Perrin Jean
| Naissance | 30 septembre 1870 Lille (France) |
|---|---|
| Décès | 17 avril 1942 (à 71 ans) New York (États-Unis) |
| Nationalité | Française |
| Domaines | Chimie Physique |
| Institutions | Université de Paris |
| Diplôme | Lycée Janson-de-Sailly École normale supérieure Université de Paris (1897) |
| Distinctions | Prix Nobel de physique (1926) |
Signature
Jean Baptiste Perrin (30 septembre 1870 à Lille en France - 17 avril 1942 à New York aux États-Unis) est un physicien, chimiste et homme politique français, Prix Nobel de physique 1926. Ancien élève de l'École normale supérieure, il fut nommé chargé de cours (1898) puis professeur (1910) de chimie physique à la Faculté des sciences de Paris où il enseigna pendant 40 ans.
Dans son premier projet de recherche, Jean Perrin a entrepris de résoudre l'énigme de la nature des rayons cathodiques et des rayons X. Sont-ils lumière ou matière ? En 1895, il démontra par des expériences très convaincantes que les rayons cathodiques sont composés de corpuscules de matière chargés négativement. En 1896, il constata que les rayons X se comportent comme de la lumière ultra-violette de très courte longueur d'onde et il découvrit qu'ils ont le pouvoir d'ioniser les molécules de gaz.
Ses recherches les plus connues concernent une série d'expériences menées en 1907-1909 pour valider de l'interprétation du mouvement brownien proposée par Albert Einstein en 1905 et déterminer le nombre d'Avogadro. Dans un livre intitulé Les Atomes, paru en 1913, Jean Perrin a dressé un état des connaissances en sciences physiques, incluant ses propres découvertes. Cet ouvrage de synthèse lui assura une renommée internationale. Il reçut le prix Nobel de physique de 1926 pour avoir mis un terme définitif à la longue bataille concernant l’existence réelle des molécules.
Pendant la première guerre mondiale, Jean Perrin a conçu et mis au point divers appareils stéréo-acoustiques pour localiser les batteries d'artillerie et les sous-marins ennemis. Après la guerre, il a poursuivi son activité pédagogique comme auteur d'ouvrages et d'articles pour les étudiants et le grand public. Parallèlement, il a consacré beaucoup d'énergie au développement, à l'organisation et à la valorisation, aussi bien culturelle qu'industrielle, de la recherche scientifique, d'abord comme conseiller, puis comme membre du gouvernement français. Il a en particulier été un des artisans majeurs de la création de l'Observatoire de Haute-Provence en 1936, du Palais de la découverte en 1937 et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 1939.
Jean Perrin était membre de l'Académie des sciences de Paris, de la Royal Society de Londres, de l'Académie royale de Belgique et de bien d'autres académies. Il était Grand-officier de la Légion d'Honneur. Jean Perrin est mort en exil volontaire à New York en 1942. Ses cendres, ainsi que celles de son confrère et ami Paul Langevin, ont été transportées au Panthéon en 1948.
Sommaire
- 1 Biographie
- 1.1 Enfance et adolescence (1870-1891)
- 1.2 École normale supérieure et Sorbonne (1891-1914)
- 1.3 Première guerre mondiale
- 1.4 Années 1920-1939
- 1.5 Deuxième guerre mondiale
- 1.6 Colloques tenus en mémoire de Jean Perrin
- 1.7 Chronologie
- 2 Jean Perrin Professeur
- 3 Œuvre scientifique
- 3.1 Thèse: Rayons cathodiques et Rayons de Röntgen
- 3.1.1 Nature corpusculaire des rayons cathodique
- 3.1.2 Nature ionisante des rayons de Röntgen
- 3.2 Existence des atomes
- 3.3 Fluorescence
- 3.4 Énergie du Soleil
- 3.5 Chimie physique
- 3.1 Thèse: Rayons cathodiques et Rayons de Röntgen
- 4 Principales publications
- 5 Distinctions
- 6 Hommages
- 7 Bibliographie
- 8 Notes et références
- 9 Voir aussi
- 10 Liens externes
Biographie
Jean Perrin naît le 30 septembre 1870 à Lille1, alors que son père, le capitaine Jean Baptiste Perrin, blessé à la bataille de Saint-Privat le 18 août, est enfermé dans Metz avec l'armée du Rhin, avant d'être fait prisonnier par les Prussiens le 29 octobre2. Sa mère, Thérèse Estelle Lasalle, est née de parents épiciers à Boulogne-sur-mer3. Le capitaine Jean Baptiste Perrin est né à Saint Dié dans une famille de cultivateurs4. Il a été incorporé à 21 ans au 66e régiment de ligne en qualité de soldat et a gravi un à un les échelons hiérarchiques, d'abord sous-officier, puis officier avec le grade de sous-lieutenant en 18542. Il épouse Thérèse Lasalle à Boulogne le 11 juillet 18575. Il est promu lieutenant en 1860, puis capitaine en 1867. Il rentre de captivité en Allemagne en avril 1871. Il est fait chevalier de la légion d'honneur par décret du ministre de la Guerre le 10 mars 18722. Il est admis à la retraite en 1874 et se retire à Lyon où il meurt en 1880 à l'âge de 59 ans. Son fils Jean n'a que 10 ans.
Jean Perrin a deux sœurs aînées : Eugénie, née en 1858, et Marie Rose, née en 1867. Eugénie épousera son cousin germain, François Leprêtre, médecin-major de 1re classe, à Lyon le 24 juin 1882. Marie Rose, institutrice, épousera Gustave Bernard, instituteur, à Sourdun. À la suite du décès de son mari, elle se remariera, le 25 novembre 1911, avec Pierre Frédéric.
À la mort de son mari, Thérèse Perrin-Lasalle ne dispose que de sa pension de veuve d'officier et des revenus d'un bureau de tabac6. Les ressources de la famille sont faibles. Jean est boursier de la IIIe République. Il effectue ses études primaires au petit lycée de Saint-Rambert, devenu le lycée Jean Perrin en 1949, et ses études secondaires au grand lycée Ampère. Il obtient le baccalauréat en lettres et en sciences, et part à Paris, où il entre en classe de mathématiques supérieures au lycée Janson-de-Sailly pour préparer le concours d'entrée à l'École normale supérieure. Il y est reçu 12e dans la section sciences6. Il fait alors son service militaire comme soldat de 2e classe au 36e régiment d'infanterie du 3 novembre 1890 au 23 septembre 1891. Il fait par la suite 6 périodes d'exercices militaires au cours desquelles il devient officier de réserve. Il passe dans la réserve territoriale le 1er octobre 1909 avec le grade de lieutenant7.
Jean Perrin entre à l'École normale supérieure à l'automne 18918. Il y étudie de 1891 à 1894, date à laquelle il est reçu au concours d'agrégation de physique. Parallèlement avec ses études à l'ENS, il suit les cours à la Sorbonne où il obtient la licence ès sciences mathématiques et la licence ès sciences physiques. De 1895 à 1898, il occupe les fonctions d'agrégé préparateur9 tout en préparant une thèse de doctorat au laboratoire de physique de l'école, alors dirigé par Jules Violle. Il soutient sa thèse, intitulée Rayons cathodiques et rayons de Röntgen. Études expérimentales, en juin 189710. La même année, la Physical Society de Londres lui décerne le prix James Joule pour sa thèse.
Il épouse Henriette Duportal, sœur d'un de ses camarades de Janson-de-Sailly, le 31 août 1897. Henriette est bachelière, ce qui est exceptionnel à cette époque. Elle est fille d'Henri Duportal, ingénieur des Ponts et Chaussée, ardent républicain, et petite fille d'Armand Duportal qui avait été Préfet de Haute-Garonne. Ils ont deux enfants : Aline, née en 1899, et Francis, né en 19011. Aline épousera le peintre Charles Lapicque. Elle-même sera illustratrice sous le nom d'Aline Lapicque-Perrin. Francis Perrin sera physicien, spécialiste de la fission nucléaire, et haut-commissaire du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) de 1951 à 1970. Il épousera Thérèse Auger, fille de Victor Auger, professeur de chimie à la faculté des sciences de Paris.
En 1898, Jean Perrin postule à la fonction de chargé de cours de chimie-physique de la faculté des sciences de l'université de Paris. Il est en concurrence avec Pierre Curie. Bien que plus jeune que Curie, Perrin obtient le poste à la faveur de son statut de normalien et d'agrégé. Le fait que le rapporteur de sa candidature, Henri Poincaré, soit plus influent que Gabriel Lippmann, rapporteur de Pierre Curie, semble avoir aussi joué un rôle11. Il devient aussi professeur à l'École normale supérieure de Sèvres en 1900 et y enseignera jusqu'en 1925.
C'est en janvier 1898 que le célèbre "J'accuse" d'Émile Zola, en première page de l'Aurore, déclenche l'Affaire Dreyfus. Lucien Herr, bibliothécaire de l'ENS, lance une pétition en faveur de la révision du procès, pétition qui recueille les signatures des normaliens, des professeurs, des écrivains, des journalistes, des artistes, première manifestation de ceux qu'on nommera les intellectuels12.
C'est dans le cadre de l'École normale supérieure, et dans le contexte de l'affaire Dreyfus, que Jean Perrin s'entoure d'un groupe d'amis indéfectibles, par affinités politiques notamment : ils sont tous socialisants, et farouchement dreyfusards. Il s'agit d'Émile Borel, de Pierre et Marie Curie et de Paul Langevin. Ils militent tous à Ligue des droits de l'homme dès sa fondation, et participent également aux premières universités populaires. Le clan Borel, Curie, Langevin et Perrin est très soudé. Le couple Borel et le couple Perrin seront d'un grand secours pour Marie Curie lors de la mort tragique de Pierre Curie en 1906 et lors de l'affaire Curie-Langevin en 191113.
Au cours de leur longue amitié, ils organiseront des dîners entre intellectuels, auxquels participent Paul Painlevé, Paul Adam, Charles Péguy, Léon Blum, Édouard Herriot, entre autres. En 1906, est créée par Borel et sous l'impulsion de ce groupe La Revue du mois, qui regroupe, dans son comité de rédaction, outre Perrin et Langevin, Aimé Cotton, Jacques Duclaux, Henri Mouton, Robert Lespieau et Louis-Jacques Simon. Blum, Painlevé et Herriot y écrivent également. En 1907, les familles du « clan » décident d'élever conjointement et eux-mêmes leurs enfants en dehors de l'institution scolaire publique14.
C'est au début du siècle aussi que se forme une communauté de vacances. En été, Jean Perrin fréquente la maison que le physiologiste Louis Lapicque a fait construire à l'Arcouest en 1902, puis celle que l'historien Charles Seignobos, a édifié peu après à proximité. Jean Perrin loue une maison modeste sans confort mais qui permet à sa famille de profiter du site exceptionnel de l'Arcouest et de la communauté des universitaires parisiens qui s'enrichit rapidement de la famille Borel et de la famille Curie15. Après la guerre, Jean Perrin fait construire sa propre villa, Ti-Yann, avec l'argent du prix Nobel. Il y reçoit ses amis avec grand plaisir. Marie Curie fait aussi construire sa villa. L'Arcouest devient "Sorbonne Plage".
En 1907-1909, Jean Perrin publie une série d'articles sur le mouvement brownien dont il fait une synthèse sous le titre Mouvement brownien et réalité moléculaire16 publié dans les Annales de Chimie et de Physique en 1909. Cet article, immédiatement traduit en anglais, contribue à sa notoriété scientifique en France et à l'étranger. En 1910, Jean Perrin est promu professeur de chimie physique à la Sorbonne. Il veut communiquer sa conception atomique ou moléculaire de la matière à l'ensemble des citoyens éclairés en publiant son livre Les Atomes en 1913, livre aussi traduit en plusieurs langues. Jean Perrin est nommé Chevalier de l'ordre de la Légion d'Honneur le 30 juillet 191417.
À la déclaration de guerre, Jean Perrin à 43 ans. Il ne semble pas avoir été rappelé dans une unité de l'armée. Au cours de l'été 1914, les physiciens français se mobilisent pour apporter leur concours à la défense nationale. Jean Perrin, Paul Langevin, Ernest Esclangon, Aimé Cotton orientent les recherches de leurs laboratoires vers la détection du son émis par les batteries d'artilleries et les sous-marins en vue de les localiser et de les neutraliser. Pierre Weiss, qui enseigne à Zurich, rejoint Cotton à l'ENS. Ensemble, ils développent le système Cotton-Weiss18. Sur intervention de Painlevé, des essais sont réalisés sur le front et se révèlent satisfaisants. Mais l'Administration de la Guerre se désintéresse de ces dispositifs "expérimentaux" et interdit même aux scientifiques l'accès au front, ce qui scandalise les parlementaires. Après la démission du gouvernement en octobre 1915, Paul Painlevé devient ministre de l'Instruction publique. Il crée la Direction des inventions intéressant la défense nationale. Il nomme Borel et Perrin, respectivement, chef et chef adjoint du Cabinet technique, et Jules-Louis Breton, chef de la Commission des inventions, organisme créé en 1877 mais peu actif jusqu'alors et désormais rattaché à la Direction des inventions. La grande nouveauté de cette Direction est qu'elle dispose d'un budget conséquent. Les chercheurs doivent adresser leurs projets et le Grand Quartier Général doit adresser ses besoins au Comité technique. C'est donc Borel et Perrin qui opèrent un premier tri des offres et des demandes, et les transmettent à la Commission des inventions (Breton) qui procède à la sélection finale à travers 7 jurys d'experts. En décembre 2016, Painlevé quitte le gouvernement. Breton devient secrétaire d'État aux inventions dans le nouveau ministère de l'artillerie et des munitions dirigé par Albert Thomas. Jean Perrin quitte ses fonctions politiques. Il reste très marqué par cette expérience sous la tutelle de Painlevé, de sept ans son aîné, dont il admire l'expérience et la vision politique. Il retourne à plein temps au laboratoire.
Pendant ce temps, le système de localisation Cotton-Weiss se révèle moins efficace face aux nouveaux canons allemands. Lorsque les obus sont animés d'une vitesse supérieure à la vitesse du son, il se crée une onde de choc qui a été décrite dès 1886 par le physicien autrichien Ernst Mach. Cette onde de choc, ou onde de Mach, accompagne le projectile le long de sa trajectoire et se superpose à l'onde de bouche, c'est-à-dire à l'onde sonore émise au moment où le projectile quitte le canon. Le mathématicien Ernest Esclangon s'attache à définir les équations de propagation ces deux ondes sonores pour améliorer la détection de l'onde de bouche, seule informative de la position des batteries.
Langevin, professeur à l'École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, s'intéresse à la détection des sous-marins et met au point un système de détection précurseur du sonar. Jean Perrin retrouve l'uniforme en septembre 1917. Il est affecté avec son grade, par décision présidentielle, à la section technique du Génie7. Il développe des appareils qu'il nomme géophones et myriaphones. Les géophones sont des détecteurs d'ondes sonores transmises par le sol, qui, correctement positionnés, doivent permettre de déterminer le lieu d'émission. Les myriaphones sont des détecteurs d'ondes sonores dans l'air, composés de 6, 6x6=36 ou 6x7=42 cornets hexagonaux assemblés en nid d'abeille. Le montage de ces ensembles par paires horizontales ou verticales permet de déterminer la direction de la source sonore. Ils sont appliqués à la détection des avions à la fin de la guerre. Ces systèmes, conçus pour la réception des bruits, peuvent aussi être utilisés comme haut-parleurs (et appelés familièrement clairons des tranchées) pour transmettre des messages sur la ligne de front19.
- « Cette sorte d'oreille composée, constituée par la mise en parallèle de prises d'écoute identiques, peut fonctionner réversiblement pour l'émission de sons dirigés, comme porte-voix, par exemple. Il suffit, au moyen d'un commutateur acoustique, de substituer au tuyau qui allait à l'oreille un tuyau qui vient de la bouche. J'ai proposé d'appeler myriaphone l'appareil composé qui vient d'être décrit. De tels myriaphones ont été construits et expérimentés par centaines (Jean Perrin, cité dans Charpentier-Morize, 199720). »
Jean Perrin tente d'appliquer le même principe avec des hydrophones pour la détection des sous-marins. C'est d'ailleurs par décret du ministre de la Marine qui il est promu au grade d'officier de la Légion d'Honneur en 1920 avec la mention suivante
- « Savant physicien dont les travaux sont bien connus en France et à l'étranger. A rendu pendant la guerre des services de très grande importance, imaginant et mettant au point plusieurs appareils (géophones, myriaphones, télésitemètres et hydrophones) adoptés et mis en service par la Guerre et la Marine (p. 13)17. »
Fin 1915, lorsque le Haut commandement s'avise de l'importance du rôle que jouent les savants dans l'armée allemande, il décide de retirer du front les savants français pour qu'ils contribuent à l'effort de guerre selon leurs compétences. Cependant, à la fin de la guerre, 40% des anciens étudiants de la Sorbonne et 50% des anciens de l'ENS sont morts au combat. Il faut donc déployer des efforts importants pour reconstruire la recherche et l'enseignement universitaire français21.
En 1922, Jean Perrin obtient de l'université de Paris la création d'un Institut de chimie physique avec l'appui du député Léon Blum. L'Institut est construit entre 1922 et 1926 à proximité de l'Institut du radium créé pour Marie Curie en 1909, sur un terrain que l'université avait acquis en 1906 grâce à un don du Prince de Monaco. Jean Perrin s'implique personnellement dans les plans, la construction et la décoration. À peine ce chantier terminé, Jean Perrin lance la construction de l'Institut de biologie physico-chimique. Etabli sur une Fondation Rothschild, cet institut a des moyens financiers très importants.
Jean Perrin envoie le résumé de ses Titres et Travaux22 à l'Académie des sciences en appui de sa candidature. Il est élu le 11 juin 1923, avec une voix de plus que son concurrent, Charles Fabry23.
Il reçoit le prix Nobel de physique de 1926 « pour ses travaux sur la discontinuité de la matière, et particulièrement pour sa découverte de l'équilibre de sédimentation. »24 Plus explicitement, le jour de la remise du prix, Carl Benediks, membre du comité Nobel qui avait défendu sa candidature, précisa que « l’objet des recherches du professeur Jean Perrin (…) était de mettre un terme définitif à la longue bataille concernant l’existence réelle des molécules. »25
Jean Perrin adhère dès sa fondation, en mars 1934, au Comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes dont Paul Langevin est un des protagonistes.
Dans les années 1930, Henriette Perrin-Duportal publie chez Nathan, sous son nom de jeune fille, une série de livres pour enfants autour du personnage de Georgie, qui est un avatar de son petit-fils Georges Lapicque26. Elle meurt le 9 novembre 1938.
Jean Perrin joue un rôle fondamental dans l'organisation de le recherche scientifique française. Il fonde l'Observatoire de Haute Provence, crée le Palais de la Découverte et fonde le CNRS.
Le CNRS est créé par décret le 19 octobre 1939, un mois après la déclaration de guerre. Le nouvel organisme est constitué de la fusion de trois institutions: la Caisse nationale, le Service central et le Haut Conseil pour la recherche scientifique appliquée27.
Le 10 juin 1940, Jean Perrin, accompagné de sa collègue Nine Choucroun, quitte Paris avec le gouvernement, qui se réfugie à Bordeaux devant l'avancée allemande. Le 21 juin, il embarque à bord du paquebot Massilia, à destination de Casablanca. Le navire est en rade et l'embarquement se fait en chaloupe. Marcelle Huisman, citée par Micheline Charpentier-Morize28, témoigne: « Quelle ne fut pas ma surprise, en descendant dans la chaloupe, d'y retrouver Jean Perrin. Dès qu'il nous vit, il s'exclama avec force: "Pétain est un traître à la Patrie! C'est un nouveau Bazaine!" Ces propos que l'on avait pas l'habitude d'entendre dans Bordeaux dominé par la peur, m'allèrent droit au cœur. » Jean Perrin revit donc explicitement l'humiliation de son père, fait prisonnier à Metz, au moment de sa naissance.
Le but de Jean Perrin, comme celui des ministres, députés et hauts fonctionnaires qui se rendaient au Maroc, était de constituer un gouvernement et une administration française non vichyste en dehors de la métropole. Arrivés à Casablanca, ils déchantent car l'administration locale, acquise au Maréchal Pétain, isole immédiatement les politiques et les renvoie en France. Jean Perrin reste libre de ses mouvements mais il constate qu'aucune organisation libre ou résistante ne peut prendre corps au Maroc. Commence alors une errance dans l'incertitude qui dure 18 mois. Il quitte Casablanca et gagne Alger où il s'embarque pour Marseille avec les Huisman29. Il se réfugie à Lyon, probablement dès août 1940. Il est admis à la retraite le 30 septembre 1940. Francis Perrin, son fils, se porte candidat à la chaire de chimie-physique de la Sorbonne. Le conseil de la faculté des sciences de Paris choisit Jean Thibaud pour le remplacer (par 18 voix contre 13)30. Francis Perrin informe son père de ces événements. Comme la direction du laboratoire est aussi remise à Thibaud, Francis récupère les affaires personnelles que son père avait laissées dans son bureau (lettre de Francis à Jean Perrin du 26 décembre). Francis félicite son père d'avoir rédigé plusieurs fascicules. Il s'agit probablement des chapitres de son traité de Physique générale, intitulé À la surface des choses, qui paraîtront chez Hermann en 1941. En mai 1941, Francis informe son père qu'il attend son visa pour les États-Unis. Il semble que Jean Perrin mûrit à ce moment le dessein d'émigrer lui aussi aux États-Unis.
À la fin juin 1941, Emile Borel et son épouse viennent passer trois jours à Lyon en compagnie de Jean Perrin qui les quitte à la gare de Perrache comme s'il s'en allait définitivement vers le Sud-Ouest31. Mais il est revenu car Jean Cabannes rapporte avoir été témoin d'un entretien émouvant entre Charles Fabry et Jean Perrin, près de Toulon, à la fin de l'automne, la veille du départ de ce dernier32. « Marcelle Huisman raconte que, fin 1941, elle et son mari, ont accompagné Jean Perrin à la gare de Marseille, d'où il prit le train pour Madrid, première étape vers les Etats-Unis. Elle rapporte que, jamais, elle n'avait vu Perrin aussi tendu et aussi triste : peut-être avait-il le pressentiment qu'il ne reverrait jamais plus son pays29. » Jean Perrin et Nine Choucroun embarquent, probablement à Lisbonne, sur le SS Excambion et débarquent à New York le 23 décembre 194133. Georges Huisman, haut-fonctionnaire, et son épouse ont décidé de rester en France pour combattre l'ennemi de l'intérieur. Jean Perrin a décidé de combattre de l'extérieur : « En ce qui me concerne, écrit-il, j'ai toujours été de ceux qui savaient pouvoir rendre plus de services hors de France que sous l'emprise allemande29 ».
À New York, Jean Perrin est accueilli par Louis Rapkine, qui était chercheur à l'Institut de biologie physico-chimique depuis 1931 et qui a organisé l'exode des scientifiques allemands vers la France, puis des Français vers les États-Unis. Avec Rapkine, il fonde l'"École libre des hautes études de New York" dont il devient président. Lors de l'inauguration, le 28 mars 1942, il déclare : « Je suis venu vous rejoindre, presque le dernier, vous qui avez su créer ici ce nouveau foyer libre de culture française qu'est notre École des Hautes Etudes qui vient prolonger en Amérique notre Sorbonne et notre Collège de France34. »
Jean Perrin meurt trois semaines plus tard. Par une petite annonce parue dans le JAMA35, on apprend que Jean Perrin vivait chez son fils, Francis Perrin, visiting professor de physique et de mathématiques à l'Université Columbia, et qu'il est mort le 17 avril 1942 au Mount Sinai Hospital. Henri Focillon, qui enseigne à Yale à New Haven mais ne peut pas se déplacer, rédige le discours qui est lu aux funérailles de Jean Perrin à New York. Un hommage lui est rendu par Ernest Esclangon à l'Académie des sciences, le 20 avril 194236, ainsi que par J.S. Townsend à la Royal Society, le 1er novembre 194337. Louis de Broglie lui consacre un éloge plus développé devant l'Académie des sciences le 17 décembre 194538.
En 1948, le cercueil de Jean Perrin est transféré de New York à Montréal où le croiseur Jeanne d'Arc le prend en charge pour le rapatrier. Le 17 juin, il est accueilli à Brest par sa famille, quelques amis et Jean Cabannes, représentant l'Académie des Sciences32. Le lendemain, le cercueil est reçu solennellement dans la cour d'honneur de la Sorbonne31. Le 17 novembre 1948, ses cendres, ainsi que celles de son confrère et ami Paul Langevin, sont transportées au Panthéon de Paris à l'issue de funérailles nationales39.
Un hommage national a été rendu à Jean Perrin le 4 mai 1962, à l'occasion du 20e anniversaire de sa mort. Louis de Broglie a fait un discours au Panthéon. Francis Perrin a retracé les grandes lignes de l'œuvre scientifique de son père par une conférence dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Enfin, Jean Coulomb a rappelé le rôle de Jean Perrin dans la fondation du CNRS40.
Le centenaire de la naissance de Jean Perrin a été célébré par un colloque à l'Académie des sciences, le 13 octobre 1970, au cours duquel trois orateurs ont exposé différents aspects de son œuvre scientifique:
- Jean Perrin physicien par Louis de Broglie41
- Jean Perrin et la chimie physique par Charles Sadron42
- Jean Perrin et l'astronomie par Paul Couderc43
- 1891 : il entre à l'École normale supérieure de Paris
- 1894 : il est reçu au concours d'agrégation de physique
- 1895 : agrégé préparateur au Laboratoire de physique de l'École normale supérieure, il démontre que les rayons cathodiques sont constitués de corpuscules de charge négative
- 1897 : docteur ès sciences physiques
- 1898 : chargé de cours de chimie-physique à la Sorbonne
- 1900 : professeur à l'École normale supérieure de Sèvres
- 1908 : il détermine de manière précise le nombre d'Avogadro
- 1910 : titulaire de la chaire de chimie-physique à la Faculté des sciences de Paris
- 1911: membre du conseil Solvay de physique (Bruxelles)
- 1913 : il publie Les Atomes
- 1913 : Professeur en échange à l'université Columbia (New York)
- 1914-1918 : il est officier du Génie dans l'armée française
- 11 juin 1923 : il est élu membre de l'Académie des sciences (section de Physique générale)
- 1926 : il reçoit le prix Nobel de physique. Création de l'Institut de Chimie physique.
- 1930 : création de l'Institut de biologie physico-chimique
- 1936 : en octobre il est nommé sous-secrétaire d'État à la Recherche dans le premier gouvernement Léon Blum44
- 1937 : il crée le Palais de la découverte à l'occasion de l'Exposition universelle
- 1938 : il est nommé sous-secrétaire d'État à la recherche scientifique dans le deuxième gouvernement de Léon Blum
- 1938 : il décide la fusion de la Caisse nationale de la recherche scientifique avec l'Office national des recherches scientifiques et des inventions, ce qui conduira à la fondation le 19 octobre 1939 du Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
- 1940 : il quitte sa chaire de la Sorbonne quand Paris est envahi par les Allemands et s'enfuit à Bordeaux où il embarque à bord du Massilia ; Jean Thibeau puis Louis Dunoyerlui succèdent pendant la guerre. En 1945, la chaire de chimie physique est attribuée à Edmond Bauer puis, en 1953, Yvette Cauchois
- 1942 : il est nommé directeur de l'université française de New York.
Jean Perrin Professeur
- « Jean Perrin avait un beau visage de Christ, auréolé de cheveux blonds et frisés auxquels, comme dans la figure sacrée, répondait une barbe blonde et frisée. Sous ses cheveux, dont le désordre augmentait la masse, sans en diminuer la grâce, bombait un grand front de poète et de rêveur. Les yeux avaient une immense gravité lorsque la conversation était sérieuse; mais elle [...] se détendait bientôt pour une réflexion, une comparaison, une image plaisante, et alors ces yeux s'égayaient d'un immédiat et vif éclat auquel s'ajoutait celui d'un rire explosif. Perrin s'amusait de tout. Il aimait la fantaisie, la blague, la farce, le mystification. Un enfant terrible habitait le savant (Hubert Bourgin, cité dans Charpentier-Morize, 19979) »
Le 17 novembre 1948, lors des funérailles nationales, deux de ses anciens élèves témoignent. D'abord, (Edmond Bauer cité dans Charpentier-Morize, 199745):
- « Reportons-nous à la fin du siècle dernier, plus précisément au mois de novembre 1898 [...] Dans ce qu'on appelait le Petit Amphithéâtre, [...] un jeune maître inaugurait cette année-là l'enseignement d'une science toute jeune, elle aussi, la chimie physique [...] Ce jeune maître était Jean Perrin, qui venait d'être chargé de cours à l'âge de 27 ans [...] Sa parole était ardente, parfois un peu hésitante et mystérieuse, puis, brusquement, des éclairs soudains illuminaient des perspectives infinies. Nous trouvions en lui toute la poésie, toute la force entraînante, toute la philosophie de la Science que nous avions vainement cherché ailleurs. Nous comprenions les mots d'atomes et de molécules et pourquoi la chimie ne pouvait s'en passer. [...] Perrin agissait sur ses auditeurs par suggestion, par illumination soudaine. »
Un autre de ses anciens élèves, Pierre Girard (cité dans Charpentier-Morize6), se souvient:
- « Je suis entré au laboratoire de Jean Perrin à la Sorbonne en 1909. C'est son enseignement à la Faculté qui m'en a donné le désir. Malgré qu'une voix assez étouffée et un débit trop précipité rendit difficile d'y prendre des notes, je fus tout de suite conquis par la puissante personnalité qui éclatait, si je puis dire, au cours de ses leçons. Non pas que Jean Perrin ait été un grand professeur au sens scolastique du mot. Il était même assez dépourvu des qualités qu'on attribue généralement aux maîtres de l'enseignement .[...] C'est beaucoup moins à des candidats à la licence ou à l’agrégation que convenaient ses leçons qu'à des chercheurs qui avaient déjà franchi les successifs tourniquets des examens et des concours.[...] Ce qui m'a toujours séduit chez Jean Perrin Professeur, c'est, j'allais dire, son originalité (mais le mot est loin d'être assez fort), c'est son besoin de repenser les questions par lui-même, de les découvrir en quelque sorte, de les faire siennes, de se les incorporer et de les formuler à sa façon. [...] Je ne dis pas que, dans son enseignement, toutes les questions qu'il abordait portaient le sceau de son esprit, le sceau du grand artiste, du grand créateur qu'il était. Mais ces questions-là, on les reconnaissait d'emblée. Elles s'annonçaient, si je puis dire, par la soudaine volubilité de son débit, et, dans son désir d'expliciter sa pensée, de la communiquer à l'auditeur, il s'aidait alors de gestes de la main. »
Dans son hommage devant la Royal Society, le 1er novembre 1943, J.S. Towsend témoigne37:
- « Il persuada le gouvernement de former un département dont la mission était de conforter les étudiants avancés qui étaient qualifiés pour faire de la recherche, et d'établir pour eux des laboratoires en province. Il était enthousiaste pour ce travail comme il l'avait été pour ses recherches sur les rayons cathodiques et le mouvement brownien quand il était jeune homme. Comme il le disait lui-même: Je veux que l'Etat puisse susciter dans la classe ouvrière des Ampère, des Faraday et des Pasteur. Il fut un professeur inspirant et un très agréable collègue. Il serait impossible de donner une meilleure description de sa personnalité joyeuse et brillante que celle que contient son épitaphe écrite par un de ses amis qui a collaboré avec lui en France et qui est maintenant en Angleterre avec les Français Combattants: »
- « Passant, laisse ton pas s'alanguir, le soleil / Là-bas achève de descendre. / Viens rêver un instant, sans funèbre appareil. / D'un grand humain voici la cendre. / Il n'avait d'autre foi que sa ferme raison / Et ne haïssait que la haine. / Son génie était vaste, aventureux, divers. / Pas d'audace qu'il n'ait osée. / Il comptait des milliards de milliards d'univers / Dans une goutte de rosée. / Il croyait à la Vie, au Progrès, au Bonheur / Et donnait avec allégresse / A tous, autour de lui, les fruits de son labeur / Et trésor de sa tendresse. / Il aimait son pays, mais quand la liberté / Y fut dans la honte égorgée, / Il préféra l'exil où dans l'adversité / Son âme restait inchangée. / Il est mort dans la lutte en nous criant Espoir! / La France renaîtra plus belle / Dans un monde plus juste, après le gouffre noir, / Car la lumière est éternelle. »
- « Il persuada le gouvernement de former un département dont la mission était de conforter les étudiants avancés qui étaient qualifiés pour faire de la recherche, et d'établir pour eux des laboratoires en province. Il était enthousiaste pour ce travail comme il l'avait été pour ses recherches sur les rayons cathodiques et le mouvement brownien quand il était jeune homme. Comme il le disait lui-même: Je veux que l'Etat puisse susciter dans la classe ouvrière des Ampère, des Faraday et des Pasteur. Il fut un professeur inspirant et un très agréable collègue. Il serait impossible de donner une meilleure description de sa personnalité joyeuse et brillante que celle que contient son épitaphe écrite par un de ses amis qui a collaboré avec lui en France et qui est maintenant en Angleterre avec les Français Combattants: »
Œuvre scientifique
En juin 1897, Jean Perrin obtient le doctorat ès sciences physiques en soutenant, devant la faculté des sciences de l'université de Paris, une thèse intitulée Rayons cathodiques et rayons de Röntgen. Étude expérimentale.
Un tube de Crookes est un tube à décharge, c'est-à-dire une ampoule en verre munie de deux électrodes, une anode et une cathode, dans laquelle est établi un vide partiel (10-1 à 5x10-3 Pa). Lorsqu'un fort champ électrique (10 à 100 kV.m-1) est appliqué entre les électrodes, des rayons cathodiques sont émis en ligne droite par la cathode. Quand ces rayons (invisibles) frappent le verre de l'ampoule, ils provoquent une lumière fluorescente jaune-verte. Lorsqu'on interpose un objet opaque entre la cathode et le verre, on observe l'ombre portée de l'objet sur le verre. Depuis les expériences de Crookes en 1875, les physiciens ont tenté de déterminer la nature des rayons cathodiques sans vraiment y parvenir. Les anglais (et William Crookes lui-même) penchaient pour un flux de particules chargées négativement, sans pouvoir en faire la démonstration irréfutable. Les allemands, Heinrich Hertz et son élève Philipp Lenard, ont envisagé cette hypothèse et ont tenté de dévier les rayons avec un champ électrique perpendiculaire à leur trajet. Mais l'expérience n'a pas été concluante (sans doute le vide de leur tube était-il insuffisant). Ils en ont déduit que les rayons étaient de nature ondulatoire comme les ondes électromagnétiques. Cependant, en 1895, au moment où Jean Perrin commence ses expériences, le physicien néerlandais Hendrik Lorentz maintient l'hypothèse corpusculaire sans en apporter la preuve. Jean Perrin part de l'hypothèse que les rayons cathodiques sont constitués de corpuscules chargés négativement et s'attache à en fournir la démonstration à l'aide de deux dispositifs expérimentaux qu'il construit méticuleusement.
Dans le premier (Figure 2, ci-contre), les rayons issus de la cathode, à droite, sont reçus dans un cylindre creux ABCD, lui-même à l'intérieur d'un cylindre plus grand EFGH, relié à la terre, qui forme écran aux charges extérieures (cage de Faraday). La plaque frontale FG du grand cylindre, qui sert d'anode, est percée d'un petit trou pour laisser passer les rayons. Le petit cylindre intérieur (récepteur de Faraday) est relié à un électromètre à feuilles d'or. Après décharge, l'électromètre indique que des charges électriques ont été véhiculées par les rayons. Ces charges s'étant déplacées de la cathode vers l'anode sont de signe négatif. Lorsqu'un champ magnétique est appliqué perpendiculairement au trajet des rayons, l'électromètre ne reçoit plus de charge et la face FG du cylindre, qui a été préalablement recouverte de poudre fluorescente, brille fortement.
Dans la deuxième expérience, Jean Perrin utilise le dispositif décrit à la figure 3, ci-contre. Les rayons cathodiques, c'est-à-dire les corpuscules électrisés négativement, accélérés par la différence de potentiel entre la cathode N et l'anode P, traversent l'anode P constituée d'une grille métallique et poursuivent leur trajectoire jusqu'à la paroi de l'ampoule qui s'illumine. Lorsque le fil A, placé transversalement au flux de particules, est porté à un potentiel négatif par rapport à l'anode, le flux se sépare en deux courants qui divergent. Lorsque le fil A est porté à un potentiel positif par rapport à l'anode, les deux composantes du flux convergent.
Ces expériences ont montré de façon convaincante que les rayons cathodiques sont constitués d'un flux de particules chargées négativement qui sont libérées de la cathode au moment de la décharge. Malheureusement, ces observations sont restées qualitatives. Jean Perrin avoue lui-même qu'il a eu des difficultés à maîtriser le vide dans ses tubes et le potentiel électrique appliqué aux électrodes. C'est grâce à la maîtrise de ces paramètres que Joseph John Thomson pourra établir, en 1897, le rapport masse/charge de l'électron et découvrir qu'il s'agit d'une nouvelle particule de masse plus de 1000 fois plus petite que celle de l'atome d'Hydrogène.
Alors que Jean Perrin travaille sur les rayons cathodiques, la nouvelle de la découverte des rayons X par Wilhelm Röntgen fait la une des journaux d'Europe. Le 8 janvier 1896, l'"Opinion" (Bruxelles) écrit: « Le Professeur Röntgen aurait fait une découverte réellement merveilleuse. » Le 10 janvier, le Petit Parisien s'enthousiasme pour les photographies du savant physicien qui circulent à Vienne depuis quelques jours: « La photographie de la main [de Bertha Röntgen] n'est pas moins saisissante: on compterait tous les os, phalanges, articulations. Impossible de deviner même le contour des doigts [...] Est-il besoin d'insister sur l'importance d'une telle découverte »46.
Jean Perrin réoriente aussitôt sa recherche vers l'exploration des propriétés de ces nouveaux rayons, sans même publier l'intégralité des résultats obtenus sur les rayons cathodiques. Il dispose des appareils nécessaires à cette recherche puisque les rayons X sont produits par les tubes de Crookes. Il confirme que « aux points où une matière quelconque arrête les rayons cathodiques, il se forme des rayons de Röntgen ». Il teste le degré d'opacité de différents matériaux. Les métaux lourds (Au, Pb, Hg) sont très opaques, les métaux usuels (Cu, Fe, Zn) le sont moins. L'aluminium et le verre encore moins. Les os sont peu opaques, mais plus opaques que la chair, le bois ou la paraffine. Plusieurs physiciens avaient constaté que les rayons X provoquent la décharge des corps électriquement chargés, alors qu'ils ne sont pas eux-mêmes chargés et sans qu'ils touchent les objets chargés, une action à distance semblait-il. Jean Perrin fait plusieurs expériences et donne une explication de ce mystère qu'il appelle l'"Effet gaz". Dans le dispositif de la figure 7, il enferme la bobine de Ruhmkorff et le tube à rayons X dans une enceinte totalement blindée. Avant d'activer la décharge de rayons X, il charge les plaques AA et A'A' d'un condensateur en fermant l'interrupteur P, puis l'ouvre: les plaques sont chargées, l'une de charges positives, l'autre de charges négatives. Il fait alors passer le faisceau de rayons X entre les deux plaques. Il constate à l'aide d'un électromètre que les plaques se déchargent.
Il fait une seconde expérience. Un disque est découpé dans la plaque inférieure AA du condensateur et maintenu en place sans contact avec le reste de la plaque AA. Il fait passer un faisceau de rayons X transversalement au plan de la figure aux endroits notés
,
ou
. Lorsque le faisceau passe en
ou en
, la plaque
se décharge. Lorsque le faisceau passe en
, la plaque
garde sa charge. Il y a donc un effet fortement local. L'air situé dans les lignes de champ électrique entre les deux plaques se comporte comme un conducteur quand il est traversé par les rayons X. L'air contigu à la région traversée par les rayons reste isolant, à condition que l'air soit stable, sans courant d'air. Jean Perrin interprète ainsi ses expériences : « En tous les points d'un gaz où passent des rayons de Röntgen, il se forme des quantités égales d'électricité positive et négative, ou on dira, d'une manière abrégée, que ces rayons ionisent les gaz. S'il existe un champ électrique, les charges positives ainsi créées se meuvent dans le sens du champ et les charges négatives en sens inverse." Les plaques AA et A'A' se déchargent lorsque les charges les atteignent. "L'action sur les corps électrisés se présente ainsi, non comme une propriété proprement dite des rayons de Röntgen, mais comme une conséquence nécessaire de l'altération que ces rayons font subir aux gaz qu'ils traversent" (p. 37)10. » Comme ni l'existence de l'électron, ni la structure de l'atome n'étaient connu, Jean Perrin précise en note que « le mot d'ionisation n'implique aucune hypothèse moléculaire et doit évoquer seulement l'idée d'une séparation d'électricités contraires, liées à la nature de la matière. » Il publie ce travail en 189647.
Jean Perrin analyse ensuite ce qui se passe quand les rayons X frappent directement une surface métallique. Il constate une ionisation superficielle du métal qu'il nomme Effet métal48. Il conclut : « Au point où nous sommes alors arrivés, les rayons de Röntgen se présentent donc comme ayant pour caractères: de se propager très rigoureusement en ligne droite, affaiblis, mais jamais déviés par les obstacles; d'exciter des fluorescences; et d'ioniser les gaz, cette ionisation devenant plus énergique au contact du métal. Cette dernière propriété, sans rapprocher directement les rayons de Röntgen de la lumière ultra-violette, augmente pourtant les raisons qu'on avait pour y voir des vibrations de nature électrique (p. 59)10. »
Après qu'Albert Einstein eut publié (1905) son explication théorique du mouvement brownien en fonction du mouvement aléatoire des molécules, Jean Perrin effectua les expériences pour vérifier les prédictions d'Einstein. Il démontre en 1908 un accord complet entre théorie et expérience, ce qui confirme l'existence effective des atomes, proposée un siècle auparavant par John Dalton, et il détermine par plusieurs méthodes une valeur précise du nombre d'Avogadro.
En 1919, Perrin propose que les réactions nucléaires peuvent fournir la source d'énergie des étoiles. Il constate que la masse d'un atome d'hélium est inférieure à celle de quatre atomes d'hydrogène et que l'équivalence masse-énergie d'Einstein implique que l'énergie libérée par la combinaison 4 H → He pourrait être suffisante pour faire briller les étoiles pendant des milliards d'années. Il restera à Hans Bethe et Carl Friedrich von Weizsäcker à élucider le mécanisme détaillé de la réaction au cours des années 193049,50.
Principales publications
- Les Principes. Exposé de thermodynamique (Gauthier-Villars, 1901, 300 pages)
- Traité de chimie physique. Les principes (1903)
- Mouvement brownien et réalité moléculaire, Ann. Chim. Phys. 8e série, 18, 1909, 1-114, traduit en anglais par Soddy, Brownian movement, Taylor and Francis, Londres
- Les Preuves de la réalité moléculaire (Étude spéciale des émulsions). Rapport lu au Congrès Solvay en novembre 1911 in La théorie du rayonnement et des quanta (Gauthier-Villards, 1912, pp. 153-251)
- Les Atomes (Félix Alcan, 1913, 300 pages) [détail des éditions] traduit en anglais, en allemand, en polonais, en russe
- Matière et lumière, Ann. Phys., 11, 1919, 1-108
- En l'honneur de Madame Pierre Curie et de la découverte du Radium (1922)
- Les Éléments de la physique (1929, réédition 1947)
- L'Orientation actuelle des sciences (1930), avec Paul Langevin, Lucien Plantefol, Louis Lapicque, Charles Pérez et Georges Urbain
- Les Formes chimiques de transition (1931)
- La Recherche scientifique (1933)
- Grains de matière et grains de lumière (Hermann, Paris, 1935, réédition 1948)
- « 1-Existence des grains (42 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « 2-Structure des atomes (52 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « 3-Noyaux des atomes (25 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « 4-Transmutations provoquées (42 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- Cours de chimie. 1re partie. Chimie générale et métalloïdes (1935)
- Paul Painlevé : l'homme (1936)
- L'Organisation de la recherche scientifique en France (1938)
- À la surface des choses. Physique générale. (Hermann, Paris, 1940-1941)
- « I-Espace et temps (1940, 43 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « II-Lumière (1940, 71 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « III-Relativité (1941, 39 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « IV-Forces et travail (1940, 58 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « V-Masse et gravitation (1940, 71 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « VI-L'énergie (1941, 71 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « VII-Évolution (1941, 75 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 20018)
- « VIII-Électricité (1941, 175 pages) » [archive], sur gallica.bnf.fr, 2013 (consulté le 18 novembre 2018)
- L'Âme de la France éternelle (1942)
- Pour la libération (1942)
- La Science et l'Espérance (PUF, Nouvelle collection scientifique, 1948)
- Œuvres scientifiques de Jean Perrin, Éditions du CNRS, 1950.
Distinctions
- 1897, Prix James Joule de la Physical Society of London
- 1910, Prix Gaston Planté de l'Académie des sciences de Paris
- 1910, Prix Vallauri de l'Académie des sciences de Turin
- 1912, Médaille Matteuci de l'Académie italienne des sciences
- 1911, membre du Conseil Solvay de physique
- 1913, Prix Henri de Parville de l'Académie de sciences de Paris
- 1913, Docteur honoris causa de l'université Columbia
- 1914, Prix La Caze de l'Académie des sciences de Paris
- 1914, Chevalier de la Légion d'Honneur par décret du Ministre de l'Instruction Publique
- 1918, Membre de la Société Royale de Londres
- 1919, Docteur honoris causa de l'université de Manchester
- 1920, Officier de la Légion d'Honneur par décret du Ministre de la Marine
- 1920, Membre de la Royal Institution
- 1921, Membre du Conseil Solvay de chimie (Bruxelles)
- 1922, Membre de l'Académie des sciences de Turin
- 1922, Docteur honoris causa de l'université d'Oxford
- Docteur honoris causa des universités de Berlin, Princeton et de Gand
- 1922, Membre de l'Académie royale des sciences de Suède
- 1923, membre de l'Académie des sciences de Paris, vice-président en 1935
- Membre des Académies des sciences de Prague, de Bucarest, de Pékin
- 1925, membre de l'Académie des sciences de l'Union soviétique
- 1926, Commandeur de l'Ordre de Léopold (Belgique)
- 1926, Prix Nobel de Physique
- 1926, Commandeur de la Légion d'Honneur par décret du Ministre de l'Instruction Publique
- 1937, Grand Officier de la Légion d'Honneur par décret du Ministre de l'Éducation Nationale
Hommages
- Laboratoire Jean-Perrin, laboratoire de biophysique affilié au CNRS et à l'université Pierre-et-Marie-Curie.
- Centre Jean-Perrin, l'un des 18 centres régionaux de lutte contre le cancer de France, ouvert en 1973 à Clermont-Ferrand.
- Prix Jean Perrin de la Société française de Physique décerné chaque année à un chercheur français engagé dans la vulgarisation de la science.
- Conférences Jean Perrin créées par la Société française de Physique depuis 2001. pour stimuler les contacts entre physiciens français et étrangers.
- Lycée Jean-Perrin à Saint-Ouen-l'Aumône, Lambersart, Lyon, Rezé, Longjumeau, Marseille et Saint-André.
- Faculté des sciences Jean-Perrin à Lens.
- Collège Jean-Perrin à Paris, Nanterre, Vitry-sur-Seine, Lyon et à Béziers.
- Les villes d'Alès, Angers, Bourges, Ivry-sur-Seine, Lille, Nanterre, Orléans, Paris (square Jean-Perrin), Rennes, Toulouse et Tours lui ont rendu hommage en donnant son nom à une rue.
Bibliographie
- Micheline Charpentier-Morize, Jean Perrin (1870-1942). Savant et homme politique, Paris, Belin, Collection « Un savant, une époque », 1997, 285 p. (ISBN 2-7011-2002-0)
Notes et références
- « Daniel Rivat. Généalogie de Jean Perrin » [archive], sur gw.geneanet.org (consulté le 28 novembre 2018)
- « Jean Baptiste Perrin (1821-1880) Fiche LH/2110/20 sur la base LEONORE » [archive], sur www2.culture.gouv.fr (consulté le 12 novembre 2018)
- « Actes de naissance (1830-1835) de Boulogne-sur-mer (5 MIR 160/19, vue 734/1330) » [archive], sur archivesenligne.pasdecalais.fr (consulté le 20 novembre 2018)
- Article sur Jean Perrin [archive], sur le site de Janine Tissot.
- « Acte de mariage entre Jean Baptiste Perrin et Julie Thérèse Estelle Lasalle » [archive], sur archivesenligne.pasdecalais.fr, 11 juillet 1857 (consulté le 12 novembre 2018)
- Charpentier-Morize 1997, p. 19.
- « Perrin, Jean Baptiste, Matricule 3434, Matricules militaires de la Seine, 6e bureau, 1890, D4R1 638 » [archive], sur archives.paris.fr, 1890 (consulté le 2 décembre 2018)
- Charpentier-Morize 1997, p. 20.
- Charpentier-Morize 1997, p. 21.
- Jean Perrin, Thèse présentée à la Faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade de docteur ès-sciences physiques, Paris, Gauthier-Villars, 1897, 84 pages p. (lire en ligne [archive])
- Charpentier-Morize 1997, p. 28.
- Michel Winock, Clémenceau, Paris, Perrin tempus, 2011, 688 p., p. 302
- Irène Frain, Marie Curie prend un amant, Paris, Le Seuil, 2015, 415 p.
- Charpentier-Morize 1997, p. 33-42.
- Charpentier-Morize 1997, p. 219.
- Jean Perrin, « Mouvement brownien et réalité moléculaire », Ann.Chim.Phys. 8e série, Vol.18, 1909, p. 1-114 (lire en ligne [archive])
- « Jean Baptiste Perrin (1870-1942) Fiche LH/2110/21 sur la base LEONORE » [archive], sur www2.culture.gouv.fr (consulté le 12 novembre 2018)
- « Le repérage par le son: les SRS » [archive], sur basart.artillerie.asso.fr (consulté le 28 novembre 2018)
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- Charpentier-Morize 1997, p. 74.
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- (en) « Jean Baptiste Perrin » [archive], sur nobelprize.org, 1926 (consulté le 12 novembre 2018)
- Alain Fuchs, « Pourquoi il faut relire "Les Atomes" », Le journal du CNRS, 6 janvier 2015 (lejournal.cnrs.fr/billets/pourquoi-il-faut-relire-les-atomes)
- Charpentier-Morize 1997, p. 224.
- Denis Guthleben, « Un peu d'histoire... », Comité pour l'histoire du CNRS, 25 mars 2010, révisé le 12 septembre 2016 (cnrs.fr/ComiHistoCNRS/spip.php?article2)
- Charpentier-Morize 1997, p. 231.
- Charpentier-Morize 1997, p. 232.
- Lettre du 10 novembre 1940 de Francis Perrin à Jean Perrin, Fonds Jean Perrin, Archives de l’Académie des sciences, cote 54 J, dossier 5.
- « Transfert des cendres de Jean Perrin. Allocution de Mr Emile Borel à la Sorbonne à Paris » [archive], sur academie-sciences.fr, 18 juin 1948 (consulté le 23 novembre 1948)
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- Diane Dosso, « Le plan de sauvetage des scientifiques français, New York, 1940–1942 », Revue de synthèse, vol. 127, no 2, octobre 2006, p. 429-451.
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- J.S. Townsend, « Jean Perrin, 1870-1942 », Obituary Notices of Fellows of the Royal Society. 4 (12), 1943, p. 301-326 (lire en ligne [archive])
- Louis de Broglie, La réalité des molécules et l'oeuvre de Jean Perrin, Paris, Gauthier-Villars, 1945, 30 p. (lire en ligne [archive])
- Denis Guthleben, « Jean Zay rejoint Jean Perrin au Panthéon », Le Journal du CNRS, 20 juin 2014 (lire en ligne [archive])
- « Hommage national à Jean Perrin à l'occasion du 20e anniversaire de sa mort » [archive], sur www.academie-sciences.fr, 4 mai 1962 (consulté le 23 novembre 2018)
- « Jean Perrin physicien » [archive], sur www.persee.fr, 13 octobre 1970 (consulté le 23 novembre 2018)
- « Jean Perrin et la chimie physique » [archive], sur www.persee.fr, 1971 (consulté le 23 novembre 2018)
- « Jean Perrin et l'Astronomie » [archive], sur www.persee.fr, 1971 (consulté le 23 novembre 2018)
- Charpentier-Morize 1997, p. 193.
- Charpentier-Morize 1997, p. 127.
- Raphael Chevrier, Ca alors! Histoire de ces découvertes que l'on n'attendait pas, Paris, Vuibert, 2018, 224 p. (ISBN 978-2311101676, lire en ligne [archive])
- Jean Perrin, « Mécanismes de la décharge des corps électrisés par les rayons Röntgen », J.Phys.Theor.Appl., Vol.5(1), 1896, p. 350-357 (lire en ligne [archive])
- Jean Perrin, « Décharges par les rayons Röntgen-Effet métal », J.Phys.Theor.Appl., Vol.6(1), 1897, p. 425-432 (lire en ligne [archive])
- Why the Stars Shine [archive], par Don Selle, Guidestar, Houston Astronomical Society, octobre 2012, p. 6-8.
- Cosmos: An Illustrated History of Astronomy and Cosmology [archive], par John North, University of Chicago Press, page 545.
Voir aussi
- Archives de Jean Perrin [archive], sur le site Bibliowiki.
Liens externes
- (en) Biographie [archive] sur le site de la Fondation Nobel (la page propose plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par le lauréat — le Nobel Lecture — qui détaille ses apports)
- Éloge de Jean Perrin [archive], par Ernest Esclangon, sur le site de l'Académie des sciences.
- Biographie de Jean Perrin [archive], sur le site de l'Académie des sciences.
- Mouvement brownien et molécules [archive], par Jean Perrin, 1923, sur la Vidéothèque du CNRS.
- Jean Perrin et la réalité moléculaire [archive], sur la Vidéothèque du CNRS.
