Vendée Militaire et Grand Ouest

26 septembre 2017

Huchet de La Bédoyère Charles Angélique François

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Charles Angélique François Huchet de La Bédoyère

 

Charles Huchet de La Bédoyère
Charles Angélique François
Huchet de La Bédoyère

Jean-Urbain_Guérin_-_Charles-Angélique-François_Huchet,_comte_de_La_Bédoyère_(1786-1815)


Charles-Angélique-François Huchet, comte de La Bédoyère (1786-1815)., Jean-Urbain Guérin (1760-1836), Musée national du Château de Malmaison 1

Surnom Labédoyère
Naissance 17 avril 1786
Paris
Décès 19 août 1815 (à 29 ans)
Plaine de Grenelle Paris
Origine Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Allégeance Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français (Cent-Jours)
Arme gendarmerie, Infanterie
Grade général de brigade
Années de service 1806 – 1815
Conflits Guerres napoléoniennes
Commandement 112e de ligne
7ede ligne
Distinctions Légion d'honneur
(Officier)
Ordre de la Couronne de fer
(Dignitaire)
Ordre de Saint-Louis
(Chevalier)
Autres fonctions Pair des Cent-Jours
Famille Père de Georges Huchet de La Bédoyère 2

Emblème

Charles Angélique François Huchet, chevalier puis « comte » de La Bédoyère, né à Paris le 17 avril 1786, exécuté dans la même ville le 19 août 1815, est un militaire français.

 

Sommaire


  • 1Biographie
    • 1.1Les Cent-Jours
    • 1.2L'arrestation
    • 1.3Le conseil de guerre
    • 1.4L'exécution
  • 2Le jugement de l'Empereur à Sainte-Hélène
  • 3Récapitulatif
    • 3.1État de service
    • 3.2Titres
    • 3.3Distinctions
    • 3.4Armoiries
  • 4Notes et références
  • 5Annexes
    • 5.1Sources et bibliographie
    • 5.2Articles connexes
    • 5.3Liens externes

 

Biographie

Portrait de Charles Angélique François Huchet, comte de La Bédoyère (1786-1815), Robert Lefèvre, 1803, Musée national du Château de Malmaison
Portrait de Charles Angélique François Huchet, comte de La Bédoyère (1786-1815), Robert Lefèvre, 1803, Musée national du Château de Malmaison 3

D'une ancienne famille bretonne de magistrats, fils de Charles-Marie-Philippe de La Bédoyère (1751-1809) et Félicité-Judith des Barres (1757-1817), Charles Angélique François Huchet entra au service à vingt ans.

Après avoir fait, dans le corps des gendarmes d'ordonnance 4 (où Labédoyère fut simple soldat puis officier), les campagnes de Prusse (1806) et de Pologne (1807), il accompagna le maréchal Lannes en Espagne comme aide de camp (1808), fut blessé à Tudela, et suivit son chef en Allemagne (1809).

Il se distingua par son intrépidité à la prise de Ratisbonne, reçut une nouvelle blessure à Essling et fut attaché à l'état-major du prince Eugène, dont il devint aide-de-camp.

Chef de bataillon en 1811, il prit encore une part active et brillante à la campagne de Russie, y mérita le grade de colonel, puis commanda le 112e régiment de ligne en Saxe en 1813, à Lützen, à Bautzen et à la prise de Goldberg le 23 août. Encore blessé dans cette affaire d'un coup de feu à la cuisse gauche, il revint en France, où il épousa Mlle Georgine de Chastellux en novembre 1813.

Lorsque les alliés se présentèrent devant Paris, il se mit à la disposition du commandant de place.

Après l'abdication de Fontainebleau, sa famille, qui cherchait à le convertir aux idées royalistes, obtint pour lui la croix de Saint-Louis. 5 et le commandement du 7e de ligne, en garnison à Grenoble.

Les Cent-Jours

Labédoyère
Article détaillé : Cent-Jours.

Mais le retour de l'île d'Elbe le rejeta vite dans le parti de l'Empereur.

Napoléon Ier n'avait encore vu son escorte se grossir que de faibles détachements, lorsqu'un régiment entier se joignit à lui au hameau de Tavernolles : c'était le régiment de La Bédoyère. Le colonel, en abordant l'Empereur, ne craignit pas de lui faire entendre de sages conseils :

« Sire, lui dit-il, plus d'ambition, plus de despotisme ; nous voulons être libres et heureux. Il faut que Votre Majesté abjure le système de conquêtes et d'extrême puissance qui a fait le malheur de la France et le vôtre. »

Si La Bédoyére eut quelques illusions à cet égard, les premiers décrets impériaux furent de nature à les dissiper. En apprenant que la saisie des biens des membres du gouvernement provisoire de 1814 allait être ordonnée, il s'écria :

« Tout sera bientôt fini ! »

L'Empereur ne le nomma pas moins général de brigade, son aide de camp, et bientôt général de division 5, 6. En même temps, La Bédoyère était, le 2 juin 1815, appelé à la pairie. « Sa modestie s'étonna de tant d'honneurs. Au surplus, son dévouement ne se démentit pas 5. » Resté un des derniers sur le champ de bataille à Waterloo où il venait de se distinguer 6, il revint après ce « désastre 5 » occuper son siège à la Chambre des pairs, dite « des Cent-Jours ». Il s'y montra le chaud partisan des droits de Napoléon II à la couronne (séance du 22 juin 1815), et soutint que c'était pour son fils que l'Empereur avait abdiqué :

« Faudra-t-il, dit-il au milieu des interruptions et des rappels à l'ordre, que le sang français ait encore coulé pour passer sous le joug odieux de l'étranger, pour courber la tête sous un gouvernement avili ; pour voir nos braves guerriers abreuvés d'humiliations et d'amertumes et privés de l'existence due à leurs services, à leurs blessures, à la gloire de la nation ? J'ai entendu des voix autour du trône du souverain heureux ; elles s'en éloignent aujourd'hui qu'il est dans le malheur. L'abdication de Napoléon est indivisible. Si l'on ne veut pas reconnaître son fils, il doit tenir l'épée, environné de Français qui ont versé leur sang pour lui et qui sont encore tout couverts de blessures. Il sera abandonné par de vils généraux qui l'ont déjà trahi. »

Proposant que tout Français qui quitterait son drapeau fût noté d'infamie et vît « sa maison rasée et sa famille proscrite », il mit le comble à l'exaspération de plusieurs de ses collègues par ces mots :

« Alors plus de traîtres, plus de ces manœuvres qui ont occasionné les dernières catastrophes et dont peut-être quelques auteurs siègent ici.
Et d'ajouter :
Il y a des traîtres parmi les Pairs, depuis dix ans on n'a entendu au Luxembourg que des voix basses ! »

Le président le rappelle à l'ordre et Masséna lui dit : « Jeune homme, vous vous oubliez. » Pour lui, La Bédoyère avait prédit le sort qui l'attendait.

« Si les Chambres s'isolent de l'Empereur, mon sort n'est pas douteux. Je serai fusillé le premier ! »

L'arrestation

Charles de La Bedoyère, dessin d'Hortense de Beauharnais, vers 1815.

Après la reddition de Paris, La Bédoyère suit l'armée au-delà de la Loire, puis se fixe à Riom. On lui fait savoir que la loi d'amnistie l'avait compris parmi les exceptions et que, nommé dans l'ordonnance du 24 juillet 1815, il serait traduit devant un conseil de guerre. Le colonel — car la Restauration avait considéré comme nul tout grade de général conféré pendant les Cent-Jours — quitte Riom, muni d'un passeport en blanc pour se rendre en Amérique, que Fouché lui avait délivré, et tente de se diriger vers la Suisse.

Il y fût parvenu sans encombre, s'il n'avait eu l'idée de passer auparavant par Paris, soit qu'il ne pût résister au désir d'embrasser sa femme et son enfant, soit qu'il eût, comme on le lui reprocha, le projet de conspirer contre le gouvernement royal restauré. Dénoncé par un officier de gendarmerie qui se trouvait avec lui dans la voiture des messageries royales, il est aussitôt l'objet d'une surveillance étroite : on sait qu'il s'était fait conduire dans une maison au no 5 rue du Faubourg-Poissonnière chez Mme de Fontry; on suit sa trace et il est pris et arrêté le 2 août 1815. Fouché, qui le même jour donnait une grande fête à l'occasion de son mariage avec Mlle de Castellane, apprend, au milieu des danses cette arrestation, qu'il n'avait pas ordonnée lui-même et qu'il ne pouvait empêcher.

Le conseil de guerre

Benjamin Constant (1767-1830)
Article détaillé : conseil de guerre.

Impliqué dans un complot récemment découvert, La Bédoyère est conduit à la prison militaire de l'Abbaye. Ses amis et les membres de la famille, dont plusieurs étaient royalistes, essayent de l'enlever. Mais le projet, secondé pourtant par le geôlier, échoue maladroitement au dernier moment. La Bédoyère trouve un habile et courageux défenseur dans Benjamin Constant, qui écrit, le 11 août 1815, en forme de lettre au roi, un mémoire où il disait : « Je crois, dans l'intérêt du trône, qu'une mitigation de la peine, une détention sévère dans un château fort, vaut mieux que le sang de ce jeune homme versé dans la plaine de Grenelle. Je pense que cet acte de clémence serait un gage de réconciliation avec notre malheureuse armée. » Ces avis ne seront pas entendus.

Traduit, le 2 août, devant le 2e conseil de guerre permanent de la 1re division militaire, La Bédoyère comparait, le 9, devant ce conseil, composé de Anne Pierre de Bertier de Sauvigny 7, adjudant-commandant, qui présidait, Mazenot de Mondésir, adjudant-commandant, Durand de Sainte-Rose, adjudant-commandant, Saint-Just, chef de bataillon, adjoint à l'état-major, Lentivi, capitaine-adjoint à l'état-major, Boulnois, lieutenant de gendarmerie du département de la Seine, M. Viotti, chef de bataillon, adjoint à l'état-major, faisant les fonctions de ministère public, M. Gaudriot, capitaine de gendarmerie du département de la Seine, faisant celles de rapporteur. Il était prévenu de « trahison, de rébellion et d'embauchage ».

La Bédoyère se défend avec calme et simplicité.

« J'ai pu, dit-il, me tromper sur les véritables intérêts de la France ; j'ai pu être égaré par des illusions, par des souvenirs, par de fausses idées d'honneur ; il est possible que la patrie ait donné à mon cœur un langage chimérique. Mais la grandeur des sacrifices que j'ai faits, en m'exposant à rompre les liens les plus chers, prouve qu'il n'entrait dans ma conduite aucun motif d'intérêt personnel. Je n'ai ni l'intention ni la possibilité de nier des faits publics et notoires ; mais je proteste que je n'ai trempé dans aucun complot qui ait précédé le retour de Buonaparte ; je suis même convaincu qu'il n'a point existé de [conspiration] pour ramener Buonaparte de l'île d'Elbe… »

Le 15 août, il est condamné à la peine de mort à l'unanimité, comme coupable :

  1. de rébellion et trahison, et non d'embauchage ;
  2. de n'avoir pas profité du délai de huit jours accordé par l'ordonnance du roi, à tous les fauteurs 5 de Bonaparte, pour rentrer dans le devoir.

L'exécution

François Mauguin (1785-1854)

Le 19, le conseil de révision statua sur son pourvoi, qui fut rejeté, malgré une éloquente plaidoirie de Me Mauguin.

Tombe de La Bédoyère au cimetière du Père-Lachaise.

Le même jour, à six heures et demie du soir, toutes les démarches de sa famille auprès du roi étant restées vaines, il fut exécuté en plaine de Grenelle, à la barrière « des Ministres » 8. Il fut assisté au dernier moment par un prêtre qui l'avait élevé. S'avançant au-devant du peloton de vétérans chargés de l'exécution, il montra la plus grande fermeté et leur dit en montrant son cœur :

« C'est là qu'il faut frapper ! »

Quelques minutes après, il était mort.

Le 22 août 1815, son corps est transféré au cimetière du Père-Lachaise, 16e division (1re ligne face à la 17e division). Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine en 1871.

Le jugement de l'Empereur à Sainte-Hélène

De gauche à droite : La Bédoyère, Ney et Lavalette, Bibliothèque municipale de Grenoble.

À Sainte-Hélène c'est par Gourgaud, qui l'avait lu dans les journaux reçus, que Napoléon apprend la mort de Charles de La Bédoyère. C'était le 7 décembre 1815 : jour où est fusillé le maréchal Ney, avenue de l'Observatoire.

« Le Colonel de La Bédoyère était animé des plus nobles sentiments ; il avait été aide de camp du maréchal-duc de Montebello et du vice-roi d'Italie. Jeune homme de trente ans, il avait été élevé dès sa plus tendre enfance aux cris de « Vive l'Empereur ! » et était enivré de la gloire de la France. La conduite des Bourbons, leur asservissement à l'étranger, le déshonneur dont ils couvraient la nation, avaient révolté tous les sentiments de son âme, et, quoique sa famille, une des anciennes familles de Bretagne, fût attachée à la cour des Bourbons, il resta constamment en opposition, frémissant de l'avilissement de la France, et il appelait de tous ses souhaits, à grands cris, celui que la France voulait et que les étrangers redoutaient tant. Napoléon le reçut et le loua de son généreux dévouement, il y avait du courage, car il était le premier qui se ralliait à l'empereur, et il l'avait fait hardiment, au milieu de la place de Grenoble. Il n'y avait dans cet acte aucun sentiment personnel, aucune vue d 'ambition, même aucun sentiment d'amour-propre. »

— Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène

Dans son testament, en date du 15 avril 1815, l'Empereur léguait 100 000 francs aux enfants de La Bédoyère. Dans son codicille (daté du 24 avril 1821) il ajoutait la somme de 50 000 francs aux mêmes 9.

Récapitulatif

État de service

  • 11 octobre 1806 : Gendarme d'ordonnance de la Maison de l'Empereur ;
  • 1806-1807 : À la Grande Armée ;
  • 4 novembre 1806 : Lieutenant en second ;
  • 10 septembre 1807 : Passe au 11e chasseurs à cheval ;
  • 14 janvier 1808 : Aide de camp du maréchal Lannes ;
  • Campagne d'Espagne (1808) ;
  • 9 janvier 1809 : Capitaine ;
  • Armée d'Allemagne (campagne d'Allemagne (1809)) ;
  • 10 juin 1809 : Aide de camp du prince Eugène ;
  • 1810-1811 : En Italie ;
  • 26 décembre 1811 : Chef d'escadron ;
  • Campagne de Russie (1812) ;
  • 1er mai 1813 : Colonel du 112e régiment d'infanterie de ligne ;
  • Campagne de Saxe (1813) ;
  • Campagne de France (1814) ;
  • 3 février 1814 : Commandant provisoirement la 2e brigade de la 1re division militaire (Paris) ;
  • 14 mars 1814 : Commandant les 1er et 4e bataillons de son régiment à l'armée de Lyon ;
  • 4 octobre 1814 : Colonel du régiment d'Orléans (7e de ligne) ;
  • 26 mars 1815 : Maréchal de camp ;
  • 26 mars - 18 juin 1815 : Aide de camp de l'Empereur ;
  • Campagne de Belgique (1815) à l'Armée du Nord.

Titres

  • Chevalier Huchet de La Bédoyère et de l'Empire (à la suite du décret du 23 juin 1809 le nommant membre de la Légion d'honneur, lettres patentes du 12 novembre 1809, Fontainebleau) ;
  • Nommé, le 2 juin 1815, par Napoléon Ier pair des Cent-Jours, faisant de La Bédoyère, ipso facto, un comte de l'Empire 10

Distinctions

Legion Honneur Officier ribbon.svg Ordre de la Couronne de Fer Chevalier ribbon.svg Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis Chevalier ribbon.svg
  • Légion d'honneur 11 :
    • Légionnaire (23 juin 1809), puis,
    • Officier de la Légion d'honneur (21 juin 1813) ;
  • Ordre de la Couronne de fer
    • Chevalier (11 août 1809), puis,
    • Dignitaire 12 ;
  • Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis (1814) 5.

Armoiries

Figure Blasonnement
Blason famille fr Huchet.svg Armes de la famille Huchet

D'argent, à trois cors-de-chasse de sable, les embouchures à dextre.13

Ces armes furent ensuite portées par la branche des Huchet de Cintré 13.
Blason modèle fr Armes parlantes.svg Armes parlantes (Cor de chasse ⇒ huchet).
Article détaillé : Liste des meubles héraldiques # Huchet.
Blason famille fr Huchet Bedoyere.svg

French heraldic crowns - marquis v2.svg
Blason à dessiner.svg

Armes des Huchet de La Bédoyère

Écartelé : aux 1 et 4, d'argent, à trois huchets de sable, les embouchures à dextre (Huchet) ; aux 2 et 3, d'azur, à six billettes vidées (ou percées) d'argent, 3, 2 et 1 (La Bédoyère).13

Supports 
deux lions regardants.

  • Alias, la famille de La Bédoyère s'étant éteinte dans les Huchet, ces derniers ont porté les armes simples de La Bédoyère : D'azur, à six billettes percées d'argent, 3, 2 et 1.13
Couronne de marquis.
Supports 
deux lions regardants.
Orn ext chevalier de l'Empire OLH.svg
Blason Charles Huchet de la Bédoyère (1786-1815).svg
Armes du chevalier Huchet de La Bédoyère et de l'Empire

D'azur à la fasce d'or chargée d'une étoile du champ, et accompagnée de trois croissants aussi d'or, deux en chef, un en pointe le tout soutenu d'une champagne de gueules du tiers de l'écu au signe des chevaliers. 14

  • Livrées : les couleurs de l'écu 14

Notes et références

  1.  « Notice no 50160000491 » [archive], base Joconde, ministère français de la Culture
  2.  Georges César Raphaël Huchet (1814-1867), comte de La Bédoyère, député de la Seine-Inférieure, chambellan de Napoléon III
    Source 
    « La Bédoyère (Georges-César-Raphaël Huchet, comte de) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎1889 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore [archive]]
  3.  « Notice no 00000095100 » [archive], base Joconde, ministère français de la Culture
  4.  Corps créé par Napoléon Ier en 1806.
  5. ↑ a, b, c, d, e et f « La Bédoyère (Charles-Angélique-François Huchet, comte de) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition]
  6. ↑ a et b « Charles Angélique François Huchet de La Bédoyère », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]
  7.  Anne Pierre de Bertier de Sauvigny (1770-1848), vicomte de Bertier, garde du corps du comte d'Artois (1789), colonel (1815), maréchal de camp (1817), député de Seine-et-Oise (1815), gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi (1825), lieutenant-général honoraire (1830), chevalier de Saint-Louis, cofondateur des Chevaliers de la Foi, dont le père Louis Bénigne Bertier de Sauvigny et le grand-père Joseph François Foullon de Doué furent en juillet 1789 parmi les premiers massacrés de la Révolution.
  8.  Le lieu où il fut exécuté, la Barrière des Ministres (plus tard « de Grenelle »), une des portes du mur des Fermiers généraux qui ceinturait alors Paris, se trouve à la hauteur du 61, boulevard de Grenelle (Paris XVe, à l'emplacement actuel du guichet de vente de la station de métro Dupleix. C'est également en cet endroit que furent exécutés :
    • en 1809, Armand de Chateaubriand, frère de l'écrivain, royaliste ;
    • le 29 octobre 1812, les généraux conspirateurs Malet, Lahorie et Guidal.
    Généralement, les condamnés sortaient de Paris par cette porte, puis étaient adossés au mur face à la campagne.
    Source 
    Jacques HillairetDictionnaire historique des rues de Parisvol. 2 volumes et un supplément, Paris, Éditions de Minuit,‎ 1963
  9.  Las CasesLe Mémorial de Sainte-Hélène, Paris, édition établie par Marcel Dunan, Garnier,‎ 1983, 2 vol.
  10.  Le maréchal Brune (non-titré sous l'Empire), et le général-baron Girard, éphémère duc de Ligny, furent dans le même cas.
    Source 
  11.  « Notice no LH/1415/6 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  12.  « Réunion des musées nationaux » [archive]Plaque de dignitaire de l'ordre de la Couronne de Fer et son ruban ayant appartenu à La Bédoyère, aide de camp du prince Eugène. Collection prince Eugène. Malmaison, châteaux de Malmaison et Bois-Préau, surwww.photo.rmn.fr, Réunion des musées nationaux (consulté le 30 novembre 2011)
  13. ↑ a, b, c et d Jean-Baptiste RietstapArmorial généralt. (tome 1 [archive] et 2 [archive]), Gouda, G.B. van Goor zonen,‎ 1884-1887
  14. ↑ a et b « BB/29/970 page 506. » [archive]Titre de chevalier accordé à Charles, Angélique, François Huchet de la Bédoyère, à la suite du décret du 23 juin 1809 le nommant membre de la Légion d'honneur. Fontainebleau (12 novembre 1809)., surchan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 4 juin 2011)

Annexes

Sources et bibliographie

  • Marcel Doher, Des rêves de gloire au peloton d'exécution. Charles de La Bédoyère, 1786-1815, aide de camp de l'Empereur, Paris, J. Peyronnet et Cie, 1963.
  • « La Bédoyère (Charles-Angélique-François, Huchet de) », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]
  • « La Bédoyère (Charles-Angélique-François Huchet, comte de) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition]

Articles connexes

  • Château de Chastellux
  • 11e régiment de chasseurs à cheval
  • 112e régiment d'infanterie de ligne
  • 7e régiment d'infanterie
  • Liste des membres de la noblesse d'Empire
  • Armorial des chevaliers de l'Empire
  • Chronologie de la France pendant les Cent-Jours
  • 1815 en France
  • Ordonnance du 24 juillet 1815
  • Liste des généraux de la Révolution et du Premier Empire
  • Terreur blanche (France)
  • Terreur blanche de 1815
  • Liste des généraux de la Révolution et du Premier Empire ayant été exécutés
  • Liste de personnalités enterrées au cimetière du Père-Lachaise
  • Chambre introuvable
  • Rue Boissy-d'Anglas

Liens externes

Pour approfondir 
  • Christophe Bourachot, « Napoléon1er.com »un martyr de la Terreur blanche : le colonel Charles de La Bédoyère (1786-1815), sur napoleon1er.perso.neuf.fr (consulté le 30 novembre 2011)


25 septembre 2017

Simon Antoine

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Antoine Simon (1736-1794)

 

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Louis XVII et le cordonnier Simon. Gravure de Yan' Dargent, d'après le dessin d'E. Deschamps (Histoire de la Révolution d'Adolphe Thiers, 1866).

Antoine Simon, né le 21 octobre 1736 à Troyes, mort guillotiné le 28 juillet 1794 à Paris, est un maître cordonnier et révolutionnaire français, passé à la postérité pour avoir été le geôlier de Louis XVII au Temple en 1793.

Biographie

Fils de François Simon, marchand boucher à Troyes, et de Marie-Jeanne Adenet, il est baptisé le 21 octobre 17361. Envoyé jeune à Paris, il y apprend le métier de cordonnier. Il se marie une première fois, en novembre 1766, avec Marie-Barbe Hoyau, veuve Munster, qui meurt à l'Hôtel-Dieu, le 11 mars 17862. Il se remarie le 20 mai 1788, dans la paroisse Saint-Côme-Saint-Damien, avec Marie-Jeanne Aladame, née à Paris (Paroisse Saint-Étienne-du-Mont) le 25 juin 17463, morte dans la même ville, à l'hospice des Incurables, le 10 juin 18194, servante, fille de Fiacre Aladame, charpentier, et de Reine-Geneviève Aubert.

Engagé dans le mouvement révolutionnaire, il devient officier municipal de la Commune de Paris. Le 3 juillet 1793, le Comité de salut public lui confie la garde et l'éducation du fils de Louis XVI5.

Les auteurs royalistes, comme Jacques Mallet du Pan, ont diffusé l'image d'un Simon violent, vulgaire et alcoolique qui, avec son épouse, aurait eu un comportement abusif et brutal envers l'ancien dauphin6,7. Il n'est cependant pas prouvé que l'enfant ait subi des sévices durant cette période. Georges Bordonove trace le portrait d'un Simon « brave bougre », d'une intelligence et d'une culture limitées, entièrement dévoué à la cause révolutionnaire, malléable et fortement influencé par des dirigeants politiques comme Pierre-Gaspard Chaumette et Jacques-René Hébert, qu'il renseignait scrupuleusement. Arborant un grand bonnet de laine lui donnant une image repoussante, le cordonnier suivait l'idée de Chaumette de « donner quelque éducation » au prince en l'éloignant de sa famille « pour lui faire perdre l'idée de son rang »8.

N'ayant pas d'enfant et ne sachant pas s'en occuper, Simon réclame l'aide de sa femme, Marie-Jeanne Aladame, qui lui est accordée par la commune, avec trois mille livres d'appointement. Il semble que Madame Simon ait pris un certain soin de l'enfant, le nourrissant parfois plus que de raison et parvenant à lui rendre de la vivacité9. Les époux Simon sont cependant considérés par les historiens comme des personnages frustes et incultes. Selon certaines sources, Simon aurait parfois fait boire du vin à l'enfant, dans l'idée de lui donner de la vigueur, et lui aurait appris des mots grossiers « pour en faire un homme ». Le régime alimentaire et les leçons d'éducation administrés au prince par le couple Simon semblent avoir été fantaisistes9.

En outre, Simon aide apparemment Hébert à échafauder les accusations d'inceste contre Marie-Antoinette, l'enfant déclarant dans un procès-verbal que la reine encourageait ses séances de masturbation et le mettait souvent à coucher entre elle et sa tante à cette occasion10 mais il est probable que le procès-verbal soit truffé de chausse-trappes tendus au jeune enfant et pas exclu qu'il ait pu le rédiger sous la menace d'une gifle ou sous l'emprise d'une rasade d'eau-de-vie11.

En janvier 1794, son épouse tombe malade et Simon quitte le Temple pour assumer ses fonctions municipales.

Mis hors-la-loi avec les autres membres de la Commune le 9-Thermidor, Antoine Simon est guillotiné sur la place de la Révolution le 28 juillet 1794 (10 thermidor An II) en même temps que Robespierre, Saint-Just et Couthon,

Notes et références

  1. Gérald Pietrek, Simon présidan: geôlier de Louis XVII, Éditions Coprur, 1997, 160 pages, p. 14 (ISBN 2842080149).
  2. G. Lenotre, Le Roi Louis XVII et l'énigme du temple,Perrin, 1927, 451 pages, p. 101.
  3. voir Archives de Paris - État civil reconstitué.
  4. Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, vol. 88-94, 1970, p. 55.
  5. Maurice Garçon, Louis XVII ou la fausse énigme, Hachette, 1968, p. 8
  6. Jacques Bainville, Petite Histoire de France.
  7. Louis XVII. Analyses ADN cœur de Louis XVII et mystère [archive].
  8. Georges Bordonove, Louis XVII et l'énigme du temple, Pygmalion-Gérard Watelet, 1995, p. 177-179.
  9. a et b Georges Bordonove, Louis XVII et l'énigme du temple, Pygmalion-Gérard Watelet, 1995, p. 179-181.
  10. Georges Bordonove, Louis XVII et l'énigme du Temple, Pygmalion, 1995, p. 191
  11. Philippe Delorme, L'Affaire Louis XVII, Éditions Tallandier, 1995, p. 93-97

Liens externes

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24 septembre 2017

Lanjuinais Jean-Denis

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Jean-Denis Lanjuinais

Jean-Denis Lanjuinais

Profil_de_Jean-Denis_Lanjuinais


Lanjuinais en 1790.
Fonctions
Député de la sénéchaussée de Rennes (Bretagne)
17 avril 1789 – 17 juin 1791
Élection 17 avril 1789
Monarque Louis XVI, Roi de France et de Navarre, puis roi des Français
Législature États généraux de 1789
Groupe politique Tiers état
Député de la sénéchaussée de Rennes
(Ille-et-Vilaine)
17 juin 1789 – 30 septembre 1791
Législature Assemblée nationale constituante
Groupe politique Tiers état
Député d'Ille-et-Vilaine à la Convention nationale
21 septembre 1792 – 26 octobre 1795
Élection 5 septembre 1792,22 vendémiaire an IV(14 octobre 1795)
Président de la Convention nationale
4 juin 1795 – 19 juin 1795
Prédécesseur Jean-Baptiste Charles Matthieu
Successeur Jean-Baptiste Louvet de Couvray
« Député » d'Ille-et-Vilaine au Conseil des Anciens
27 octobre 1795 – 20 mai 1797
Membre du Sénat conservateur
18 ventôse an VIII (9 mars 1800) – avril 1814
Membre de la Chambre des pairs
4 juin 1814 – mars 1815
Député de la Seine à la Chambre des représentants
3 juin 1815 – 13 juillet 1815
Élection 7 mai 1815
Président de la Chambre des représentants
4 juin 1815 – 13 juillet 1815
Prédécesseur Joseph-Henri-Joachim Lainé
Successeur Joseph-Henri-Joachim Lainé
Membre de la Chambre des pairs
août 1815 – 13 janvier 1827 (†)
Successeur Paul Eugène Lanjuinais
(à titre héréditaire)
Biographie
Date de naissance 12 mars 1753
Lieu de naissance Rennes
Drapeau du duché de Bretagne Province de Bretagne
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Date de décès 13 janvier 1827 (à 73 ans)
Lieu de décès Paris
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Nationalité Drapeau de la France Française
Parti politique Club breton (Jacobins)
Plaine
Modérés
Indépendants
Enfant(s) Paul Eugène (1799-1872)
Victor (1802-1869)
Julie Pauline (1805-1884)
Diplômé de Université de Rennes
Profession Avocat
Professeur de droit

Jean-Denis Lanjuinais
 

Jean Denis Lanjuinais (° 12 mars 1753 - Rennes † 13 janvier 1827 -Paris), était un juriste et homme politique français de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle.

Député pour la sénéchaussée de Rennes aux États généraux de 1789, puis député d'Ille-et-Vilaine à la Convention nationale, il poursuit sa carrière politique comme sénateur du Premier Empire et membre de la Chambre des pairs sous la Restauration.

 

Sommaire

 
  • 1 Biographie
    • 1.1 L'avocat breton
    • 1.2 Le constituant
      • 1.2.1 Au comité ecclésiastique
    • 1.3 Le conventionnel
      • 1.3.1 La lutte contre les Montagnards
      • 1.3.2 Traqué
      • 1.3.3 Le thermidorien
    • 1.4 Sous le Directoire
    • 1.5 L'opposition à Napoléon Ier
    • 1.6 1814-1815
    • 1.7 La Seconde Restauration
  • 2 Œuvres
  • 3 Vie familiale
  • 4 Titres
  • 5 Distinctions
  • 6 Armoiries
  • 7 Notes et références
  • 8 Annexes
    • 8.1 Articles connexes
    • 8.2 Liens externes
    • 8.3 Bibliographie

 

Biographie

L'avocat breton

Jean-Denis Lanjuinais était le second des quatorze enfants de « noble maître 1 » Joseph Anne Michel Lanjuinais, avocat au Parlement de Bretagne et de Hélène Marguerite de Capdeville (fille de Pierre-Denys de Capdeville, écuyer, écrivain principal des vaisseaux du roi à Port-Louis). Sa famille était originaire de la paroisse de Pleumeleuc et appartenait à la petite bourgeoisie 1.

Lanjuinais effectua de brillantes études de droit à la faculté de droit de Rennes. Il devint grâce à une dispense d'âge avocat et docteur en droit en 1771. Une nouvelle dispense l'autorisa à concourir pour une chaire de droit à la faculté de Rennes ; son âge mit obstacle à sa nomination 1. En1775, il emporta, à un nouveau coucours, la chaire de « droit ecclésiastique ».

Désigné par les trois États de Bretagne en 1779, comme leur avocat conseil, il fut bientôt mis en vue par un procès relatif au droit de colombier, revendiqué par la noblesse sur simples titres et en l'absence de possession. Prenant violemment à partie les ordres privilégiés, Lanjuinais combattit ces prétentions, et triompha ; mais les débats très ardents de cette affaire et les ennuis qu'il en retira le décidèrent à se livrer exclusivement aux travaux du professorat 1.

Dès 1788, Lanjuinais se déclara le défenseur des droits du tiers état dans deux brochures : Réflexions patriotiques, une critique acerbe de la noblesse, et le Préservatif contre l'Avis à mes compatriotes.

Le constituant

En 1789, Lanjuinais est désigné comme rédacteur des cahiers de doléances du tiers état de la sénéchaussée de Rennes, dans lesquels il demande notamment l'abolition des droits féodaux et de la noblesse en tant qu'ordre.

Il est élu, le 17 avril 1789, député du tiers état aux États généraux et devient, avec Le Chapelier, un des principaux fondateurs du Club breton, ancêtre du Club des Jacobins.

Le Serment du Jeu de paume par David, musée Carnavalet.

Dès le 19 juin, Lanjuinais demanda la création d'un comité des subsistances ; participa, le 23, aux événements qui amenèrent la séance du Jeu de Paume, et figura à ce titre dans le célèbre tableau de David. Quelques jours après, il censura les formes impérieuses « J'ordonne, je veux », dont Louis XVI s'était servi dans la séance royale, déclarant« qu'elles ne devaient plus trouver place dans le langage parlementaire ».

Orateur prolixe (ses discours brefs, incisifs, et toujours véhéments, faisaient une forte impression sur l'Assemblée 1), Lanjuinais se montre un ferme opposant aux privilèges. Il attaqua les protestations réitérées de la noblesse de Bretagne contre les actes de l'Assemblée, combattit les parlements, réclama l'abolition de plusieurs privilèges, refusa le titre de prince aux membres de la famille royale, et s'opposa même, après l'abolition des distinctions, à ce que le roi portât le « cordon bleu ». Il réclamait d'autre part pour Louis XVI le titre de roi des Français et des Navarrais.

Pendant les derniers mois de l'année 1789, il s'occupa surtout de la loi électorale et demanda en particulier que les citoyens actifs fussent dispensés de la condition d'éligibilité relative à la contribution directe si, au premier tour de scrutin, ils avaient réuni les trois quarts des suffrages. Il apparut à la tribune pour y demander la suppression absolue de la noblesse, l'abolition des corvées dues à l'injustice et à la force, pour discuter avec Robespierre la légitimité des droits de triage acquis par prescription sur les biens communaux, ou pour disserter sur les halles et marchés, sur les droits de minage ou sur les droits féodaux maritimes, etc.

En 1790, le talentueux et particulièrement acerbe journaliste contre-révolutionnaire Antoine de Rivarol écrit à propos de Jean-Denis Lanjuinais 2 : « Lanjuinais, patriote, avocat et Breton : trois titres pour parler beaucoup, et même pour se faire écouter. M. Lanjuinais n’a jamais eu de ces mouvements d’éloquence qui émeuvent l’auditoire, mais il a eu souvent de ces emportements qui lui plaisent. Il aurait même poussé quelquefois la chaleur jusqu’à l’injure, si on eût pu distinguer ce qu’il pensait à travers ce qu’il disait : mais l’obscurité adoucit les traits les plus amers, et on fait tout entendre avec son secours ».

Au comité ecclésiastique

J. D. Lanjuinais (d'après une estampe du Musée Carnavalet) dans l'Histoire socialiste de la France contemporaine de Jean Jaurès.

Mais c'est au sein du comité ecclésiastique depuis le 20 août 17891, dont il est membre, que Lanjuinais eut un rôle important : il s'oppose à la confiscation des biens du clergé et à la suppression de la dîme. Il est d'autre part l'un des principaux rédacteurs de la Constitution civile du clergé. Il manifeste, dans cet exercice, un certain gallicanisme dans ses travaux, souhaitant voire l'Église de France soumise au pouvoir civil, ainsi qu'une vive hostilité vis-à-vis du Haut clergé et des prêtres réfractaires. Il propose également de confier la tenue de l'état civil à la municipalité.

Pendant le mois de juin 1790, il ne quitta presque pas la tribune de l'Assemblée : le1er juin, il demanda, au nom du comité, la suppression des sièges archiépiscopaux; puis il fit lecture de l'article Ier du décret sur la Constitution ecclésiastique portant que chaque département français formerait un seul diocèse.

Sur l'article II qui défendait à toute église et paroisse de France et à tout citoyen de reconnaître l'autorité d'un évêque ordinaire ou métropolitain dont le siège serait établi sous une domination étrangère, ou celle de ses délégués résidant en France ou ailleurs, Lanjuinais se borna à proposer cet amendement : « Le tout, sans préjudice de l'unité de foi et de la communion qui sera entretenue avec le chef visible de l'Eglise, » Peut-être, comme Treilhard, Camus, Expilly, Martineau, souhaitait-il, non pas l'unité catholique, mais la simple unité gallicane, dépendante du pouvoir civil, et organisée à la manière des églises russe ou anglicane 1.

Très hostile aux prêtres réfractaires, il présenta, le 8 février 1791, au nom du comité ecclésiastique, un rapport sur les pensions accordées aux curés déchus de leurs fonctions pour refus de serment. Le comité leur allouait une pension de 500 livres au maximum, mais il était spécifié qu'ils n'y auraient droit qu'après avoir donné « l'acte formel de leur démission ». L'Assemblée refusa d'imposer cette condition.

Lanjuinais se prononça aussi contre la latitude laissée aux non-conformistes par le directoire de Paris de célébrer, à leurs frais, dans l'ancienne église des Théatins, le culte « orthodoxe », et il proposa, dit le Moniteur, de « regarder comme non avenu l'arrêté du département de Paris relatif à la liberté des cultes ».

Chargé de la rédaction d'une loi pour la constatation de l'état civil des citoyens et sur le règlement des dispenses de mariages, il présenta un projet qui confiait aux officiers municipaux la rédaction et la conservation de l'état civil, restreignait les empêchements au mariage à un petit nombre, et proposait d'abolir entièrement les dispenses. Ce projet, ajourné par la Constituante, fut adopté sauf de légères modifications par l'Assemblée législative : le code civil s'en est inspiré.

En 1791, il se rallie aux Feuillants mais ne semble pas avoir totalement coupé les ponts avec les Jacobins.

Le conventionnel

Après la clôture de la session et durant la Législative, Lanjuinais revint à Rennes où il retrouve son poste de professeur de droit. Il est élu officier municipal et devient membre de la Haute Cour nationale.

À Rennes, il se lia étroitement avec l'évêque constitutionnel Le Coz (dont son frère, Joseph-Elisabeth, était vicaire). D'autre part, il publie en 1792 en collaboration avec le curé constitutionnel de la paroisse Toussaints, nommé Manigui, uneIntroduction conforme à la doctrine de l'Église catholique, apostolique et romaine.

Le 5 septembre 1792, il fut élu député d'Ille-et-Vilaine à la Convention nationale, le 1er sur 9, « à la pluralité des voix ». Lanjuinais y siège dans le camp des Girondins tout en partageant certaines vues de la Plaine.

La lutte contre les Montagnards

Il s'attaque d'emblée aux Montagnards avec la même ardeur qu'il avait montrée naguère contre l'orthodoxie romaine. Dès son retour à Paris, il proteste ainsi aux Jacobins contre la prestation de serment de haine aux rois et à la royauté. Ce serment ayant été voté, Lanjuinais se retira en protestant.

À la Convention, il ne cessa d'opiner avec la droite : bien que justifiant les massacres de Septembre 1792, il demande dès le 14 septembre avec Kersaint des poursuites contre leurs auteurs. Le 22, il fit ajourner une motion de Tallien appelant à renouveler les corps administratifs et judiciaires. Le 23, il proposa avec Kersaint l'organisation d'une force publique départementale de 24 000 hommes qui feraient alternativement le service à Paris pendant trois mois, pour « protéger » la Convention, puis il appuya de toutes ses forces Louvet dans ses récriminations contre Robespierre.

Ce fut surtout à l'occasion du procès de Louis XVI qu'il manifesta ses sentiments contre-révolutionnaires. Duhem et Bazire ayant demandé, après la plaidoirie de de Sèze, que l'on décidât sur-le-champ si Louis avait mérité la mort, il s'écria en les apostrophant :

« Le temps des hommes féroces est passé. Il ne faut plus songer à nous arracher des délibérations qui pourraient déshonorer l'assemblée... Aujourd'hui, citoyens, on veut faire juger l'accusé sans vous donner le temps de méditer sa défense, eh bien ! Moi je viens vous demander le report d'un décret barbare, qui vous a été ravi en peu de minutes et, par voie d'amendement, celui qui vous a faits juges dans cette affaire. »

Il demande le report du décret qui ordonne que le roi sera jugé par la Convention. « Nous ne pouvons être à la fois dans la même affaire et législateurs et accusateurs et juges », proclame-t-il. À cette occasion il harangue les députés de la Convention « Je ne vois que des ennemis déclarés du roi, tout à la fois accusateurs, témoins, jurés et juges, pour des crimes que vous avez commis vous-mêmes ». Lanjuinais refusa de prendre part à la discussion du procès ; puis, quand vinrent les appels nominaux, il répondit ainsi : Au 1er appel nominal :

« Oui, sans être juge. »

Au 2e appel nominal :

« Je dis oui, si vous condamnez Louis à mort : dans le cas contraire, je dis non..... J'entends dire que mon suffrage ne sera pas compté ; comme je veux qu'il le soit, je dis oui. »

Au 3e appel nominal :

« Comme homme,je voterais la mort de Louis ; mais comme législateur, considérant uniquement le salut de l'État et l'intérêt de la liberté, je ne connais pas de meilleur moyen pour les conserver et les défendre contre la tyrannie, que l'existence du ci-devant roi. Au reste, j'ai entendu dire qu'il fallait que nous jugeassions cette affaire comme la jugerait le peuple lui-même, Or le peuple n'a pas le droit d'égorger un prisonnier vaincu ; c'est donc d'après le vœu et les droits du peuple, et non d'après l'opinion que voudraient nous faire partager quelques-uns d'entre nous, que je vote pour la réclusion jusqu'à la paix, et pour le bannissement ensuite, sous peine de mort en cas qu'il rentrât en France. »

Entre le second et le troisième appels, Lanjuinais, s'opposant à nouveau à la Montagne, avait fait de vains efforts pour demander que la condamnation ne pût être prononcée que par les trois quarts des suffrages.

À partir de ce moment, il se trouva en lutte presque quotidienne avec la Montagne. Il réclama avec insistance la punition des massacres de septembre. Lanjuinais s'oppose ensuite à la création du Tribunal révolutionnaire, et, le 13 avril 1793, il vote pour la mise en accusation de Marat, tout en dénonçant l'existence d'un comité d'insurrection.

Compris, depuis le 15 avril, au nombre des 22 dont la Commune demandait l'expulsion, il riposta, le 24 mai, en dénonçant, à son tour, la Commune à l'Assemblée et demanda la création dans la capitale d'une municipalité pour chaque 50 000 habitants.

Il demande aussi le rapport du décret qui a cassé la Commission des Douze dont il prend la défense contre les attaques des pétitionnaires et des membres de l'extrémité gauche de l'Assemblée, principalement dans sa lutte contre Hébert. Mais la commission fut dissoute le 31 mai. Dénoncé par les sections de Paris, il défend l'ex-ministre Roland et refuse toute démission ou suspension.

Lanjuinais à la tribune de la Convention, Charles Müller (1815-1892), 1868.

Dans la nuit du 1er au 2 juin 1793, le tocsin, la générale et le canon d'alarme se firent entendre dans Paris. La Convention fut envahie par les hommes du comité insurrectionnel. Au milieu du tumulte, Lanjuinais s'élança à la tribune et eut de violentes altercations avec plusieurs Montagnards (à coups de poing et à coups de pistolet1), qu'il accuse d'aspirer à la tyrannie :

« Non, Paris est pur, Paris est bon, Paris est opprimé par des tyrans qui veulent du sang et de la domination.3 »

Attaqué par de nombreux députés, il ne peut conserver la parole. Dénoncé de nouveau par une députation des autorités municipales, il refusa de se démettre de son mandat, à l'exemple d'Isnard, de Lanthenas, de Fauchet.

« N'attendez de moi, dit-il, ni suspension, ni démission. »

Son arrestation, et celle des autres chefs de la Gironde, fut décrétée. Le lendemain il adressait une pétition à la Convention pour être immédiatement jugé. Gardé à vue chez lui par un gendarme, il publia un récit de l'insurrection des trois jours, reçut les félicitations de ses amis de Rennes et de Saint-Malo, et finit par s'évader.

Traqué

Il se rendit à la campagne de M. de Chateaugiron près d'Argenteuil, de là à Caen, où les Girondins proscrits essayaient d'organiser la résistance, puis à Rennes ; là, il profita de ses loisirs pour publier sous le titre unique : Dernier crime de Lanjuinais, une brochure dans laquelle il dénonçait aux assemblées primaires la Constitution de 1793. Le 28 juillet 1793, il est déclaré traître à la patrie par la Convention nationale.

Mais bientôt l'armée du Calvados fut mise en déroute ; les Girondins proscrits durent prendre la fuite, et Carrier fit à Rennes des recherches actives contre Lanjuinais mis « hors-la-loi ».

Celui-ci dut passer dix-huit mois caché dans un petit grenier à peine assez grand pour contenir un matelas, une table et quelques livres, éclairé par une lucarne à demi bouchée avec un fagot, et n'ayant pour issue qu'un trou pratiqué au niveau du sol, sous la tapisserie d'une chambre voisine. Afin de détourner les soupçons, Mme Lanjuinais, sur le conseil de son mari, qui rédigea lui-même les pièces préparatoires, avait demandé le divorce, qui fut prononcé le 12 novembre 1793.

Le thermidorien

Lanjuinais, député du département de Lille et Vilaine, déclaré hors la loi le 28 juillet 1793, rappelé à la Convention le 9 thermidor, etc....

Rendu à la liberté quelques mois après le coup d'État du 9 thermidor, Lanjuinais fut en outre réintégré, le 18 ventôse an III (8 mars 1795), dans ses fonctions de représentant. Son premier soin fut de faire annuler son divorce.

Pendant la Convention thermidorienne, Lanjuinais est l'un des anti-jacobins les plus virulents. Après avoir pris part à la mission des représentants chargés de la pacification de la chouannerie en Vendée, il reparut à la tribune de la Convention le11 floréal an III, pour demander l'abrogation des lois qui frappaient les parents d'émigrés, pour défendre les prêtres déportés et la liberté de culte ; puis il soutint la proposition de Lesage de traduire devant les tribunaux ordinaires les députés compromis dans l'insurrection de prairial, et fut chargé, le 11 prairial, par les comités de salut public, de sûreté générale et de législation, de présenter, pour la restitution des édifices consacrés au culte, un projet de décret que l'assemblée adopta. Cette attitude le fit accuser de royalisme par Tallien ; mais Lanjuinais fut défendu par Louvet, par Sieyès et par le boucher Legendre, le même Legendre qui, parlant de l'assomer dans la journée du 2 juin 1793, reçut, dit-on, de lui, cette réponse:

« Fais d'abord décréter que je suis bœuf ! »

Il parvient à se faire élire président de la Convention en juin 1795.

Républicain modéré et libéral, Lanjuinais est aussi l'un des rédacteurs de la Constitution de l'an III qui répond à une partie de ses vues. Enfin, il s'oppose au 13 vendémiaire.

Sous le Directoire

Après la session conventionnelle, Lanjuinais fut élu, le 22 vendémiaire an IV, « député » au Conseil des Anciens par 73 départements, il opta l'Ille-et-Vilaine, prit plusieurs fois la parole et quitta l'Assemblée le 1er prairial an V.

Malgré son prestige, il ne parvint pas à se faire élire directeur. Membre du Club de Clichy, mais combattu par les royalistes, il ne fut pas réélu en 1797 et devint professeur de législation à l'École centrale de Rennes.

La même année, il protesta contre le coup d'État du 18 fructidor an V, mais se montra plus favorable à celui du 18 brumairean VIII.

L'opposition à Napoléon Ier

Le comte Lanjuinais, caricature.

Aussi fut-il désigné, le 18 ventôse suivant, pour faire partie du Sénat conservateur. Il s'y fit remarquer par une indépendance relative, affichant constamment des idées libérales : il s'opposa aux proscriptions qui suivirent l'affaire de la machine infernale (attentat de la rue Saint-Nicaise), combattit, en 1802, l'élévation de Bonaparte au Consulat « à vie »(Constitution de l'an VIII), et, en 1804, son élévation à l'Empire (Constitution de l'an XII). Il fut cependant nommé, le 9 vendémiaire an XII, membre de la Légion d'honneur et, le 25 prairialde la même année, commandant du même ordre ; puis, le 23 mai 18081, il fut créé comte de l'Empire.

Le Sénat lui donnant peu d'occupation, il fonda, de concert avec Target, Portalis et Malleville, une école libre de droit qui fut connue sous le nom d'« Académie de législation »et dans laquelle il enseigna avec succès le droit romain. Dupin aîné y fut un de ses élèves 1.

Il étudia vers la même époque les théogonies orientales, apprit, malgré son âge, l'anglais et l'allemand, présida l'Académie celtique, se lia avec les plus savants orientalistes de l'époque, et succéda en 1808 à Bitaubé comme membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

1814-1815

Le comte Lanjuinais.

En mars 1814, lorsque Paris fut investi par les alliés, Lanjuinais se réunit à Lambrechts et à Grégoire pour voter la déchéance de l'Empereur et l'établissement d'un gouvernement provisoire.

Rallié à Louis XVIII qui le nomme membre de la Chambre des pairs le 4 juin 1814, il combattit la loi de censure du 21 octobre 1, et s'opposa vivement à la proposition du maréchal Macdonald relative à l'indemnité des émigrés, pour la limiter seulement aux personnes réellement indigentes.

En mars 1815, Lanjuinais se retira à la campagne, n'offrit qu'un timide soutien au retour au pouvoir de Napoléon Ier, s'abstint de prêter serment à l'Empereur. Rayé de la liste des Pairs, le collège de département de la Seine le nomma 4, le 7 mai 1815, représentant à la « Chambre des Cent-Jours ». Lanjuinais siège parmi les libéraux hostiles au régime autoritaire de Napoléon

Lors de la constitution du bureau, le 4 juin 1815, Lanjuinais réunit 189 suffrages pour la présidence, contre Merlin de Douai, candidat de l'Empereur, qui n'en eut que 49. Napoléon tint un conseil d'État pour savoir s'il ratifierait cette élection ; puis il fit venir l'ancien sénateur et lui demanda, dit-on 1 : « Me haïssez-vous ? » Sur sa réponse négative, Napoléon, d'après un récit de M. Victor Lanjuinais, dans une notice sur son père, aurait embrassé le président élu et envoyé Regnault de Saint-Jean-d'Angély porter à la Chambre son acceptation. Son rôle du président de la Chambre étant surtout passif, Lanjuinais ne prit part qu'à la discussion de l'adresse, où il fit substituer le mot de héros à celui de grand homme, en observant que celui-ci supposait des vertus dont celui-là pouvait plus aisément se passer.

À la présidence, son rôle est assez passif jusqu'à la défaite de Waterloo (18 juin). Avec Fouché et La Fayette, il prend la tête du mouvement prônant l'abdication de l'empereur. Le 21 juin, au comité spécial tenu aux Tuileries, il soutient une proposition en ce sens, et, lorsque les étrangers, entrés dans Paris, occupèrent militairement les postes de la Chambre, il réunit 80 représentants dans son domicile, pour signer avec eux un procès-verbal constatant la violence qui leur était faite.

Le 13 juillet, Louis XVIII dissout la Chambre, ce qui mit fin au mandat de Lanjuinais. Néanmoins, le roi le maintint à la Chambre des pairs par une mesure exceptionnelle, et le nomma président du collège électoral de Rennes, au moment de la convocation de la nouvelle Chambre. Lanjninais ouvrit les opérations du vote par un discours où il recommandait de n'élire que des « royalistes constitutionnels, à qui les intérêts du peuple soient chers autant que ceux du trône », cette manifestation donne la note exacte de la conduite politique de Laujuinais pendant les douze ans qu'il siégea encore à la Chambre des pairs de la seconde Restauration.

La Seconde Restauration

Jean Denis, comte Lanjuinais, pair de France, estampe, Musée de l'Histoire de France (Versailles).

Il reprend alors sa place à la Chambre des pairs et est nommé président du collège électoral de Rennes pour les élections de la nouvelle Chambre des députés.

Lanjuinais se range dans le camp des royalistes constitutionnels, combattant avec ténacité les ultra-royalistes. Le 26 octobre 1815, il prononce ainsi un fameux discours contre la proposition de loi visant à suspendre les libertés individuelles. Ce discours improvisé, qu'il dicta de mémoire en rentrant chez lui et fit imprimer la nuit même, entraîna une violente campagne des ultras contre sa personne. Plusieurs éditions en furent épuisées rapidement, mais, comme la loi avait été votée le 27, le duc de Saint-Aignan l'accusa d'avoir excité, par l'impression de son discours, au mépris d'une loi votée par la Chambre et demanda qu'il fût censuré. En même temps les journaux ministériels l'attaquaient partout avec violence ; on répandait contre lui des pamphlets injurieux, et les censeurs refusaient l'impression des articles que les journaux opposants voulaient publier en sa faveur. La Chambre des pairs ayant pris en considération la proposition Saint-Aignan, Lanjuinais dut publier, au mois de décembre, un Mémoire justificatif, dont l'effet fut immédiat, car la proposition n'eut pas de suite.

Dans le procès du maréchal Ney, Lanjuinais fit remarquer que l'accusé était sous la sauvegarde de la capitulation du 3 juillet et que cette exception « non pas seulement préjudicielle, mais péremptoire, devait détruire l'accusation. » Il s'opposa à la condamnation du maréchal, et quand celle-ci devint inévitable, le comte se prononça contre son exécution et vota pour la déportation.

Lanjuinais continua de repousser les menées réactionnaires de la Chambre introuvable. En 1816, il se prononça contre la suppression des pensions des prêtres mariés, contre la restitution au clergé des biens nationaux non vendus, contre le rétablissement des cours prévôtales (27 décembre) et contre la loi d'amnistie qu'il qualifia de « loi de proscription ».

Après l'ordonnance du 5 septembre 1816 (dissolution de la Chambre), Lanjuinais soutint le ministère Decazes et appuya la loi des élections en 1817, et la loi de recrutement en 1818. Partisan du ministère modéré du duc de Richelieu, il ne cessa de réclamer le rappel des proscrits et la réintégration des 29 pairs qui avaient siégé dans la Chambre des Cent-Jours.

En 1820, les ultras reviennent au pouvoir, le ministère de Villèle revint au système de bascule : alors Lanjuinais reprit son attitude farouchement opposante et s'efforça de résister aux mesures de réaction qui marquèrent les administrations de MM. Pasquier et de Villèle.

Lanjuinais publie à cette époque de nombreux articles sur la politique et la religion, dont ses Constitutions de la nation française (1819), puis plusieurs publications dans lesquelles il dénonce l'ultramontanisme. Il mettait la dernière main à une étude historique sur la célèbre maxime : (la) « Lex fit consensu populi et constitutione regis », lorsqu'il mourut, le13 janvier 1827, presque subitement d'une rupture d'anévrisme. Il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise (30e division,« avenue des Peupliers ») 5.

M. de Ségur prononça l'éloge de Lanjuinais à la Chambre des pairs le 1er mars 1827, et Dacier à l'Académie des Inscriptions le 25 juillet 1828.

Œuvres

Les mémoires qu'il composa et qu'il fit imprimer pendant les dix années qui précédèrent la Révolution forment quatre volumes in-4° : en même temps il préparait sur le droit canonique, comme résumé de son enseignement, deux grands ouvrages écrits en latin dont les événements politiques empêchèrent la publication :

  • (la) « Institutiones juris ecclesiastici ad fori gallici usum accomodatœ » et
  • (la) « Prœlectiones juris ecclesiastici juxta seriem gregorianœ decretalium collectionis ».
  • Réflexions patriotiques (1788) :
Une critique acerbe de la noblesse destinée à répondre à l'Arrêté de quelques nobles de Bretagne, en date du 25 août, où Lanjuinais relevait vivement l'affectation dédaigneuse avec laquelle l'Arrêté parlait des mouvements de « quelques particuliers du tiers ».
  • Préservatif contre l'Avis à mes compatriotes (1788). Il s'y exprimait ainsi :

« Nous rejetons avec une égale horreur la démocratie, l'aristocratie et le despotisme ; mais nous chérissons cette forme mixte tant désirée des anciens politiques, tant applaudie par les modernes, d'où, du concours du roi, des grands et du peuple agissant par ses représentants, sortiront des résultats d'une volonté générale et constante qui feront régner uniquement la loi sur toutes terres de l'Empire. »

« Si le tiers-état ne fait maintenant que de vains efforts, si, dans un siècle de lumière et de philosophie, il s'amuse à secouer ses chaînes sans parvenir à les briser, le joug de la noblesse va s'appesantir de plus en plus sur nos têtes ; d'exemptions en exemptions, de surcharges en surcharges, d'exclusions en exclusions, nous deviendrons, peu à peu, comme les ilotes chez les Spartiates, et, si nous causons jamais de l'inquiétude à nos maîtres, ils nous donneront aussi la chasse comme à des bêtes fauves. »

  • Introduction conforme à la doctrine de l'Église catholique, apostolique et romaine (1792) ;
  • Dernier crime de Lanjuinais (1793) ;
  • La Bhagavad Gita (publication posthume, 1832)

La dernière période de sa vie parlementaire fut marquée par un grand nombre de publications religieuses ou politiques qui parurent, soit en volumes séparés, soit dans la Revue encyclopédique, qu'il contribua à fonder avec Jullien de Paris, fils du conventionnel Julien de Toulouse, dans la Chronique religieuse, le Mercure de France, le Journal de la Société asiatique, les Annales de grammaire, et l'Encyclopédie moderne de Courtin. Parmi ces publications, dont la longue liste a été donnée par les dictionnaires bibliographiques, on peut citer :

  • le traité en deux volumes des Constitutions de la nation française, avec un essai sur la charte (1819) ;
  • le mémoire intitulé Appréciation du projet de loi relatif aux trois concordats, qui eut six éditions de 1807 à 1827, et dans lequel il combat, comme contraire aux libertés de l'église gallicane, le concordat de Léon X et de François Ier, ne cachant pas son opposition à la bulle « Unigenitus » et ses sympathies persistantes pour la constitution civile du clergé ;
  • des Études biographiques et littéraires sur les jansénistes Arnault et Nicole ;
  • une notice sur la Bastonnade et la flagellation pénale ;
  • enfin un petit livre intitulé les Jésuites en miniature.
  • On a publié (août 1890) des lettres adressées par Lanjuinais à ses fils alors au collège et qui le montrent fortement nourri de la « tradition de Port-Royal » (jansénisme).

Vie familiale

Article détaillé : Famille Lanjuinais.

Fils de Joseph Anne Michel Lanjuinais (1720-1785), sieur des Planches, avocat au parlement de Bretagne et de Hélène-Marguerite de Capdeville (1729-1800), Jean-Denis Lanjuinais épouse, le 12 juin 1787 à Rennes, Julie-Pauline-Julie Pauline Sainte des Champs de La Porte (1769-1841), fille de Jean François Yves Deschamps de La Porte, maître particulier des eaux et forêts de Fougères, lieutenant au siège royal et maître des Eaux et forêts de Rennes et conseiller du roi. Pour conserver leurs biens pendant la Terreur les époux divorcent de novembre 1793 au 19 mars 1795.

  • Ils eurent six enfants, dont trois survécurent :
    • Paul-Eugène, comte Lanjuinais, (1799-1872), avocat, membre de la Chambre des pairs à la mort de son père, dont :
      • Postérité ;
    • Victor-Ambroise« vicomte » Lanjuinais, (1802-1869), ami de Tocqueville, conseiller municipal du Xe arrondissement de Paris (1830), député (1830, 1848, 1864, Loire-Inférieure), membre du gouvernement provisoire de la République (1848), ministre du commerce (1849) ;
    • Julie-Pauline, (1805-1884), épouse le 20 août 1822 avec général Auguste-Marie, 1er baron de Berthois (1787-1870), dont :
      • Postérité ;

Titres

  • Comte Lanjuinais et de l'Empire (mai 1808, Bayonne) ;
  • Pair de France 6 :
    • Pair « à vie » (4 juin 1814) ;
    • Comte-pair héréditaire (31 août 1817, lettres patentes du 13 mars 1819, sans majorat).

Distinctions

  • Légion d'honneur 7 :
    • Légionnaire (9 vendémiaire an XII : 2 octobre 1803), puis,
    • Commandant de la Légion d'honneur (25 prairial an XII : 14 juin 1804).
  • A titre d'hommage, une rue de Rennes a été baptisée à son nom, ainsi qu'un amphithéâtre de l'IEP de Rennes.

Armoiries

FigureBlasonnement
Orn ext comte sénateur de l'Empire ComLH.svg
Escutcheon to draw-fr.svg
Armes du comte Lanjuinais et de l'Empire

Écartelé ; au premier de comte-sénateur ; au deuxième d'argent à la croix de sinople potencée ; au troisième d'argent aux trois mains dextres appaumées de carnation ; au quatrième d'azur au lion d'or rampant tenant par la griffe sénestre une balance d'argent et dans la dextre un frein d'argent bordure de sable. 8,9,10

  • Livrées : jaune, blanc, bleu, noir et verd dans le galon seulement 8.
Orn ext comte et pair ComLH.svg
Escutcheon to draw-fr.svg
Armes de Jean-Denis, comte Lanjuinais, pair de France

Écartelé : au 1er d'azur plein, au 2e d'argent à la croix alaisée de sinople; au 3e d'argent à trois mains dextres de carnation, 2, 1, les doigts à dextre; au 4e d'azur au lion d'or tenant de la patte senestre une balance d'argent, et de la dextre un frein du même.6

Blason fam fr Lanjuinais (de).jpg Armes de la famille Lanjuinais

Écartelé : au 1, du quartier des Comtes Sénateurs de l'Empire ; au 2, d'argent à la croix potencée de sinople ; au 3, d'argent à trois mains dextres appaumées de carnation 2, 1, les doigts tournés à dextre; au 4, d'azur au lion d'or tenant de la patte sénestre une balance d'argent et de la dextre un frein du même. L'écu environné d'une bordure de sable.11

Couronne de comte.
Supports 
Deux lions12.
Manteau 
Le tout posé sur un manteau de pair de France, sommé du béret de comte-pair.
Devise 
« Dieu et les lois12 ».

Notes et références

  1. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l « Lanjuinais (Jean-Denis, comte) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore [archive]]
  2.  cité dans Petit dictionnaire des grands hommes de la Révolution, Paris, Desjonquères, XVIIIe siècle, 1999 [1790], p. 73
  3.  Philippe Royet, « [[Convention nationale]] » [archive]Séance du 2 juin 1793, présidence de Mallarmé, sur www.royet.org, Notes et Archives 1789-1794 (consulté le 30 septembre 2011)
  4.  Par 75 voix (113 votants, 215 inscrits).
  5.  Dans la sépulture de la famille Lanjuinais reposent aussi :
    • Paul Eugène Lanjuinais (1799-1872), membre de la Chambre des pairs à titre héréditaire ;
    • Victor Lanjuinais (1802-1869), député de la Loire-Inférieure (1848), ministre de la IIe République ;
    • Paul-Henri de Lanjuinais (1834-1916), député de la 1re circonscription du Morbihan (Pontivy) à la Chambre des députés (Troisième République) ;
    • Joseph-Elisabeth Lanjuinais (1755-1835), chanoine de la cathédrale de Rennes ;
    • ainsi que : la comtesse Paul Eugène Lanjuinais, née Françoise Dornau (1805-1829) ;
    • la comtesse Paul Eugène Lanjuinais, née Marie Louise Eugénie de Janzé (1810-1861) ;
    • la vicomtesse Paul-Henri de Lanjuinais, née Louise Pillet-Will (1839-1870) ;
    • la vicomtesse Paul-Henri de Lanjuinais, née Marie Alexandrine de Boisgelin (1849-1906)
  6. ↑ a et b François Velde, « Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) » [archive]Lay Peers, sur www.heraldica.org,‎27 septembre 2005 (consulté le 18 juin 2011)
  7.  « Notice no LH/1472/5 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  8. ↑ a et b « BB/29/974 page 98. » [archive]Titre de comte accordé à Jean, Denys Lanjuinais. Bayonne (mai 1808)., surchan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 4 juin 2011)
  9.  Alcide GeorgelArmorial de l'Empire français : L'Institut, L'Université, Les Écoles publiques,‎ 1870 (lire en ligne [archive])
  10.  Nicolas RoretNouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc..., Encyclopédie Roret,‎ 1854, 340 p. (lire en ligne [archive])
  11.  Le Marquis de MagnyLivre d'or de la noblesse,‎ 1846 (lire en ligne [archive])p. Lanjuinais
  12. ↑ a et b Jean-Baptiste RietstapArmorial généralt. (tome 1 [archive] et 2 [archive]), Gouda, G.B. van Goor zonen,‎ 1884-1887

Annexes

Articles connexes

  • Université de Rennes ;
  • Faculté de droit et de science politique de l'université de Rennes 1 ;
  • Liste de juristes français ;
  • Jansénisme ;
  • Décret des deux tiers ;
  • Commission extraordinaire des Douze ;
  • Club breton ;
  • Gironde (Révolution française) ;
  • Club des Jacobins ;
  • Constitution civile du clergé ;
  • Convention nationale ;
  • Votes sur la mort de Louis XVI ;
  • Journées du 31 mai et du 2 juin 1793 ;
  • Sénat conservateur ;
  • Liste des membres de la noblesse d'Empire ;
  • Armorial des comtes sénateurs de l'Empire ;
  • Liste des membres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres ;
  • Élections législatives françaises de mai 1815 ;
  • Chambre des représentants (France) ;
  • Liste de personnalités enterrées au cimetière du Père-Lachaise ;
  • Annales de la religion ;
  • Liste des ouvrages littéraires écrits sous la Révolution ;
  • Chronique religieuse ;
  • Société des antiquaires de France (Paris) ;
  • Femmes et salons littéraires ;
  • Féminisme et place des femmes en politique en France ;
  • Loi sur le sacrilège ;

Liens externes

  • « Jean-Denis Lanjuinais », sur roglo.eu (consulté le 19 septembre 2011) ;
  • « Jean-Denis LANJUINAIS », sur gw4.geneanet.org (consulté le19 septembre 2011) ;
  • Philippe Royet, « Notes et Archives 1789-1794 », sur www.royet.org(consulté le 24 septembre 2011) ;

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article« Lanjuinais (Jean-Denis, comte) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore] ;
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleDomenico GabrielliDictionnaire historique du cimetière du Père-Lachaise : xviiie et xixe siècles, Éd. de l'Amateur,‎2002 ;
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleAlbert SoboulDictionnaire historique de la Révolution française : xviiie et xixe siècles, Paris, PUF,‎ 2005 ;
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMarc-René François de Voyer de Paulmy, marquis d'ArgensonJean-Denis, comte Lanjuinais : un juriste et homme politique de la Révolution au début du xixe siècle, 1753-1827 (texte d'un mémoire, Université de Poitiers, 1975),Châtellerault, Marsay éditions,‎ 1977 ;
  • N. N., « Lanjuinais (Jean-Denis, comte) », dans A. Lievyns, Jean Maurice Verdot, Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur, biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordrevol. I,‎ 1842[détail de l’édition] (notice BnF no FRBNF37273876, [%5Bhttp://books.google.fr/books?id=gtlkAAAAMAAJ&pg=PA363&dq=LANJUIiVAlS+(jeau-dems,+comte),+naquit+%C3%A0+Rennes&hl=fr#v=onepage&q&f=true%20lire%20en%20ligne%5D lire en ligne])p. 363-365 lire en ligne ;
  • Jean Baptiste Pierre Jullien de CourcellesHistoire généalogique et héraldique des pairs de France : des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du royaume et des maisons princières de l'Europe, précédée de la généalogie de la maison de Francevol. 7, L'auteur,‎ 1826 (lire en ligne) ;
  • Le Marquis de MagnyLivre d'or de la noblesse,‎ 1846 (lire en ligne)p. Lanjuinais ;
  • Vicomte Albert Révérend (1844-1911)Armorial du Premier Empire : titres, majorats et armoiries concédés par Napoléon Iervol. 3, Paris, (4 vol. in 2) Au bureau de L'Annuaire de la noblesse,‎ 1894 (lire en ligne) ;

Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier •Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès •Gemeinsame Normdatei • WorldCat • International Standard Name Identifier

 

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23 septembre 2017

de Boulainvilliers de Croÿ Joseph

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Joseph de Boulainvilliers de Croÿ

 

Joseph de Boulainvilliers de Croÿ
Naissance date inconnue
Décès 17 janvier 1795
Saint-Jean-Brévelay
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Royal Standard of King Louis XIV.svg Chouan
Grade Maréchal de camp
Conflits Chouannerie
Faits d'armes Combat de Saint-Jean-Brévelay
Combat de Trédion

Joseph Marie Louis de Boulainvilliers de Croÿ était un militaire français et un chef chouan.

Biographie

Officier au Royal Marine sous l'Ancien Régime, il s'était marié en 1783 avec Elisabeth de La Poype de Vertrieux, avec qui il eut une fille, puis s'était établi chez sa maîtresse Madame de Forzan au manoir de Kernicol à Saint-Jean-Brévelay.

Pendant la Révolution, il prit la tête d'une bande de Chouans dans le Morbihan qui s'employa à piller les patriotes et à couper les arbres de la liberté dans les environs de Josselin, Ploërmel, Broons et Montfort-sur-Meu.

En juillet 1794, Joseph de Puisaye créa un Comité central du Morbihan et plaça trois hommes à sa tête, Boulainvillier, La Bourdonnaie de Coëtkandeuc et Pierre Guillemot. Face au manque d'ambition de La Boudonnaie et les origines roturières de Guillemot, Boulainvilliers s'autoproclama général en chef des chouans du Morbihan.

Sur ordre de Puisaye, Boulainvilliers rassembla ses troupes, soit seulement 300 hommes, à Saint-Jean-Brévelay et Malestroit le 17 août afin d'aller accueillir un débarquement d'armes des Britanniques. En outre Puisaye remit 50 000 livres à Boulainvilliers pour l'organisation de ses troupes. Cependant sur la route, les Chouans furent surpris et battus au château de Trédion par des troupes républicaines venues de Vannes et Paimpont.

Cette expédition avait montré le manque de compétence de Boulainvilliers, aussi Puisaye le destitua et nomma à sa place Sébastien de La Haye de Silz comme général en chef du Morbihan. Furieux, Boulainvilliers déserta le Morbihan et passa en Ille-et-Vilaine en septembre avec les 50 000 livres confiés par Puisaye.

Cependant en décembre, il regagna le château de Kernicol afin de revoir sa maîtresse mais il fut arrêté par les hommes de Pierre Guillemot. Ce dernier le fit juger par un conseil de guerre improvisé qui le condamna à mort.

Boulainvilliers fut fusillé par les Chouans de Guillemot le 17 janvier 1795 au village de Kerhervy à Saint-Jean-Brévelay.

(Une légende raconte qu'il a caché un trésor volé aux bleus à Kernicol, chez Madame de Forzan.)

Sources

  • Roger Dupuy, Les Chouans, Coll. « La Vie Quotidienne », Hachette Littérature, Paris 1997, p.106-107.

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22 septembre 2017

Guffroy Armand-Joseph

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Armand-Joseph Guffroy

 

Armand-Joseph Guffroy
Fonction
Député à l'Assemblée nationale française
 
Biographie
Naissance 10 novembre 1742
Arras
Décès 9 février 1801 (à 58 ans)
Paris
Activité
Homme politique

Armand-Benoît-Joseph Guffroy, né le 10 novembre 1742 à Arras (dans l'Artois en France), mort le 9 février 1801 à Paris, est un homme de loi et une personnalité politique de la Révolution française.

Avocat au conseil d'Artois, il est nommé en 1787 membre de l'Assemblée provinciale de l'Artois. Au début de la Révolution, il se distingue par quelques écrits politiques très favorables aux idées nouvelles, ce qui vaut d'être élu juge de paix à Arras en 1790 puis député du Pas-de-Calais à la Convention nationale le 9 septembre1792, le 7e sur 11 avec 458 voix sur 766 votants.

Dès son arrivée, il fonde un journal, le Rougiff, ou la France en vedette, dont le titre forme une anagramme de son nom et où il soutient la politique de la Montagne. Il fait également paraître un Discours sur ce que la nation doit faire du ci-devant roi. Lors du procès de Louis XVI, il vote en faveur de la mort et contre le sursis. Opposé à la Gironde, il applaudit à sa chute, après les journées du 31 mai et du 2 juin 1793.

Entré au comité de sûreté générale, il fait placer le buste de Descartes au Panthéon et réclame le même honneur pour Fénelon le 4 octobre 1793, motion rejetée sur proposition de Bazire, qui fait remarquer que Fénelon a écrit un traité pour prouver que le gouvernement monarchique est le meilleur de tous. À la Convention, il fait preuve d'un caractère intraitable à la tribune, qui lui vaut le surnom de Citoyen Échafaud. Mais, jugé peu sincère dans ses polémiques, il est exclu du club des Jacobins. Par ailleurs, son journal est dénoncé par Chasles, qui le dit « infecté du poison aristocratique ». Plusieurs de ses collègues l'accusent d'entretenir des liens avec le marquis de Travanet ou une autre personne attachée auparavant au service du roi.

Le 9-Thermidor, il attaque violemment Robespierre, s'associant ensuite à la réaction thermidorienne. Membre de la commission dirigée par Courtois, qui a la charge d'inventorier les papiers de l'« Incorruptible », on prétend qu'il aurait détruit des pièces pouvant faire douter de son honnêteté.

Le 5 août 1794, il attaque Joseph Le Bon, son compatriote, qui lui répond en citant des passages du Rougiff. Le 4 février 1795, en revanche, il fait l'éloge de la conduite de Cadroy et de Mariette lors de leur mission dans le Midi et fait sanctionner par la Convention les mesures de rigueur prises à cette occasion. Le 27 mars, il accuse Duhem de correspondre avec des jacobins emprisonnés à la Bourbe et de comploter avec eux contre la Convention. Deux jours après, il fait décréter par l'assemblée que Billaud-Varenne, Collot d'Herbois et Barère, alors prévenus, soient entendus sur-le-champ.

Ses discours et ses écrits en faveur de la réaction lui valent à son tour de violentes attaques. En l'an V, Couchery prouve au Conseil des Cinq-Cents que Guffroy s'est livré à une dénonciation mensongère à l'encontre de Rougeville d'Arras, dont il était le débiteur, et qu'il avait obtenu l'arrestation de son fils. Ces révélations déconsidèrent Guffroy, qui se retire à Arras.

Toutefois, il finit par obtenir, à force de sollicitations, le poste de chef-adjoint au ministère de la Justice, qu'il occupe jusqu'à sa mort, en 1801.

Source

Adolphe Robert, Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, Paris, Bourloton, 1889, tome 3, de Guérin à Guillaume, p. 276-277

 

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21 septembre 2017

Foussedoire André

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André Foussedoire

 

André Foussedoire
Fonctions
Député d'Eure-et-Loir
6 septembre 1792 – 26 octobre 1795
(3 ans 1 mois et 20 jours)
Gouvernement Convention nationale
Biographie
Date de naissance 11 octobre 1753
Lieu de naissance Issoudun (Indre)
Date de décès 17 août 1820 (à 66 ans)
Lieu de décès Lausanne (Suisse)
Nationalité Drapeau de la France Française
Parti politique Montagne
Profession Instituteur
députés d'Eure-et-Loir

André Foussedoire, né le 11 octobre 1753 à Issoudun et décédé le 17 août 1820 à Lausanne, était un homme politique français.

Biographie

Fils d'un parcheminier, Foussedoire est sous l'Ancien Régime un ecclésiastique attaché au diocèse de Bourges et reçoit la tonsure. Il est instituteur au collège de Saint-Aignan où il se fait remarquer par ses idées humanistes.

Lorsque vient la Révolution française, il embrasse avec ardeur les idées nouvelles et se fait élire administrateur de Loir-et-Cher.

Il occupe ce poste lorsqu'il est élu troisième député suppléant de ce département à la Convention, le 6 septembre 1792. Il est cependant presque automatiquement admis à siéger après la non-acceptation de Bernardin de Saint-Pierre. Une fois à Paris, Foussedoire se range dans le parti des Montagnards.

En janvier 1793, il vote la mort de Louis XVI. On le voit plusieurs fois à la tribune, demandant l'expulsion et le désarmements des royalistes et des aristocrates. Au printemps 1794 la Convention l'envoie en mission dans les départements d'Alsace. Il y fait preuve d'une grande rigueur tout jacobine, imposant la même nourriture pour tous les prisonniers, aux frais des aristocrates. Il tente d'imposer aux populations alsaciennes un journal en langue française, une mesure très mal accueillie. Enfin il se fait remarquer par son ostentation déplacée, circulant à bord d'une voiture tirée par six chevaux et encadrée de cavaliers, afin dit-il de montrer la majesté de la République. Au cours de sa mission il se marie discrètement à Colmar1.

Après le 9 thermidor, il suit le mouvement mettant fin à la Terreur en libérant plusieurs centaines de détenus et en enlevant la guillotine de la place d'armes de Strasbourg. Son nouveau modérantisme le pousse même à demander le retour des émigrés réfugiés dans les États allemands. Mais cela ne l'empêche pas d'être la cible des attaques des thermidoriens.

En l'an III, après son retour de mission, Foussedoire rejoint les bancs des derniers Montagnards. Lors de l'insurrection du 12 germinal (1er avril 1795), il prend le parti des émeutiers. Cela lui vaut d'être dénoncé comme traître par André Dumont puis d'être décrété d'arrestation avec six autres de ses collègues.

Écroué au fort de Ham, Foussedoire ne retrouve la liberté qu'en octobre 1795, après une amnistie votée par la Convention finissante.

Sa carrière politique étant terminée, l'ancien député trouve tout de même un emploi auprès du Directoire, étant nommé commissaire de la République auprès des tribunaux de Loir-et-Cher.

Rentré dans la vie privée après le 18 brumaire, il ne fait plus parler de lui sous Napoléon. En 1815 il commet l'erreur de signer l'Acte additionnel, ce qui lui vaut d'être banni du royaume par la Restauration l'année suivante.

Foussedoire doit s'exiler en Suisse, à Lausanne, où il s'éteint en 1820 à l'âge de 66 ans.

Sources

  • « André Foussedoire », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, 1889 [détail de l’édition]

Références

  1. Ruth Graham, Les mariages des ecclésiastiques députés à la Convention, Annales historiques de la Révolution française, 1985, n°262, p.480 à 499.

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20 septembre 2017

de Sade Donatien Alphonse François

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Donatien Alphonse François de Sade

 
Donatien Alphonse François de Sade

220px-Marquis_de_Sade_portrait

On ne possède aucun portrait authentiqueN 1 de Sade, y compris ce profil qualifié de « portrait supposé », dessiné par Charles van Loo vers 17701. Mais on sait de façon certaine que Sade s'est fait faire le portrait par Van Loo : dans une lettre du 22 mars 1779, Sade commente de façon très flatteuse la copie de son portrait qu'a faite Mlle Rousset d'après l'original et qu'elle lui a envoyée. Il termine ainsi : « Dis lui [il demande à la marquise de transmettre.] encore que, quelque bien qu'il en soit, j'aime à croire qu'il aurait encore été plus ressemblant si elle n'eut pas travaillé sur le tableau, attendu que je suis sûr qu'il existe en elle-même un petit endroit où je suis plus frappant que sur la toile de Van Loo. » On sait aussi via la correspondance que Van Loo réalisa les portraits miniatures de la marquise et des enfants. Les dépositions du procès de Marseille le décrivent, à trente-deux ans, « d’une jolie figure, visage rempli », yeux turquoise, cheveux blonds, petite bouche avec la lèvre inférieure proéminente, élégamment vêtu d'un frac gris doublé de bleu, portant canne et épée.

Naissance 2 juin 1740
Hôtel de Condé, Paris, France
Décès 2 décembre 1814 (à 74 ans)
Asile de Charenton, Charenton-Saint-Maurice, France
Activité principale
Écrivain
Romancier
Philosophe
Homme politique
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Matérialiste
Genres
Roman libertin
Adjectifs dérivés Sadisme
Sadique
Sadomasochisme

Œuvres principales

  • Les Cent Vingt Journées de Sodome (1785)
  • La Philosophie dans le boudoir (1795)
  • La Nouvelle Justine ou les Malheurs de la vertu, suivie de l'Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice (1799)
Signature de Donatien Alphonse François de Sade

Donatien Alphonse François de Sade, né le 2 juin 1740 à Paris et mort le 2 décembre 1814 à Saint-Maurice (Val-de-Marne), est un homme de lettres, romancier, philosophe et homme politique français, longtemps voué à l'anathème en raison de la part accordée dans son œuvre à l'érotisme, associé à des actes de violence et de cruauté (tortures, incestes, viols, pédophilie, meurtres, etc.). L'expression d'un athéisme anticlérical virulent est l'un des thèmes les plus récurrents de ses écrits et la cause de leurs mises à l'index2.

Détenu sous tous les régimes politiques (monarchie, république, consulat, empire) il est emprisonné pour divers motifs, notamment pour dettes, empoisonnement et sodomie, puis enlèvement et abus sur des jeunes filles, et enfin pour modérantisme. Sur les soixante-quatorze années que dura sa vie, il passera un total de vingt-sept ans en prison ou asile de fous. Lui-même, en passionné de théâtre, écrit : « Les entractes de ma vie ont été trop longs3 ». Il meurt à l'asile d'aliénés de Charenton Saint Maurice.

De son vivant, les titres de « marquis de Sade » ou de « comte de Sade » lui ont été alternativement attribués4, mais il est plus connu par la postérité sous son titre de naissance de marquis. Dès la fin du XIXe siècle, il est surnommé le « divin marquis », en référence au « divin Arétin », premier auteur érotique des temps modernes (XVIe siècle).

Occultée et clandestine pendant tout le XIXe siècle, son œuvre littéraire est réhabilitée au XXe siècle par Jean-Jacques Pauvert qui le sort de la clandestinité en publiant ouvertement ses œuvres sous son nom d'éditeur, malgré la censure officielle dont il triomphe par un procès en appel en 1957, défendu par Maître Maurice Garçon. La dernière étape vers la reconnaissance est sans doute représentée par l’entrée de Sade dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1990.

Son nom est passé à la postérité sous forme de substantif. Dès 1834, le néologisme « sadisme », qui fait référence aux actes de cruauté décrits dans ses œuvres, figure dans un dictionnaire ; le mot finit par être transposé dans diverses langues.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Jeunesse
      • 1.1.1 Titre de noblesse
      • 1.1.2 Parenté
      • 1.1.3 Éducation
      • 1.1.4 Capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie
    • 1.2 Mariage
    • 1.3 Scandales
      • 1.3.1 Arcueil
      • 1.3.2 Marseille
      • 1.3.3 Lacoste
    • 1.4 Treize années de captivité (Vincennes, Bastille, Charenton)
      • 1.4.1 Le manuscrit des Cent-Vingt Journées de Sodome
    • 1.5 Sade et la Révolution
    • 1.6 Une œuvre emblématique : Justine
    • 1.7 Treize ans chez les fous
  • 2 Œuvres
    • 2.1 Œuvres anonymes, sous pseudonymes et clandestines
      • 2.1.1 Jusqu'en 1777
      • 2.1.2 De 1777 à 1790 enfermé à Vincennes puis à la Bastille
      • 2.1.3 De 1790 à 1801, libre
      • 2.1.4 De 1801 à 1814 enfermé, à Charenton à partir de 1803
    • 2.2 Œuvres officielles. Textes politiques. Posthumes
    • 2.3 Correspondance, Journal de Charenton
  • 3 Postérité
    • 3.1 De Sade au sadisme
    • 3.2 Auteur clandestin
    • 3.3 Réhabilitation
    • 3.4 Grands éditeurs et biographes
    • 3.5 Prix Sade
    • 3.6 Descendants du marquis de Sade
  • 4 Sade philosophe
  • 5 Positions sur la religion
  • 6 Autour de Sade
    • 6.1 Au cinéma
    • 6.2 Au théâtre
    • 6.3 En jeux vidéo
    • 6.4 En littérature
    • 6.5 En livre animé
    • 6.6 En bande dessinée
  • 7 Notes et références
    • 7.1 Notes
    • 7.2 Références
  • 8 Annexes
    • 8.1 Sources
    • 8.2 Articles connexes
    • 8.3 Liens externes

Biographie

Jeunesse

Sade naît à Paris le 2 juin 1740 à l’hôtel de Condé, de Jean Baptiste, comte de SadeN 2, héritier de la maison de Sade, l'une des plus anciennes maisons de Provence, seigneur de Saumane et de Lacoste, coseigneur de Mazan, et de Marie Éléonore de Maillé (1712-1777), parente et « dame d’accompagnement » de la princesse de Condé. De l'union du comte de Sade et de Marie Éléonore le 3 novembre 1733, naissent également deux filles, mortes en bas âge5.

Marie Éléonore de Maillé de Carman.

Baptisé à Saint-Sulpice, les parents, parrain et marraine s’étant fait représenter par des officiers de maison, il reçoit par erreur les prénomsN 3 de Donatien Alphonse François au lieu de Donatien Aldonse Louis6. Le marquis utilise dans la plupart de ses actes officiels les prénoms qui lui étaient destinés, entretenant une confusion qui aura des conséquences fâcheuses lors de sa demande de radiation sur la liste des émigrés. Il signe ainsi Louis Sade sans particule pour échapper à la lanterne des sans-culottes de la Révolution française7.

Sur le blason de la maison de Sade, l’aigle impérial à deux têtes, privilège obtenu par Elzéar de Sade lors de la visite de l’empereur Sigismond à Avignon en 14158.
Le comte de Sade, père du marquis, militaire, diplomate, poète, philosophe et libertin, par Nattier.

Titre de noblesse

Il reçoit le titre de marquis, selon l’usage de la famille que Sade rappelle dans une lettre9 à sa femme de janvier 1784 et qui veut que le chef de famille prenne le titre de comte, et l’aîné de ses fils, du vivant de son père, celui de marquis. En fait, il s’agit là de titres de courtoisie, sans érection par lettres patentes du fief de Sade en fief de dignitéN 4 et, si Sade est bien qualifié par ses contemporains de marquis jusqu’à la mort de son père en 1767, après celle-ci, il est indifféremment traité de marquis ou de comte : le parlement d'Aix, dans sa condamnation de 1772, lui donne le titre de « marquis de Sade » ainsi que le conseil de famille, réuni en 1787 par ordonnance du Châtelet de Paris ; il est incarcéré à la Bastille en 1784 sous le nom de « sieur marquis de Sade » ; l’inscription de la pierre tombale de sa femme porte la mention de « Mme Renée-Pélagie de Montreuil, marquise de Sade » ; mais il est enfermé à Charenton en 1789 sous le nom de « comte de Sade » et son acte de décès de 1814 le qualifie de « comte de Sade ». Quant à Sade lui-même, à partir de 1800, il décide d'abandonner tout titre et la particule et signe jusqu'à la fin de sa vie « D.-A.-F. Sade ». Sur l'en-tête de son testament figure : « Donatien-Alphonse-François Sade, homme de lettres ».

Parenté

Jean-Baptiste François Joseph de Sade, père de Donatien de Sade est, par droit d’aînesse, le chef de la famille. Il a deux frères, Jean-Louis-Balthazar, commandeur de l’ordre de Malte, puis bailli et grand prieur de Toulouse, ainsi que Jacques-François, abbé commendataire d’Ébreuil. Il a également cinq sœurs, dont quatre vivent en religion. La cinquième épouse le marquis de Villeneuve-Martignan, qui fit construire à Avignon l'hôtel seigneurial aujourd'hui musée Calvet, à l'entrée duquel on peut encore voir le blason des Sade. Donatien aima et admira son père autant qu’il ignora sa mère tenue à l’écart par son mari avant de se retirer dans un couvent.
Homme d’esprit, grand séducteur, prodigue et libertin, avant de revenir à la religion à l’approche de la cinquantaine, le père du marquis est le premier Sade à quitter la Provence et à s’aventurer à la Cour. Il devient le favori et le confident du prince de Condé qui gouverne la France pendant deux ans à la mort du Régent. À vingt-cinq ans, ses maîtresses se comptent parmi les plus grands noms de la cour : la propre sœur du prince de Condé, Mlle de Charolais, ancienne maîtresse royale, les duchesses de La Trémoille, de Clermont, jusqu’à la jeune princesse de Condé, de vingt-deux ans moins âgée que son mari et très surveillée par ce dernier. C'est pour la conquête de laquelle qu'il épousera en 1733 la fille de sa dame d’honneur, Mlle de Maillé de Carman, sans fortune, mais alliée à la branche cadette des Bourbon-CondéN 5. Comme son frère l'abbé, il est assez lié avec Voltaire et a des prétentions littéraires. Capitaine de dragons dans le régiment du prince, puis aide de camp du maréchal de Villars pendant les campagnes de 1734-1735, il obtient du roi en 1739 la charge de lieutenant général des provinces de Bresse, Bugey, Valromey et Gex qu’il achète 135 000 livres et qui lui rapporte en gratifications 10 200 livres par an. Il se lance dans la diplomatie, se voit confier une négociation secrète à la cour de Londres, est nommé ambassadeur à la cour de Russie, nomination remise en cause à la mort du tsar Pierre II, puis ministre plénipotentiaire auprès de l'Électeur de Cologne. Sa conduite pendant son ambassade, puis une imprudente attaque contre la maîtresse du roi, lui vaudra le ressentiment de Louis XV et il ne sera plus employé que pour des postes sans conséquence10.

Éducation

Donatien passe les trois premières années de sa vie à l’hôtel de Condé éloigné de ses parents. Élevé avec la conviction d’appartenir à une espèce supérieure, sa nature despotique et violente se révèle très tôt :

« Allié par ma mère, à tout ce que le royaume avait de plus grand ; tenant, par mon père, à tout ce que la province de Languedoc pouvait avoir de plus distingué ; né à Paris dans le sein du luxe et de l’abondance, je crus, dès que je pus raisonner, que la nature et la fortune se réunissaient pour me combler de leurs dons ; je le crus, parce qu’on avait la sottise de me le dire, et ce préjugé ridicule me rendit hautain, despote et colère ; il semblait que tout dût me céder, que l’univers entier dût flatter mes caprices, et qu’il n’appartenait qu’à moi seul et d’en former et de les satisfaire11. »

De quatre à dix ans, son éducation est confiée à son oncle, l’abbé Jacques-François de Sade, qui l’héberge au château de SaumaneN 6 près de L'Isle-sur-la-Sorgue, où il s’est retiré après une existence mondaine.

Abbé commendataire d’Ébreuil dans le Bourbonnais, ce cadet de famille avait embrassé l’état ecclésiastique, devenant vicaire général de l’archevêque de Toulouse, puis de celui de Narbonne, en 1735. Chargé, par les états de Languedoc, d’une mission à la cour, il avait résidé plusieurs années à Paris, et s'est lié d’amitié avec Voltaire avec qui il correspondit au moins jusqu’en 1765 (« Vous qui b… mieux que Pétrarque/ Et rimez aussi bien que lui » lui écrit ce dernier12) et avec Émilie du Châtelet. Historien de Pétrarque, « moins un abbé qu’un seigneur curieux de toutes choses, et singulièrement d’antiquités et d’histoire » selon Maurice Heine (il y a à Saumane une bibliothèque enrichie par l’abbé, un médaillier et un cabinet d’histoire naturelle que le marquis aura toujours fort à cœur de conserver), ce sybarite selon un autre biographe13, aime vivre et bien vivre, s’entourant de livres et de femmes.

À dix ans, Donatien entre au collège Louis-le-Grand que dirigent les pères jésuites, établissement alors le mieux fréquenté et le plus cher de la capitale. Les représentations théâtrales organisées par les pères sont sans doute à l’origine de la passion de Sade pour l’art du comédien et la littérature dramatique.

Capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie

Uniforme d'un régiment de cavalerie française au XVIIIe siècle.

Il a à peine quatorze ans lorsqu’il est reçu à l’École des chevau-légers de la garde du roi, en garnison à Versailles, qui n’accepte que des jeunes gens de la plus ancienne noblesse. À dix-sept ans, il obtient une commission de cornette (officier porte-drapeau), au régiment des carabiniers du comte de Provence, frère du futur Louis XVI, et prend part à la guerre de Sept Ans contre la Prusse. À dix-neuf ans, il est reçu comme capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie avec l’appréciation suivante : « joint de la naissance et du bien à beaucoup d’esprit ; a l’honneur d’appartenir à M. le prince de Condé par Madame sa mère qui est Maillé-Brézé14. »

« Fort dérangé, mais fort brave15. » La seule appréciation retrouvée sur ses états de service en 1763 montre que le jeune homme a été un cavalier courageux. Mais il a déjà la pire réputation. Il est joueur, prodigue et débauché. Il fréquente les coulisses des théâtres et les maisons des proxénètes. « Il est assurément peu de plus mauvaises écoles que celles des garnisons, peu où un jeune homme corrompe plus tôt et son ton et ses mœurs », écrit-il lui-même dans Aline et Valcour. Pour se débarrasser d’un fils qu’il sent « capable de faire toutes sortes de sottises16 », le comte de Sade lui cherche une riche héritière.

Donatien voudrait épouser Laure de Lauris-Castellane, héritière d’une vieille famille du Luberon dont il est amoureux fou et avec qui il a une liaison. Les deux familles se connaissent bien, le grand-père du marquis et M. de Lauris ont été syndics de la noblesse du Comtat Venaissin mais Mlle de Lauris est réticente17,N 7 et le comte a fixé son choix sur l’héritière des Montreuil. « Tous les autres mariages ont rompu sur sa très mauvaise réputation18» écrit-il.

Mariage

Le 17 mai 1763, le mariage du marquis et de Renée-Pélagie, fille aînée de Cordier de Montreuil, président honoraireN 8 à la cour des Aides de Paris, de petite noblesse de robe, mais dont la fortune dépasse largement celle des Sade, est célébré à Paris en l'église Saint-Roch. Les conditions financières ont été âprement négociées par le comte de Sade et la présidente de Montreuil19, femme énergique et autoritaire. Il n'existe pas de portrait de Renée-Pélagie. Le comte de Sade la décrit ainsi à sa sœur : « Je n'ai pas trouvé la petite laide, dimanche ; elle est fort bien faite, la gorge fort jolie, le bras et la main fort blanche. Rien de choquant, un caractère charmant20. »

La correspondance familiale montre, sans aucun doute possible, que le marquis et la nouvelle marquise se sont entendus à peu près parfaitement. « Il est très bien avec sa femme. Tant que cela durera, je lui passerai tout le reste » (le comte à l’abbé, juin 1763). « Leur tendre amitié paraît bien réciproque » (madame de Montreuil à l’abbé en août). Renée-Pélagie aima son mari tant qu’elle le put, jusqu’au bout de ses forces. Mais le marquis a plusieurs vies. Il continue de fréquenter les bordels, comme celui de la Brissault, et abrite ses nombreuses aventures dans des maisons qu'il loue à Paris, à Versailles et à Arcueil.

Le 29 octobre 1763, il est arrêté dans sa garçonnière rue Mouffetard pour « débauche outrée » et est enfermé au donjon de Vincennes sur ordre du roi à la suite d'une plainte déposée par une prostituée occasionnelle, Jeanne TestardN 9, qui n'a pas apprécié les petits jeux sadiques et blasphématoires du marquis. « Petite maison louée, meubles pris à crédit, débauche outrée qu’on allait y faire froidement, tout seul, impiété horrible dont les filles ont cru être obligées de faire leur déposition », écrit le comte de Sade à son frère l’abbé en novembre 1763. Son intervention et celle des Montreuil le font libérer et assigner à résidence jusqu’en septembre 1764 au château d’Échauffour en Normandie chez ses beaux-parents21.

Il succède à son père dans la charge de lieutenant général aux provinces de Bresse, Bugey, Valromey et Gex. Il se rend à Dijon pour prononcer le discours de réception devant le parlement de Bourgogne. De retour à Paris, il a des liaisons avec des actrices connues pour leurs amours vénales avec de grands seigneurs : Mlle Colet, dont il tombe amoureux, Mlle Dorville, Mlle Le Clair, Mlle Beauvoisin, qu’il amène à La Coste, où il la laisse passer pour sa femme au grand scandale de sa famille. Il réplique assez brutalement à une de ses tantes, l’abbesse de Saint-Benoît, qui lui adresse une lettre de remontrance :

« Vos reproches sont peu ménagés, ma chère tante. À vous parler vrai, je ne m’attendais pas à trouver dans la bouche d’une sainte religieuse des termes aussi forts. Je ne permets, ne souffre, ni n’autorise, que l’on prenne pour ma femme la personne qui est chez moi. (…) Quand une de vos tantes, mariée comme moi, vivait ici publiquement avec un amoureux, regardiez-vous déjà La Coste comme un lieu maudit ? Je ne fais pas plus de mal qu’elle, et nous en ferons fort peu tous deux. Quant à celui de qui vous tenez ce que vous me dites (son oncle, l’abbé de Sade, qui réside au château de Saumane), tout prêtre qu’il est, il a toujours un couple de gueuses chez lui ; excusez, je me sers des mêmes termes que vous ; est-ce un sérail que son château, non, c’est mieux, c’est un bordel. Pardonnez mes travers, c’est l’esprit de famille que je prends, et si j’ai un reproche à me faire, c’est d’avoir eu le malheur d’y être né. Dieu me garde de tous les ridicules et vices dont elle fourmille. Je me croirais presque vertueux si Dieu me fait grâce de n’en adopter qu’une partie. Recevez, ma chère tante, les assurances de mon respect22. »

En 1767, son père, le comte de Sade, meurt avant la naissance de son petit-fils. Le prince de Condé et la princesse de Conti acceptent d’être les parrains de son premier fils, Louis-Marie né le 27 août 176723.

Depuis la fin 1764, il est surveillé par la police. « Il était essentiel, même politiquement, que le magistrat chargé de la police de Paris, sût ce qui se passait chez les personnes notoirement galantes et dans les maisons de débauche. » (Le Noir, successeur de Sartine à la lieutenance générale de police de Paris). Il apparaît dans les rapports24 de l’inspecteur Marais qui vont devenir, avec les lettres de Mme de Montreuil, les principales sources sur la vie du marquis à cette période. L’inspecteur Marais note dans un rapport de 1764 : « J’ai fort recommandé à la Brissault, sans m’en expliquer davantage, de ne pas lui donner de filles pour aller avec lui en petites maisons. ». Le 16 octobre 1767, il prévient : « On ne tardera pas à entendre parler encore des horreurs du comte de Sade. »

Scandales

La première diffusion du nom de Sade dans l’opinion publique n’a rien de littéraire et se fait par les scandales.

Arcueil

Maison d'Arcueil où Sade fit venir Rose Keller, le dimanche de Pâques, 3 avril 1768

On apprend, au printemps 1768, qu’un marquis a abusé de la pauvreté d'une veuve de trente-six ans, Rose KellerN 10, demandant l'aumône place des Victoires : il a abordé la mendiante, lui a proposé, selon la version de Rose Keller lors du procès, une place de gouvernante. Sade fait semblant de comprendre qu'elle se prostitue de temps à autre (ce sera sa défense lors du procès), car les veuves et femmes abandonnées de cette époque peuvent être réduites à la fois à mendier et à se prostituer. Il affirmera toujours qu’il lui a proposé de l'argent dans ce cadre25. Sur son acceptation, il l'a entraînée en fiacre dans L’aumonerie, une petite maison de campagne d'Arcueil qu'il loue sous le nom de sieur Lestargette et où il emmène régulièrement mendiantes et prostituées qu'il fait recruter par son valet Jacques-André Langlois dans les maisons de débauche de la capitale26. Là, il lui a fait visiter la maison, jusqu'à l'entraîner dans la chambre de gouvernante à l'étage où il l'a attachée sur un lit, flagellée cruellement avec un fouet à nœuds, incisée avec un canif, enduit ses blessures de cire brûlante (de pommade selon la version de Sade lors de son procès) et recommencé jusqu'à atteindre l'orgasme en la menaçant de la tuer si elle ne cessait de crier. Pour conclure, il l'a contrainte, puisque c'était le dimanche de Pâques, à des pratiques blasphématoires. Puis Sade l’enferme et retourne au rez-de-chaussée auprès des prostituées25. Rose réussit à s'enfuir par la fenêtre et à ameuter tout le village. L’affaire fait scandale, l’imaginaire collectif et les auteurs catholiques multiplient les détails qui viennent pimenter la relation des faits tandis que Restif de la Bretonne contribue à la mauvaise réputation du marquis en transformant la scène de flagellation en séance de vivisection. La rue et les salons s’émeuvent. La lettre de Madame du Deffand à Horace Walpole le 12 avril 1768 en témoigneN 11.

La famille, Sade et Montreuil réunis, se mobilise pour soustraire Sade à la justice commune (le parlement de Paris voulant sévir pour satisfaire l'opinion publique lasse des excès aristocratiques) et le placer sous la juridiction royale. La famille obtient le retrait de la plainte devant la juridiction parlementaire contre 2 400 livres pour la plaignante et la prise en charge de ses soins. L’affaire est donc jugée devant la justice du roi en juin. À la demande de la comtesse de Sade — le comte étant mort un an plus tôt — le roi signe une lettre d'abolition annulant d'avance la condamnation de Sade à l'emprisonnement « pour le restant de ses jours ». Le jugement royal le condamne finalement à six mois de détention25. Il est incarcéré au château de Saumur, puis à celui de Pierre-Scize, puis est libéré en novembre, mais il lui est enjoint de se retirer dans ses terres de Lacoste, en ProvenceN 12.

Marseille

En 1769, Sade est en Provence. Bals et comédies se succèdent à Lacoste. En mai, naît à Paris son deuxième fils, Donatien-Claude-Armand, chevalier de Sade. Fin septembre, il voyage un mois en Hollande : Bruxelles, Rotterdam, La Haye, Amsterdam, peut-être pour y vendre un texte érotiqueN 13. L'année suivante, il part pour l’armée pour y prendre ses fonctions de capitaine-commandant au régiment de Bourgogne cavalerie, mais l’officier supérieur qui le reçoit refuse de lui laisser prendre son commandement. En 1771, il vend sa charge de capitaine commandant. Sa carrière militaire est terminée. Naissance de sa fille Madeleine Laure. Il passe la première semaine de septembre à la prison parisienne de For-l'Évêque pour dettes. Début novembre, il est à Lacoste avec sa femme, ses trois enfants, et sa jeune belle-sœur de dix-neuf ans, Anne-Prospère de Launay, chanoinesse séculièreN 14 chez les bénédictines, avec laquelle il va avoir une liaison violente et passionnée.

Le château de Mazan
Anne-Prospère de Launay.
« Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à luiN 15… »

Sade a trente ans. Il mange la dot de sa femme et ses revenusN 16. Il fait réparer son château de Lacoste (bien dégradé) de quarante-deux pièces, donne libre cours à sa passion pour la comédie : construction d’un théâtre à Mazan, aménagement de celui de Lacoste, embauche de comédiens. Il envoie des invitations à la noblesse des environs à des fêtes et à des représentations théâtrales dont il est le régisseur et le maître de scène. Nous avons le programme des vingt-cinq soirées théâtrales qui étaient prévues du 3 mai au 22 octobre 1772 à Lacoste et à Mazan et qui seront interrompues le 27 juin par l’affaire de Marseille : des pièces de Voltaire, Destouches, Chamfort, Gresset, Regnard, Sedaine, Le Père de famille de Diderot. Il remporte un franc succès et toutes et tous le trouvent « fort séduisant, d’une élégance extrême, une jolie voix, des talents, beaucoup de philosophie dans l’esprit ». L’argent fait défaut, il s’endette pour payer ses « folles dépenses » (Mme de Montreuil). « Si sa passion dure, elle l’aura bientôt ruinée. » (abbé de Sade).

Portrait imaginaire du XIXe siècle, par H. Biberstein : Sade soumis aux quatre vents des suggestions diaboliques

Tout aurait pu tomber dans l’oubli si le scandale n’avait à nouveau éclaté en juin 1772. L’affaire de Marseille succède à celle d’Arcueil. Il ne s’agit plus cette fois d’une fille mais de cinq. Le 25 juin 1772 à l’hôtel des Treize Cantons, le marquis a proposé à ses partenaires sexuelles des pastilles à la cantharide au cours d'une « soirée de Cythère » chez l'hôtesse Mariette Borely27. Deux filles se croient empoisonnées, les autres sont malades. Comme en 1768, la rumeur enfle. Le récit des Mémoires secrets de Bachaumont daté du 25 juillet 1772 en témoigneN 17. L’aphrodisiaque est présenté dans l’opinion comme un poison. La participation active du valet justifie l’accusation de sodomie, punie alors du bûcher. La condamnation par contumace du parlement de Provence est cette fois la peine de mort pour empoisonnement et sodomie à l'encontre du marquis et de son valet. Le 12 septembre 1772 se déroule à Aix les exécutions en simulacre des deux hommes avec des mannequins grandeur nature (tête de l'effigie de Sade tranchée et celle de son valet pendue) qui sont ensuite jetés au feu28.

Sade s’est enfui en Italie avec sa jeune belle-sœur Anne-Prospère de Launay qui lui signe de son sang une lettre passionnée : « Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui »29. Les amants sont à Venise fin juillet, visitent quelques autres villes d’Italie, puis la chanoinesse rentre brusquement en France à la suite d’une infidélité du marquis30. Ce dernier a fixé sa résidence en Savoie, mais le roi de Sardaigne le fait arrêter le 8 décembre 1772 à Chambéry à la demande de sa famille et incarcérer au fort de Miolans. Mme de Sade achète des gardiens qui le font évader le 30 avril 1773. Réfugié clandestinement dans son château — officiellement il est à l’étranger — le marquis échappe aux recherches, prenant le large quand il y a des alertes. Le 16 décembre 1773, un ordre du Roi enjoint au lieutenant général de police de s’assurer de sa personne. Dans la nuit du 6 janvier 1774, un exempt suivi de quatre archers et d’une troupe de cavaliers de la maréchaussée envahit le château. Sans résultat. En mars, Sade prend la route de l’Italie, déguisé en curé (« M. le curé a très bien fait son voyage à ce que dit le voiturier, excepté que la corde du bac où il était ayant cassé sur la Durance que l’on passe pour aller s’embarquer à Marseille, les passagers voulaient se confesser. », écrit Madame de Sade le 19 mars. L’idée de devenir confesseur a dû intéresser Sade, malgré son manque d’entrain, commente Jean-Jacques Pauvert31).

Lacoste

Le château familial de Lacoste bâti sur l’un des contreforts du Luberon, pillé à la Révolution, puis vendu.

La marquise et sa mère travaillent à obtenir la cassation de l’arrêt d’Aix, mais l’affaire de Marseille l’a cette fois coupé de son milieu. L'affaire des petites filles va le couper de sa famille.

« Nous sommes décidés, par mille raisons, à voir très peu de monde cet hiver… » écrit le marquis en novembre 1774N 18. Il a recruté à Lyon et à Vienne comme domestiques cinq « très jeunes » filles et un jeune secrétaire ainsi que « trois autres filles d’âge et d’état à ne point être redemandées par leurs parents » auxquelles s’ajoute l’ancienne domesticité. Mais bientôt les parents déposent une plainte « pour enlèvement fait à leur insu et par séduction ». Une procédure criminelle est ouverte à Lyon. Le scandale est cette fois étouffé par la famille (toutes les pièces de la procédure ont disparu), mais l’affaire des petites filles nous est connue par les lettres conservées par le notaire Gaufridy (voir Correspondance), publiées en 1929 par Paul Bourdin.

« Les lettres du fonds Gaufridy ne disent pas tout, écrit ce dernier32, mais elles montrent nettement ce que la prudence de la famille et les ordres du roi ont dérobé à la légende du marquis. Ce n’est pas dans les affaires trop célèbres de la Keller et de Marseille, mais dans les égarements domestiques de M. de Sade qu’il faut chercher la cause d’un emprisonnement qui va durer près de quatorze années et qui commence au moment même où l’on poursuit l’absolution judiciaire des anciens scandales. On verra par la suite avec quel soin madame de Montreuil s’est préoccupée de faire disparaître les traces de ces orgies. L’affaire est grave car le marquis a de nouveau joué du canif. Une des enfants, la plus endommagée, est conduite en secret à Saumane chez l’abbé de Sade qui se montre très embarrassé de sa garde et, sur les propos de la petite victime, accuse nettement son neveu. Une autre fille, Marie Tussin, du hameau de Villeneuve-de-Marc, a été placée dans un couvent de Caderousse, d’où elle se sauvera quelques mois plus tard. Le marquis prépare une réfutation en règle de ce qu’a dit l’enfant confiée à l’abbé, mais elle n’est pas la seule à avoir parlé. Les fillettes d’ailleurs n’accusent point la marquise et parlent au contraire d’elle “comme étant la première victime d’une fureur qu’on ne peut regarder que comme folie”. Leurs propos sont d’autant plus dangereux qu’elles portent, sur leurs corps et sur leurs bras, les preuves de leurs dires. Les priapées de la Coste ont peut-être inspiré les fantaisies littéraires des Cent vingt jours de Sodome, mais le canevas établi par le marquis passe de loin ces froides amplifications. C’est un sabbat mené à bave-bouche avec le concours de l’office. Gothon33 y a probablement chevauché le balai sans entrer dans la danse, mais NanonN 19 y a pris une part dont elle va rester toute alourdie ; les petites ravaudeuses de la marquise y ont livré leur peau au jeu des boutonnières et le jeune secrétaire a dû y faire la partie de flûte. »

Pour changer d'air, le marquis reprend la route de l'Italie le 17 juillet 1775 sous le nom de comte de Mazan. Il reste à Florence jusqu’au 21 octobre, puis se rend à Rome. De janvier à mai 1776, il est à Naples ; il fait expédier à Marseille deux grandes caisses pleines de curiosités et d’antiquailles, mais il s’ennuie en Italie. Son retour en août à Lacoste fait surgir de nouvelles menaces. Le 17 janvier, le père d’une jeune servante (que M. et Mme de Sade ont rebaptisé Justine !) vient réclamer sa fille et tire sur Sade. « Il a dit qu’il lui avait été dit qu’il pouvait me tuer en toute assurance et qu’il ne lui arriverait rien » s’indigne Sade à Gaufridy. Contre les avis de son entourage provençal (l’avocat aixois Reinaud qui a prévu l’événement écrit à Gaufridy le 8 février : « le marquis donne dans le pot au noir comme un nigaud (…) Sur ma parole, le mois ne s’écoule point que notre champion soit coffré à Paris. » Peu de jours après, il demande « si notre Priape respire toujours le bon air »), le marquis décide de se rendre à Paris fin janvier.

Il est arrêté dans la capitale le 13 février 1777 et incarcéré au donjon de Vincennes par lettre de cachet, à l’instigation de sa belle-mère, Madame de Montreuil. Cette mesure lui évite l’exécution, mais l’enferme dans une prison en attendant le bon vouloir du gouvernement et de la famille. Or la famille a maintenant peur de ses excès. Elle a soin de faire casser la condamnation à mort par le parlement de Provence (le marquis profitera de son transfert à Aix pour s’évader une nouvelle fois et se réfugier à Lacoste ; il sera repris au bout de quarante jours), mais sans faire remettre le coupable en liberté.

Treize années de captivité (Vincennes, Bastille, Charenton)

Le donjon de Vincennes : Sade y est enfermé en 1777, puis de 1778 à 1784, date de son transfert à la Bastille
A la Bastille, Sade est enfermé, au 2e puis au 6e étage de la tour Liberté (B sur le plan).

« Le plus honnête, le plus franc et le plus délicat des hommes, le plus compatissant, le plus bienfaisant, idolâtre de mes enfants, pour le bonheur desquels je me mettrais au feu (…) Voilà mes vertus. Pour quant à mes vices : impérieux, colère, emporté, extrême en tout, d'un dérèglement d'imagination sur les mœurs qui de la vie n'a eu son pareil, athée jusqu'au fanatisme, en deux mots me voilà, et encore un coup, ou tuez-moi ou prenez-moi comme cela ; car je ne changerai pas »

Tel est le portrait que Sade trace de lui-même, dans une lettre à sa femme de septembre 1783. Et il ajoute :

« Si, comme vous le dites, on met ma liberté au prix du sacrifice de mes principes ou de mes goûts, nous pouvons nous dire un éternel adieu, car je sacrifierais, plutôt qu’eux, mille vies et mille libertés, si je les avais. »

Sade a trente-huit ans. Il restera onze ans enfermé, d'abord au donjon de Vincennes puis à la Bastille où il est transféré le 29 février 1784, le fort de Vincennes devant être désaffecté en tant que prison d'État. À Vincennes, il est « enfermé dans une tour sous dix-neuf portes de fer, recevant le jour par deux petites fenêtres garnies d’une vingtaine de barreaux chacune ». Il devient pour ses geôliers Monsieur le 6, d'après son numéro de cellule (que l'on visite encore aujourd'hui) selon l’usage dans les forteresses royales. À la Bastille, il est enfermé, au 2e puis au 6e étage de la tour Liberté. Chaque tour comporte 4, 5 ou 6 chambres superposées, généralement octogonales, de 6 à 7 mètres de largeur, avec environ 5 mètres sous plafond et une grande fenêtre barrée d'une triple grille. Comme à Vincennes, il devient la Deuxième Liberté34.

Il a droit à un traitement de faveur, payant une forte pension. Mme de Montreuil, sa famille attendent de lui une conduite assagie pour faire abréger sa détention. Ce sera tout le contraire : altercation avec d’autres prisonniers dont Mirabeau, violences verbales et physiques, menaces, lettres ordurières à sa belle-mère et même à sa femme qui lui est pourtant entièrement dévouée. La présidente de Montreuil ne juge pas possible une libération. En 1785, sa femme écrit : « M. de Sade, c’est toujours la même chose : il ne peut retenir sa plume et cela lui fait un tort incroyable. » « L’effervescence de caractère ne change point » souligne Mme de Montreuil, « un long accès de folie furieuse » note Le Noir, traité dans une lettre de juillet 1783 de « foutu ganache » et de « protecteur-né des bordels de la capitale ».

La libération devenant improbable, la rage s’éternise dans ses lettres de Vincennes et de la Bastille  :

« Depuis que je ne puis plus lire ni écrire (de janvier à juillet 83, Sade perd presque totalement l’usage d’un œil), voilà le cent onzième supplice que j’invente pour elle (sa belle-mère Madame de Montreuil). Ce matin, je la voyais écorchée vive, traînée sur des chardons et jetée ensuite dans une cuve de vinaigre. Et je lui disais : exécrable créature, voilà, pour avoir vendu ton gendre à des bourreaux ! Voilà, pour avoir ruiné et déshonoré ton gendre ! Voilà, pour lui avoir fait perdre les plus belles années de sa vie, quand il ne tenait qu’à toi de le sauver après son jugement35 ! »

« Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Eh, que m'importe ! Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions; elle tient à mon existence, à mon organisation. Je ne suis pas le maître de la changer ; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette façon de penser que vous blâmez fait l'unique consolation de ma vie ; elle allège toutes mes peines en prison et j'y tiens plus qu'à la vie. Ce n'est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c'est celle des autres36. »

Ce qui n’exclut pas chez le prisonnier Sade le recours à l’ironie  :

« Si j'avais eu Monsieur le 6 à guérir, je m'y serais pris bien différemment, car au lieu de l'enfermer avec des anthropophages, je l'aurais clôturé avec des filles ; je lui en aurais fourni en si bon nombre que le diable m'emporte si, depuis sept ans qu'il est là, l'huile de la lampe n'était pas consumée ! Quand on a un cheval trop fougueux, on le galope dans les terres labourées ; on ne l'enferme pas à l'écurie.(…) Monsieur le 6, au milieu d'un sérail, serait devenu l'ami des femmes ; uniquement occupé de servir les dames et de satisfaire leurs délicats désirs, Monsieur le 6 aurait sacrifié tous les siens. Et voilà comme, dans le sein du vice, je l'aurais ramené à la vertu37! »

Ou lorsque l'administration pénitentiaire lui refuse les Confessions de Jean-Jacques Rousseau :

« Me refuser les Confessions de Jean-Jacques est encore une excellente chose, surtout après m'avoir envoyé Lucrèce et les dialogues de Voltaire ; ça prouve un grand discernement, une judiciaire profonde dans vos directeurs. Hélas ! ils me font bien de l'honneur, de croire qu'un auteur déiste puisse être un mauvais livre pour moi ; je voudrais bien en être encore là. Vous n'êtes pas sublimes dans vos moyens de cure, Messieurs les directeurs ! (…) Ayez le bon sens de comprendre que Rousseau peut être un auteur dangereux pour de lourds bigots de votre espèce, et qu'il devient un excellent livre pour moi. Jean-Jacques est à mon égard ce qu'est pour vous une Imitation de Jésus-Christ. La morale et la religion de Rousseau sont des choses sévères pour moi, et je les lis quand je veux m'édifier (…) Vous avez imaginé faire merveille, je le parierais, en me réduisant à une abstinence atroce sur le péché de la chair. Eh bien, vous vous êtes trompés : vous avez échauffé ma tête, vous m'avez fait former des fantômes qu'il faudra que je réalise37. »

Sans oublier des accès de folâtrerie dignes de Molière, ainsi sa réplique à son valet La Jeunesse le 8 octobre 1779  :

« Tu fais l'insolent, mon fils ! Si j'étais là je te rosserais… Comment, vieux jean foutre de singe, visage de chiendent barbouillé de jus de mûre, échalas de la vigne de Noé, arête de la baleine de Jonas, vieille allumette de briquet de bordel, chandelle rance de vingt-quatre à la livre, sangle pourrie du baudet de ma femme, (…) Ah, vieille citrouille confite dans du jus de punaise, troisième corne de la tête du diable, figure de morue allongée comme les deux oreilles d'une huître, savate de maquerelle, linge sale des choses rouges de Milli Printemps (Mlle de Rousset), si je te tenais, comme je t'en frotterais avec ton sale groin de pomme cuite qui ressemble à des marrons qui brûlent, pour t'apprendre à mentir de la sorte. »

L’incarcération l’amène à chercher dans l’imaginaire des compensations à ce que sa situation a de frustrant. Son interminable captivité excite jusqu’à la folie son imagination. Condamné pour débauches outrées, il se lance dans une œuvre littéraire qui s’en prend aux puissances sociales que sont la religion et la morale. « En prison entre un homme, il en sort un écrivain. » note Simone de Beauvoir.

Le 22 octobre 1785, il entreprend la mise au net des brouillons des Cent Vingt Journées de Sodome, sa première grande œuvre, un « gigantesque catalogue de perversions » selon Jean Paulhan. Afin d’éviter la saisie de l’ouvrage, il en recopie le texte d’une écriture minuscule et serrée sur 33 feuillets de 11,5 cm collés bout à bout et formant une bande de 12 m de long, remplie des deux côtés.

Le 2 juillet 1789, « il s’est mis hier à midi à sa fenêtre, et a crié de toutes ses forces, et a été entendu de tout le voisinage et des passants, qu’on égorgeait, qu’on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu’il fallait venir à leur secours » rapporte38 le marquis de Launay, gouverneur de la Bastille qui obtient le transfert de « cet être que rien ne peut réduire » à Charenton, alors hospice de malades mentaux tenus par les frères de la Charité. On ne lui laisse rien emporter. « Plus de cent louis de meubles, six cents volumes dont quelques-uns fort chers et, ce qui est irréparable, quinze volumes de mes ouvrages manuscrits (…) furent mis sous le scellé du commissaire de la Bastille. » La forteresse ayant été prise, pillée et démolie, Sade ne retrouvera ni le manuscrit, ni les brouillons. La perte d’un tel ouvrage lui fera verser des « larmes de sang ».

Le manuscrit des Cent-Vingt Journées de Sodome

Le rouleau de la Bastille : le manuscrit des Cent-Vingt Journées de Sodome...

Gilbert Lely a reconstitué39 l'itinéraire du manuscrit des Cent-Vingt Journées de Sodome qui se présente sous la forme d'un rouleau de papier écrit recto verso long de 12,10 m et large de 11,50 cm. Ce manuscrit a été trouvé dans l'ancienne cellule du marquis, parmi ses effets personnels, à la Bastille, par un certain Arnoux de Saint-Maximin, sans doute vers la fin juillet 1789. Il devient la possession de la famille de Villeneuve-Trans qui le conservera pendant trois générations. À la fin du XIXe siècle, il est vendu à Iwan Bloch, un psychiatre berlinois, qui publiera en 1904, sous le pseudonyme d’Eugène Dühren, une première version comportant de nombreuses erreurs de transcription. En 1929, à la mort de Bloch, Maurice Heine, mandaté par le célèbre couple de mécènes Charles et Marie-Laure de Noailles — cette dernière née Bischoffsheim étant une descendante du marquis — rachète le manuscrit et en publie, de 1931 à 1935, une version, qui, en raison de sa qualité, peut être considérée comme la seule qui soit originale. En 1982, le manuscrit est volé de façon mystérieuse à une descendante du vicomte de Noailles, exporté illégalement de France et revendu plus tard, à Genève, au collectionneur de livres rares, principalement érotiques, Gérard Nordmann (1930-1992). Entre temps, en juin 1990, la France estime que le manuscrit a été volé et qu'il doit être restitué à la famille de Noailles. De son côté, en mai 1998, le tribunal fédéral helvétique estime que Nordmann a acquis en toute légalité le document. Il est exposé au public pour la première fois en 2004, à la fondation Martin Bodmer, près de Genève. Le 3 avril 2014, Gérard Lhéritier, président fondateur d'Aristophil et du Musée des lettres et manuscrits, annonce avoir « déboursé au total 7 millions d'euros » pour ce manuscrit, somme dont une partie est censée dédommager au passage les héritiers Noailles : ce document devient l'un des trois manuscrits les plus chers conservés en France. Il est désormais assuré à hauteur de 12 millions d'euros par la compagnie Lloyd's40.

Sade et la Révolution

Sade met sa plume au service de la Section des Piques. Le 2 novembre 1792, il lit son Idée sur le mode de la sanction des lois qui lui vaut les félicitations de ses collègues ; on en décide l’impression et l’envoi aux autres sections.

Rendu à la liberté le 2 avril 1790 par l’abolition des lettres de cachet, Sade s’installe à Paris. Il a cinquante ans. Il est méconnaissable, physiquement marqué par ces treize années. Il a prodigieusement grossiN 20. « J’ai acquis, faute d’exercice, une corpulence si énorme qu’à peine puis-je me remuer » reconnaît-il.

La marquise, réfugiée dans un couvent, demande la séparation de corps et l’obtient. Il fait la connaissance de Marie-Constance Quesnet, « Sensible », une comédienne de 33 ans qui ne le quittera plus jusqu’à sa mort. Les dévergondages de son imagination, il les réserve désormais à son œuvre. Dès que je serai libre, avait-il prévenu en 1782, « ce sera avec une bien grande satisfaction que, me relivrant à mon seul genre, je quitterai les pinceaux de Molière pour ceux de l’Arétin ».

Ses fils émigrent, il ne les suit pas. Il essaie de faire jouer ses pièces sans grand succès. Sa qualité de ci-devant le rend a priori suspect. Il se lance dans le mouvement révolutionnaire et met ses talents d'homme de lettres au service de sa section de la place Vendôme, la section des Piques — à laquelle appartient Robespierre (et les Montreuil ! Sade ne profitera pas de ce retournement de situation pour se venger de sa belle-mère qui l'a fait enfermer à Vincennes et à la Bastille ; bien au contraire, il sauvera ses beaux-parents pendant sa présidence de section41).

En 1792, « Louis Sade, homme de lettres » est nommé secrétaire, puis en juillet 1793, président de sa section42. Le 9 octobre 1793, il prononce le Discours aux mânes de Marat et de Le Peletier lors de la cérémonie organisée en hommage aux deux « martyrs de la liberté ». Entraîné par le succès de ses harangues et de ses pétitions, emporté par sa ferveur athée, il prend des positions extrêmes en matière de déchristianisation, au moment où le mouvement va être désavoué par Robespierre et les sans-culottes les plus radicaux éliminés de la scène (les Hébertistes vont être exécutés le 24 mars).

Le 15 novembre, délégué à la Convention, il est chargé de rédiger et d'y lire, en présence de Robespierre qui déteste l'athéisme et les mascarades antireligieuses, une pétition sur l'abandon des « illusions religieuses » au nom de six sections43 :

« Législateurs, le règne de la philosophie vient anéantir enfin celui de l'imposture (…) Envoyons la courtisane de Galilée se reposer de la peine qu’elle eut de nous faire croire, pendant dix-huit siècles, qu’une femme peut enfanter sans cesser d’être vierge ! Congédions aussi tous ses acolytes ; ce n’est plus auprès du temple de la Raison que nous pouvons révérer encore des Sulpice ou des Paul, des Magdeleine ou des Catherine…44 »

Il s'expose imprudemment en cette occasion. « Sa masse considérable était-elle couverte d’une chasuble ? Tient-il la crosse en main ? A-t-il posé la mitre sur ses cheveux presque blancs ? Au moins – c’était pratiquement obligatoire en novembre 93, dans sa position, un bonnet rouge45? » se demande Pauvert. Une semaine plus tard, Robespierre répond dans son Discours pour la liberté des cultes prononcé au club des Jacobins : « Nous déjouerons dans leurs marches contre-révolutionnaires ces hommes qui n'ont eu d'autre mérite que celui de se parer d'un zèle anti-religieux… Oui, tous ces hommes faux sont criminels, et nous les punirons malgré leur apparent patriotisme. » Lever écrit  : « Robespierre et Sade ! Le premier, cravaté de roideur vertueuse ne pouvait que mépriser l'adiposité de son collègue de section. Ce prototype du voluptueux lui inspira sûrement, dès la première rencontre, un insupportable dégoût (…) L'antipathie de Robespierre dut se changer en haine après la pétition du 15 novembre46. » Le 8 décembre, Sade est incarcéré aux Madelonnettes comme suspect. En janvier 1794, il est transféré aux Carmes, puis à Saint-Lazare. Le 27 mars, Constance Quesnet réussit à le faire transférer à Picpus, dans une maison de santé hébergeant de riches « suspects » incarcérés dans différentes prisons de Paris que l’on faisait passer pour malades, la maison Coignard, voisine et concurrente de la pension Belhomme que Sade qualifie en 1794 de paradis terrestre47.

Le 26 juillet (8 thermidor) il est condamné à mort par Fouquier-Tinville pour intelligences et correspondances avec les ennemis de la République avec vingt-huit autres accusés. Le lendemain (9 thermidor), l’huissier du Tribunal se transporte dans les diverses maisons d’arrêt de Paris pour les saisir au corps, mais cinq d’entre eux manquent à l’appel, dont Sade. Il est sauvé par la chute de Robespierre et quitte Picpus le 15 octobre. À quoi doit-il d’avoir échappé à la guillotine ? au désordre des dossiers et à l’encombrement des prisons comme le pense Lely, ou aux démarches et aux pots-de-vin de Constance Quesnet qui a des amis48 au Comité de sûreté générale, comme le croient ses deux plus récents biographes Pauvert et Lever ? On en est réduit aux hypothèses.

« Ma détention nationale, la guillotine sous les yeux, écrit Sade à son homme d’affaires provençal le 21 janvier 1795, m’a fait cent fois plus de mal que ne m’en avaient fait toutes les bastilles imaginables. »

En 1795, il publie Aline et Valcour « par le citoyen S*** » et la Philosophie dans le boudoir suivie de la mention « Ouvrage posthume de l’auteur de Justine ». En 1796, il vend le château de La Coste au député du Vaucluse Rovère. Il voyage en Provence avec Constance Quesnet de mai à septembre 1797 pour essayer de vendre les propriétés qui lui restent mais son nom se trouve par erreur sur la liste des émigrés du Vaucluse, l'administration le confondant avec son fils Louis-Marie qui a émigréN 21, ce qui place ses biens sous séquestre et le prive de ses principaux revenus. Sa situation s’est considérablement dégradée. Aux abois, couvert de dettes, il doit gagner sa vie.

La production d’ouvrages clandestins pornographiques devient pour Sade une bénéfique ressource financière : en 1799, La Nouvelle Justine suivi de l’Histoire de Juliette, sa sœur, qu’il désavoue farouchement, lui permet de payer ses dettes les plus criardes. Les saisies de l’ouvrage n’interviendront qu’un an après sa sortie, mais déjà, l’étau se resserre. La presse se déchaîne contre lui et persiste à lui attribuer Justine en dépit de ses dénégations.

On lit dans la gazette L'Ami des Lois du 29 août 1799 : « On assure que de Sade est mort. Le nom seul de cet infâme écrivain exhale une odeur cadavéreuse qui tue la vertu et inspire l’horreur : il est auteur de Justine ou les Malheurs de la vertu. Le cœur le plus dépravé, l’esprit le plus dégradé, l’imagination la plus bizarrement obscène ne peuvent rien inventer qui outrage autant la raison, la pudeur, l’humanité. »

Une œuvre emblématique : Justine

Certaines figures de fiction ont accompagné leur créateur tout au long de leur vie : comme Faust pour Goethe ou Le Mariage de Figaro pour Beaumarchais, c’est le cas de Justine pour Sade.

En mars 1791, une lettre de Sade à Reinaud, son avocat à Aix, annonce en ces termes la sortie prochaine de Justine : « On imprime actuellement un roman de moi, mais trop immoral pour être envoyé à un homme aussi pieux, aussi décent que vous. J’avais besoin d’argent, mon éditeur me le demandait bien poivré, et je lui ai fait capable d’empester le diable. On l’appelle Justine ou les Malheurs de la vertu. Brûlez-le et ne le lisez point s’il tombe entre vos mains : je le renie. »

Une première version, Les Infortunes de la vertu, est rédigée à la Bastille en 1787. Par étapes successives, l’auteur ajoute de nouveaux épisodes scabreux qu’il fait se succéder les uns aux autres, comme un feuilleton.

Deux volumes en 1791, pas moins de dix volumes illustrés de cent gravures pornographiques en 1799 sous le Directoire, « la plus importante entreprise de librairie pornographique clandestine jamais vue dans le monde » selon Jean-Jacques Pauvert, sous le titre de La Nouvelle Justine ou les malheurs de la vertu, suivie de l’Histoire de Juliette, sa sœur.

Le livre scandalise, mais surtout il fait peur : très vite on sent que la subversion l’emporte sur l’obscénité. C’est pourquoi les contemporains lui refusent ce minimum de tolérance dont bénéficient ordinairement les écrits licencieux. Justine, on la rejette en bloc, sans appel, on voudrait la voir anéantie. L’œuvre marque la naissance de la mythologie sadienne.

Treize ans chez les fous

Bonaparte jetant Justine au feu (attribué à P. Cousturier) :
« le livre le plus abominable qu’ait enfanté l’imagination la plus dépravée ».
(Mémorial de Sainte-Hélène, t. II, Gallimard, Pléiade, 1948, p. 540)
Supplique adressée par Sade à Fouché, ministre de la police, demandant l’assouplissement de sa détention datée du 10 fructidor an XII (28 août 1804).

Le 6 mars 1801, une descente de police a lieu dans les bureaux de son imprimeur Nicolas Massé. Le Consulat a remplacé le Directoire. Le Premier Consul Bonaparte négocie la réconciliation de la France et de la papauté et prépare la réouverture de Notre-Dame. On est plus chatouilleux sur les questions de morale. Sade est arrêté49. Il va être interné, sans jugement, de façon totalement arbitraire, à Sainte-Pélagie. En 1803, son attitude provoque des plaintes qui obligent les autorités à le faire transférer le 14 mars à Bicêtre, la « Bastille de la canaille », séjour trop infamant pour la famille qui obtient le 27 avril un nouveau transfert à l'asile de Charenton comme fou. Comme il jouissait de toutes ses facultés mentales, on invoqua l’obsession sexuelle : « Cet homme incorrigible, écrit le préfet Dubois, est dans un état perpétuel de démence libertine. »

Il reste, dans les Souvenirs de Charles Nodier, un portrait de Sade au moment de son transfert : « Un de ces messieurs se leva de très bonne heure parce qu’il allait être transféré, et qu’il en était prévenu. Je ne remarquai d’abord en lui qu’une obésité énorme, qui gênait assez ses mouvements pour l’empêcher de déployer un reste de grâce et d’élégance dont on retrouvait les traces dans l’ensemble de ses manières et dans son langage. Ses yeux fatigués conservaient cependant je ne sais quoi de brillant et de fin, qui s’y ranimait de temps à autre comme une étincelle expirante sur un charbon éteint50. » À Charenton, il jouit de conditions privilégiées. Il occupe une chambre agréable que prolonge une petite bibliothèque, le tout donnant sur la verdure du côté de la Marne. Il se promène dans le parc à volonté, tient table ouverte, reçoit chez lui certains malades ou leur rend visite. Constance Quesnet, se faisant passer pour sa fille naturelle, vient le rejoindre en août 1804 et occupe une chambre voisine. Aussitôt enfermé, et pendant des années, il proteste et s’agite. Il fait l’objet d’une étroite surveillance. Sa chambre est régulièrement visitée par les services de police, chargés de saisir tout manuscrit licencieux qui pourrait s’y trouver. Le 5 juin 1807, la police saisit un manuscrit, Les Journées de Florbelle, « dix volumes d’atrocités, de blasphèmes, de scélératesse, allant au-delà des horreurs de Justine et de Juliette » écrit le préfet Dubois à son ministre Fouché.

Sade sympathise avec le directeur de Charenton, M. de Coulmier. Ce dernier avait toujours cru aux vertus thérapeutiques du spectacle sur les maladies mentales. De son côté, le marquis nourrissait une passion sans bornes pour le théâtre. Il va devenir l’ordonnateur de fêtes qui défrayèrent la chronique de l’époque.

Coulmier fait construire un véritable théâtre. En face de la scène s’élèvent des gradins destinés à recevoir une quarantaine de malades mentaux, choisis parmi les moins agités. Le reste de la salle peut recevoir environ deux cents spectateurs, exclusivement recrutés sur invitation. Très vite, il devient du dernier chic d’être convié aux spectacles de Charenton. La distribution des pièces comporte en général un petit nombre d’aliénés, les autres rôles étant tenus soit par des comédiens professionnels, soit par des amateurs avertis comme M. de Sade ou Marie-Constance Quesnet. Le marquis compose des pièces pour le théâtre et dirige les répétitions51.

Le médecin-chef, en désaccord avec le directeur, estime que la place de Sade n’est pas à l’hôpital mais « dans une maison de sûreté ou un château fort ». La liberté dont il jouit à Charenton est trop grande. Sade n’est pas fou mais rend fou. La société ne peut espérer le soigner, elle doit le soumettre à « la séquestration la plus sévère ». En 1808, le préfet Dubois ordonne son transfert au fort de Ham. La famille intervient auprès de Fouché qui révoque l’ordre et autorise Sade à demeurer à Charenton.

En 1810, Sade a soixante-dix ans. Mais l’auteur de Justine fait toujours peur aux autorités. Le nouveau ministre de l’Intérieur, le comte de Montalivet, resserre la surveillance : « considérant que le sieur de Sade est atteint de la plus dangereuse des folies ; que ses communications avec les autres habitués de la maison offrent des dangers incalculables ; que ses écrits ne sont pas moins insensés que ses paroles et sa conduite, (…) il sera placé dans un local entièrement séparé, de manière que toute communication lui soit interdite sous quelque prétexte que ce soit. On aura le plus grand soin de lui interdire tout usage de crayons, d’encre, de plumes et de papier. »

On dispose d'une description physique de Sade, âgé de soixante-douze ans, dans les mémoires de Mlle Flore, artiste au théâtre des Variétés : « Il avait une assez belle tête un peu longue, les coins de la bouche retombaient avec un sourire dédaigneux. Ses yeux, petits mais brillants, étaient dissimulés sous une forte arcade qu'ombrageaient d'épais sourcils52. »

Obèse et malade, Sade meurt en 1814 d'un « œdème aigu du poumon d'une très probable origine cardiaque »53. Quelques années auparavant, il avait demandé dans son testament à ne pas être autopsié et à être enterré non religieusement dans un bois de sa terre de la Malmaison, près d'Épernon :

« … La fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni, et le taillis se retrouvant fourré comme il l'était auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, comme je me flatte que ma mémoire s'effacera de l'esprit des hommes. »

Sa terre de la Malmaison étant vendue, il est inhumé dans le cimetière de la maison de Charenton. La fosse est recouverte d’une pierre sur laquelle aucun nom n'est gravé et d'une croix de pierre malgré ses dernières volontés. En 1818, le cimetière est remanié et son corps exhumé54. Le docteur Ramon, adjoint de son médecin personnel Doucet, se fait remettre le crâne afin de l'étudier. Le docteur Spurzheim, disciple du médecin Franz Joseph Gall, père de la phrénologie, emprunte le crâne et en fait des moulages par son préparateur Dumoutier, l'un de ces moules étant toujours dans les réserves du musée de l'Homme55. Le crâne voyage alors dans plusieurs pays pour illustrer des conférences sur cette pseudo-science qui associe des caractéristiques du crâne d'une personne à son caractère. Depuis, plusieurs crânes attribués au marquis sont réapparus, de nombreuses anecdotes évoquant leurs pouvoirs maléfiques56.

Œuvres

Justine ou les Malheurs de la vertu, édition originale de 1791, ornée d’un frontispice allégorique de Philippe Chéry représentant la Vertu entre la Luxure et l’Irréligion. Le nom de l’auteur ne figure pas sur la page de titre et le nom de l’éditeur (Girouard à Paris) est remplacé par la mention : « En Hollande, chez les Libraires associés ».

Œuvres anonymes, sous pseudonymes et clandestines

On recense actuellement seulement 5 imprimés signés, assumés, œuvres officielles. Marginal, débauché, délinquant, transgressif, subversif, avant même d'être durablement incarcéré, de 1777 à 1790, période où il proclame officiellement son ralliement aux Lumières (après 1781, c'est uniquement à cause de sa façon de penser et de sa plume qu'il est maintenu en détention), il ne perd jamais de vue la postérité, ce qui passe expressément par l'impression. Il a toujours été résolument et très tôt un auteur clandestin. De ce point de vue, on peut diviser sa carrière d'auteur, essentiellement clandestine donc, en quatre périodes : jusqu'en 1777, libre, de 1777 à 1790, emprisonné, de 1790 à 1801, libre, et de 1801 à 1814, emprisonné. Ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'il publiera quelques ouvrages sous son nom. Ses œuvres pornographiques, uniques, sont des objets de scandale et d'effroi qui sont dès leur parution interdites, et ce jusqu'en 1960. Elles sont à l'origine de la renommée de leur auteur. C'est à cause d'elles qu'il passe les 13 dernières années de sa vie enfermé, sans jugement. Les recherches considérables, fondamentales, du XXe siècle, qui ont restitué Sade via manuscrits, archives familiales, correspondance, permettent une connaissance déjà très poussée du personnage. Cependant, le chantier de l'impression anonyme et clandestine, pose un problème d'une toute autre nature. On peut même dire l'inverse. La spécificité de ce problème, c'est précisément le nombre très important de documents disponibles. Rien que pour la période qui embrasse la vie de Sade (1740-1814), c'est au sein d'une masse de dizaines de milliers de documents qu'il faut débusquer un Sade, condamné à l'anonymat soi par sa marginalité, son caractère subversif soi par la détention, qui se cache, ruse, louvoie, et qui cherche sa voie, à s'exprimer par tous les moyens, à se faire connaître. Sade fut essentiellement un auteur anonyme et clandestin. Dans la liste des obsessions de Sade, il ne faut pas oublier celle-ci : imprimer. Marginal, puis retranché de la société par la prison, son nom ostracisé par la lettre de cachet, trop subversif, transgressif, Lumière radicale, libre ou pas, Sade a toujours été contraint, de toutes parts, à tous les points de vue, d'être le Clandestin des Lumières. Mais il est déjà certain, en l'état actuel des recherches, qu'il le fut moins qu'on ne le pense, le sait, aujourd'hui, pour ses contemporains. Le XXe siècle a écumé la source manuscrite, mais certainement pas le chantier de l'impression clandestine qui a commencé il y a seulement quelques années (voir l'exemple du Philosophe soi-disant, connu d'après manuscrit au XXe siècle, jusqu'à la découverte récente de plusieurs impressions d'époque anonymes, sous pseudonymes, etc.). Pour toutes ces raisons la bibliographie de Sade est particulièrement discutée, ardue à établir, toujours l'objet de travaux, régulièrement amenée à évoluer. Avec les œuvres désormais indubitables, on trouvera ci-dessous quelques exemples d'ouvrages dont l'attribution à Sade est encore débattue. Il y a un Sade auteur avant Le dialogue entre un prêtre et un moribond, 1782, et les Cent Vingt Journées de Sodome, 1785, et nous ne le connaissons pas.

Jusqu'en 1777

Le Philosophe soi-disant, sous le pseudonyme de L. P. de Bernowlly (contraction fantaisiste de Beverley et Lovelace, parfois référencé Bernouilly) est une pièce de théâtre représentée pour la première fois à Bordeaux par les Comédiens Français et Italiens, le 9 octobre 176257. Les archives du théâtre rapportent trois représentations en tout. Il existe au moins deux impressions sous ce pseudonyme, celle de 1762 en in-8°, une en in-12° en 176458. Sade libre depuis le 2 avril 1790, le Sieur de Bernowlly paraît sur la scène parisienne. Cette pièce a été jouée 10 fois au théâtre du Palais Royal entre le 2 octobre 1789 et le 19 juin 1790. Le même théâtre donne 5 fois Le point d'honneur de Lesage entre le 11 décembre 1790 et le 18 février 1791. Les trois premières donnent le nom d'auteur véritable, mais les deux dernières donnent curieusement le pseudonyme de Bernowlly. On connaît également sous ce pseudonyme un opéra bouffon en un acte, Les serruriers par hasard, ou le jaloux pris dans ses filets, avec une musique de M. Valois, et imprimé à Avignon en 1762. Une lettre à son précepteur, le père Amblet, fait allusion à son théâtre clandestin à Bordeaux et également à au moins un érotique imprimé en 1769 aux Pays-Bas (peut-être : L'Académie des Pays-Bas, ou l'école des voluptueux , ouvrage didactique, p. 120, Chez Ignace Beaupoil, 1769 ; l'ouvrage est dédié à une chanoinesse, état de sa belle-sœur). Le Philosophe soi-disant apparait pour la première fois dans la première édition, 1761, des Contes moraux, un recueil à succès de petits contes anonymes d'auteurs divers, rassemblés et publiés, constamment augmentés, réédités, par Jean-François Marmontel59, à qui la marquise fera lire ce que Sade réussit à faire sortir quand il sera emprisonné.

1774. Les Sages Du Siècle, Ou La Raison En Délire. Attribution débattue. En trois volumes, clandestin60.

1776. Almanach de nuit, A l'instar De celui de la Marquise D.N.N.C. Utile aux dames du grand monde Et aux petit maîtres. Pour l'année bissextile M.DCC.LXXVII. Contenant des Anecdotes nocturnes, des Prédictions nouvelles, & autres choses. Par M. de la ... Chevalier des Rou .... Cedo nulli. Imprimé aux étoiles, Chez Vesper, rue du Croissant, À LA LUNE. 1776. Revendiqué dans L'Étourdi en 1784. Clandestin. Attribution débattue.

De 1777 à 1790 enfermé à Vincennes puis à la Bastille

Sade est libelliste, pamphlétaire, correspondant, chroniqueur, dans le Journal de Paris61,62, essayiste, auteur — toujours anonymement, sous pseudonyme, son nom étant interdit d'apparaitre à cause de la lettre de cachet, même donc pour ce qui sera officieusement autorisé. Le Journal de Paris apparaît le 01 janvier 1777 et devient le premier imprimé à être quotidien en France. Il est l'organe officiel des Lumières et est à ce titre scruté par la censure, la police et leur lieutenant général, Jean-Charles-Pierre Le Noir (« un homme des Lumières, pragmatique, qui souhaite réformer l’État en douceur », d'après les travaux de Vincent Milliot). Lorsqu'il intervient dans le Journal de Paris, pour rappeler Sade à l'ordre ou autre, il signe Charlemagne, Gros Jean, etc). Incarcéré à Vincennes le 13 février 1777, avant même son transfert à Aix pour la cassation du jugement de l'affaire marseillaise et la courte cavale de l'été 1778, Sade réussit à y faire imprimer ces premiers libelles et à nouer des contacts durables à l'extérieur, y compris avec des imprimeurs — liens qu'il refait fonctionner après sa cavale, de retour à Vincennes en septembre 1778. Sous le très étroit contrôle du lieutenant de police général Le Noir, des limites ont manifestement été convenues entre les deux hommes, ce dernier pouvant surveiller les Lumières, dont son prisonnier le plus encombrant, quasi-quotidiennement, via cette feuille, Sade peut faire imprimer libelles, articles, et un nombre encore indéterminé d'ouvrages. Par exemple, le 26 juillet 1777, no 207 du Journal de Paris, il termine un libelle par " Le Roi impose, je dépense, payera qui pourra ", le 7 novembre 1778, dans le no 311 de l'année, alors qu'il est enfermé à Vincennes, il fait insérer à ses frais, sa proposition de couronnement des tours de Saint-Sulpice, qui, achevées à la va-vite, allaient être restaurées ; on note dans sa missive une évocation du peintre Charles André van Loo, une mention très récurrente, de sa part. Et le seul portrait connu de Sade est de ce peintre. Ou encore, le 14 juillet 1781, le lendemain de la première visite de la marquise après 4 ans et 5 mois, le marquis apostrophe sa belle-mère dans le Journal. Toutes les publications de Sade pendant cette période sont ainsi a priori contraintes, limitées, contrôlées par Le Noir. Sade, brimé, qui bout en prison, ne cesse de mettre à rude épreuve les bornes fixées et la patience de Le Noir. Dès 1777, avant même le transfert à Aix, on voit des libellistes, des correspondants, des auteurs, faire comprendre à Sade qu'ils savent qui est derrière certains « masques », terme de l'époque pour anonyme et pseudonyme, ce nouveau venu. Le 29 juillet 1777, no 210 du Journal de Paris, un pseudonyme, Bradel père, lui renvoie à la figure l'affaire d'Arcueil sous forme d'allégorie. Le persifleur est sèchement rappelé à l'ordre par Le Noir. Aussi étroite soit-elle, c'est grâce à la permissivité de Le Noir que, sans qu'il soit permis que son nom apparaisse, Sade, autant qu'il le peut, entend participer à la vie intellectuelle de son temps. Même si c'est donc sous l'œil attentif de la censure, les publications, les libelles, articles, à partir de 1777 ressortent d'un Sade membre des Lumières.

En mai 1780, paraît chez Knapen Observations critiques et philosophiques, sur le Japon, et les Japonais, anonymeN 22. Attribution débattue. C'est une pseudo-synthèse des connaissances sur le Japon, prétexte à digressions de l'auteur. Les principales sources de l'époque sur le Japon ressortent des Jésuites, chez qui Sade a fait ses études. Sade les cite parfois scrupuleusement, avec titre, auteur et page. Selon Sade, la présence d'espions du Cubo (traduction de l'époque pour le shogun), pouvoir politique, dans la garde du Daïro (l'empereur), pouvoir spirituel, « a pour objet la sûreté de l'état qu'il troublerait, s'il s'avisait de sortir des bornes de l'autorité spirituelle ». On apprend aussi page 90 : « Il [le Japonais] a outre cela un penchant singulier pour une autre espèce de plaisir qu'on ne doit point nommer... », page 118 : « On y voit [sur les grands chemins] aussi grand nombre d'hôtelleries où l'ont est servi avec autant de promptitude que de propreté & d'élégance, elles sont pourvues de bains communs & séparés, de musiciens, de farceurs, de filles de joye & de ganimèdes; cette dernière marchandise n'est nullement décréditée au Japon; il y a même des maisons destinées à l'éducation de ces jeunes victimes d'une passion abominable, ... Les Chinois, leurs rivaux éternels, viennent fréquemment au Japon, pour le plaisir seul de voyager & de profiter des agréments qu'une industrieuse volupté a répandu sur les routes publiques : aussi appelle-t-on communément le Japon le B** de la Chine », page 233 : « Tous les Moines ne jouissent pas du privilège du mariage; on les oblige au célibat; mais ils se dédommagent d'une singulière manière de cette affreuse contrainte », page 236 : « Le Noviciat dans la plupart des Ordres est fort austère, & le silence y est rigoureusement observé pendant ce temps d'épreuve; on exige des Novices une soumission aveugle aux ordres des Supérieurs, ce qui fait voir bien du chemin à ces jeunes gens », page 237 : « On voit au Japon un Ordre de religieuses mendiantes, filles qui font vœu de se rendre utiles aux Voyageurs. Il n'est rien qu'elles ne fassent pour attendrir le cœur de ceux auxquels elles demandent galamment l'aumône. Elles rendent un compte exact de leurs quêtes à la Supérieure qui les gouverne, & lorsque l'âge où la fatigue a terni l'éclat de leurs pieux attraits, elles rentrent dans le cloître pour y remplir les fonctions destinées aux vieilles, et se nourrir dévotement du souvenir de leurs complaisances & de leurs victoires passées », page 239 : « Il est bon d'observer que ceux des Japonais qui choisissent les Monastères pour le théâtre de leurs plaisirs, sont les plus incrédules sur l'article des dogmes & des cérémonies religieuses; s'ils méprisent la croyance populaire, ils en recherchent avidement les voluptueux abus ». Sade relève avec intérêt que les japonais sont passionnés de musique et de spectacles, traitent très bien les animaux, mais que la qualité du "papier" laisse à désirer — après avoir cité une référence, il commente : « Cette méthode de faire le papier n'est certainement pas aussi simple que la notre, & quelques beaux que soient les papiers Japonais, je préfèrerai toujours pour l'écriture & l'impression ceux qui se fabriquent en Hollande. Il serait à désirer qu'en France on négligeât moins les papiers d'impression; ils sont actuellement de la plus mauvaise qualité ». Il est bien sûr très ironiquement question de l'impression clandestine. D'innombrables ouvrages clandestins portent à Amsterdam, Londres, Genève, etc., c'est parfois vrai, parfois faux.

En février 1781, paraît CONSEILS d'un Militaire à son Fils63,64, par M. le Baron d'A***. Attribution débattue. Longue et bonne critique le 27 mai 1781 dans le no 147 du Journal de Paris. Succès durable, traduction en anglais, nombreuses rééditions en France et à l'étranger. On connaît une édition augmentée en 1802, chez les libraires Dubroca et Rondonneau sous le titre Le guide du jeune militaire.

En 1783, paraît Voyage d'un Amateur des Arts ou Voyage d'un Amateur des Arts, en Flandre, dans les Pays-Bas, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78;... par « M. de la R***, Ecuy., ancien Capit. d'Inf. au Service de France, &. A Amsterdam, Liège en fait, en 4 volumes de 366, 459, 340 et 266, pages pour un total de 1401 », édité par Jacques-Joseph de FabryN 23,N 24,65,N 25,66. Attribution débattue. Ouvrage collectif, officieux, anonyme, mais pas clandestin. Sade, emprisonné à Vincennes, rassemble tous ses souvenirs de voyage, ceux qui lui en paraissent dignes, et en les documentant, les vérifiant, les étayant, les complétant, a posteriori avec les meilleures sources disponibles de l'époque, l'aide de correspondants, les assemble, les relie entre eux pour faire son Grand Tour et en livrer sa relation. Ce à quoi s'ajoute le travail éditorial, considérable, de De Fabry, qui, bien sûr, se charge de certains articles, comme ceux pour Liège et Spa, par exemples, et peut être ajoute ses propres souvenirs de voyage. Partant de Calais, en y abordant de Douvres comme un Anglais, le voyageur gagne rapidement Bruxelles, où il est de retour à la fin du quatrième volume. C'est un monumental travail de synthèse, d'érudition, de documentation qui assume, motive, explique le recours aux références pour cette relation de voyage, genre qui fait alors florès. Avec ses souvenirs français, notamment ceux de la Provence, la plus grosse partie de l'ouvrage, l'incontournable classique de l'exercice, est l'Italie. Sade y a séjourné au moins trois fois. Notamment 3 mois en 1772 dont une dizaine de jours à Venise, avec sa belle-sœur, et de juillet 1775 à juin 1776, lors de sa cavale après la condamnation d'Aix pour l'affaire marseillaise, avec son fidèle valet Carteron. À Florence, il fait connaissance avec le docteur lorrain Barthélemy Mesny, médecin du Grand Duc de Lorraine (Florence est alors possession lorraine), naturaliste émérite (auteur d'ouvrages sur les fossiles, par exemple), avec qui il nouera une sincère amitié. Il devient l'amant d'une des filles de Mesny, Chiara Moldetti. Il se lie aussi avec le jeune docteur Iberti, qui a ses entrées au Saint-Siège. Les demandes de renseignements du marquis, allant des mœurs aux œuvres d'art, vaudront au jeune docteur 4 mois dans les cachots de l'Inquisition. À Naples, Sade fait également connaissance de Cosimo Collini, ancien collaborateur et secrétaire de Voltaire, historiographe et secrétaire particulier du prince électeur Charles-Théodore puis directeur du cabinet d'histoire naturelle de Mannheim (il est le premier à décrire un fossile de ptérosaure). Collini, comme Mesny — bien que les deux hommes ne s'apprécient pas —, est membre de l'académie de Mannheim, tout comme d'Holbach, une référence philosophique majeure de Sade. Sade, sans évoquer de tiers — ligne adoptée pour cette relation — fait une étape notoire, très bien documentée, au palais du prince électeur à Mannheim et salue la libéralité de ce prince. De même, le voyageur prend soin de passer à Genève, référence à Rousseau, et à Fernay, chez Voltaire. C'est l'ouvrage connu le plus aride et austère de Sade. Il s'est voulu « scientifique », selon l'introduction. Il démontre les prodigieuses capacités de synthèse et de travail de Sade. De surcroît donc, il a été considérablement augmenté, corrigé, édité, par De Fabry, relais actif et prosélyte des encyclopédistes, des Lumières, à Liège, centre de propagande de ceux-ci. L'ouvrage y est imprimé par François-Joseph Desoer. Ces deux hommes sont des piliers de la Gazette de Liège. C'est factuellement l'imprimé le plus abouti du vivant de Sade connu à ce jour en termes d'édition et d'impression. Aussi sec qu'un guide, c'en est un, c'est aussi une des nombreuses professions de foi philosophiques de l'auteur. Une des dernières notes manuscrites du Voyage d'Italie, inachevé, publié intégralement d'après manuscrits par Maurice Lever en 1995 (Fayard), avec les vues de Tierce, peintre, et mari d'une autre fille du docteur Mesny, engagé par Sade à Naples, dit : « NOTE. Un voyageur doit peu parler de lui, c'est un défaut où beaucoup tombent, parce qu'alors, s'il parle trop de lui, ce sont ces mémoires qu'il fait, et non ceux des pays qu'il a vu. Il ne doit se permettre de raconter une histoire qui lui est arrivée que lorsqu'elle sert à faire connaître l'esprit ou les mœurs de la nation qu'il parcourt. » C'est effectivement condamner le Voyage d'Italie tel qu'il est connu, où le marquis se laisse aller aux plus scabreuses remarques, digressions, à la plus grande liberté de ton, d'expression. De plus, alors qu'il travaille dessus à Vincennes, de très nombreux ouvrages paraissent sur l'Italie et rendent le sien obsolète avant même son achèvement. Ainsi lit-on dans l'introduction du Voyage d'un Amateur des Arts : « C'est par une suite de ce même principe, que nous nous sommes interdits tous détails étrangers aux beaux Arts. Si nous eussions voulu nous étendre sur l'Histoire, les Mœurs, les Lois, les Coutumes, la Population, le Commerce, &.; des Etats que ce Voyage fait parcourir, les volumes se seraient multipliés sous nos mains ». Le point de vue adopté, les prises de positions, sont détachés, philosophiques. Aussi rebutant soit-il, le Voyage d'un Amateur des Arts s'inscrit pleinement et délibérément dans la perspective élargie qui est clairement celle des Lumières. Cet ouvrage a t-il paru avec l'assentiment tacite de Le Noir, sachant que depuis le 13 juillet 1781 Sade voit régulièrement sa femme ? Eut égard aux innombrables libelles qui paraissent dans le Journal de Paris et aux ouvrages clandestins antérieurs, si besoin était, le très sage Voyage d'un Amateur des Arts, même si le point de vue est on ne peut plus ferme, n'a pas du poser le moindre problème. On note que la seconde édition de Pauline et BelvalN 26, que Sade a corrigé et préfacé pour un tiers, est signée par M. de R***. On comprend parfaitement les intentions et les ambitions de Sade avec son Voyage d'un Amateur des Arts.

En 1784, paraît L'Etourdi, A Lampsaque, un roman épistolaire licencieux et anonyme, de deux volumes de 155 et 111 pagesN 27 . Attribution débattue. L'ouvrage sort des presses de François Pion et de son gendre Frédéric Maximilien Hayez, successeur à la mort de Pion le 3 novembre 1783 à Liège. Ils ont acquis le matériel usagé de l'imprimerie privée du Prince de Ligne en juin 1783 et commencent à imprimer en septembre de la même année. Des critères uniquement techniques et typographiques tels que défauts d'usure dans les vignettes, les caractères, la police, permettent de leur attribuer formellement cette impression et confirment la période, Hayez améliorant par la suite la qualité de son matériel et de sa production. L'ouvrage possède une épigraphe sous le titre « Sous de noires couleurs, tel qui peint le plaisir, / Ne le blâmerait pas s'il pouvait en jouir », une épître dédicatoire, une préface de l'éditeur, un avis, une post-face de l'éditeur. Dés le début du XIXe siècle, les bibliographes l'attribuent à Sade, mais à la suite des condamnations d'Apollinaire, « Attribué à Nerciat et, faussement aussi d'ailleurs, au marquis de Sade », dans son édition des œuvres de Nerciat, et dans sa bibliographie de Sade : « On a attribué au marquis de Sade des ouvrages dont il n'est l'auteur et parmi ceux-ci L'Etourdi », la critique a complètement délaissé, oublié, ce roman épistolaire, il est vrai, maladroit, bâclé, mais aussi léger, gai, licencieux, savoureux, où le regard au vitriol de Sade est à l'œuvre, sans parler d'un humour parfois inquiétant, d'intrusions du noir, annoncées dès l'épigraphe, également révélateurs. Du reste, Apollinaire attribuait le pamphlet Zoloé à Sade, on sait aujourd'hui que ce n'est pas le cas. À la lumière des connaissances actuelles sur Sade, l'attribution, à la simple lecture, très vite, va de soi. On sait grâce à la correspondance, qu'il est beaucoup question d'un projet autobiographique en 1783, il demandera même à voir le lieutenant de police général Le Noir pour trouver un accord à ce sujet. Ensuite, ce n'est plus évoqué dans la correspondance. Écrit en prison, destiné à l'impression clandestine, il reste aussi autobiographique que possible. Il s'agit en effet de Mémoires, surtout amoureuses et/ou sexuelles, choisies et romancées, du héros, du collège jusqu'à son énigmatique retrait du monde dans la ville de B ***. La dernière lettre, Conclusion, est tout sauf légère : c'est la fin de L'Etourdi, celle du roman, et celle du personnage. À la fermeture du fort de Vincennes en 1784, Sade est transféré à la Bastille où il termine en 1785 les 120 Journées. Par exemple, dans la Lettre XVI du tome II, page 84, intitulée La Comédie, le héros monte une troupe en province et fait jouer Le Glorieux de Destouches. Cette pièce a été jouée à La Coste en 1772, et très probablement en 1765 lors de son séjour avec la Beauvoisin. Sa peinture de la magistrature, des robins, du monde comme théâtre où la plupart des acteurs sont mauvais, « de la race à froc », et tant d'autres, le style, sont absolument caractéristiques. Il y a une gravité sous-jacente incompatible avec le genre choisi. Parfois, le charme bien installé disparait brutalement. On reste sans voix, par exemple, quand le héros se propose de consoler de façon singulière une marquise qui vient de perdre un petit garçon de trois mois. Et immédiatement à la suite, séduire la femme d'un robin, qui vient de perdre un serin. Serin qui apparaît dans de nombreux libelles, comme une récurrence. On se demande toujours si Sade avait, oui ou non séduit sa belle-mère. On ne dispose d'aucune lettre de l'un à l'autre, fait relevé par tous les spécialistes. Et la dernière aventure de L'Etourdi, tome II, Lettre XX, consiste encore une fois à cocufier un Robin. Il est également traîné en justice par une Première Présidente. C'est enlevé, caustique, jubilatoire, on rit beaucoup, le prisonnier Sade s'est manifestement amusé, distrait, défoulé, divertit, et continue de faire ses gammes, à se chercher. L'Etourdi a beaucoup lu, il raille Platon, Leibniz, etc., et connaît la notion de kairos. Et il imite beaucoup : la galerie de portraits, uniquement féminins ici, rappelle immanquablement un des très grand succès de l'époque, constamment réédité, les Confessions du comte de *** de Charles Pinot Duclos. L'épistolaire, licencieux ou pas, est très en vogue, et des spécialistes de Crébillon fils ont relevé formellement, en les mettant en regard, des paraphrases complètes de certains passages des Heureux Orphelins. Ce qui ne doit pas être les seuls cas dans L'Etourdi, roman à clef (satire, éviter la diffamation, parler de soi, se faire reconnaître par certains lecteurs) manifeste. Les études sur L'Etourdi sont rares, et presque inexistantes depuis les sentences d'Apollinaire. Charles Monselet, en 1882, dans Les Galanteries du XVIIIe siècle, dit que l'auteur est un « audacieux arrangeur ». Durablement enfermé à partir de 1777, plumitif déjà bien avéré, il n'a plus aucun autre dérivatif qu'écrire. Écrivain protéiforme, qui se cherche, se forme, s'essaye à tous les genres, fait feu de tout bois, c'est très exactement ce qu'on voit avec L'Etourdi et les productions antérieures. Roman à clef donc. Le héros se présente au début du premier volume : on apprend qu'il est l'un des fils d'un certain M. de Falton, et on n'en saura pas plus. C'est très tard dans le roman, et l'effet est soigné, qu'on apprend son prénom : Paul-Esprit. Et à partir de la page 63 du tome II jusqu'à la page 80, L'Etourdi qui écrit en 1784, tient absolument à faire savoir, à convaincre, qu'il est l'instigateur d'un minuscule feuilleton, certainement oublié de tous, paru à la fin de l'année 1777 dans le Journal de Paris, Tome II, p. 63 : « Cependant comme il fallait prendre un parti, je me décidai à louer un petit appartement propre & commode, à ne garder qu'un seul domestique, & muni de bons livres, & appelant la philosophie à mon secours, elle m'aida à supporter, avec patience, mon désastre; & à attendre que mes parents eussent arrangé mes affaires. Ce fut alors que dégagé de toute inclination, éloigné de tous désirs, & entièrement détaché de ceux que les passions entrainent après elles, je m'amusai à écrire au Journal de Paris cette lettre qui fit tant de bruit, intrigua toute la ville, & la mit en l'air pour en connaître l'Auteur. Je vais te la retracer, ainsi que celles qu'on y répondit. J'y joindrai également celle où est renfermée l'idée singulière de me mettre en loterie. Idée trouvée si plaisante qu'on en a fait plusieurs comédies (Note de Sade : Voyez l'Amant gros lot, & l'Amour par loterie.) ». C'est effectivement fin 1777, alors que Sade est à Vincennes, que sa famille travaille à la cassation du jugement d'Aix de l'affaire marseillaise, que paraît ledit feuilleton dans le Journal de ParisN 28. Et à la suite il reproduit 6 des 8 libelles qui le constituent, ce qui mène à la page 83, la relation de cet épisode s'achevant ainsi, Tome II, p. 83 : « Les monstres furent jusques à m'accuser de vieillesse ! (Note de Sade : Journal de Paris du 24 janvier 1778.) Les lettres initiales de mon seing étaient encore une énigme dont chacun prétendait avoir trouvé le mot, & je voyais les esprits à la torture pour deviner le sens de six lettres capitales, comme si leur destin y été attaché. Tel est le caractère Français, & particulièrement de ceux qui habitent la Capitale. Il suffit qu'il se fasse, se dise ou s'écrive quelque chose de nouveau pour qu'ils s'en occupent avec ardeur, & comme les esprits sont toujours divisés, chaque parti s'abboie, se mord, se déchire, jusques à ce que la décoration change, & qu'une autre scène les ait mis en mouvement. » Ensuite, il passe enfin à autre chose : la lettre suivante, la XV, page 84, est celle intitulée La Comédie. Et pour un étourdi, la Conclusion, Lettre XXI, est singulièrement profonde et mélancolique, tome II, page 110 : « D'ailleurs n'ayant plus ni le goût ni le moyen de paraître dans le monde, comme j'y avais toujours été, je me vis forcé de m'éloigner. Je choisis la ville de B *** [Bastille ?] pour séjour. Et depuis lors j'y suis, comme tu le sais, fixé; partageant mon temps entre les occupations que mon état exige, & des méditations sur les vicissitudes de ce monde qui est un théâtre où chacun joue un rôle, mais peu d'acteurs ont des masques qui emboîtent bien. D'ailleurs presque tous le portent avec tant de négligence qu'avec un peu d'attention on peut remarquer leurs traits naturels. » L'année suivante, en 1785 à la Bastille, il met au net, c'est précisé sur le manuscrit, les 120 Journées de Sodome.

De 1790 à 1801, libre

  • Justine ou les Malheurs de la vertu, publié en 1791 (la trame est celle du conte Les Infortunes de la Vertu qui sera publié d'après manuscrit au XXe siècle).
  • La Philosophie dans le boudoir, publié en 1795.
  • La Nouvelle Justine, suivi de l’Histoire de Juliette, sa sœur (également titré Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice), et leurs cent et une gravures, la plus importante et la plus radicale des œuvres publiées de son vivant (1799-1801).

De 1801 à 1814 enfermé, à Charenton à partir de 1803

En 1808 parait Variétés philosophiques et littéraires, en deux parties, ouvrage clandestin ou officieux, sous le pseudonyme de Georges-Louis (prénom de Buffon) Bernard. Attribution débattue. Cela fait 7 ans que Sade est détenu arbitrairement. La seconde partie est le seul essai entièrement et uniquement philosophique, connu à ce jour, de Sade. Comme à chaque fois qu'il est emprisonné, il édulcore son propos, comme pour ce qu'il a pu publier à Vincennes et à la Bastille avec l'aval des autorités. Il faut avoir cette donnée en tête à lecture : est-il libre ou pas. Démêler le fond de la pensée des concessions s'avère des plus délicats. Dans cet essai il semble adopter le déisme minimaliste, mécaniste, de Rousseau, qu'il mentionne, mais un ouvrage voire un brûlot ouvertement athée lui aurait occasionné un surcroit d'ennuis, alors qu'il ne songe qu'à retrouver la liberté. Napoléon pourchasse ouvertement l'athéisme, dans une Note à l'Académie des sciences contre l'astronome Lalande dont on ne devra plus rien imprimer il dit de l'athéisme qu'il est « destructeur de toute organisation sociale ». Il est impératif de garder à l'esprit que cet exercice n'a pas été effectué alors qu'il était libreN 29.

Œuvres officielles. Textes politiques. Posthumes

  • Œuvres officielles
  • Aline et Valcour, roman philosophique épistolaire, publié en 1795, signé.
  • Pauline et Belval, ou les Victimes d'un amour criminel; Anecdote parisienne du XVIIIe siècle, d'après les corrections de l'auteur d'Aline et Valcour, An VI (22/09/97 au 21/09/98). On connait trois autres éditions dont deux en 1812, dont une non-autorisée, pirate : " Pauline et Belval, Ou les victimes d'un amour criminel. Par le Marquis De SADE, Auteur d'Aline et Valcour, etc. etc. ". On notera qu'en 1812 Sade ne songe plus depuis longtemps à signer " Marquis de " et le " etc. etc. " invite à se souvenir que Sade n'a pas écrit qu'Aline et Valcour, c'est clairement racoleur, comme " SADE " en majuscules. L'autre édition connue de 1812 titre, sans mentionner " l'auteur d'Aline et Valcour ", " Pauline et Belval, ou Suites funestes d'un amour criminel; Anecdote récente avec romance et figures, par M. R*** ", la quatrième édition, de 1817, posthume donc, titre " Pauline et Belval, ou les Victimes d'un amour criminel; Anecdote parisienne du XIXe siècle, avec romance et figures. Par M. R***, d'après les corrections faites par l'auteur d'Aline et Valcour ". Publications officielles. C'est un roman sentimental dramatique. Dans la préface, énigmatique et paradoxale à souhaits, Sade fait la critique du roman, et elle est assez sévère, mais il en justifie la publication. Dans cette préface et au moins certains passages on reconnait indéniablement la main de Sade. Ce roman larmoyant, tout en longueurs et en langueurs a tout ce qu'il faut pour excéder Sade lui-même, et il le dit dans la préface. Tout en étant correcteur, coauteur, il se démarque de cet ouvrage dont toute l'énigme réside dans le partenariat (jamais commenté ni démenti par Sade) qui l'a motivé et dont nous ne savons rien.
  • Le Comte Oxtiern ou les Effets du libertinage, représentée au théâtre en 1791 (Théâtre de Molière) et en 1799 (Société dramatique) et publiée signée peu après, en décembre 1799 ou janvier 1800. L'intégralité du théâtre actuellement connu a été publiée en 1970 par Jean-Jacques Pauvert67.
  • Les Crimes de l'Amour publiée en 1800, signé, recueil de onze nouvelles, composées à la Bastille entre 1787 et 1788, précédées d'un court essai intitulé Idée sur les romans (essai sur le genre romanesque commenté dans l'article Réflexions sur le roman au XVIIIe siècle).
  • La Rose, romance chantée. Paroles de Mr Sade. Mise en musique par D'Heyder. Propriété de Jame Editeur. A Paris. Cette chanson de 2 pages à l'impression a été composée alors que Sade était enfermé à Sainte Pélagie, elle était initialement chantée sur l'air de la Soirée orageuse. 1800.
  • La Marquise de Gange, roman historique, officiel sans nom d'auteur en 1813.
  • Textes politiques
  • 1791. Adresse d'un citoyen de Paris, au roi des Français, libelle imprimé dans les jours qui suivent le retour du roi après son arrestation à Varennes.

Nommé secrétaire de la section des Piques, le « citoyen Sade, hommes de lettres » a rédigé pour sa section, en 1792 et 1793, des discours ou des pétitions, on en connait 8 imprimés et 1 qui ne l'a pas été (07/11/93) :

  • 1792, 28 octobre. Section des Piques. Observations présentées à l'Assemblée administrative des hôpitaux. Sade, rédacteur.
  • 1792, 2 novembre. Section des Piques. Idée sur le mode de sanctions des Loix; par un citoyen de cette Section.
  • 1793. Projet de pétition des sections de Paris à la Convention nationale.
  • 1793, juin. Pétition des Sections de Paris à la Convention nationale. Version corrigée et définitive du projet précédent, les deux impressions existent.
  • 1793, 12 juillet. Section des Piques. Extrait des Registres des délibérations de l'Assemblée générale et permanente de la Section des Piques.
  • 1793, 19 juillet. La Section des Piques à ses Frères et Amis de la Société de la Liberté et de l'Égalité, à Saintes, département de la Charente-Inférieure.
  • 1793, 29 septembre. Section des Piques. Discours prononcé à la Fête décernée par la Section des Piques, aux mânes de Marat et de Le Pelletier, par Sade, citoyen de cette Section et membre de la Société populaire.
  • 1793, 7 novembre. Projet tendant à changer le nom des rues de l'arrondissement de la section des Piques. Présenté par Sade à l'assemblée de sa section le 7 novembre 1793 (Envoyé à l'impression, il ne sera pas imprimé.).
  • 1793, 15 novembre. Pétition de la Section des Piques, aux représentants du peuple français. Sade, rédacteur. Ce 5° jour de la III° décade du 2° mois de la 2° année de la République française, une et indivisible.
  • Œuvres posthumes
  • Le manuscrit inédit du Dialogue entre un prêtre et un moribond, manifeste de l'athéisme irréductible de Sade, rédigé au donjon de Vincennes en 1782, a été découvert et publié en 1926 par Maurice Heine, ainsi que Historiettes, Contes et Fabliaux.
  • Les Cent Vingt Journées de Sodome, manuscrit de 1785 disparu à la prise de la Bastille, retrouvé en 1904 par Iwan Bloch, publié en 1931-1935 par Maurice Heine.
  • Ses dernières œuvres sont deux romans historiques, dont Histoire secrète d'Isabelle de Bavière, reine de France, achevé à Charenton en 1813, dans lequel, s'appuyant sur des documents disparus, d'après lui, lors de la Révolution Française, il soutient la thèse controversée d'une Isabelle machiavélique et criminelle, se livrant aux pires horreurs, et sacrifiant à son inextinguible ambition tout sentiment de vertu et d'honneur. Cet ouvrage et Adélaïde de Brunswick, princesse de Saxe, datée de 1812, ont été publiés en 1953, pour Isabelle, et en 1964, pour Adélaïde, agrémenté d'un avant-propos par Gilbert Lely.

Le manuscrit des Journées de Florbelle ou la Nature dévoilée, rédigé à Charenton, sera saisi par la police en 1807, alors que Sade vient de le terminer, et livré aux flammes après la mort du marquis, sur requête de son fils qui assistera à l'autodafé.

Correspondance, Journal de Charenton

Portail au Mascaron, Porte de l'ancien hôtel particulier de Maître Gauffridy, notaire du Marquis de Sade

Porte d'entrée de la maison de maître Gaufridy à AptMazan, Arles) pendant vingt-six ans, a été l’homme de confiance du marquis, de Mme de Sade et de Mme de Montreuil. Ces lettres donnent l’histoire presque journalière de sa famille de 1774 à 1800.

Une autre découverte importante est faite par Gilbert Lely en 1948 dans les archives familiales que le descendant direct du marquis accepte de lui ouvrir au château de Condé-en-Brie : cent soixante-deux lettres du marquis écrites au donjon de Vincennes et dix-sept lettres rédigées à la Bastille, qu’il publiera en trois recueils : L'Aigle, Mademoiselle… (1949), Le Carillon de Vincennes (1953), Monsieur le 6 (1954).

Maurice Lever retrouvera, toujours dans les archives familiales, les lettres du marquis et de sa jeune belle-sœur, Anne-Prospère de Launay, chanoinesse bénédictine, échangées pendant leur liaison. Il les publiera en 2005 sous le titre Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui…

Enfin, Alice M. Laborde a entrepris, de 1991 à 2007 à Genève, la publication d’une correspondance générale du marquis de Sade en vingt-sept volumes.

Georges Daumas a publié en 1970 des fragments — le reste ayant été saisi et détruit — du Journal écrit par le marquis à l’asile de Charenton. Retrouvés par le comte Xavier de Sade dans les archives familiales, ils couvrent la période du 5 juin 1807 au 26 août 1808 et du 18 juillet au 30 novembre 1814, l’avant-veille de sa mort. Ils sont difficiles à comprendre, le marquis n’écrivant que pour lui et avec précaution, par allusions pour la plupart très difficiles à élucider. La graphie est souvent abrégée, volontiers incorrecte, hâtive, négligée. L’intimité découverte est triste : « argent, mensonges, querelles, illusions puériles, le tout assaisonné par un érotisme pauvrement prolongé, dans un tout petit univers clos, terne et étouffant68. » On y découvre la dernière aventure érotique du marquis avec Madeleine Leclerc qui semble avoir été la fille d'une employée de l'hospice de Charenton, probablement apprentie dans la couture ou le blanchissage. Georges Daumas fixe « grâce à l'extraordinaire manie chiffrale du marquis » au 15 novembre 1812 la première visite de la jeune fille dans sa chambre et vers le 15 mai 1813 leurs premières relations intimes. Le marquis a alors soixante-treize ans et sa partenaire seize. Il l'aurait, d'après « une note marginale du manuscrit fort discrète », remarquée à douze69.

Postérité

De Sade au sadisme

Sade disparu, son patronyme, synonyme d’infamie, entre assez vite dans le langage commun comme substantif et adjectif. Le néologisme « sadisme » apparaît dès 1834 dans le Dictionnaire universel de Boiste comme « aberration épouvantable de la débauche : système monstrueux et antisocial qui révolte la nature. »

« Voilà un nom que tout le monde sait et que personne ne prononce ; la main tremble en l’écrivant, et quand on le prononce les oreilles vous tintent d’un son lugubre » peut-on lire dans un dictionnaire de 1857N 30 à l’article Sade. « Non seulement cet homme prêche l’orgie, mais il prêche le vol, le parricide, le sacrilège, la profanation des tombeaux, l’infanticide, toutes les horreurs. Il a prévu et inventé des crimes que le code pénal n’a pas prévus ; il a imaginé des tortures que l’Inquisition n’a pas devinées. »

C’est Krafft-Ebing, médecin allemand, qui donne, à la fin du XIXe siècle, un statut scientifique au concept de sadisme, comme antonyme de masochisme pour désigner une perversion sexuelle dans laquelle la satisfaction est liée à la souffrance ou à l’humiliation infligée à autrui.

Auteur clandestin

Illustration pour Aline et Valcour. Une jeune Bohémienne est torturée par l'Inquisition en Espagne.

L'œuvre de Sade restera interdite pendant un siècle et demi. En 1957 encore, dans le procès Sade, Jean-Jacques Pauvert, éditeur de Justine, défendu par Maurice Garçon avec comme témoins Georges Bataille, Jean Cocteau et Jean Paulhan, sera condamné par la chambre correctionnelle de Paris « à la confiscation et la destruction des ouvrages saisis ».

Mais des éditions circulent sous le manteau, surtout à partir du Second Empire, époque des premières rééditions clandestines, destinées à un public averti et élitiste. « Génération après génération, la révolte des jeunes écrivains du XIXe et du XXe siècle se nourrit de la fiction sadienne » écrit Michel Delon dans son introduction aux Œuvres de la Pléiade.

Sainte-Beuve en avertit les abonnés de La Revue des deux Mondes en 1843 : « J’oserai affirmer, sans crainte d’être démenti, que Byron et de Sade (je demande pardon du rapprochement) ont peut-être été les deux plus grands inspirateurs de nos modernes, l’un affiché et visible, l’autre clandestin – pas trop clandestin. En lisant certains de nos romanciers en vogue, si vous voulez le fond du coffre, l’escalier secret de l’alcôve, ne perdez jamais cette dernière clé. »

Flaubert est un grand lecteur de Sade. « Arrive. Je t’attends. Je m’arrangerai pour procurer à mes hôtes un de Sade complet ! Il y en aura des volumes sur les tables de nuit ! » écrit-il à Théophile Gautier le 30 mai 1857.

Les Goncourt notent dans leur Journal :

« C’est étonnant, ce de Sade, on le trouve à tous les bouts de Flaubert comme un horizon (10 avril 1860)… Causeries sur de Sade, auquel revient toujours, comme fasciné, l’esprit de Flaubert : « c’est le dernier mot du catholicisme, dit-il. Je m’explique : c’est l’esprit de l’Inquisition, l’esprit de torture, l’esprit de l’Église du Moyen Âge, l’horreur de la nature (20 janvier 1860)… Visite de Flaubert. – Il y a vraiment chez Flaubert une obsession de Sade. Il va jusqu’à dire, dans ses plus beaux paradoxes, qu’il est le dernier mot du catholicisme (9 avril 1861). »

Baudelaire écrit dans Projets et notes diverses : « II faut toujours en revenir à de Sade, c'est-à-dire à l'Homme Naturel, pour expliquer le mal. » Les Fleurs du mal suggère ce quatrain à Verlaine :

  Je compare ces vers étranges
  Aux étranges vers que ferait
  Un marquis de Sade discret
  Qui saurait la langue des anges

Dans À Rebours, Huysmans consacre plusieurs pages au sadisme, « ce bâtard du catholicisme ».

Réhabilitation

Le tournant a lieu au début du XXe siècle, période où s’amorce un processus de libération des corps et des sexes et où l’érotisme se manifeste en littérature par des catalogues d’ « art érotique » et des traités d’éducation sexuelle. Sade suscite l'intérêt des scientifiques et des romanciers en raison du caractère précurseur de sa démarche.

Un psychiatre allemand Iwan Bloch, sous le pseudonyme d’Eugen Dühren, publie en 1901, simultanément à Berlin et à Paris, Le Marquis de Sade et son temps, et en 1904 le rouleau retrouvé des Cent Vingt Journées de Sodome. Il fait de l’œuvre sadienne un document exemplaire sur les perversions sexuelles, « un objet de l’histoire et de la civilisation autant que de la science médicale » tout en rapprochant les excès sadiens de la dégénérescence française du temps.

Article de Paul Éluard dans le numéro 8 du 1er décembre 1926 de La Révolution surréaliste : « D.A.F. de Sade, écrivain fantastique et révolutionnaire ».

Apollinaire est le premier à faire paraître, en 1909, une anthologie, en choisissant des textes sadiens très prudents et en insistant sur les réflexions morales et politiques plutôt que sur les éléments scabreux. En même temps, à l’image d’un débauché capable des pires excès et au cas pathologique qui intrigue la science médicale, il substitue un portrait psychologique, à dimension humaine, où sont valorisés le savoir immense et le courage de « l’esprit le plus libre qui ait jamais existé », d’un homme non « abominable », trop longtemps nié alors qu’« il pourrait bien dominer le XXe siècle ».

À la suite d’Apollinaire, les surréalistes, se réclamant d’une logique de liberté et de frénésie, intègrent Sade, « prisonnier de tous les régimes » dans leur Panthéon. Sa présence est extraordinaire dans toutes leurs activités depuis le début. C’est Desnos qui écrit en 1923 : « Toutes nos aspirations actuelles ont été essentiellement formulées par Sade quand, le premier, il donna la vie sexuelle intégrale comme base à la vie sensible et intelligente » (De l’érotisme). C’est André Breton disant : « Sade est surréaliste dans le sadisme. » C’est Éluard en 1926 reconnaissant : « Trois hommes ont aidé ma pensée à se libérer d’elle-même : le marquis de Sade, le comte de Lautréamont et André Breton ». Pour les surréalistes, Sade est un révolutionnaire et un anarchiste. Ses discours politiques — pourtant en partie opportunistes et de circonstance — font de lui un philosophe apôtre de la liberté et de la Révolution70. L'anticolonialisme d'Aline et Valcour y a aussi contribué. Dans les années 1970 une longue phrase de ce roman philosophique qui tourne le dos à la perversion sadique, et dénonce les violentes persécutions de tous les peuples de couleur par "l'Européen féroce, inquiet, né pour le malheur du reste de la terre renonçant à ses jouissances pour aller troubler celles des autres, catéchisant l'Asiatique, enchaînant l'Africain, exterminant le citoyen du Nouveau-Monde et cherchant encore dans le milieu des mers de malheureuses iles à subjuguer..." a intéressé l'un d'eux, Georges-Henri Morin. Il la mit en introduction d'un livre traitant de l'image de l'Indien dans le western 71.

La légende d'abus sexuels qu'il aurait subi pendant sa jeunesse ou le fait qu'il écrivit surtout en prison où il était privé de sexualité ont été utilisés pour expliquer qu'il a sublimé son énergie sexuelle en écrivant des romans qui n'ont rien à voir avec sa pratique72.

Le portrait imaginaire de Man Ray (1938), profil sculpté dans les pierres de la Bastille sur fond de Révolution en marche, symbolise cette vision que tout le XIXe siècle et une grande partie du XXe siècle, jusqu’au graffiti de mai 68, « Sadiques de tous les pays, popularisez les luttes du divin marquis », se sont plu à répandre.

Mais Sade est l’écrivain de tous les paradoxes : après la Seconde Guerre mondiale et la découverte des camps de concentration, on le fait passer sans transition du communisme au nazisme :

« Que Sade n’ait pas été personnellement un terroriste, que son œuvre ait une valeur humaine profonde, n’empêcheront pas tous ceux qui ont donné une adhésion plus ou moins grande aux thèses du marquis de devoir envisager, sans hypocrisie, la réalité des camps d’extermination avec leurs horreurs non plus enfermées dans la tête d’un homme, mais pratiquées par des milliers de fanatiques. Les charniers complètent les philosophies, si désagréable que cela puisse être » ; écrit Raymond Queneau dans Bâtons, chiffres et lettres (1965), tandis que Simone de Beauvoir se demande : « Faut-il brûler Sade ? »

En 1946, le Comte Xavier de Sade, propriétaire du château de Condé, rouvre la bibliothèque de son ancêtre qui était murée dans les greniers du château familial pour protéger toute la correspondance du marquis des deux guerres mondiales73. Après-guerre sont publiés sur la pensée sadienne, souvent par des philosophes, des textes qui font date : Sade mon prochain de Pierre Klossowski paraît en 1947, Lautréamont et Sade de Maurice Blanchot en 1949, La littérature et le mal, Faut-il brûler Sade ? (article de Simone de Beauvoir paru en 1955 dans Les Temps Modernes et parle chez le marquis d'une cérébralité lumineusement écrite74), puis « Sade, l’homme souverain » dans L’Érotisme, de Georges Bataille en 1957. Les écrits de Sade sont censurés jusqu'en 1957 pour délit d'outrage à la morale publique et religieuse, ou aux bonnes mœurs, l'éditeur Jean-Jacques Pauvert est condamné aux dépens le 12 mars 1958 pour la publication de certaines œuvres de Sade, mais la Cour d'appel de Paris ne lui reproche plus qu'une réédition offerte « à tout venant », confirmant la « saisie des livres » mais « ordonne que ces livres seront versés à la Bibliothèque nationale »75. Dans les années 1960, Sade devient, aux yeux de nombreux intellectuels français, un opérateur majeur de la « transgression »76 . Michel Foucault souligne et théorise l’importance de la figure de Sade dans l’ Histoire de la folie (1961), Les Mots et les choses (1966) et la « Présentation des Œuvres complètes de Bataille » (1970). Jacques Lacan publie Kant avec Sade en 1963. « La pensée de Sade » fait l’objet d’un numéro spécial de la revue Tel Quel, datée de l’hiver 1967 où figurent des textes de Philippe Sollers (« Sade dans le texte »), de Pierre Klossowski (« Sade ou le philosophe scélérat »), de Roland Barthes (« L’arbre du crime »), d’Hubert Damisch (« L’écriture sans mesure »).

Roland Barthes écrit en 1971 Sade, Fourier, Loyola et, dans La chambre claire (1980), il éclaire l’expérience du modèle photographique par le texte sadien. Sollers se fait l’auteur, en 1989, d’une œuvre apocryphe de Sade intitulée Contre l’Être suprême, pamphlet politique et philosophique.

La dernière étape vers la reconnaissance de Sade est sans doute représentée par l’entrée de ses récits dans la Bibliothèque de la Pléiade en 199073.

En 2014, dans le cadre du bicentenaire de la mort du marquis célébré par ses descendants, une exposition lui est consacrée au Musée d'Orsay77.

Grands éditeurs et biographes

En 1929, Paul Bourdin est le premier à publier – avec une introduction, des annales et des notes – l’importante Correspondance inédite du marquis de Sade, de ses proches et de ses familiers, conservée par le notaire d'Apt Gaufridy, régisseur des biens des Sade en Provence pendant vingt-six ans et homme de confiance du marquis, de Mme de Sade et de Mme de Montreuil. Sans ces lettres, aujourd’hui disparues, dont les vers commençaient à faire « de la dentelle » et qui donnent l’histoire presque journalière de sa famille depuis le début de 1774 jusqu’en 1800, les grandes biographies de Sade n’auraient pu être aussi complètes.

Maurice Heine (1884-1940), un compagnon de route des surréalistes, dévoue sa vie à la connaissance et à l’édition de Sade. Il publie en 1931 la première transcription rigoureuse des Cent Vingt Journées en 360 exemplaires « aux dépens des bibliophiles souscripteurs ». Auparavant, il découvre et publie en 1926 le Dialogue d’un prêtre et d’un moribond, composé par Sade à la prison de Vincennes, et les Historiettes, Contes et fabliaux, ainsi que la première version de Justine, les Infortunes de la vertu (1930). Il exhume les procédures d’Arcueil et de Marseille. En 1933, il donne une nouvelle anthologie, toujours réservée à des amateurs.

Château de Condé-en-Brie.

Gilbert Lely (1904-1985), qui compose une œuvre poétique personnelle, reprend la mission d’éditeur et de biographe de Maurice Heine. Il entreprend la première grande biographie de référence, La Vie du marquis de Sade, sans cesse parfaite et complétée de 1948 à 1982, quatrième et dernière version publiée de son vivant. Dans les archives du château de Condé-en-Brie que le comte Xavier de Sade (descendant direct à la 4e génération du Marquis de Sade78) accepte de lui ouvrir en 1948, il découvre – dans deux caisses, fermées depuis 1815 d’un cordon rouge – la correspondance écrite au donjon de Vincennes et à la Bastille, des œuvres de jeunesse, deux romans, des pièces de théâtre.

Jean-Jacques Pauvert (1926-2014) est le premier éditeur à publier l’œuvre intégrale de Sade, sous son nom d'éditeur Jean-Jacques Pauvert. Il encourt la prison. Il a vingt-et-un ans, mais prend le risque et publie, de 1947 à 1949, l’Histoire de JulietteN 31. Accusé de démoraliser la jeunesse, traîné en justice, suspendu de ses droits civiques, mais défendu par Me Maurice Garçon, expert des lois sur la censure, il achève néanmoins son entreprise en 1955 et gagne en 1957 ses procès en appel. En 1958, le tribunal déclare que « Sade est un écrivain digne de ce nom ». En 1986, Jean-Jacques Pauvert met en chantier une nouvelle biographie avec les trois volumes de Sade vivant (1986-1990). Cette biographie a été rééditée en un seul volume de 1196 pages, en octobre 2013; aux éditions Le Tripode.

Maurice Lever (1935-2006), après d’importantes découvertes dans les archives familiales entièrement mises à sa disposition (citons en particulier les révélations sur la vie du comte de Sade), publie en 1991 la troisième grande biographie du marquis de Sade, puis une édition de ses Papiers de famille (1993 et 1995), son Voyage d'Italie (1995) et des lettres inédites échangées par le marquis et sa belle-sœur Anne-Prospère de Launey, chanoinesse séculière chez les bénédictines, Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui… (2005).

Prix Sade

Article détaillé : Prix Sade.

Le prix Sade est un prix littéraire français créé en 2001, en hommage au Marquis. Les jurés ont pour ambition de récompenser chaque année « un authentique libéral qui sera parvenu, par delà les vicissitudes de la Révolution et l'emprise de l'ordre moral, à défaire les carcans de la littérature comme ceux de la politique ».

Descendants du marquis de Sade

Article détaillé : Maison de Sade.

Le titre de marquis ayant été abandonné à sa mort, les descendants du marquis de Sade portent le titre de comte79.

Donatien Alphonse François de Sade, comte dit marquis de Sade (1740-1814) x 1763 Renée-Pélagie Cordier de Montreuil (es) (1741-1810), dont80 :

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|- Louis-Marie (1768-1809), historien. Sans postérité.
|- Madeleine-Laure (1771-1844) Sans postérité.
|- Claude-Armand, comte de Sade (1769-1847) x 1808 Laure de Sade (1772-1849), voir plus haut
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|-Renée (1809-1820). Sans postérité.
|-Laure-Émilie (1810-1875) x 1839 Louis de Graindorge d’Orgeville, baron du Mesnildurand (1814-1889)
| Dont postérité.
|-Gabrielle (1814-1875) Sans postérité.
|-Alphonse-Ignace, comte de Sade (1812-1890) x 1842 Henriette-Anne de Cholet (1817-1895)
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| |- Laure (1843-1893) x 1870 Eugène, vicomte de Raincourt (1839-1906) Dont postérité.
| |- Hugues, comte de Sade (1845-1925) x 1877 Augustine Elisabeth Marguerite Janson de Couët (1856-1915)
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| |-Edith (1878-1882) Sans postérité
| |-Yvonne (1880-1941) x 1904 Henri, vicomte d’Argent de Deux-Fontaines (1875-1955)
| | Dont postérité
| |- Elzéar (1885-1914), mort pour la France. Sans postérité.
| |- Bernard (1891-1933) x 1918 Jeanne de Sarrazin (1897-1987)
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| |- Gilberte de Sade
| |- Elzéar de Sade
| |- Xavier de Sade x Rose-Marie Meslay
| |- Elzéar de Sade x Aude de Sinety
| |- Enguerrand de Sade
| |- Émilie de Sade
| |- Adélaide de Sade
| |- Hugues de Sade
| |- Marie-Laure de Sade
| |- Marie-Aigline de Sade
| |- Thibault de Sade
| |- Laure de Sade
| |- Etiennette de Sade
| |- Raoul de Sade
| Dont postérité, souche des de Sade actuels.
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|-Comte Auguste de Sade (1815-1868) x Germaine de Maussion (1818-1876)
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|- Valentine (1847-1922) x 1864 Pierre Laurens, baron de Waru (1837-1914).
| Dont postérité.
|- Laure (1859-1936), x 1879 Comte Adhéaume de Chevigné (1847-1911), dont
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|- Marie-Thérèse de Chevigné x Maurice Bischoffsheim (1875-1904)
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|- Marie-Laure de Noailles

Sade philosophe

Sade s’est toujours proclamé philosophe : « Je suis philosophe, tous ceux qui me connaissent ne doutent pas que j’en fasse gloire et profession ». Jean Deprun81, dans son article d’introduction aux Œuvres du marquis dans la Pléiade82 pose la question « Sade fut-il philosophe ? » pour répondre par l’affirmative : « Sade est philosophe au sens polémique du mot. Philosophe ne veut pas dire ici confrère posthume de Platon ou de Descartes, mais adepte des Lumières. » S'il a bien été philosophe, en revanche, contrairement à ce qu'on a parfois affirmé, il ne fut jamais franc-maçon83.

Sade est résolument un homme des Lumières et son matérialisme a toujours procédé des Lumières les plus radicales. Les « dissertations » (le mot est de lui) philosophiques qu’il fait alterner avec les scènes de ses romans sont le plus souvent des emprunts directs — parfois de plusieurs pages — aux philosophes matérialistes des Lumières : Helvétius, d’Holbach, La Mettrie, DiderotN 32.

Cependant, et c'est tout le problème de Sade, il en a lui-même parfaitement conscience, on relève trois importantes déviances dans sa pornographie développées par les personnages qu'il met en scène dans celles-ci, par rapport aux principes des Lumières dont il est lui-même un des plus fermes représentants : « l’isolisme84», l’homme désirant, dans sa pornographie, est un solitaire ; autrui n’est pour lui qu’une proie, un moyen de plaisir ou, au mieux, un complice, « l’intensivisme », il faut pour que le plaisir soit complet que le choc soit le plus violent possible, tout est bon quand il est excessif, et « l’antiphysisme », la nature est mauvaise et la seule façon de la servir est de suivre son exemple, la nature ne dispose que d’éléments en nombre fini, le meurtre, la destruction sous toutes ses formes lui permettent non seulement de multiplier, mais de renouveler ses productions. Sade est tout entier ce nœud gordien. Lumière radicale, il est aussi un homme hanté par une sexualité où règne le mal. C'est ainsi qu'on peut lire dans une œuvre non-pornographique l'exact contraire de ce qu'on peut lire dans une œuvre pornographique. Exemple; dans sa pornographie on voit ses libertins développer avec une effrayante et implacable logique " l'antiphysisme ", ailleurs il ne cesse de dire, à propos des passions, " comme si la nature se mêlait de tout cela " et a toujours bien distingué " philosophie physique ", science, et " philosophie morale ", " sciences humaines ". Penseur rigoureux, total, il attend, exige, que la philosophie pense tout. Avec Sade, le nouvel horizon que viennent d'élaborer les Lumières, est déjà caduc, immédiatement renvoyé à ses carences. Il faudra bien un jour penser le mal et " l'infracassable noyau de nuit " (A. Breton) " de la sexualité, qui parfois se chevauchent, et même fusionnent dans la pornographie de Sade. C'est là qu'il attend le philosophe ou autre, d'un pied qu'on ne vit jamais aussi ferme ici.

Positions sur la religion

L'athéisme est un thème récurrent dans les écrits de Sade, ses personnages niant avec vigueur l'existence de Dieu autant qu'ils contestent la morale chrétienne. Le Dialogue entre un prêtre et un moribond tourne tout entier autour de la réfutation de l'existence de Dieu. L'athéisme exprimé dans ce texte est encore raisonné et serein, mais il se radicalise dans les œuvres postérieures, devenant de plus en plus virulent et extrême85. Sade lui-même se dit « athée jusqu'au fanatisme »86. Réclamant à Mme de Sade un livre de d’Holbach, il se déclare « sectateur jusqu’au martyre, s’il le fallait » de l’athéisme qui y est exposé87. En tant que secrétaire de la section des Piques, il écrit, signe de son nom et lit devant la Convention nationale le texte d'une pétition sur l'abandon des « illusions religieuses », réclamant notamment que les lieux de cultes soient transformés en temples dédiés aux « vertus » et que « l'emblème d'une vertu morale soit placé dans chaque église sur le même autel où des vœux inutiles s'offraient à des fantômes »88.

Sade est généralement cité comme l'un des athées les plus virulents parmi les auteurs de la littérature française89, et l'apôtre d'une pensée matérialiste issue du contexte intellectuel du XVIIIe siècle90,91,92,93. Maurice Blanchot estime que « l'athéisme fut sa conviction essentielle, sa passion, la mesure de sa liberté »94. Gilbert Lely juge que l'athéisme de Sade englobe « une égale et furieuse réprobation de tout ce qui représente à ses yeux une entrave à la liberté native de l'homme, qu'il s'agisse d'une tyrannie d'ordre religieux, politique ou intellectuel »95.

Pierre Klossowski a émis dans l'ouvrage Sade mon prochain (paru en 1947) une thèse sur l'athéisme de Sade, qu'il juge paradoxal, estimant qu'on ne peut blasphémer - ce que Sade, via ses personnages, fait avec constance - contre un Dieu que l'on estime par ailleurs inexistant. Klossowski postule que Sade prend « le masque de l'athéisme pour combattre l'athéisme »96. Cette interprétation suscite alors des polémiques : l'écrivain surréaliste Guy Ducornet publie le pamphlet Surréalisme et athéisme : « à la niche les glapisseurs de dieu! », dans lequel il s'en prend notamment à Sade mon prochain97. Albert Camus reprend par la suite l'argument de Klossowski, jugeant que « devant la fureur du sacrilège », on hésite à croire à l'athéisme de Sade, malgré ce que ce dernier croit et affirme98. Simone de Beauvoir écrit, dans Faut-il brûler Sade : « Malgré l'intérêt de l'étude de Klossowski, j'estime qu'il trahit Sade quand il prend son refus passionné de Dieu pour l'aveu d'un besoin99 ». Klossowski lui-même finit par renoncer à sa lecture, et l'indique dans une réédition de Sade mon prochain100. L'universitaire Laurent Jenny juge que l'hypothèse de Klosskowski sur une « stratégie littéraire », que Sade aurait suivie en jouant l'athéisme, est difficile à concilier avec le texte rédigé pour la section des Piques ; il reconnaît néanmoins à Klossowski le mérite d'avoir « problématisé » l'athéisme de Sade97.

Les écrits de Sade laissent entendre qu'il ne considérait les insultes envers Dieu, être selon lui inexistant, que sous l'angle de l'excitation qu'elles pouvaient apporter. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, qui rapporte cette interprétation, souligne cependant : « Dans quelle mesure les blasphèmes sont réellement compatibles avec l’athéisme. Ce sont des insultes. Or pour être cohérentes elles impliquent forcément deux conditions préalables : l’existence et l’importance de ce qui est insulté. Le problème est que Sade athée nie l’un et l’autre. Il passe donc son temps à s’adresser à des êtres qui n’existent pas, à profaner des chimères auxquelles soi-disant, il n’accorde pas la moindre considération. Ce paradoxe célèbre intrigue depuis toujours les commentateurs»101. Le même auteur note que « l’athéisme de Sade est complexe et que ses rapports avec la religion sont ambivalents» : connaisseur des textes religieux, Sade semble avoir reconnu à la religion un rôle social, la rejetant en constatant qu'elle échouait à faire le bonheur des hommes102. Selon une autre interprétation, la virulence du blasphème et de l'athéisme sadiens viendraient de ce que Sade reproche à Dieu de ne pas exister : l'inexistence même de Dieu est alors perçue comme cause de l'injustice, dont Sade lui-même se juge victime103.

Autour de Sade

Au cinéma

Représentation imaginaire du marquis de Sade prisonnier (XIXe siècle).
  • L'Âge d'or : film français (1930) de Luis Buñuel, avec la collaboration de Salvador Dalí pour le scénario.
    Le dernier épisode, transposition des Cent Vingt Journées de Sodome, évoque une orgie dont l'un des protagonistes est le Christ.
  • Hurlements en faveur de Sade : film expérimental sans images (1952) de Guy Debord.
  • Le Vice et la Vertu : film franco-italien (1963) de Roger Vadim, qui transpose les personnages de Justine et Juliette, respectivement interprétées par Catherine Deneuve et par Annie Girardot, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.
  • Les Forfaits du Marquis de Sade (The Skull ; autre titre français : Le Crâne maléfique) : film d'épouvante britannique (1965) de Freddie Francis. Le crâne du Marquis de Sade, conservé, puis volé par un curieux, est porteur d'une malédiction.
  • Marat-Sade (The Persecution and Assassination of Jean-Paul Marat as Performed by the Inmates of the Asylum of Charenton Under the Direction of the Marquis de Sade) : film britannique (1967) de Peter Brook avec Patrick Magee dans le rôle de Sade, et Ian Richardson. Adaptation de la pièce de Peter Weiss (voir § Au théâtre ci-dessous).
  • La Voie lactée : film franco-germano-italien (1969) de Luis Buñuel, avec Michel Piccoli dans le rôle de Sade.
  • Les Deux beautés ; autres titres français : Justine ou les infortunes de la vertu (Marquis de Sade : Justine) : film italo-américano-germano-britannique (1969) de Jess Franco. Justine et Juliette sont interprétées par Romina Power et Maria Rohm. Avec également Jack Palance. Klaus Kinski interprète le rôle du marquis de Sade.
  • Le Divin marquis de Sade (De Sade) : film américain (1969) de Cy Endfield, avec Keir Dullea dans le rôle de Sade, John Huston et Lilli Palmer.
  • Juliette de Sade, film érotique italien (1969) de Lorenzo Sabatini.
  • Les Inassouvies (Philosophy in the Boudoir) : film germano-espagnol-britannique (1970) de Jess Franco avec Marie Liljedahl, Maria Rohm, Christopher Lee.
  • Eugénie de Sade : film français (1970; sortie 1974) de Jess Franco avec Soledad Miranda dans le rôle de Eugénie de Franval.
  • La Philosophie dans le boudoir ; autres titres français : De Sade 76, film français (1971) de Jacques Scandelari.
  • Justine de Sade, film français (1972) de Claude Pierson avec Alice Arno dans le rôle de Justine.
  • Salò ou les 120 Journées de Sodome : film italien (1975) de Pier Paolo Pasolini. Pasolini a adapté le roman de Sade au contexte italien en situant l'action dans la république fasciste de Salò, durant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale et en superposant la progression des quatre mois sadiens et les cercles de l’Enfer, décrits par Dante.
  • Monsieur Sade (1977), film expérimental de Jacques Robin, avec Bernard Sury, Frédérique Monge et Juliette de Fillerval.
  • Le Marquis de Sade (1983) de Patrick Antoine avec Bruno Cremer.
  • Waxwork, film d'épouvante américain (1988) de Anthony Hickox. Le « divin marquis » (interprété par J. Kenneth Campbell) est représenté comme un monstre de légende, aux côtés du Comte Dracula, du loup-garou et de la momie.
  • Marquis (1989) de Henri Xhonneux et Roland Topor : film inspiré de la détention de Sade. Les comédiens portent des masques d'animaux anthropomorphes.
  • La Marquise de Sade (Markisinnan de Sade) : téléfilm suédois (1992) d’Ingmar Bergman.
  • Le Marquis de Sade (Night Terrors), film d'épouvante américain (1993) de Tobe Hooper, avec Robert Englund. Un descendant du marquis de Sade commet des crimes inspirés des œuvres de son ancêtre. Sade lui-même, représenté comme un être monstrueux, apparaît dans des scènes d'hallucinations. Robert Englund interprète les rôles de Sade et de son descendant.
  • Marquis de Sade, téléfilm américain (1996) de Gwyneth Gibby, avec Nick Mancuso dans le rôle du marquis de Sade.
  • Sade en procès : téléfilm français (1999) de Pierre Beuchot avec André Dussollier.
  • Quills, la plume et le sang (Quills) : film américain (2000) de Philip Kaufman avec Geoffrey Rush dans le rôle du marquis de Sade, et Kate Winslet.
  • Sade : film français (2000) de Benoît Jacquot avec Daniel Auteuil dans le rôle de Sade, et Isild Le Besco, d'après le roman de Serge Bramly.
  • Le Divin Marquis : film français (2012) de Jacques Richard avec Gérard Depardieu, Sylvie Testud et Dominique Pinon.

Au théâtre

  • Charles Méré, Le Marquis de Sade, 1921
  • Peter Weiss, Marat-Sade (Die Verfolgung und Ermordung Jean Paul Marats dargestellt durch die Schauspielgruppe des Hospizes zu Charenton unter Anleitung des Herrn de Sade), 1963

    Les malades de l'hospice de Charenton jouent, sous la direction du marquis de Sade et sous le regard vigilant de Coulmier, directeur et premier spectateur, une pièce sur la Révolution française et la mort de Marat. Celui qui joue Marat est un paranoïaque retenu dans sa baignoire pour un traitement hydrothérapique, Charlotte Corday est une hypotonique se comportant en somnanbule, Duperret est un érotomane, Roux un fanatique de la politique…

  • Yukio Mishima (1925-1970), Madame de Sade, 1969, adaptaté en français par André Pieyre de Mandiargues en 1976

    « Sade vu à travers le regard des femmes » comme l'écrit l'auteur : dans le salon de Mme de Montreuil, six femmes - l'épouse, sa sœur, sa mère, une amie d'enfance, une courtisane et la domestique - sont réunies par trois fois, entre 1772 et 1790, pour évoquer le marquis de Sade emprisonné.

  • Michèle Fabien, Notre Sade, Bruxelles, Éditions Didascalies, 1985 Prix Triennal de Littérature Dramatique 1987 - Belgique
  • Enzo Cormann, Sade, concert d'enfers, 1989

    Enzo Cormann fait éclater Sade en plusieurs personnages, joués par des acteurs d'âge différent : le jeune libertin dans le contexte de la dégénérescence d'une fin de règne monarchique, le prisonnier de la Bastille qui se découvre écrivain, le dramaturge dépassé par la folie révolutionnaire, l'interné à l'asile de Charenton qui porte un regard amer sur sa propre vie.

  • Bernard Noël, Le Retour de Sade, 2004
  • Frédérick Tristan, Don Juan le révolté, 2009N 33
  • Pierre-Alain Leleu, D.A.F. Marquis de Sade, Ciné 13 Théâtre à Paris, 2013
  • Ion Ciobanu, Le transfert ou la psychanalyse dans le boudoir, l'Harmattan, 2014N 34

En jeux vidéo

  • Marquis de Sade apparaît fréquemment dans le jeu vidéo, Assassin's Creed: Unity, sorti le 11 novembre 2014.

En littérature

Article détaillé : Bibliographie Donatien Alphonse François de Sade.

En livre animé

  • Frank Secka, Sade Up, Rodez, Les Éditions du Rouergue, 21 septembre 2011

En bande dessinée

Les œuvres du Marquis de Sade ont été plusieurs fois adaptées en bande dessinée, souvent dans les genres érotique ou pornographique. Juliette de Sade est paru en deux albums (1979 et 1983, scénario de Francis Leroi, dessins de Philippe Cavell) aux Éditions Dominique Leroy104. Guido Crepax a publié une adaptation de Justine, parue en France en 1980 aux Éditions du Square105. Les 120 journées de Sodome (dessins et scénario de Da Silva) est paru en 1990 chez Magic Strip106. La série britannique Les Malheurs de Janice (quatre albums parus en France chez IPM, scénario et dessin d'Erich von Götha) s'inspire nettement de l'univers du Marquis de Sade, sans l'adapter directement107.

Le Marquis de Sade lui-même a été le personnage principal d'une série de bande dessinée italienne en petit format, intitulée De Sade, qui le mettait en scène dans des situations aventureuses pimentées d'érotisme. Publiée dans les années 1970 par Ediperiodici, cette série est inédite en France108. Il est l'un des personnages de la série de comic Les Invisibles, de Grant Morrison. Sade est le protagoniste d'un album intitulé Sade : l'aigle, mademoiselle (scénario de Jean Dufaux, dessins de Griffo), paru en 1991 chez Glénat109. Le Marquis joue aussi un petit rôle dans la bande dessinée Petit Miracle de Valérie Mangin et toujours dessiné par Griffo et édité par Soleil Productions.

Notes et références

Notes

  1. Seules quelques descriptions physiques ont été retrouvées dans des rapports d'hôpitaux, de procès et dans des lettres.
  2. Le Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500), à l'entrée sade [archive], donne comme étymologie à ce nom propre les définitions suivantes : agréable, doux, sapide.
  3. Louis rappelant sa parenté avec le roi, Donatien étant celui de son parrain et grand-père maternel, Donatien de Maillé.
  4. Le certificat de noblesse délivré à Donatien en 1754 par le généalogiste officiel Clairambault pour lui permettre d’entrer à l’école, extrêmement fermée, des chevau-légers de la garde qualifie le postulant de : « fils de Messire Jean-Baptiste-François de Sade, appelé (c’est nous qui soulignons) le comte de Sade, chevalier, seigneur de Mazan », etc.
  5. Le prince de Condé se remarie en 1728 avec une jolie princesse allemande âgée de quinze ans. Il en a quarante. « Il a tant usé des hommes et des femmes », observe Mathieu Marais dans son Journal, qu’il est tombé dans la nullité. On prétend que son mariage n’a pas été consommé. » Jaloux, le prince tient son épouse sous bonne garde. Le comte de Sade commence à courtiser en 1733 la jeune princesse dont il va devenir l’amant. Il fait le récit de son aventure dans un fragment autobiographique découvert en 1990 par Maurice Lever dans les archives du comte conservées par son fils et ses descendants : « (…) Mlle de Carman étant à marier, j’imaginai que la princesse me saurait gré si je me présentais pour l’épouser, et qu’étant logé dans la maison et mari d’une personne pour qui elle avait l’amitié la plus vive, il me serait aisé de m’insinuer dans son cœur. (…) Mon mariage m’avait donné beaucoup de familiarité. À tout moment j’entrais chez elle. Le cœur de cette princesse était désœuvré, elle eût sans doute trouvé des hommes qui lui auraient plu plus que moi, mais elle n’avait pas la liberté de les voir. Tout lui persuada que je l’aimais, et elle n’hésita à se rendre que pour me faire valoir sa défaite. J’avais gagné sa femme de garde-robe qui me faisait entrer par une porte qui était au bas de mon escalier. (…) ».
  6. Le château présentait, selon Maurice Heine en 1930, un double aspect : du côté du plateau, une fortification massive, interrompue au milieu du XVe siècle, dans le style des kraks des chevaliers au Proche-Orient, du côté opposé de l’éperon, d’étroites terrasses en escalier surplombant une pente raide. Les sous-sols ont dû impressionner le jeune Sade. « Vastes, profonds, véritable forteresse de ténèbres assise et parfois creusée dans le roc (…) un cachot voûté, défendu par une double porte de chêne à judas grillagé. N’est-on pas déjà au château de Roland ? », s’exclame Maurice Heine.
  7. « Parjure ! Ingrate ! que sont devenus ces sentiments de m’aimer toute ta vie ? Qui t’oblige à rompre de toi-même les nœuds qui pour jamais allaient nous unir ? (…) J’obtiens le consentement de mes parents ; mon père, les larmes aux yeux, ne me demande pour toute grâce que de venir faire le mariage à Avignon. Je pars ; Mais que deviens-je quand j’apprends qu’inspirée par un généreux transport, tu te jettes aux genoux de ton père pour lui demander de ne plus penser à ce mariage, et que tu ne veux pas entrer de force dans une famille… Vain motif, dicté par la perfidie, fourbe, ingrate ! Tu craignais d’être réunie à quelqu’un qui t’adorait. C’est de quitter Paris qui t’effrayait ; mon amour ne te suffisait pas. (…) Prends garde à l’inconstance ; je ne la mérite pas. Je t’avoue que je serais furieux, et il n’y aurait pas d’horreurs où je ne me portasse. La petite histoire de la c… doit t’engager un peu à me ménager. Je t’avoue que je ne le cacherai pas à mon rival, et ce ne serait pas la dernière confidence que je lui ferais. Il n’y aurait, je te jure, sortes d’horreurs auxquelles je ne me livrasse… ».
  8. Il a occupé cette charge de 1743 à 1754.
  9. Extraits de la déposition faite le 19 octobre 1763 devant un commissaire au Châtelet par une fille galante, Jeanne Testard, ouvrière en éventails :

    « … il lui a d'abord demandé si elle avait de la religion, et si elle croyait en Dieu, en Jésus-Christ et en la Vierge ; à quoi elle a fait réponse qu'elle y croyait ; à quoi le particulier a répliqué par des injures et des blasphèmes horribles, en disant qu'il n'y avait point de Dieu, qu'il en avait fait l'épreuve, qu'il s'était manualisé jusqu'à pollution dans un calice qu'il avait eu pendant deux heures à sa disposition dans une chapelle, que J.-C. était un J… f… et la Vierge une B… Il a ajouté qu'il avait eu commerce avec une fille avec laquelle il avait été communier, qu'il avait pris les deux hosties, les avait mises dans la partie de cette fille, et qu'il l'avait vu charnellement, en disant : “Si tu es Dieu, venge toi” ; qu'ensuite il a proposé à la comparante de passer dans une pièce attenant lad. chambre en la prévenant qu'elle allait voir quelque chose d'extraordinaire ; qu'en y entrant elle a été frappée d'étonnement en voyant quatre poignées de verges et cinq martinets qui étaient suspendus à la muraille, et trois Christs d'ivoire sur leurs croix, deux autres Christs en estampes, attachés et disposés sur les murs avec un grand nombre de dessins et d'estampes représentant des nudités et des figures de la plus grande indécence ; que lui ayant fait examiner ces différents objets, il lui a dit qu'il fallait qu'elle le fouettât avec le martinet de fer après l'avoir fait rougir au feu, et qu'il la fouetterait ensuite avec celui des autres martinets qu'elle voudrait choisir ; qu'après cela, il a détaché deux des Christs d'ivoire, un desquels il a foulé aux pieds, et s'est manualisé sur l'autre jusqu'à pollution ; (…) qu'il a même voulu exiger de la comparante qu'elle prît un lavement et le rendit sur le Christ ; (…) que pendant la nuit que la comparante a passée avec lui, il lui a fait voir et lui a lu plusieurs pièces de vers remplies d'impiétés et totalement contraires à la religion ; (…) qu'il a poussé l'impiété jusqu'à obliger la comparante à lui promettre qu'elle irait le trouver dimanche prochain pour se rendre ensemble à la paroisse de Saint-Médard y communier et prendre ensuite les deux hosties, dont il se propose de brûler l'une et de se servir de l'autre pour faire les mêmes impiétés et les profanations qu'il dit avoir faites avec la fille dont il lui avait parlé… »

  10. Veuve d'un pâtissier, elle a été congédiée de son atelier de filage un mois plus tôt et est contrainte de mendier.
  11. «Un certain comte de Sade, neveu de l’abbé auteur de Pétrarque, rencontra, le mardi de Pâques, une femme grande et bien faite, âgée de trente ans, qui lui demanda l’aumône ; il lui fit beaucoup de questions, lui marqua de l’intérêt, lui proposa de la tirer de sa misère, et de la faire concierge d’une petite maison qu’il a auprès de Paris. Cette femme l’accepta. Il lui dit d’y venir le lendemain matin l’y trouver; elle y fut; il la conduisit d’abord dans toutes les chambres de la maison, dans tous les coins et recoins, et puis il la mena dans le grenier; arrivés là, il s’enferma avec elle, lui ordonna de se mettre toute nue; elle résista à cette proposition, se jeta à ses pieds, lui dit qu’elle était une honnête femme; il lui montra un pistolet qu’il tira de sa poche, et lui dit d’obéir, ce qu’elle fit sur-le-champ; alors il lui lia les mains et la fustigea cruellement; quand elle fut tout en sang, il tira un pot d’onguent de sa poche, en pansa les plaies, et la laissa; je ne sais s’il la fit boire et manger, mais il ne la revit que le lendemain matin; il examina ses plaies, et vit que l’onguent avait fait l’effet qu’il en attendait; alors il prit un canif, et lui déchiqueta tout le corps; il prit ensuite le même onguent, en couvrit toutes les blessures et s’en alla. Cette femme désespérée se démena de façon qu’elle rompit ses liens, et se jeta par la fenêtre qui donnait sur la rue; on ne dit point qu’elle se soit blessée en tombant; tout le peuple s’attroupa autour d’elle; le lieutenant de police a été informé de ce fait; on a arrêté M. de Sade; il est, dit-on, dans le château de Saumur; l’on ne sait pas ce que deviendra cette affaire, et si l’on se bornera à cette punition, ce qui pourrait bien être, parce qu’il appartient à des gens assez considérables et en crédit; on dit que le motif de cette exécrable action était de faire l’expérience de son onguent.».
  12. Elles se composent de :
    • la seigneurie de Lacoste un ancien fief de la maison de Simiane passé dans la famille du marquis en 1627. Le seigneur y avait haute, basse et moyenne justice. Trois petits domaines entouraient le château ;
    • le château et les dépendances de Saumane loués à vie par le comte de Sade à son frère l’abbé d’Ébreuil ;
    • le château de Mazan, en copropriété avec la famille de Causans, en terre du pape. Sade y fera pour cette raison de fréquents séjours après l’affaire de Marseille. C’était une grande bâtisse entourée de jardins et d’un fruitier. Les biens de Mazan comprenaient en outre des prairies et des chènevières ;
    • le Mas-de-Cabanes, au terroir d’Arles, en Camargue, le bien qui rapportait le plus au marquis;
    • Toutes ces terres donnaient, bon an mal an, dix-huit à vingt mille livres. Tous les châteaux étaient meublés.
  13. La lettre suivante écrite de Vincennes en janvier 1782 le laisse supposer :

    « Dès que je serai libre (…) ce sera avec une bien vive satisfaction que me relivrant à mon seul génie, je quitterai les pinceaux de Molière pour ceux de l'Arétin. Les premiers ne m'ont valu qu'un peu de vent dans la capitale de Guyenne ; les seconds ont payé six mois mes menus plaisirs dans une des premières villes du royaume, et m'ont fait voyager deux mois en Hollande sans y dépenser un sol du mien. Quelle différence ! »

    .
  14. Une chanoinesse séculière ne prononce pas de vœux et demeure donc libre de se marier et de rentrer dans le monde.
  15. Cette lettre extraordinaire de Mlle de Launay (signée avec du sang), conservée par Sade, transmise à ses descendants, a été découverte et publiée en 2006 par Maurice Lever avec trois autres lettres inédites de la jeune chanoinesse. Voici la suite du début de cette fameuse lettre : « […] de ne jamais ni ne me marier, ni me donner à d’autres, de lui être fidèlement attachée, tant que le sang dont je me sers pour sceller ce serment coulera dans mes veines. Je lui fais le sacrifice de ma vie, de mon amour et de mes sentiments, avec la même ardeur que je lui ai fait celui de ma virginité. […] ».
  16. Il est aussi sensible aux gourmandises provençales si l’on en croit le long mémoire, établi par le sieur Légier, confiseur, retrouvé par Paul Bourdin, qui détaille les articles qu’il a livrés au château en 1772 : « pommades en bâtons et en pots, amandes et pâtes d’amandes, sucre raffiné et cassonade, pralines et azeroles au sucre, coings, chinois, gelées et marmelades, oranges de Portugal et fleurs d’orange, biscuits et vermichelly, moutarde et poivre blanc, eau de lavande et savonettes, colle forte et pierre d’indigo. ».
  17. Mémoires secrets de Bachaumont daté du 25 juillet 1772 :
    « On écrit de Marseille que M. le comte de Sade, qui fit tant de bruit en 1768, pour les folles horreurs auxquelles il s’était porté contre une fille, vient de fournir dans cette ville un spectacle d’abord très plaisant, mais effroyable par les suites. Il a donné un bal, où il avait invité beaucoup de monde, et dans le dessert il avait glissé des pastilles au chocolat, si excellentes que quantité de gens en ont dévoré ; mais il y avait amalgamé des mouches cantharides. On connaît la vertu de ce médicament : elle s’est trouvé telle, que tous ceux qui en avaient mangé, brûlant d’une ardeur impudique, se sont livrés à tous les excès auxquels porte la fureur la plus amoureuse. Le bal a dégénéré en une de ces assemblées licencieuses réputées parmi les Romains ; les femmes les plus sages n’ont pu résister à la rage utérine qui les travaillait. C’est ainsi que M. de Sade a joui de sa belle-sœur, avec laquelle il s’est enfui, pour se soustraire au supplice qu’il mérite. Plusieurs personnes sont mortes des excès auxquelles elles se sont livrées dans leur priapisme effroyable, et d’autres sont encore très incommodées. ».
  18. Lettre du marquis à Gaufridy novembre ou décembre 1774 :

    « Nous vous attendons donc mardi, mon cher avocat(…) Je vous prie de vouloir bien venir de bonne heure, au moins pour dîner, c’est-à-dire à trois heures ; vous m’obligerez d’observer cette même coutume toutes les fois que vous viendrez nous voir cet hiver. En voici la raison : nous sommes décidés, par mille raisons, à voir très peu de monde cet hiver. Il en résulte que je passe la soirée dans mon cabinet et que Madame avec ses femmes s’occupent dans une chambre voisine jusqu’à l’heure du coucher, moyen en quoi, à l’entrée de la nuit, le château se trouve irrémissiblement fermé, feux éteints, plus de cuisine et souvent plus de provisions. Conséquemment c’est vraiment nous déranger que de ne pas arriver pour l’heure du dîner. Nous vous connaissons trop honnête pour ne pas vous soumettre à cette petite gêne, que nous chercherons d’autant moins à reformer en votre faveur qu’elle nous fait gagner deux ou trois heures de plus du plaisir d’être avec vous. »

  19. Nanon - Antoinette Sablonnière - est chambrière au château ; elle a 24 ans et accouche en mai d'une fille dont la rumeur attribue la paternité au marquis (« elle passait le plat quand les petites filles avaient apporté les épices » dit Bourdin). Elle fait scandale, menace sans doute. Les Sade demandent à Mme de Montreuil une lettre de cachet pour la chambrière qui se retrouve en juillet 1775 à la maison de force d'Arles. Sa petite fille, confiée à une nourrice enceinte de quatre mois meurt fin juillet (enceinte, la nourrice a manqué de lait), sans qu'on ose l'apprendre à Nanon qui ne sera remise en liberté qu'en février 1778 après avoir promis de ne plus parler du passé.
  20. Même emprisonné, Sade n’oublia jamais d’être exigeant pour ses douceurs. Gilbert Lély a publié une lettre du Marquis, datée de 1781, dans laquelle il se laissait aller à quelques critiques sur les provisions de la quinzaine que lui faisait parvenir la dévouée Renée Pélagie. Le passage sur le biscuit de Savoie vaut d’être connu dans son intégralité : « Le biscuit de Savoie n’est pas un mot de ce que je demandais :
    1 - Je le voulais glacé tout autour, dessus et dessous, de la même glace de celle des petits biscuits.
    2 - Je voulais qu’il fût en chocolat en dedans et il n’y en avait pas le plus petit soupçon, ils l’ont bruni avec du jus d’herbes, mais il n’y a pas ce qui s’appelle le plus léger soupçon de chocolat. Au premier envoi je te prie de me le faire faire et de tacher que quelqu’un de confiance leur voit mettre le chocolat dedans. Il faut que les biscuits le sentent, comme si on mordait dans une tablette de chocolat. Au premier envoi donc un biscuit comme je viens de te dire, six ordinaires, six glacés et deux petits pots de beurre de Bretagne, mais bons et bien choisis. Je crois qu’il y a un magasin pour cela à Paris comme celui de Provence pour l’huile »
    . Après quelques années d’incarcération et de ce régime, Sade perdit la grâce et l’élégance qui avaient fait sa réputation autour du Luberon. En 1790, il ironisa sur son apparence de bon gros curé de campagne et Renée, elle-même, subit, à son tour, cette influence gourmande, puisque de mince – sinon maigre – dans les premières années de son mariage, elle devint obèse.
  21. Le quiproquo était lié à l'utilisation par Sade dans des actes officiels du prénom de Louis qui lui était destiné mais qu'il n'avait pas reçu à la suite d'une erreur de domestiques le jour de son baptême.
  22. Lire en ligne : Observations critiques et philosophiques, sur le Japon, et les Japonais [archive]
  23. Biographie de Jacques-Joseph de Fabry [archive].
  24. Lire en ligne : lire en ligne [archive]
  25. Lire en ligne : lire en ligne [archive]
  26. Celle de 1812, la première de l'An VI, 1797-98, est sans indication d'auteur.
  27. Lire en ligne : L'Etourdi, A Lampsaque Tome I [archive] et Tome II [archive]
  28. Journal de Paris, dans les feuilles du 18, 19, 21, 26 octobre, 05 novembre, 19, 24 décembre 1777 et 24 janvier 1778
  29. Lire en ligne : [url=http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6471971k [archive] première partie] ; [url=http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6471978g [archive] deuxième partie].
  30. Dictionnaire de la conversation et de la lecture – Inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous – par une société de savants et de gens de lettres – sous la direction de M.W. Duckett, tome XV, 1857. L’article est de Jules Janin qui ajoute :
    « Les livres du marquis de Sade ont tué plus d’enfants que n’en pourraient tuer vingt maréchaux de Rais ; ils en tuent chaque jour, ils en tueront encore, ils en tueront l’âme aussi bien que le corps ; et puis le maréchal de Rais a payé ses crimes de sa vie : il a péri par les mains du bourreau, son corps a été livré au feu, et ses cendres ont été jetées au vent ; quelle puissance pourrait jeter au feu tous les livres du marquis de Sade ? Voilà ce que personne ne saurait faire, ce sont là des livres, et par conséquent des crimes qui ne périront pas. ».
  31. Seuls les deux premiers volumes de la tête de tirage, 55 sur 475 exemplaires, livrés à Pauvert en décembre 1947 portent cette date.
  32. Tous les emprunts de Sade sont recensés dans les notes de l’édition de ses œuvres dans la bibliothèque de la Pléiade.
  33. Dans cet essai, l'auteur montre la parenté entre le Don Juan amateur de femmes et le Don Juan luciférien s'opposant à Dieu et à la nature, dont Sade est l'un des exemples les plus typiques.
  34. Au cours d'un débat antagoniste entre Freud et Einstein, Freud subit expérimentalement un transfert "négatif" qui le renvoie dans le boudoir du Marquis de Sade.

Références

  1. Source d'autorité : Michel Delon, notice sur Sade, Archives de France [archive], en ligne.
  2. Iwan Bloch, Le marquis de Sade et son temps - Études relatives à l'histoire de la civilisation et des mœurs du XVIIIe siècle, Éditions Slatkine, 1970, page 51 [archive].
  3. Pauvert 1990, p. 339.
  4. L'encyclopédie Larousse intitule sa notice Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le Marquis de Sade Encyclopédie Larousse en ligne [archive].
  5. Gilbert Lély, Vie du marquis de Sade, Cercle du livre précieux, 1965, p. 29-33
  6. Lever 1991, p. 48.
  7. Lély, op. cit., p. 41
  8. Hervé Aliquot, La chronique d'Avignon, Aubanel, 1990, p. 80.
  9. Voici le passage de la lettre à Madame de Sade de janvier 1784 :

    « Au reste, madame, à présent que voilà votre fils aîné une espèce de personnage dans le monde, je dois vous prévenir que mon intention est de suivre l'usage établi dans toutes les familles, où le chef prend le titre de comte, et laisse celui de marquis à son fils aîné. Je ne ferai d'ailleurs, relativement à moi, que ce que le Roi veut sans doute que je fasse, puisque je n'ai pas un seul brevet, ni de ma charge, ni de mes emplois, pas une seule lettre de princes ou de ministres qui ne me soit adressé sous ce titre. Je vous dis cela afin que vous y accoutumiez le public qui, une différente habitude prise, changerait difficilement après ses idées. »

    .
  10. Lever 1991, p. 23-44.
    Les informations, inédites jusque-là, sur la vie du père du marquis, sont le résultat des recherches de Maurice Lever dans les archives familiales mises à sa disposition par MM. Xavier et Thibault de Sade.
  11. Aline et Valcour, dans « la Pléiade », t. I, p. 403.
  12. Lettre de Voltaire à l'abbé de Sade de fin mai 1733.
  13. Henri Fauville, La Coste – Sade en Provence, Édisud, Aix-en-Provence, 1984.
  14. La nomination de Sade au grade de capitaine, en date du 21 avril 1759, a été retrouvée par Henri d'Alméras en 1906 (voir bibliographie) dans les archives de l'Armée. Le document précise que Sade a été fait sous-lieutenant dans le régiment d'infanterie du Roy le 15 décembre 1757, cornette dans la Brigade de carabiniers de Saint-André le 1er avril 1758. Le prix acquitté est de 10 000 livres.
  15. Note retrouvée par Mathias Pauvert en 1986 sur les états de service de Sade aux archives de l'Armée. Citée par Pauvert 1986, p. 53.
  16. Lettre du comte de Sade à sœur Gabrielle Laure du 19 avril 1763 (Papiers de famille, sous la direction de Maurice Lever, Fayard, 1995, t. II).
  17. Lettre du marquis de Sade à Mademoiselle de L… datée d’Avignon le 6 avril 1763 (reproduite intégralement dans Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Cercle du livre précieux, 1962, tome 1, p. 68-71 et citée par Lever 1991, p. 112-113).
  18. Lettre du comte de Sade à son frère l'abbé de Sade du 17 mars 1763 (Papiers de famille, sous la direction de Maurice Lever, Fayard, 1995, t. II).
  19. C'est ainsi qu'on appelle ordinairement Madame de Montreuil. Marie Madeleine Masson de Plissay, de petite noblesse de robe elle-aussi, a épousé en 1740 Claude-René Cordier de Montreuil.
  20. Lettre du comte de Sade à sa sœur Gabrielle Laure du 19 avril 1763. L'orthographe est respectée.
  21. « 29 octobre 1763. Détention de Sade pour éjaculation sur un crucifix et autres blasphèmes » [archive], sur Le Point.fr,‎ 29 octobre 2012.
  22. Lettre de 1765.
  23. Lély, op. cit., p. 103.
  24. Les journaux des inspecteurs ont été trouvés à la Révolution dans les cassettes de Louis XV, ils ont été publiés en 1863, expurgés car trop de familles importantes se sentaient encore visées, puis de 1906 à 1914 en cinq volumes (Pauvert 1989, p. 133).
  25. a, b et c La maison de Sade [archive]
  26. Jean Desbordes, Le vrai visage du Marquis de Sade, Éditions de la Nouvelle revue critique, 1939, p. 28
  27. Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade. De la naissance à l'évasion de Miolans, 1740-1773, Gallimard, 1952, p. 311
  28. Les étranges amours du marquis de Sade, Omnibus, 2013, p. 17
  29. Michel Delon, Sophie Bogaert, Les vies de Sade : Sade en son temps ; Sade après Sade, Textuel, 2007, p. 157
  30. Quatrième lettre inédite de Mlle de Launay découverte et publiée par Maurice Lever (Je jure au marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui…, Paris, Fayard, 2006).
  31. Lettre de Madame de Sade du 19 mars à Ripert, régisseur de Mazan, dont le frère est curé. (Pauvert 1986, p. 341).
  32. Paul Bourdin, Correspondance inédite du Marquis de Sade, Librairie de France, 1929, année 1775, p. 18-19.
  33. Gothon, « le plus beau c… qui fût échappé des montagnes de Suisse depuis plus d'un siècle » dit le marquis, est « fille d'un huguenot suisse, concierge et factoton, qui en sait long sur son maître et qui le sert en toutes choses sans se desservir » (Paul Bourdin).
  34. Jean-Jacques Brochier, Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade : un classique du XXe siècle, Cercle du Livre Précieux, 1967, p. 23
  35. Lettre à Madame de Sade de février 1783.
  36. Lettre à Madame de Sade, début novembre 1783.
  37. a et b Lettre à Madame de Sade du 25 juin 1783.
  38. Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Pauvert, 1965, p. 398.
  39. Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Pauvert, 1965, p. 439.
  40. D'après Sophie Pujas in Le Point hors-série Les Maîtres-penseurs « Le Mystère Sade », n° 16, oct-nov. 2014, p. 46-47.
  41. « J'ai fait passer, pendant ma présidence, les Montreuil à une liste épuratoire. Si j'avais dit un mot, ils étaient malmenés. Je me suis tu ; voilà comme je me venge », écrit-il à Gaufridy le 3 août 1793. Certes, Sade n'a pas intérêt à voir ses beaux-parents déclarés « suspects ». D'une part, cela pourrait être dangereux pour lui et d'autre part, ce sont les Montreuil qui entretiennent sa femme et ses enfants.
  42. « Apprenez que me voilà encore monté en grade, que je suis président de ma section, et qu'hier, le papa Montreuil étant à l'assemblée, je l'avais sous ma couleuvrine. » (lettre à Gaufridy du 23 juillet 1793).
  43. Lever 1991, p. 509.
  44. Pétition de la Section des Piques aux représentants du peuple français sur Wikisource.
  45. Pauvert 1990, p. 135.
  46. Lever 1991, p. 523.
  47. Lettre à Gaufridy de novembre 1794 citée par Pauvert 1990, p. 141.
  48. Sur les relations de « Sensible » à la Convention et au Comité de sûreté générale, voir Pauvert 1990, p. 140 et p. 159.
  49. Léo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas : les Maillons libertaires de la Chaîne d'Union, Éditions Alternative libertaire, 2002, texte intégral [archive].
  50. Charles Nodier, Portraits de la Révolution et de l’Empire, Tallandier, 1988, p. 235.
  51. Lever 1991, p. 608.
  52. La Bastille ou « l'enfer des vivants », Bibliothèque nationale de France, 2010, p. 131.
  53. Philippe Charlier, Médecin des morts : Récits de paléopathologie, Fayard, 2006, p. 302
  54. Ce cimetière n'existe plus. Le conservateur du cimetière actuel raconte que, « selon la tradition », il se trouve en bas de la pente de l’actuel cimetière, en face de l’église, emplacement où se trouve désormais une crèche.
  55. Pierre Huard, Mirko Dražen Grmek, Sciences, médecine, pharmacie : de la Révolution à l'Empire (1789-1815), Les Éditions Roger Dacosta, 1970, p. 278
  56. Lever 1991, p. 658.
  57. « Le philosophe soi-disant : comédie en trois actes et en vers ; représentée pour la premiere fois à Bordeaux par les Comédiens Français & Italiens, le 9 octobre 1762 / par le Sieur De Bernowlly » [archive], sur warwick.ac.uk (consulté le 24 avril 2014)
  58. « Notice bibliographique de Le Philosophe soi-disant » [archive], sur bnf.fr (consulté le 27 mars 2014)
  59. Donatien Alphonse François de Sade, Contes Moraux, vol. 2 : Le Philosophe soi-disant : 2, Merlin, 1766 (lire en ligne [archive])
  60. Tome I [archive], Tome II [archive] et Tome III [archive] de l'édition originale des Sages du siècle ou la raison en délire.
  61. Nicole Brondel, « Dictionnaire des journaux, 1600-1789 - N° 0682 : Journal de Paris (1777-1840) » [archive], sur dictionnaire-journaux.gazettes18e.fr (consulté le 24 avril 2014)
  62. Denis Reynaud, « Journal de Paris (1777-1840) » [archive], sur gazetier-universel.gazettes18e.fr,‎ 2010 (consulté le 24 avril 2014)
  63. Critique et extraits dans L'Esprit des journaux, françois et étrangers, vol. 8, Valade, 1781 (lire en ligne [archive]), p. 160-178
  64. Journal de Paris du 27 mai 1781, no 147, p. 593, rubrique « Belles Lettres » : Conseils d'un Militaire à son Fils; par M. le Baron d'A***, Colonel d'Infanterie. À Paris, chez Dupuis, Libraire, rue de la Harpe, près celle Serpente, & se trouve à Brest, chez Malassis, Libraire, in-12. de 300 pag.
  65. Voyage d'un Amateur des Arts, Tome II : Voyage d'un Amateur des Arts, Tome I [archive]
  66. Voyage d'un Amateur des Arts, Tome IV : Voyage d'un Amateur des Arts, Tome III [archive]
  67. Le Théâtre de Sade, éd. par Jean-Jacques Brochier, Jean-Jacques Pauvert, 1970, 4 vol.
  68. Marquis de Sade, Journal inédit, « deux cahiers retrouvés publiés pour la première fois sur les manuscrits autographes inédits avec une préface de Georges Daumas », Gallimard, coll. Idées, 1970, p. 35.
  69. Sade, Journal inédit, préface de Georges Daumas, Gallimard, 1970, p. 33.
  70. Muriel Schmid, Le soufre au bord de la chaire : Sade et l'évangile, Labor et Fides, 2001, p. 85-91
  71. Georges-Henri Morin, Le cercle brisé, l'image de l'indien dans le western, Paris, Payot, 1977
  72. H. R. Lenormand, « Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », Littérature, no 11,‎ décembre 1920, p. 24
  73. a et b « Les descendants du Marquis de Sade », reportage de Denis Gannay et Pierre-Do Lepais, France 3 Centre, 22 novembre 2013
  74. Florence Charrier, Le procès de l'excès chez Queneau et Bataille, Éditions L'Harmattan, 2012, p. 29
  75. Jean-Jacques Pauvert, Maurice Garçon, L'affaire Sade, Librairie J.-J. Pauvert, 1963, 137 p.
  76. Éric Marty, éditeur des œuvres de Roland Barthes, suit, dans son livre Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ? (Seuil, 2011) les volte-face au cours desquelles Sade aura été tour à tour adulé et rejeté par certains grands intellectuels français de la période : Blanchot, Klossowski, Simone de Beauvoir, Lacan, Foucault, Sollers, Barthes et Deleuze.
  77. « Gonzague Saint Bris et Hugues de Sade célèbrent le bicentenaire du Divin Marquis » [archive], sur Le Figaro,‎ 10 décembre 2013
  78. Lélia Balaire, « Le comte de Sade nous a quittés » [archive], sur L'Union,‎ 30 août 2010
  79. Maurice Lever, Donatien Alphonse François, marquis de Sade, Fayard, 2003, p. 11
  80. Bernard Georges Marie de Sade [archive], site geneanet.org d'Henri Frebault
  81. Jean Deprun (1923-2006), professeur de philosophie à l'Université de Paris I.
  82. Sade, Œuvres, bibliothèque de la Pléiade, 1990, t.1, p. LX-LXIX.
  83. Jean van Win, Sade. Philosophe et pseudo-franc-maçon?, Bonneuil-en-Valois, Ed. de la Hutte, 2011 (ISBN 2916123423)
  84. L'isolisme semble être un néologisme de Sade — qu'on retrouve dans Les Infortunes de la vertu (page 7) et dans Aline et Valcour (page 577) — pour isolement.
  85. Jeangène Vilmer 2008, p. 46-47.
  86. Gilbert Lely, Sade, Gallimard, 1967, p. 187.
  87. Lettre de Vincennes à Mme de Sade, fin novembre 1783.
  88. Béatrice Didier, Écrire la Révolution, 1789-1799, Presses universitaires de France, 1989, p. 22
  89. Dominique Lecourt, À quoi sert donc la philosophie? : des sciences de la nature aux sciences politiques, presses universitaires de France, 1993, p. 188.
  90. Pasquine Albertini, Sade et la république, L'Harmattan, 2006, p. 93.
  91. Norbert Sclippa, Lire Sade, L'Harmattan, 2004, p. 93.
  92. Jacques J. Natanson le considère comme un « grand athée du XVIIIe siècle », La mort de Dieu: essai sur l'athéisme moderne, Presses universitaires de France, 1975, p. 70.
  93. Pasquine Albertini, Sade et la République, L'Harmattan, 2006, p. 23.
  94. Maurice Blanchot, Sade et Restif de la Bretonne, Complexe, édition de 1999, p. 98.
  95. Gilbert Lély, Sade, Gallimard, 1967, p. 208.
  96. Klossowski 1967, p. 85.
  97. a et b Laurent Jenny in Jenny Pfersmann (dir.), Traversées de Pierre Klossowski, Droz, 1999, pages 40-41.
  98. Albert Camus, L'Homme révolté, in Essais, Gallimard, 1965, p. 448.
  99. Simone de Beauvoir, Faut-il brûler Sade, Gallimard, 1955, p. 55.
  100. Klossowski 1967, p. 14.
  101. Jeangène Vilmer 2008, p. 43-47.
  102. Jeangène Vilmer 2008, p. 202.
  103. Jeangène Vilmer 2008, p. 49.
  104. Fiche sur bedetheque.com [archive].
  105. Fiche sur bedetheque.com [archive].
  106. Fiche sur bedetheque.com [archive].
  107. Janice étoilée [archive], Le Journal du dimanche, 14 avril 2008.
  108. Fiche sur comicvine.com, avec quelques dessins de couverture [archive].
  109. Fiche sur bedetheque.com [archive].

Annexes

Sources

Portrait imaginaire du marquis de Sade prisonnier (XIXe siècle).

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Trois biographies de référence - dont sont extraites les informations de cet article - ont été publiées sur le marquis de Sade :

  • Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1952-1957; rééd., Paris, Mercure de France, 1989.
  • Jean-Jacques Pauvert, Sade vivant, Paris, Robert Laffont :
    • t. I : Une innocence sauvage 1740-1777, 1986
    • t. II : Tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là… 1777-1793, 1989
    • t. III : Cet écrivain à jamais célèbre… 1794-1814, 1990

Réédition, revue et augmentée, en un seul volume, Paris, Éditions le Tripode, 2013, 1205 p.

  • Maurice Lever, Donatien Alphonse François, marquis de Sade, Paris, éditions Fayard, 1991. 

Le chapitre « La postérité de Sade » s'appuie sur les travaux de Michel Delon qui a établi les notes de l'édition des Œuvres de Sade en trois tomes dans la Bibliothèque de la Pléiade (1990, 1995, 1998) et publié Sade après Sade, dans Les Vies de Sade, Éditions Textuel, 2007.

Autres sources utilisées :

  • Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, La Religion de Sade, Editions de l'atelier, 2008
  • Pierre Klossowski, Sade mon prochain, Paris, Le Seuil, 1967 (1re éd. 1947)

Autres sources importantes et récentes :

  • Michel Onfray, Sade, la passion de la méchanceté, Autrement, 2015

Articles connexes

  • Littérature et sexualité
  • Madame de Sade
  • Laure de Sade
  • Marquis de Sade (groupe)
  • Anticléricalisme
  • La liberté est le crime qui contient tous les crimes
  • Anarchisme et franc-maçonnerie

Liens externes

  • Notices d'autorité : Fichier d'autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Union List of Artist Names • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale de la Diète • Bibliothèque nationale d'Espagne • WorldCat
  • Œuvres du Marquis de Sade [archive]
  • Carnet du marquis de Sade [archive] : site tenu par un descendant du Marquis de Sade. Publication hebdomadaire d'articles autour de l'actualité de Sade
  • Catégorie marquis de Sade [archive] de l’annuaire DMOZ
  • Généalogie [archive]
  • Justine ou les malheurs de la vertu en version audio [archive] Speaker Icon.svg
  • Nouvelles du Marquis de Sade en version audio gratuite [archive] Speaker Icon.svg
  • Sade en procès [archive] le récit de J.-J. Pauvert, le film de Pierre Beuchot

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19 septembre 2017

Littré Émile

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Émile Littré

 

Émile Littré

Félix_Nadar_1820-1910_portraits_Emile_Littré

Portrait photographique d'Émile Littré (1801-1881) par Félix Nadar

Naissance
1er février 1801
Paris
Décès
2 juin 1881 (à 80 ans)
Paris
Sépulture
Cimetière du Montparnasse
Nationalité
Française
Langue maternelle
Français
Formation
Lycée Louis-le-Grand
Faculté de médecine de Paris
Parentèle
Jean-Baptiste Johannot (grand-père maternel)

Émile Maximilien Paul Littré, né à Paris le 1er février 1801 et mort à Paris le 2 juin 1881, est un médecin, lexicographe, philosophe et homme politique français, surtout connu pour son Dictionnaire de la langue française, communément appelé « le Littré ».

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Enfance
    • 1.2 Études médicales et premiers engagements politiques
    • 1.3 Journalisme et travaux littéraires
    • 1.4 Son Dictionnaire
    • 1.5 Vie politique
    • 1.6 Conversion
  • 2 Œuvres
    • 2.1 Traductions
    • 2.2 Dictionnaires
    • 2.3 Écrits philosophiques
    • 2.4 Collaboration à des journaux
  • 3 Sources
  • 4 Dictionnaires en ligne
  • 5 Bibliographie
  • 6 Références
  • 7 Liens externes

Biographie

Enfance

Né au 21 rue des Grands-Augustins. Son père, Michel-François, originaire d'Avranches, fils d'orfèvre, avait reçu une certaine éducation, mais, s'ennuyant de la maison paternelle, se rendit à Paris. Là, apprenant que son père était dans la gêne, il s'engagea dans l'artillerie de marine, et envoya à Avranches le prix de son engagement. Il fut canonnier pendant plusieurs années et parvint au grade de sergent-major. Lorsqu'il revint à terre, il était imbu des idées révolutionnaires de l'époque. Mais il fallait vivre, et après quelque emploi en province, il parvint à devenir chef de bureau à la direction générale des Contributions indirectes à Paris. Il épousa Sophie Johannot (fille de Jean-Baptiste Johannot), libre-penseuse comme lui, et ils eurent deux fils, Émile et Barthélemy, qui naquirent à Paris. Possédant le goût de l'étude, il avait assemblé une très bonne bibliothèque, et, mettant en œuvre ses idées philosophiques, il se consacra à l'éducation de ses deux fils. Pour cela, il apprit le grec et, plus tard, le sanscrit. Le jeune Émile, qui portait le plus le cachet paternel, fut envoyé au lycée Louis-le-Grand, où il eut pour amis Louis Hachette et Eugène Burnouf.

Quand, en 1819, Émile termina ses études secondaires, il hésita un peu sur la profession qu'il devrait choisir, temps qu'il mit à profit pour se perfectionner en anglais, en allemand, en italien, en latin et en grec, d'une façon telle qu'il savait non seulement écrire dans ces langues, mais aussi y composer des vers. Quelques années plus tard, en 1823 Eugène Burnouf lui donna des leçons de sanskrit, en même temps qu'à Barthélemy-Saint-Hilaire, renforçant ainsi les bases de sa science philologique.

Études médicales et premiers engagements politiques

Entre-temps il se décida pour la médecine et, en 1822, s'y inscrivit comme étudiant. Pendant huit ans, il se consacra presque sans partage à ces études, passa tous les degrés de l'externat et de l'internat, et eut pour condisciples et collègues Louis-Marie Michon, Antoine Constant Danyau et Natalis Guillot. Il n'avait plus que sa thèse à préparer pour obtenir le diplôme qui lui aurait permis d'exercer quand, en 1827, son père mourut, laissant sa mère absolument sans ressources. Il renonça immédiatement à passer le doctorat et, tout en conservant un vif intérêt pour la médecine, donna des cours de latin et de grec pour subvenir aux besoins de sa famille.

Pendant la Révolution de juillet 1830, fervent républicain, il fit le coup de feu du côté des insurgés, qui chassèrent Charles X de Rambouillet. Il avait endossé pour l'occasion un uniforme de garde national, geste séditieux, puisque cette milice avait été dissoute en 1827, et il s'était coiffé d'un chapeau rond. Son ami Farcy fut abattu à ses côtés, et son corps fut ramené à son propre domicile.

Journalisme et travaux littéraires

En 1831 il fut recommandé à Armand Carrel, rédacteur en chef du National, qui lui donna la tâche de lire les journaux anglais et allemands pour y trouver les extraits intéressants. En 1835 Carrel découvrit par hasard les grandes capacités de son lecteur, qui, à partir de ce moment, devint un collaborateur régulier.

Il reprit ses études médicales, assistant assidûment aux conférences de Rayer à La Charité, convenant avec le libraire Baillière, spécialisé dans les ouvrages de médecine et de sciences naturelles, la traduction et l'édition d'Hippocrate. Il se concentra dès lors principalement sur cet ouvrage, tout en commençant en 1836 ses contributions à la Revue des deux mondes avec des articles sur toutes sortes de sujets, dont certains révélaient le médecin et le philosophe naturaliste :

  • Les Grandes Épidémies (15 janvier 1836) ;
  • Recherches sur les ossements fossiles de Cuvier ;
  • Nouvelles recherches des géomètres sur la chaleur de la terre.

Bien qu'il fût lui-même agnostique, il se maria en 1835 ou 1837 avec une jeune fille simple, pieuse et pratiquante, dont il eut une fille, Sophie, qui fut élevée chrétiennement selon la foi de sa mère. En 1839 parut le premier volume de son édition des travaux d'Hippocrate. La valeur de ce travail fut immédiatement reconnue par l'élection de son auteur, le 22 février de cette même année, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. À cette époque — il avait alors près de 40 ans — il découvrit par hasard les travaux d'Auguste Comte, qui le séduisirent par leur caractère scientifique et méthodique, et dont la lecture constitua, comme il l'a dit lui-même, « le point cardinal de sa vie ». À partir de ce moment se manifesta l'influence du positivisme sur sa propre vie et, ce qui est plus important, sa propre influence sur le positivisme, car il a donné au positivisme autant qu'il a reçu de lui. Il devint bientôt l'ami de Comte et vulgarisa ses idées dans de nombreux travaux sur la philosophie positiviste, donnant un premier résumé lucide et habile de ces idées sous le titre Analyse raisonnée des cours de Philosophie positive. En même temps il continuait son édition d'Hippocrate, qui ne fut pas terminée avant 1862, et publiait de la même façon une édition de l’Histoire naturelle de Pline pour la Collection des auteurs latins dirigée par Nisard. Après le décès de Fauriel en 1844, il prit la place de celui-ci à l'Académie des inscriptions et belles-lettres dans le comité qui se consacrait à l’Histoire littéraire de la France. Sa connaissance de l'ancien français et de la littérature s'y révéla inestimable, et il fut un des principaux auteurs des tomes XXI, XXII et XXIII.

Il accueillit avec joie la Révolution de 1848, et accepta les fonctions non rétribuées de conseiller municipal de Paris. Mais il ne tarda pas à donner sa démission, en voyant la marche des événements. Il refusa le ruban de la Légion d'honneur qui lui était offert, et prit part à la répression contre l'insurrection de juin, tout en se remettant au travail avec une ardeur nouvelle. Les articles qu'il publia pendant cette période au National, ont été recueillis et publiés en 1852 sous le titre de Conservation, révolution et positivisme, montrant sa complète adhésion à toutes les doctrines de Comte. Pourtant, pendant les dernières années de la vie de ce dernier, il allait comprendre qu'il ne pourrait pas entièrement accepter tous les dogmes ni toutes les idées mystiques de celui qui était son maître et son ami ; il cacha cependant ses divergences d'opinion et Comte ne remarqua pas que son élève était allé plus loin que lui, comme lui-même avait été plus loin que Saint-Simon, son maître.

Pendant toute la durée de l'Empire, il se tint à l'écart de la politique, se consacrant uniquement aux labeurs littéraires et scientifiques qui ont fait de lui un des éminents savants de ce temps. Il reprit le cours de ses recherches sur la médecine, et le Dictionnaire de médecine et de chirurgie, qui n'avait dû être au début qu'un remaniement du travail de Nysten, devint peu à peu, entre les mains de Littré et de son collaborateur Robin, un ouvrage essentiellement original et personnel.

Son Dictionnaire

Première page du Littré, dans son édition de 1889.

Mais son travail capital et son principal titre, c'est incontestablement le Dictionnaire de la langue française, dont il avait conçu de bonne heure le projet. Il l'avait en effet fait accepter dès 1841 au chef de la maison Hachette, son condisciple et ami, Louis Hachette, mais ce projet ne reçut un commencement d'exécution que six ans plus tard. La rédaction dura de 1847 à 1865, et l'impression, commencée le 27 septembre 1859, ne fut terminée qu'en novembre 1872, après une interruption d'environ neuf mois en 1870-1871. On peut se rendre compte du travail qu'exigea ce Dictionnaire quand on sait que la copie comptait 415 636 feuillets, et qu'elle était rangée par paquets de mille feuilles dans huit caisses de bois blanc, déposées dans la cave de la maison de campagne de Littré au Mesnil-le-Roi. Au mois d'août 1870, en prévision d'opérations militaires aux environs de Paris, Littré fit transporter ces caisses à Paris, dans les sous-sols de la maison Hachette, pour les mettre hors de portée des obus. C'était le plus grand travail lexicographique entrepris jusque là sur la langue française, et on ne sait ce qu'on doit admirer le plus chez l'auteur de cette œuvre : la sûreté de sa méthode, la sagacité de ses jugements, la profondeur de son érudition, la patience de ses recherches ou son infatigable activité, tout cela au milieu des plus vives angoisses patriotiques.

Pendant ce temps, la mort de Comte en 1858 avait libéré Littré de toute crainte d'attrister les dernières années de son maître, et il publia ses propres idées dans Paroles de philosophie positive en 1859 et, plus longuement, dans son ouvrage Auguste Comte et la philosophie positive en 1863. Dans ce livre il étudie l'origine des idées de Comte chez Turgot, Kant et Saint-Simon, raconte ensuite de façon élogieuse la vie de Comte, parle de sa méthode philosophique, des grands services qu'il a rendus à la cause et des résultats de ses travaux, avant de montrer finalement les points sur lesquels il se sépare de lui. Il approuve pleinement la philosophie de Comte, ses grandes lois sur la société et sa méthode philosophique, qu'effectivement il a défendues chaleureusement contre Stuart Mill, mais déclare que, tandis qu'il croit à la philosophie positiviste, il ne croit pas dans une religion de l'humanité.

En 1863, il termina son Hippocrate et son Pline, tout en poursuivant sérieusement le travail sur son Dictionnaire de la langue française. La même année il fut proposé pour l'Académie française, mais fut écarté, par suite de l'opposition de Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, qui l'avait dénoncé dans son Avertissement aux pères de famille comme le chef des matérialistes français. À cette époque Littré lança également avec Wyrouboff la revue Philosophie positive, qui devait faire connaître les thèses des positivistes modernes. Il y publia, en 1870, sous le titre : Des origines organiques de la Morale, un article qui fit sensation, et fournit de nombreux arguments aux théoriciens catholiques qui accusaient Littré d'athéisme. La même année, il soutenait la veuve de Comte dans son procès contre les exécuteurs testamentaires de son mari, et s'opposait à la publication des dernières œuvres d'Auguste Comte, qu'il considérait comme indignes de lui.

Vie politique

Sa vie s'écoulait ainsi, consacrée au travail littéraire, jusqu'à ce que la chute de l'Empire l'amenât à prendre part à la politique. Mais, se sentant trop vieux pour supporter les privations du siège de Paris, il se retira avec sa famille en Bretagne. Gambetta le nomma alors professeur d'histoire et de géographie à l'École polytechnique, et le fit venir à Bordeaux. Bientôt après, il rentra dans la vie politique, mais sans renoncer à ses autres travaux.

Il fut élu à l'Assemblée nationale par le département de la Seine le 8 février 1871, le 33e sur 43, par 87 868 voix sur 328 970 votants. Il prit place à gauche, et vota constamment avec les républicains modérés, par exemple Contre le pouvoir constituant de l'Assemblée, Pour la dissolution, Contre la chute de Thiers au 24 mai lors de la Semaine sanglante, Contre le septennat, la loi des maires et l'état de siège, Pour l'amendement Wallon et celui de Duprat, qui demandait que le futur Sénat soit nommé au suffrage universel, et Pour l'ensemble des lois constitutionnelles. Lors du renouvellement des conseils généraux, il fut nommé le 15 octobre 1871 membre du conseil général pour le canton de Saint-Denis, et cette assemblée le choisit pour son vice-président.

Lithographie de Émile Littré vu de mi-poitrine en noir et blanc. Il a le visage sévère et mets sa main dans sa veste au niveau du cœur.
Émile Littré aux alentours de 1865

Dans la séance du 30 décembre 1871 de l'Académie française il fut élu, au fauteuil de Villemain, malgré l'opposition virulente de Mgr  Dupanloup, qui voulut, avec éclat, démissionner de son fauteuil plutôt que de le recevoir.

À l'Assemblée nationale, Littré, éloquent seulement la plume à la main, ne prit aucune part aux débats parlementaires, et ne parut jamais à la tribune. Mais il n'en fut pas moins très assidu aux séances. « Tous les arrangements de ma vie, a-t-il dit en parlant de l'année 1872, pour me procurer la plus grande somme de temps disponible étaient bouleversés. Membre de l'Assemblée nationale, j'assistais régulièrement aux séances. N'ayant pu prendre résidence à Versailles, à cause de mes livres et de tout ce qu'à Paris j'avais sous la main, j'étais obligé de faire chaque jour le voyage. De la sorte, le milieu des journées m'était enlevé tout entier ; il ne me restait que les matinées, les nuits, les dimanches et les vacances de l'Assemblée. Ces heures dérobées aux devoirs publics, on imaginera sans peine avec quel soin jaloux je les employai, et combien je me réjouis quand je vis qu'elles me suffisaient. »

Au mois d'avril 1873, Littré, qui avait fait adhésion à la "République conservatrice", protesta dans une lettre adressée au Temps contre la candidature radicale de Barodet en remplacement de Sauvage décédé, candidature approuvée par de nombreux députés simplement pour protester contre la loi qui avait enlevé à Lyon ses franchises municipales, et à Barodet son mandat de maire. Barodet fut néanmoins élu.

Son Dictionnaire de la langue française fut finalement achevé en fin 1872. Une interprétation sûre y est donnée de l'usage de chaque mot, fondée sur les divers sens qu'il eut dans le passé et étayée d'exemples tirés des œuvres d'auteurs anciens ou modernes. Le 8 juillet 1875, les francs-maçons donnèrent une grande solennité à sa réception par le Grand Orient de France (loge « La Clémente amitié »), et une grande publicité au discours que Littré prononça le jour de son initiation. Il fut reçu en même temps que Jules Ferry et Honoré Chavée. Le 15 décembre 1875 Littré fut élu par l'Assemblée nationale sénateur inamovible, le 52e sur 75, par 343 voix sur 676 votants. Il siégea à la Chambre haute dans les rangs de la gauche modérée. Il vota Contre la dissolution de la Chambre en 1877, se montra, lors de la crise du 16 mai, l'adversaire du gouvernement qui en fut issu, puis le partisan du ministère Dufaure, et favorable à la plus large tolérance en matière religieuse. Il s'abstint volontairement lors du scrutin sur la nouvelle loi au sujet de l'enseignement supérieur.

Il continua à rédiger des articles, et les plus remarquables de ces productions au cours de ces années furent ses écrits politiques où il dévoilait et attaquait l'entente des Orléanistes et des Légitimistes et se prononçait en faveur de la république. Il fit rééditer un grand nombre de ses anciens articles et de ses anciens ouvrages, entre autres Conservation, révolution et positivisme de 1852 (qu'il réimprima mot pour mot, y joignant une renonciation formelle et catégorique à beaucoup de doctrines comtistes qu'il contenait) et une petite brochure Pour la dernière fois, où il maintenait sa conviction inaltérable dans le matérialisme, et où il se livra à un de ses rares épanchements intimes. Il y répond avec beaucoup de tact et de simplicité aux sollicitations religieuses qui l'ont touché, sans chercher à blesser les convictions qu'il ne partage pas, affirmant qu'il n'éprouve ni le désir de croire, ni l'angoisse de quelques incrédules. « Je me suis interrogé en vain, je n'éprouve rien de ce qu'ils ont éprouvé. [...] je suis sans regret d'être en dehors de ces croyances, et ne puis découvrir en moi aucun désir d'y rentrer. »

Conversion

Quand sa femme et sa fille, ferventes catholiques, se rendirent compte que le vieil homme n'avait plus longtemps à vivre, elles s'efforcèrent de le convertir. Il avait eu pendant longtemps des entretiens avec le père Millériot, célèbre controversiste, et il avait été très affligé de sa mort. Cependant, avec l'aide de l'abbé Henri Huvelin, père spirituel de Charles de Foucauld, Littré, sous la pression de sa famille1 fut « baptisé » un quart d’heure avant sa mort par sa propre femme en présence de leur fille Sophie et de la religieuse garde-malade2. Les trois femmes ont déclaré que Littré n’avait pas encore perdu connaissance et sans aucun doute, Mme Littré a estimé que son mari était tacitement d’accord2, en conséquence de quoi, elle lui fit donner des funérailles catholiques.

Il meurt le 2 juin 1881 au 44 rue d'Assas. Il fut enterré au cimetière du Montparnasse. Son épouse est décédée en 1903. Sa volonté expresse étant qu’aucun discours ne soit prononcé sur sa tombe, Renan et Pavet de Courteille y renoncèrent, mais pas Wyrouboff3.

Le lycée public d'Avranches s'appelle lycée polyvalent Émile-Littré, pour rappeler les origines de la famille du grand homme.

Œuvres

Traductions

  • Traduction et édition des Œuvres d'Hippocrate (1839-1861) ;
  • Traduction de la Vie de Jésus (tome 1, tome 2) de David Strauss (1839-1840), où il expose dans la préface sa doctrine, substituant l'ordre surnaturel à un autre idéal, celui de l'Humanité ;
  • Traduction et édition de l'Histoire naturelle de Pline (1848-1850) ;
  • Traduction du Manuel de physiologie (Handbuch der Physiologie) de Müller (1851), où il ajouta une préface philosophique, assignant à la physiologie son vrai rôle dans l'ordre des sciences ;

Dictionnaires

  • Reprise du Dictionnaire de médecine, de chirurgie, etc. de Nysten (1855) ;
  • Histoire de la langue française (participation à la rédaction des tomes 21 à 23 (1862) ;
  • Dictionnaire de la langue française (Le Littré) (1863-1872) ; 2e édition revue et augmentée (1873-1877) ;
  • Comment j'ai fait mon dictionnaire de la langue française, 1880
  • Pathologie verbale ou lésions de certains mots dans le cours de l'usage (1880)4.

Écrits philosophiques

  • Analyse raisonnée du cours de philosophie positiviste d'Auguste Comte (1845) ;
  • Application de la philosophie positive au gouvernement (1849) ;
  • Conservation, révolution et positivisme (1852) ;
  • Paroles de la philosophie positive (1859) ;
  • Auguste Comte et la philosophie positive (1863) ;
  • La Science au point de vue philosophique (1873) ;
  • Fragments de philosophie et de sociologie contemporaine (1876) ;
  • Pour la dernière fois.

Collaboration à des journaux

  • L'Expérience, journal médical qu'il créa en 1837 avec Dezeimeris ;
  • Le National ;
  • La Revue des deux mondes ;
  • Le Journal des débats ;
  • Revue germanique ;
  • Remise en ordre des Œuvres politiques d'Armand Carrel (1854-1858).

Sources

  • (en) « Émile Littré », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne [archive]]
  • Biographie de Littré par Sainte-Beuve en tête du Littré
  • Adolphe Robert et Gaston Cougny : Dictionnaire des parlementaires français (1889)
  • Michel Gaudard de Soulages et Hubert Lamant : Dictionnaire des Francs-Maçons européens (2005)

Dictionnaires en ligne

  • Dictionnaire de la langue française [archive] Littré (1873-1878)
  • Pathologies verbales [archive] d'Émile Littré (1880) étymologies sélectionnées
  • Dictionnaire de la langue française abrégé [archive], d'après l'ouvrage d'Émile Littré

Bibliographie

  • Jean Hamburger, Monsieur Littré, Flammarion, 1988
  • Lucienne Portier, Un précurseur : l'abbé Huvelin, Cerf, 1979

Références

  1. l’Anticlérical [archive], p. 395.
  2. a et b Persée : Jean-François Six. Littré devant Dieu. Recension : A. Guillaumont Revue de l'histoire des religions, année 1965, volume 167, Numéro 167-2 p. 240-241 [archive] et aussi sur Gallica Le Requiem des gens de lettres : comment meurent ceux qui vivent Maillard, Firmin (1833-1901), 1901 [archive]
  3. 127aid=50MsAAAAYAAJ&pg=PA369&lpg=PA369&dq=la+conversion+et+le+bapt%C3%AAme+de+Littr%C3%A9&source=bl&ots=ADEpuqgdvr&sig=HivOSfhTlh2Ey_igYfzqPEGvVkw&hl=fr&sa=X&ved=0CDkQ6AEwBGoVChMIsazT_tDAxwIVgik-Ch2E6QfJ#v=onepage&q=la%20conversion%20et%20le%20bapt%C3%AAme%20de%20Littr%C3%A9&f=false L’Album des familles [archive], p. 369.
  4. Lire le texte transcrit sur wikisource

Liens externes

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Johannot Jean-Baptiste

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Jean-Baptiste Johannot

Jean-Baptiste Johannot est un homme politique français né à Annonay vers 1740 et mort à Saint-Étienne le 7 mai 1795. Il a été le maire jacobin de Saint-Étienne au moment de la Terreur.

 

Sommaire


  • 1Biographie
  • 2Sources
  • 3Voir aussi
    • 3.1Articles connexes
    • 3.2Liens externes

 

Biographie

Issu d'une famille protestante d'Annonay, fondatrice de la première papeterie d'Annonay en 1634, il s'est installé à Saint-Étienne comme fabricant de papier. Il préside sous la Révolution une section de la Société populaire, émanation du club des Jacobins où il tient des discours violents contre les riches. Il devient maire de la ville rebaptisée Commune d'Armes en octobre 1793. Sa politique anti-religieuse suscite l'hostilité de la population et il demande l'appui de l'armée révolutionnaire. Il fait appel à Claude Javogues, le représentant du peuple qui va l'écarter des décisions pendant son séjour. Il participe à l'établissement d'une liste des riches pour la mise en place d'une taxe révolutionnaire au profit de l'humanité souffrante. Ce jacobin fanatique se rend très impopulaire. Le 27 février 1794, la Société populaire décide de révoquer Johannot de ses fonctions. Il va siéger à l'administration du nouveau département de la Loire (mars 1794 - mars 1795).

Emprisonné au moment de la réaction anti-jacobine, il est mystérieusement assassiné pendant son transfert d'une prison à une autre.

Son fils François continua la fabrication de papier (carthalute) en Annonay.

Il est le grand-père du célèbre lexicographe Émile Littré.

Sources

  • Colin Lucas, La structure de la Terreur : l’exemple de Javogues et de la Loire, Saint-Étienne, 1990, (1re éd., Oxford, 1973)
  • Jean-Baptiste Galley, Saint-Étienne et son district pendant la Révolution, Saint-Étienne, 1903-1907
  • Gérard Michel Thermeau, L’instabilité municipale à Saint-Étienne sous la Révolution et l’Empire : une exception culturelle ?, in Images et pratiques de la ville (vers 1500-vers 1840), dir. Philippe Castagnetti, Cahiers de l’IERP, no 1, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2003, p. 187-217
  • Bulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale, n°33, 1807, p. 225

Voir aussi

Articles connexes

  • Jean-Joseph Johannot
  • ArjoWiggins

Liens externes

Notice sur Le Maitron

 

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18 septembre 2017

Musset Joseph-Mathurin

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Joseph-Mathurin Musset

 

Joseph-Mathurin Musset
Naissance 1er juillet 1749
Legé
Décès 11 avril 1831
Neufchâteau
Nationalité
française
Activité
homme politique
Fonctions
  député
 
membre du Conseil des Anciens

Joseph-Mathurin Musset, né à Legé le 1er juillet 1749, mort à Neufchâteau, en Belgique, le 11 avril 1831, est un prêtre défroqué et un homme politique français.

Biographie

Fils de Hyacinthe Musset, chirurgien-juré, et de Renée-Susanne Gouin 1, Musset a un frère aîné, également prénommé Hyacinthe, qui devient chirurgien, comme son père 2. Lui entre dans les ordres et devient curé de Falleron, en Vendée 3. Son frère cadet, Jean-Joseph-Esprit, suit également la carrière ecclésiastique 4. Favorable à la Révolution, il est délégué par l'assemblée primaire de La Garnache à l'élection des membres du directoire du département le février 1790, avant de prêter le serment constitutionnel 3.

Le 3 septembre 1791, il est élu, le 4e sur 9, par 152 voix sur 233 votants, député de la Vendée à l'Assemblée législative, où il siège sur les bancs réformateurs mais ne se distingue pas 3, 5.

Le 5 septembre 1792, la Vendée le réélit, le 6e sur 9, par 183 voix sur 310 votants, député à la Convention nationale. Siégeant à la Montagne, il vote la mort lors du procès de Louis XVI 3, 5.

Lors du déclenchement de la guerre de Vendée, son frère aîné manque de peu d'être tué pendant les massacres de Machecoul 6.

Il est envoyé en mission en Seine-et-Oise avec Charles-François Delacroix par décrets des 10 et 30 juin 1793 pour assurer l'inventaire et la vente des biens de la liste civile 7, avant d'être également chargés de la levée en masse dans ce département par décret du 23 août 1793 8. Leurs pouvoirs sont étendus par décret du 16 septembre 1793 et deviennent similaires à ceux des représentants qui sont aux armées ou dans les départements 9. Arrivés à Versailles le 17 juillet 1793, Musset et Delacroix organisent la distribution des terres du domaine royal; dans ce district, la première allocation de terre a lieu le 27 brumaire an II (17 novembre 1793) dans le village de Les Loges-en-Josas. À la fin de l'année, 1 568 arpents ont été distribués à 1 546 paysans pauvres ou artisans dans le district 10. Rappelés par décret du 14 brumaire an II (4 novembre 1793), un arrêté du comité de salut public du 8 frimaire an II (28 novembre 1793) les autorise à demeurer dans le département jusqu'à ce qu'ils aient achevé d'épurer les autorités locales, avant d'être rappelés par lettre du comité le 2 pluviôse an II (21 janvier 1794) 11.

Le 8 floréal an II (27 avril 1794), Musset est chargé par le comité des pétitions de présenter un rapport sur l'affaire de François Gamain, serrurier de Versailles à l'origine de l'armoire de fer, qui a accusé Louis XVI d'avoir tenté de l'empoisonner. Sur sa proposition, la Convention vote par acclamation une pension de 1 200 livres en faveur de Gamain. Ayant abandonné l'état ecclésiastique, il se marie le 10 thermidor an II avec la fille d'un serrurier, Lecointre 3, 5.

Après la chute de Robespierre, il se rallie à la politique thermidorienne 3. Envoyé en mission dans le Puy-de-Dôme, le Cantal et la Corrèze par décret du 9 fructidor an II (26 août 1794), il voit ses pouvoirs étendus à la Nièvre par décret du 14 vendémiaire an III (5 octobre 1794) 11. Sur place, il mène une politique incertaine et globalement plutôt modérée à l'égard des cadres terrorsites locaux, contrairement, comparé à Jean-Pierre Chazal au printemps 1795 12. L'un de ses arrêtés, prévoyant que les frais de réparation et d'entretien des prisons et les salaires des guichetiers serait à la charge des détenus en proportion de leur fortune, est rejeté par la Convention. Le 30 brumaire an III (20 novembre 1794, il annonce son prochain retour à Paris, mais, malade, il ne rentre dans la capitale que le 16 nivôse an III (5 janvier 1795) 11.

Le 4 germinal an III (24 mars 1795), un décret l'envoie dans les départements environnant Paris, mais il intervient surtout dans l'Oise 11. Après l'insurrection du 1er prairial an III, il félicite la Convention de sa victoire 3. Il est de retour à Paris le 5 messidor an III (23 juin 1795). Puis il est envoyé dans l'Aveyron par décret du 29 messidor an III (17 juillet 1795), où il demeure plus de trois mois puisque, le 26 vendémiaire an IV (18 octobre 1795), il fixe la fin de sa mission au 29 et annonce son prochain retour à Paris 11. Par ailleurs, c'est lui qui rend compte à la Convention de la ratification de la constitution de l'an III par la commune de Nantes 3.

Le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), il est choisi comme « député » de la Meuse 13 au Conseil des Anciens par ses collègues de la Convention dans le cadre de l'application du décret des deux tiers 3.

Sorti du Conseil le 20 mai 1797, il devient administrateur de la loterie à Nantes 14. Puis, le 5 ventôse an VII (23 février 1799), un arrêté du Directoire le nomme commissaire politique et civil du gouvernement, chargé de l'organisation des quatre départements créés sur le territoire du Piémont 15. À son arrivée à Turin, le 3 avril, il dissout le régime provisoire piémontais 16. Toutefois, après la défaite des armées françaises sur l'Adige et devant l'avancée de Souvorov, il doit quitter la ville dès floréal an VII (avril-mai 1799) 3.

Le 11 ventôse an VIII (2 mars 1800), il est nommé préfet de la Creuse 17.

Le 6 germinal an X (27 mars 1802), le Sénat conservateur le nomme au Corps législatif, où il représente la Vendée jusqu'au 1er juillet 1807. Se retirant alors de la vie politique, il s'installe à Nantes. Vers la fin de l'Empire, il habite à Magny-en-Vexin, en Seine-et-Oise, où il a acquis des propriétés, ainsi qu'à Hodent. Pendant les Cent-Jours, il vote l'Acte additionnel 18.

À la fin de 1815, il vend ses propriétés et quitte Paris le 4 décembre pour Bruxelles avec son épouse et une femme de chambre. Compris dans la loi contre les régicides en 1816, il demande l'autorisation de rentrer en France le 5 août 1819, à cause de son âge et de sa mauvaise santé, mais celle-ci est rejetée 3, 5, et il meurt en Belgique le 11 avril 1831 19.

Bibliographie

  • Michel Biard, Missionnaires de la République, Paris, CTHS,‎ 2002
  • Ferdinand Hoefer (dir.), Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consultervol. 37, Paris, Firmin Didot frères, fils et cie,‎1863 (lire en ligne)p. 33-34
  • Adolphe Robert, Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889vol. 4, Paris, Edgar Bourloton,‎ 1889 (lire en ligne)p. 463-464

Notes et références

  1.  Henri Beauchet-Filleau, Charles Chergé, Paul Beauchet-Filleau, Maurice de Gouttepagnon, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitouvol. 4, Imprimerie Oudin,p. 263.
  2.  Charles-Louis Chassin, Préparation de la guerre de Vendée, 1789-1793vol. 3, J. Floch,‎ 1973, p. 355 (1re édition 1892).
  3. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Adolphe Robert, Gaston Cougny (1889-1891), p. 463-464.
  4.  Alfred Lallié, « Le clergé du district de Machecoul en 1791 »,Revue de Bretagne, de Vendée & d'Anjou, Nantes, Société des bibliophiles bretons et de l'histoire de Bretagne, J. Forest aîné,‎1867, p. 27 (lire en ligne [archive]), 2e partie.
  5. ↑ a, b, c et d Ferdinand Hoefer (1863), p. 33-34.
  6.  Edna Hindie Lemay, Dictionnaire des législateurs 1791-1792,vol. 2, Centre international d'étude du xviiie siècle,‎ 2007, 821 p.,p. 578.
  7.  Michel Biard (2002), p. 53 et 557.
  8.  Michel Biard (2002), p. 487.
  9.  Michel Biard (2002), p. 54.
  10.  Peter Jones, « Agrarian dadicalism during the French Revolution » dans Alan I. Forrest, Peter Jones, Reshaping France: town, country, and region during the French Revolution, Manchester University Press ND,‎ 1991, 258 p.(ISBN 0719029953)p. 137-150.
  11. ↑ a, b, c, d et e Michel Biard (2002), p. 557.
  12.  Michel Biard (2002), p. 278.
  13.  Pierre-Dominique Cheynet, Les Procès-verbaux du Directoire exécutif an V-an VIII: inventaire des registres des délibérations et des minutes des arrêtés, lettres et actes du Directoire faisant suite au Recueil des actes du Directoire exécutif d'Antonin Debidourvol. 3, Centre historique des archives nationales,‎2003, 759 p. (ISBN 2860002987)p. 184.
  14.  Louis Mortimer-Ternaux, Histoire de la terreur, 1792-1794 : d'après des documents authentiques et inéditsvol. 5, Michel Lévy frères,‎ 1866 (lire en ligne [archive])p. 532, note 2.
  15.  Frédéric Sclopis, « La Domination française en Italie (1800-1814) », Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, compte rendu, Académie des sciences morales et politiques, Félix Alcan, vol. 56,‎ 1861, p. 340 (lire en ligne [archive]), 2e partie.
  16.  Angus Heriot, Les Français en Italie, 1796-1799, Gallimard,‎1961, 361 p.p. 264 (traduction de l'anglais de Jacques Brousse).
  17.  Jean Sibenaler, Premiers préfets de Maine & Loire, Éditions Cheminements,‎ 2000, 268 p. (ISBN 2844780156)p. 31.
  18.  August Kuscínskí, Dictionnaire des conventionnelsvol. 3-4, F. Rieder,‎ 1918, 615 p.p. 466.
  19.  « Fiche de Joseph-Mathurin Musset sur le site de l'Assemblée nationale » [archive]

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17 septembre 2017

Raffet Auguste

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Auguste Raffet

 

Auguste Raffet

Auguste_Bry_-_Portrait_of_Raffet

Portrait de Raffet (1839), par Auguste Bry,
Fine Arts Museums of San Francisco.

Naissance 2 mars 1804
Paris
Décès 16 février 1860 (à 55 ans)
Gênes (Italie)
Nom de naissance Denis-Auguste-Marie Raffet
Nationalité Drapeau : France Française
Activités lithographe, peintre 
Formation École des beaux-arts de Paris
Maîtres Antoine-Jean Gros
Nicolas-Toussaint Charlet

Auguste Raffet, né à Paris le 2 mars 1804 et mort à Gênes (Italie) le 16 février 1860, est un dessinateur, graveur et peintre français qui a joué un rôle notable dans la diffusion de l'épopée napoléonienne.

 

Sommaire

 
  • 1 Biographie
  • 2 Galerie
  • 3 Notes et références
  • 4 Annexes
    • 4.1 Bibliographie
    • 4.2 Liens externes

 

Biographie

Né Denis-Auguste-Marie Raffet 1, il fut d'abord peintre sur porcelaine à la Manufacture nationale de Sèvres. Attiré par la peinture, il entre à l’Académie Suisse, puis est admis à l'École des beaux-arts de Paris dans l'atelier de Gros, et est enfin l'élève de Nicolas-Toussaint Charlet. Il se consacre au dessin lithographique et à l'aquarelle après son échec au concours du prix de Rome en peinture.

En 1837, il participe à l'expédition scientifique franco-russe dans la Russie méridionale dirigée par le prince Anatole Demidoff et en ramène une série de planches publiées dans le Voyage en Crimée rédigé par celui-ci.

Neveu du général Nicolas Raffet, cette parenté joua peut-être un rôle dans ses choix artistiques ultérieurs.

Puisant ses thèmes de prédilection dans le genre militaire, il est un des principaux illustrateurs de la légende napoléonienne et popularise puissamment le type du Grognard. Il crayonne ses premières esquisses populaires dans la goguette des Joyeux ou Frileux, qu'il fréquente régulièrement avec son maître Charlet qui en est le doyen. Il dessine aussi le siège d'Anvers (1832), la conquête de l'Algérie et le siège de Rome par les troupes françaises en 1849. Illustrateur attitré des Histoires d'Adolphe Thiers, il dessine également, entre autres ouvrages, les gravures de Napoléon en Égypte et de la Némésis de Barthélémy.

Plusieurs de ses tableaux figurent dans les collections nationales. Les deux plus connus, consacrés à la retraite de Russie, sont conservées au musée du Louvre à Paris.

Parmi ses gravures les plus célèbres, on peut citer Le Réveil, composition fantastique où l'on voit les généraux du Premier Empire se presser devant l'ombre de Napoléon Ier, et Ils grognaient et le suivaient toujours, où les grenadiers de la Garde avancent derrière l'Empereur en baissant leurs ours sous une pluie battante.

Raffet meurt à Gênes (Italie) le 16 février 1860. Rapatrié en France, son corps est inhumé à Paris au cimetière Montparnasse. Le catalogue de son œuvre a été publié en 1863 par Hector Giacomelli.

Galerie

Notes et références

Soldats de la Première République (c 1840)
  1.  « Rue Raffet » [archive], Mairie de Paris,‎ 9 juin 2008

Annexes

Bibliographie

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Auguste Raffet » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878

  • « Raffet (Auguste) » dans Henri Beraldi, Les Graveurs du XIXe siècle : guide de l'amateur d'estampes modernes, Paris, Conquet, 1892, vol. 11, p. 61-149.

Liens externes

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16 septembre 2017

Caron de Beaumarchais Pierre-Augustin

 

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Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

 


Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

Jean_Marc_Nattier__Portrait_de_Pierre_Augustin_Caron_de_Beaumarchais__1755_

Jean-Marc Nattier, Portrait de Beaumarchais (1755),
Londres, collection particulière1.

Nom de naissance Pierre-Augustin Caron
Alias
Beaumarchais
Naissance 24 janvier 1732
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès 18 mai 1799 (à 67 ans)
Paris, Drapeau de la France République française
Activité principale
philosophe, écrivain , dramaturge et espion
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement les Lumières
Genres
roman, théâtre, poésie

Œuvres principales

  • Le Barbier de Séville (1775)
  • Le Mariage de Figaro (1784)
  • La Mère coupable (1792)

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, né le 24 janvier 1732 à Paris où il est mort le 18 mai 1799, est un écrivain français, poète, dramaturge, musicien, homme d'affaires, surtout connu pour ses talents d'écrivain. Il fut également espion et marchand d'armes pour le compte du roi.

Figure importante du siècle des Lumières, il est estimé comme un des annonciateurs de la Révolution française et de la liberté d'opinion ainsi résumée dans sa plus célèbre pièce Le Mariage de Figaro : « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ».

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Origine et famille
    • 1.2 Travaux et rencontres
    • 1.3 Procès
    • 1.4 Beaumarchais se fait agent secret
    • 1.5 La guerre d’indépendance des États-Unis
    • 1.6 La Révolution française
  • 2 Descendance
  • 3 Œuvres
    • 3.1 Théâtre
      • 3.1.1 La Trilogie de Figaro
      • 3.1.2 Autres œuvres
    • 3.2 Factum
  • 4 Œuvre (éditions)
  • 5 Opéras
  • 6 Cinéma
  • 7 Notes et références
  • 8 Voir aussi
    • 8.1 Bibliographie
    • 8.2 Articles connexes
    • 8.3 Liens externes

Biographie

Origine et famille

Pierre-Augustin Caron, né le 24 janvier 17322, est le septième enfant d'André-Charles Caron et de sa femme Louise Pichon. Des dix qui leur naîtront, six seulement vivront : Pierre-Augustin, dit Pierrot, et cinq filles (Marie-Josèphe dite Dame Guilbert (du nom de son époux), Marie-Louise dite Lisette – future héroïne de l'affaire Clavijo –, Madeleine-Françoise dite Fanchon, Marie-Judith dite Bécasse et Jeanne-Marguerite, dite Mlle Tonton3). Le père, issu d'une famille d'horlogers protestants, était lui-même devenu maître-horloger après avoir abjuré le protestantisme le 7 mars 1721 dans l'église des Nouvelles-Catholiques, se convertissant au catholicisme4 ; c'est un artisan reconnu, créateur de la première montre-squelette, et la famille serait plutôt aisée. Pierre-Augustin, après des études à l’école des métiers d’Alfort de 1742 à 1745, entre en apprentissage dans l'atelier paternel à l’âge de 13 ans5. Il donne du fil à retordre à son père, qui le chasse quelque temps de la maison familiale, mais finit par devenir un artisan compétent, puisqu'il invente, en 1753, un nouveau mécanisme d'échappement, dit à hampe ou à double virgule (peu utilisé aujourd'hui du fait des problèmes de frottement)6 ; ce sera l'occasion d'une première controverse : l'horloger du Roi Jean-André Lepaute s'attribue l'invention et Beaumarchais doit faire appel à l'Académie des Sciences pour que lui soit reconnue la propriété de l'invention. Il devient fournisseur de la famille royale. Il ne tarde toutefois pas à abandonner l'horlogerie ; ce sera Jean-Antoine Lépine qui le remplacera dans l'atelier paternel, épousera Fanchon et deviendra l'associé en 1756, puis le successeur d'André-Charles Caron7.

Beaumarchais est également l’inventeur d’un mécanisme de perfectionnement destiné aux pédales de harpes.

Il écrit sa première pièce de théâtre à 9 ans dans laquelle il crée le personnage de Figaro, alors chevalier du Roi de France. Cependant, cette pièce sera détruite dans un incendie.

Il se marie le 27 novembre 1756 avec sa première femme Madeleine-Catherine Aubertin, veuve Franquet3. L'épouse est bien plus âgée que lui mais possède des terres. Il se fait dès lors appeler « de Beaumarchais », nom d’une terre qui appartient à son épouse et qui donne l'illusion de la noblesse.

Madeleine-Catherine meurt subitement l'année suivante à 35 ans. Immédiatement, le jeune veuf se voit dans une position inconfortable et se trouve confronté au premier de la longue suite de procès et de scandales qui marqueront son existence.

Travaux et rencontres

Jean-Marc Nattier, Marie Adelaïde de France, dite Madame Adélaïde, fille de Louis XV (1758), château de Versailles. Les filles du roi étaient des musiciennes consommées.

Nonobstant les ennuis de sa vie privée, il commence à être connu. Il se lie d’amitié avec le financier de la Cour, Joseph Pâris Duverney qui favorise son entrée dans le monde de la finance et des affaires. Il se lance alors dans les spéculations commerciales et déploie un tel génie en ce genre qu’en peu d’années il acquiert une grande fortune et achète une charge de secrétaire du roi qui lui confère la noblesse.

En 1759, faveur insigne, il est nommé professeur de harpe de Mesdames, les quatre filles du roi Louis XV, qui résident à la cour.

Patronné par un prince du sang, Louis-François de Bourbon, prince de Conti, il devient bientôt lieutenant général des chasses et commence à écrire de petites parades pour des théâtres privés (Les Bottes de sept lieues, Zirzabelle, Jean Bête à la foire) qui jouent sur le comique de mots du langage populaire des Halles de Paris.

Menant un train de vie aisé mais toujours à la merci d'une disgrâce, il se remarie en 1768 avec Mme de Sotenville, la très riche veuve du garde général des Menus-Plaisirs, née Geneviève-Madeleine Wattebled. Celle-ci meurt dès 1770, à trente-neuf ans, après seulement quelques années8 de mariage, lui laissant une somme astronomique. À l'occasion de ce second veuvage précoce, Beaumarchais est accusé de détournement d’héritage.

Procès

Les années 1770-1773 sont pour Beaumarchais des années de procès et de défaveur : outre ses démêlés judiciaires avec le comte de la Blache, engendrés par la succession testamentaire de Joseph Pâris Duverney, il est victime de la corruption régnant au sein de la Grande-Chambre du Parlement, ce qui va entraîner l’affaire Goëzman. Il y manifeste un art consommé des factums, allant jusqu’à renouveler le genre, mais il y perd sa fortune, ses alliés et ses droits civiques.

Beaumarchais se fait agent secret

Expert en intrigues et marchandages de toutes sortes et intégré au Secret du Roi — service personnel d'espionnage du roi —, il est en mars 1774 une première fois envoyé à Londres pour négocier la suppression du libelle les Mémoires secrets d’une femme publique de Théveneau de Morande, dirigé contre la comtesse du Barry, favorite royale, mission où il espère regagner les faveurs de la Cour. Cependant, le roi meurt en mai suivant et la comtesse du Barry est bannie de la cour par Louis XVI.

En 1775, sur les conseils de Sartine, il est chargé par le nouveau souverain d’empêcher la publication d’un nouveau pamphlet, l’Avis à la branche espagnole sur ses droits à la couronne de France à défaut d’héritiers, d’un certain Angelucci, qui prétend que le roi a « l’aiguillette nouée ». Le 8 avril, il repart pour Londres9.

Cette mission, qui le conduit également aux Pays-Bas, dans les États allemands, et en Autriche – où il est pour un temps incarcéré pour motif d’espionnage –, devient sous sa plume une aventure picaresque.

La même année, il est chargé à Londres de récupérer des documents secrets détenus par le chevalier d’Éon.

La guerre d’indépendance des États-Unis

À partir du mois de juin 1777, il se lance dans une nouvelle aventure et il se fait l’avocat d’une intervention française dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Il entame alors une correspondance enflammée avec le comte de Vergennes, où il défend la cause des Insurgents. Dès le mois de septembre 1775, Beaumarchais joue un rôle politique en tant qu’intermédiaire entre les Insurgents et la France, et il rencontre fréquemment Arthur Lee, député secret des Insurgents.

Le 10 juin 1777, le secrétaire d’État aux affaires étrangères lui confie une somme importante pour soutenir secrètement les Américains10. Initié secrètement par Louis XVI et Vergennes, Beaumarchais reçoit l’autorisation de vendre poudre et munitions pour près d’un million de livres tournois sous le couvert de la compagnie portugaise Roderigue Hortalez et Compagnie qu’il monte de toutes pièces et dont il installe les bureaux à l'hôtel Amelot de Bisseuil dit des Ambassadeurs de Hollande, rue Vieille du Temple à Paris. La société Roderigue Hortalez et Cie, devait lui permettre, pensait-il, de s’enrichir en vendant armes et munitions et en envoyant une flotte privée pour soutenir les Insurgés11.

Cette péripétie, alors que Beaumarchais s'implique dans les grandes spéculations boursières sous Louis XVI, est le sujet central du roman historique de Lion Feuchtwanger intitulé Beaumarchais, Benjamin Franklin et la naissance des États-Unis, paru en 1946. En fin de compte, bien qu'il ait reçu plus tard les félicitations publiques du Congrès, il engagea dans cette opération une grosse somme (plus de cinq millions) dont, après d'interminables débats, ses héritiers ne purent recouvrer qu'une faible part12.

Il milite au sein de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, fondée en 1777 à son initiative, et obtient à la Révolution la reconnaissance des droits d'auteur. Ceux-ci sont automatiques à la création d’une œuvre. Ils garantissent à son auteur ses droits patrimoniaux et moraux (la reconnaissance de la paternité de l’œuvre notamment). Dans De la littérature industrielle, Sainte-Beuve présente l’action de Beaumarchais comme un tournant décisif de l’histoire de la littérature, car l’écrivain passe du statut de bénévole, de passionné ou de mendiant (dépendant de ses mécènes) à celui d’industriel et de gestionnaire : « Beaumarchais, le grand corrupteur, commença à spéculer avec génie sur les éditions et à combiner du Law dans l’écrivain ».

Il se lance dans l'édition des Œuvres de Voltaire, et, après avoir acquis les caractères de Baskerville, loue pour vingt ans la forteresse de Kehl en décembre 178013.

En 1786, il épouse en troisièmes noces Marie-Thérèse Willer-Mawlaz. Née en 1751, la nouvelle épousée, âgée de 35 ans, a dix-neuf ans de moins que son mari. Ils se sont rencontrés en 1774 et ont eu une fille, Amélie-Eugénie, en 1777. Marie-Thérèse lui survivra et mourra au début de la Restauration en 1816.

En 1788, après d’importants travaux de reconstruction inachevés, il vend à Aimé Jacquot et Jean Hérisé la papeterie de Plombières qu’il avait acquise en 178014.

En février 1789, il cède aux frères Claude Joseph et François Grégoire Léopold Desgranges les papeteries qu'il possède en Lorraine à Arches et Archettes.

La Révolution française

En 1790, il a 58 ans et se rallie à la Révolution française qui le nomme membre provisoire de la commune de Paris. Mais il quitte bientôt les affaires publiques pour se livrer à de nouvelles spéculations ; moins heureux cette fois, il se ruine presque en voulant fournir des armes aux troupes de la République.

Devenu suspect sous la Convention, il est emprisonné à l’Abbaye pendant la Terreur. Il échappe cependant à l’échafaud et se tient caché quelques années. Il s’exile à Hambourg puis revient en France en 1796.

Il écrit ses Mémoires, chef-d’œuvre de pamphlet, et meurt d’apoplexie à Paris le 18 mai 1799 à l'âge de 67 ans. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (division 28) à Paris.

Descendance

De son union avec Marie Thérèse Willer-Mawlaz (1753-1816) qu’il épouse le 8 mars 1786, il eut une fille, Amélie-Eugénie de Beaumarchais (1777-1832).

Amélie-Eugénie épouse en 1796, André Toussaint Delarue (1768-1863), beau-frère du comte Mathieu Dumas dont elle aura quatre enfants :

  • Palmyre (1797-1835) qui intente, en 1814, un procès afin d’obtenir le remboursement des sommes avancées par son père pour financer la livraison d’armes destinées à la Révolution américaine. Palmyre aura une descendance directe sous l’Empire et la Restauration via les familles Poncet, puis Roulleaux-Dugage ;
  • Charles-Édouard (1799-1878) qui deviendra général de brigade. Il obtiendra en 1835, 800 000 dollars et la branche de la famille des deux petits-fils sera ensuite autorisée à relever le nom de Beaumarchais (décret impérial de 1853). Il épouse Marthe Paule Roederer dont il aura un fils:
    • Raoul (1835-1900), colonel de cavalerie, épouse le 22 avril 1869 Caroline de Etcheverry de Préjan, dont il aura 4 enfants (2 fils et 2 filles).
  • Alfred-Henri (1803-?) qui travaillera dans l'administration des finances15.

Jean-Pierre Delarüe Caron de Beaumarchais, coauteur du Dictionnaire des littératures de langue française, figure parmi les descendants.

Œuvres

Louis Clausade, Monument à Beaumarchais (1897), Paris, rue Saint-Antoine16.

Théâtre

La Trilogie de Figaro

Trilogie de Figaro, ou Le Roman de la famille Almaviva, selon l’appellation donnée par Beaumarchais dans une préface de La Mère coupable :

  • Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile, comédie en 4 actes, Ruault, Paris, 1775. Première donnée à la Comédie-Française le 23 février 1775 et 2e représentation du Barbier de Séville en 4 actes le 25 février 1775.
  • La Folle journée, ou le Mariage de Figaro, comédie en 5 actes et en prose, Ruault, Paris, 1778. Première donnée à la Comédie-Française le 27 avril 1784.
  • L’Autre Tartuffe, ou la Mère coupable, drame moral en 5 actes, Silvestre, Paris, 1792, an II [sic]. Première donnée le 6 juin 1792.

Autres œuvres

  • Eugénie, drame en 5 actes en prose avec un essai sur le drame sérieux. Première représentation : 29 janvier 1767.
  • Les Deux Amis, ou le Négociant de Lyon, drame en 5 actes et en prose, Vve Duchesne, Paris, 1770. Première donnée à la Comédie-Française le 13 janvier 1770.
  • Tarare, mélodrame en 5 actes, P. de Lormel, Paris, 1787. Première donnée à l’Académie royale de musique le 8 juin 1787. Livret de Beaumarchais, musique de Salieri.

Factum

  • Concernant l’affaire Goëzman : « Le 17 juillet 1770, le financier Pâris-Duverney meurt et les dispositions qu’il a prises dans son testament en faveur de Beaumarchais sont contestées par le comte de La Blache, son légataire universel. Un procès s’ensuit et les biens de Beaumarchais sont finalement saisis lorsqu’en 1773 il publie à propos des agissements du rapporteur à son procès, le juge Goëzman, quatre mémoires dont l’esprit et la dialectique ont un retentissement considérable et font condamner le juge, le 26 février 1774. » (Michaud)
  • Requête d’atténuation pour le sieur Caron de Beaumarchais, A Nosseigneurs de parlement, les chambres assemblées, Knapen, Paris, 1773
  • Supplément au mémoire à consulter pour Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Quillau, Paris, 1773.
  • Addition au supplément du mémoire à consulter pour Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (...) servant de réponse à madame Goëzman (...) au sieur Bertrand d’Airolles, (...) aux sieur Marin, (...) et Darnaud-Baculard (...), P.-D. Pierres, Paris, 1774.
  • Quatrième mémoire à consulter pour Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais... contre M. Goëzman, (...) madame Goëzman et le sieur Bertrand, (...) les sieurs Marin, (...) Darnaud-Baculard (...) et consorts (...), J.-G. Clousier, Paris, 1774.

Œuvre (éditions)

  • Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, publiées par P.-P. Gudin de La Brenellerie, L. Collin, Paris, 1809. 7 volumes in-8° avec gravures. I-II. Théâtre ; III-IX. Mémoires ; V. Époques ; VI-VII. Correspondance.
  • Le Tartare à la Légion, édition établie, présentée et annotée par Marc Cheynet de Beaupré, Le Castor Astral, Collection "Les Inattendus", 1998, 232 pp. (Cet ouvrage retrace les liens entre Beaumarchais et Joseph Pâris Duverney, détaillant les phases du procès qui opposa Beaumarchais au comte de La Blache, relatif à la succession du financier. Outre le texte annoté du dernier mémoire à consulter de l’affaire, il donne un éclairage intéressant sur les circonstances ayant présidé à la rédaction du Mariage de Figaro et du Barbier de Séville).

Opéras

  • Le Nozze di Figaro, Vienne, Burgtheater, 1er mai 1786, par Mozart, livret de Lorenzo da Ponte ;
  • Il barbiere di Siviglia (Rossini), Rome, Teatro di Torre Argentina, 20 février 1816, par Gioachino Rossini, livret de Cesare Sterbini.

Cinéma

Le Mariage de Figaro et Le Barbier de Séville ont fait l’objet de nombreuses adaptations cinématographiques en plusieurs langues, pour la télévision essentiellement. Le personnage historique lui-même a été porté à l’écran, notamment dans les films suivants :

  • Beaumarchais ou 60 000 fusils de Marcel Bluwal - Téléfilm, 1966, France. Avec Bernard Noël dans le rôle de Beaumarchais.
  • Beaumarchais, l'insolent d’Édouard Molinaro - 1996, France, 96 minutes, Couleur. D’après une pièce de Sacha Guitry. Avec Fabrice Luchini dans le rôle de Beaumarchais.

Notes et références

  1. utpictura18, « Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (Comédie-Française) - Nattier » [archive] (consulté le 27 août 2016).
  2. Dictionnaire des imprimeurs, libraires et gens du livre à Paris: A-C, Librairie Droz, 2007, p. 191
  3. a et b « Madeleine Catherine Aubertin » [archive].
  4. Annie Angremy, Beaumarchais, Bibliothèque nationale, 1966, p. 2
  5. Paul-Laurent Assoun, Beaumarchais : Le mariage de Figaro, Ellipses-Marketing, 1985, p. 7
  6. Pierre Dubois, Ferdinand Seré, Histoire de l'horlogerie depuis son origine jusqu'à nos jours, Administration du Moyen Age et la Renaissance, 1849, p. 295
  7. Christian Wasselin, Beaumarchais, Éditions Gallimard, 2015, p. 321
  8. http://salon-litteraire.com/fr/pierre-augustin-caron-de-beaumarchais/content/1806467-beaumarchais-biographie [archive]
  9. Marcel Pollitzer, Beaumarchais, La Colombe, 1957, p. 133
  10. Louis de Loménie, dans Beaumarchais et son temps, a blâmé le peuple des États-Unis et leur gouvernement pour leur ingratitude et leur injustice envers Beaumarchais. L’ouvrage de Loménie a été critiqué et réfuté sur une autre phase de la vie de Beaumarchais par Paul Huot : Beaumarchais en Allemagne, Paris, 1869. Un autre jugement assez sévère sur Beaumarchais a été exprimé par un de ses compatriotes dans la Revue rétrospective, Paris, 15 mars 1870, p. 168.
  11. « Le gouvernement français se décida alors à reconnaître l’indépendance des États-Unis et à envoyer M. Gérard pour ministre auprès du Congrès. Il était temps, car l’on était très peu satisfait des secours que la France faisait parvenir par l’intermédiaire du sieur Caron de Beaumarchais. La correspondance de cet homme choquait universellement par son ton de légèreté qui ressemblait à l’insolence. J’ai conservé la copie d’une de ces lettres.
    Messieurs, je crois devoir vous annoncer que le vaisseau l’Amphitrite, du port de 400 tonneaux, partira au premier bon vent pour le premier port des États-Unis qu’il pourra atteindre. La cargaison de ce vaisseau qui vous est destiné consiste en 4 000 fusils, 80 barils de poudre, 8 000 paires de souliers, 3 000 couvertures de laine ; plus quelques officiers de génie et d’artillerie, item un baron allemand, jadis un aide de camp du prince Henri de Prusse ; je crois que vous pourrez en faire un général et suis votre serviteur, C. DE BEAUMARCHAIS.» in Mémoires (Pontgibaud) ».
  12. Louis de Loménie, Beaumarchais et son temps: études sur la société en France au XVIIIe siècle)
  13. Association Voltaire à Ferney, Lieux voltairiens : Kehl [archive]
  14. Ministère de la Culture - Base Mérimée : usine de papeterie à Plombièresl [archive]
  15. Deux mourront à la naissance : Palmyre (1798) et Alfred-Henri (1803).
  16. « Monument à Beaumarchais – Paris, 4e arr. » [archive], notice sur e-monumen.net.

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Baptiste Le Roy et Denis Diderot, article « Échappement » de l'Encyclopédie, 1re Édition, Tome 5, 1751.
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878 (Wikisource)
  • Thomas Balch, Les Français en Amérique pendant la guerre de l’Indépendance des États-Unis 1777-1783, 1872 [détail de l’édition]
  • Louis de Loménie, Beaumarchais et son temps, études sur la société en France au XVIIIe siècle d’après des documents inédits, Michel Lévy frères, Paris, 1856.
  • Paul Huot, Beaumarchais en Allemagne : révélations tirées des archives d’Autriche, Paris : A. Lacroix, Verboeckhoven, 1869, 218 p. disponible [archive] sur Gallica [sur l’affaire Angelucci].
  • Eugène Lintilhac, Beaumarchais et ses œuvres, précis de sa vie et histoire de son esprit d'après des documents inédits, 1887, Hachette, 442 p., Slatkine Reprints, Genève, 1970.
  • Gilbert Sigaux, « Chronologie de la vie et de l'œuvre de Beaumarchais », in La Trilogie de Figaro, 1966, Le Livre de Poche, 509 p.
  • Frédéric Grendel, Beaumarchais ou la calomnie, Paris, 1973, 566 p.
  • Gunnar von Proschwitz, Introduction à l’étude du vocabulaire de Beaumarchais, Slatkine Reprints, Genève, 1981.
  • René Pomeau, Beaumarchais ou la bizarre destinée, PUF, 1987, 227 p.
  • Jean-Pierre de Beaumarchais, Beaumarchais : Le Voltigeur des Lumières, Paris, Gallimard, 1996.
  • Sarah Maza, Vies privées, affaires publiques. Les causes célèbres de la France prérévolutionnaire, Paris, Fayard, 1997, 384 p. [sur les procès et les factums].
  • Maurice Lever, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, t. I, L’Irrésistible ascension. 1732-1774, Fayard, 1999, t. II, Le Citoyen d’Amérique. 1775-1784, Fayard, 2003, t. III, Dans la tourmente. 1785-1799, Fayard, 2004.
  • Christian Wasselin, Beaumarchais, Éditions Gallimard, 2015, 352 p.
  • Tugdual de Langlais, Jean Peltier Dudoyer, l'armateur préféré de Beaumarchais, de Nantes à l'Isle de France, Éd. Coiffard, 2015, 340 p. (ISBN 9782919339280)
  • Gilles Dussert, La machinerie Beaumarchais, Paris, Riveneuve éditions, 2012, 872 p.

Articles connexes

  • Affaire Goëzman
  • Alexandre Falcoz de la Blache
  • Beaumarchais, Benjamin Franklin et la naissance des États-Unis

Liens externes

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15 septembre 2017

Minvielle Jacques Paul Agricol

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Agricol Minvielle

 

Jacques Paul Agricol Minvielle ou Mainvielle, né le 6 septembre 1764 à Avignon et mort le 31 octobre 1793 à Paris, est un homme politique français, conventionnel girondin.

 

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Le patriote
    • 1.2 Le massacre de la Glacière
    • 1.3 Le Girondin
    • 1.4 Le Guillotiné
  • 2 Notes
  • 3 Bibliographie
  • 4 Sources

 

Biographie

Le patriote

Fils de Thérèse Fontaine et de Pierre-Laurent Minvielle, marchand, il prit d'abord la suite de son père comme négociant en soieries et fut élu officier municipal d'Avignon le 25 mars 1790.

Minvielle est un des partisans les plus actifs de la réunion du Comtat Venaissin à la France. Devenu officier général de l'Armée de Monteux, qui mit le siège devant Carpentras, puis membre de l'Assemblée électorale, il participa au coup d'État municipal à Avignon, le 21 août 1791. Ce qui lui vaut de se voir remettre avec son frère Gabriel Minvielle, Sabin Tournal et Nicolas Lescuyer les rênes du pouvoir municipal.

Le massacre de la Glacière

Après l'assassinat de Lescuyer, le 16 août 1791, le massacre des suspects enfermés dans le palais des Papes, commença avec l'accord de Jourdan et l'aval de Duprat, des Minvielle et de Tournal, qui quittèrent les lieux pour aller souper dans une auberge des environs1.

Article détaillé : Massacre de la Glacière.

Accusé d'être l'un des responsables de ce massacre, il fut incarcéré dans les geôles du Palais des Papes. Délivré par la Garde Nationale des Bouches-du-Rhône avec ses coaccusés. Il bénéficia comme eux de l'amnistie des 19 mars et 26 mars 1792.

Le Girondin

Le 7 septembre de la même année, il est élu député suppléant à la Convention nationale pour les Bouches-du-Rhône. Au cours du mois d'avril 1793, il est arrêté à Paris avec son frère sur plainte de Duprat aîné 2 et par ordre de Joseph-Stanislas Rovère, secrétaire du Comité de sûreté générale.

Un décret de la Convention, en date du 16 juin 1793 le fit libérer. Mais ses positions fédéralistes le firent arrêter avec vingt-deux autres Girondins le 30 octobre. Il monta sur l'échafaud, le lendemain 31 octobre 1793.

Élu député suppléant des Bouches-du-Rhône à la Convention nationale, il y siège à partir d'avril 1793, en remplacement de Rebecqui, démissionnaire.

Arrivé à Paris, le 28 avril, il est arrêté et aussitôt emprisonné à l'Abbaye, à la suite d'une altercation avec son collègue Duprat. Défendu par les Girondins, la Convention décrète le lendemain qu'elle le considère comme député ; qu'il est mis en état d'arrestation et qu'en attendant le rapport du Comité de sûreté générale, il sera libre de venir à l'assemblée accompagné de son garde. Minvielle fait une adresse aux 48 sections de Paris, mais le 28 mai, il se prononce pour le rapport du décret qui, la veille, a cassé la Commission des Douze. Il est cependant remis en liberté le 16 juin 1793.

Le 30 juillet 1793, au nom du Comité de sûreté générale, Amar demande et obtient son arrestation avec Duprat et Vallée, comme « complices de la conspiration de Barbaroux. Ces députés entretenaient une correspondance criminelle avec les départements méridionaux pour les soulever. »

Le Guillotiné

Il fut compris dans les vingt et un députés girondins qui comparurent devant le Tribunal révolutionnaire, sous la même inculpation, du 3 au 9 brumaire an II (24-30 octobre 1793). Sans avoir été interrogé, il fut condamné à mort, le 9 brumaire an II, avec ses vingt co-condamnés et fut guillotiné le lendemain avec eux.

Notes

  1.  Jules Michelet, op. cit.p. 109.
  2.  Jean Étienne Benoît Duprat accusait les frères Minvielle de vouloir l'assassiner.

Bibliographie

Sources

  • Archives parlementaires de 1787 à 1860 : recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises. Première série, 1787 à 1799. Tomes LXIII, LXV, LXVI, LXIX, LXX et LXXI.
  • Gérard Walter, Actes du Tribunal révolutionnaire

14 septembre 2017

Lenotre G

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G. Lenotre

 

G. Lenotre

Lenotre

Nom de naissance Théodore Gosselin
Naissance 7 octobre 1855
Château de Pépinville (Richemont)
Décès 7 février 1935 (à 79 ans)
Paris
Distinctions Membre de l'Académie française
Auteur
Langue d’écriture Français

G. Lenotre 1, de son vrai nom Louis Léon Théodore Gosselin, né le 7 octobre 1855 au château de Pépinville, à Richemont, près de Metz et mort le 7 février 1935 à Paris, est un historien et auteur dramatique français.

 

Sommaire

   
  • 1 Biographie
  • 2 Œuvres
  • 3 Décorations
  • 4 Notes
  • 5 Sources
  • 6 Bibliographie
  • 7 Voir aussi
    • 7.1 Articles connexes
    • 7.2 Liens externes

 

Biographie

Il est l'arrière petit-neveu du jardinier du roi André Le Nôtre 2. Il est né dans le château de Pépinville situé sur la commune de Richemont, château que son grand-père maternel Nicolas Bertrand a acheté en 1850. Il est le fils de Charles Gosselin (1824-1904), directeur des douanes de Moselle, et de Françoise Pauline Léonie Bertrand 3.

Après des études chez les pères jésuites à Metz, où il a pour condisciple le futur maréchal Foch, il émigre à Paris où sa famille s'installe après la guerre de 1870. Il entre à 19 ans comme employé au bureau des statistiques des douanes du ministère des finances mais s'échappe souvent de son poste 4 pour aller se documenter et écrire, avec un humour souvent noir, des chroniques d’histoire d'abord dans Le Figaro en 1880 puis collabore comme journaliste dans La Revue des Deux MondesLe Monde illustré à partir de 1882 et Temps à partir de 1898 5. Il découvre les ruines des Tuileries brûlées par la Commune.

Spécialiste de l’histoire de la Révolution française en utilisant des sources primaires, il publie un nombre important d’ouvrages sur le sujet, dans un style narratif et anecdotique propre à la petite histoire, qui ont influencé des historiens tels qu'André Castelot et Alain Decaux : il est à ce titre considéré dès son vivant comme le « pape de la petite histoire » 6. Il écrit comme Dumas, mais travaille avec la minutie de Renan. (source : L'EXPRESS du 2 au 9/12/1978, p. 64). Sa chasse aux documents et sa boulimie d'archives le fait accumuler une documentation impressionnante dans son appartement à l'angle de la rue Vaneau et de la rue de Babylone qu'il occupe près de cinquante-sept ans 7. Il ne parle jamais d'un lieu, sans s'y être promené, fouille maisons, meubles, familles. Il a dessiné des centaines de maisons du vieux Paris, la chambre de Danton, de Camille Desmoulins... Sa curiosité le pousse à l'exactitude. Il s'est attaché aux personnages secondaires ou inconnus, qui disent mieux l'air du temps. C'était le meilleur connaisseur des Archives Nationales. Parfois il n'était alerté que par une signature, comme celle de cet abbé qui passait pour mort et qui signait ses lettres "Feu de Goy".. Lenotre suit sa trace et le distingue au milieu des cent quatorze prêtres entassés dans la crypte de l'église des Carmes, à l'été 1792. Cet abbé, laissé pour mort est emmené au cimetière de Vaugirard, "mais le charretier s'aperçoit qu'il bouge encore et le confie à l'inspecteur du cimetière. L'abbé est sauvé." Lenotre disait aussi se méfier des documents officiels et préférer le document "accessoire" ... qui présente l'avantage de montrer les faits sous un aspect encore inaperçu (source, L'EXPRESS du 2/12/1978).

Il écrit également des pièces de théâtre comme Les Trois GlorieusesVarennesLes Grognards.

Après avoir tenté une première fois d’entrer à l’Académie française en 1909, au fauteuil de Victorien Sardou, il est élu en 1932 au fauteuil de René Bazin par 20 voix, mais meurt le 7 février 1935 d'une crise cardiaque, sans y avoir prononcé son discours de réception en hommage à René Bazin 8.

Après avoir tant écrit sur les guillotinés de la Terreur, c'est auprès d'une partie de ces suppliciés qu'il repose désormais. Il est enterré au cimetière historique de Picpus, dont il a rédigé l'histoire : Le jardin de Picpus 7. On peut y lire l'épitaphe suivante, extraite de l'Évangile de Saint-Jean : Qui credit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet (Celui qui croit en moi, même s'il est mort, vivra).

Émile Gaborit lui rend hommage en ces termes : « Il avait le culte du parfait détail et la foi dans une impalpable survivance du passé. »

Œuvres

  • 1881 : Histoire anecdotique des salons de peinture depuis 1673, Dentu, Paris, 1881. Seul ouvrage publié sous le nom de Théodore Gosselin.
  •  L’Astre rouge : Souvenir d’une excursion en Danemark, Paris, Firmin Didot,‎ 1893
  • 1893 : La Guillotine sous la Terreur.
  • 1894 : Le Vrai Chevalier de Maison-Rouge, A.D.J. Gonzze de Rougeville (1761-1814).
  • 1895 : Le Marquis de La Rouërie, conspirateur.
  • 1895 : Tournebut.
  • 1895 : Paris révolutionnaire.
  • 1896 : Les Quartiers de Paris pendant la Révolution.
  • 1896 : Le Baron de Batz : 1792-1795 : d'après des documents inédits : un conspirateur royaliste pendant la Terreur. Perrin, Paris, 1896. XIII + 391 p. Réédition en 1973, sous le titre « Le Baron de Batz : l'homme qui a failli sauver Louis XVI. Perrin, Paris, collection « Présence de l'histoire », 1973. 340 + 16 p.
  • 1897 : La Captivité et la mort de Marie-Antoinette : les Feuillants, le Temple, la Conciergerie, d'après des relations de témoins oculaires et des documents inédits. Perrin, Paris, 1897. XXI + 430 p.
  • 1898 : Colinette : pièce en 4 actes (en collaboration avec Gabriel Martin). P.-V. Stock, Paris, 1898. 133 p. Pièce jouée pour la première fois au théâtre de l'Odéon le 1er octobre 1898.
  • 1899 : Un Agent des princes pendant la Révolution : le marquis de La Rouërie et la conjuration bretonne (1790-1793). Perrin, Paris, 1899. XVIII + 418 p (réédition sous le titre Le Marquis de La Rouërie et la conjuration bretonne (1790-1793), Perrin, Paris, 1927)
  • 1900-1929 : Vieilles maisons, vieux papiers, chroniques du Temps, 6 vol.
  • 1901 : La Chouannerie normande au temps de l'Empire : Tournebut, 1804-1809 : d'après des documents inédits (avec une préface de Victorien Sardou). Perrin, Paris, 1901. XXXVI + 378 p.
  • 1902 : Les Trois Glorieuses.
  • 1902 : En Musique.
  • 1904 : Varennes (en collaboration avec Henri Lavedan).
  • 1905 : Le Drame de Varennes.
  • 1907 : Les Massacres de Septembre.
  • 1907 : Les Fils de Philippe-Égalité pendant la Terreur.
  • 1908 : Le Tribunal révolutionnaire.
  • 1908 : La Fille de Louis XVI.
  • 1908 : Voyages et passagers de jadis.
  • 1910 : Légendes de Noël, contes historiques.
  • 1912 : Les Noyades de Nantes.
  • 1912 : Bleus, Blancs et Rouges.
  • 1912 : Mémoires et souvenirs sur la Révolution et l'Empire.
  • 1916 : Prussiens d'hier et de toujours, Perrin, Paris.
  • 1918 : Gens de la vieille France, Perrin, Paris.
  • 1920 : Le Roi Louis XVII et l’énigme du Temple.
  • 1921 : Les Grognards (en collaboration avec Henri Cain).
  • 1923 : L'Affaire Perlet, drames policiers, Paris, Perrin.
  • 1924 : Monsieur de Charette.
  • 1924 : Thomas Martin le visionnaire (de Gallardon).
  • La Mirlitantouille : Épisodes de la chouannerie bretonne, Paris, Éditions Perrin,‎ 1925
  •  Robespierre et la « Mère de Dieu », Paris, Éditions Perrin,‎ 1926 .
  •  Babet l’empoisonneuse… ou l’empoisonnée, Paris, Éditions Perrin,‎ 1927
  • 1927 : La Proscription des Girondins.
  • 1928 : Les Pèlerinages de Paris révolutionnaire.
  • 1928 : Le Jardin de Picpus.
  •  Georges Cadoudal, Paris, Éditions Bernard Grasset,‎ 1929  ─ Couverture et page de titre illustrées par Gérard Cochet.
  • 1930 : La Compagnie de Jéhu : Épisodes de la réaction lyonnaise, 1794-1800, Paris, Librairie académique Perrin, 1931. 297 p. Réédition en 1961 : Perrin, Paris, 1961. 299 p.
  • 1930 : Le Château de Rambouillet : six siècles d'histoire, Calmann-Lévy, collection « Châteaux : décors de l'histoire », Paris, 1930, 256 p. Réédition : Denoël, Paris, 1984, 215 p. (ISBN 2-207-23023-6).
  • 1932 : Napoléon, coll. « La Petite Histoire » n° 1, Paris, Grasset.
  • 1932 : De la prison à l'échafaud.
  •  Les Tuileries : Fastes et maléfices d’un palais disparu, Paris, Firmin-Didot,‎ 1933 9.
  • 1933 : Histoires étranges qui sont arrivées, éditions Mame.
  • 1934 : La Révolution par ceux qui l'ont vue.
  • 1936 : La Vie à Paris pendant la Révolution, posthume.

Décorations

  • Officier de la Légion d'honneur

Notes

  1.  Contrairement à une erreur courante (jusque dans les catalogues de la Bibliothèque nationale de France), le nom de plume de Théodore Gosselin ne comporte aucun accent, par la volonté même de son porteur. Théodore Gosselin fait en effet le choix de son pseudonyme, en juillet 1879, à l’occasion de la publication de son premier article dans les colonnes du Figaro. Il s’inspire pour cela du nom d’un lointain arrière-grand-oncle, le jardinier André Le Nôtre, mais préfère l’orthographier en un seul mot et sans accent. Et, en guise de prénom, il choisit la seule initiale de son nom de famille, disant lui-même : « Le G. que j’ai mis devant ne signifie ni Georges, ni Guy, ni Gaston, ni même Gédéon, comme certains le croient et le disent, mais tout simplement Gosselin, qui est mon nom de contribuable. »
  2.  Aimant les arbres généalogiques, il parvient à prouver pour sa grand-mère une lointaine descendance d'André Le Nôtre. Source : Patricia Bouchenot-Déchin, « André Le Nôtre », émission Au Cœur de l'Histoire sur Europe 1, 12 mars 2013
  3.  Notes et souvenirs recueillis et présentés par sa fille Thérèse Lenotre, Paris, Calmann-Lévy, 1940, 237 p.
  4.  Ses « sorties » ne seront jamais sanctionnées, grâce à la protection de son père et sa popularité croissante.
  5.  Suzanne d'Huart, Chantal de Tourtier-Bonazzi, Claire Sibille, État sommaire des fonds d'archives privées, Centre historique des Archives nationales,‎ 2004, p. 1245
  6.  Franck Ferrand, Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 25 avril 2011
  7. ↑ a et b G. Lenotre. Le grand historien de la petite histoire, JC Lattès,‎ 2013, 280 p. (lire en ligne [archive])
  8.  Georges Duhamel, Travail : ô mon seul repos !, Éditions Wesmael-Charlier,‎ 1959, p. 194
  9.  Page 184, il faut signaler une erreur, l'auteur écrit que le roi de Prusse habita l'hôtel de Villeroi [sic] rue de Lille. Il y a une confusion : l'hôtel de Villeroy est rue de Varenne et c'est à l'hôtel de Beauharnais, en effet rue de Lille, que séjourna le souverain prussien.

Sources

  • G. Lenotre, Thérèse Lenotre, Notes et souvenirs, Paris, éd. Calmann-Lévy, 1941.

Bibliographie

  • Régis Constans, « G. Lenotre, reporter du passé », La Nouvelle Revue d'Histoireno 22, janvier-février 2006, p. 18-21.
  • Collectif, G. Lenotre : le grand historien de la petite histoire, Éditions Lattès, 2013
  • Vieilles maisons, vieux papiers, Taillandier, 2013, 3 volumes parus
  • La Librairie académique Perrin réédite en 1978 un recueil "Trois Siècles d'histoire de France" par G.Lenotre.

Voir aussi

Articles connexes

  • Famille Roland-Gosselin

 

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13 septembre 2017

Boucher d'Argis André-Jean

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André-Jean Boucher d'Argis

 

André-Jean Boucher d'Argis
Biographie
Naissance
5 novembre 1750
Paris
Décès
23 juillet 1794 (à 43 ans)
Activité
Avocat
Père
Antoine-Gaspard Boucher d'Argis

André-Jean Baptiste Boucher d'Argis, né à Paris le 5 novembre 17501, mort exécuté à Paris le 23 juillet 1794, est un avocat français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Œuvres
  • 3 Notes et références
  • 4 Source
  • 5 Liens externes

Biographie

Fils d'Antoine-Gaspard Boucher d'Argis, avocat au Parlement de Paris, conseiller au Châtelet, il est un des premiers à dénoncer les feuilles de Marat et est condamné à mort par le tribunal révolutionnaire puis exécuté2.

Proche des Lumières, il a travaillé à rédiger avec son père plusieurs articles de l’Encyclopédie concernant le droit, la justice.

Œuvres

Il a laissé des Observations sur les lois criminelles, 1781, un Recueil d'ordonnances en 18 volumes in-32 et Bienfaisance de l'ordre judiciaire (1788).

C'est de son initiative qu'est née en 1787 l’association de bienfaisance judiciaire.

Notes et références

  1. Michel Vovelle, La Révolution et l'ordre juridique privé, P.U.F, 1988, p.189
  2. Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, t.1, Ch.Delagrave, 1876, p.342

Source

  • Cet article comprend des extraits du Dictionnaire Bouillet.

Liens externes

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12 septembre 2017

Ney Michel

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Michel Ney

 

Michel Ney

michel


Maréchal Michel Ney, duc d'Elchingen, prince de la Moskova, François Gérard (1770–1837)

Surnom « Le Brave des braves »
« Le Lion rouge »
« Le Rougeaud »
Naissance 10 janvier 1769
Sarrelouis, alors en Moselle
Décès 7 décembre 1815 (à 46 ans)
Paris, France
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français (Cent-Jours)
Arme Grande Armée
Grade Maréchal d'Empire
Années de service 1787 – 1815
Conflits Guerres de la Révolution
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Bataille de Hohenlinden
Bataille d’Elchingen
Bataille d’Ulm
Bataille d’Iéna
Bataille de Friedland
Bataille d’Eylau
Bataille de Ponte Sampaio
Bataille de Redinha
Bataille de Smolensk
Bataille de la Moskowa
Bataille de la Bérézina
Bataille de Waterloo
Distinctions Grand-aigle de la Légion d'honneur
Duc d’Elchingen
Prince de la Moskowa
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile, 13e colonne
Boulevard Ney
Voir section « Hommages et postérité »
Famille Famille Ney

Michel Ney, duc d’Elchingen, prince de la Moskowa, maréchal d’Empire, né le 10 janvier 1769 à Sarrelouis en Lorraine (département de la Moselle en 1790, aujourd'hui en Allemagne dans le Land de la Sarre) et fusillé le 7 décembre 1815 place de l’Observatoire à Paris, est un militaire français commandant pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire.

Le maréchal Ney, qui figure dans la première promotion des maréchaux nommés par Napoléon Ier en 1804, était surnommé par l'Empereur le « Brave des braves » Note 1.

 

Sommaire


  • 1Origines et jeunesse sous l'Ancien Régime
  • 2Guerres de la Révolution
  • 3Premier Empire
  • 4De la Russie à Fontainebleau
  • 5Restauration
  • 6Les Cent-Jours
  • 7Waterloo et la campagne de Belgique
  • 8L'arrestation
  • 9Le procès
    • 9.1Le conseil de guerre
    • 9.2La Chambre des pairs
    • 9.3L’exécution
  • 10Mariage et descendance
  • 11L'affaire Peter Stuart Ney
  • 12Hommages et postérité
  • 13Notes et références
    • 13.1Notes
    • 13.2Références
  • 14Voir aussi
    • 14.1Bibliographie
    • 14.2Articles connexes
    • 14.3Liens externes

 

Origines et jeunesse sous l'Ancien Régime

D'origine modeste, Michel Ney est le deuxième fils de Pierre Ney (1738–1826), petit artisan tonnelier qui avait combattu dans l'armée du roi pendant la guerre de Sept Ans, et de sa femme Margarethe Grewelinger (1739–1791). Ses grands-parents paternels sont Matthias Ney (1700–1780) et Margarethe Becker (morte en 1767) ; alors que les parents de sa mère sont Valentin Grewelinger et Margaretha Ding 1.

Il naît à Sarrelouis, en Lorraine, le 10 janvier 1769, au 13, Bierstraße (actuelle "Auberge Maréchal Ney" : plaque comémorative au-dessus de la porte). Sa ville natale est une enclave où l'on parle français, dans une région alors germanophone. Aussi, le jeune Michel apprendra les deux langues. Il reçoit une formation de base au Collège des Augustins de Sarrelouis. Il débute comme clerc de notaire, avant de devenir contremaître des mines et des forges. Il abandonne un travail de bureau pour entrer au service à l'âge de 19 ans, comme hussard, dans le régiment Colonel-Général à Metz, en 1787, contre l'avis de son père. Après être passé par tous les grades inférieurs, il devient sous-officier à la Révolution française.

Guerres de la Révolution

Michel Ney, sous-lieutenant au 4e de hussards en 1792
Adolphe Brune (1834).

Le général Kléber le fait nommer lieutenant de l'armée du Rhin en 1792, capitaine en 1794, puis chef d'escadron et adjudant-général. C'est un des premiers généraux à repérer ses talents Note 2. Ses hommes lui ont déjà donné un surnom : « l’Infatigable ». Comme il est roux, ses hommes l'appellent affectueusement le « rougeaud », le « rouquin » ou « crâne de tomate » 2 ; il n'est pas facile, orgueilleux, susceptible mais n'a peur de rien.

Il est promu général de brigade sur le champ de bataille le 1er août 1796, après avoir pris Wurtzbourg avec cent hommes de cavalerie seulement, et avoir forcé le passage de la Rednitz et pris Forcheim, 70 pièces de canon et d’immenses approvisionnements. En 1797, il contribue à la tête de ses hussards aux victoires de Neuwied et de Dierdorf. En 1798, Ney réédite son exploit et s’empare de Mannheim par la ruse, avec seulement cent cinquante hommes. Il est promu général de division le 28 mars 1799.

Général de division en l’an IV, il signe avec les symboles maçonniques, car, comme beaucoup de militaires, il est franc-maçon. En septembre 1799, il commande provisoirement l'armée du Rhin. Ney fait faire, à la fin de septembre, entre Seltz et Mayence, quelques attaques qui réussirent complètement. On s'empare de Francfort, Hochstadt est enlevé de vive force, la Nidda (de) est passée. Le coup d'État du 18 brumaire n'a pas son soutien total. Il épouse Aglaé Auguié, amie d'Hortense de Beauharnais depuis leur séjour à la pension de Mme Campan. Le mariage a lieu à Grignon avec Savary comme témoin.

Puis, Kléber part avec les troupes de la campagne d'Égypte, le futur maréchal Ney sert sous les ordres du non moins prestigieux général Moreau. Tous deux, ainsi que Richepance, mettent fin aux guerres de la Révolution, en remportant la bataille de Hohenlinden, le 3 décembre 1800 Note 3.

Premier Empire

Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire auprès de la République helvétique en 1802, il parvient à imposer le gouvernement unitaire voulu par le Premier Consul et pacifier ce pays menacé de guerre civile, ce qui lui vaut l’estime de Talleyrand. Il y fera également la connaissance d’un historien curieux de stratégie, Jomini, qui va l’impressionner et aura sur lui une influence 3.

Nommé commandant de l’armée de Compiègne en 1803, il commande le 6e corps à Montreuil, au camp de Boulogne, ébauche de la future Grande Armée. Le 18 mai 1804, l'Empire est proclamé, et 18 maréchaux sont nommés ; Ney figure au12e rang. Par la suite, il est nommé grand aigle le 2 février 1805.

Le champ de bataille devant le monastère d’Elchingen
Article détaillé : Bataille d'Elchingen.

Le 14 octobre 1805, il gagne la bataille d'Elchingen, décisive pour la reddition de la forteresse d’Ulm, le 21 octobre 1805, pour laquelle il reçoit le titre de duc d’Elchingen le 6 juin 1808.

Article détaillé : Bataille d'Ulm.

La capitulation d’Ulm n'est que le prélude d’Austerlitz. Pendant que Napoléon Ier  frappe ce grand coup, Ney, détaché vers le Tyrol avec la droite de la grande armée, termine la campagne en chassant du Tyrol l’archiduc Jean, en s’emparant d’Innsbruck et de la Carinthie.

Bientôt s’ouvre la campagne de Prusse. Présent à Iéna, le 14 octobre 1806, Ney emmène ses divisions à l’assaut des lignes prussiennes. Mais, emporté par son élan, il se retrouve encerclé. Lannes le tire de ce mauvais pas. Le lendemain, il prend Erfurt et quelques jours plus tard entame le siège de Magdebourg, siège qui dure moins de 24 heures.

La bataille d'Eylau (8 février 1807), si elle n’est pas perdue grâce aux charges du maréchal Murat, est gagnée grâce à l’arrivée propice et inespérée du 6e corps commandé par le maréchal Ney. Avec seulement 14 000 soldats, il contraint les 70 000 soldats russes à se replier, à Guttstadt.

Le 6e corps était chargé de poursuivre le Prussien L’Estocq au nord. Mais le contact avec L’Estocq n’étant pas établi, Ney décide, en entendant les bruits de canon, de rejoindre le combat, parcourant 80 kilomètres en une seule journée.

Article détaillé : Bataille de Friedland.

La victoire de Friedland peut aussi être mise en partie à son crédit. En Espagne, il est moins heureux à cause de son caractère jaloux, de ses disputes avec Jomini, son chef d’état-major, et surtout à cause de la haine qu'il entretient à l'égard du maréchal Soult. Il commande les troupes françaises qui occupent la Galice.

En mai 1810, il reçoit le commandement de l’un des corps d’armée qui composent l’armée du Portugal sous les ordres du maréchal Masséna. Il participe à la bataille de Bussaco qui est une défaite.

Ses rapports avec Masséna sont tout aussi mauvais que ceux entretenus avec Soult. En effet, oublieux d'une certaine forme d'honneur dans ses responsabilités, les torts qu'il causa à Masséna en 1810-1811 Ney les avait déjà causés à Soult en 1809 4. Fait unique pour un maréchal, il est démis de son commandement, le 22 mars 1811, et rejoint Paris où Napoléon l’affecte à la formation des troupes françaises stationnées au camp de Boulogne.

De la Russie à Fontainebleau

Le maréchal Ney à la redoute de Kovno
Auguste Raffet
Le maréchal Ney soutenant l'arrière-garde pendant la retraite de Russie
Adolphe Yvon (1856)

Mais l’image d'Épinal représente à tout jamais le maréchal Ney lors de son héroïque campagne de Russie en 1812. Il y dirige le 3e corps d’armée. Pendant la phase offensive de la campagne, il occupe le centre du front de l’armée, et participe à des combats sanglants et frontaux tels que Smolensk ou Moskowa, le 6 septembre 1812, où il reçoit une balle dans le cou. Ce dernier combat lui vaut le titre de prince de la Moskowa Note 4.

Pendant la retraite, il se dévoue à l’arrière-garde de l’armée, et, durant quarante jours, il protège les débris de l’armée, permettant ainsi aux civils et aux blessés de disposer de plus de temps pour suivre la retraite.

Laissé à l’extrême arrière-garde après la bataille de Krasnoï, surnommée par les Russes la « bataille des héros », où il n’a plus que 6 000 hommes, il est attaqué par des Cosaques, en force supérieure qui lui ferment la marche ; il se retire devant eux, parvient à passer le Dniepr malgré le harcèlement, et rejoint Napoléon, après trois jours et d’audacieuses manœuvres.

Lors de la bataille de la Bérézina, il remporte une magnifique victoire. En faisant charger des cuirassiers sur des tireurs embusqués dans une forêt, il réussit l’exploit de faire 5 000 prisonniers avec seulement 7 000 hommes. Il sauve les débris de l’armée, et sort de Russie après des marches forcées et en affrontant encore de nombreux dangers Note 5.

Article détaillé : Bataille de Dennewitz.

Ensuite il prend part à la campagne de Saxe avec Napoléon qui lui confie le commandement d’une armée précédemment commandée par Oudinot, avec pour mission de prendre Berlin. Le 6 septembre 1813, il expose le flanc de son armée aux forces prussiennes commandées par le lieutenant-général von Bülow, ce qui cause la défaite de Dennewitz. Le général Marbot écrira dans ses Mémoires : « Tout homme sensé chercherait en vain la raison des mouvements qu’il — le maréchal Ney — ordonna à Dennewitz ».

Article détaillé : Bataille de Leipzig (1813).

Il combat ensuite à la bataille de Leipzig du 16 au 19 octobre 1813, au cours de laquelle il commande les forces du front Nord sans parvenir à prendre l’avantage sur le corps de Langeron.

Article détaillé : Campagne de France (1814).

Il participe enfin à la Campagne de France sous Napoléon, avec notamment la bataille de Montmirail.

Restauration

Article détaillé : Restauration française.

À Fontainebleau, il presse l'Empereur d'abdiquer et se rallie aux Bourbons, ce qui lui vaut d'être nommé pair de France par Louis XVIII Note 6, Note 7, Note 8. Il est le premier des maréchaux à abandonner Napoléon après la capitulation de Paris.

La Restauration est une période contrastée pour le maréchal Ney, comme pour tous les autres « parvenus » de la Révolution française. Louis XVIII le comble d'honneurs, le fait Commandant en chef de la cavalerie de France, gouverneur de la 6e division militaire, mais les milieux aristocrates et les anciens émigrés raillent cette nouvelle noblesse fabriquée par l'« usurpateur » Note 9.

Les Cent-Jours

Proclamation publique rédigée par Ney, datée du 15 mars 1815, appelant les soldats à abandonner le Roi et à rejoindre Napoléon.
Article détaillé : Cent-Jours.

Lors du débarquement de Napoléon à Golfe-Juan, le 1er mars 1815, il propose au roi Louis XVIII de ramener Napoléon « dans une cage de fer » Note 10 mais, au contraire, se rallie à l’Empereur. Contrairement à de nombreuses idées reçues, il n’y a pas eu d’affrontement entre les troupes du maréchal Ney et de Napoléon Note 11

Sa décision prise, le maréchal Ney fait afficher sa proclamation de Lons-le-Saunier :

Soldats ! La cause des Bourbons est à jamais perdue. La dynastie légitime, que la nation française a adoptée, va remonter sur le trône. C’est à l’empereur Napoléon, notre souverain, qu’il appartient de régner sur notre beau pays…

La rencontre d’Auxerre entre le maréchal Ney et Napoléon est en fait une rencontre à huis clos. Les témoignages divergent. Il semble que les deux hommes aient fortement haussé le ton. Certains prétendent que Napoléon aurait fortement tancé son maréchal pour sa « défection » de 1814.

Le maréchal Ney soutiendra pendant son procès avoir exigé de Napoléon « qu’il ne joue plus au tyran ». En tout cas, les deux personnages emblématiques semblent fâchés et ne se revoient plus jusqu'au 12 juin 1815, lorsque Napoléon rappelle le maréchal Ney pour commander les 1er et 2e corps d'armée de la campagne de Belgique qui commence Note 12.

Waterloo et la campagne de Belgique

Le maréchal Ney, appelé de dernière minute, n'arrive aux Quatre-bras que le 15 juin 1815, seul, sans état-major, et transporté dans une charrette de paysan. Dès le lendemain commence la bataille des Quatre-Bras où un faible détachement de Britanniques et Hollandais résiste malgré un manque de munitions. Pour Mullié, le maréchal Ney prétendra n'avoir pas reçu d'ordre précis d'attaque, et Napoléon dit avoir envoyé un courrier précis exigeant cette attaque. Rétrospectivement on peut dire que cet ordre est une erreur (volontaire ou involontaire) de Napoléon. Le maréchal Soult, chef d'état-major durant cette campagne et ennemi personnel du maréchal Ney, avoue sur son lit de mort au fils de Ney n'avoir jamais eu connaissance de cet ordre. Or, tous les ordres passaient normalement entre ses mains. Cette bataille manquée est probablement, à ce jour, un des seuls reproches qu'on puisse faire au maréchal Ney.

La charge de cavalerie menée par le maréchal Ney à Waterloo

S'ensuit la bataille de Waterloo. Napoléon très malade ce jour-là, est surpris plusieurs fois vomissant et somnolant loin du champ de bataille. Le maréchal Ney quant à lui fait preuve comme à son habitude d'une activité débordante. On dit qu'il avait les vêtements lacérés, le visage souillé de boue et de sang, et le chapeau perdu. Pour Mullié, tout se résume à un moment bien précis. Vers 15 h 30, la 1religne britannique amorce un recul stratégique derrière le chemin d'Ohain au fort dénivelé. Le maréchal Ney croit alors à une retraite britannique, et lance toute sa cavalerie à la charge. Et ce avec d'autant plus d'empressement que l'on sait déjà que les Prussiens s'approchent.

La charge est énorme. Une des plus grosses charges de cavalerie de l'histoire. Napoléon déplore cette charge, mais la soutient néanmoins avec la cavalerie sous ses ordres. La cavalerie est trop nombreuse, d'autant plus que des bataillons suivent spontanément ce mouvement d'ampleur. Mais malgré cela, la charge réussit. Wellington donne des ordres pour préparer un embarquement. La ferme de la Haie Sainte passe aux Français.

Le maréchal Ney fait demander un renfort d'infanterie à Napoléon qui refuse, alors qu’il dispose du corps de Mouton-Duvernet 5.

En quelques instants la bataille bascule, les carrés britanniques se reforment et, peu après, la cavalerie prussienne arrive au contact. Le maréchal Ney repart à l'attaque, à pied, à la tête de l'infanterie restante, à la tête de la division Durutte, en s'écriant : « Venez voir comment meurt un maréchal de France ! » Mais sans réussite. Son entêtement échoue, entraînant davantage de pertes françaises.

Il a eu, ce jour-là, cinq chevaux tués sous lui. Tous les témoins diront qu'il cherchait la mort, mais que la mort ne voulut pas de lui.

Après la défaite vient le temps des règlements de comptes. Napoléon, dès son retour à l'Élysée, culpabilise ses maréchaux, notamment le maréchal Ney et le maréchal de Grouchy. Le maréchal Davout prend la défense du maréchal Ney en prononçant : « Sire, il s'est mis la corde au cou pour vous servir ! »

L'arrestation

Le château de Bessonies.

À la seconde Restauration, le maréchal Ney est détesté de tous les partis, sauf des républicains qui sont alors trop minoritaires.

Louis XVIII demande à Fouché, ministre de la Police, de lui donner la liste des officiers accusés de traîtrise pour avoir rejoint Napoléon durant les Cent-Jours, avant le 20 mars 1815, date à laquelle le roi a quitté la capitale. L'ordonnance du 24 juillet 1815, qui établit la liste, comporte un seul maréchal, tout en haut : Ney.

Selon d’autres sources, Fouché donne à Ney deux passeports pour fuir en Suisse ou aux États-Unis. Mais le maréchal Ney reste en France, chez une cousine de sa femme. Il est alors arrêté au château de Bessonies, dans le Lot, sans doute trahi par Jean-Baptiste de La Tour de La Placette lors du passage de celui-ci dans sa demeure de Cayrols, le château de La Placette.

Le maréchal arrive à Paris sous escorte le 19 août. Il est aussitôt incarcéré à la Conciergerie 6. Il est transféré à la prison du Luxembourg. En chemin, le général Exelmans lui propose de le délivrer et de l'escorter où il le souhaite, mais il refuse. On dit que des officiers seraient venus le libérer à la prison du Luxembourg, mais qu'il aurait refusé aussi.

Le procès

Le conseil de guerre

Le conseil de la Guerre qui doit juger le maréchal Ney, comprend d'autres maréchaux de France, et la présidence en revient de droit à leur doyen, le maréchal Moncey, duc de Conegliano. Celui-ci se récuse dans une lettre adressée au roi, refusant de siéger au procès 6. Mécontent, le roi destitue Moncey le 29 août par ordonnance royale. Il lui inflige également trois mois d'arrêt à la forteresse de HamNote 13. Le maréchal Jourdan, également membre du Conseil de guerre, est alors désigné pour le présider. Ney est défendu par Berryer père et André Dupin.

Le maréchal Ney ne souhaite pas être jugé par ses anciens camarades dont il craint la rancune à la suite d'incidents passés. Ney élevé à la pairie par Louis XVIII, peut donc exiger d'être jugé par la Chambre des pairs, pourtant majoritairement composée de royalistes convaincus. Ainsi, devant le parterre de maréchaux et de généraux qui composent le conseil de guerre, l'accusé répond à l'interrogatoire d'identité et déclare récuser la compétence du tribunal. Pair de France au moment où se sont déroulés les faits dont il est accusé, il demande, en se fondant sur les articles 33 et 34 de la Charte, son renvoi devant la Chambre des pairs. Le conseil se retire et par 5 voix (dont celle de Jourdan) contre 2 se prononce pour l'incompétence le 10 novembre, et le lendemain, le roi décrète que l'affaire sera portée devant la Chambre des Pairs 6.

La Chambre des pairs

La Chambre des pairs juge donc le maréchal Ney 7. Plusieurs éminents personnages se font dispenser, dont Talleyrand, qui dit ne vouloir participer à un tel crime. Le débat est à sens unique, la Chambre des pairs étant à forte majorité monarchiste. La chambre arrête tout d'abord que l'on poserait quatre questions : trois sur les faits, et une sur la peine 8. Le marquis d'Aligre souhaite que le vote se fasse en même temps sur le délit et la peine, mais la Chambre ne le suivit pas. Par contre, le comte de Nicolay propose que le vote pour la peine se déroule en deux temps, et n'est considéré comme définitif qu'après un second appel nominal, durant lequel les votants pour la peine la plus lourde auraient la possibilité de voter une peine moins sévère. La Chambre accepte cette condition 8.

La défense aborde peu la discussion des faits, et fait porter son effort sur un moyen de droit. Le maréchal Davout avait signé avec les Alliés le 3 juillet une convention, dont l'article 12 spécifiait qu'aucune poursuite ne pourrait être exercée contre les officiers et soldats pour leur conduite pendant les Cent-Jours. Condamner le maréchal Ney revenait à violer cette convention, ce que confirme en personne Davout. La Chambre des pairs décide pourtant d'interdire à la défense de développer ce moyen, car « il aurait dû être plaidé avant tout débat sur le fond ». D'autre part, les avocats de Ney remettent en cause la légalité de la procédure, au motif que la Chambre des pairs n'est pas légalement une juridiction pénale. Après que ce vide a été comblé, les débats reprennent le 4 décembre 6.

Un ultime rebondissement survient le 6 décembre. La ville de naissance de Ney, Sarrelouis, vient de devenir prussienne depuis le traité de Paris du 20 novembre. Dupin déclare donc que Ney ne peut être jugé, car il est maintenant Prussien. Néanmoins, le maréchal Ney se lève, interrompt son avocat, et s'écrie : « Je suis Français et je resterai Français ! »

Le procureur Bellart, lui, parle de préméditation, centrant son discours sur la nuit du 13 au 14 mars 1815 : le 13, Ney ordonne au général Mermet de se rendre à Besançon pour prendre au nom du roi le commandement de l'armée qui s'y trouve, et de contrer l'armée impériale. Le 14, Ney lui donne un ordre similaire, sauf qu'il doit prendre le commandement au nom de l'empereur et rallier l'armée qui s'avance. Mermet refuse et est remplacé 6.

Trois questions de fait sont donc d'abord posées aux 161 membres de la chambre :

  1. « le maréchal Ney a-t-il reçu des émissaires dans la nuit du 13 au 14 mars ? » : l’appel nominal donne les résultats suivants : 111 voix pour, 47 contre, les autres s'abstenant 6. Le comte Lanjuinais, le comte de Nicolay et le marquis d'Aligre, seuls à s'abstenir, protestent qu'ils ne peuvent juger en conscience, attendu qu'on avait refusé à l'accusé le droit de se faire entendre sur la convention de Paris 8 ;
  2. « le maréchal Ney a-t-il lu, le 14 mars, une proclamation invitant les troupes à la défection ? » : trois pairs, ceux qui venaient de protester, votent contre, et 158 votent pour ;
  3. « le maréchal Ney a-t-il commis un attentat contre la sûreté de l'État ? » : le vote donne 157 voix pour, 3 voix pour avec atténuation et 1 voix contre. Lanjuinais a répondu « oui » mais en ajoutant « couvert par la capitulation de Paris » ; d'Aligre et de Richebourg « oui » mais en faisant appel à la générosité de la Chambre. Le vote négatif est celui du duc de Broglie, le plus jeune des pairs de France qui déclare : « Je ne vois dans les faits justement reprochés au maréchal Ney ni préméditation ni dessein de trahir. Il est parti très sincèrement résolu de rester fidèle. Il a persisté jusqu'au dernier moment. »

Deux jours plus tard, les pairs de France rendent leur verdict, et déclarent donc Ney coupable d'avoir attenté à la sûreté de l'État, à la quasi-unanimité 6. La dernière question porte alors sur la peine à appliquer. Lanjuinais, soutenu par le marquis de Maleville, le comte Lemercier, Lenoir-Laroche et par le comte Cholet, tente de faire adopter la peine de déportation que dix-sept pairs votèrent (parmi eux, le duc de Broglie). Cinq Pairs, le comte de Nicolay, le marquis d'Aligre, le comte de Brigode, le vicomte de Sainte-Suzanne et le duc de Choiseul-Stainville, tout en s'abstenant, proposent de recommander le maréchal à la clémence du roi.

Finalement, 139 voix, réduites à 128, à cause d'avis semblables entre parents, réclament la peine de mort. Parmi ceux qui ont voté la mort, 5 maréchaux d'Empire : Sérurier, Kellermann, Pérignon, Victor et Marmont, ainsi que le vice-amiral Ganteaume ; le vicomte de Chateaubriand, le comte Ferrand surnommé « le Marat blanc » et le comte Lynch, nommé par Napoléon maire de Bordeaux, comte de l'Empire et chevalier de la Légion d'honneur, qui va jusqu'à réclamer la guillotine, votent également la mort 8, 9. Par contre le maréchal Davout est venu témoigner en sa faveur, et le maréchal Gouvion-Saint-Cyr a voté la déportation.

En outre, non content d'avoir obtenu la condamnation du maréchal, Bellart requiert qu'il soit rayé des cadres de la Légion d'honneur 10.

La sentence est rendue à onze heures et demie du soir. Les Pairs appliquent la règle du conseil de guerre et la lisent en l'absence de l'accusé.

Les défenseurs ayant compris que tout espoir est perdu n'assistent pas à la lecture de l'arrêt et se rendent dans la cellule qu'occupe depuis deux jours le maréchal, au Palais du Luxembourg 11.

L’exécution

La Mort du Maréchal Ney
Jean-Léon Gérôme (1868)

Pendant la lecture de la sentence, les défenseurs du maréchal vont le voir dans sa cellule. Après leur départ, il se met à rédiger ses dernières dispositions et dort tout habillé.

À 3 heures du matin, le secrétaire-archiviste de la Chambre des pairs, Cauchy, le réveille pour lui communiquer la sentence. Le général de Rochechouart, qui commande la place de Paris, l'informe qu'il peut recevoir trois visites : sa femme, son notaire et son confesseur. La maréchale vient rendre visite à son mari dans la cellule avec leurs quatre enfants. Elle s'évanouit en apprenant la sentence. C'est en vain qu'elle implore sa grâce auprès de Louis XVIII. Celui-ci aurait dit qu'il était favorable à cette requête, mais que seuls Wellington ou la duchesse d'Angoulême, la fille de Louis XVI, peuvent en prendre la décision.

La maréchale va alors demander grâce à Wellington qui accepte tout d'abord, puis renonce devant les difficultés. Elle va voir ensuite la duchesse d'Angoulême, qui refuse sèchement. Cette dernière dira plus tard, après avoir lu les témoignages du comte de Ségur, regretter son geste, si elle avait su qui était réellement le maréchal Ney, elle aurait demandé sa grâce.

On propose un confesseur à Ney qui réplique : « Vous m'ennuyez avec votre prêtraille ! », mais accepte finalement, convaincu par un ancien soldat de la campagne de Russie, devenu croyant à cette occasion.

Ney écrit une dernière fois à son beau-frère, puis s'entretient avec le curé de Saint-Sulpice.

À h 30, une voiture vient chercher Ney. Il porte un simple costume bourgeois. Le cortège s'arrête avenue de l'Observatoire. Le maréchal refuse qu'on lui bande les yeux et, s'adresse aux soldats : « Camarades, tirez sur moi et visez juste ! » 12 La phrase qu'on lui prête : « Soldats, visez droit au cœur ! » semble plus romanesque que véridique.

Il tombe face contre terre et, conformément à la coutume, la dépouille reste quinze minutes seule. Un cavalier britannique fait bondir son cheval par-dessus le cadavre. Un officier russe, qui a exprimé ostensiblement sa joie, est rayé des listes de l'armée russe par Alexandre Ier qui appréciait beaucoup le maréchal Ney.

Mariage et descendance

Les fils du maréchal Ney
Marie-Éléonore Godefroid (1810)

De son mariage avec Aglaé Auguié en juillet 1802, dame du palais de l’impératrice Joséphine de 1804 à 1810 de l’impératrice Marie-Louise de 1810 à 1814, naissent quatre fils :

  1. Napoléon Joseph (1803-1857), 2e prince de la Moskowa, général et homme politique français ;
  2. Michel Louis Félix, dit « Alloys » (1804-1854), 2e duc d'Elchingen, général et homme politique français ;
  3. Eugène (1808-1845), comte Ney, diplomate,
  4. Edgar (1812-1882), 3e prince de la Moskowa, général et homme politique français.

Le général Jacques Massu est son arrière-petit-neveu.

L'affaire Peter Stuart Ney

Un américain du nom de Peter Stuart Ney, mort le 15 novembre 1846 en Caroline du Nord au sud des États-Unis, a prétendu être le maréchal Ney. On ne sait rien de ses origines exactes, sauf qu'il était français et âgé d’une cinquantaine d'années 13 lorsqu'il s'est manifesté en 1819 dans le village de Cheraw en Caroline du Sud pour se proposer à un poste d’instituteur. Engagé, il y enseigne le français, l’allemand, le latin, le grec et les mathématiques. Il prétend avoir été militaire et ne cache pas ses sympathies pour Napoléon. Ses prénoms pourraient avoir été inspirés par ses parents : Pierre (Peter) étant le prénom de son père et Stuart pouvant être inspiré par les origines écossaises évoquées par sa mère. On relate qu’il s’évanouit en apprenant la mort de Napoléon le 5 mai 1821. Transporté chez lui il tente de se suicider. Sous le coup de l’émotion il se serait exclamé « Oh… Napoléon est mort. C’est mon dernier espoir qui s’en va… ». Pascal Cazottes 14 fait état de nombreuses coïncidences et anecdotes qui confortent la similitude entre Peter et le maréchal : comportement militaire, excellent cavalier et escrimeur, blessure identique à l’épaule, etc. S’y ajoutent des expertises graphologiques dont plusieurs concluent à la similitude des écritures de Peter et du maréchal, en particulier leur tendance à remplacer les points sur les i par des accents graves.

Sur son lit de mort, Peter Ney se serait exclamé 15 : « By all that is holy, I am Marshal Ney of France ! » (Par tout ce qui est saint, je suis le maréchal Ney de France !).

La tombe de Peter Stuart Ney dans le cimetière de Third Creek Church arbore sous un petit drapeau français l’inscription suivante :

Texte originalTraduction Française

IN MEMORY OF
PETER STEWART NEY
AN NATIVE OF FRANCE
AND
SOLDIER OF THE FRENCH REVOLUTION
UNDER NAPOLEON BONAPARTE
WHO DEPARTED THIS LIFE
NOVEMBER 15(th) 1846
AGED 77 YEARS


À la mémoire de
Pierre Stuart Ney
originaire de France
et
soldat de la Révolution française
sous Napoléon Bonaparte
qui a quitté cette vie
le 15 novembre 1846

âgé de 77 ans.

Dès 1895, James Augustus Weston (1838-1905) a rédigé un ouvrage intitulé (en) Historic Doubts as to the Execution of Marshal Ney 16 (« Doutes historiques quant à l'exécution du maréchal Ney »), thème repris depuis par des chercheurs contemporains dont Michel Dansel 17. Selon eux, Ney aurait pu bénéficier de complicités maçonniques haut-placées pour que son exécution soit simulée et qu’il puisse s’exiler discrètement en Amérique, pays pour lequel Fouché lui avait établi un passeport après la défaite de Waterloo. Plusieurs témoignages semblent confirmer cette simulation et cette fuite. À l’appui de cette thèse se trouve le témoignage du fossoyeur du cimetière du Père-Lachaise nommé Dumesnil qui aurait constaté en 1903, au moment du transfert de la dépouille du maréchal Ney dans son monument funéraire actuel, que le cercueil en sapin dans lequel il avait été enterré en 1815 était vide.

Si cette éventualité d'une seconde vie en Amérique, faisant suite à un simulacre d'exécution, peut paraître séduisante, elle n’est toutefois pas reconnue par la plupart des historiens car elle ne s'appuie sur aucune preuve irréfutable. Seules des analyses scientifiques pratiquées sur les restes ensevelis au Père-Lachaise d'une part (en supposant que la sépulture ne soit pas vide), et à Third Creek Church de l'autre, pourraient lever définitivement le doute.

Hommages et postérité

Plusieurs monuments célèbrent le maréchal Ney :

  • sa tombe à Paris au cimetière du Père-Lachaise, division 29, à l'angle du chemin des Acacias et du chemin Masséna, est ornée d'un portrait en médaillon par François Rude ;
  • le Monument au Maréchal Ney (1860) par Charles Pêtre sur l'Esplanade de Metz, chef-lieu de la Moselle où il a commencé sa carrière, à proximité de l'avenue qui porte son nom ;
  • En 1831, le roi Louis Philippe réhabilite le maréchal Ney et le réintègre sur les listes de la Légion d'honneur. En 1848, le gouvernement provisoire de la Seconde République française décide d'élever un monument au maréchal Ney à l'emplacement même où il a été fusillé. L'œuvre confiée au sculpteur François Rude est terminée en 1853 18, et inaugurée sous Napoléon III, mais l'empereur est absent et le discours manque d'élan. Ce monument peut se voir actuellement place Camille-Julian à Paris. Il a été légèrement déplacé lors de la construction de la Ligne de Sceaux.

Une classe de deux navires de guerre britannique lancés durant la Première Guerre mondiale a été nommée classe Marshal Ney.

   

Notes et références

Notes

  1.  Il fut surnommé par ses hommes, puis par Napoléon lui-même, le « Brave des braves » après la bataille d'Iéna. Lui ont aussi été donnés d’autres surnoms, tels que « Le Lion rouge » ou « Le Rougeaud », tous en rapport avec ses cheveux roux et sa peau rougie par le soleil. Il avait pour habitude de charger à la tête de ses troupes. Son commandement favori était : « Direction, le trou du cul de mon cheval, chargez ! »
  2.  Il dit en 1796, en parlant du capitaine Ney :

    « Ce Ney est un preneur de villes, avec des tels hommes, un général peut se dispenser de compter le nombre de ses ennemis. »

  3.  Le général Ney y joue un rôle majeur : enfoncer le centre ennemi pendant qu'une opération de contournement était entreprise. Mais un léger incident vient refroidir l'entente entre les deux hommes. Le général Ney entre seul dans une redoute où ses hommes effrayés ne l'avaient pas suivi. Il y reçoit plusieurs coups de baïonnettes aux cuisses et au bras. Avant son rapatriement, le général Moreau fait un discours légèrement critique, pensant qu'un général n'avait pas à prendre de tels risques. On peut supposer qu'il s'agit de la raison pour laquelle le général Ney vexé, n'intervient pas en faveur de son ancien chef, lors du procès de Moreau en 1804. Le général Lecourbe eut plus de moralité, au prix de sa carrière qui resta en suspens jusqu'en 1815, et son rappel par le maréchal Ney, justement.
  4.  « Au retour de la campagne de Russie, Napoléon est tellement frappé par la force d’âme déployée par Ney, qu’il le nomme "prince de la Moskowa", et qu’il répète alors à plusieurs reprises : « J’ai 200 millions dans mes caves, je les donnerais pour Ney. » (Las Cases)
  5.  « Après la sortie de Wilna, dit M. de Ségur, Ney traverse Kowno et le Niémen, toujours combattant, reculant et ne fuyant pas ; marchant toujours après les autres, et pour la centième fois depuis quarante jours et quarante nuits, sacrifiant sa vie et sa liberté pour sauver quelques Français de plus. Il sort enfin de cette fatale Russie, montrant au monde l’impuissance de la fortune contre les grands courages, et que, pour le héros, tout tourne en gloire, même les plus grands désastres. »
  6.  En effet, Napoléon projette de s'appuyer sur les zones occupées de l'Est de la France pour soulever le peuple contre les Alliés. Il en avise ses maréchaux qui, après concertation, s'en offusquèrent. Le maréchal Berthier, notamment, incita le maréchal Ney à parler à l'Empereur.
  7.  « Ney ne s’est jamais permis un langage hautain en ma présence ; au contraire, il était toujours très-soumis ; quoiqu’il se livrât parfois en mon absence à des excès de violence, S’il se fût permis un langage inconvenant à Fontainebleau(comme on l’a écrit), les troupes l’eussent déchiré en pièces.
  8.  Lors d'un échange verbal célèbre, Napoléon s'écria : « L'armée m'obéira ! », et le Maréchal Ney de lui répondre : « L'armée obéira à ses chefs ! » Napoléon demanda : « Mais que voulez-vous de moi ? », et le maréchal Ney répondit : « Abdiquez en faveur de votre fils ! » Ce que Napoléon fait du 4 au 6 avril 1814. Le maréchal Ney accompagné du maréchal Macdonald et du grand écuyer Caulaincourt, va soumettre cette abdication aux alliés et notamment à Alexandre Ier, l'Empereur de Russie. Mais à ce moment éclate la terrible nouvelle de la défection du corps d'armée du maréchal Marmont. L'accès à Paris est maintenant offert aux alliés. Les conditions de Napoléon n'ont plus de poids, et le Sénat proclame sa déchéance. Ney ne croit pas nécessaire, à l'inverse de Macdonald et Caulaincourt, de revenir donner la réponse des alliés à Napoléon. On dit que cette relative « défection » du maréchal Ney a suscité la tentative de suicide de Napoléon.
  9.  On dit que la maréchale Ney, Aglaé Auguié, victime de moqueries, revenait en pleurs chez son mari, qui ne goûtait que très moyennement cet affront. Peut-être aussi cet homme de guerre, n'ayant cessé de combattre depuis près de trente ans, comprenait-il bien l'inutilité qui était la sienne en période de paix.
  10.  « Quant à la proclamation que Ney a prétendu avoir reçue de moi en 1815, c’est une fausseté : j’aurais supprimé cette proclamation, si cela eût été en mon pouvoir, car elle était indigne de moi. Ney n’aurait pas dû la publier, ou du moins il aurait dû agir différemment qu’il n’a fait ; car, quand il a promis au roi de m’amener dans une cage de fer, il parlait dans la sincérité de son âme, et ses intentions étaient conformes à ses discours ; il y persista pendant deux jours, après quoi il se joignit à moi. Il aurait dû faire comme Oudinot, qui demanda à ses troupes s’il pouvait compter sur leur fidélité ; elles lui répondirent unanimement : Non ; nous ne voulons pas nous battre contre Napoléon. » (O’Meara.)
  11.  Durant la nuit agitée du 13 au 14 mars 1815, à Lons-le-Saunier, le maréchal Ney décide, après maintes réflexions, de rallier l’empereur. De toutes parts, les témoignages de ralliement populaire en faveur de Napoléon affluent. Les canons étaient poussés dans les fossés, et différents bataillons abdiquaient. Le général Bertrand aurait aussi envoyé un courrier menaçant le maréchal Ney. Ce dernier prétendit aussi, durant son procès, avoir reçu du général Bertrand l’assurance que les alliés acceptaient le retour de Napoléon. Quoi qu’il en soit, il est clair maintenant que les forces en présence étaient à peu près équivalentes, et le maréchal Ney se refusa à déclencher un bain de sang franco-français.
  12.  Napoléon avait besoin de « grands noms » pour son armée et le maréchal Ney, quant à lui, voulait laver la honte de sa « défection », et montrer qu’il était toujours le héros de la campagne de Russie.
  13.  Ces trois mois d'arrêts de forteresse ne sont pas réellement effectués, le commandant prussien de Ham refusant de l'incarcérer. Aussi Moncey passera ces trois mois dans une chambre d'auberge située en face de la citadelle.

Références

  1.  Chandler 1999, p. 360.
  2.  Roland Edighoffer, La liberté guide nos pas : l'image de la France dans le théâtre autrichien après 1945, Publication Universitaire Rouen Havre,‎ 1988, p. 98
  3.  Frédéric Hulot, Le Maréchal Ney, Pygmalion Éditions, Paris, 2000, (ISBN 978-2857046660)
  4.  Le Maréchal Soult, Bernard Giovanangeli Éditeurs,‎octobre 2000 (ISBN 2-909034-21-6)p. 342
  5.  « Michel Ney », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]
  6. ↑ a, b, c, d, e, f et g Le procès du maréchal Ney [archive], « Les grands procès de l’histoire », publication no 5, Ministère de la Justice, 6 août 2012.
  7.  Les procès de la Cour des Pairs : Le procès du maréchal Ney, « Procès intenté au maréchal Ney, accusé de haute trahison après son ralliement à l'empereur Napoléon Ier débarqué de l'Ile d'Elbe. » [archive] (consulté le16 février 2016)
  8. ↑ a, b, c et d Dossiers d'histoire : Maréchal Ney, pair de France et prisonnier du Luxembourg [archive], Sénat.fr, juillet 2002.
  9.  Collectif, Le maréchal Ney : les dessous d'une exécution [archive], Place Des Éditeurs, 22 novembre 2012 - 97 pages.
  10.  Une petite phrase circule sur l'avocat Bellart à l'époque : « Si l'éloquence est un bel art, Bellart n'est point l'éloquence. »
  11.  une petite pièce au troisième étage sous les combles, à l'extrémité ouest de la galerie où le Sénat conservateur avait installé ses archives, au-dessus de l'actuelle salle des conférences. Une plaque de marbre y a été apposée en 1935
  12.  Rochechouart rapporte qu'il prononça également les paroles suivantes : « Français, je proteste devant Dieu et la patrie contre le jugement qui me condamne. J'en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu. Vive la France ! »
  13.  C’est précisément l’âge qu’aurait eu à cette date Michel Ney, né en 1769.
  14.  Pascal Cazottes, « Le maréchal Ney est-il mort en Amérique ? » [archive]
  15.  Frédéric Hulot, Le Maréchal Ney, Pygmalion Editions,‎ 2000(ISBN 978-2-85704666-0)p. 256
  16.  Lire en ligne [archive]
  17.  Michel Dansel, Maréchal Ney fusillé ou évadé ?, éditions E-DIT, Paris, 2004, (ISBN 978-2-84608-136-8)
  18.  « Monument au marechal Ney – Paris, 6e arr. » [archive], notice sur e-monumen.net.
  19.  Napoléon Ier et ses maréchaux après la bataille de Laon en 1814.

Voir aussi

Bibliographie

  • Les papiers personnels de Michel Ney, conservés aux Archives nationales sous la cote 137AP, sont consultables sur microfilms 1.
  • « Michel Ney », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]
  • « Michel Ney », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition]
  • Évariste DumoulinHistoire complète du procès du maréchal Ney, Paris,‎ 1815, 2 volumes
  • Henri WelschingerLe maréchal Ney, 1815, Paris,‎ 1893, 2e éd.
  • Henri BonnalLa vie militaire du maréchal Ney, Paris,‎ 1910
  • Jean TulardDictionnaire Napoléonvol. 2 (I-Z), Paris, éditions Fayard,‎ 1999, p. 391-393
  • Réflexions sur les notes du Moniteur des 16, 23, 29 et 30 Novembre, suivies des notes biographiques des Généraux Junot, Massena et Ney, et d'une notice historique sur le Géneral Régnier, Londres, Vogel et Schulze,‎ 1810, 68 p. (lire en ligne)
  • (en) David ChandlerDictionary of the Napoleonic wars, Wordsworth editions,‎ 1999
  • Frédéric HulotLe Maréchal Ney, Pygmalion,‎ 2000 (ISBN 2-85704-666-9)
  • Éric PerrinLe Maréchal Ney, Perrin,‎ 1993 (ISBN 2-262-00892-2)
  • Zins Ronald, Ney, un Lorrain maréchal de l'Empire, Horace Cardon, 2012
Sur Peter Stuart Ney 
  • (en) James A. Weston, Historic Doubts as to the Execution of Marshal Ney, Thomas Weattaker, New-York, 1895 Lire en ligne
  • Bernard Boringe, Le maître d'école des carolines : qui était-ce ?Historiano 162, mai 1960, (OCLC 13841599)
  • Dorothy Mackay-Quynn, La liquidation d'une légende : la survivance de Ney en Amérique, Revue de Institut Napoléon, no 125, 1972, 160 p.

Articles connexes

  • Maréchal d'Empire
  • Guerres napoléoniennes
  • Franky Simon, acteur belge qui incarne le maréchal Ney lors de reconstitutions historiques

Liens externes

11 septembre 2017

Joubert Barthélemy Catherine

Clic pour voir sa généalogie sur la ligne en dessous

 

Barthélemy Catherine Joubert

 

Barthélemy Catherine Joubert

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Le général Joubert (gravure pour l’Album du Centenaire).

Naissance 14 avril 1769
Pont-de-Vaux (Ain)
Décès 15 août 1799, (à 30 ans)
bataille de Novi (Drapeau de l'Italie Italie)
Mort au combat
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Arme Infanterie
Grade Général de division
Années de service 1791 – 1799
Conflits Guerres de la Révolution française
Commandement Armée de Hollande
Armée de Mayence
Armée d'Italie
Faits d'armes Bataille de Loano
Bataille de Rivoli
Bataille de Lodi
Expédition du Tyrol
Hommages 3 jours de deuil national en 1799.
Statue en pied sur la colonnade du Louvres.
Citation sur l'Arc de triomphe de l'Étoile à Paris (23e colonne)
Monument du général Joubert à Bourg-en-Bresse
Monument à Pont-de-Vaux
Fort Joubert à Toulon.

Barthélémy-Catherine Joubert est un général français, né le 14 avril 1769 à Pont-de-Vaux (Ain), et mort le 15 août 1799 à la bataille de Novi (Italie).

 

Sommaire

   
  • 1 Biographie
    • 1.1 Ascension militaire
    • 1.2 Le « sabre » de Barras et Sièyes et la mort à Novi
    • 1.3 Description physique et morale
  • 2 Iconographie
  • 3 Bibliographie
  • 4 Voir aussi
    • 4.1 Articles connexes
  • 5 Lien externe

 

Biographie

Ascension militaire

Il suivit des études de droit à Dijon. À 15 ans, il s'évada du collège, s'enrôla comme volontaire en 1791 dans un régiment de canonniers. Il fit les campagnes du Rhin et d'Italie et passa par tous les grades, et fut nommé successivement adjudant-général puis chef de bataillon.
Le 8 septembre 1793, le lieutenant Joubert, à la tête d'un détachement de 30 grenadiers du 51e régiment d'infanterie de ligne, défend la redoute de la Condamine assailli par 500 Piémontais. Après avoir épuisé ses munitions, il défend l'ouvrage à la baïonnette, mais les Piémontais l'ayant pulvérisé à coup de canon, la petite troupe dut se rendre après près de 5 heures de combat.

Schérer le nomme général de brigade sur le champ de bataille de Loano à la date du 24 décembre 1795. La campagne de 1796 et 1797 lui valut une grande renommée. Partout, à Montenotte, Millesimo, Ceva, Mondovi, Cherasco, Lodi, au col de Campione, à Compara, à Montebaldo, à Rivoli, il seconda avec une intrépidité et un discernement rares le général Bonaparte, qui lui fit donner le titre de général de division le 7 décembre 1796 et se fit accompagner de lui quand il présenta au Directoire le traité de Campo-Formio.

Nommé commandant de l'armée du Nord à la fin de 1797, il aide les patriotes bataves à réaliser un coup d'État le 22 janvier 1798. Joubert fut envoyé comme général en chef à l'armée de Hollande, puis à celle de Mayence, et enfin à celle d'Italie. Il y arriva à la fin de 1798 et opéra la révolution du Piémont, ourdie depuis longtemps. À la tête des troupes françaises de la République cisalpine, fin 1798, il fit occuper tout le Piémont. Il se porta sur Livourne ; puis, las de se voir contrarié dans ses opérations par le gouvernement, il donna sa démission et revint à Paris.

Le « sabre » de Barras et Sièyes et la mort à Novi

Le général Joubert au combat.

Au 30 prairial, Barras et Sièyes « cherchent un sabre » dans l'été de 1799 pour réaliser un coup d'État en France et jetèrent les yeux sur lui pour commander dans Paris et agir au besoin contre les démocrates ; mais comme il ne jouissait pas encore d'une grande popularité, on voulut lui fournir l'occasion de remporter quelque victoire importante et on le nomma à cet effet général en chef de l'armée d'Italie. Moreau consentit à rester pour le conseiller. Joubert franchit les montagnes du Montferrat, opéra sa jonction avec l'armée de Naples et se disposa à livrer bataille dans les plaines de Novi, mais il avait commis une faute grave. Nommé le 17 messidor, au lieu de se rendre à son poste immédiatement, il avait tardé un mois en se mariant en 1799 avec une jeune femme qu'il aimait. C'était Félicité Françoise de Montholon-Sémonville, la fille adoptive de l'ambassadeur Sémonville et sœur de Charles Tristan de Montholon, qui se mariera après la mort de son mari à la bataille de Novi, au maréchal Macdonald.

Ce délai donna à Souvarow le temps d'avancer en réunissant toutes ses forces. Joubert aggrava encore sa faute par une fatale indécision. Il donna aux Russes le temps d'attaquer son armée très inférieure en nombre. Elle ne comptait que 20 000 hommes contre 40 000 Austro-Russes. Après quelques minutes de combat, Joubert tomba mortellement blessé à la bataille de Novi, le 15 août 1799, en répétant le nom de sa jeune femme et en excitant ses soldats qui furent vaincus, en dépit de l'habileté de Moreau qui reprit la tête des troupes. Cette défaite eut lieu le 28 thermidor an VII. Joubert n'avait que 30 ans. Le Premier consul fit déposer les restes de Joubert près de Toulon, dans le fort La Malgue, appelé depuis fort Joubert. Il fut inhumé dans l'église de Pont-de-Vaux, son village natal.

Description physique et morale

Joubert était grand, maigre et semblait d'une complexion faible. Mais il l'avait mise à l'épreuve des grandes fatigues dans les Alpes et s'y était endurci. Il était vigilant, intrépide, marchant à la tête des colonnes, fort actif. Dans la journée du col de Campione, il portait les ordres lui-même, ne pouvant trouver personne qui y mît assez de promptitude. Le plus beau titre à la gloire de ce général est l'expédition du Tyrol que Carnot a justement qualifiée de « campagne de géants ».

Article détaillé : Expédition du Tyrol.

Iconographie

  • 1832 - Sculpture réalisée par Jean-François Legendre-Héral

Bibliographie

Voir aussi

 

Articles connexes

  • Monument du général Joubert (détruit) à Bourg-en-Bresse
  • Le musée Chintreuil à Pont-de-Vaux propose une collection consacrée au général Joubert.

Lien externe

  • Notices d’autorité : Bibliothèque nationale de France • Bibliothèque du Congrès

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10 septembre 2017

Jard-Panvillier Louis-Alexandre

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Louis-Alexandre Jard-Panvillier

 

Louis-Alexandre Jard-Panvillier
Fonction
Député
 
Biographie
Naissance
7 novembre 1757
Aigonnay
Décès
12 avril 1822 (à 64 ans)
Paris
Sépulture
Cimetière du Père-Lachaise
Activités
Homme politique, écrivain, journaliste
Autres informations
Membre de
Conseil des Cinq-Cents
Distinction
Commandeur de la Légion d'honneur‎

Louis-Alexandre Jard-Panvillier, né le 7 novembre 1757 à Aigonnay et décédé le 12 avril 1822 à Paris, était un homme politique français.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Médecin à Niort et début de carrière politique
    • 1.2 Première députation à la Législative
    • 1.3 La Convention : de la modération au royalisme
    • 1.4 Le Directoire : le député clichyen
    • 1.5 Un grand notable du régime napoléonien
    • 1.6 La Restauration : le monarchiste constitutionnel
  • 2 Hommage
  • 3 Sources
  • 4 Notes et références

Biographie

Médecin à Niort et début de carrière politique

Jard-Panvillier est le fils d'un médecin de Niort. Il s'engage dans la même voie que son père et est reçu docteur en médecine, avant de s'installer à Niort. Il devient un notable important de cette cité.

Grâce à sa position sociale, il débute avec la Révolution une carrière politique et est élu en janvier 1790 premier maire constitutionnel de Niort. En juillet de la même année, le voici procureur-syndic du nouveau département des Deux-Sèvres.

Première députation à la Législative

Le 3 septembre 1791, Jard-Panvillier est élu député des Deux-Sèvres à la nouvelle Assemblée législative, le premier sur sept, avec 75 voix sur 328 votants. Il siège au centre sans beaucoup se faire remarquer et intervient très peu à la tribune, se contentant de défendre un de ses collègues attaqué.

La Convention : de la modération au royalisme

Le 5 septembre 1792, il est réélu à la Convention par son département, avec 221 voix sur 373 votants, le deuxième sur sept, devancé cette fois par le girondin Lecointe-Puyraveau. Comme sous la Législative, Jard-Panvillier se réfugie sur les bancs de la Plaine. Lors du procès de Louis XVI, il vote pour l'appel au peuple, pour la détention et le bannissement à la paix et enfin pour le sursis. Au cours de ce vote il pousse son collègue des Deux-Sèvres Gaspard-Séverin Duchastel, alors malade, à voter en faveur du roi, et pour cela le porte jusqu'à la tribune. Auparavant il avait défendu ce même Duchastel, accusé d'avoir été un garde du corps du roi.

Le 10 mai 1793, il est envoyé en mission dans l'Ouest insurgé et auprès de l'Armée des côtes de La Rochelle, en compagnie notamment de Lecointe-Puyraveau. Une délégation très suspecte aux yeux des Montagnards. Dès le 13 juin Marat obtient son rappel, l'accusant de modérantisme. Il se fait ensuite très discret jusqu'à la chute de Robespierre. Son collègue et ami Duchastel est condamné à mort et guillotiné pendant cette période. Il travaille surtout au comité des Secours publics au nom duquel il présente plusieurs rapports, sur les militaires blessés ou sur la construction de manufactures.

Après le 9 thermidor, Jard-Panvillier se rallie évidemment à la réaction thermidorienne et fait partie de ces députés convertis au royalisme. Il se lance dans la poursuite des terroristes de l'an II et le premier dénonce Carrier. Le 19 février 1795 il dénonce la vente des jardins des presbytères, puis réclame des secours pour la veuve du dantoniste Philippeaux. Il obtient même des aides pour des religieuses anglaises dont les biens ont été confisqués. Le 7 avril, il est chargé de l'organisation de l'instruction publique dans les nouveaux départements de la Belgique annexée.

Le 6 août, Jard-Panvillier reçoit une nouvelle mission auprès des armées des côtes de Cherbourg et de la Rochelle.

Le Directoire : le député clichyen

En octobre 1795 il est réélu pour un troisième mandat au Conseil des Cinq-Cents par cinq départements. Il choisit de représenter à nouveau les Deux-Sèvres. Sous le Directoire il siège franchement avec les députés de droite, royalistes membres du Club de Clichy. Il s'attaque à la fameuse loi du 3 brumaire an IV excluant les parents d'émigrés des emplois publics. Le 4 novembre 1796 il propose l'aliénation de tous les presbytères, un projet qu'il n'aura de cesse de défendre. En effet ces bâtiments sont alors réquisitionnés par l'État pour servir d'écoles ou de mairies. En bon catholique, Jard-Panvillier espère qu'en vendant les presbytères les curés pourraient racheter ceux-ci à bas prix du fait de la dépréciation de l'assignat. Sa proposition est ainsi soutenue par le parti royaliste mais n'aboutit pas1.

Réélu aux élections de 1797, il intervient à plusieurs reprises à la tribune au sujet des presbytères, puis fait liquider les pensions des gagistes de la liste civile. Il propose également de réviser la loi sur la liquidation des dettes des émigrés puis intervient sur les questions religieuses. Le 18 août 1797 il est élu secrétaire du Conseil qui a basculé dans le camp royaliste. Malgré son royalisme, Jard-Panvillier échappe aux proscriptions du Coup d'État du 18 fructidor et conserve son siège.

Il se fait ensuite remarquer le 25 juillet 1799 en combattant la loi sur les otages, ainsi qu'en refusant que l'on déclare la patrie en danger. Le 26 septembre, il combat comme anticonstitutionnelle et liberticide la proposition du général Jourdan déclarant traîtres à la patrie ceux qui voudraient réviser la constitution ou attenter à l'intégrité du territoire de la République2.

Un grand notable du régime napoléonien

Après le Coup d'État du 18 brumaire Jard-Panvillier se rallie au régime consulaire. Cela lui permet d'être envoyé comme commissaire dans plusieurs départements, dont la Vendée. Puis il entre au Tribunat et occupe les principales fonctions de cette assemblée, dont il est secrétaire, questeur et finalement président. En 1804 il est rapporteur de la proposition concernant l'établissement du Premier Empire, et en fait la lecture devant le Sénat conservateur. Son discours est marqué de violentes attaques envers la Maison de Bourbon. La même année il est fait chevalier de l'Ordre de la Légion d'honneur.

En 1805-1806, Jard-Panvillier tente de se faire nommer au Sénat mais n'y parvient pas. À la suppression du Tribunat, Napoléon Ier le nomme président de chambre à la Cour des comptes. Le 2 juillet 1808 il est fait chevalier d'Empire, puis baron le 28 avril 1813. En décembre 1812 il fait partie de la délégation chargée d'accueillir l'empereur après la retraite de Russie. Il en profite pour effectuer à l'égard de Napoléon des protestations de fidélité après l'échec de la conspiration de Malet.

En 1814 il soutient la déchéance de l'empereur mais se rallie à ce dernier lors de son retour de l'Ile d'Elbe, le 20 mars 1815. Après la défaite de Waterloo, Jard-Panvillier retourne une nouvelle fois sa veste et soutient le retour de Louis XVIII.

La Restauration : le monarchiste constitutionnel

La Restauration permet à ce royaliste modéré de poursuivre sa carrière politique. Le 22 août 1815 les Deux-Sèvres l'élisent de nouveau député avec 91 voix sur 173 votants. Réélu successivement en 1816 et 1817, il siège au centre, au sein du groupe des monarchistes constitutionnels fidèles à l'esprit de la Charte de 1815. Il suit en cela la trajectoire d'autres anciens conventionnels conservateurs tels que Lanjuinais.

Le 5 mai 1816, il est chargé en tant que doyen des présidents de la Cour des comptes de haranguer le roi Louis XVIII à l'occasion du deuxième anniversaire de son entrée dans Paris. Oubliant quelque peu son ancien bonapartisme, il flétrit dans son discours les Cent-Jours auxquels il avait adhéré.

Jard-Panvillier meurt en cours de mandat en 1822 à l'âge de 64 ans. Il repose au cimetière du Père-Lachaise3,4. Son fils Charles-Marcellin Jard-Panvillier (1789-1852) suit les traces de son père et devient conseiller-maître à la Cour des comptes5.

Hommage

  • Légion d'honneur6 :
    • Ruban de chevalier Chevalier le 26 septembre 1803
    • Ruban de Commandeur Commandeur 14 juin 1804

Une rue de la ville de Niort porte son nom.

Sources

  • « Louis-Alexandre Jard-Panvillier », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, 1889 [détail de l’édition]
  • Joseph Fr. Michaud, Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, 1858, Volume 20, p. 566-567.
  • Georges Lefebvre, La France sous le Directoire (1795-1799), Paris, Éditions sociales, 1977
  • Jacques-Alphonse Mahul, Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, 3e année, 1822, Paris : Ponthieu, 1823, p. 121-122 [1] [archive]

Notes et références

  1. Georges Lefebvre, op. cit., p. 285-287
  2. Georges Lefebvre, op. cit., p. 697
  3. Fiche sur le site de l'APPL [archive]
  4. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 432-433
  5. Umberto Todisco, Le personnel de la Cour des comptes (1807-1830), Librairie Droz, Genève-Paris, 1967.
  6. « Notice no LH/1354/56 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture

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09 septembre 2017

Bourdon François-Louis

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François-Louis Bourdon

 

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François-Louis Bourdon (Album du Centenaire)

François-Louis Bourdon dit Bourdon de l’Oise, du nom de son département, né au Rouy-le-Petit le 11 janvier 1758 et mort en déportation à Sinnamary en Guyane, le 22 juin 1798, est un homme politique de la Révolution française.

Fils d’un cultivateur des environs de Compiègne, Bourdon suivit le barreau et devint procureur au parlement de Paris. Les principes de la Révolution exaltèrent son imagination ardente, et il en suivit le parti avec chaleur.

Le 10 août 1792, il fut un des chefs de l’insurrection qui ensanglanta les Tuileries. Député à la Convention, il y montra les opinions les plus violentes, qu’il soutenait en provoquant ses collègues en duel, et fut toujours à la tête de ceux qui proposaient les mesures les plus radicales.

Il vota la mort du roi, et contribua beaucoup aux journées du 31 mai 1793 et du 9 thermidor (27 juillet 1794). Ayant été chargé de surveiller les opérations de l’armée de l’ouest, il destitua le général Rossignol et eut à ce sujet quelques contestations avec Robespierre, qu’il poursuivit avec ardeur et à la perte duquel il contribua puissamment. Le 8 thermidor, à la veille de la chute de Robespierre, il fut le premier à s'opposer, sans succès dans un premier temps, à l'impression de son discours à la Convention. Le 9, Barras, chargé par la Convention du commandement militaire contre la Commune révoltée, se le fit adjoindre ainsi Féraud, Fréron, Rovère, Delmas, Bollet et Léonard Bourdon et l'envoya dans les sections bourgeoises de l’ouest et du centre pour rassembler des troupes.

Depuis ce moment, il se montra aussi forcené réactionnaire qu’il avait été ardent révolutionnaire ; mais toujours guidé par ses passions, sa conduite devint incertaine et ses actions sans cesse contradictoires les unes avec les autres. On le vit solliciter tout à la fois le rapport de la loi qui éloignait les nobles de Paris, et accuser de perfidie la proposition de supprimer les comités révolutionnaires. Il ne cessa, jusqu’à la fin de l’assemblée, de provoquer une foule de lois de circonstances, toutes empreintes de la discontinuité de ses idées.

Après les événements de 1795, il poursuivit plusieurs députés montagnards, autrefois ses complices et coopéra à leur perte avant d’être, à son tour, la victime du parti directorial : à la suite du coup d’État du 18 fructidor, il fut déporté à Cayenne où il mourut quelques jours après son arrivée, disant à ses compagnons d’infortune : « Messieurs, en quelque lieu de la terre que vous vous trouviez, on vous plaindra, vous aurez des consolateurs ; mais Bourdon de l’Oise… ! »

Source

François-Xavier de Feller, Dictionnaire historiquet. 2, Paris, Leroux, Jouby et Cie, p. 169.

08 septembre 2017

Cimetière de Picpus

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Cimetière de Picpus

 

 

Cimetière de Picpus

260px-Notre-Dame-de-la-Paix,_Paris

Entrée du cimetière (portail bleu) et chapelle).

Pays
Drapeau de la France France
Région française
Île-de-France
Commune
Paris
Adresse
35 rue de Picpus
Superficie
2,1
Nombre de tombes
2 fosses communes
Nombre de personnes
1 306
Mise en service
13 juin 1794
Abandon
mai 1795
Statut patrimonial
Inscrit MH (1998)
Coordonnées
Localisation sur la carte du 12e arrondissement de Paris
voir sur la carte du 12e arrondissement de Paris
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Personnalités enterrées
Marquis de Lafayette (inhumation post-révolutionnaire)

Le cimetière de Picpus est un des deux cimetières privés de la ville de Paris, avec le cimetière des Juifs Portugais de Paris. Il a été creusé en juin 1794 au fond du jardin d’un couvent dont les religieuses, chanoinesses de Saint-Augustin, ont été chassées deux ans plus tôt, pendant la Révolution française. À l'entrée du cimetière se situe la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix de Picpus. Il est un des quatre cimetières du Paris de la Révolution à avoir reçu des corps suppliciés par la guillotine.

Le cimetière est inscrit au titre des monuments historiques en 19981. Situé au 35, rue de Picpus dans le 12e arrondissement, il ne se visite que l'après-midi, de 14 h à 17 h, du lundi au samedi (fermé dimanche et jours fériés). C'est un lieu privé.

Sommaire

  • 1 Histoire
    • 1.1 Les fosses de la Grande Terreur
    • 1.2 Réhabilitation
    • 1.3 Personnalités du comité
    • 1.4 Lieu de souvenir et de prière
    • 1.5 Hommage américain
  • 2 Localisation et visites
  • 3 Endroit miraculeux
  • 4 Tombes célèbres
  • 5 Accès
  • 6 Sources
    • 6.1 Références
    • 6.2 Articles connexes
    • 6.3 Liens externes
    • 6.4 Bibliographie

Histoire

Les fosses communes aujourd'hui. Les espaces en gravier marquent l'emplacement des fosses.

Le cimetière est situé sur l'ancien domaine du couvent des chanoinesses de Saint-Augustin (dites aussi de Notre-Dame de la victoire de Lépante), installé en 1640 par Louis XIII. (Il reste un pavillon de cette époque ainsi que quelques vestiges de la chapelle). En mai 1792, le couvent est fermé et devient bien national. Il est loué au citoyen Riédain qui en sous-loue une partie au citoyen Eugène Coignard.

Les fosses de la Grande Terreur

La guillotine, qui avait été installée d'abord Place de la Révolution (Place de la Concorde), puis très brièvement Place de la Bastille, est installée « Place du Trône renversé » (Place de l’Île-de-la-Réunion) le 14 juin 1794 (elle y restera jusqu'au 27 juillet). Afin de recueillir les corps des personnes promises à la guillotine, les autorités font creuser des fosses sur l'ex-terrain des chanoinesses, et percer une brèche dans un mur d'enceinte, à partir du 13 juin 1794. Cette brèche devait servir à faire rentrer les chariots de cadavres2.

Place du Trône renversé, la Terreur atteint son paroxysme. Cinquante-cinq personnes par jour y sont exécutées. Âgées de 14 à 90 ans et de toutes conditions sociales, ces personnes sont condamnées par le tribunal révolutionnaire pour leur statut (noble ou religieux) ou pour délit d'opinion.

Du 14 juin au 27 juillet, plus de 1 300 personnes, parisiennes ou provinciales, y perdront la vie (la « fournée » du 13 messidor An II - 1er juillet 1794 - comportait seulement deux cultivateurs, un domestique, un tisserand, un instituteur, un prêtre, un fabricant d’étoffes, un vicaire, un contrôleur des douanes, un épicier, un cabaretier, un soldat autrichien prisonnier de guerre, un infirmier, un garçon meunier). Les victimes, dans leur majorité, furent des gens du peuple, mais aussi des nobles, militaires, magistrats, prêtres, religieux et religieuses.

La partie nord-est du jardin de l'ancien couvent (devenu entre temps « maison de santé, pour personnes riches désirant échapper à la guillotine, moyennant une pension exorbitante »3) est choisie pour servir de fosses communes aux suppliciés.

Une première fosse commune est creusée et les corps décapités y sont jetés. Nobles, nonnes, marchands, soldats, artisans, ouvriers, aubergistes, etc mêlés. Une deuxième fosse est creusée quand la première est pleine (une troisième fosse a également été découverte en 1929 mais elle ne contenait pas de cadavres4). La chapelle de l'ancien couvent est utilisée par les fossoyeurs comme bureau afin d'inventorier les vêtements dont ils dépouillaient les victimes. La tradition précise que le sol de l'endroit étant argileux, le sang des victimes se putréfiait, provoquant d'atroces odeurs, d'autant que les fosses étaient seulement couvertes de planches jusqu'à leur clôture par de la terre5.

Les noms des 1 306 personnes qui y sont enterrées sont gravés sur deux plaques de marbre accrochées près du chœur de la chapelle. On compte 1 109 hommes :

  • 108 ecclésiastiques (gens d'église),
  • 136 moines,
  • 108 nobles,
  • 178 militaires (gens d'épée),
  • et 579 roturiers (gens du peuple).

Et 197 femmes :

  • 51 nobles,
  • 23 nonnes (carmélites et religieuses),
  • et 123 roturières (femmes du peuple).

Parmi les femmes, seize carmélites de Compiègne, âgées de 29 à 78 ans, sont conduites ensemble à l'échafaud en chantant des hymnes. Elles seront béatifiées en 1906.

Le gouverneur des Invalides de l'époque, Charles François de Virot de Sombreuil, âgé lui-même de 76 ans, est tué pour la seule raison d'être noble. On compte aussi les poètes Jean-Antoine Roucher et André Chénier. Sur la plaque commémorant le souvenir de ce dernier, on peut lire : « servit les muses, aima la sagesse, mourut pour la vérité ».

Puis, le jardin et ses fosses sont entourés d'un mur.

Réhabilitation

Plaque à l'emplacement de la porte de la Chapelle Picpus.

Le domaine est vendu le 19 fructidor de l’an III (5 septembre 1795).

Le 24 brumaire (14 novembre 1796), le petit terrain rectangulaire renfermant les deux fosses communes est acheté en secret par la princesse Amélie de Hohenzollern-Sigmaringen (épouse d'Aloys Antoine, prince souverain de Hohenzollern-Sigmaringen), car le corps de son frère, le prince Frédéric III de Salm-Kyrburg6, guillotiné en 1794, y repose.

En 1802, une souscription est organisée par la marquise de Montagu pour acquérir l’ancien couvent des chanoinesses ainsi que les terrains avoisinant les fosses communes. Des familles dont les membres avaient été exécutés fondent le Comité de la Société de Picpus pour l'acquisition du terrain, afin d'y établir un second cimetière près des fosses (il n'y a pas de date précise de la fondation de la Société, mais la liste de souscriptions enregistre son premier versement en juillet 1802 et elle est close en 1819).

En août 1926, le terrain de l'enclos devient la propriété de la « Société de l'Oratoire et du cimetière de Picpus » (aujourd'hui « Fondation de l'Oratoire et du cimetière de Picpus ») .

Personnalités du comité

Dans une réunion tenue en 1802, les souscripteurs désignent onze d’entre eux pour former le Comité :

  1. Mme de Montagu, née L. D. de Noailles, présidente
  2. M. Maurice de Montmorency
  3. M. Aimard de Nicolaï
  4. Mme veuve Le Rebours, née Barville
  5. Mme veuve Freteau, née Moreau
  6. Mme la marquise de La Fayette, née Adrienne de Noailles
  7. Mme veuve Titon, née Benterot
  8. Mme veuve de Faudoas, née de Bernières
  9. Mme veuve Charton, née Chauchat
  10. M. Philippe de Noailles de Poix
  11. M. Théodule de Grammont

Aujourd'hui encore, beaucoup de ces familles nobles utilisent le cimetière comme lieu d'inhumation. On y trouve également des plaques commémoratives en mémoire des membres de ces familles qui ont été déportés et morts dans les camps durant la Seconde Guerre mondiale.

Lieu de souvenir et de prière

Une communauté religieuse dirigée par la Mère Henriette Aymer de la Chevalerie et l’Abbé Pierre Coudrin s’installe à Picpus en 1805. Ce sont les Sœurs de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Marie et de Jésus de l’Adoration Perpétuelle (pères et religieuses des Sacrés-Cœurs de Picpus) qui assurent, dès lors, un service à la mémoire des victimes et de leurs bourreaux.

Pendant la commune de Paris, cette communauté est de nouveau touchée lorsque quatre-vingt-quatre religieuses et quatre pères sont tués par les Communards.

Sur le prospectus remis aux visiteurs de ce lieu de mémoire, il est précisé : « Comme l'ont voulu les fondateurs, l'on prie ici (...) non seulement pour les victimes mais aussi pour leurs bourreaux, victimes eux aussi d'une des premières manifestations du totalitarisme opposé à toute dignité humaine. Picpus est également un lieu de méditation et de pardon pour l'excès des hommes égarés par les idéologies matérialistes, et, avec la participation de la Congrégation des Sœurs, un lien d'amour des hommes et de confiance dans l'avenir ».

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, major général de l'armée américaine, lieutenant de l'armée française, député de Seine-et-Marne, y est inhumé à côté de sa femme, née Adrienne de Noailles (dont une des quatre sœurs, Louise, la mère, née Henriette d'Aguesseau et la grand-mère paternelle, Catherine de Cossé-Brissac, figurent parmi ceux qui furent décapités et jetés dans les fosses communes en 1794).

Son cercueil est recouvert avec la terre qu'il a ramenée de Brandywine. Un drapeau américain, qui flotte en permanence au-dessus de sa tombe est renouvelé tous les 4 juillet, date anniversaire de l'Indépendance des États-Unis. L'ambassadeur des États-Unis vient lui rendre hommage ainsi que des représentants de la Ville de Paris, du Sénat et des communautés d'amitié du "héros des deux Mondes". (Selon la légende, durant l'Occupation, les Allemands ont laissé le drapeau américain flotter au-dessus de sa tombe, malgré leur état de guerre avec les États-Unis.

Hommage américain

Le 4 juillet 1917, jour de fête nationale américaine, et dans le cadre des cérémonies destinées à exalter l'alliance de la France et des États-Unis dans leur combat contre l'Allemagne, une délégation américaine dépose une gerbe sur la tombe de La Fayette7. Ce geste est depuis lors réédité chaque 4 juillet à l'initiative de la Société des Cincinnati de France et de la Société des Fils de la Révolution américaine.

Localisation et visites

L'entrée du cimetière est située 35 rue de Picpus, dans le 12e arrondissement. La chapelle, où se trouve la liste des victimes est très simple et tenue par les sœurs des Sacrés-Cœurs. Pleine de finesse, elle est faite de bois sombre et recouverte d'une couronne dorée. Elle porte le nom de la statue de Notre-Dame de la Paix qui tient l'Enfant Jésus sur son bras gauche, et qui est exposée à gauche du chœur. Sculptée vers 1530, offerte par Henri de Joyeuse aux Capucins du monastère de la rue Saint-Honoré, elle a la réputation d'être à l'origine de nombreuses guérisons miraculeuses8, dont celle dit-on, du Roi-Soleil, guéri9 d'une des nombreuses maladies dont il souffrait. C'est pourquoi une chapelle plus vaste a été construite, que le roi Louis XIV aurait inauguré le 7 juillet 1658.

Endroit miraculeux

Le 16 août 1658, Louis XIV témoigne lui-même de sa reconnaissance pour cette guérison dans la chapelle10.

Tombes célèbres

La tombe de La Fayette, ornée d'un drapeau américain.
  • La Fayette, mort le 20 mai 1834, général et homme politique français et américain, héros de la guerre d'indépendance des États-Unis et personnalité de la Révolution française11
  • 1 306 victimes de la Terreur entre le 14 juin et le 27 juillet 1794 enterrées dans deux fosses communes dont :
    • Les Carmélites de Compiègne, guillotinées le 17 juillet 1794
    • Jean-Antoine Roucher, poète, receveur des gabelles, guillotiné le 7 thermidor an II (voir la gravure La dernière charrette)
    • André Chénier, poète, guillotiné le 7 thermidor an II dans les fosses à Picpus
    • Richard Mique, (1728–1794) architecte français, Premier Architecte du roi Louis XVI et directeur de l'Académie royale d'architecture, principal maître d'œuvre des travaux du château de Versailles à la fin du XVIIIe siècle. Guillotiné le 8 juillet 1794. Son fils est également enseveli avec lui.
    • Aimé Picquet du Boisguy (1776-1839), général chouan.
    • Antoine Terray (1751-1794), intendant des Finances à Montauban, intendant de Moulins et intendant de Lyon.
    • Hugues de Baudus, lieutenant civil et criminel du sénéchal de Cahors guillotiné en 1794
  • Alexandre de Beauharnais, guillotiné le 5 thermidor an II, époux de Joséphine, future Impératrice.
  • Frédéric III, prince souverain de Salm-Kirburg, Allemand, colonel des troupes allemandes, commandant du bataillon de la Fontaine-Grenelle, frère d'Amélie Zéphyrine de Salm-Kirburg et beau-frère du prince Aloys Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen, guillotiné le 6 messidor an II.[réf. nécessaire]
  • Mathieu de Montmorency-Laval (1766-1826), ministre des Affaires Étrangères, membre de l'Académie française.
  • Sosthènes de La Rochefoucauld (1785-1864), IIe duc de Doudeauville, Directeur des Beaux-Arts, Aide-de-Camp du roi Charles X.
  • Charles de Montalembert (1810-1870), homme politique et écrivain catholique.
  • Sosthènes II de La Rochefoucauld (1825-1908), IVe duc de Doudeauville, ambassadeur de France, bailli de l'Ordre de Malte, député de la Sarthe (1871-1898), Président du Jockey Club.
  • Armand I de La Rochefoucauld (1870-1963), Ve duc de Doudeauville, Président du Jockey Club (1919-1963).
  • G. Lenotre (1855-1935), membre de l'Académie française, historien de la Révolution. Il a justement écrit l'histoire de ce lieu (voir la bibliographie ci-dessous).

Accès

Entrée du cimetière de Picpus.

Le cimetière de Picpus est desservi par les lignes de métro (M)(1)(6)(9) aux stations Nation et Bel-Air ainsi les lignes de bus RATP 29 56.

Sources

  • En respect du Copyright du propriétaire du site « cimetière de Picpus (cimetière révolutionnaire) » (voir ci-après), on citera le nom du domaine.

Références

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Picpus Cemetery » (voir la liste des auteurs).
  1. « Cimetière de Picpus et ancien couvent des chanoinesses de Picpus » [archive], base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Cimetière de Picpus (Cimetière révolutionnaire) [archive]
  3. Vie et histoire du 12e arrondissement, Hervas - 1999
  4. Elle avait été creusée pour ensevelir les futures victimes, mais après le 9 Thermidor, elle resta heureusement vide.
  5. G. Lenotre, Le Jardin de Picpus, Librairie académique Perrin, Paris, 1928.
  6. d'une branche de la maison de Salm
  7. Une brève mentionne cet évènement dans Le Nouvelliste du Morbihan : http://recherche.archives.morbihan.fr/ark:/15049/vta523d30dfa48a4/daogrp/0/layout:table/idsearch:RECH_afdb73f835ce7e385b2fa3c10ea2f40b#id:1692909557?center=1862.2405516759436,-1559.0524920986793&zoom=8 [archive]
  8. Histoire de cette statue [archive].
  9. fête de Notre Dame de la Paix, sur le site de la congrégation des sacrés-cœurs [archive]
  10. Vie et histoire du 12e arrondissement, Hervas, 1999.
  11. Le 4 juillet 1917, 4 mois après avoir débarqué dans la France en guerre, le lieutenant-colonel Charles E. Stanton dit « Lafayette, nous voici ! ». Article sur le site de la Société des Cincinnati de France [archive], phrase attribuée à tort à John Pershing.

Articles connexes

  • Conspiration des prisons
  • Liste des emplacements de la guillotine à Paris lors de la Révolution française
  • Dernier voyage des condamnés sous la Révolution française
  • Maison Coignard
  • Pension Belhomme
  • Maison Blanchard à Picpus
  • Cimetière parisien
  • Cimetière des Errancis
  • Pères et religieuses des Sacrés-Cœurs de Picpus
  • Chapelle Notre-Dame-de-la-Paix de Picpus
  • Florence de Baudus

Liens externes

Bibliographie

  • G. Lenotre, Le Jardin de Picpus, Librairie académique Perrin, Paris, vers 1930
  • Florence de Baudus, Le Lien du sang, Éditions du Rocher, 2000

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