
      Déjà au milieu du fleuve, il tenait par la bride son cheval qui le traversait à la nage : le batelet, sans direction, flotte, s'enfonce, revient sur l'eau et, après une demi-heure de lutte contre le courant, parvient enfin au bord opposé, au moment où l'armée, qui arrivait successivement, commençait à construire des radeaux pour tenter aussi le passage.
      Après vingt-quatre heures d'anxiété et de fatigues, ils parvinrent à une métairie habitée. Là on les accueille ; le fermier leur offre un repas frugal. A peine ont-ils pris quelque nourriture, que, cédant à l'irrésistible besoin du repos, ils se jettent tout habillés sur une meule de paille. Bientôt leur hôte accourt les avertir de l'approche d'une patrouille et les conjure avec instance de fuir au plus vite :
      « Ami, lui répond la Rochejaquelein, lors même que nous devrions périr ici, on ne nous arracherait pas au sommeil qui nous accable et qui nous est encore plus nécessaire que la vie. Retire-toi et laisse à la Providence le soin de notre conservation. »
      Les républicains survinrent et, accablés aussi de fatigue, s'endormirent auprès des quatre Vendéens, de l'autre côté de la meule. A la pointe du jour, la Rochejaquelein, éveillé par ses trois compagnons d'armes, s'éloigne en toute hâte et, s'enfonçant avec eux dans les bois, se dérobe à l'ennemi.
      Tourmenté du souvenir amer de la défaite du Mans, de la fatale et récente séparation de son armée, il était abîmé de désespoir et ne cherchait que les occasions de mourir les armes à la main.
      Mais, peu content de l'accueil de ce chef, qui, le quittant, lui dit : Je pars pour Mortagne ; si vous voulez me suivre, je vous ferai donner un cheval. - Moi vous suivre, répond fièrement le généralissime de la Vendée, sachez que je suis accoutumé à être suivi moi-même, et qu'ici, c'est moi qui commande. En effet, 800 Vendéens abandonnèrent le même jour le chef du bas Poitou et reconnurent la Rochejaquelein pour leur général.
      Ce jeune guerrier, qui, après la défaite du Mans, s'était écrié :
      « Que ne suis-je mort au champ d'honneur ! »
      s'était souvent battu en capitaine expérimenté dans les combats précédents mais navré de la malheureuse issue de l'expédition d'outre-Loire, il ne montrait plus que la témérité d'un soldat.
      La Rochejaquelein les poursuivit avec acharnement ; et, voyant derrière une haie deux grenadiers qui échappaient à sa cavalerie :
      « Rendez les armes, leur dit-il : je vous fais grâce. »
      Tous deux se jettent à genoux comme pour l'implorer.
      Au nombre de ces derniers se trouvait un grenadier qui, désespérant d'échapper à la cavalerie, s'était caché derrière un buisson; on le fit remarquer à La Rochejaquelein : Voilà un bleu, dit-il, que je veux voir de plus près. Le grenadier se voyant découvert, avait déjà mis en joue un cavalier du groupe qui s'avançait vers lui, lorsque, entendant nommer le général, il changea la direction de son fusil et ajusta l'imprudent qui continuait d'avancer. Au moment où la Rochejaquelein allait saisir le grenadier, celui-ci lui fit sauter la cervelle et tomba presque aussitôt percé de coups. Une fosse fut creusée sur le lieu même, et l'on y jeta les deux cadavres.

      « Décidez, disait-il, et j'exécuterai. »
      Source partielle [modifier]
      « Henri de La Rochejaquelein », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail é](Wikisource)
      « Henri de La Rochejaquelein », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition, 1843-1865