Vendée Militaire et Grand Ouest

19 février 2020

Hugo Victor

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Victor Hugo

 

Victor Hugo

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Victor Hugo vers 1884.
Fonctions
Sénateur (d)
Seine
30 janvier 1876 - 22 mai 1885
 
Député
8 février - 1er mars 1871
 
Député
Seine
4 juin 1848 - 2 décembre 1851
 
Pair de France
1845-1848
 
Biographie
Naissance
26 février 1802


Maison natale de Victor Hugo

Décès
22 mai 1885

(à 83 ans)
Paris

Sépulture
Panthéon
Nom de naissance
Victor-Marie Hugo1
Nationalité
Français
Domicile
Place des Barricades
Formation
Université de Paris
Lycée Louis-le-Grand
Activité
Poète
Écrivain
Romancier
Dramaturge
Pamphlétaire
Personnalité politique
Dessinateur
Peintre
Famille
Famille Hugo
Père
Joseph Léopold Sigisbert Hugo
Mère
Sophie Trébuchet
Fratrie
Abel Hugo
Eugène Hugo
Conjoint
Adèle Foucher (à partir de 1822)
Enfants
Adèle Hugo
François-Victor Hugo
Charles Hugo
Léopoldine Hugo
Autres informations
Parti politique
Parti de l'Ordre
Membre de
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon et de Franche-Comté
Société savante Serbe (d)
Académie française (1841)
Conflit
Guerre franco-allemande de 1870
Mouvement
Romantisme
Maître
Louis Lefébure de Fourcy
Influencé par
John Owen
Adjectifs dérivés
Hugolien
Distinctions
Concours général
Officier de la Légion d'honneur (1937)
Œuvres principales
  • Romans :
    • Notre-Dame de Paris, 1831
    • Les Misérables, 1862
    • Les Travailleurs de la mer, 1866
  • Poésie :
    • Les Orientales, 1829
    • Les Châtiments, 1853
    • Les Contemplations, 1856
    • La Légende des siècles, 1859
  • Théâtre :
    • Hernani, 1830
    • Ruy Blas, 1838
signature de Victor Hugo
signature
Panthéon Victor Hugo.JPG
Vue de la sépulture.

Victor Hugo est un poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français, né à Besançon le 26 février 1802 (le 7 ventôse an X selon le calendrier républicain encore en vigueur2) et mort le 22 mai 1885 à Paris. Il est considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a joué un rôle majeur dans l’histoire du XIXe siècle. Il occupe une place marquante dans l’histoire des lettres françaises au XIXe siècle, dans des genres et des domaines d’une remarquable variété3,4.

Au théâtre, Victor Hugo se manifeste comme un des chefs de file du Romantisme français lorsqu'il expose sa théorie du drame romantique dans les préfaces qui introduisent Cromwell en 18275, puis Hernani en 1830 qui sont de véritables manifestes, puis par ses autres œuvres dramatiques : Ruy Blas en 1838, mais aussi Lucrèce Borgia et Le Roi s'amuse.

Victor Hugo est aussi un poète lyrique avec des recueils comme Odes et Ballades (1826), Les Feuilles d'automne (1831) ou Les Contemplations (1856), mais il est aussi poète engagé contre Napoléon III dans Les Châtiments (1853) ou encore poète épique avec La Légende des siècles (1859 et 1877).

Ses romans rencontrent également un grand succès populaire, avec notamment Notre-Dame de Paris (1831), et plus encore avec Les Misérables (1862).

Son œuvre multiple comprend aussi des discours politiques à la Chambre des pairs, à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative, notamment sur la peine de mort, l’école ou l’Europe, des récits de voyages (Le Rhin, 1842, ou Choses vues, posthumes, 1887 et 1890), une correspondance abondante, ainsi que de nombreux croquis et dessins à la plume et au lavis.

Victor Hugo a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre. Il a été admiré par ses contemporains et l’est encore, mais il a aussi été contesté par certains auteurs modernes6. Il a permis à de nombreuses générations de développer une réflexion sur l’engagement de l’écrivain dans la vie politique et sociale grâce à ses multiples prises de position, choisissant de s'exiler pour vivre à Guernesey pendant les vingt ans du Second Empire.

Ses choix, à la fois moraux et politiques7, durant la deuxième partie de sa vie, et son œuvre hors du commun ont fait de lui un personnage emblématique, que la Troisième République a honoré par des funérailles nationales, qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris le 1er juin 1885, dix jours après sa mort.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Enfance et jeunesse
    • 1.2 Jeune écrivain
    • 1.3 Années théâtre
    • 1.4 Action politique
    • 1.5 Exil
    • 1.6 Retour en France et mort
  • 2 Une œuvre monumentale
    • 2.1 Romancier
      • 2.1.1 Romancier inclassable
      • 2.1.2 Œuvre de combat
    • 2.2 Dramaturge
      • 2.2.1 Projet ambitieux
      • 2.2.2 Accueil mitigé
      • 2.2.3 Devenir
    • 2.3 Poète
      • 2.3.1 Vers de jeunesse
      • 2.3.2 Première maturité
      • 2.3.3 Créativité et puissance littéraire
      • 2.3.4 Place à part dans son siècle
    • 2.4 Le témoin voyageur
    • 2.5 Dessinateur
    • 2.6 Victor Hugo et la photographie
    • 2.7 Victor Hugo et la musique
    • 2.8 Victor Hugo et les peintres
  • 3 Pensée politique
    • 3.1 Politique intérieure
    • 3.2 Commune
    • 3.3 Combats sociaux
      • 3.3.1 Question sociale
      • 3.3.2 Peine de mort
    • 3.4 États-Unis d'Europe
    • 3.5 Colonisation et esclavage
    • 3.6 Féminisme
    • 3.7 Droit d'auteur
    • 3.8 Discours
  • 4 Convictions religieuses
  • 5 Hugo et ses contemporains
    • 5.1 Temps des rivaux
    • 5.2 Statue du commandeur
  • 6 Hugo et les femmes
    • 6.1 L’épouse
    • 6.2 Les maîtresses officielles
      • 6.2.1 Juliette Drouet
      • 6.2.2 Léonie d’Aunet, épouse Biard
    • 6.3 Les aventures
  • 7 Hugo : histoire d’un corps
    • 7.1 La jeunesse
    • 7.2 La maturité
    • 7.3 La vieillesse
    • 7.4 Les derniers jours
    • 7.5 Après le décès
  • 8 Liste des œuvres
    • 8.1 Théâtre
    • 8.2 Romans
    • 8.3 Poésies
    • 8.4 Autres textes
    • 8.5 Œuvres posthumes
  • 9 Postérité
    • 9.1 Au XXe siècle
    • 9.2 Adaptations
      • 9.2.1 Cinéma
      • 9.2.2 Télévision
      • 9.2.3 Opéra
      • 9.2.4 Mélodies
      • 9.2.5 Comédies musicales
      • 9.2.6 Films d'animation
      • 9.2.7 Chansons
    • 9.3 Victor Hugo lu à l'étranger
      • 9.3.1 En Russie et en URSS
      • 9.3.2 En Angleterre[331]
  • 10 Iconographie
  • 11 Bibliographie
    • 11.1 Œuvres complètes, éditions de référence
    • 11.2 Études générales
      • 11.2.1 Sources anciennes
      • 11.2.2 Sources récentes
    • 11.3 Monographies
    • 11.4 Anthologies
    • 11.5 Documentaires
  • 12 Notes et références
    • 12.1 Notes
    • 12.2 Références
  • 13 Voir aussi
    • 13.1 Articles connexes
    • 13.2 Liens externes
      • 13.2.1 Liens généralistes
      • 13.2.2 Liens thématiques

Biographie

Enfance et jeunesse

Maison natale de Victor Hugo à Besançon.

Victor-Marie Hugo1 est le fils du général d'Empire Joseph Léopold Sigisbert Hugo (1773-1828), créé comte, selon la tradition familiale, par Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, et en garnison dans le Doubs au moment de la naissance de son fils, et de Sophie Trébuchet (1772-1821), jeune femme issue de la bourgeoisie nantaise (voir maison natale de Victor Hugo). Le 19 novembre 1821, Léopold Hugo confie à son fils qu’il a été conçu « non sur le Pinde de l'Empire ottoman mais sur un des pics les plus élevés des Vosges, lors d’un voyage de Lunéville à Besançon ». Il ajoute : « cette origine presque aérienne [explique pourquoi] ta muse est constamment sublime8 ».

À peine né, il est déjà le centre de l'attention. Enfant fragile, sa mère dormira souvent avec lui et lui donnera beaucoup d'attention9. Benjamin d'une famille de trois enfants après Abel Joseph Hugo (1798-1855) et Eugène Hugo (1800-1837), il passe son enfance à Paris au 8 rue des Feuillantines. De fréquents séjours à Naples et en Espagne, à la suite des affectations militaires de son père, marqueront ses premières années. Ainsi, en 1813, alors que Mme Hugo rejoint son mari, la famille fait halte à Hernani, ville du Pays basque espagnol. La même année, il est, avec ses frères Abel et Eugène, pensionnaire dans une institution religieuse de Madrid, le Real Colegio de San Antonio de Abad10,11. Vers 1813, il s'installe à Paris avec sa mère qui s'est séparée de son mari, car elle entretient une liaison avec le général d'Empire Victor Fanneau de la Horie, parrain et précepteur de Victor Hugo auquel il donne son prénom12 ; Victor l'aimera comme un second père. En septembre 1815, il entre avec son frère à la pension Cordier. D'après Adèle Foucher, son épouse qui fut aussi son amie d'enfance, c'est vers cet âge qu'il commence à versifier. Autodidacte, c'est par tâtonnement qu'il apprend la rime et la mesure13. Il est encouragé par sa mère à qui il lit ses œuvres, ainsi qu’à son frère Eugène. Ses écrits sont relus et corrigés par un jeune maître d’études de la pension Cordier qui s’est pris d’amitié pour les deux frères14. Sa vocation est précoce et ses ambitions sont immenses. Âgé de quatorze ans à peine, Victor note dans un journal : « Je veux être Chateaubriand ou rien »15.

En 1817, Victor Hugo a quinze ans lorsqu'il participe à un concours de poésie organisé par l'Académie française sur le thème Bonheur que procure l’étude dans toutes les situations de la vie. Le jury est à deux doigts de lui adresser le prix mais le titre de son poème (Trois lustres à peine) suggère trop son jeune âge et l’Académie croit à un canular : il reçoit seulement une mention16. Il concourt sans succès les années suivantes mais gagne, à des concours organisés par l'Académie des Jeux floraux de Toulouse, en 1819, un Lys d'or pour La statue de Henri IVA 1 et une Amaranthe d'or pour Les Vierges de VerdunA 2,17, et une Amaranthe d'or en 1820 pour Moïse sur le Nil18,19. Ayant remporté trois prix, il devient Maître-ès-jeux floraux de 182020, suivi par Chateaubriand l'année suivante21.

Encouragé par ses succès, Victor Hugo délaisse les mathématiques, pour lesquelles il a des aptitudes (il suit les cours des classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand22), et embrasse la carrière littéraire. Avec ses frères Abel et Eugène, il fonde en 1819 une revue ultra, Le Conservateur littéraire, qui attire déjà l’attention sur son talent. Son premier recueil de poèmes, Odes, paraît en 1821 : il a alors dix-neuf ans. Les mille-cinq-cents exemplaires s’écoulent en quatre mois. Le roi Louis XVIII, qui en possède un exemplaire, lui octroie une pension annuelle de mille francs23, ce qui lui permet de vivre de sa passion et d’envisager d’épouser son amie d’enfance Adèle Foucher12.

Jeune écrivain

Victor Hugo jeune homme.

La mort de sa mère le 27 juin 1821 l’affecte profondément24. En effet, les années de séparation d’avec son père l’avaient rapproché de celle-ci. Il épouse, le 12 octobre 1822, en l'église Saint-Sulpice de Paris, son amie d’enfance, Adèle Foucher, née en 1803, qui donne naissance à cinq enfants :

Tombe de Charles et François-Victor au cimetière du Père-Lachaise.
  • Léopold (16 juillet 1823 - 10 octobre 1823) ;
  • Léopoldine (28 août 1824 - 4 septembre 1843) ;
  • Charles (4 novembre 1826 - 13 mars 1871) ;
  • François–Victor (28 octobre 1828 - 26 décembre 1873) ;
  • Adèle (28 juilleta 1830 - 21 avril 1915), la seule qui survivra à son illustre père, mais dont l’état mental, très tôt défaillant, lui vaudra de longues années en maison de santé.

Adèle Foucher ayant été, depuis l'adolescence, l'amour secret d'Eugène Hugo (frère puîné de Victor), le mariage précipite Eugène dans la folie : on diagnostique la démence25 qui conduira à sa prise en charge par Esquirol. Brièvement libéré il se jette sur sa belle-mère un couteau à la main, voulant la tuer. Il sera à nouveau interné, jusqu’à sa mort en 183726.

Hugo commence la rédaction la même année de Han d'Islande (publié en 1823), qui reçoit un accueil mitigé, mais vaut à son auteur une nouvelle pension de deux mille francs. Une critique de Charles Nodier, bien argumentée, est l’occasion d’une rencontre entre les deux hommes et de la naissance d’une amitié27. À la bibliothèque de l'Arsenal, berceau du romantisme, il participe aux réunions du Cénacle28, qui auront une grande influence sur son développement29. Son amitié avec Nodier dure jusqu’à 1827-1830, époque où celui-ci commence à être très critique envers les œuvres de Victor Hugo30. Durant cette période, Victor Hugo renoue avec son père31, qui lui inspirera les poèmes Odes à mon pèreb et Après la bataille32. Celui-ci meurt en 1828.

Jusqu'en mars 1824, le couple habite chez les parents d'Adèle ; ils déménagent pour le 90, rue de Vaugirardc, appartement où leur fille Léopoldine naît33, en août 1824.

Sa pièce Cromwell, publiée en 1827, fait éclat. Dans la préface de ce drame, Victor Hugo s’oppose aux conventions classiques, en particulier à l'unité de temps et à l'unité de lieu, et jette les premières bases de son drame romantique.

L'arrivée de leur fils Charles en novembre 1826 fait déménager la famille l'année suivante dans une maison au 11, rue Notre-Dame-des-Champsd,33.

Le couple reçoit beaucoup et se lie avec Sainte-Beuve, Lamartine, Mérimée, Musset, Delacroix34.

François–Victor naît en octobre 1828. En mai 1830, la famille déménage pour la Rue Jean-Goujon35. Adèle, leur dernier enfant, naît en juillet. Ils habiteront rue Jean-Goujon jusqu'en octobre 1832.

Adèle, la mère, délaissée dans le tourbillon qui a entouré la rédaction, les répétitions, les représentations et le triomphe d’Hernani, se rapproche du meilleur ami et confident du couple, Sainte-Beuve, puis entretient une relation amoureuse avec lui, qui se développe durant l’année 183136. Entre les deux hommes, les relations courtoises se maintiennent pourtant avant que leur amitié ne se transforme en haine (Hugo songe même à le provoquer en duel) lorsqu'Adèle avoue son infidélité à son mari. Leur liaison dure jusqu'en 1837, date à laquelle Sainte-Beuve quitte Paris pour Lausanne37.

De 1826 à 1837, la famille séjourne fréquemment au Château des Roches à Bièvres, propriété de Bertin l’Aîné, directeur du Journal des débats. Au cours de ces séjours, Hugo rencontre Berlioz, Chateaubriand, Liszt, Giacomo Meyerbeer, et rédige des recueils de poésie, dont les Feuilles d'automne. Il publie en 1829, le recueil de poèmes les Orientales. La même année, paraît Le Dernier Jour d'un condamné, court roman dans lequel Victor Hugo présente son dégoût de la peine de mort, sujet qu'il abordera à nouveau dans Claude Gueux en 1834. Le roman Notre Dame de Paris paraît en 1831.

La Bataille d'Hernani (Grandville, 1836).

Années théâtre

De 1830 à 1843, Victor Hugo se consacre presque exclusivement au théâtre, mais publie néanmoins des recueils de poésies : Les Feuilles d'automne (1831), Les Chants du crépuscule (1835), Les Voix intérieures (1837), Les Rayons et les Ombres (1840).

Déjà en 1828, il avait monté une œuvre de jeunesse Amy Robsart. L'année 1830 est l'année de la création d’Hernani, qui est l'occasion d'un affrontement littéraire fondateur entre anciens et modernes. Ces derniers, au premier rang desquels Théophile Gautier, s'enthousiasment pour cette œuvre romantique. Le 25 février 1830, la pièce est jouée au Théâtre-Français. Dès les premiers vers, les querelles se font entendre dans le parterre. Rapidement les romantiques et les anciens se battent et se défendent. Ce combat qui restera dans l'histoire de la littérature sous le nom de « bataille d'Hernani », souligne le triomphe de la pièce38.

Gautier résuma en des termes que n’aurait pas reniés Hugo leur combat commun contre les chiens de garde du classicisme, « toutes ces larves du passé et de la routine, tous ces ennemis de l’art, de l’idéal, de la liberté et de la poésie, qui cherchent de leurs débiles mains tremblotantes à tenir fermée la porte de l’avenir »39. Marion de Lorme, interdite une première fois en 1829, est montée en 1831 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, puis, en 1832, Le roi s'amuse au Théâtre-Français. La pièce sera dans un premier temps interdite, fait dont Hugo s'indignera dans la préface de l'édition originale de 183240.

En 1833, il rencontre l'actrice Juliette Drouet, qui devient sa maîtresse. Elle lui consacrera sa vie et le sauvera de l'emprisonnement lors du coup d'État de Napoléon III. Il écrira pour elle de nombreux poèmes. Tous deux passent ensemble chaque anniversaire de leur première nuit d'amour et remplissent, à cette occasion, année après année, un cahier commun qu'ils nomment tendrement le Livre de l'anniversairee,41,42. Mais Juliette ne fut qu'une de ses nombreuses maîtresses43. Il y aura notamment Léonie d'Aunet avec qui il entretiendra une liaison de 1844 à 1851 ou l’actrice Alice Ozy en 1847, alors même que son fils Charles en était l'amant44.

Juliette Drouet vers 1827.
Portrait peint par Charles-Émile Callande de Champmartin.

Lucrèce Borgia et Marie Tudor sont montées au Théâtre de la porte Saint-Martin en 1833, Angelo, tyran de Padoue au Théâtre Français en 1835. Il manque de salle pour jouer les drames nouveaux. Victor Hugo décide donc, avec Alexandre Dumas, de créer une salle consacrée au drame romantique. Aténor Joly reçoit, par arrêté ministériel, le privilège autorisant la création du théâtre de la Renaissance en 183645, où sera donné, en 1838, Ruy Blas.

Hugo accède à l'Académie française le 7 janvier 1841, après trois tentatives infructueuses essentiellement dues à certains académiciens menés entre autres par Étienne de Jouyf, opposés au romantisme et le combattant férocement46. Il y prend le fauteuil (no 14) de Népomucène Lemercier, l'un de ces opposants.

Puis, en 1843, est montée la pièce Les Burgraves, qui ne recueille pas le succès escompté. Lors de la création de toutes ces pièces, Victor Hugo se heurte aux difficultés matérielles et humainesg. Ses pièces sont régulièrement sifflées par un public peu sensible au drame romantique, même si elles reçoivent aussi de la part de ses admirateurs de vigoureux applaudissements47.

Le 4 septembre 1843, sa fille Léopoldine meurt tragiquement à Villequier, dans la Seine, noyée avec son mari Charles Vacquerie dans le naufrage de leur barque. Hugo était alors dans les Pyrénées, avec sa maîtresse Juliette Drouet, et il apprend ce drame par les journaux à Rochefort48. L'écrivain est terriblement affecté par cette mort, qui lui inspirera plusieurs poèmes des Contemplations – notamment, « Demain, dès l'aube… ». À partir de cette date et jusqu'à son exil, Victor Hugo ne produit plus rien, ni théâtre, ni roman, ni poème. Certains voient dans la mort de Léopoldine et l'échec des Burgraves une raison de sa désaffection pour la création littéraire49. D'autres y voient plutôt l'attrait pour la politique, qui lui offre une autre tribune50.

Action politique

Élevé par sa mère nantaise (Sophie Trébuchet) dans l'esprit du royalisme, il se laisse peu à peu convaincre de l'intérêt de la démocratie (J'ai grandi, écrit-il dans le poème « Écrit en 1846 »51 en réponse à un reproche d'un ami de sa mère).

Selon Pascal Melka52, Victor Hugo a la volonté de conquérir le régime pour avoir de l'influence et permettre la réalisation de ses idées53. Il devient ainsi confident de Louis-Philippe en 1844, puis pair de France en 1845. Son premier discours en 1846 est pour défendre le sort de la Pologne écartelée entre plusieurs pays54, puis en 1847, il défend le droit au retour des bannis, dont celui de Jérôme Napoléon Bonaparte55.

Le 25 février 1848, il est nommé maire du 8e arrondissement de Paris. Après un premier échec, il est élu le 4 juin député de la deuxième République et siège parmi les conservateurs. Le 20 juin, il prononce son premier discours à l'Assemblée. Lors des émeutes ouvrières de juin 1848, il devient, comme soixante autres, commissaire chargé par l’Assemblée Constituante de rétablir l’ordre. Il commande des troupes face aux barricades, dans l'arrondissement parisien dont il se trouve être le maire56. Il désapprouvera plus tard la répression sanglante à laquelle il a participé57. Il fonde le journal L'Événement58 en août 1848. Il est déçu par les autorités issues de la Révolution de février et les lois répressives que vote l’assemblée constituante contre la presse les 9 et 11 août le révulsent et lui font dire : « Les hommes qui tiennent le pays depuis Février ont d’abord pris l’anarchie pour la liberté ; maintenant ils prennent la liberté pour l’anarchie »59. Il soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République en décembre 1848. Après la dissolution de l'Assemblée nationale, il est élu le 13 mai 1849 à l'Assemblée législative et prononce son Discours sur la misère le 9 juillet 1849 et le 30 juin 185060. Il rompt avec Louis-Napoléon Bonaparte, lorsque celui-ci soutient le retour du pape à Rome61, et il se bat progressivement contre ses anciens amis politiques, dont il réprouve la politique réactionnaire.

La maison du Pigeon, maison de la Grand-Place de Bruxelles que Victor Hugo habita lors de son exil à Bruxelles en 1852.

Exil

Article détaillé : Exil de Victor Hugo.

Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, Victor Hugo participe à l'organisation d'une résistance qui échoue62. Il tente alors d'abord de fuir, puis se constitue prisonnier, mais un commissaire français, flairant le piège, refuse de l'arrêter lui répondant : « M. Hugo, je ne vous arrête pas, car je n'arrête que les gens dangereux ! »63. Dans la soirée du 11 décembre, il prend le train pour Bruxelles sous la fausse identité de Jacques Firmin Lanvin, ouvrier typographe64. Il s'exile alors à Bruxelles, où son bannissement est confirmé par le décret du 9 janvier 1852 qui touche les anciens représentants à l'Assemblée nationale, comme Victor Schoelcher et 64 autres65. De Bruxelles, il part pour Jersey. Il condamne vigoureusement pour des raisons morales66,h le coup d'État et son auteur Napoléon III dans un pamphlet publié en 1852, Napoléon le Petit, ainsi que dans Histoire d'un crime, écrit au lendemain du coup d'État et publié 25 ans plus tard67, et dans Les Châtiments66. Le souvenir douloureux de Léopoldine sa fille — ainsi que sa curiosité — le pousse à tenter des expériences de spiritisme, consignées dans Les Tables tournantes de Jersey.

Hauteville House, maison de Victor Hugo en exil à Guernesey.

Ses critiques envers la reine Victoria et l’Angleterre sont évoquées à la Chambre des Communes :

That individual had a sort of personal quarrel with the distinguished personage whom the people of France had chosen for their Sovereign, and he told the people of Jersey that our alliance with the French Emperor was a moral degradation to England. What was all this to M. Victor Hugo? If miserable trash of this kind was to be addressed to the English people by foreigners who found a safe asylum in this country, he would appeal to the noble Lord the Home Secretary whether some possible step could not be taken to put a stop to it.

« Ce particulier entretenait en quelque sorte une querelle avec la personne distinguée et élevée que le peuple de France s’est choisi pour souverain, et il est allé dire à la population de Jersey que notre alliance avec l’Empereur des Français était une dégradation morale pour l’Angleterre. En quoi tout cela concerne-t-il M. Victor Hugo ? Si des étrangers qui ont trouvé un asile sûr dans notre pays devaient à nouveau proférer d’aussi misérables niaiseries, [j’en] appellerais à l’honorable Lord, Ministre de l’intérieur, afin de réfléchir au moyen qu’il conviendrait de prendre pour y mettre un terme. »

— (en) « Sir Robert Peel,3rd Baronet - The address in answer to the speech » [archive], sur Hansard 1803-2005, 12 décembre 1854 (consulté le 17 juin 2017)

Il semble apaisé et affirme que l’exil aura été finalement une excellente chose. C’est du moins ce qu’il écrit à David d’Angers en avril 1854 : « Cher ami, enviez-moi, enviez-moi tous ; ma proscription est bonne, et j’en remercie la destinée » et ce qu’il confirme dans ses carnets en décembre : « Je trouve de plus en plus l’exil bon ; […] Je mourrai peut-être dans l’exil, mais je mourrai accru.

Tout est bien. […]68,69 »

Après avoir été chassé de Jersey en 1855, il s'installe à Guernesey où il achète Hauteville House qui sera sa demeure durant quatorze ans. Il fait partie des quelques proscrits qui refusent l'amnistie70 décidée quelque temps après (« Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là »71). Ces années difficiles sont très fécondes. Il publiera notamment Les Châtiments (1853), œuvre en vers qui prend pour cible le Second Empire ; Les Contemplations, poésies (1856) ; La Légende des siècles (1859), ainsi que Les Misérables, roman (1862). Il rend hommage au peuple de Guernesey dans son roman Les Travailleurs de la mer (1866).

Hôtel des Colonnes à Waterloo où Victor Hugo résida en mai-juin 186072.

Il reçoit quelques visites du continent, celle de Judith Gautier et, en 1860, celle de Boucher de Perthes73. Le fondateur de la science préhistorique le décrit alors comme un « républicain gentilhomme […], fort bien installé, vivant en père de famille […], aimé de ses voisins et considéré des habitants ».

Retour en France et mort

Napoléon III signe en 1859 une amnistie générale des prisonniers politiques, mais Victor Hugo refuse de profiter de cette grâce de l’« usurpateur ». De Hauteville House, il écrit le 18 août : « Au bout de huit ans, le criminel jugea à propos d’absoudre les innocents ; l’assassin offrit leur grâce aux assassinés, et le bourreau sentit le besoin de pardonner aux victimes. Il décréta la rentrée des proscrits en France ». Et il ajoute : « Quand la liberté rentrera, je rentrerai »74. Il agit de même en 186975. Victor Hugo retourne en France en septembre 1870 après la défaite de l'armée française à Sedan ; selon ses notes de la fin aoûti, il espère alors fermement que son pays va lui offrir la dictature76. Les Parisiens lui font un accueil triomphal. Il participe activement à la défense de la ville assiégée. Dans le même temps, il lui importe, au nom de l’intérêt du pays, de soutenir le gouvernement de la Défense nationale présidé par le Général Trochu. Aussi, lorsque le 17 janvier 1871, Louis Blanc lui demande à nouveau d’intervenir pour exercer une pression sur le général, il répond : « Je vois plus de danger à renverser le gouvernement qu’à le maintenir »77. Élu à l'Assemblée nationale (siégeant alors à Bordeaux) le 8 février 1871, il en démissionne le mois suivant pour protester contre l'invalidation de Garibaldi. En mars 1871, il est à Bruxelles pour régler la succession de son fils Charles lorsqu'éclate la Commune. C'est de Belgique qu'il assiste à la révolte et à sa répression, qu'il désapprouve si vivement qu'il est expulsé de ce pays78. Il trouve refuge pendant trois mois et demi au Grand-Duché (1er juin-23 septembre). Il séjourne successivement à Luxembourg, à Vianden (deux mois et demi), à Diekirch et à Mondorf, où il suit une cure thermale. Il y achève le recueil L'Année terrible. Il retourne en France fin 1871. Le 2 juillet, il est largement battu aux élections. Plusieurs comités républicains l'ayant sollicité, il accepte de se porter candidat à l'élection complémentaire du 7 janvier 1872. Apparaissant comme « radical » en raison de sa volonté d’amnistier les communards, il est battu par le républicain modéré Joseph Vautrain79.

Médaille à l'effigie de Victor Hugo par Alfred Borrel, 1884, Bronze, 68 mm.

La même année, Hugo se rend à nouveau à Guernesey où il écrit le roman Quatrevingt-treize. En 1873, il est à Paris et se consacre à l'éducation de ses deux petits-enfants, Georges et Jeanne, qui lui inspirent le recueil L'Art d'être grand-père. Il reçoit beaucoup, hommes politiques et littéraires, les Goncourt, Lockroy, Clemenceau, Gambetta78… Le 30 janvier 1876, il est élu sénateur et milite pour l'amnistie. Il s'oppose à Mac Mahon quand celui-ci dissout l'assemblée78. Dans son discours d'ouverture du congrès littéraire international de 1878, il se positionne pour le respect de la propriété littéraire, mais aussi pour le fondement du domaine public. En juin 1878, Hugo est victime d'un malaise, peut-être80 une congestion cérébrale. Il part se reposer quatre mois à Guernesey dans sa demeure de Hauteville House, suivi de son « secrétaire bénévole » Richard Lesclide81. Ce mauvais état de santé met pratiquement fin à son activité d'écriture. Toutefois, de très nombreux recueils, réunissant en fait des poèmes datant de ses années d'inspiration exceptionnelle (1850-1870), continuent à paraître régulièrement (La Pitié suprême en 1879, L'Âne, Les Quatre Vents de l'esprit en 1881, la dernière série de la Légende des siècles en septembre 1883…), contribuant à la légende du vieil homme intarissable jusqu'à la mortj. Durant cette période, nombre de ses pièces sont de nouveau jouées (Ruy Blas en 1872, Marion de Lorme et Marie Tudor en 187382, Le roi s'amuse en 1882)78.

Sous la Troisième République, le gouvernement Ferry promulgue la loi du 30 juillet 1881, dite de « réparation nationale », qui alloue une pension ou rente viagère aux citoyens français victimes du coup d'Etat du 2 décembre 1851 et de la loi de sûreté générale. La Commission générale chargée d'examiner les dossiers, présidée par le Ministre de l'Intérieur, est composée de représentants du ministère, de conseillers d'État, et comprend huit parlementaires, tous d'anciennes victimes : quatre sénateurs (Victor Hugo, Jean-Baptiste Massé, Elzéar Pin, Victor Schœlcher) et quatre députés (Louis Greppo, Noël Madier de Montjau, Martin Nadaud et Alexandre Dethou)83.

Jusqu'à sa mort, en 1885, il reste une des figures tutélaires de la république retrouvée — en même temps qu'une référence littéraire incontestéek. Le vendredi 15 mai, il est victime d'une congestion pulmonaire84. Il meurt le 22 mai 188585, jour de la fête de Juliette Drouet, dans son hôtel particulier « La Princesse de Lusignan », qui était situé au 50 avenue Victor-Hugo, à la place de l'actuel no 12486. Trois jours avant sa mort, il écrit cette dernière pensée : « Aimer, c’est agir »87, et selon la légende, ses derniers mots sont : « C'est ici le combat du jour et de la nuit… Je vois de la lumière noire »88. Conformément à ses dernières volontésl, c'est dans le « corbillard des pauvres » qu'a lieu la cérémonie. Il est d'abord question du Père Lachaise, mais le premier juin, à la suite du décret du 26 mai 1885 lui accordant des obsèques nationales89 voté par 415 voix sur 41890, il est finalement conduit au Panthéon, la jeune Troisième République profitant de cet événement pour retransformer l'église Sainte-Geneviève en Panthéon91. Avant son transfert, son cercueil est exposé une nuit sous l'Arc de triomphe voilé obliquement par un crêpe noir ; des cuirassiers à cheval veillent toute la nuit le catafalque surmonté des initiales VH, selon l'ordonnancement de Charles Garnier92. On considère qu’environ deux millions de personnes et 2 000 délégations se sont déplacées pour lui rendre un dernier hommage93, le cortège vers le Panthéon s'étire sur plusieurs kilomètres94. Il est alors l'écrivain le plus populaire de son temps ; il est déjà depuis plusieurs décennies considéré comme l'un des monuments de la littérature française95.

Article détaillé : Funérailles de Victor Hugo.

Le Minutier central des notaires de Paris, département des Archives nationales, conserve des testaments et codicilles olographes de Victor Hugo, à la suite de son décès survenu en son domicile (aujourd'hui 50, avenue Victor-Hugo), le 22 mai 1885, dans lesquels on trouve le testament mystique dicté par lui le 9 avril 1875, clos le 9 avril 1875 et déposé le 23 mai 1885 ; son testament olographe du 5 mai 1864, à Guernesey, déposé le 12 avril 1886, etc.96.

Une œuvre monumentale

Signature.

L'ensemble des écrits de Victor Hugo (triés et organisés par ses exécuteurs testamentaires Paul Meurice et Auguste Vacquerie97) a été publié chez Jean-Jacques Pauvert et représente presque quarante millions de caractères réunis en 53 volumes.

« L'ensemble de mon œuvre fera un jour un tout indivisible […] Un livre multiple résumant un siècle, voilà ce que je laisserai derrière moi98 »

Victor Hugo a pratiqué tous les genres : roman, poésie, théâtre, essai, etc. — avec une passion du Verbe, un sens de l'épique et une imagination féconde99. Écrivain et homme politique, Victor Hugo n'a jamais cherché à opérer une distinction entre son activité d'écrivain et son engagement100. Ainsi mélange-t-il intimement, dans ses œuvres de fiction, développement romanesque et réflexion politique101.

Ses écrits témoignent de ses intérêts multiples qui allaient de la science à la philosophie, de la Terre à l’univers entier ; ils illustrent sa passion pour l’histoire tout autant que sa foi en l’avenir ; ils s’inspirent de tout ce que Hugo voyait, entendait, vivait, de tout ce qu’il disait dans sa vie quotidienne comme le confia Charles Hugo aux Goncourt : il « a toujours un calepin dans sa poche et [...] dès qu’en causant avec vous, il dit la moindre pensée, il profère la plus petite idée, […] il s’écarte un peu, tire son calepin et écrit ce qu’il vient de dire »102.

Romancier

Romancier inclassable

Six personnages de Victor Hugo par Louis Boulanger,

Musée des beaux-arts de Dijon.

Don Ruy Gomez - Don César de Bazan - Don Salluste

Hernani - Esméralda - Saverny

Hugo a laissé neuf romans. Le premier, Bug-Jargal a été écrit à seize ans ; le dernier, Quatrevingt-treize, à soixante-douze. L'œuvre romanesque a traversé tous les âges de l'écrivain, toutes les modes et tous les courants littéraires de son temps, sans jamais se confondre totalement avec aucun ; en effet, allant au-delà de la parodie, Hugo utilise les techniques du roman populaire en les amplifiant et subvertit les genres en les dépassant103 : si Han d'Islande, en 1823, Bug-Jargal, publié en 1826, ou Notre-Dame de Paris, en 1831, ressemblent aux romans historiques en vogue au début du XIXe siècle ils en dépassent le cadre ; Hugo n'est pas Walter Scott et, chez lui, le roman se développe vers l'épopée et le grandiosem.

Le Dernier Jour d'un condamné en 1829 et Claude Gueux en 1834 engagent une réflexion directement sociale, mais ils ne sont pas plus aisés à définir104. Pour Hugo lui-même, il faut distinguer « romans de faits et romans d'analyse ». Ces deux derniers sont des romans à la fois historiques et sociaux, mais sont surtout des romans engagés dans un combat — l'abolition de la peine de mort — qui dépasse de loin le cadre de la fiction.

On peut en dire autant des Misérables, qui paraît en 1862, en pleine période réaliste, mais qui lui emprunte peu de caractéristiques105.

Dans une lettre à Lamartine, Hugo explique : « Oui, autant qu’il est permis à l’homme de vouloir, je veux détruire la fatalité humaine ; je condamne l’esclavage, je chasse la misère, j’enseigne l’ignorance, je traite la maladie, j’éclaire la nuit, je hais la haine. Voilà ce que je suis, et voilà pourquoi j’ai fait Les Misérables. Dans ma pensée, Les Misérables ne sont autre chose qu’un livre ayant la fraternité pour base et le progrès pour cime »106.

Ce succès populaire phénoménal suscita le sarcasme des Goncourt qui trouvèrent en particulier « amusant de gagner deux cent mille francs […] à s’apitoyer sur les misères du peuple »107.

Il embarrasse encore aujourd'hui la critique, car il louvoie constamment entre mélodrame populaire, tableau réaliste et essai didactique108.

Cosette, illustration pour Les Misérables par Émile Bayard.

De la même façon, dans Les Travailleurs de la mer (1866) et dans L'Homme qui rit (1869), Hugo se rapproche davantage de l'esthétique romantique du début du siècle, avec ses personnages difformes, ses monstres et sa Nature effrayante109.

Enfin, en 1874, Quatrevingt-treize signe la concrétisation romanesque d'un vieux thème hugolien : le rôle fondateur de la Révolution française dans la conscience littéraire, politique, sociale et morale du XIXe siècle. Il mêle alors la fiction et l'histoire, sans que l'écriture marque de frontière entre les narrations110.

Œuvre de combat

Le roman hugolien n'est pas un « divertissement » : pour lui l'art doit en même temps instruire et plairen et le roman est presque toujours au service du débat d'idées. Cette constante traverse les romans abolitionnistes de sa jeunesse, elle se poursuit, dans sa maturité, au travers de ses nombreuses digressions sur la misère matérielle et morale dans Les Misérableso.

Poète ou romancier, Hugo demeure le dramaturge de la fatalité111 et ses héros sont, comme les héros de tragédie, aux prises avec les contraintes extérieures et une implacable fatalité ; tantôt imputable à la société (Jean Valjean ; Claude Gueux ; le héros du Dernier jour d'un condamné), tantôt à l'Histoire (Quatrevingt-treize) ou bien à leur naissance (Quasimodo). Le goût de l'épopée, des hommes aux prises avec les forces de la Nature, de la Société, de la fatalité, n'a jamais quitté Hugo112 ; l'écrivain a toujours trouvé son public, sans jamais céder aux caprices de la mode, et personne ne s'étonne qu'il ait pu devenir un classique de son vivant113.

Dramaturge

Projet ambitieux

Hugo, croqué par Mérimée.

Le théâtre de Victor Hugo se situe dans un renouveau du genre théâtral initié par Madame de Staël, Benjamin Constant, François Guizot, Stendhal114 et Chateaubriand. Dans sa pièce Cromwell qu'il sait être injouable à son époque114 (pièce de 6 414 vers et aux innombrables personnages), il donne libre cours à son idée du nouveau théâtre. Il publie conjointement une préface destinée à défendre sa pièce et où il expose ses idées sur le drame romantique : un théâtre « tout-en-un »114, à la fois drame historique, comédie, mélodrame et tragédie. Il se revendique dans la lignée de Shakespeare114, jetant un pont entre Molière et Corneille115. Il y expose sa théorie du grotesque qui se décline sous plusieurs formes116 : du ridicule au fantastique en passant par le monstrueux ou l'horrible. Victor Hugo écrit « Le beau n'a qu'un type, le laid en a mille »117. Anne Ubersfeld parle à ce sujet de l'aspect carnavalesque du théâtre hugolien118 et de l'abandon de l'idéal du beau114. Selon Victor Hugo, le grotesque doit côtoyer le sublime, car ce sont les deux aspects de la vie119.

Lors de la création de ses autres pièces, Victor Hugo est prêt à de nombreuses concessions120 pour apprivoiser le public et le mener vers son idée du théâtrep. Pour lui, le romantisme est le libéralisme en littérature121. Ses dernières pièces, écrites durant l'exil et jamais jouées de son vivant, sont d'ailleurs réunies dans un recueil au nom évocateur Théâtre en liberté. Le théâtre doit s'adresser à tous : l'amateur de passion, celui de l'action ou celui de la morale115,q. Le théâtre a ainsi pour mission d'instruire, d'offrir une tribune pour le débat d'idées et de présenter « les plaies de l'humanité avec une idée consolante122 ».

Victor Hugo choisit de situer ses pièces principalement dans les XVIe et XVIIe siècles, se documente beaucoup avant de commencer à écrire123, présente souvent une pièce à trois pôles : le maître, la femme, le laid124 où se confrontent et se mélangent deux mondes : celui du pouvoir et celui des serviteursr, où les rôles s'inversent (Ruy Blas, serviteur, joue le rôle d'un grand d'Espagne), où le héros se révèle faible et où le monstre a une facette attachantes.

Victor Hugo reste attaché à l'alexandrin auquel il donne cependant, quand il le souhaite, une forme plus libre125 et rares sont ses pièces en prose (Lucrèce Borgia, Marie Tudor).

Accueil mitigé

Article détaillé : Bataille d'Hernani.

Victor Hugo, s'il possède d'ardents défenseurs de son théâtre comme Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Hector Berlioz, Petrus Borel, etc.126, a aussi rencontré de nombreuses difficultés dans la présentation de ses pièces.

La première est une opposition politique. Sa remise en question des représentants du pouvoir ne plaît pas, Marion de Lorme est interdite, le Roi s'amuse l'est aussi après sa première représentation, Les Ultras attaquent Ruy Blas127.

La seconde est la contrainte économique : il n'existe sur Paris que deux théâtres susceptibles de représenter le drame, le Théâtre-Français et le théâtre de la Porte-Saint-Martin. Ces deux théâtres subventionnés ne roulent pas sur l'or et sont tributaires des subsides de l'État. Leurs directeurs hésitent à prendre des risques45. Victor Hugo se plaindra du manque de liberté qu'ils offrent128. C'est une des raisons qui lui font entreprendre l'aventure du théâtre de la Renaissance.

La troisième et la plus importante est une opposition du milieu artistique lui-même. Les artistes et les critiques de son époque sont pour beaucoup hostiles à la transgression des codes culturels que représente le théâtre de Victor Hugo. Ils approuvent les grandes pensées qui élèvent l'âme, mais s'insurgent contre tout ce qui relève du grotesque, du vulgaire, du populaire ou du trivial129. Ils ne supportent pas tout ce qui est excessif, lui reprochent son matérialisme et son absence de morale130. Ils critiquent vigoureusement chaque pièce présentée et sont souvent à l'origine de leur arrêt prématuré. Le Roi s'amuse ne fut représenté qu'une seule foist, Hernani, pourtant forte de cinquante représentations à succès ne fut pas reprise en 1833, Marie Tudor n'est joué que 42 fois131, Les Burgraves sont un échec et sont retirés de l'affiche après trente-trois représentations132. Ruy Blas est un succès financier, mais est boudé par la critique133. Balzac envoya à Madame Hanska un commentaire au vitriol : « Ruy Blas est une énorme bêtise, une infamie en vers. Jamais l’odieux et l’absurde n’ont dansé de sarabande plus dévergondée. Il a retranché ces deux horribles vers :

… Affreuse compagnonne/Dont la barbe fleurit et dont le nez trognonne.

Mais ils ont été dits pendant deux représentations. Je n’y suis pas encore allé : je n’irai probablement pas. À la quatrième représentation, où le public est arrivé, on a sifflé d’importance134. »

Seule Lucrèce Borgia peut être considérée comme un plein succès.

Devenir

Victor Hugo, assis sur les conventions (l'Académie française et le Théâtre français).

Florence Naugrette fait remarquer que le théâtre de Victor Hugo a été peu joué dans la première moitié du XXe siècle135,136. Il est remis au goût du jour par Jean Vilar en 1954 qui monte successivement Ruy Blas et Marie Tudor. D'autres metteurs en scène suivent qui font revivre Lucrèce Borgia (Bernard Jenny), Les Burgraves et Hernani (Antoine Vitez), Marie Tudor (Daniel Mesguich), les pièces du Théâtre en liberté (L'Intervention, Mangeront-ils?, Mille Francs de récompense…) sont montées dans les années 1960 et continuent à l'être. On peut lire aujourd'hui l'ensemble de ce Théâtre en liberté dans l'édition qu'en a procurée Arnaud Laster137. Naugrette souligne aussi les difficultés d'interprétation du théâtre hugolien, comment n'être ni grandiloquent, ni prosaïque, mais sans fausse pudeur, comment présenter le grotesque sans glisser vers la caricature et comment gérer l'immensité de l'espace scénique et rappelle le conseil de Jean Vilar : « jouer sans pudeur en faisant confiance au texte de Victor Hugo ».

Poète

Vers de jeunesse

À vingt ans, Hugo publie les Odes, recueil qui laisse déjà entrevoir, chez le jeune écrivain, les thèmes hugoliens récurrents : le monde contemporain, l'Histoire, la religion et le rôle du poète, notamment. Par la suite, il se fait de moins en moins classique, de plus en plus romantique, et Hugo séduit le jeune lecteur de son temps au fil des éditions successives des Odes (quatre éditions entre 1822 et 1828).

En 1828, Hugo réunit sous le titre Odes et Ballades toute sa production poétique antérieure. Fresques historiques, évocation de l'enfance ; la forme est encore convenue, sans doute, mais le jeune romantique prend déjà des libertés avec le mètre et la tradition poétique. Cet ensemble permet en outre de percevoir les prémices d'une évolution qui durera toute sa vie : le chrétien convaincu s'y montre peu à peu plus tolérant, son monarchisme qui se fait moins rigide et accorde une place importante à la toute récente épopée napoléonienne ; de plus, loin d'esquiver son double héritage paternel (napoléonien) et maternel (royaliste), le poète s'y confronte, et s'applique à mettre en scène les contraires (ce que l'on appelle l'antithèse hugolienne) pour mieux les dépasser :

« Les siècles, tour à tour, ces gigantesques frères,
Différents par leur sort, semblables en leurs vœux,
Trouvent un but pareil par des routes contraires138. »

Puis Hugo s'éloigne dans son œuvre des préoccupations politiques immédiates auxquelles il préfère — un temps — l'art pour l'art. Il se lance dans Les Orientales (l'Orient est un thème en vogue) en 1829 (l'année du Dernier jour d'un condamné).

Le succès est important, sa renommée de poète romantique assurée et surtout, son style s'affirme nettement tandis qu'il met en scène la guerre d'indépendance de la Grèce (le choix de présenter l'exemple de ces peuples qui se débarrassent de leurs rois n'est pas innocent dans le contexte politique français) qui inspira également Lord Byron ou Delacroix.

Première maturité

Dès les Feuilles d'automne (1832), les Chants du crépuscule (1835) Les Voix intérieures (1837), jusqu'au recueil les Rayons et les Ombres (1840), se dessinent les thèmes majeurs d'une poésie encore lyrique — le poète est une « âme aux mille voix » qui s'adresse à la femme, à Dieu, aux amis, à la Nature et enfin (avec les Chants du crépuscule) aux puissants qui sont comptables des injustices de ce monde.

Ces poésies touchent le public parce qu'elles abordent avec une apparente simplicité des thèmes familiers ; pourtant, Hugo ne peut résister à son goût pour l'épique et le grand. Ainsi, on peut lire, dès le début des Feuilles d'automne, les vers :

« Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte »

Créativité et puissance littéraire

À partir de l'exil commence une période de création littéraire qui est considérée comme la plus riche, la plus originale et la plus puissante de l'œuvre de Victor Hugo. C'est alors que naîtront certains de ses plus grands poèmesu.

Les Châtiments sont des vers de combat qui ont pour mission, en 1853, de rendre public le « crime » du « misérable » Napoléon III : le coup d'État du 2 décembre. Prophète des malheurs qui attendent Napoléon III, exécuteur du neveu honni, Hugo s'y fait cruel, satirique, voire grossier (« pourceau dans le cloaque »139) pour châtier « le criminel »140. Mais Hugo se fait aussi poète de temps meilleurs comme dans Stella ; le poète prend alors des tons quasiment religieux. Quant à la forme des Châtiments, elle est d'une extrême richesse puisque Hugo recourt aussi bien à la fable, qu'à l'épopée, à la chanson ou à l'élégie, etc.

1856 est l’année des Contemplations. Hugo déclare : « Qu'est-ce que les Contemplations ? [...] Les Mémoires d'une âme141. » A son éditeur Hetzel, il écrivait le 31 mai 1855 : « Il faut frapper un grand coup et je prends mon parti. Comme Napoléon (Ier), je fais donner ma réserve. Je vide mes légions sur le champ de bataille. Ce que je gardais à part moi, je le donne, pour que les Contemplations soient mon œuvre de poésie la plus complète. Mon premier volume aura 4 500 vers, le second 5 000, près de 10 000 vers en tout. Les Châtiments n’en avaient que 7 000. Je n’ai encore bâti sur mon sable que des Giseh ; il est temps de construire Chéops ; les Contemplations seront ma grande Pyramide142. »

Le succès est phénoménal. Le recueil sort le 23 avril 1856, tiré à 3 000 exemplaires. Dès le lendemain, Paul Meurice demande à Hugo l’autorisation de procéder à un nouveau tirage, ce qui se fait le 20 mai, à nouveau à 3 000. Entre-temps les premiers droits d’auteur permettent à Hugo d’acheter sa maison de Hauteville-House à Guernesey143.

Apothéose lyrique, marquée par l'exil à Guernesey et la mort (cf. Pauca Meae) de la fille adorée : exil affectif, exil politique : Hugo part à la découverte solitaire du moi et de l'univers. Le poète, tout comme dans les Châtiments, se fait même prophète, voix de l'au-delà, voyant des secrets de la vie après la mort et qui tente de percer les secrets des desseins divins. Mais, dans le même temps, les Contemplations, au lyrisme amoureux et sensuel, contient certains des plus célèbres poèmes inspirés par Juliette Drouet. On y trouve également Demain, dès l’aube et les vers où il se représente en révolutionnaire de la littérature : « […] sur l’Académie, aïeule et douairière, / […] je fis souffler un vent révolutionnaire. / Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire144. » Les Contemplations : œuvre multiforme donc comme il convient aux « mémoires d'une âme »v.

Enfin, la Légende des siècles, son chef-d'œuvre, synthétise l'histoire du monde en une grande épopée parue en 1859 ; « L'homme montant des ténèbres à l'Idéal »145,146, c'est-à-dire la lente et douloureuse ascension de l'humanité vers le Progrès et la Lumière147. Baudelaire, qui eut parfois la dent dure contre Hugo, a fait un commentaire très élogieux du recueil en admirant « avec quelle majesté il a fait défiler les siècles devant nous, comme des fantômes qui sortiraient d'un mur ; avec quelle autorité il les a fait se mouvoir, chacun doué de son parfait costume, de son vrai visage, de sa sincère allure »148.

Place à part dans son siècle

Tantôt lyrique, tantôt épique, Hugo est présent sur tous les fronts et dans tous les genres: il a profondément ému ses contemporains, exaspéré les puissants et inspiré les plus grands poètes.

Victor Hugo était convaincu que « l’élargissement de la civilisation » européenne au reste du monde amenait la littérature à s’adresser à tous les hommes et que donc « les conditions, jadis étroites, de goût et de langue » n’avaient plus de raison d’être. « En France, explique-t-il à l’éditeur italien des Misérables, certains critiques m’ont reproché, à ma grande joie, d’être en dehors de ce qu’ils appellent le goût français ; je voudrais que cet éloge fût mérité »149.

Ainsi que le rappelle Simone de Beauvoir : « Son 79e anniversaire fut célébré comme une fête nationale : 600 000 personnes défilèrent sous ses fenêtres, on lui avait dressé un arc de triomphe. L'avenue d'Eylau fut peu après baptisée avenue Victor-Hugo et il y eut un nouveau défilé en son honneur le 14 juillet. Même la bourgeoisie s'était ralliée […] »150.

Portrait sur la Colonne Victor Hugo151 à Waterloo, (Belgique).

Le témoin voyageur

Article détaillé : Victor Hugo en voyage.

Victor Hugo a beaucoup voyagé jusqu'en 1871. De ses voyages, il rapporte des carnets de dessins et des notes152,153. On peut ainsi citer le récit d'un voyage fait à Genève et dans les Alpes avec Charles Nodier154. Il part aussi chaque année pour un voyage d'un mois avec Juliette Drouet découvrir une région de France ou d'Europe et en revient avec notes et dessins78. De trois voyages sur le Rhin (1838, 1839, 1840), il rapporte un recueil de lettres, notes et dessins publié en 1842 et complété en 1845155. Pendant les années 1860, il traverse plusieurs fois le Grand-Duché de Luxembourg comme touriste, alors qu'il se rend sur le Rhin allemand (1862, 1863, 1864, 1865). De retour à Paris en 1871, il cesse de voyager152.

Dessinateur

Aux nombreux talents de l'écrivain, il faut ajouter le dessin. L'artiste n'a certes pas éclipsé le poète, mais on continue néanmoins de redécouvrir le travail pictural de Victor Hugo — auquel on a consacré de nombreuses et prestigieuses expositions (lors du centenaire de sa mort, en 1985, « Soleil d'Encre » au Petit Palais et « Dessins de Victor Hugo » place des Vosges dans la maison qu'il habita sous la Monarchie de Juillet ; mais aussi, plus récemment, à New York, Venise, Bruxelles, ou Madrid).

En bon autodidacte, Hugo n'hésite pas à utiliser les méthodes les plus rustiques ou expérimentales : il mélange à l'encre le café noir, le charbon, la suie de cheminée, le jus de mûre, l'oignon brûlé, la cendre de cigare, du dentifrice, peignant du bout de l'allumette ou au moyen des barbes d'une plume.

Ses œuvres sont, en général, de petite taille et il s'en sert tantôt pour illustrer ses écrits (Les Travailleurs de la mer), tantôt pour les envoyer à ses amis pour le jour de l'an ou à d'autres occasions. Cet art, qu'il pratiquera toute sa vie, le divertit.

Au début, ses travaux sont de facture plutôt réaliste ; mais avec l'exil et la confrontation mystique du poète avec la mer, ils acquerront une dimension presque fantastiquew,156.

Cette facette du talent de Hugo n'échappera pas à ses contemporains et lui vaudra les louanges de, notamment, Charles Baudelaire : « Je n'ai pas trouvé chez les exposants du Salon la magnifique imagination qui coule dans les dessins de Victor Hugo comme le mystère dans le ciel. Je parle de ses dessins à l'encre de Chine, car il est trop évident qu'en poésie, notre poète est le roi des paysagistes »157. Théophile Gautier dit de Hugo que lorsqu’il « voyage, il crayonne tout ce qui le frappe, […] puis le soir, à l’auberge, il retrace son trait à la plume, […] y met des vigueurs, un effet toujours hardiment choisi ; et le croquis informe poché à la hâte sur le genou ou sur le fond du chapeau, souvent à travers les cahots de la voiture ou le roulis du bateau de passe, devient un dessin assez semblable à une eau forte, d’un caprice et d’un ragoût à surprendre les artistes eux-mêmes »158.

Un certain nombre des dessins de Victor Hugo ont été gravés et publiés de son vivant, en particulier Dessins de Victor Hugo en 1863, préfacé par Théophile Gautier, et en tant qu'illustrations de ses œuvres littéraires (Les Travailleurs de la mer et Le Rhin)159.

En outre, Edmond de Concourt rapporte que Georges, le petit-fils de Victor Hugo, lui avoua l’existence d’une vingtaine de dessins que son grand-père avaient faits de ses conquêtes à Guernesey, « des dessins d’un faire très détaillé, très naturiste, aux crayons de couleur indiquant la nuance d’une jarretière, d’un corset, vingt dessins érotiques de femmes sans tête »160.

Victor Hugo lisant devant un mur de pierre, par Auguste Vacquerie 1853 (?)

Victor Hugo et la photographie

L’invention du daguerréotype en 1839 suscita un engouement pour la photographie dont Victor Hugo ne resta pas à l’écart. Il comprit vite que ce nouvel art allait prendre le dessus sur « la lourde et inepte et pâteuse lithographie qu’il faut tuer par les mains de sa sœur […], la photographie »161

En décembre 1852, le républicain et photographe Edmond Bacot vient à Jersey rendre visite au proscrit et en profite pour prendre de lui plusieurs photos. Hugo fait installer dans sa serre de Marine Terrace un atelier qui sera utilisé jusqu’à son départ en 1855162.

Vers la fin de 1852, Charles s’initie à la photographie auprès d’un dénommé Sabatier. En mars 1853, Charles Hugo se rend à Caen pour se perfectionner dans l’atelier de Bacot. Il commence par des daguerréotype s’essaie au callotype de l’Anglais Talbot, qui facilite la reproduction, puis leur préfère finalement la technique sur support en verre au collodion. Le 2 juin 1853, il fait de son père un portrait souvent repris. D’ailleurs, Hugo affirme à son éditeur Hetzel : « Charles en effet est devenu un excellent photographe » et, faisant preuve de son sens habituel des affaires, il lui suggère de commercialiser son portrait : « Quand ce serait vendu, vous prélèveriez votre commission, et vous enverriez ici l’argent. Ce serait une corde de plus à l’arc de tout le monde »163. Toujours au même Hetzel, il déclare : « C’est la révolution photographique que nous voulons faire164. »

De fait, les photos fixent l’image du poète proscrit, et certaines deviennent iconiques, notamment celles où il apparaît juché sur les rochers, le regard rivé sur les côtes de France. Hugo accompagne parfois ses lettres de portraits de lui, offerts à Flaubert, par exemple ou à Dumas père.

 Les photos d’autres exilés sont recueillies dans divers albums, dont quelques-uns sont des œuvres d’art, tel l’album éponyme Allix qui fixe l’amitié des Hugo pour Augustine Allix. Hugo dessinateur utilise des photographies comme inspiration pour ses dessins ou les associe à des collages. Il est question également de composer un ouvrage constitué de clichés des îles de la Manche : de très nombreuses photos sont prises, mais le projet n’aboutira pas.

En 1855, Hugo s’installe à Guernesey et achète Hauteville House l’année suivante. En novembre 1859, l’atelier-fumoir accueille un cabinet noir. En 1860, les photographes Leballeur et Auzou sont invités à réaliser des vues stéréotypiques de la maison ; d’autres, comme Arsène Garnier de Guernesey et Mulling de Jersey travaillent auprès du poète ; le fidèle Bacot est là également, en particulier de 28 juin au 15 juillet 1862, période durant laquelle il réalise cinquante-sept clichés de la maison et des occupants165.

 En 1862, à Bruxelles, Hugo fait la connaissance de Félix Tournachon, alias Nadar. Celui-ci, avec son frère et son fils, nous ont laissé de multiples portraits du Hugo vieillard, comme celle du poète sur son lit de mort (photographié également par Étienne Carjat et Bertall) pour en assurer ensuite la vaste diffusion.

Hugo aura à cœur de rassembler les photos des êtres chers, présents et disparus : petits-enfants ou son épouse sur son lit de mort ; celles des lieux empreints de souvenirs gais ou douloureux, que ce soit la place Royale où il habita, la tombe de Léopoldine à Villequier.

Il apparaît clairement que Victor Hugo avait une conscience aiguë que la photographie pouvait jouer un rôle considérable pour établir son image de banni courageux fidèle à son pays, et assurer dans le même temps une vente élargie de son œuvre en offrant à ses lecteurs le visage de son auteur — proscrit inconsolable mais déterminé, penseur profond, beau et sage vieillard166.

Victor Hugo et la musique

Son ami intime Richard Lesclide affirme qu’il n’y a jamais eu de piano chez Victor Hugo. Il ajoute que celui-ci goûtait peu la compagnie des musiciens, qui étaient donc peu souvent invités.

Chaque année Hugo recevait de France ou de l’étranger des centaines de demandes d’autorisation pour mettre ses poèmes en musique. Elles étaient acceptées à condition de limiter le nombre de poésies à trois et de reverser les droits d’auteur aux nécessiteux. Il écrivit aussi un livret extrait de Notre-Dame de Paris qui donna lieu à un opéra La Esmeralda, créé en novembre 1836 : ce fut un échec167.

Victor Hugo plaçait les musiciens allemands au-dessus des poètes et professait pour Beethoven et Gluck la plus grande admiration, qu’il considérait comme les égaux d’Eschyle et de Michel-Ange. En revanche, il considérait Mozart « inférieur à Gluck, comme Rubens à Rembrandt, comme Raphaël à Michel-Ange, comme Racine à Corneille et à Molière ». En décembre 1840, lors du retour des cendres de Napoléon, on joua le Requiem de Mozart qui, dit-il, n’émut guère la foule. « Belle musique, déjà ridée. Hélas, la musique se ride ; c’est à peine un art »168. Quant à Rossini, il ne lui inspirait que dédain. Lorsque Lucrèce Borgia est donnée à la Porte-Saint-Martin le 2 février 1833, le directeur du théâtre obtient de Victor Hugo l’autorisation d’insérer de la musique à l’entrée et à la sortie des personnages, ainsi qu’aux moments les plus dramatiques. D’ailleurs, « MM. Berlioz et Meyerbeer, dit le poète, m’ont proposé de faire la musique de la chanson du dernier acte. » Mais son interlocuteur se récrie, car ces deux-là « n’y entendent rien. Ce sont de grands musiciens. Il n’en faut pas », et Alexandre Piccinni est finalement choisi. Celui-ci ayant quelque difficulté à mettre en musique la chanson finale, Victor Hugo entonna les paroles, tout en avouant plus tard « [n’avoir] jamais su ce que c’est qu’une note »169.

Le 16 décembre 1856, Hugo demande à Paul Meurice de faire savoir qu’il s’oppose à toute représentation de Rigoletto, l’opéra de Verdi inspiré du Roi s’amuse. Devant l’échec de cette démarche, il intente un procès au Théâtre des Italiens pour plagiat. Il est débouté en janvier 1857.

Victor Hugo et les peintres

De Delacroix, Victor Hugo dit un jour, comme cela est rapporté par son fils, Charles : « Il a toutes [les qualités] moins une ; il lui manque ce qu’ont toujours cherché et trouvé les artistes suprêmes, peintres ou poètes – la beauté. » Il ajoutait que dans toute son œuvre, on ne trouvait pas une seule femme vraiment belle, à l’exception des anges que Hugo voyait féminins dans le Christ au Jardin des Oliviers ; d’une femme en buste (sans préciser laquelle) des Scènes des massacres de Scio. Selon lui, les personnages féminins de Delacroix se caractérisent par ce qu’il qualifie, en un oxymore osé, de « laideur exquise », comme l'illustre en particulier les Femmes d'Alger dans leur appartement ».

En tout état de cause, le peintre français est bien inférieur à Michel-Ange dont il admire La Nuit et les séraphins du Jugement dernier ; au Rembrandt de La Ronde de nuit et de L'Archange Raphaël quittant la famille de Tobie. Au-dessous de ces deux peintres en qui il voit « deux maîtres inaccessibles », il place Léonard, auteur de la Joconde ; Le Corrège dont l’Antiope lui apparaît comme un chef-d’œuvre ; le Titien, Murillo. La Descente de Croix de Rubens, l’Allégorie de la Fécondité par Jordaens, la Vierge du chancelier Rolin de Van Eyck sont également des tableaux de son musée imaginaire. Il reproche à Raphaël d’être le peintre de « la beauté froide » à qui il manque l’expression. Si l’on cherche « le type éternel de la beauté », il faut aller vers Watteau ou Paul Véronèse, mais assurément pas vers Delacroix, car les femmes qu’il représente « sont peut-être l’idéal d’Eugène Delacroix », mais « pas une n’est l’idéal de l’esprit humain ».

Il affirme enfin que l’idéal de l’art est atteint lorsque le peintre, comme tout autre artiste, sait lier le beau et le vrai, s’il ajoute dans son œuvre « une idée de progrès », s’il fait en somme « un chef-d’œuvre utile ; s’il n’a pas simplement pour effet d’éblouir mais d’éclairer »170.

Pensée politique

À partir de 1849, Victor Hugo consacre un tiers de son œuvre à la politique, un tiers à la religion et le dernier à la philosophie humaine et sociale. La pensée de Victor Hugo est complexe et parfois déroutante. On pourrait dire que l’analyse qu’il fait des questions politiques et sociales repose sur une loi qui régit, selon lui, la nature entière : « Rien n’est solitaire, tout est solidaire171. » S'il refuse toute condamnation des personnes et tout manichéisme, il n'en est pas moins sévère pour la société de son temps. Au fur et à mesure, sa pensée politique va évoluer, quitter le conservatisme et se rapprocher du réformismex,172.

Politique intérieure

Les représentants représentés, caricature de Victor Hugo par Daumier, 1849, après l'élection de l'écrivain à l'Assemblée constituante.

Dans sa jeunesse, Victor Hugo est proche du parti conservateur. Pendant la restauration, il soutient Charles X. En cela, il s'inscrit dans la ligne politique de Chateaubriand.

Lors de la Révolution française de 1848, Victor Hugo, pair de France, prend d'abord la défense de la monarchie (le président du Conseil Odilon Barrot, le charge de défendre l'idée d'une régence de la Duchesse d'Orléans). Le 25 février, dans une conversation avec Lamartine, il s’interroge sur le bien-fondé d’une république : « La République est, à mon avis, le seul gouvernement rationnel, le seul digne des nations. […] Mais son heure est-elle venue en France ? C’est parce que je veux la République que je la veux viable, que je la veux définitive173. » Une fois la république proclamée, Lamartine lui propose un poste de ministre (Instruction publique) dans le gouvernement provisoire de 1848, mais il refuse. Lors des élections d'avril 1848, bien que non-candidat, il obtient près de 55 500 voix à Paris, mais n'est pas élu. Par contre, aux élections complémentaires du 24 mai, il est élu à Paris avec près de 87 000 voix. Il siège avec la droite conservatrice. Pendant les Journées de Juin 1848, il mène des groupes de forces gouvernementales à l'assaut des barricades dans la rue Saint-Louis. Il vote la loi du 9 août 1848, qui suspend certains journaux républicains en vertu de l'état de siège. Ses fils fondent le journal l’Événement qui mène une campagne contre le président du conseil, le républicain Cavaignac, et soutiendra la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à l'élection présidentielle de décembre 1848.

Étant contre le principe de l'Assemblée législative unique, il ne vote pas la Constitution de 1848. Au début de la présidence de Louis Napoléon Bonaparte, il fréquente le nouveau président. En mai 1849, il est élu à l'Assemblée législative. C'est à l'été 1849, que progressivement, il se détourne de la majorité conservatrice de l'Assemblée législative dont il désapprouve la politique réactionnaire. En janvier 1850, Victor Hugo combat la loi Falloux réorganisant l'enseignement en faveur de l'Église catholique romaine ; en mai, il combat la loi qui restreint le suffrage universel et, en juillet, il intervient contre la loi Rouher qui limite la liberté de la presse174. Une des phrases les plus célèbres lancée par Hugo lors de cette législature (prononcée le 8 avril 1851) est « Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part. »175. En juillet 1851, il prend position contre la loi qui propose la révision de la Constitution afin de permettre la réélection de Louis-Napoléon Bonaparte. En juin 1851, au palais de Justice de Paris, il défend son fils qui est poursuivi pour avoir publié un article contre la peine de mort dans son journal, L'Événement176. Au soir du coup d'État du 2 décembre 1851, avec une soixantaine de représentants, il rédige un appel à la résistance armée177. Poursuivi, il parvient à passer en Belgique le 14 décembre. C'est le début d'un long exil.

Dès lors réformiste, il souhaite changer la société. S'il justifie l'enrichissement, il dénonce violemment le système d'inégalité sociale. Il est contre les riches capitalisant leurs gains sans les réinjecter dans la production : l'élite bourgeoise ne le lui pardonnera pas. Hugo lui-même rapporte, en 1871, après la Commune, les insultes à son égard qu’ils lisaient dans les journaux, voire la haine qui le poursuivait jusqu’à l’île de Guernesey : « Un pur catholique français a dit », raconte-t-il dans Choses vues, le 1er septembre 1872 « — Si j’avais Victor Hugo et Garibaldi, là dans mon champ, au bout de mon fusil, je les tuerais comme des chiens. » De même, il s'oppose à la violence si celle-ci s'exerce contre un pouvoir démocratique, mais il la justifie (conformément d'ailleurs à la déclaration des droits de l'homme) contre un pouvoir illégitime. C'est ainsi qu'en 1851, il lance un appel aux armes178 — « Charger son fusil et se tenir prêt » — qui n'est pas entendu. Il maintient cette position jusqu'en 1870. Quand éclate la guerre franco-allemande, Hugo la condamne : il s'agit pour lui d'une guerre de « caprice »179 et non de liberté. Puis, l'Empire est renversé et la guerre continue, contre la République ; le plaidoyer de Hugo en faveur de la fraternisation reste sans réponse. Alors, le 17 septembre, le patriote prend le pas sur le pacifiste : il publie cette fois un appel à la levée en masse et à la résistance. Les élections du 8 février 1871 portent au pouvoir les monarchistes partisans de la paix avec Bismarck. Le peuple de Paris, quant à lui, refuse la défaite et la Commune commence le 18 mars. Apprenant les événements de cette journée, il écrit dans son journal : « Thiers, en voulant reprendre les canons de Belleville, a été fin là où il fallait être profond. Il a jeté l’étincelle sur la poudrière. Thiers, c’est l’étourderie préméditée »180. On s'arrache les Châtiments.

Commune

En accord avec lui-même, Hugo ne pouvait être Communard :

« Ce que représente la Commune est immense, elle pourrait faire de grandes choses, elle n'en fait que des petites. Et des petites choses qui sont des choses odieuses, c'est lamentable. Entendons-nous, je suis un homme de révolution. J'accepte donc les grandes nécessités, à une seule condition : c'est qu'elles soient la confirmation des principes et non leur ébranlement. Toute ma pensée oscille entre ces deux pôles : « civilisation-révolution ». La construction d'une société égalitaire ne saurait découler que d'une recomposition de la société libérale elle-même181. »

Depuis Bruxelles où il était allé s'installer, il renvoie dos à dos la Commune et le gouvernement d'Adolphe Thiers. Il écrit ainsi le 9 avril 1871 :

« Bref, cette Commune est aussi idiote que l’Assemblée est féroce. Des deux côtés, folie. Mais la France et la République s’en tireront182. »

Devant la répression qui s'abat sur les communards, le poète dit son dégoût et prend la défense des Communards :

« Des bandits ont tué soixante-quatre otages. On réplique en tuant six mille prisonniers183 ! »

Victor Hugo dénonce dans le journal belge l’Indépendance du 27 mai 1871 le refus du gouvernement d’accorder l’asile aux Communards vaincus. Le soir même, une foule d’une soixantaine d’hommes tentent de pénétrer de force dans la maison de l’auteur aux cris de « À mort Victor Hugo ! À la potence ! À mort le brigand ! »184.

Victor Hugo défend également la demande de grâce de Louis-Nathaniel Rossel, le seul officier supérieur rallié à la Commune où il est ministre délégué à Guerre qui sera finalement exécuté le 28 novembre 1871. En septembre, il rend visite au Président de la république Adolphe Thiers pour adoucir les conditions d’exécution de la peine à laquelle est soumise le journaliste et ancien membre du Gouvernement de la Défense nationale Henri Rochefort185. Il en profite pour attirer l’attention de Thiers sur les atrocités commises et la nécessité de brider l’armée. À plusieurs reprises, il réconforte Rochefort dans sa prison. Le 22 mai 1876, Victor Hugo demande au Sénat de voter l’amnistie des Communards survivants186.

Victor Hugo a correspondu avec et soutenu Louise Michel, qui fut déportée en Nouvelle-Calédonie à la suite de sa participation à la Commune de Paris. Il lui dédia un poème Viro Major187. Il reste de cette relation épistolaire entre 1850 et 1879 une grande partie des lettres de Louise Michel à Victor Hugo qui ont fait l'objet de publications ultérieures188.

Combats sociaux

Victor Hugo a pris des positions sociales très tranchées, et très en avance sur son époque. Son chef-d'œuvre, Les Misérables est un hymne à la misère et aux plus démunis, indispensable « tant qu'il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale [...] »189.

Question sociale

Dénonçant jusqu'à la fin la ségrégation sociale, Hugo déclare lors de la dernière réunion publique qu'il préside, le 3 août 1879, à Paris : « La question sociale reste. Elle est terrible, mais elle est simple, c'est la question de ceux qui ont et de ceux qui n'ont pas ! ». Il s'agissait précisément de récolter des fonds pour permettre à 126 délégués ouvriers de se rendre au premier Congrès socialiste de France, à Marseille. Et alors même qu’il est l’objet d’attaques, comme indiqué plus haut, il gardera foi en sa mission : « J’ai été populaire, je ne le suis plus. […]. Je suis né royaliste ; j’ai été pair de France, je prie matin et soir ; je crois en Dieu ; il paraît que je suis vicomte. C’est égal, peuple, aime-moi ou ne m’aime pas, je t’aime »190.

Peine de mort

Hugo est un farouche abolitionniste. Dans son enfance, il a assisté à des exécutions capitales et toute sa vie, il luttera contre ce châtiment. Le Dernier Jour d'un condamné (1829) et Claude Gueux (1834), deux romans de jeunesse, soulignent à la fois la cruauté, l'injustice et l'inefficacité du châtiment suprême. Mais la littérature ne suffit pas, Hugo le sait. Chambre des Pairs, Assemblée, Sénat : Victor Hugo saisira toutes les tribunes pour défendre l'abolition comme dans son discours du 15 septembre 1848.

« [...] Messieurs, il y a trois choses qui sont à Dieu et qui n'appartiennent pas à l'homme : l'irrévocable, l'irréparable, l'indissoluble. Malheur à l'homme s'il les introduit dans ses lois. Tôt ou tard elles font plier la société sous leurs poids, elles dérangent l'équilibre nécessaire des lois et des mœurs, elles ôtent à la justice humaine ses proportions ; et alors il arrive ceci, réfléchissez-y, messieurs, que la loi épouvante la conscience [...] »

— Discours de Victor Hugo devant l'Assemblée constituante, 15 septembre 1848.

Victor Hugo (vers 1875).

États-Unis d'Europe

Buste de Hugo à l'Assemblée nationale avec extrait de son discours de 1849.

Victor Hugo, qui a écrit qu’« une guerre entre Européens est une guerre civile »191, a fréquemment défendu192 l'idée de la création des États-Unis d'Europe. Ainsi, dès 1849, au congrès de la paix, il lance :

« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. - Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France193 ! »

Victor Hugo conçoit une Europe axée sur le Rhin, lieu d'échanges culturels et commerciaux entre la France et Allemagne qui serait le noyau central de ces États-Unis d'Europey. Il se désole de constater que l’antipathie entre les deux pays n’est que la conséquence de manœuvres diplomatiques menées par l’Angleterre et la Russie pour affaiblir la France ; de l’inquiétude que suscite une France modèle de liberté, de justice et de droit des peuples ; de l’opposition de la Prusse194. Il présente une Europe des peuples par opposition à l'Europe des rois, sous forme d'une confédération d'États avec des peuples unis par le suffrage universel et l'abolition de la peine de mort195.

L'idée n'est pas neuve, elle fut défendue avant lui par Saint-Simon, Guizot et Auguste Comte196,195, mais Victor Hugo en fut un de ses plus ardents défenseurs à une époque où l'histoire s'y prête peu. Considéré comme visionnaire ou fou196, Victor Hugo reconnaît les obstacles qui entravent cette grande idée et précise même qu'il faudra peut-être une guerre ou une révolution pour y accéder197.

Mais il croyait si fermement à cette idée d’une fédération européenne qu’il tint à lui donner corps : « Il y a trois jours, le 14 juillet, [ …] je plantais dans mon jardin de Hauteville-House le chêne des États-Unis d’Europe »198. Arbre que l’on peut voir aujourd’hui encore.

Colonisation et esclavage

Article détaillé : Victor Hugo et la conquête de l'Algérie.

Victor Hugo s'est peu exprimé sur la question de la colonisation de l'Algérie, qui a constitué pourtant la principale aventure coloniale de la France de son époque. Ce silence relatif ne doit pourtant pas être trop rapidement assimilé à un acquiescement inconditionnel de la part de l'auteur des Misérables. Dans les années 1840-1850, il s’enthousiasma devant la conquête d’une contrée qui avait été « le grenier des Romains. » La France en Afrique lui semble « chose heureuse et grande » car « c’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. » Il n’y a en lui aucun doute : « Nous sommes les Grecs du monde ; c’est à nous d’illuminer le monde »199,200. Toutefois, une analyse attentive de ses écrits — et de ses silences — montre qu'à propos de la « question algérienne » ses positions furent loin d'être dénuées d'ambiguïtés : sceptique à l'égard des vertus civilisatrices de la « pacification » militaire, il vit également dans l'Algérie colonisée le lieu où l'armée française s'est « faite tigre », et où les résistants au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte ont été déportés201. Le 16 avril 1847, il écrit au ministre de la Guerre, Alexandre Moline de Saint-Yon, pour dénoncer les tortures pratiquées par l'armée59.

Sur la question de l'esclavage, celui qui, dans les années 1820, montrait à travers Bug-Jargal qu'il partageait dans sa vision des peuples noirs les mêmes préjugés que ses contemporains, et qui garda un silence étonnant lors de l'abolition de l'esclavage en 1848202, devait intervenir pour demander la grâce de l'abolitionniste radical américain John Brown203 et soutenir la révolution haïtienne : « Il n’y a sur la terre ni blancs ni noirs, il y a des esprits »204. Notons que l'évocation des méfaits de son personnage Thénardier, le parvenu des Misérables n'oublie pas en fin d'ouvrage la traite des Noirs. Thénardier avec l'argent de Marius donné à titre de remerciement s'installa en Amérique où il devint « négrier ».

Féminisme

En 1882, Victor Hugo accepte d'être président d'honneur de la Ligue française pour le droit des femmes, héritière de l'Association pour le droit des femmes, association féministe fondée par Léon Richer205. La question de l'égalité des droits des hommes et des femmes avait été déjà traitée quelques années plus tôt dans le dernier chapitre de Quatrevingt-treize.

Droit d'auteur

Victor Hugo fut tenant du droit d’auteur et de la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques tout en reconnaissant l'importance de l'accès de tous au savoir :

« Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient — le mot n’est pas trop vaste — au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous206. »

Discours

Victor Hugo a prononcé pendant sa carrière politique plusieurs grands discours ; la plupart d'entre eux sont regroupés dans Actes et paroles :

  • Pour la Serbie, 1876, Pour une Fédération Européenne207,208 ;
  • contre le travail des enfants (Chambre des pairs, 1847) ;
  • contre la misère (Discours sur la misère, 9 juillet 1849) ;
  • sur la condition féminine (aux obsèques de George Sand, 10 juin 1876) ;
  • contre l'enseignement religieux et pour l'école laïque et gratuite (Discours à propos du projet de loi sur l'enseignement, 15 janvier 1850) ;
  • plusieurs plaidoyers contre la peine de mort (« Que dit la loi ? « Tu ne tueras pas ». Comment le dit-elle ? En tuant ! ») ;
  • plusieurs discours en faveur de la paix (Discours d'ouverture du Congrès de la paix, 21 août 1849) ; lettre en 1861 contre le pillage de l'ancien palais d'été par les Français et les Anglais lors de la seconde guerre de l'opium209 ;
  • pour le droit de vote universel ;
  • sur la défense du littoral210 ;
  • contre l'invalidation de l'élection de Garibaldi à l'Assemblée nationale en 1871, qui fut à l'origine de sa propre démission (Contre l'invalidation de Garibaldi, Discours à l'Assemblée nationale, 8 mars 1871, Grands moments d'éloquence parlementaire [archive]).

Convictions religieuses

Selon Alain Decaux211, Victor Hugo, élevé par un père franc-maçon et une mère qui n'est jamais entrée dans une église, se construit une foi profonde, mais personnelle.

Il rejette tout autant le rationalisme que le dogmatisme religieux, aussi bornés l’un que l’autre : « Ta petite raison comme ton petit temple/Ne sont pas des maisons où tienne l’Éternel212. »

Victor Hugo n'a jamais été baptisé, a tenté l'expérience d'un confesseur, mais finit sa vie en refusant l'oraison des églises. Il reproche à l'Église le carcan dans lequel celle-ci enferme la foi. Alain Decaux cite211, à ce sujet, cette phrase prononcée par Olympio : « Les dogmes et les pratiques sont des lunettes qui font voir l’étoile aux vues courtes. Moi je vois Dieu à l’œil nu ». Son anticléricalisme transparaît dans ses écrits comme Religions et religion213, La fin de Satan, Dieu, Le pape, Torquemada, ainsi que dans son adhésion à des mouvements anticléricaux214.

Victor Hugo reste cependant profondément croyant, il croit en un Dieu souffrant et compatissant215, en un Dieu force infinie créatrice de l'univers211, à l'immortalité de l'âme et la réincarnation216. Il prie chaque jour, matin et soir, persuadé, comme il l’écrit dans L’Homme qui rit, que « l’action de grâces a des ailes et va où elle doit aller. Votre prière en sait plus long que vous. » La mort de Léopoldine provoque un regain dans sa quête de spiritualité211 et lui inspire les Contemplations.

La quête spirituelle de Victor Hugo l'entraîne à explorer d'autres voies que le catholicisme. Il lit le Coran211, s'intéresse au druidisme, critique les religions orientales217 et expérimente le spiritisme. Comme Balzac et malgré les nombreuses différences entre les visions du monde et de la littérature des « deux plus grands hommes du temps »218, Hugo considère que le principe swedenborgien de correspondance unit l'esprit et la matière219. Selon lui, bien des phénomènes étranges restent inexpliqués, mais « rien de tout cela n'est surnaturel ; c'est de la nature, inconnue »220.

Victor Hugo se trouve en exil sur l'île de Jersey lorsque son amie Delphine de Girardin, qui se sait condamnée, l'initie en 1853 aux tables tournantes. Cette pratique issue du spiritualisme anglo-saxon, vise à tenter d'entrer en communication avec les morts. Hugo, pour qui les poètes sont également des voyants, est ouvert à ce genre de phénomènes. Ces expériences sont consignées dans Le Livre des tables. Durant deux ans, ses proches et lui interrogent les tables, s'émeuvent à l'idée de la présence possible de Léopoldine et enregistrent des communications d'esprits très divers, dont Jésus, Caïn, Dante, Shakespeare ainsi que des entités telles la Mort, la Bouche d'Ombre, Le Drame ou la Critique. S'ébauche ainsi une nouvelle religion dépassant le christianisme et englobant la métempsycose221. Selon le docteur Jean de Mutigny, ces séances presque quotidiennes de tables tournantes révèlent une paraphrénie fantastique qui se retrouve dans les œuvres ultérieures de Victor Hugo, notamment le poème Ce que dit la bouche d'ombre des Contemplations222.

Ses carnets multiplient les annotations sur les bruits nocturnes, les frappements, les fracas, les voix murmurant à son oreille. Il affiche ses convictions concernant la survie de l'âme en déclarant publiquement : Ceux que nous pleurons ne sont pas les absents, ce sont les invisibles223. Lors de l'enterrement de l'écrivain, cette phrase est inscrite sur une couronne de fleurs portée par une délégation de la Société Scientifique du Spiritisme qui considérait que Victor Hugo en avait été un porte-parole224. Mais l'expérience spirite n'a été qu'un moment dans la quête par Hugo d'une vérité et ce moment a été dépassé[réf. nécessaire] par d'autres recherches[Lesquelles ?] « à la poursuite du vrai ».

Son testament, lapidaire, se lit comme une profession de foi :

« Je donne cinquante mille francs aux pauvres.
Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard.
Je refuse l'oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes.
Je crois en Dieu224. »

Hugo et ses contemporains

Estimé par certains et critiqué par d'autres, Victor Hugo reste une figure de référence de son siècle225.

Temps des rivaux

Admirateur de Chateaubriand à qui il dédie plusieurs odes226, il se détache peu à peu de son ancien maître qui lui reproche une littérature subversive227. Il entretient des relations d'estime et d'admiration mutuelles avec Balzac (un peu de méfiance, l'ego des grands créateurs y pourvoit), Nerval219 et Vigny228 et des relations d'amitié avec Dumas, son compagnon de romantisme, qui dureront, avec beaucoup de hauts et quelques bas, toute la vie229. La rivalité est plus exacerbée avec Lamartine, auquel Hugo ne cesse de proclamer son admiration, mais ne lui concède plus, le succès venant, de réelle prééminence artistique230 et avec Musset qui lui reproche ses artifices et son engagement politique231.

Il détient en Barbey d'Aurevilly232, Gustave Planche233, et Sainte-Beuve à partir de 1835234, des adversaires tenaces et constants. Ainsi, Sainte-Beuve écrit dans ses carnets tenus entre 1834 et 1847 : « Hugo ne se corrigera jamais. […] Il pourra donner ainsi trente autres volumes, jusqu’à 80 ans […], mais il ne prouvera que sa fécondité et sa force récidivante. […] Sa poésie me fait plus que jamais l’effet d’une plante grasse, dont les fleurs d’une admirable couleur pourpre n’ont pas d’odeur, ou en ont une funeste »235. Dans Mes poisons, il concède que « Victor Hugo est un homme qui a des facultés extraordinaires et disproportionnées » et lui reconnaît cette qualité suprême : « Ce qu’il invente de faux et même d’absurde, il le fait être et paraître à tous les yeux »236. Les frères Goncourt restent des lecteurs très critiques237 et George Sand une commentatrice très perspicace238. Mais il possède en Théophile Gautier un admirateur inconditionnel239 que Victor Hugo soutiendra jusqu'à sa mort240.

Les relations sont plus conflictuelles avec les admirateurs de la première heure, que Victor Hugo déçoit parfois par la suite et qui alternent éloges et critiques. Ainsi, le Baudelaire de 1859 s’exclame : « Nos voisins disent : Shakspeare [sic] et Goethe ! nous pouvons leur répondre : Victor Hugo et Théophile Gautier ! » tandis que celui de 1862 se montre publiquement dithyrambique sur les Misérables, mais confie dans le même temps à sa mère qu’il trouve ce livre « immonde et inepte »241. Gustave Flaubert avoue à George Sand que « la philosophie d’Hugo lui semble toujours vague » mais il admirait le génie littéraire242. Le 15 juillet 1853, il lui écrivait : « Monsieur, vous avez été dans ma vie une obsession charmante, un long amour. »243 Il est à noter que Victor Hugo apporta son soutien à Flaubert lors du procès pour outrage aux bonnes mœurs qui lui fut intenté après la publication de Madame Bovary et lui écrivit en avril 1857 : « Vous êtes un de ces hauts sommets que tous les coups frappent, mais qu’aucun n’abat »244. D'autres revendiquent leur filiation avec Victor Hugo tout en empruntant des voies qui leur sont propres, se détachant même du romantisme : Théodore de Banville245 ; Leconte de Lisle246, qui aurait dit, selon des propos rapportés à Hugo : « Victor Hugo est bête comme l'Himalaya »247 ; Mallarmé248 et Verlaine. Ce dernier ne cachait pas son admiration pour Hugo qu'il alla voir à Bruxelles et qui l'invita à dîner. En juillet 1890, il écrit : « […] Quelle grande figure et qu’avec tous ses défauts, c’est encore, avec Lamartine incomparablement plus poète certes, mais infiniment moins artiste, le Maître ! »249.

L'étiquette d'auteur engagé que lui vaut son exil participe à sa notoriété, mais lui aliène l'estime de poètes comme Baudelairez, et provoque sa rupture avec Vigny, fidèle à l'empereur250.

Parmi les artistes, on retiendra l'avis de Delacroix qui porte le même regard critique sur « les Berlioz, les Hugo, tous ces réformateurs prétendus ». Selon lui, « le style d’Hugo […] n’a jamais approché de cent lieues de la vérité et de la simplicité »251.

Chez les auteurs étrangers, on ne peut oublier Heinrich Heine qui comparait Hugo à un bossu : « Je n’ai pas seulement en vue la manie de M. Victor Hugo de charger, dans ses romans et ses drames, le dos de ses héros principaux d’une bosse matérielle, mais je veux surtout insinuer ici qu’il est lui-même affligé d’une bosse morale qu’il porte dans l’esprit ». Quant à sa pièce Les Burgraves, il la qualifie d’« ouvrage indigeste », de « choucroute versifiée », ajoutant que cette « œuvre ne témoigne ni d’abondance d’imagination, ni d’harmonie, ni d’enthousiasme, ni de liberté de pensée ; elle ne renferme aucune étincelle de génie, au contraire il n’y a que de l’afféterie peu naturelle et de la déclamation bigarrée »252.

Victor Hugo par Auguste Rodin.
Marbre de Victor Hugo par Auguste Rodin, au Musée Rodin.

Statue du commandeur

Quand il retourne en France après l'exil, il est considéré comme le grand auteur qui a traversé le siècle et comme un défenseur de la république253. Les monarchistes ne pardonnent pas facilement à celui qui a trahi son milieu et si les républicains les plus à gauche doutent de sa conversion, il devient cependant un enjeu politique, adulé par la gauche républicaine qui organise pour l'anniversaire de ses 79 ans, une grande fête populaire254. Les jeunes poètes continuent de lui envoyer leurs vers – tandis que d'autres se montrent volontiers irrévérencieux.

« Hugo : l'Homme apocalyptique,
L'Homme-Ceci-tûra-cela,
Meurt, gardenational épique ;
Il n'en reste qu'un – celui-là »

— Tristan Corbière, « Un jeune qui s'en va », Les Amours jaunes (1873)

Ce culte hugolien exaspère ses pairs. Paul Lafargue écrit en 1885 son pamphlet La légende de Victor Hugo et Zola s'exclame :

« Victor Hugo est devenu une religion en littérature, une sorte de police pour le maintien du bon ordre […]. Être passé à l'état de religion nécessaire, quelle terrible fin pour le poète révolutionnaire de 1830255. »

Hugo et les femmes

Henri Guillemin nous rappelle que Victor Hugo était vierge lorsqu’il a épousé Adèle Foucher à l’âge de 20 ans. Dans son livre de souvenirs, Juana Richard-Lesclide rapporte que Hugo disait avoir honoré sa jeune épouse neuf fois durant leur nuit de noces du 12 octobre 1822256. Guillemin cite également ce mot de l’auteur, qu’il date des années 1828 : « L’homme a reçu de la nature une clef avec laquelle il remonte sa femme toutes les vingt-quatre heures ». De fait, il ne devait plus cesser de s’intéresser à certaines horloges, même si, vers la fin de sa vie, ses notes secrètes montrent qu’il était passé d’une pratique active aux plaisirs moins physiques de la vue et du toucher.

L’épouse

Hugo épouse Adèle Foucher en octobre 1822. Ils restent mariés près de 46 ans, jusqu’à ce qu’elle décède en août 1868. Elle le trompe avec le critique Sainte Beuve dès 1830. Toujours proscrit, Hugo ne peut accompagner le cercueil de sa femme jusqu’à Villequier, où elle avait souhaité être enterrée auprès de sa fille Léopoldine.

Les maîtresses officielles

Juliette Drouet

De février 1833 jusqu’à son décès en 1883, Juliette Drouet se dévoue à son amant, qui ne l’épouse pas, même après le décès de sa femme. Elle l’accompagne dans ses nombreux voyages à travers la France et à l'étranger.

En décembre 1851, Hugo est menacé d’arrestation. Elle lui fait connaître un certain Lanvin, ouvrier typographe, qui lui offre son passeport. Elle le fait ensuite héberger en cachette par des amis257. En 1860, Hugo lui dédicace les épreuves de La Légende des siècles et lui rend un hommage appuyé : « Si je n’ai pas été pris et, par conséquent, fusillé, si je suis vivant à cette heure, je le dois à Mme Juliette Drouet qui, au péril de sa propre liberté et de sa propre vie, m’a préservé de tous les pièges, a veillé sur moi sans relâche, m’a trouvé des asiles sûrs et m’a sauvé, avec quelle admirable intelligence, avec quel zèle, avec quelle héroïque bravoure, Dieu le sait et l’en récompensera258 ! ».

Elle le suit dans son exil à Guernesey où Victor Hugo lui loue une maison, La Fallue, à proximité de la demeure familiale. Le 16 juin 1864, elle emménage à Hauteville-Fairy, que Hugo a fait décorer. Le 22 décembre de la même année, elle reçoit de Adèle Hugo une invitation au Noël que la famille organise au profit des enfants pauvres, ce qui est une façon d’officialiser cette liaison adultère259.

Le 25 septembre 1870, pendant le siège de Paris, Victor Hugo s’attend au pire. Aussi laisse-t-il quelques instructions à ses enfants, dont celles-ci (l’orthographe est celle d’origine) :

« J.D

Elle m’a sauvé la vie en décembre 1851. Elle a subi pour moi l’exil. jamais son âme n’a quitté la mienne. que ceux qui m’ont aimé l’aiment. que ceux qui m’ont aimé la respectent.

Elle est ma veuve.

V.H260 »

Elle lui a écrit quelque 20 000 lettres exprimant son amour immense et sa jalousie. Dans les Misérables, Victor Hugo glisse une allusion très intime de leur vie amoureuse. La date du 16 février 1833, nuit de noces de Cosette et Marius (Cinquième partie, livre VI, chapitre I), fut aussi celle où Juliette se donna à Victor pour la première fois.

L’entourage de Hugo dissuade celui-ci d’assister aux obsèques de sa maîtresse.

Léonie d’Aunet, épouse Biard

En mars 1843, il fait la connaissance de Léonie D’Aunet, épouse du peintre Biard, et devient son amant le 1er avril 1844. Leur liaison se poursuivra pendant plus de 7 ans. Les deux amants sont surpris en flagrant délit d’adultère le 5 juillet 1845. Son statut de pair de France permet à Hugo d’échapper aux poursuites tandis que Léonie d’Aunet passe deux mois en prison et six au couvent. Bien des années après la fin de leur liaison, Victor Hugo continue d'aider financièrement son ancienne maîtresse.

Les aventures

Les biographes renoncent à établir le compte des femmes avec lesquelles Victor Hugo a laissé libre cours à sa prodigieuse sensualité. Il tire avantage de l’ascendant que lui procurent sa célébrité, ses relations, sa fortune et son pouvoir auprès de courtisanes, prostituées, pasionarias, telles Louise Michel et autres communardes, jeunes comédiennes à la recherche d’un rôle, admiratrices, domestiques à son service. Victor Hugo, érotomane doublé de graphomane, note ses aventures sous forme codée – à la manière du diariste anglais Samuel Pepys. Ainsi, il se sert d’abréviations latines (osc. pour baisers), d’espagnol (Misma. Mismas cosas : la même. Mêmes choses) ; il recourt à l’homophonie (Saints pour seins, poële et poils), d’analogies qui lui sont propres (Suisses signifiant à nouveau les seins – Suisse étant associé au lait…)261 ; il peut aussi dissimuler un prénom comme Laetitia en le faisant apparaître sous le mot « Joie », sens du mot laetitia en latin ; il use d’initiales : S.B. en novembre 1875 seraient celles de Sarah Bernhardt.

Hugo : histoire d’un corps

Pour ses contemporains, de même que dans la mémoire collective, Victor Hugo, dont l’existence a traversé le siècle, apparaît comme un homme resté vigoureux et vert jusque dans ses dernières années.

La jeunesse

Néanmoins, l’enfant qui naît le vendredi 26 février 1802 est d’apparence si fragile que l’accoucheur affirme qu’il ne vivra guère. Adèle Hugo se souvient que sa belle-mère lui raconta souvent qu’il n’était « pas plus long qu’un couteau »262.

Sa main portait une cicatrice depuis qu’à l’âge de quatre ans il avait été mordu par un chien à qui il donnait à manger.

À l’âge de neuf ans, sa vie à nouveau ne tint qu’à un fils lorsqu’en Espagne il fit une mauvaise chute au fond d’une excavation : sa tête frappa un rocher et il demeura un long moment évanoui avant que ses camarades de jeu ne le retrouvent263. Une légère cicatrice lui en resta au front. Une autre, profonde, marquait son genou des suites d'une chute. A l’hiver 1811, alors pensionnaire du « collège des nobles » à Madrid, le jeune Hugo contracta les oreillons qui le firent horriblement souffrir jusqu’à leur guérison obtenue en versant du lait de nourrice dans le conduit auditif… A son épouse, Hugo expliqua que les souffrances de cette époque dues au froid et à la faim lui avaient été salutaires et l’avaient « trempé »264.

Dix ans plus tard, une fois encore, il échappa à la mort lorsqu’il provoqua en duel un soldat qui lui avait arraché un journal des mains : l’épée de son adversaire glissa sur sa poitrine et le toucha dans le bras gauche, sous l’épaule265.

Hugo raconta qu’à l’époque des Feuilles d’automne, après Hernani, la haine qu’il suscitait lui valut un coup de fusil qui brisa la vitre de son bureau et manqua de le tuer, alors qu’il travaillait chez lui de nuit266.

Victor Hugo mesurait 1,68 m. Mme Daudet fut d’abord « étonnée de sa petite taille » lorsqu’elle le rencontra pour la première fois, puis elle finit par le trouver « très grand, très intimidant »267.

Plusieurs contemporains se souvenaient qu’il avait les yeux petits, « des prunelles d’aigle », disait Théophile Gautier, d’un bleu profond, selon Léon Daudet, et qui semblèrent très noirs à Jules Clarétie. Il avait une vue perçante qui stupéfia le journaliste Louis Ulbach lorsqu’un soir Victor Hugo, âgé alors d’environ 26 ans, fut à même de discerner d’une tour de Notre-Dame, des détails d’une précision étonnante268.

À la même époque, ce qui frappa rapidement les personnes qui croisaient Hugo — notamment Théophile Gauthier — c’était « le front vraiment monumental, […] d’une beauté et d’une ampleur surhumaine » qu’encadraient des cheveux châtain clair, un peu longs. Le visage, très pâle, ne portait ni barbe ni moustaches et était rasé de près. Les dents étaient d’un blanc éclatant269. Dans Océan, des fragments de vers tracent un autoportrait : « […] jeune encore – front haut / Un sourire assez doux corrige l’œil sévère »270.

Dans les années 1830, le visage s’arrondit au point qu’Henri Guillemin a pu parler de « commencements de bajoue ». Le même signale que Victor Hugo, dix ans plus tard, ne dédaigne pas se faire friser271.

Victor Hugo était un très grand marcheur et les quelques amis qui l’accompagnaient « y usaient leur souffle et leur jambes », nous dit Richard Lesclide272. Nombre de ses œuvres, ajoute-t-il, ont été en grande partie composées lors de ses promenades dans Paris ou dans la nature.

La maturité

En mars-avril 1842, il souffre d’une affection pulmonaire — peut-être une pleurésie, comme son fils Victor.

Le 20 mars 1844, alors qu’un convoi d’artillerie passe devant lui, un canon de plusieurs tonnes se détache pour venir tomber à ses pieds, manquant de l’écraser.

Lors de la Révolution de 1848, il s'expose aux balles, notamment le 25 juin, et échappe par chance à une salve tirée par des insurgés retranchés derrière une barricade.

À l’approche de la cinquantaine, alors qu’il part en exil, des poches marquées apparaissent sous les yeux.

Jules Clarétie raconte qu’à Jersey, alors qu’on l’avait cru atteint d’une affection cardiaque, Hugo s’était mis à l’équitation et se lançait à cheval dans de folles courses sur la grève, comment il se baignait tous les jours — parfois nu, comme le précise Richard Lesclide — et parcouraient des kilomètres à pied, qu’il pleuve ou qu’il neige. Avec cela, un sommeil de plomb273.

Fin de juin 1858, il contracte la maladie du charbon qui, en juillet, met sa vie en péril. Charles écrit à l’éditeur Hetzel que son père a souffert le martyre alors que son dos porte une plaie énorme. Le 27 juillet, encore très faible, il se met à son balcon pour rassurer Juliette Drouet. Il ne guérit qu’en octobre274. Hugo confia à Edmond de Goncourt, en février 1877, que cette maladie l’avait « cautérisé » et qu’il ne craignait plus les pluies qui le mouillaient jusqu’aux os, ni le froid, ni le chaud, qu’il avait le sentiment d’être « invulnérable ».

En 1860, il décide de se laisser pousser la barbe, « pour voir, dit-il, si cela me protégera contre les maux de gorge »275. Le 24 janvier 1861, ses carnets révèlent sa conviction, contraire au diagnostic des médecins, d’être atteint d’une laryngite qui se transformera en phtisie276. Il rapporte à son fils François-Victor qu’on le trouve « très beau avec [sa] barbe », en ajoutant avec humour qu’elle le fait ressembler à un caniche.

Banville dessine son portrait écrit le 23 septembre 1861 : un homme svelte, qui donne une impression de grande force physique, le teint hâlé, moustache noire et barbe blanche277.

La vieillesse

Dans les années qui suivent, la barbe devient broussailleuse jusqu’à ce qu’il décide de la ramener à une taille plus modeste en 1866.

Jules Clarétie lui rend visite à Bruxelles en août : il note les cheveux longs, très blancs et hérissés ; il se souvient de « sa jolie main grasse » et de sa très forte poignée ; « sa voix était caressante, un peu criarde »278. Un an plus tard, c’est au tour de Verlaine de le rencontrer. Malgré « un nez un peu fort », il le trouve « positivement beau » avec ses « petits yeux restés pétillants, non sans malice », son teint coloré, ses bonnes dents, et sa peau peu ridée279. En revanche, lorsque Edmond de Goncourt le revoit à Paris en décembre 1870, il lui apparaît vieilli, « paupières rouges, teint briqueté, la barbe et le cheveu en broussailles »280.

Nombreux sont ceux qui s’amusent de son appétit gargantuesque — Léon Daudet parle de sa « gloutonnerie ». Jules Clarétie rapporte que Hugo affirmait n’avoir jamais eu d’indigestion de toute sa vie et disait : « L’histoire naturelle connaît trois grands estomacs : le requin, le canard et Hugo. » Souvent, il l’a vu, après un repas copieux, manger une mandarine dans laquelle il avait enfoncé un morceau de sucre et croquer le tout, sans retirer ni la peau ni les pépins. Il appelait cela « le grog à la Hugo ». Plus étonnant encore, il l’avait vu, après ses courses dans le froid, avaler une cuillerée de goudron273. Edouard Lockroy, qui a épousé la veuve de son fils Charles, confirme, ainsi que son petit fils George, cette étonnante voracité qui lui faisait manger les homards avec leur carapace et les oranges avec leur peau en expliquant : « C’est la carapace qui fait digérer le homard ; sans cela, il serait très lourd »281.

Richard Lesclide note qu’entre 1872 et 1874, Hugo était sujet à des insomnies, dont il tirait partie en écrivant au lit282.

À 76 ans, il est toujours capable de monter les marches quatre à quatre devant Léon Gambetta, 36 ans plus jeune que lui. Et pourtant, dans la nuit du 27 au 28 juin 1878, cette force de la nature est victime d’une congestion cérébrale. Le docteur Germain Sée, qui l’a ausculté, déclare : « On ne m’eût pas nommé le sujet et l’on m'eût fait l’ausculter, le palper dans une chambre sans lumière, que j’aurais affirmé : « C’est là le corps d’un homme de quarante ans ! »283.

Quelque temps avant 1883, Mme Alphonse Daudet revoit Victor Hugo, lors d’un repas dans sa maison de l’avenue d’Eylau, qu’il habita de 1878 à 1883. Elle trouve vieilli, un peu sourd.

Tous les matins, George et sa sœur Jeanne, les petits-enfants, venaient le saluer dans sa chambre. Dès son lever, il gobait un œuf cru, puis buvait un bol de café noir, sans sucre. Ensuite, il se lavait entièrement à l’eau froide et plongeait la tête dans une cuvette d’eau tout aussi froide ; il se nettoyait les dents avec une brosse en poils très durs ; il lissait ensuite longuement ses cheveux, puis brossait énergiquement sa barbe et délicatement sa moustache284.

Il gardait ses ongles longs, comme cela apparaît sur les photos de cette époque et sur un moulage de sa main droite conservée à San Francisco285. Quand elle lui en parlait, sa petite-fille Jeanne lui disait « tes griffes ».

Les derniers jours

Les informations données ci-dessous sont tirées du Petit Journal, qui offrit à ses lecteurs un compte rendu circonstancié de l’évolution de l’état de santé de « l’illustre malade ». Les articles insistent régulièrement sur la robustesse du patient, laquelle pouvait laisser espérer une issue heureuse. À l'exception du premier, les bulletins de santé émanent du Professeur Germain Sée, des docteurs Emile Allix et Alfred Vulpian286.

Jeudi 14 mai - soir : Victor Hugo a été pris d'une indisposition qui, d'abord, a semblé légère, et qui s'est aggravée subitement. Victor Hugo, qui souffrait d'une lésion du cœur, a été atteint d'une congestion pulmonaire. Germain Sée, Emile Allix.

Bulletin mardi 19 mai - matin : La nuit a été relativement calme ; la respiration s'embarrassent de temps en temps, mais la congestion pulmonaire ne s'est pas aggravée.

Bulletin mardi 19 mai - fin d’après-midi : L'état ne s'est pas modifié d'une manière notable. De temps en temps, accès intenses d'oppression.

Bulletin - mercredi 20 mai - h 30 matin : À la suite d'une violente oppression, il s'est manifesté cette nuit une syncope assez longue. Ce matin, l'état des forces et de la respiration est à peu près le même qu'hier au soir. Comme détail complémentaire de ce bulletin, on nous assure que Victor Hugo, qui a toute sa raison et qui se sent perdu, a fait entendre pendant l'oppression une plainte formulée en ce vers : « En moi, c'est le combat du jour et de la nuit ». Il est à noter que le Matin relat

s cela, il serait très lourd »281.

Richard Lesclide note qu’entre 1872 et 1874, Hugo était sujet à des insomnies, dont il tirait partie en écrivant au lit282.

À 7e le même fait, avec une légère variante : « C’est ici le combat du jour et de la nuit. »

Bulletin mercredi 20 mai - 20 h 0 : il semble qu'il y ait, depuis ce matin, une légère tendance à l'amélioration.

Bulletin - mercredi 20 - midi : La nuit a été assez agitée et troublée par deux accès d'oppression. Ce matin, on constate un certain degré d'engagement pulmonaire du côté droit.

Bulletin - mercredi 20 - 19 h : On constate ce soir un calme relatif de la respiration. Le pouls se maintient. Pas de fièvre. Le pronostic reste grave.

Bulletin - jeudi 21 mai – h du matin : La nuit a été tranquille, sauf quelques instants d'oppression et de grande agitation. En ce moment, la respiration est assez calme et les fonctions intellectuelles sont intactes. La situation est toujours inquiétante.

Jeudi 21 mai - midi : Le malade a eu une crise d'agitation très violente qui a duré vingt minutes. M. Vacquerie, Mme Lockroy et le docteur Allix avaient de la peine à le maintenir. Une injection de morphine a ensuite provoqué une période de calme absolu.

Jeudi 21 mai - vers 18 h : La suffocation avait pris un caractère si alarmant que M. Lockroy s'attendait à une fin très prochaine. Cependant un peu de calme est revenu à la suite d'une injection de morphine.

Vendredi 22 mai - h du matin : La situation est absolument désespérée ; l'état d'assoupissement prend le caractère comateux ; l'issue fatale est attendue d'un instant à l'autre.

Bulletin - Vendredi 22 mai - sept heures du matin : Aucun changement n'est survenu depuis ce matin, bien que les battements du cœur soient moins énergiques.

Le dernier bulletin - vendredi 22 mai - h 10 du matin : Situation extrêmement grave.

Vendredi 22 mai - Vers 11 h 45 : Après une crise d'agitation, le grand poète s'est affaissé et n'a plus donné d'autre signe de vie que les soubresauts courts d'une respiration de plus en plus faible. C'était l'agonie qui commençait, agonie calme et tranquille, sorte de sommeil inconscient qui n'était que le seuil de la mort. Tous les membres de la famille, appelés en toute hâte, se tenaient au chevet du mourant, abîmés dans la plus poignante douleur. Quelques amis, parmi lesquels MM Armand Gouzien et Sardou, réunis là, mêlaient leurs larmes aux pleurs de la famille désolée.

Vendredi 22 mai - 13 h 27 : La poitrine de VH a été soulevée par un soupir, puis plus rien, l'immobilité de la mort !

Dès le début, affirme Auguste Vacquerie qui fut le témoin des derniers moments, il était convaincu que sa fin était proche. Le lundi 18 mai, il confia à Paul Meurice : « Cher ami, comme on a de la peine à mourir ! — Mais vous ne mourrez pas ! — Si ! C'est la mort. Et il ajouta en espagnol : — Et elle sera la très bien venue » Il souligne, en outre, que son visage était « profondément serein ».

Après le décès

Vendredi 22 mai : Amédée-Paul Bertault moula le visage sous la direction du sculpteur Jules Dalou qui réalisa un buste ; le peintre Léon Bonnat fit un tableau et Léon Glaize un dessin287.

Samedi 23 mai : Félix et Paul Nadar ainsi qu'Etienne Carjat en firent plusieurs portraits photographiques. Félix Nadar prit également quelques croquis.

Dimanche 24 mai - Dans la nuit : les docteurs Sée et Cornil procédèrent à l’embaumement du corps.

Samedi 30 mai - 22 h 30 : Mise en bière.

En octobre 1887, Léon Daudet, qui assista à l’ouverture de Hauteville House après le décès, raconta à Edmond de Goncourt que les armoires « étaient bondées de capotes anglaises, et d’un format gigantesque »288, ce qui rejoint le mot ironique de Georges Clemenceau évoquant son supposé grand appétit sexuel : « […] C'était un surhomme. Surtout avec les femmes de ménage ».

Liste des œuvres

Note : l'année indiquée est la date de la première parution

Théâtre

Les Burgraves, scène du 2e acte.
  • 1816 : Irtamène
  • 1819 ou 1820 : Inez de Castro
  • 1827 : Cromwell
  • 1828 : Amy Robsart
  • 1830 : Hernani
  • 1831 : Marion de Lorme
  • 1832 : Le roi s'amuse
  • 1833 : Lucrèce Borgia
  • 1833 : Marie Tudor
  • 1835 : Angelo, tyran de Padoue
  • 1838 : Ruy Blas
  • 1843 : Les Burgraves
  • 1882 : Torquemada
  • 1886 : Théâtre en liberté (à titre posthume)
  • 1939 : Le château du diable (pièce inachevée écrite en 1812 et publiée à titre posthume)

Romans

Luc-Olivier Merson (1846-1920), illustration pour Notre-Dame de Paris, 1881.
  • 1818 : Bug-Jargal
  • 1823 : Han d'Islande
  • 1829 : Le Dernier Jour d'un condamné
  • 1831 : Notre-Dame de Paris
  • 1834 : Claude Gueux
  • 1862 : Les Misérables
  • 1866 : Les Travailleurs de la mer
  • 1869 : L'Homme qui rit
  • 1874 : Quatrevingt-treize

Poésies

  • 1822 : Odes et poésies diverses
  • 1824 : Nouvelles Odes
  • 1828 : Odes et Ballades (publié en 1828, recueil de poèmes publiés de 1822 à 1827)
  • 1829 : Les Orientales
Victor Masson, Mazeppa, illustration pour Les Orientales (vers 1868).
Maison Victor Hugo, Paris
  • 1831 : Les Feuilles d'automne
  • 1835 : Les Chants du crépuscule
  • 1837 : Les Voix intérieures
  • 1840 : Les Rayons et les Ombres
  • 1853 : Les Châtiments
  • 1856 : Les Contemplations
  • 1859 : Première série de la Légende des siècles
  • 1865 : Les Chansons des rues et des bois
  • 1872 : L'Année terrible
  • 1877 : L'Art d'être grand-père
  • 1877 : Nouvelle série de la Légende des siècles
  • 1878 : Le Pape
  • 1879 : La Pitié suprême
  • 1880 : L'Âne
  • 1880 : Religions et religion
  • 1881 : Les Quatre Vents de l'esprit
  • 1883 : Série complémentaire de la Légende des siècles

Recueils posthumes :

  • 1886 : La Fin de Satan
  • 1891 : Dieu et 1941

Choix de poèmes parmi les manuscrits de Victor Hugo, effectué par Paul Meurice :

  • 1888 : Toute la Lyre (1893, 1893, 1835-1937),
  • 1893 : Nouvelle série de Toute la Lyre
  • 1898 : Les Années funestes
  • 1902 : Dernière Gerbe et 1941 (le titre n'est pas de Victor Hugo)
  • 1942 : Océan. Tas de pierres

Autres textes

  • 1818 : A.Q.C.H.E.B. (A quelque chose hasard est bon) (texte qualifié d'opéra-comique par son auteur)
  • 1834 : Étude sur Mirabeau
  • 1834 : Littérature et philosophie mêlées
  • 1836 : La Esmeralda (livret d'opéra)
  • 1842 : Le Rhin, éd. J. Hetzel-A. Quantin (Paris), 1884, t. 1 disponible [archive] sur Gallica et t. 2 disponible [archive] sur Gallica
    • Contient ce conte : Légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour
  • 1852 : Napoléon le Petit (pamphlet) éd. J. Hetzel (Paris), 1877 disponible [archive] sur Gallica
  • 1855 : Lettres à Louis Bonaparte
  • 1864 : William Shakespeare
  • 1867 : Paris-Guide
  • 1874 : Mes fils
  • 1875 : Actes et paroles - Avant l'exil
  • 1875 : Actes et paroles - Pendant l'exil
  • 1876 : Actes et paroles - Depuis l'exil
  • 1877 : Histoire d'un crime - 1re partie
  • 1878 : Histoire d'un crime - 2e partie
  • 1883 : L'Archipel de la Manche

Œuvres posthumes

Article détaillé : Œuvres posthumes de Victor Hugo.
  • 1887 : Choses vues - 1re série (mémoires et commentaires pris sur le vif, le titre n'est pas de Victor Hugo)
  • 1900 : Choses vues - 2e série
  • 1890 : Alpes et Pyrénées (carnets de voyage)
  • 1892 : France et Belgique (carnets de voyage)
  • 1896 : Correspondances - t. I
  • 1898 : Correspondances - t. II
  • 1901 : Post-scriptum de ma vie, recueil de textes philosophiques des années 1860
  • 1934 : Mille francs de récompense, (théâtre)
  • 1951 : Pierres (fragments manuscrits)
  • 1964 : Lettres à Juliette Drouet suivi de Le livre de l'anniversaire

Postérité

Centenaire de la naissance de Victor Hugo à Paris (1902).
  • Des cérémonies sont organisées dès le centenaire de sa naissance.
  • La Poste française émet un timbre à son effigie le 11 décembre 1933289.
5 nouveaux francs Victor Hugo imprimé de mars 1959 à novembre 1965.
Statue par Laurent Marqueste, cour d'honneur de la Sorbonne.

Au XXe siècle

Au début du XXe siècle, Victor Hugo reste une gloire nationale et l'anniversaire de sa naissance donne lieu à de nombreuses manifestations officielles290. Le milieu artistique a cependant pris un peu ses distances. Le mouvement parnassien et le mouvement symboliste, en remettant en cause l'éloquence dans la poésie, se sont posés en adversaires de l'école de Hugo291 et la mode en ce début de siècle est à une poésie moins passionnée292. André Gide assume la paternité du mot « Hugo, hélas ! » donné en réponse à la question « Quel est votre poète ? » posée par L'Ermitage en février 1902293, et que certains attribuaient à Verlaine ». Il se souvient de l’émotion que suscitait la poésie de Hugo chez l’adolescent qu’il était, mais pour l’écrivain, le défaut essentiel de Victor Hugo est qu’il « a trop de confiance en son génie. » Son admiration pour lui « s’en tient à la forme » et à son incomparable don d’observation, mais tous ses « défauts énormes [tels que] antithèses constantes, procédés » l’agacent profondément294. Cela montre la double attitude des poètes du XXe siècle, reconnaissant à Victor Hugo une place prééminente, mais exaspérés parfois aussi par ses excès295. Charles Péguy, dans Notre patrie publié en 1905, n'est pas tendre envers le grand homme296, l'accusant d'être un « hypocrite pacifiste »297, disant de lui que « Faire des mauvais vers lui est complètement égal »298, mais plus loin s'exclamant « quels réveils imprévus, quel beau vers soudain »298 et parlant d'« entraînement formidable de l'image et du rythme »299. Saint-John Perse lui reproche d'avoir perverti le romantisme par son engagement politique300. On retrouve de son influence aussi bien chez des admirateurs comme Dostoïevski301 que chez de violents détracteurs comme Jean Cocteau302. Aux yeux de Paul Valéry, « Hugo est un milliardaire. — Ce n’est pas un prince », exprimant ainsi l’idée que la richesse de ses dons ne fait pas de Victor Hugo un des grands maîtres de la littérature303. Vers 1930, Eugène Ionesco écrit le pamphlet Hugoliade et reproche à Hugo une éloquence masquant la poésie ainsi que sa mégalomanie304.

Entre les deux guerres, c'est en sa qualité de révolutionnaire qu'il est apprécié par les gens de gauche (Romain Rolland, Alain) et exécré des réactionnaires (Charles Maurras305), c'est en sa qualité de visionnaire qu'il est apprécié des surréalistes292. Il est admiré par Aragon306, par Desnos307.

Durant la guerre, son image sert de porte-drapeau à la résistance308,292.

Au retour de la guerre, les passions s'assagissent, on découvre l'homme. François Mauriac déclare, en 1952 : « Il commence à peine à être connu. Le voilà au seuil de sa vraie gloire. Son purgatoire est fini »309. Henri Guillemin publie une biographie très nuancée de l'écrivain292. Jean Vilar popularise son théâtre. Victor Hugo est désormais adapté au cinéma, au théâtre et pour la jeunesse. Le centenaire de sa mort est fêté en grande pompe310.

En 2015, Hugo est le dixième personnage le plus célébré au fronton des 67 000 établissements publics français : pas moins de 365 écoles, collèges et lycées lui ont donné son nom, derrière Joseph (880), Jules Ferry (642), Notre-Dame (546), Jacques Prévert (472), Jean Moulin (434), Jean Jaurès (429), Jeanne d'Arc (423), Antoine de Saint-Exupéry (418), Sainte Marie (377), mais devant Louis Pasteur (361), Marie Curie (360), Pierre Curie (357), Jean de la Fontaine (335)311.

Adaptations

Les œuvres de Hugo ont donné lieu à d'innombrables adaptations312 au cinéma, à la télévision ou au théâtre. Le héros hugolien le plus interprété demeure Jean Valjean, incarné, en France, par Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura ou Gérard Depardieu.

Cinéma

Près d'une centaine d'adaptations au total dont plus d'une quarantaine pour Les Misérables, suivi de près par Notre-Dame de Paris. On peut y voir le caractère universel de l'œuvre de Hugo, car les cinémas les plus divers s'en sont emparés : américain (1915, Don Caesar de Bazan, tiré de Ruy Blas) ; (1928, The Man Who Laughs, adaptation de L'Homme qui rit) ; anglais, indien (1953, Badshah Dampati, adaptation de Notre-Dame de Paris) ; japonais (1938, Kyojin-den, adaptation des Misérables dans un cadre japonais, sous l'ère Meiji) ; égyptien (1978, Al Bo'asa, autre adaptation des Misérables) ; italien (1966, L'Uomo che ride, adaptation de L'Homme qui rit), etc.

L'Histoire d'Adèle H. de François Truffaut est un des rares films biographiques qui évoque indirectement l'exil de Victor Hugo (qui n'apparaît pas dans le film) à travers le destin de sa fille Adèle Hugo. L'écrivain apparaît dans le film de Sacha Guitry Si Paris nous était conté interprété par Émile Drain. L'écrivain apparaît, par autodérision, dans Personal Shopper, dans un téléfilm qui se déroule dans le film, interprété par Benjamin Biolay, pratiquant une expérience de spiritisme313,314 (le dossier de presse cite comme source Le livre des tables chez Gallimard315).

En 2016, le film documentaire Ouragan, l'odyssée d'un vent a repris le texte de Hugo intitulé La Mer et le Vent316 pour constituer l'essentiel de la narration, accompagnant les images dédiées à l'ouragan.

Télévision

Un nombre important d'adaptations d'œuvres de Victor Hugo a été réalisé pour la télévision. Pour la télévision française Jean Kerchbron réalisa les adaptations de Marion de Lorme, Torquemada et L'Homme qui rit, en 2000 Josée Dayan fit une adaptation des Misérables avec Gérard Depardieu, Christian Clavier et John Malkovich.

Opéra

Une centaine d'opéras ont été inspirés par l'œuvre de Victor Hugo. Signalons, entre autres, parmi les plus connus :

  • 1833 : Lucrezia Borgia, de Gaetano Donizetti, d'après Lucrèce Borgia.
  • 1837 : Il Giuramento, Saverio Mercadante, d'après Angelo, tyran de Padoue.
  • 1844 : Ernani de Verdi, tiré de la pièce Hernani.
  • 1851 : Rigoletto de Verdi, d'après la pièce Le Roi s'amuse.
  • 1879 : Maria Tudor de Carlos Gomes, d'après le drama Marie Tudor
  • 1885 : Marion Delorme d'Amilcare Ponchielli, d'après la pièce Marion de Lorme
  • 1943 : Torquemada de Nino Rota, d'après la pièce Torquemada

Sur ces opéras et d'autres, on se reportera au numéro hors série de L'Avant-scène opéra, Hugo à l'opéra, dirigé par Arnaud Laster, spécialiste des rapports de Victor Hugo avec la musique et des mises en musique de ses œuvres317.

Contrairement à ce que l'on a souvent prétendu, Victor Hugo n'était pas hostile à la mise en musique de ses poèmes ni aux opéras inspirés par ses œuvres sauf quand on ne signalait pas qu'il était l'auteur de l'œuvre adaptéeaa,ab. Néanmoins, lors des premières représentations d'Ernani, Hugo insista pour que le titre et le nom des personnages soient changés318.

Son ami Franz Liszt composa plusieurs pièces symphoniques inspirées de ses poèmes : Ce qu'on entend sur la montagne, tiré des Feuilles d'automne, et Mazeppa, tiré des Orientales.

Mélodies

De nombreux compositeurs ont mis en musique des poèmes de Victor Hugo : Gounod (Sérénade), Bizet (Guitare ; Les Adieux de l'hôtesse arabe), Lalo (Guitare), Delibes (Églogue), Jules Massenet (Soleils couchants), Franck (S'il est un charmant gazon), Fauré (Le Papillon et la Fleur ; L'Absent ; Puisqu'ici bas), Wagner (L'Attente), Liszt (Ô quand je dors ; Comment, disaient-ils), Saint-Saëns (Soirée en mer ; La Fiancée du timbalier), Maude Valerie White (Chantez, chantez, jeune inspirée), Reynaldo Hahn (Si mes vers avaient des ailes ; Rêverie)319,320.

  • Thierry Escaich : Guernesey, cycles de trois mélodies pour ténor et piano d'après Victor Hugo, et Djinns, dans Les Nuits hallucinées pour mezzo-soprano et orchestre

Comédies musicales

  • 1980 : Les Misérables (adaptation d'Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg) pour Robert Hossein, est devenue l'une des plus populaires comédies musicales à partir de 1985 où elle a été montée à Londres en anglais et où elle est toujours à l'affiche321 : jouée dans 40 pays, traduite en 21 langues et vue par plus de 55 millions de spectateurs au total, elle a été jouée (en anglais) au théâtre du Châtelet à Paris dans une mise en scène de Trevor Nunn et John Caird, en 2010322.
  • 1999 : Notre-Dame de Paris (adaptation Luc Plamondon et Richard Cocciante).

Films d'animation

Plusieurs succès, dont les plus célèbres :

  • 1996 : Le Bossu de Notre-Dame (The Hunchback of Notre Dame, par les studios Disney)
  • 1979 : Les Misérables, film d'animation japonais.

Chansons

Plusieurs chanteurs ont repris des poèmes de Victor Hugo. Citons :

  • Georges Brassens : Gastibelza, La Légende de la Nonne
  • Julos Beaucarne : Je ne songeais pas à Rose
  • Colette Magny : Les Tuileries, Chanson en canot
  • Malicorne : La fiancée du timbalier
  • Pierre Bensusan : Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne
  • Gérard Berliner : Composition théâtrale Mon Alter Hugo323, qui donnera aussi lieu à l'album Gérard Berliner chante Victor Hugo
  • Serge Reggiani : La Chanson de Maglia, sur une musique de Serge Gainsbourg en 1961.

Victor Hugo lu à l'étranger

En Russie et en URSS

Dès les années 1820, les œuvres de Victor Hugo attirent l’intérêt du public lettré, qui maîtrise souvent le français. Certains sont élogieux, d’autres beaucoup plus critiques, comme le poète Pouchkine324. Dans les années 1860, Tolstoï et Dostoïevski s’enthousiasment pour ses romans325.

Les Misérables redoublent l’intérêt pour Victor Hugo : la première partie du roman paraît dans cinq revues en 1862, l’année même de sa publication en français (après quoi le roman est interdit326). Les autres romans sont également traduits et publiés à plusieurs reprises avant la Révolution de 1917. La poésie et le théâtre, en revanche, intéressent moins327.

Certaines œuvres sont victimes de la censure, par exemple Notre-Dame de Paris, dont la traduction ne paraît qu’en 1862, et le roman Les Misérables, interdit de 1862 à 1880 (même si le texte circule en français). Cependant, d’autres textes sont publiés sans encombre, par exemple Quatrevingt-treize, et on trouve des adaptations inspirées de ces textes censurés, notamment de nombreuses adaptations scéniques de Notre-Dame de Paris. Les cas de censure se font très rares à partir des années 1880326.

Dès les années 1880, le public des œuvres de Victor Hugo s’élargit, notamment grâce à des éditions bon marché destinées au peuple et à la jeunesse. Victor Hugo acquiert un statut de classique recommandé par les pédagogues et même par les autorités328,329.

Victor Hugo consolide son statut de classique après la Révolution de 1917. Il fait son apparition dans certains programmes scolaires et ses romans sont diffusés massivement : certaines éditions de Notre-Dame de Paris sont publiées à 800 000 exemplaires. La popularité de Victor Hugo tient également à la publication de deux adaptations pour la jeunesse inspirées des Misérables : Cosette et Gavroche, qui connaissent des tirages allant jusqu’à 2 millions d’exemplaires par édition. Victor Hugo est ainsi un des écrivains étrangers les plus lus en URSS330.

Dans les années 1990, après la chute de l’URSS, l’intérêt pour Victor Hugo s’estompe et les éditions de ses œuvres sont moins nombreuses. On observe un regain d’intérêt pour les romans dans les années 2000. Victor Hugo ne fait actuellement plus partie des écrivains français les plus lus (il cède le pas aux écrivains contemporains) mais conserve son statut de classique.

En Angleterre331

Victor Hugo s'attire l’attention du public anglais dans les années 1830 en tant que chef de file du mouvement romantique. Le roman Notre-Dame de Paris, traduit en 1833, connaît un certain succès. Victor Hugo est l’objet de nombreuses critiques : beaucoup jugent ses œuvres indécentes.

La poésie lyrique passe assez inaperçue. En revanche, la publication de La Légende des siècles et ce qui est considéré comme de l’irrévérence envers la religion suscite une vague de désapprobation.

Quoique désapprouvé par les critiques qui le jugent immoral, le roman Les Misérables est un succès commercial, surtout à partir du moment où paraissent des éditions à un shilling.

L’Homme qui rit, dont l’action se déroule dans l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle, donne lieu à une grande controverse, le portrait de l’Angleterre dressé par l’auteur n’étant que peu flatteur. Le roman est publié en 1870 dans une version qui ne conserve que l’intrigue et élude les passages historiques et philosophiques.

Après la mort de l’auteur, les éditions de ses romans se multiplient, notamment les éditions bon marché qui permettent l’élargissement du public. De 1885 à 1915, on compte au moins 36 éditions de Notre-Dame de Paris (vendues entre 30 shillings et 3 pences) et 24 éditions des Misérables.

Iconographie

(liste non exhaustive)

  • Portrait de Victor Hugo, pastel de Joseph François Paris, s.d., conservé au Musée des beaux-arts de Troyes ;

Deux portraits en buste de Hugo gravés par Auguste Rodin (pointes-sèches, 1884 et 1886) figuraient sous les numéros 219 et 220 du catalogue de dessins et d'estampes de la galerie Paul Prouté de 1985. Le sculpteur reçut deux commandes de l’État pour des statues de l'écrivain, une « assis sur un rocher » pour le jardin du Palais du Luxembourg à Paris et qui finalement fin 1906 — soit 27 ans après sa commande — fut placée dans celui du Palais-Royal et en 1886 une autre destinée au Panthéon, où le corps de l'écrivain était entré l'année précédente ; il réalisa également le buste de lui (cf. Bernard Champigneulle, Rodin, Somogy, 1985) qui est reproduit supra.

Bibliographie

Œuvres complètes, éditions de référence

  • 1880-1892 : Édition Hetzel – Albert Quantin, dite « ne varietur ». Œuvres complètes de Victor Hugo. Édition définitive d'après les manuscrits originaux. – J. Hetzel et Cie ; A. Quantin, 1880-1889. – 48 vol. in-−8°. I. Poésie (16 vol.) – II. Philosophie (2 vol.) – III. Histoire (3 vol.) – IV. Voyages (2 vol.) – V. Drame (5 vol.) – VI. Roman (14 vol.) – VII. Actes et paroles (4 vol.) – VIII Œuvres diverses (2 vol.)
  • 18??-1880 : Éditions Rouff. L'Œuvre de Victor Hugo. Édition populaire, 227 vol. in-32.
  • 1904-1952 : Éditions Ollendorff et Albin Michel, dite « de l'imprimerie nationale » Œuvres complètes de Victor Hugo, P. Ollendorff ; Albin Michel ; Imprimerie nationale, 1902-1952, 45 vol. – Portraits, planches en noir et en couleurs, fig. fac-similés, couvertures imprimées. Éditeurs intellectuels successifs : Paul Meurice (1904-1905), Gustave Simon (1905-1928) et Cécile Daubray (1933-1952). Édition critique, avec pour la première fois la Correspondance de Victor Hugo ainsi que de nombreux textes inédits.
  • 1967-1970 : Édition chronologique Massin, au Club Français du livre Œuvres complètes de Victor Hugo : édition chronologique publiée sous la direction de J. Massin. Club Français du Livre, 1967-1970, 18 vol.
  • 1985 : Collection « Bouquins » aux éditions Robert Laffont. Textes proches de l'édition Massin, et revus pour le centenaire de la mort de Hugo. Œuvres complètes de Victor Hugo dirigée par Jacques Seebacher et Guy Rosa ; en collaboration avec le Groupe inter-universitaire de travail sur Victor Hugo-Paris VII, Robert Laffont, 15 vol.

Études générales

Sources anciennes

  • Adèle Foucher (Adèle Hugo), Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Paris, Bruxelles, Leipzig, Librairie internationale A. Lacroix, Verboeckhoven & Cie, éditeurs, 2 t. in-8°, 1863ac.
  • Augustin Cabanès, Victor Hugo mégalomane et spirite, dans Grands névropathes, tome 2, Albin Michel, 1931 [lire en ligne [archive]].
  • Juliette Drouet, Mille et une lettres d'amour à Victor Hugo (choisies, préfacées et annotées par Paul Souchon), Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1951.
  • Paul Lafargue, « La Légende de Victor Hugo de 1817 à 1873 », dans Revue socialiste, 1885 [lire en ligne [archive]].
    Pamphlet virulent, écrit par un ancien communard, et à contre-courant, accusant l'écrivain de n'être qu'un bourgeois opportuniste.
  • Richard Lesclide, Propos de table de Victor Hugo, E. Dentu, 1885.

Sources récentes

  • Jean Revol, Victor Hugo dessinateur, La Nouvelle Revue française, mars 1964
  • Jean-Louis Cornuz, Hugo, l'homme des "Misérables", Lausanne, P.-M. Favre, 1985
  • Alain Decaux, Victor Hugo, Éditions Perrin, 2001.
  • Max Gallo, Victor Hugo, XO éditions, 2001, 2 tomes.
  • Pierre Gamarra, La Vie prodigieuse de Victor Hugo, Temps actuels, 1985.
  • Danièle Gasiglia-Laster, Victor Hugo « Sa vie, son œuvre », Frédéric Birr, coll., 1984.
  • Danièle Gasiglia-Laster, Victor Hugo, celui qui pense à autre chose, coll. « Petites biographies », Portaparole, Rome, 2006.
  • Yves Gohin, Victor Hugo, Presses universitaires de France (Que sais-je ?), 1987.
  • Sophie Grossiord, Victor Hugo : et s’il n’en reste qu’un…, Gallimard/Découvertes - Paris-musées, 1998.
  • Henri Guillemin, Victor Hugo par lui-même, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", Paris, Le Seuil, 1951, rééd. 2002.
  • Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, Avant l'exil : 1802-1851, Fayard, 2001.
  • Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, Pendant l'exil : 1851-1864, Fayard, 2008.
  • Hubert Juin, Victor Hugo, 3 vol., Flammarion, 1980-1986.
  • Jean-François Kahn, Victor Hugo, un révolutionnaire, Paris, Fayard, 2001, 960 p. (ISBN 9782213610962).
  • Arnaud Laster, Pleins feux sur Victor Hugo, Comédie-Française, 1981
  • Arnaud Laster, Victor Hugo, éditions Belfond, 1984.
  • André Maurois, Olympio ou la Vie de Victor Hugo, Hachette, 1985.
  • Henri Meschonnic, Écrire Hugo, 2 tomes, Gallimard, 1977.
  • Henri Meschonnic, Hugo, la poésie contre le maintien de l’ordre, Paris, Maisonneuve & Larose, 2002.
  • Annette Rosa, Victor Hugo, l'éclat d'un siècle, éditions Messidor, 1985 [lire en ligne [archive]].
  • Philippe Van Tieghem, Victor Hugo : un génie sans frontières : dictionnaire de sa vie et de son œuvre, Larousse, 1985.

Monographies

  • Corinne Charles, Victor Hugo, visions d'intérieur : du meuble au décor, Paris, éditions Paris-Musées, 2003 (ISBN 2-87900-768-2).
  • Christian Chelebourg, Victor Hugo, le châtiment et l'amour - Sens de l'exil, Lettres Modernes Minard, « Archives des Lettres Modernes », 2010.
  • Annie Le Brun, Les Arcs-en-ciel du noir : Victor Hugo, Paris, Gallimard, 2012.
  • Frédéric Lenormand, Les Fous de Guernesey ou les amateurs de littérature, Robert-Laffont, 1991, sur l'exil à Saint-Pierre-Port.
  • Martin Feller, Der Dichter in der Politik. Victor Hugo und der deutsch-französische Krieg von 1870/71. Untersuchungen zum französischen Deutschlandbild und zu Hugos Rezeption in Deutschland, Thèse Marburg, 1988.
  • Jérôme Picon et Isabel Violante, Victor Hugo contre la peine de mort, avant-propos de Robert Badinter, Paris, éditions Textuel, 2001.
  • Gérard Pouchain et Robert Sabourin, Juliette Drouet ou La dépaysée, Fayard, 1992.
  • Baldine Saint Girons, Les Monstres du sublime : Hugo, le génie et la montagne, éditions Paris-Méditerranée, 2005, rééd. Max Milo.
  • Jacques Seray, Richard Lesclide, du « Vélocipède illustré » à « La Table de Victor Hugo », Vélizy, Seray, 2009.
  • Marieke Stein, « Victor Hugo vient de mourir. Les Funérailles du siècle », dans Dans les secrets de la police, éditions l'Iconoclaste, 2008, (ISBN 9782913366206).
  • Anne Ubersfeld, Le Roi et le Bouffon, étude sur le théâtre de Hugo de 1830 à 1839, Librairie José Corti, 1974.
  • Frank Wilhelm, Victor Hugo et l'Idée des États-Unis d'Europe, Luxembourg, éd. par les Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden, 2000.
  • Victor Hugo et la musique, La Revue Musicale, Éditions Richard Masse, numéro 378.
  • Alfred Jamaux, Victor Hugo en Bretagne, (" Fougères, Dol-de-Bretagne, Saint-Malo, Dinan, Le Mont-Saint-Michel en compagnie de Juliette Drouet "), Saint-Malo : Éd. Cristel, 2002, 156.p. (ISBN 2-84421-025-2)

Anthologies

  • Ainsi parlait Victor Hugo, dits et maximes de vie choisis et présentés par Pierre Dhainaut, collection « Ainsi parlait », 176 pages, Éditions Arfuyen, 176 p., 2018.

Documentaires

  • Jean-Pierre Montier, Victoria Tébar Avila, Patrice Roturier, Toujours en ramenant la plume, « Les Travailleurs de la mer », l'œuvre graphique de Victor Hugo, webdocumentaire, production : UOH/Université Rennes 2, 2014 lire en ligne [archive]

Notes et références

Notes

  1. Certains biographes donnent la date du 28 juillet - vide Annette Rosa dans Victor Hugo ou l’éclat d’un siècle ou André Maurois dans Olympio ou la Vie de Victor Hugo, Hachette, 1954, p. 189 – tandis que d’autres, vide Henri Gourdin (Adèle, l’autre fille de Victor Hugo [archive] p. 35) ou Auguste Rey (Villégiature de la famille Hugo à Saint Prix in La revue de l’histoire de Versailles et de Seine et Oise (1906), p. 129 [archive]) tiennent pour la date du 24 août.
  2. « La route des écrivains » [archive], sur napoleon.org.
  3. Actuellement le 88.
  4. Maison détruite en 1904. Le lieu correspond actuellement entre le no 23 et le no 35 de la rue.
  5. Voir aussi Exposition de la BnF [archive], manuscrit de Hugo ainsi légendé : La date anniversaire du 16 février, sera désormais fêtée chaque année par un message de Victor Hugo dans le petit livre rouge de Juliette, baptisé le « Livre de l'Anniversaire ».
  6. Lire dans Lettres parisiennes, vol. 3 [archive] d'Émile de Girardin les tentatives de Thiers pour concilier le parti de Jouy et les contusions qu'il a peur d'en recevoir.
  7. Théâtre peu propice aux spectacles d'envergure et réticences des comédiens français devant les audaces de ses drames.
  8. « Ceux qui ont reçu en dépôt pour le peuple […], le serment du 20 décembre 1848, […] avait assumé en même temps que leur mandat deux devoirs. Le premier c'était le jour où se serment serait violé, de se lever […] pour combattre et jeter bas l'usurpateur […] le second devoir, c'était après avoir accepté le combat et toutes ses chances, d'accepter la proscription et toutes ses misères » Victor Hugo, Napoléon le Petit, chap. II, Mandats des représentants.
  9. « Je dirai : la dictature est un crime. Ce crime, je vais le commettre. J'en porterai la peine. Après l'œuvre faite, que j'échoue ou que je réussisse, quand même j'aurais sauvé la République et la Patrie, je sortirai de France pour n'y plus rentrer. Coupable du crime de dictature, je m'en punirai par l'exil éternel. » (Cité par Julien Gracq, cf. infra.).
  10. Voir le chapitre « The Four Winds of the Spirit (les Quatre Vents de l'Esprit, 1881) » p. 291 Selected Poems of Victor Hugo: A Bilingual Edition, Victor Hugo, E. H. Blackmore & A. M. Blackmore, University of Chicago, 2001 - Extrait: « Despite his stroke, he was able to maintain his customary publication schedule by delving into that pile and issuing some of its contents. ».
  11. Flaubert l'appelle l'immense vieux et il a droit à des funérailles nationales telles que Barrès évoqua à ce propos la hugolâtrie du peuple français dans René Souriac, Patrick Cabanel : Histoire de France, 1750-1995: Société, culture [archive].
  12. « Le 2 août 1883, Victor Hugo avait remis à Auguste Vacquerie, dans une enveloppe non fermée les lignes testamentaires suivantes, qui constituaient ses dernières volontés pour le lendemain de sa mort : Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l'oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu. Actes et paroles - Depuis l'exil 1876-1885, 1885, I. Mort de Victor Hugo, Extrait du Rappel..
  13. Myriam Roman : la romancière explique en quoi le roman hugolien se démarque du roman scottien : « Il [Victor Hugo] se propose de dépasser les cadres posés par Scott : ouverture du genre romanesque sur l'épopée et le grandiose, dilatation du réel vers l'idéal. » dans Victor Hugo et le roman historique [archive], sur le site du Groupe Hugo [archive].
  14. La curiosité, l'intérêt, l'amusement, le rire, les larmes, l'observation perpétuelle de tout ce qui est nature, l'enveloppe merveilleuse du style, le drame doit avoir tout cela, sans quoi il ne serait pas le drame ; mais, pour être complet, il faut qu'il ait aussi la volonté d'enseigner, en même temps qu'il a la volonté de plaire, écrit-il dans la préface d'Angelo [archive] ; la même pensée anime Balzac ; in Pierre Laubriet : L'intelligence de l'art chez Balzac: d'une esthétique balzacienne [archive] p. 372.
  15. Ces digressions lui furent d'ailleurs reprochées, comme étant envahissantes par Armand de Pontmartin dans les premières critiques du roman : p. 720, « Le Correspondant », vol. 292 [archive].
  16. Anne Ubersfeld parle de « Viol du public » pour les tentatives de Victor Hugo de convaincre le public dans Anne Ubersfeld, 1974 Ibid., p. 178 et 224.
  17. Anne Ubersfeld parle de son désir d'unifier les publics, dans Anne Ubersfeld, 1974 Ibid., p. 389.
  18. Anne Ubersfeld parle du système A et non A - Anne Ubersfeld, 1974 Ibid., p. 411 et suivantes.
  19. Victor Hugo, dans la préface de Lucrèce Borgia, rappelle que dans Le Roi s'amuse, le bouffon possède une difformité physique, mais une âme qui souffre, et dans Lucrèce Borgia, l'héroïne possède une difformité morale, mais rayonne par son amour maternel.
  20. Une seule fois en 1832, suivie d'une reprise sans grand succès 50 ans plus tard, dans Anne Ubersfeld, 1974, Ibid., p. 156.
  21. L’Expiation dans les Châtiments, Booz endormi dans la Légende des siècles, pour ne citer que ces deux exemples.
  22. Voir - entre autres - le commentaire [archive] de Ludmila Charles-Wurtz sur le site Gallimard. Extrait : « Les Contemplations sont le chef-d'œuvre de la poésie lyrique de Hugo, parce que le recueil se donne à lire comme une autobiographie universelle. C'est une œuvre d'exil - écrite en exil, mais aussi produite par l'exil. Cet exil est d'abord politique ; il est aussi intérieur. À la catastrophe du coup d'État, Hugo associe la mort de sa fille : le proscrit qui parle dans Les Contemplations est exilé hors de son pays et hors de lui-même, si bien que chaque lecteur peut s'identifier à lui. ».
  23. Vide Victor Hugo et les graveurs de son temps de Gérard Blanchard dans Communication & Langages, 1984, no 62, p. 65-85; - Extraits : « Victor Hugo, côté plastique, commence à dessiner comme tout le monde des « carnets de voyage ». Il aime l'eau-forte alors que la mode est aux bois gravés. (…) Mais qu'arrive le malheur (la mort de Léopoldine, le 4 septembre 1848 (…), l'exil (Jersey d'abord, de 1852 à 1855 avec l'expérience spirite) et voilà un autre Hugo qui se révèle à lui-même. Avec un certain bonheur, il se livre aux vagues de l'inconscient. Il pratique alors le dessin comme une sorte d'exercice spirituel, comme une calligraphie zen. ».
  24. Lire « http://www.fdlm.org/fle/article/319/jfkahn.php3 » l'interview de] Jean-François Kahn, auteur de Victor Hugo, un révolutionnaire (2002)- Extraits:« On commence gauchiste et on finit conservateur d’habitude ! Lui était conservateur et il prend parti tout d’abord pour la République, la démocratie et finalement pour la révolution. Il va même devenir une sorte de prophète révolutionnaire. (…) C'est surtout un réformiste. (…) Dans sa vie, ses prises de position sont également complexes. Il est absolument contre le colonialisme quand il s'agit de pays qui ont une vieille culture comme l'Égypte ou Cuba, mais il le justifie pour l'Afrique Noire, car il pense que c'est une terre vide et sans histoire ».
  25. « Il faut, pour que l’univers soit en équilibre, qu’il y ait en Europe, comme la double clef de voûte du continent, deux grands États du Rhin, tous deux fécondés et étroitement unis par ce fleuve régénérateur ; l’un septentrional et oriental, l’Allemagne, s’appuyant à la Baltique, à l’Adriatique et à la mer Noire, avec la Suède, le Danemark, la Grèce et les principautés du Danube pour arcs-boutants ; l’autre, méridional et occidental, la France, s’appuyant à la Méditerranée et à l’océan, avec l’Italie et l’Espagne pour contreforts. », Victor Hugo, Le Rhin, Conclusion - Lire en ligne.
  26. « La correspondance de Baudelaire nous confirme que chez Hugo, il n'aime pas la poésie politique, l'engagement… », dans David Ellison, Ralph Heyndels, les modernités de Victor Hugo, p. 162.
  27. Hans Christian Andersen and music: the nightingale revealed: In general, literary historians have presented Hugo as being rather hostile toward music, but this is something as a misconception. It is true that Hugo generally opposed the production of musical works based on his plays, but he nonetheless revered music quite highly, especially what he referred to as "retrospective music. p. 44 [archive] in Hans Christian Andersen and music: the nightingale revealed, Anna Harwell Celenza, Ashgate Publishing, 2005.
  28. Arnaud Laster précise qu'on n'a jamais trouvé la fameuse formule que l'on lui prête : Défense de déposer de la musique le long de mes vers . Il n'était sans doute pas si hostile que cela à la mise en musique de ses textes comme en témoigne La Esmeralda de Louise Bertin. dans Groupe Hugo, séance du 25 janvier 1997 [archive].
  29. L'édition originale des souvenirs réunis par Adèle Hugo. On la préfère à l'édition bruxelloise publiée l'année précédente, parce qu'elle est moins fautive et qu'elle comporte quelques additions. Quoique Victor Hugo se soit toujours défendu d'avoir participé à la rédaction de ce livre, on sait qu'il lui apporta un soutien actif, sinon même qu'il en rédigea quelques passages.

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18 février 2020

Fanneau de La Horie Victor

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Victor Fanneau de La Horie

 

Victor Fanneau de La Horie

VIP


Naissance 5 janvier 1766
Javron-les-Chapelles (Mayenne)
Décès 29 octobre 1812 (à 46 ans)
Paris
Origine Drapeau de la France France
Grade Général de brigade
Années de service 1793-1803
Faits d'armes Conspiration de Malet

Victor Claude Alexandre Fanneau de La Horie1, né le 5 janvier 1766 à Javron-les-Chapelles (Mayenne), et fusillé le 29 octobre 1812 à Paris, est un général français.

Sommaire

  • 1 Famille
  • 2 Biographie
  • 3 Parcours militaire
    • 3.1 La retraite
  • 4 Conspiration
  • 5 Précepteur de Victor Hugo aux Feuillantines
  • 6 Conspiration
  • 7 La fin
  • 8 Notes et références
  • 9 Bibliographie
  • 10 Source partielle
  • 11 Article connexe
  • 12 Voir aussi

Famille

La Famille Fanneau de La Horie est une famille d'ancienne bourgeoisie originaire de Normandie. Elle possédait le domaine de La Horie dont elle a conservé le nom2. Pierre Fanneau, sieur de La Horie (1699-1742) est acquéreur du domaine. Charles-Julien Fanneau de La Horie (1723-1798), était négociant à Javron, , garde des haras du roi. Jean-René Fanneau de La Horie (1764-1845) était percepteur, receveur municipal à Josselin. Emmanuel-Pierre (1777-1826, était juge de paix à Couptrain. Ismaël Fanneau de La Horie (1782-1832), était maire de Javron. De nombreux membres de la famille étaient officiers dans l'armée royale sous l'ancien Régime.

Biographie

Victor Fanneau de La Horie appartient à une famille de juges de paix à Couptrain, tirant son nom du domaine de La Horie, à La Ferté-Macé. Il est le huitième d’une famille de seize enfants de Charles-Julien Fanneau de La Horie et de Marie Jeanne Renée Le Meunier du Bignon.

L’un de ses frères, Charles-Julien Fanneau de La Horie fut gouverneur de Cayenne après avoir fait la guerre d'indépendance des États-Unis. Louis Michel Fanneau de Lahorie, colonel de cavalerie, fit une vingtaine de campagnes militaires sous la République et l’Empire, y compris la campagne de Russie.

Parcours militaire

Il fait ses études au lycée Louis-le-Grand, y retrouve Jean-Baptiste Desmarets, le futur directeur de la police. On sait peu de choses sur sa jeunesse. Raymond Escholier le signale aux environs de Châteaubriant. Quoique noble, il a apparemment la fibre républicaine.

Il s’enrôle dans le bataillon de la Mayenne pour repousser l’étranger, comme son frère Louis-Michel, en mars 1793. Le 1er juillet 1793 il est sous-lieutenant à l'Armée de Rhin-et-Moselle, remplissant les fonctions d'adjoint à l'état-major général. Il est rapidement sous-lieutenant, puis chef de bataillon le 9 août 1797. Colonel en 1799 il est attaché au ministère de la Guerre, et le 5 février 1799 il est nommé adjudant-général chef de brigade.

Il rejoint Moreau en Italie et s’attache à sa carrière. Le 11 décembre 1799 Moreau est nommé commandant en chef de l’armée du Rhin, et La Horie est son chef d’état-major. Il se retrouve d’ailleurs au camp avec Sigisbert Hugo qui l’a rejoint à Bâle et qu’on retrouve souvent dans son sillage. En 1800, d'après une note de Chétard, Les Armées françaises jugées par les habitants de l'Autriche (p. 180), on le dit commandant à Strasbourg et très dur.

Il est promu général de brigade le 11 mai 1800. En 1800, il est en Souabe et en Bavière où les troupes de Moreau ont exécuté un « rétablissement militaire » que couronne l’armistice de Parsdorf qu’il négocie.

La retraite

Fanneau de La Horie est malchanceux : nommé général de division par Moreau sur le champ de bataille de Hohenlinden, il se voit refuser pour d’obscures raisons la ratification de son grade par Napoléon Bonaparte, alors Premier consul (il se serait montré, semble-t-il, trop ferme avec le général Charles Victoire Emmanuel Leclerc, beau-frère de Bonaparte). Le 25 décembre 1800, il signe pour la France le traité de Steyer, dont les clauses furent confirmées par celui du traité de Lunéville le 9 février 1801. Il est confirmé dans son grade de général de division le 23 septembre 1801.

Conspiration

Il est impliqué à tort dans la conspiration de Pichegru et du général Moreau. Quand Moreau est arrêté et jugé, la carrière de son chef d’état-major est brisée. Il est mis d’office à la retraite à l’âge de 37 ans, le 26 août 1803, il réside dans sa propriété de Saint-Just à Vernon.

Il est poursuivi et condamné à mort en 1804, ses biens étant séquestrés. Le 4 septembre 1804 Napoléon Ier écrit à son ministre de la police Fouché3. Et comme Lahorie, fort imprudent, demandait une audience à l'empereur pour s'expliquer, celui-ci annotait ainsi la pétition : « Renvoyé au ministère de la police. Ce citoyen ne doit pas rester en France. »

Cette surveillance se relâcha un peu par intervalles : le 6 septembre 1805 il signe tranquillement à son domicile l’acte de vente de sa propriété de Saint-Just, 28 rue Gaillon. Le 17 août 1805 du camp de Boulogne, l'empereur écrit encore à Fouché qui avait trouvé un intermédiaire pour s'aboucher avec La Horie4.

En 1809, Lahorie devient « M. de Courlandais ». Traqué, il s’est un moment caché en Normandie vers 1807, puis chez la femme du général Hugo, mère de l’écrivain Victor Hugo, Sophie Hugo, venue de Clichy au faubourg Saint-Jacques où elle a loué les Feuillantines. Selon Raymond Escholier (Un amant de génie, Victor Hugo, Fayard, 1953), il ne fait pas le moindre doute que La Horie a été son amant pendant de longues années, et le père probable de Victor Hugo qui reçoit son prénom et dont il est le parrain. C'est délibérément que Victor Hugo aurait écrit plus tard que Lahorie avait plus de vingt-cinq ans d'écart avec son père, alors qu'il n'était son aîné que de sept ans.

Précepteur de Victor Hugo aux Feuillantines

Il doit se cacher pendant sept ans. Le proscrit trouva son dernier refuge dans l’ancien couvent des Feuillantines qu’habitèrent un temps Sophie Hugo et ses trois enfants. À partir du milieu de l’année 1809, il se cache au fond du jardin dans la sacristie d’une chapelle en ruine où on lui a apporté un lit, une table, une toilette et deux chaises. Présenté aux enfants comme un parent, Fanneau de La Horie partage leurs jeux. Il semble avoir une affection particulière pour Victor Hugo, qu’il s’amuse à jeter en l’air très haut et à recevoir dans ses bras à la grande terreur de sa mère mais à la grande joie de l’enfant. Il donna son prénom à l’enfant dont il fut le parrain5. Plusieurs thèses affirment que le vrai père de Victor Hugo serait Fanneau de La Horie (voir Le Barbier & Dormann). Le général se fait précepteur et initie Victor et ses deux frères au latin avec Tacite, Virgile6. Père de substitution, il devient la figure de référence du jeune Victor Hugo5.

Conspiration

La Horie écrit au mois de juin 1810 une lettre de 8 pages pour exposer à l'Empereur la netteté de sa conduite, qu'il n'avait pas participé à la conspiration de Pichegru, etc. La Horie s’est engagé vis-à-vis de Fouché à passer en Amérique quand certaines sommes seraient réalisées. Il gagne ainsi du temps et se cache aux Feuillantines. C’est le moment où sa mère demande la levée du séquestre. « Où est La Horie, dit l’Empereur, pourquoi ne se présente-t-il pas ? ».

Filé par la police impériale, le fugitif tombe dans le piège tendu par le ministre de la police Savary et est arrêté aux Feuillantines « chez une dame nommée Hugot » à la suite d’une trahison. Incarcéré le 30 octobre 1810, il est jeté au donjon de Vincennes puis emprisonné en juillet 1812 à la prison de La Force. Là, on lui propose le bannissement à perpétuité en Amérique.

Fanneau de La Horie se trouve impliqué dans un nouveau complot : le coup d'État de Malet7. Il est libéré par le général Malet en octobre 1812 pour prendre les fonctions de ministre de la Police après l’annonce inventée par Malet du décès de l’Empereur en Russie. La Horie devait remplacer Savary, son ex-camarade, au ministère de la Police. Chargé de l’arrêter, il le traite avec générosité, mais est lui-même arrêté par l’adjudant général Laborde le 22 octobre à 10 h lorsque la situation se retourne.

La fin

La conspiration est éventée le 22 octobre, et les conspirateurs dont il fait partie sont condamnés le 29 octobre 1812, et fusillés dans la plaine de Grenelle le jour même à quatre heures de l’après-midi8.

Notes et références

  1. Il fut parfois appelé Le Courlandais, peut-être du nom d’une propriété qu’il possédait.
  2. Pierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-Nobiliaire-Français, éd. Sédopols, 2012, p.306-307
  3. « Le général de La Horie ne doit pas rester en France. S’il peut être arrêté, c’est un homme bon à s’en assurer en le retenant plusieurs années dans un château fort »
  4. « Que M. Réat fasse causer La Horie, Lenormand, Rapatel, non pour bâtir sur cela une conspiration, mais pour s'assurer s'il y a quelque autre chose que du bavardage. Le frère de La Horie, qui est à Paris, n'est pas sans doute celui qui est mon conservateur à Liège. Il me semble qu'il devait vous être facile de vous défaire des Frémin, Rapatel, La Horie et qu'ils ne trouvassent pas l'impunité qu'ils trouvent »

  5. a et b Anne-Martin Fugier, « Victor Hugo : la face cachée du grand homme », émission Secrets d'histoire sur France 2, 10 juillet 2012
  6. Victor Hugo garda jusqu’à sa mort un petit ouvrage de Tacite remis par son parrain la veille de son arrestation.
  7. Le tragique destin de Victor Fanneau de Lahorie parrain de Victor Hugo [archive]. Résumé d'un article de Jacques Couvreur in Bull. Soc. hist. & arch. du XVe arrondt de Paris – no 19
  8. Devant l’affiche blanche annonçant l’exécution, Sophie Hugo demanda à ses enfants : « N’oubliez jamais ». Les convictions royalistes du jeune Hugo furent en partie liées à cet évènement.

Bibliographie

  • Louis Le Barbier, Le Général de La Horie. Dujarric Éditeurs, 1904.
  • Louis Guimbaud, La Mère de Victor Hugo. Plon, 1930.
  • Geneviève Dormann, Le Roman de Sophie Trébuchet, Albin Michel, 1982.

Source partielle

« Victor Fanneau de La Horie », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (lire en ligne [archive])

Article connexe

  • Familles subsistantes d'ancienne bourgeoisie française

17 février 2020

Abrial André Pierre Étienne

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André Pierre Étienne Abrial

 

André Pierre Étienne Abrial

Houdetot_-_André_Pierre_Etienne_Abrial

 
Portrait de M. Abrial, auditeur, Frédéric Christophe d'Houdetot (1778–1859), dessin à la plume, 1806. Conservé au Conseil d'État, Palais-Royal, Paris.
Fonctions
Membre de la Chambre des pairs
(à titre héréditaire)
11 février 1829 – 1840
Gouvernement Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Biographie
Date de naissance 5 décembre 1783
Paris
Date de décès 26 décembre 1840 (à 57 ans)
Paris

Le comte André-Pierre-Étienne Abrial, Pair de France, (né le 5 décembre 1783 à Paris et décédé dans cette même ville le 26 décembre 1840), fils de André Joseph Abrial est commissaire général de police à Lyon, sous Napoléon Ier. Distingué en cette fonction par l'empereur, il quitte Lyon en mars 1813 pour diriger la préfecture du Finistère.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Fonctions
  • 3 Titres
  • 4 Distinctions
  • 5 Armoiries
  • 6 Annexes
    • 6.1 Bibliographie
    • 6.2 Notes et références
  • 7 Voir aussi
    • 7.1 Articles connexes
    • 7.2 Liens externes

Biographie

Tombe au cimetière du Père-Lachaise.

Né du premier mariage du comte Abrial, André Pierre Étienne entra de bonne heure dans la carrière politique. Il fut nommé successivement auditeur près le ministre de la Justice, à la section de législation, auditeur au conseil d'État le 26 frimaire an XIII, commissaire général de police à Lyon, le 12 septembre 1810, et préfet du Finistère le 12 mars 1813.

Le gouvernement de la première Restauration, qui le trouva dans cette dernière fonction, se borna à lui décerner le titre de maître des requêtes honoraire, le 29 juin 1814.

Les Cent-Jours lui rendirent la situation administrative qu'il avait perdue : il fut nommé préfet de l'Ain le 22 mars 1815, mais non installé puis préfet du Gers le 20 avril 1815. Cette circonstance ne l'empêcha point de faire adhésion, après Waterloo, à la royauté restaurée, et sa soumission lui valut, à défaut de la préfecture du Gers, la place de maître des requêtes au conseil d'État, en service extraordinaire, le 4 novembre 1818, et en service ordinaire, attaché au comité de la marine, le 12 juillet 1820.

Ce fut le 14 février 1829, qu'il succéda à son père dans la dignité héréditaire de la pairie.

Il avait porté d'abord le titre de baron, puis celui de vicomte, en vertu de l'ordonnance royale du 25 août 1817, réglant la hiérarchie des titres dans les familles des pairs de France. Le vicomte Abrial avait épousé Elisabeth Augustine Edmée Treilhard, fille de Jean-Baptiste Treilhard, célèbre conseiller d'État.

À la Chambre des pairs, Abrial prit part, les 21 et 22 avril 1829, à la discussion du Code pénal militaire. Il présenta, le 13 novembre 1830, le rapport de la commission chargée d'examiner le projet de loi relatif à la suppression des juges auditeurs, et le 18 février 1834 celui de la commission de la loi relative à l'augmentation de la gendarmerie et de ses attributions dans les départements de l'Ouest, toujours troublés par les restes de la chouannerie.

Abrial s'était rallié au Gouvernement de Juillet, et avait voté, en 1831, contre l'hérédité de la pairie.

Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (28e division).

Fonctions

  • Au conseil d'État :
    • Auditeur près le ministre de la Justice et la section de législation (26 frimaire an XIII) ;
    • Auditeur hors du conseil d’État : il conserve alors ses titres et prérogatives) et exerce ses fonctions à Venise (1806-1807) ;
    • Auditeur près le ministre de la justice et la section de législation (1808-1809) ;
    • Membre de la commission des pétitions (1808) ;
    • Membre de la commission du contentieux (1809) ;
    • Employé en service ordinaire hors sections (1810) ;
    • Auditeur de première classe (1812) ;
  • Maître des requêtes au conseil d'État (4 novembre 1818) ;
  • Commissaire général de police à Lyon (12 septembre 1810 - 1813) ;
  • Préfet du Finistère :
    • Nommé par l’Empereur le 12 mars 1813,
    • En fonction à Brest le 19 avril 1813,
    • Remplacé dans ses fonctions le 10 juin 1814.
    • Rappelé par l’Empereur durant les Cent-Jours.
  • Nommé préfet de l'Ain le 22 mars 1815 (non installé) ;
  • Préfet du Gers :
    • Nommé par l’Empereur le 20 avril 1815,
    • À son poste le 6 mai,
    • Remplacé dans ses fonctions le 9 juillet ;
  • Pair de France (14 février 1829).

Titres

  • Baron de l'Empire (1811)1 ;
  • 2e comte Abrial (1828).

Distinctions

  • Légion d'honneur :
    • Chevalier (30 avril 1821), puis,
    • Officier de la Légion d'honneur (30 mai 1837).

Armoiries

Figure Blasonnement
Orn ext comte et pair OLH.svg
Blason fr famille Abrial (Vivarais).svg
Armes de comte-pair héréditaire

D'argent au chêne terrassé de sinople, au chef d’azur chargé d’un soleil d’or.2,3,4,5,6

Annexes

Bibliographie

  • « Abrial (André-Pierre-Étienne, comte) », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] ;
  • René Bargeton & autres, Les Préfets du 11 ventôse an VIII au 4 septembre 1870, Archives nationales, 1981, 429 p. (ISBN 2-86000-064-X, notice BnF no FRBNF36602303), p 27.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

  • Personnalités liées à Lyon ;
  • Liste des premiers préfets français (1800-1815) ;
  • Liste des préfets de l'Ain ;
  • Liste des préfets du Finistère ;
  • Liste des préfets du Gers ;
  • Liste des membres de la noblesse d'Empire ;
  • Armorial du Premier Empire ;

Liens externes

  • Notices d'autorité

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16 février 2020

Foucher Adèle

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Adèle Foucher

 

Adèle Foucher

260px-Adele_Hugo_by_Louis_Boulanger

Biographie
Naissance
28 novembre 1803


Paris

Décès
27 août 1868

(à 64 ans)
Bruxelles

Sépulture
Villequier
Nom de naissance
Adèle Julie Victoire Marie Foucher
Nationalité
Française
Conjoint
Victor Hugo (à partir de 1822)
Enfant

Léopold Victor Hugo

Léopoldine Hugo

Charles Hugo

François-Victor Hugo

Adèle Hugo

Adèle Julie Victoire Marie Foucher, née le 27 septembre 1803 à Paris, et morte le 27 août 1868 à Bruxelles, à 64 ans. Elle est l'épouse de l'écrivain français Victor Hugo.

Biographie

Amie d'enfance de Victor Hugo dès 1809 (son père Pierre Foucher, greffier au Tribunal à Paris, est un ami des parents de Victor Hugo), elle l'épouse le 12 octobre 1822, en l'église Saint-Sulpice, trois ans et demi après leurs fiançailles, malgré la réticence des parents respectifs et au grand dam du frère aîné de Victor, Eugène Hugo, qui en perd la raison.

Ils ont eu cinq enfants :

  • Léopold Victor Hugo (16 juillet 1823 - 10 octobre 1823) ;
  • Léopoldine Cécile Marie Pierre Catherine Hugo (28 août 1824 - 4 septembre 1843) ;
  • Charles Hugo (4 novembre 1826 - 13 mars 1871) ;
  • François-Victor Hugo (28 octobre 1828 - 26 décembre 1873) ;
  • Adèle Hugo (24 août 1830 - 21 avril 1915) ;

Délaissée par son mari bourreau de travail, elle entame en 1830 une relation amoureuse avec Sainte-Beuve, ami de Victor tandis que ce dernier devient l'amant de Juliette Drouet en 1833, vivant une relation de 50 ans avec sa maîtresse officielle. Jalouse, Adèle Foucher s'éloigne de Sainte-Beuve pour se consacrer à ses enfants et aux intérêts financiers et littéraires de son mari1. Elle rompt définitivement avec Sainte-Beuve en 1837. Mais ce double adultère engendrera une haine tenace entre les deux anciens amis. Sainte-Beuve dans ses articles traitera Hugo de Polyphème et de Cyclope; ce dernier répliquera en traitant celui-là de Sainte-Bave2.

Elle accorde son amitié à Léonie d'Aunet, concurrente de Juliette Drouet dans les bras de son mari et écrit Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie publié en 1863, grâce aux matériaux fournis par Victor Hugo3.

Elle meurt d'une congestion cérébrale le 27 août 1868, à 64 ans, lors d'un séjour à Bruxelles.

Elle est enterrée à Villequier, auprès de sa fille ainée Léopoldine (sa fille cadette Adèle reposera également à leurs côtés une quarantaine d'années plus tard). Victor Hugo alors exilé ne pourra suivre le cercueil de son épouse que jusqu'à la frontière franco-belge4.

Notes et références

  • Notices d'autorité
  1. Anne-Martin Fugier, « Victor Hugo : la face cachée du grand homme » , émission Secrets d'histoire sur France 2, 10 juillet 2012
  2. Anne Boquel et Étienne Kern, Une Histoire des haines d'écrivains de Chateaubriant à Proust, Flammarion 2009, p. 30.
  3. Pierre-Jean Lancry, Eugène Hugo : l'histoire oubliée d'un frère, Editions L'Harmattan, 2004, p. 9.
  4. Frédérique Kerhervé, « Exil Victor Hugo Hauteville House Maison à Guernesey » [archive], sur www.hautevillehouse.com (consulté le 7 août 2018)

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15 février 2020

Treilhard Achille Libéral

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Achille Libéral Treilhard

 

Achille Treilhard

Achille_treilhard

Fonctions
Préfet de police de Paris
7 novembre 1830 – 26 décembre 1830
Prédécesseur Amédée Girod de l'Ain
Successeur Jean-Jacques Baude
Biographie
Date de naissance 27 décembre 1785
Lieu de naissance Paris
Date de décès 3 août 1855

Achille Libéral, comte Treilhard (27 décembre 1785, Paris - 3 août 1855) est un juriste et un fonctionnaire français.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Vie familiale
  • 2 Sources
  • 3 Voir aussi
    • 3.1 Liens externes

Biographie

Fils du comte Jean-Baptiste Treilhard, il suit une sérieuse formation juridique. Auditeur au Conseil d'État le 11 février 1806, il est affecté près le ministre de la Justice et la section de législation de 1806 à 1809 et est intendant à Leipzig de 1806 à 1807. Le 25 février 1809, il succède à Hély d'Oissel comme secrétaire général de la Seine. Trois ans après, il est nommé préfet de Catalogne (2 février 1812-7 mars 1813), avant de devenir préfet des Bouches-de-l'Èbre-Montserrat (réunion des deux départements).

Préfet du Gers puis de la Haute-Garonne pendant les Cent-Jours, il perd toutes ses fonctions au retour des Bourbon.

Il ne revient aux affaires que sous la Monarchie de Juillet qui le fait préfet de la Seine-Inférieure en août 1830), puis préfet de police de Paris (7 novembre-26 décembre 1830) et est nommé conseiller à la cour royale de Paris.

Candidat du centre-gauche à Saumur, en Maine-et-Loire, aux élections législatives du 2 mars 1839, il est battu par le représentant sortant, Benjamin Delessert, avec 135 voix contre 183 à son adversaire.

Il meurt le 3 août 1855, à l'âge de 69 ans, au Plessis-Pâté, dans la propriété familiale des Bordes-pied-de-Fer. Ses restes sont inhumés dans le cimetière du Plessis.

Vie familiale

Portrait de la comtesse Treilhard, née Paméla Marqfoy (1795-1876).

Il se marie en 1814 avec Paméla Marqfoy, cousine du général Charles-André Merda. Ils eurent :

  • Achille (1815-1880), magistrat, conseiller d'État, directeur de la presse au ministère de l'Intérieur
    • Jean-Baptiste Treilhard (1858-1947), officier d'infanterie, conseiller général de Seine-et-Oise
  • Jules (1823-1882), ministre plénipotentiaire
  • Marie (1831-1896), épouse de Georges L'Hopital, et descendance.

Sources

  • Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, volume 42, 1854
  • Albert Reverend, Armorial du premier empire: titres, majorats et armoiries concédés par Napoléon Ier, volume 4, 1897

Voir aussi

Liens externes

  • Notices d'autorité

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14 février 2020

L'Hopital Georges

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Georges L'Hopital

 

Georges L'Hopital

260px-Georges_L'Hopital

Georges L'Hopital
Fonctions
Maire
Le Plessis-Pâté
 
Président
Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure
 
Biographie
Naissance
22 juillet 1825


Évreux

Décès
20 novembre 1892

(à 67 ans)
Le Plessis-Pâté

Nationalité
Français
Formation
Lycée Henri-IV
Activités
Homme politique, haut fonctionnaire
Père
Pierre-Nicolas L'Hopital (d)
Enfant
Joseph L'Hopital
Autres informations
A travaillé pour
Conseil d'État, tribunal des conflits
Membre de
Société de l'histoire de France (1893)
Distinction
Officier de la Légion d'honneur

Georges L'Hopital (né le 22 juillet 1825 à Évreux et mort le 20 novembre 1892 (à 67 ans) au château des Bordes, au Plessis-Pâté, dans l'actuel département de l'Essonne) est une personnalité politique française du Second Empire.

Biographie

Fils de Pierre-Nicolas L'Hopital, maire d'Évreux et conseiller général de l'Eure, Georges L'Hopital est élève au collège d'Évreux à 7 ans ; il entre en quatrième au lycée Henri IV et suivit avec brio des études classiques ; après le baccalauréat en 1842 il commence des études de droit; deux ans plus tard il soutient sa thèse de licence, passe les deux examens de doctorat et est attaché au cabinet d'Antoine Passy, ancien préfet de l'Eure, sous-secrétaire d'État au ministère de l'Intérieur.

Il fut conseiller d'État jusqu'en 1870 - sa carrière est brisée par l'avènement de la République- ; maire du Plessis-Pâté; membre du tribunal des conflits de 1872 à 1875, époque où il devient directeur, jusqu'en 1887, puis administrateur de la compagnie d'assurances sur la vie La Nationale, conseiller d'arrondissement dès 1852, puis président du conseil d'arrondissement d'Évreux de 1868 à 1873, en 1865 président de la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure. Officier de la Légion d'honneur.

Il est le fils de Pierre Nicolas L'hopital, membre du directoire de l'Eure, après 1830 conseiller général de l'Eure et maire d'Évreux jusqu'en 1848, et d'Adèle Le Mercier de Pierremont, fille de Jacques Hippolyte Le Mercier, écuyer, sieur de Pierremont; puis le père de Georges L'Hopital a épousé en secondes noces Mlle du Meilet.

Marié à la fille d'Achille Libéral Treilhard, il est le père de l'écrivain normand Joseph L'Hopital.

Œuvres catholiques

Il fit partie du cercle catholique d'Évreux, des associations ouvrières, des comités et œuvres de charité, de la Société civile qui possède la salle du Comité catholique d'Évreux et de l'école des frères d'Évreux (école saint Pierre); et il fut surtout, vers 1882, l'un des fondateurs du Collège Saint-François-de-Sales (Évreux), avec ses amis Alfred de Jancigny et Charles de Maistre, tenu par les Jésuites sur la colline qui domine Évreux.

Bibliographie

  • Alfred de Jancigny, Georges L'hopital 1825-1892 Notice biographique, Évreux imprimerie de Charles Hérissey, 1893

13 février 2020

Merda Charles-André

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Charles-André Merda

 

Charles-André Merda
Méda (surnom)

280px-Portrait_d'un_officier_du_1er_régiment_de_chasseurs_à_cheval_attribué_au_colonel_Merda_dit_'Méda'

 
Portrait d'un officier du 1er régiment de chasseurs à cheval attribué au colonel Merda dit "Méda".

Naissance 11 janvier 1773
Paris
Décès 8 septembre 1812
Moscou
Mort au combat
Origine Drapeau du royaume de France Royaume de France
Arme Garde nationale
Cavalerie
Grade Général
Années de service 1789-1812
Distinctions Baron de l'Empire

Charles-André Merda dit Méda, (11 janvier 1773, Paris - 8 septembre 1812, bataille de la Moskova) est un général de la Révolution française et du Premier Empire.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Armoiries
  • 3 Famille
  • 4 Notes et références
  • 5 Voir aussi
    • 5.1 Bibliographie
    • 5.2 Liens externes

Biographie

Arrestation des robespierristes. Au centre de l'image, le gendarme Merda tire sur Robespierre. Lithographie de Jean-Joseph-François Tassaert d'après Fulchran-Jean Harriet, Musée Carnavalet (Paris).

Issu d'une famille de commerçants parisiens, Merda entre dans la garde nationale parisienne en septembre 1789. Il aurait été de garde aux Tuileries lors de la journée du 20 juin 17921. Gendarme après le Dix août 1792, dans l'escadron des hommes du 14 juillet, il participe à l'arrestation de Maximilien de Robespierre et de Georges Couthon la nuit du 27 au 28 juillet 1794 (9 au 10 thermidor) An II, et revendique le coup de pistolet qui cassa la mâchoire de l'Incorruptible, proclamé Tyran, la veille, par la Convention.

Les témoins et les historiens mettent cependant ce fait en doute, l'hypothèse d'une tentative de suicide n'étant pas à écarter2. Il fait valoir ce « fait d'armes » pour obtenir un avancement. La Convention constate son intervention (et ses blessures et meurtrissures) par un procès-verbal du 10 thermidor An II, Puis la Convention le nomme sous-lieutenant au 5ème régiment de chasseurs à Cheval - par un autre procès verbal - le 25 thermidor an II 3

Il est promu capitaine dans le 12ème Chasseur à Cheval en l'an V, puis est nommé au 10e Régiment de Chasseurs à Cheval en l'an VIII, Chef d'escadron adjoint en l'an IX par arrête du consulat, puis Chef d'escadron au 7ème Régiment de Hussards en l'an X par arrête du Consulat.

Chevalier de la Légion d'honneur en 1804 puis officier en 1807, il est fait baron Méda et de l'Empire (décret du 2 juillet 1808 et lettre patente du 16 septembre 1810) et transforme son nom en Méda. Colonel du 1er régiment de chasseurs à cheval depuis 1807, Il succède au colonel Exelmans. Il participe, avec son régiment, aux batailles d'Eylau, Wagram, Smolensk.

Il est mortellement blessé, a l'aine, durant la bataille de la Moskova-Borodino à l'avant-garde devant Moscou le 5 septembre 1812, et est fait général de brigade (à titre provisoire - décret non publié [archive]) sur son lit de mort. Il décède 3 jours après sa blessure et est enterré dans une eglise locale qui sera rasée au milieu du XXeme siècle.

Armoiries

Armoiries du Baron Méda : parti d’or et de gueules coupé de sinople ; l’or chargé de trois étoiles de sable posées deux et une ; le gueules chargé du signe des barons militaires ; et le sinople d’un griffon passant portant quatre étendards, le tout d’or. Pour livrées : jaune, blanc, rouge, et vert, le vert dans les bordures seulement.

Famille

Sa cousine Paméla Marqfoy épouse en 1814 Achille Libéral Treilhard, et postérité.

Notes et références

  1. Selon J.-J. B. (voir la bibliographie), p.7. Ce premier biographe de Merda, qui écrit sous la Restauration, dresse un portrait hagiographique du gendarme, qu'il présente comme un royaliste convaincu.
  2. Laurent Dingli, Robespierre, Flammarion, 2004, p. 502.
  3. « Base Leonore de la Légion d'Honneur » [archive]

Voir aussi

Bibliographie

  • J.-J. B. ("avocat à la cour royale de Paris"), Précis historique des événements qui se sont passés dans la soirée du neuf thermidor, adressé au Ministre de la guerre, le 30 fructidor an X par C. A. Méda, ancien gendarme, commandant de l'expédition contre la commune de Paris, avec une notice sur la vie de l'auteur, mort général de brigade, baron, et commandant de la légion-d'honneur, Baudouin frères, Paris, 1825.
  • Jean-François Fayard, Alfred Fierro et Jean Tulard, Histoire et dictionnaire de la Révolution française 1789-1799, Robert Laffont, Paris, 1998, p. 981.
  • Article de Jacques Garnier, in Dictionnaire Napoléon sous la direction de Jean Tulard, Fayard, Paris, 1999, p. 291
  • Daniel Somogyi "Le gendarme Merda: fanfaron mythomane ou gloire militaire ?" [archive] Bulletin AMRID no 25 de janvier 2003

Liens externes

  • Notices d'autorité

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12 février 2020

Carpeaux Jean-Baptiste

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Jean-Baptiste Carpeaux


Jean-Baptiste Carpeaux

220px-Valenciennes_-_Cimetière_des_Prix_de_Rome_-_Jean-Baptiste_Carpeaux_(2)

Ernest Hiolle, Buste de Carpeaux, ornant la tombe du sculpteur, au cimetière Saint-Roch de Valenciennes1.
Naissance 11 mai 1827
Valenciennes
Décès 12 octobre 1875 (à 48 ans)
Courbevoie
Nationalité Drapeau de la France France
Pays de résidence Drapeau de la France France
Profession
Sculpteur
Peintre
Dessinateur
Formation
École des beaux-arts de Paris

Jean-Baptiste Carpeaux, né le 11 mai 1827 à Valenciennes et mort le 12 octobre 1875 à Courbevoie, est un sculpteur, peintre et dessinateur français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Carrière artistique
    • 2.1 Contexte
    • 2.2 Carpeaux sculpteur
    • 2.3 Carpeaux peintre
  • 3 Œuvres dans les collections publiques
  • 4 Hommages
  • 5 Notes et références
  • 6 Annexes
    • 6.1 Bibliographie
    • 6.2 Iconographie
    • 6.3 Liens externes

Biographie

Jean-Baptiste Carpeaux, Autoportrait, dit aussi Dernier autoportrait (1874), huile sur toile , Paris, musée d'Orsay.

Jean-Baptiste Carpeaux grandit dans une famille modeste d'ouvriers à Valenciennes. Il est né au no 53 rue Delsaux. Sa maison natale est remarquable pour sa façade2. Il aime dessiner et souhaite faire des études de sculpture contre la volonté de son père. À l'Académie de la ville, il suit les cours de sculpture de René Fache et les cours d'architecture de Bernard3. Arrivé à Paris en 1838 avec sa famille4, Carpeaux reçoit une première formation de dessin et de modelage à la Petite École.

En 1844, il entre à l'école des beaux-arts de Paris dans l'atelier de François Rude. Il travaille depuis huit mois auprès de Rude lorsque celui-ci lui dit : « Mon petit, je t'aime bien, mais si tu veux le prix de Rome, il faut me quitter 5. »

Dix ans plus tard, il remporte le prix de Rome avec son Hector implorant les dieux en faveur de son fils Astyanax. Son arrivée dans la capitale italienne est différée d'un an, l'artiste devant achever plusieurs commandes.

Il s'installe à la villa Médicis en janvier 1856 et étudie les grands maîtres : Raphaël, Michel-Ange. Il voyage en Italie où il puise son goût pour le mouvement et la spontanéité. De son séjour italien, il sculpte trois envois, le Petit boudeur, le Pêcheur à la coquille et son Ugolin entouré de ses quatre enfants. En 1862, rentré à Paris, il est introduit à la cour impériale par son ami et mécène, Eugène d'Halwin de Piennes, bientôt chambellan de l'impératrice. Il sculpte la même année un buste de la princesse Mathilde qui lui permet d'obtenir plusieurs commandes de la part de Napoléon III. Il participe à la décoration extérieur du pavillon de Flore (Le Triomphe de Flore) et l'opéra Garnier (La Danse).

En 1869, Carpeaux sculpte La Fiancée. Le modèle est Amélie Clotilde de Montfort (1847-1908), fille du vicomte Philogène de Montfort, conseiller général de la Marne et général gouverneur du palais du Luxembourg. Il tombe amoureux de son modèle et l'épouse la même année. Ils auront trois enfants.

Il collabore avec l'architecte Gabriel Davioud pour sa dernière œuvre, la Fontaine des Quatre-Parties-du-Monde de la place Camille-Jullian à Paris. Il réalise le groupe des quatre figures de L'Asie, L'Europe, L'Amérique et L'Afrique soutenant le globe terrestre. Après sa mort, Emmanuel Frémiet achève la fontaine en ajoutant les huit chevaux bondissants, les tortues et les dauphins du bassin.

Les dernières années de sa vie sont sombres. La guerre et la défaite de 1870 tarissent les commandes. À la même époque, Carpeaux développe, à l'égard de sa femme, une jalousie maladive qui conduit à la séparation du couple en 1874. Sous l'influence de ses parents, à court d'argent, il abandonne la direction de son atelier à son frère. En 1875, il meurt à quarante-huit ans, après d'atroces souffrances dues à un cancer de la vessie.

Jean-Baptiste Carpeaux, très attaché à sa ville natale, lègue une partie de ses œuvres au musée des beaux-arts de Valenciennes.

Il est enterré à Valenciennes au cimetière Saint-Roch6. Outre son dernier autoportrait conservé au musée d'Orsay, ses traits nous restent fixés par le portrait qu'en fit son ami peintre Joseph Soumy, conservé au musée Bonnat-Helleu de Bayonne.

Carrière artistique

Contexte

Dans le contexte de la sculpture Française du XIXe siècle, les multiples commandes publiques, auxquelles s'ajoutent le poids de l'Académie et de l'école des beaux-arts, renforcent plus l'académisme dominant que l'expression personnelle des artistes. Or, Jean-Baptiste Carpeaux, par son esthétique néo-baroque, est un des sculpteurs les plus marquants de cette époque.

Carpeaux sculpteur

La Jeune Fille à la coquille, à Valenciennes.

Eugène Fromentin cite Alexandre Falguière qui lui rapporte les propos que lui tint son ami alors qu’il déambulaient dans Rome en 1859 : « […] Ce n’est pas en considérant l’Apollon du Belvédère que tu deviendras un grand sculpteur. La sculpture, c’est la vie ; la vie, c’est le mouvement, et c’est ici que tu apprendras à la rendre… C’est dans la rue que nous devons étudier notre art, non pas au Vatican 7. » Lors de son séjour à Rome, il réalise le Pêcheur à la coquille (1857-1858) : ce garçon qui écoute, ravi, le murmure de la mer au fond d'un coquillage, est son premier grand succès. En 1861, il réalise son chef-d'œuvre, Ugolin entouré de ses quatre enfants, un père torturé par l'alternative de mourir ou de manger ses enfants. Il puise son sujet chez Dante, grand poète italien, où s'affirment son romantisme et son goût de l'expression.

À Paris, il s'assure la protection de Napoléon III, sculpte le portrait de la princesse impériale, et reçoit des commandes officielles. Chacune de ses œuvres, où éclatent ses conceptions naturalistes et son désir de restituer un mouvement inspiré du style baroque, fait l'objet de polémiques : le Nu du fronton du pavillon de Flore, au palais du Louvre à Paris, est jugé trop sensuel, son groupe de La Danse (1869), sur la façade sud de l'Opéra Garnier à Paris, provoque l'indignation par sa liberté et son réalisme. Atteint du cancer, il réussit à terminer le groupe des Quatre Parties du monde pour la fontaine de l'Observatoire à Paris en 1874.

Carpeaux est avant tout un modeleur, travaillant l'argile d'où il tire plusieurs esquisses de ses grandes œuvres. Certains modelages ont servi pour constituer des moules en plâtre. Le transfert en pierre est fait essentiellement par des praticiens8. L'artiste va éditer également plusieurs versions de ses œuvres dans un but commercial, isolant ainsi certaines figures de plus vastes compositions8.

Carpeaux peintre

Scène de rue, Washington, The Phillips Collection.

Jean-Baptiste Carpeaux est aussi un peintre renommé. En 1859, dès son premier jour à Rome, il déclare : « J’aime cet art avec passion, il me révèle plus que ma chère sculpture […] » 9 . Il confia aussi : « J’ai barbouillé bien des toiles […] j’aime cet art avec passion10. » Jean-Baptiste Carpeaux poursuit le modèle de l'artiste universel : être peintre, décorateur et sculpteur.

Les peintures de Carpeaux révèlent une grande diversité de styles et de sujets, elles s’affirment comme des œuvres à part entière, empreintes de spontanéité et de rapidité du dessin. À la différence de ses sculptures, très peu de ses toiles sont sorties de son atelier.

Carpeaux a peint des paysages, des scènes de la vie quotidienne, des portraits et autoportraits, des scènes religieuses et des peintures d'histoire. À tout instant, il prenait des notes, aussi bien dans la rue qu'aux réunions de la Cour impériale. Ses peintures sont nées de ces croquis, avec une apparence voulue d'ébauche et de premier jet. Dans un esprit « moderne », ces derniers sont l'expression même de la vie et du mouvement11.

Cet aspect de la carrière de l’artiste permet de confronter ses sculptures et ses peintures, puisque l’artiste tisse volontairement des rapports entre ces deux arts. Durant son séjour romain à la villa Médicis, l’artiste exécute ses premières copies, qu’il poursuivra toute sa vie.

Le corps humain est très présent dans la sculpture de l’artiste et l’est aussi dans sa peinture, où il reprend ses sculptures les plus célèbres, comme Ugolin entouré de ses quatre enfants, Pêcheur à la coquille (1857-1858), Flore accroupie ou La Danse (1869). Carpeaux utilise la grisaille dans Ugolin et La Danse, cette technique lui permet d’obtenir des reliefs et des contrastes d’ombres et de lumières. Il s’agit d’œuvres qui semblent bien réelles tant leur matérialité (base, socle, contours, ombre) est marquée12. Dès lors, on ne parle plus d’un « Carpeaux d’après les maîtres » mais d’un « Carpeaux d’après Carpeaux ».

Le musée des beaux-arts de Valenciennes, le musée du château de Compiègne, le Petit Palais et le musée d'Orsay à Paris conservent des toiles de Carpeaux.

Œuvres dans les collections publiques

Aux États-Unis
  • New York, Metropolitan Museum of Art : Napoléon III, 1872-1873, marbre.
En France
  • Compiègne, Château de Compiègne :
    • La Duchesse de Mouchy, 1867, plâtre ;
    • Buste de Napoléon III, 1873, plâtre.
  • Dijon, musée des beaux-arts :
    • Le Génie de la Danse, 1869, bronze ;
    • Portrait de vieille Transtévérine, vers 1856-1862, huile sur carton.
  • Douai, musée de la Chartreuse : Pourquoi naître esclave ?, vers 1868.
  • Évreux, musée d'Évreux : La Charité, dessin à l'encre noire et à la plume sur papier.
  • Lille, palais des beaux-arts : Le Prince impérial et son chien Néro, 1865.
  • Montpellier, musée Fabre : Amélie de Montfort, 1869, buste en plâtre patiné.
  • Nice :
    • musée des beaux-arts : Le Triomphe de Flore, 1873, plâtre.
    • musée Masséna : Buste de l'impératrice Eugénie.
  • Paris :
    • Comédie-Française : Alexandre Dumas fils, 1873-1874.
    • musée d'Orsay :
      • Ugolin entouré de ses quatre enfants, 1860, bronze, 194 × 148 × 119 cm) ;
      • Buste d'Anna Foucart, 1860, bronze ;
      • La Marquise de la Valette, 1861, plâtre ;
      • La princesse Mathilde, 1862, marbre ;
      • Le Prince impérial et son chien Néro ou L'Enfant au lévrier, 1865, marbre ;
      • Les Quatre Parties du monde soutenant la sphère céleste1868-1872, plâtre, commande de la ville de Paris pour le jardin de l'Observatoire ;
      • La Danse, 1865-1869, groupe en pierre, provenant de la façade du palais Garnier ;
      • Charles Garnier, 1868-1869, buste en bronze ;
      • Eugénie Fiocre, 1869, plâtre ;
      • Jean-Léon Gérôme, 1871, buste en bronze ;
      • Madame Delthil de Fontréal, 1873, plâtre patiné.
      • Le Pêcheur à la coquille, 1857-1858, huile sur toile ;
      • Bal costumé au palais des Tuileries (l'empereur Napoléon III et la Comtesse de C.), 1867, huile sur toile ;
      • L'Attentat de Berezowski contre le tsar Alexandre II le 6 juin 1867, 1867, huile sur toile ;
    • palais du Louvre, façade du pavillon de Flore : Le Triomphe de Flore, 1865, pierre.
    • Petit Palais :
      • Pêcheur à la coquille ou Pêcheur napolitain, 1858, plâtre13 ;
      • Daphnis et Chloé, 1873, plâtre patiné ;
      • Les Trois Grâces, 1874, terre cuite ;
      • Naufrage dans le port de Dieppe, 1873, huile sur toile ;
      • Amélie de Montfort, 1869, pierre noire sur papier ;
      • Les Enfants de l'artiste, Charles et Louise, endormis, vers 1874, crayon et pierre noire sur papier.
  • Valenciennes, musée des beaux-arts :
    • Le Petit Boudeur, vers 1856, marbre ;
    • Monument à Antoine Watteau, 1863-186414.
    • Charles Gounod, 1871, terre cuite ;
    • Le Triomphe de Flore, 1872, terre cuite ;
    • L'Amour blessé, 1873-1874, marbre ;
    • Buste de Bruno Chérier, 1874 ;
    • Saint Bernard, 1874, terre cuite ;
    • Autoportrait dit « Carpeaux criant de douleur », 1874, huile sur toile ;
    • Coucher de soleil, 1872, huile sur toile ;
    • La Relève des morts à Montretoux, 1871, huile sur toile ;
    • Diverses figures dessinées du groupe de La Danse et des croquis, des études préparatoires sur papier.
  • Vesoul, musée Georges-Garret : Buste de Jean-Léon Gérôme, 1872.
   

Hommages

  • Le prix du Cercle Carpeaux de l'Opéra de Paris créé en 1982, récompense chaque année un danseur ou une danseuse du corps de ballet de l'Opéra de Paris.
  • La ville de Courbevoie a nommée son complexe culturel « Espace Carpeaux ».
  • La ville de Valenciennes a nommée un de ses collèges « collège Jean-Baptiste Carpeaux ».

Notes et références

  1. Catherine Guillot, Bruno Chérier (1817-1880). Peintre du Nord, ami de Carpeaux, Presses Universitaires du Septentrion, 2010, p.42 [archive].
  2. Mais l'intérieur est laissé à l'abandon.
  3. Catherine Dollé, « L'enseignement du dessin sous la Troisième République : introduction du dessin industriel à Valenciennes », Livraisions d'histoire de l'architecture, no 2,‎ 2001, p. 117-130 (lire en ligne [archive])
  4. M. Kisiel, « L'homme et l'artiste, entre triomphes et tourments », Dossier de l'Art, no 220, juillet-août 2014, p. 18-26.
  5. Collectif, Catalogue des Ouvrages de Peinture, Sculpture, Dessin, Gravure, Architecture et Art décoratif exposés au Grand-Palais des Champs Elysées, du 1er au 22 octobre 1907, Paris, Compagnie françaises des papiers-monnaie, 1907, 286 p. (lire en ligne [archive]), p. 238
  6. Martine Kaczmarek, La Voix du Nord, 15 novembre 2009, p. 44.
  7. Carpeaux peintre, 24 janvier-2 avril 2000, Musée du Luxembourg, Sommaire du dossier de presse, p. 17, http://www.grandpalais.fr/fr/system/files/field_press_file/dp_carpeaux_peintre.pdf [archive]
  8. a et b Wassili Joseph, « Technique et création chez Carpeaux », Dossier de l'Art, no 220, juillet-août 2014, p. 29-33.
  9. « Carpeaux peintre, 24 janvier-2 avril 2000, Musée du Luxembourg : Sommaire du dossier de presse » [archive] [PDF], p. 4
  10. Patrick Ramade et Laure de Margerie, Carpeaux. Peintre, Paris, RMN, 1999, p. 76.
  11. Patrick Ramade et Laure de Margerie, Carpeaux. Peintre, op. cit., p. 87.
  12. Patrick Ramade et Laure de Margerie, Carpeaux. Peintre, op. cit., p. 82.
  13. Notice du musée d'Orsay [archive]
  14. (en) Allison Unruh, « Lists of plates », dans Allison Unruh, Aspiring to la Vie Galante : Reincarnations of Rococo in Second Empire France., ProQuest, 2008, 461 p. (lire en ligne [archive]), page 12.
  15. Notice en rapport sur la base Joconde [archive]

Annexes

Antoine Bourdelle, Carpeaux au travail (1909), jardin du musée des beaux-arts de Lyon.

Bibliographie

  • Paul Jamot, « Carpeaux. Peintre et graveur », Gazette des beaux-arts, mai 1908.
  • Claude Jeancolas, Carpeaux. Sculpteur et peintre, Lausanne, Edita, 1987.
  • Laure de Margerie, Carpeaux. La fièvre créatrice, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Arts » (no 68), RMN, 1989, 128 p. (ISBN 978-2070530922).
  • Victor Beyer, Annie Braunwald et Lise Duclaux, Sur les traces de Jean-Baptiste Carpeaux, catalogue de l'exposition du Grand Palais, 11 mars-5 mai 1975, Paris, Éditions des Musées nationaux, 1975.
  • Patrick Ramade et Laure de Margerie (dir.), Carpeaux. Peintre, Paris, RMN, 1999.
    Catalogue de l'exposition au musée des beaux-arts de Valenciennes, du 8 octobre 1999 au 3 janvier 2000, et au musée du Luxembourg, à Paris, du 24 janvier au 4 avril 2000.
  • Michel Poletti et Alain Richarme, Jean-Baptiste Carpeaux, sculpteur (1827-1875). Catalogue raisonné de l'œuvre édité de Carpeaux, Univers du Bronze, Paris, Les Éditions de l'Amateur, 2003, 208 p. (ISBN 978-2859173760).
  • Collectif, Jean-Baptiste Carpeaux, 1827-1875, Gallimard, 2014, (ISBN 9782070145935), 360 p.
    Catalogue de l'exposition « Carpeaux (1827-1875), un sculpteur pour l'Empire », à Paris au musée d'Orsay du 24 juin au 28 septembre 2014.

Iconographie

  • Numa Blanc, Portrait de Carpeaux, photographie, Paris, musée Carnavalet.
  • Antoine Bourdelle, Carpeaux au travail, 1909, bronze, musée des beaux-arts de Lyon.
  • Buste de Carpeaux, Paris, bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

Liens externes

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11 février 2020

de Sérent Armand-Sigismond

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Armand-Sigismond de Sérent

 

Armand-Sigismond de Sérent

250px-Armand-Sigismond_de_Sérent_1762-1796


Titre Comte de Sérent
Autres titres Seigneur de Mhère et Vauclaix
Grade militaire Maréchal des camps et armées du roi
Années de service ? - 1796
Commandement Régiment d'Angoulême-Infanterie
Conflits Guerre de Vendée
Autres fonctions Député aux États généraux de 1789
Biographie
Dynastie Famille de Sérent
Nom de naissance Armand-Sigismond-Félicité-Marie de Sérent
Surnom Sigismond1, baron2 de Sérent
Naissance 1er septembre 1762
Paris
Décès 26 mars 1796 (à 33 ans)
La Fresnais3 (Ille-et-Vilaine)
Père Armand-Louis de Sérent
Mère Bonne-Marie-Félicité de Montmorency-Luxembourg
Conjoint Charlotte-Ferdinande de Choiseul
Enfants Armandine-Marie-Georgine de Sérent

Blason ville fr Sérent (Morbihan).svg

Armand-Sigismond-Félicité-Marie, comte de Sérent (Paris, 1er septembre 1762 – La Fresnais3, 26 mars 1796), est un militaire et homme politique français du XVIIIe siècle.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 États généraux
    • 1.2 Émigration, Vendée et chouannerie
  • 2 Armoiries
  • 3 Ascendance & postérité
  • 4 Notes et références
  • 5 Annexes
    • 5.1 Articles connexes
    • 5.2 Liens externes
    • 5.3 Bibliographie

Biographie

Fils du marquis de Kerfily et de Bonne-Marie-Félicité de Montmorency-Luxembourg, Armand-Sigismond de Sérent entra fort jeune dans les armées du roi. Il fut nommé, le 22 novembre 1785, colonel en second du régiment d'Angoulême-Infanterie, qu'il commandait en chef en 17904, puis obtint le grade de maréchal de camp5.

États généraux

Doué d’un « extérieur agréable et d’un esprit facile1 », il fut élu, le 23 mars 1789, député de la noblesse aux États généraux, par le bailliage de Nivernais et Donziois.

Il fut un des commissaires rédacteurs de son ordre pendant le mois de juin de cette première année, et pencha quelquefois vers le côté du parti royaliste après la réunion des ordres1 : il ne s'était réuni aux « communes » que sur l'ordre du roi5.

En août 17891, il provoqua l’abolition des poursuites intentées depuis 12 5 ans contre Boncerf, pour avoir écrit contre la féodalité1 et les fiefs5. Le 6 octobre1, il pressa vainement l’assemblée d’aller siéger au château, pour se rapprocher de Louis XVI.

Le 15 mai 1790, il soutint avec force « que le droit de paix et de guerre devait appartenir au pouvoir exécutif1 », donc du roi5. Le 8 octobre suivant, il parla en faveur des maisons religieuses, à qui on refusait de payer leurs traitements. Quelques jours après il prit la défense de de Bussy[Qui ?] soupçonné de conspiration contre l'État5, et s’opposa à ce qu’il fût transféré à l’Abbaye1.

Le 31 mai 1791, il prit celle des officiers de l’armée accusés par des pétitions et par plusieurs députés. Déjà, il avait fait régler l'emploi de l'augmentation de paie accordée à l'armée5. Enfin le 4 juin il écrivit une lettre à l'Assemblée nationale pour déclarer« que ses principes ne lui permettaient pas d’assister davantage à ses séances1 » et « lui faisaient une loi de s'abstenir d'y paraître5 ».

Il signa cependant les protestations des 12 et 15 septembre 17911, et disparut de la vie politique après la session5.

Émigration, Vendée et chouannerie

Il émigra, se rendit en Allemagne1 où il fit la première campagne dans l’armée de Condé, et passa en Angleterre où il rejoignit son père et le comte d’Artois, qui le nomma son aide de camp et l’emmena avec lui à l’île Dieu en 17951.

Il reçut encore de ce prince d’autres missions « dont il s’acquitta avec courage1 », et fut envoyé de nouveau ainsi que son frère le vicomte, en 1796, auprès des armées de l’ouest, avec de grands pouvoirs et de fortes sommes d’argent. Il était aussi porteur d’instructions et de dépêches importantes pour les chefs des armées royales1 et doivent pour cela rallier le quartier général de Joseph de Puisaye, chef de la chouannerie en Bretagne, près de Fougères3.

Étant débarqué le 16 mars 1796 sur les côtes de Bretagne, près de Saint-Malo (à la pointe du Meinga à Saint-Coulomb3), accompagné de son frère et de vingt-sept gentilshommes, parmi lesquels étaient le comte de Bourmont, Suzannet1, Henri-Charles de La Roche Saint-André, Hippolyte de Rosnyvinen, comte de Piré, Marie Eugène Charles Tuffin de La Rouërie et Julien Saulcet-Duval3, ils tombèrent dans une patrouille républicaine de cinq hommes, et en tuèrent quatre ; mais le cinquième s’étant enfui en criant : « Aux armes ! » un nombreux détachement arriva6.

Rapidement repérés par les Bleus, ils arrivent en courant au « Pont o Véro3 » et sont pourchassés à travers les champs et les biefs. Certains d’entre eux réussissent à se cacher puis à s’enfuir, parfois avec l’aide de la population3. D’autres n’ont pas cette chance et sont massacrés (Tuffin de la Rouërie et le marquis du Bois de La Ferronière). C’est le cas également du comte de Sérent : « après un long combat6 », le comte de Sérent s'était jeté dans les marais de Dol, où il fut vivement poursuivi ; enfin, épuisé3, sentant qu’il ne pouvait aller plus loin, il donna son portefeuille à un de ses compagnons d’armes, et se cacha dans un fossé, où bientôt il fut surpris et égorgé6. Son corps est enterré à la hâte près de La Renaudière3. Son frère périt à côté de lui de la même manière6.

Le roi Louis XVIII et le comte d’Artois apprirent la nouvelle de leur mort « avec une douleur extrême6 », et ils écrivirent à cette occasion à leur père « des lettres fort touchantes6 ». On pensa que ces malheureux n’avaient pas fait assez secrètement à Londres les préparatifs de leur départ et que ce manque de prudence avait été cause que le point de leur débarquement fut connu de la police du Directoire, qui avait de nombreux espions en Angleterre. Les chouans trouvèrent leur portefeuille qui contenait des choses très-précieuses, notamment les grâces que Louis XVIII accordait aux officiers des troupes royales6.

La dépouille du comte fut exhumée en 18163. Une croix est érigée à l'endroit où le comte a perdu la vie et porte la mention « À la mémoire des Ducs de Serrens ». Aujourd’hui elle se trouve à l’entrée du terrain des sports de La Fresnais3.

Armoiries

D'or, à trois quintefeuilles de sable7,8,9,10.

Ascendance & postérité

Armand-Sigismond de Sérent était le fils aîné d'Armand-Louis de Sérent (1736-1822), marquis de Kerfily puis duc de Sérent et de Bonne-Marie-Félicité de Montmorency-Luxembourg (1739-1823). Il avait pour frère et sœurs :

  • Armand Léon Bernardin (né en octobre 1764), vicomte de Sérent, tué le même jour que son frère ;
  • Anne Angélique Marie Émilie (Paris, 13 septembre 1770 - Paris, 16 mars 1856), mariée, en juillet 1788 à Paris, avec Raymond Jacques Marie, vicomte puis duc de Narbonne-Pelet (1771-1855), pair de France, ministre d'État, membre du conseil privé, et chevalier des ordres du Roi, sans postrérité ;
  • Anne-Félicité Simone (Paris, 15 janvier 1772 - Paris, 25 janvier 1848), mariée, en 1799, avec le comte Étienne de Damas-Crux, sans postérité.
  •  Il épousa, le 10 janvier 1785 à Paris, Charlotte-Ferdinande de Choiseul (vers 1765 - Paris, 10 avril 1845), fille de Louis Marie Gabriel de Choiseul (1734- vers 1795), baron d'Esquilly, dame pour accompagner (1784-1789) la comtesse de Provence (Marie-Joséphine de Savoie), dont il eut :
  • Armandine-Marie-Georgine (Paris, 2 août 1790 - Paris, 10 janvier 1815), mariée le 2 mai 1808 avec Louis de Rohan-Chabot (1788-1833), prince de Léon, sans postérité.

La princesse de Léon est morte dans des circonstances dramatiques :

« Le 9 janvier 1815, vers cinq heures du soir, la princesse mettait la dernière main à sa toilette pour se rendre à un dîner chez le duc d'Orléans, et de là, à un bal donné par le comte Apponi, ambassadeur d'Autriche11. Elle s'approcha de la cheminée, le feu prît aux dentelles de sa robe ; à ses cris. Mme de Sérent, sa mère, accourut ; les flammes s'élevaient à trois mètres au-dessus de sa tête. On appela le prince qui venait de la quitter ; il la trouva assise dans un fauteuil ; tous ses vêtements étaient consumés, et son corps n'était qu'une plaie12.
La nuit fut horrible11, la malheureuse princesse fit preuve d'un courage admirable, et conserva jusqu'à la fin toute sa connaissance sans que sa résignation faiblît. Elle demanda à son mari de ne pas la quitter et elle expirait le lendemain, à huit heures du matin13.
 »

— Baille, Le cardinal de Rohan-Chabot11

Sur son tombeau, dans l'église de La Roche-Guyon, est gravée l'épitaphe13 :

Ici repose la dépouille mortelle d'Armandine-Marie-Georgine de Sérent, princesse de Léon, enlevée par les flammes à deux familles, dont elle était le lien et le charme, par la perfection de son caractère ; à la société, dont elle était l'ornement et l'exemple par son esprit et ses vertus ; à la religion qu'elle faisait aimer par sa charité, sa douceur et sa bonté ; aux malheureux, dont elle était l'appui et plus encore la consolation.
Elle expira. après quinze heures de souffrances supportées avec une héroïque et chrétienne résignation, le 10 janvier 1815, âgée de vingt-quatre ans.
Dernière de son nom, ayant perdu son père et son oncle victimes de leur dévouement à leur patrie et à leur roi.
Priez pour son âme !

À la suite de ce drame, son époux décide d'entrer dans les ordres en 1816.

Notes et références

  1. a b c d e f g h i j k l m n et o Michaud 1843, p. 93.
  2. Roglo 2012.
  3. a b c d e f g h i j et k La Fresnais 2012, p. Histoire et patrimoine.
  4. Courcelles 1827, p. 251.
  5. a b c d e f g h et i Robert & Cougny 1891, p. 303.
  6. a b c d e f et g Michaud 1843, p. 94.
  7. Rietstap 1884.
  8. Courcelles 1827, p. 252.
  9. Velde 2005, p. Lay peers.
  10. Grandes de España 2006, p. Kerfily.
  11. a b et c Baille 1904, p. 134.
  12. Moniteur universel du 15 janvier
  13. a et b Baille 1904, p. 135.

Annexes

Articles connexes

  • Liste alphabétique des membres de l'Assemblée constituante de 1789 ;
  • Liste des députés aux États généraux de 1789, par ordre, bailliage et sénéchaussée ;
  • 34e régiment d'infanterie de ligne ;

Liens externes

  • « Armand-Sigismond de Sérent » [archive], sur roglo.eu (consulté le 4 avril 2012) ;
  • (en) François Velde, « Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) » [archive], Lay Peers, sur www.heraldica.org, 27 septembre 2005 (consulté le 18 juin 2011) ;
  • (es) « Grandes de España » [archive], Marquis de Kerfily, sur www.grandesp.org.uk, 12 de noviembre 2006 (consulté le 13 avril 2012) ;
  • « Site officiel de la commune de La Fresnais » [archive], Histoire et patrimoine, sur www.la-fresnais.fr, commune de La Fresnais, 2012 (consulté le 15 avril 2012) ;

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • « Sérent (Armand-Sigismond-Félicité-Marie, comte de) », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, t. V, Edgar Bourloton, 1889-1891, 617 p. [détail de l’édition] (lire en ligne [archive]), p. 303 [texte sur Sycomore [archive]] Document utilisé pour la rédaction de l’article ;
  • « Sérent (Sigismond, comte de) », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, t. XXXIX, 2e édition, 1843-1865, 732 p. [détail de l’édition] (lire en ligne [archive]), p. 93-94 Document utilisé pour la rédaction de l’article ;
  • « De Sérent, (Armand-Louis, marquis, puis duc) », dans Jean-Baptiste-Pierre Jullien de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France : des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du royaume et des maisons princières de l'Europe, précédée de la généalogie de la maison de France, vol. VIII, 1827, 378 p. [détail de l’édition] (lire en ligne [archive]), p. 250-252 Document utilisé pour la rédaction de l’article ;
  • Charles Baille, Le cardinal de Rohan-Chabot : archevêque de Besançon (1788-1833), Paris, Perrin, 1904, 489 p. (lire en ligne [archive]), p. 134-135 ;
  • Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, t. 1 [archive] et 2 [archive], Gouda, G.B. van Goor zonen, 1884-1887 « et ses Compléments » [archive], sur www.euraldic.com (consulté le 23 décembre 2011) ;

10 février 2020

Sallé de Chou Étienne François

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Étienne François Sallé de Chou

 


Étienne François Sallé de Chou

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Portrait en tenue de président de la Cour d'appel de Bourges
Fonctions
Député aux États généraux de 1789
Conseiller général du Cher
Président de la cour d'appel de Bourges
Biographie
Date de naissance 13 mars 1754
Lieu de naissance Bourges, Drapeau du royaume de France Royaume de France
Date de décès 29 décembre 1832 (à 78 ans)
Lieu de décès Bourges, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Nationalité Drapeau de la France Française
Père Jean François Sallé de Chou
Mère Anne Elisabeth Brunet
Conjoint Marie Pélagie Maigreau
Enfants Étienne François Sallé de Chou
Religion Catholique romaine
Dalle funéraire au cimetière des Capucins à Bourges

Étienne François Sallé de Chou (1754 - † 1832), homme politique et magistrat français.

Sommaire

  • 1 Vie
    • 1.1 Les débuts
    • 1.2 La Révolution française
    • 1.3 L'Empire
    • 1.4 La Restauration
  • 2 Notes et références
  • 3 Voir aussi
    • 3.1 Bibliographie
    • 3.2 Articles connexes
    • 3.3 Liens externes

Vie

Les débuts

Étienne François Sallé de Chou est né le 13 mars 1754 dans le quartier Saint Pierre le Marché de Bourges, baptisé le 14 mars1, et fit de solides études à l'école Sainte Marie de Bourges, puis à la faculté de droit de Bourges obtenant à 20 ans un diplôme de docteur en droit pour être nommé en décembre 1776 conseiller et avocat du roi.

Il se marie à 23 ans avec Marie Pélagie Maigreau et reçoit les propriétés de Chou.

La Révolution française

À 32 ans, il est nommé professeur de droit à l'université de Bourges et participe à la rédaction des cahiers de doléances. le 27 mars 1789, il est élu député du tiers état du Berry pour les États généraux et monte à Paris. Il est parmi les signataires du Serment du Jeu de Paume le 20 juin 1789, et le 17 juillet, escorte le roi Louis XVI à Paris. À l'automne 1789, il est un député très actif, entrant au comité Ecclésiastique, propose une réforme des gabelles et surtout propose un découpage du Berry en 2 départements. Ce texte fondamental aboutira en février 1790 à l'organisation des deux départements du Cher et de l'Indre.

Il poursuit son action dans cette période difficile, protestant par exemple en janvier 1791 contre la Constitution Civile du Clergé, il fait alors de courts séjours à Bourges, puis rentre dans sa ville natale en septembre 1791.

En 1793, menacé par la politique de la Terreur progressivement mise en place depuis mars de la même année par Maximilien de Robespierre, il se réfugie à Chavignol attendant des jours qui lui seraient plus favorables. Il revient finalement à Bourges vers 1795 devenant président du Tribunal Civil du Cher. Commence alors une carrière dans les plus hauts niveau de la magistrature locale. En 1799, Napoléon Bonaparte prend le pouvoir par un coup d'État, il est alors nommé en 1800 président de la cour d'appel de Bourges, et nommé à l’Ordre national de la Légion d'honneur en 1804.

L'Empire

En 1804, la France devient un Empire et en 1810 Étienne François entre dans sa noblesse au rang de baron. La même année, la juridiction de la cour d'appel est rebaptisé « Cour Impériale », Étienne François en reste le président. En mars 1812, il fait partie de la délégation de députés du Cher qui s'en va complimenter l'Empereur Napoléon Ier.

La Restauration

La monarchie est restaurée en 1815 par Louis XVIII, et Sallé de Chou est maintenu à la présidence de la cour d'appel de Bourges, puis nommé Conseiller d'État et le 30 novembre 1816, il est membre du Conseil général du Cher, et confirmé dans le titre de baron.

En 1824, le 21 août, il est nommé Président du Conseil général du Cher.

Il prend sa retraite à l'âge de 76 ans, et décède deux ans plus tard à Bourges le 29 décembre 1832. Il est enterré au cimetière des Capucins.

Sa devise est : « Bien faire et laisser dire ».

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

  • François Sallé de Chou, En Berry, un artisan de l'État de droit : Étienne François Sallé de Chou (1754-1832), publié chez l'auteur.
  • Tony Borselle, Les Magistrats de la Cour d'appel de Bourges : 1800-1830, Mémoire de Master, Histoire contemporaine, Université François Rabelais Tours, 2013

Articles connexes

  • Familles subsistantes de la noblesse française

Liens externes

  • Notices d'autorité

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09 février 2020

de Quatrefages de Bréau Jean Louis Armand

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Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau


Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau

Quatrefages_BNF_Gallica

Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau en 1884.

Fonction
Président
Association française pour l'avancement des sciences
1873
 
Biographie
Naissance
10 février 1810
Valleraugue
Décès
13 janvier 1892 (à 81 ans)
Paris
Sépulture
Cimetière du Montparnasse
Nationalité
Français
Formation
Université de Strasbourg (1538-1970)
Activités
Biologiste, zoologiste, anthropologue, naturaliste
Autres informations
A travaillé pour
Lycée Henri-IV, Muséum national d'histoire naturelle (à partir de 1855)
Domaine
Histoire naturelle
Membre de
Royal Society
Académie nationale de médecine
Académie royale suédoise des lettres, d'histoire et d'antiquités
Académie bavaroise des sciences
Société philomathique de Paris
Académie des sciences (1852)
Société littéraire et scientifique de Castres  (1857)
Maître
Louis Georges Duvernoy
Distinction
Commandeur de la Légion d'honneur‎ (1881)
Médaille décernée à M. de Quatrefages de Bréau par la société de géographie de Marseille en 1877.

Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau, ou Armand de Quatrefages, est un biologiste, zoologiste et anthropologue français, né le 6 février 18101 dans le hameau de Berthézène2 (commune de Valleraugue dans le Gard) et mort le 12 janvier 1892 à Paris.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Publications
  • 3 Bibliographie
  • 4 Hommages
  • 5 Notes et références
    • 5.1 Références
    • 5.2 Articles connexes
    • 5.3 Liens externes

Biographie

Issue d'une famille protestante, ses parents : Jean-François de Quatrefages de Bréau (1767-1858) et Camille de Cabanes (1786-1888) sont installés depuis plusieurs générations dans la région. Armand de Quatrefages est né dans le hameau de Berthézène3 à proximité du village de Valleraugue (Gard). Il est envoyé pour sa scolarité au collège de Tournon (Ardèche) où il se distingue pour les mathématiques et les sciences physiques.

Âgé de 19 ans en 1829, il obtient un doctorat ès sciences à l'université de Strasbourg en présentant deux thèses, l'une portant sur de la balistique, Théorie d'un coup de canon et l'autre sur le Mouvement des aérolithes considérés comme des masses disséminées dans l'espace par l'impulsion des volcans lunaires4. En 1832, un nouveau doctorat en médecine vient le distinguer, la thèse présentée porte sur L'extraversion de la vessie. L'un de ses maîtres n'est autre que Georges Louis Duvernoy (1777-1855), ancien collaborateur de Georges Cuvier (1769-1832).

Il enseigne la zoologie à la faculté des sciences de Toulouse à partir de 1838, mais quitte son poste peu de temps après. Il se rend alors à Paris et rencontre Henri Milne Edwards (1800-1885) qui devient son employeur et son ami. Deux ans plus tard, il passe un troisième doctorat en histoire naturelle. Cette fois, sa thèse paraît deux ans plus tard sous le titre de Thèse sur les caractères zoologiques des rongeurs et sur leur dentition en particulier. C’est le début de son intérêt pour la zoologie et il travaille notamment sur les invertébrés marins. Il fait ainsi paraître, en 1844, De l'organisation des animaux sans vertèbres des Côtes de la Manche.

Il s’intéresse particulièrement à l’anatomie des annélides et fait paraître ses Recherches sur le système nerveux, l'embryogénie, les organes des sens et la circulation des annélides (de 1844 à 1850) et Sur les affinités et les analogies des lombrics et des sangsues. L’intérêt pratique de ses recherches n'est jamais oublié, c’est pourquoi il s’intéresse à ces mollusques bivalves causant d’immenses dommages aux bateaux en bois, les tarets : Sur l'histoire naturelle des tarets (1848-1849).

Il enseigne d’abord au lycée Napoléon5 avant d’être élu membre de l’Académie des sciences en 1852 et d'occuper, en 1855, la chaire d’anthropologie et d’ethnographie au Muséum national d'histoire naturelle de Paris tout en poursuivant ses investigations dans le domaine de la zoologie, notamment sur le ver à soie. En 1853, il détaille ses explorations des côtes normandes et bretonnes dans les Souvenirs d'un naturaliste.

Il s’intéresse également à la question de l’acclimatation d'animaux exotiques ainsi qu’aux problèmes de pisciculture et publie sur ce dernier sujet Études sur les fécondations artificielles des œufs de poissons en 1854.

Il fait paraître en 1861 son fameux livre sur l’unité de l’espèce humaine, premier ouvrage d’une longue série en anthropologie. En 1867, il publie un rapport sur la situation de la recherche anthropologique en France.

En 1870, il étudie l’œuvre de Charles Darwin (1809-1882) et de ses précurseurs français, ainsi que la théorie lamarckienne sur le transformisme. En 1875, il participe à la fondation de l'École d'anthropologie. En 1877, il publie L’Espèce humaine et définit notamment la « race de Cro-Magnon ». Reprenant dans son ouvrage6 la division de l'ensemble des corps, proposée par Pallas en deux empires inorganique et organique, Armand de Quatrefages faisait état de cinq règnes naturels strictement séparés : I. le règne sidéral (ajouté par Candolle pour les corps célestes), II. le règne minéral (correspondant à l'écorce terrestre), III. le règne végétal, IV. le règne animal et V. le règne humain. Il est élu membre étranger de la Royal Society of London en juin 1879, et membre de l’Académie de médecine.

En 1887, il fait paraître son Introduction à l’étude des races humaines puis en 1892 un nouvel ouvrage sur le darwinisme intitulé Les Émules de Darwin. Il s’oppose aux théories relatives à l’évolution et crée pour l’être humain un règne séparé. Car plus que l’évolution en tant que telle, c’est son application à l’espèce humaine qu’il combat.

Si l’œuvre zoologique de Quatrefages est particulièrement importante et pertinente, ses théories en ethnologie sont totalement oubliées aujourd’hui. Ses Crania Ethnica (1875-1882), qu’il signe avec Ernest Hamy (1842-1908), portaient sur la forme des crânes des êtres humains.

Ses œuvres véhiculent des idées que l'on qualifie à juste titre de racistes aujourd'hui (mais n'oublions pas que Quatrefages a vécu au XIXe siècle, avant même l'apparition du terme "raciste"), comme on peut le lire dans L'Espèce humaine : "tant qu'il existera des pôles et un équateur, des Continents et des îles, des montagnes et des plaines, il subsistera des races distinguées par des caractères de toute nature, des races supérieures et des races inférieures au point de vue intellectuel et moral"7.

Il est enterré au cimetière du Montparnasse.

Tombe de Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau (cimetière du Montparnasse).

Publications

Liste non exhaustive8.

  • Théorie d'un coup de canon... (Université de Strasbourg) (Thèse de doctorat), Strasbourg, V. Silbermann, 1829, 23 p., 27 cm (SUDOC 020503342)
  • Mouvement des aérolithes, considérés comme des masses disséminées dans l'espace par l'impulsion des volcans lunaires (Université de Strasbourg) (Thèse d'Astronomie), Strasbourg, impr. de Mme Ve Silbermann, 1830, 19 p., 23 cm (SUDOC 021563675)
  • L'extroversion de la vessie (Université de Strasbourg) (Thèse de Médecine), Strasbourg, impr. de Mme Ve Silbermann, 1832, 46 p., 23 cm (SUDOC 02156387X, présentation en ligne [archive], lire en ligne [archive])
  • Mœurs des lézards, Toulouse, 1835, 20 p., 21 cm (SUDOC 019446926)
  • Mémoire sur quelques peintures du XVe siècle (tirées du livre des Annales de l'Hôtel de Ville de Toulouse), Toulouse, impr. de Lavergne, coll. « Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France », 1839, 33 p., 29 cm (SUDOC 021564450)
  • Considérations sur les caractères zoologiques des rongeurs et sur leur dentition en particulier : Observations sur les rongeurs fossiles (Faculté des sciences) (Thèse de doctorat en Sciences naturelles), Paris, impr. de Fain et Thunot, 1840, 26 p., 23 cm (SUDOC 019447418, présentation en ligne [archive], lire en ligne [archive] [PDF])
  • Mémoire sur les Edwardsies (Edwardsia nob.) nouveau genre de la famille des actinies, t. 18 (Annales des sciences naturelles), Paris, Fortin, Masson & Cie, coll. « Zoologie », 1842, 381 p., In-8° (SUDOC 144590999, lire en ligne [archive]), p. 65
  • De l'organisation de divers animaux sans vertèbres des côtes de la Manche : rapporteur : H. Milne-Edwards (Extrait de : Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences) (Rapport sur une série de mémoires), Paris, impr. de Mallet-Bachelier, 1844, 17 p., 24 cm (SUDOC 019293534)
  • L'Altaï, son histoire naturelle, ses mines, ses habitans : voyage dans l'Altaï oriental et les parties adjacentes des frontières de Chine par M. Pierre de Tchihatcheff. Rapport sur la partie géologique de cet ouvrage par MM. A. Brongniart, Drufrénoy, Élie de Beaumont, t. 11 (Tiré à part de la Revue des deux mondes), Paris, 1845, 35 p., 22 cm (SUDOC 144760622, lire sur Wikisource, lire en ligne [archive] [PDF])
  • Notice sur les travaux zoologiques et anatomiques, Paris, Impr. de Martinet, 1852, 56 p., 27 cm (SUDOC 02099544X, présentation en ligne [archive])
  • Discours de M. de Quatrefages : prononcé à la distribution solennelle des prix du lycée Napoléon, le 13 août 1852, Paris, impr. de J.B. Gros, 1852, 16 p., 24 cm (SUDOC 021562601)
  • (en) On the phosphorescence of some marine Invertebrata, t. 15, American journal of science, coll. « Annals and Magazine of Natural History », 1853, 25 cm (SUDOC 042811317, présentation en ligne [archive]), pp. 193-204
  • Souvenirs d'un naturaliste : Tome 1 : l'archipel de Chausey, l'archipel de Bréhat, les côtes de Sicile. - Tome 2 : les côtes de Sicile (suite), la baie de Biscaye, les côtes de Saintonge (L'ouvrage rassemble, avec quelques modifications, des articles parus à l'origine dans la Revue des deux mondes), vol. 2, Paris, Charpentier, 1854, XV-507 p., 549 p. p., 19 cm (SUDOC 017688124, lire sur Wikisource, présentation en ligne [archive])
  • Questionnaire relatif à l'élevage des sangsues (Extrait du Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation, février 1855), Paris, impr. de Guiraudet et Jouaust, 1855, 8 p., 24 cm (SUDOC 187237891)
  • Questions sur l'étisie : commissaires : Le Maréchal Vaillant, Dumas, Milne Edwards, Combes, Péligot (rapporteur : de Quatrefages), t. XLIV, Paris, imp. de Mallet-Bachelier, 1857, 8 p., 24 cm (SUDOC 187237891)
  • Notice sur les yaks et les chèvres d'Angora importés en France, depuis la fondation de la Société (Extrait du Bulletin de la Société impériale d'acclimatation), Paris, impr. Martinet, 1857, 11 p., 24 cm (notice BnF no FRBNF31161514, SUDOC 187235236, lire en ligne [archive])
  • Notice sur l'acclimatation de quelques espèces d'oiseaux (Extrait du Bulletin de la Société impériale d'acclimatation), Paris, Impr. de Martinet, 1859, 16 p., 24 cm (ISSN 1245-8082, SUDOC 187235449)
  • Physiologie comparée, métamorphoses de l'homme et des animaux, Paris, J. B. Baillière & Fils, 1862, VI- 324 p. p., 19 cm (SUDOC 020032811, lire en ligne [archive])
  • Rapport sur l'ouvrage de M. Jules Duval, intitulé « Histoire de l'émigration européenne, asiatique et africaine au XIXe siècle » (Extrait du Bulletin de la Société de géographie), Paris, Impr. de Martinet, 1863, 19 p., 24 cm (ISSN 1146-7525, SUDOC 091930014)
  • Exposition universelle des races canines au jardin zoologique d'acclimatation du Bois de Boulogne (Distribution des récompenses. Discours d'ouverture), Paris, Impr. de Martinet, 1863, 11 p., 24 cm (SUDOC 187236097)
  • Les Polynésiens et leurs migrations (Extrait de la Revue des deux mondes), Paris, impr. J. Claye, 1864, 72 p., 24 cm (SUDOC 185932541, lire en ligne [archive])
  • Histoire naturelle des annelés marins et d'eau douce : annélides et géphyriens, t. 2 t. en 3 vol., Paris, Librairie encyclopédique de Roret, coll. « Suites à Buffon », 1865, p. 769-782 p., 23 cm (SUDOC 024985252, lire en ligne [archive])
  • Louis-Marie Meschinet de Richemond (1839-1911) (avec un précis historique d'Armand de Quatrefages), La Rochelle et ses environs, La Rochelle, Charier, 1866, 393 p., 20 cm (SUDOC 07980649X, lire en ligne [archive])
  • Ministère de l'instruction publique, Rapport sur les progrès de l'anthropologie, Paris, Imprimerie impériale, Librairie de L. Hachette et cie, 1867, 570 p., 27 cm (notice BnF no FRBNF31161528, SUDOC 051144360, lire en ligne [archive])
  • M. Charles Darwin à l'Académie des Sciences (Extrait de la Revue des cours scientifiques de la France et de l'étranger), Paris, Germer Baillière, 1870, 564 p., 27 cm (SUDOC 185657761, lire en ligne [archive])
  • Charles Darwin et ses précurseurs français : étude sur le transformisme (Extrait de la Revue des cours scientifiques de la France et de l'étranger), Paris, Germer Baillière, coll. « Bibliothèque de philosophie contemporaine », 1870, 378 p., 23 cm (OCLC 458227346, SUDOC 022674101, présentation en ligne [archive], lire en ligne [archive] [PDF]). Une étude de l'évolution dans laquelle l'auteur adopte la même attitude qu'Alfred Russel Wallace et combat l'application à l'homme de la doctrine darwinienne.
  • La race Prussienne (Un extrait est publié dans les Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris), Paris, Librairie Hachette, 1871, 110 p., 18 cm (OCLC 12097818, SUDOC 026498340, présentation en ligne [archive], lire en ligne [archive])
  • Les migrations et l'acclimatation en Polynésie (Extrait du Bulletin de la Société d'acclimatation), Paris, Impr. de Martinet, 1877, 20 p., In-8° (SUDOC 109533542)
  • L'espèce humaine (Deuxième édition), Paris, G. Baillière, coll. « Bibliothèque scientifique internationale », 1877, 368 p., 21 cm (OCLC 690614268, SUDOC 142912247, présentation en ligne [archive], lire en ligne [archive])
  • Mémoire sur un pigeon monstrueux du genre Déradelphe (Association française pour l'avancement des sciences. Congrès du Havre), Paris, Impr. de Chaix, 1878, 14 p., In-8° (SUDOC 109533534)
  • Note sur Charles Darwin (Tiré à part des Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences), Paris, 1882, 7 p., 30 cm (OCLC 919019834, SUDOC 109830083, présentation en ligne [archive])
  • Nouvelles études sur la distribution géographique des négritos et sur leur identification avec les pygmées asiatiques de Ctésias et de Pline (Extrait de la Revue d'ethnographie), Paris, E. Leroux, 1882, 49 p., 24 cm (OCLC 799693252, SUDOC 109533550)
  • Crania ethnica : les crânes des races humaines décrits et figurés d'après les collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris de la société d'anthropologie de Paris et les principales collections de la France et de l'étranger (ill. H. Formant (Lithographe), similaire au Crania de John Thurnam et Joseph Barnard Davis et au Crania Americana and Crania Aegyptiaca de Samuel George Morton. (Ouvrage accompagné de 100 planches lithographiées d'après nature et illustré de 486 figures intercalées dans le texte), Paris, Londres, Madrid, J.B. Baillière et fils, Baillière et Tindall, Carlos Bailly-Baillière, 1882, XI-527 p. p., 35 cm (OCLC 491854927, SUDOC 092703836, lire en ligne [archive])
  • Hommes fossiles et hommes sauvages : études d'anthropologie (Avec 209 gravures intercalées dans le texte et une carte), Paris, J. B. Baillière, 1884, XII-644 p. p., 25 cm (OCLC 783014, SUDOC 015699374, présentation en ligne [archive], lire en ligne [archive] [PDF])
  • Histoire générale des races humaines : Introduction à l'étude des races humaines, vol. 2, Paris, A. Hennuyer, coll. « Bibliothèque ethnologique », 1887-1889, 618-283 p., illus., pl., cartes et cartes repl., tabl., diagr. p., 26 cm (OCLC 26028098, notice BnF no FRBNF6k, SUDOC 014211319, présentation en ligne [archive], lire en ligne [archive] [PDF])

Bibliographie

  • Émile Cartailhac (Extrait de L'anthropologie), Notice sur A. de Quatrefages, Paris, G. Masson, 1892, 22 p., In-8° (présentation en ligne [archive], lire en ligne [archive] [PDF])
  • Jean-Christophe Sillard (1979). Quatrefages et le transformisme, Revue de synthèse, 3e série (95-96) : 283-295. (ISSN 0035-1776)

Hommages

  • La ville de Paris (5e) a donnée le nom de : rue de Quatrefages9 près du Jardin des Plantes.
  • Une voie de la ville de Nîmes (Gard) a été nommé rue des Quatrefages. (43° 49′ 50,55″ N, 4° 21′ 59,72″ E)
  • Un rond point et une voie ont été nommés rue de Quatrefages par la ville de La Rochelle (Charente-Maritime). (46° 09′ 55,67″ N, 1° 10′ 48,4″ O)
  • Un ruisseau du nom de Quatrefages10 (Y2031060), affluent de la rivière de Virenque, est situé sur la commune de Sauclières (Aveyron).

Notes et références

Références

  1. Liste des membres depuis la création de l'Académie des sciences [archive], sur le site de l'Académie des sciences [archive] (consulté le 11 novembre 2016)
  2. Armand de Quatrefages de Bréau [archive], publié le 2 mars 2007 par Martine François, sur le site du Comité des travaux historiques et scientifiques [archive] (consulté le 11 novembre 2016)
  3. Géolocalisation du hameau de Berthézène (44° 05′ 40,51″ N, 3° 38′ 09,55″ E) sur la commune de Valleraugue.
  4. Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau [archive], sur le site du dictionnaire Larousse [archive] (consulté le 11 novembre 2016)
  5. Nélia Dias, Le musée d'ethnographie du Trocadéro : 1878-1908 : anthropologie et muséologie en France (Thèse de 3e cycle en Sciences sociales), Paris, Éditions du CNRS, 1991, 310 p., ill., couv. ill. en coul., 24 cm (ISBN 2-222-04431-6, SUDOC 002359456, présentation en ligne [archive]), p. 70
  6. Armand de Quatrefages, L'espèce humaine, coll. « Bibliothèque scientifique internationale », Vol.XXIII, Librairie Germer Baillière et Cie, Paris, 1877 (Douzième édition [archive], Félix Alcan, Éditeur, Paris, 1896).
  7. « De l'inégalité des races » [archive]
  8. Liste d'ouvrages d'Armand de Quatrefages [archive], sur le site d'idref.fr [archive] (consulté le 12 novembre 2016).
  9. Rue du battoir, aujourd'hui rue de Quatrefages [archive], sur le site : Le Paris pittoresque [archive] (consulté le 11 novembre 2016)
  10. L'eau dans la commune de Sauclières [archive], sur le site de l'eau dans le bassin Rhône-Méditerranée [archive] (consulté le 7 novembre 2016)

Articles connexes

  • Ernest-Théodore Hamy (1842-1908), collaborateur et successeur au Muséum national d'histoire naturelle à Paris.
  • Bréau-et-Salagosse, commune originaire de la famille dans Le Vigan (Gard).
  • École d'anthropologie créée avec Paul Broca et Louis-Adolphe Bertillon.

Liens externes

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08 février 2020

Tessier Valentine

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Valentine Tessier

valentine

Valentine Tessier
Naissance 5 août 1892
Paris, France
Nationalité Drapeau de France Française
Décès 11 août 1981 (à 89 ans)
Vallauris, Alpes-Maritimes, France
Profession actrice
Films notables Madame Bovary

Valentine Tessier est une actrice française, née le 5 août 1892 à Paris et morte le 11 août 1981 (à 89 ans) à Vallauris (Alpes-Maritimes)1.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Filmographie (actrice)
    • 2.1 Cinéma
    • 2.2 Télévision
  • 3 Théâtre
  • 4 Notes et références
  • 5 Voir aussi
    • 5.1 Bibliographie
    • 5.2 Liens externes

Biographie

Au Conservatoire, Valentine Tessier est l'élève de Paul Mounet2. Sa carrière au théâtre débute en 1913 avec Jacques Copeau ; pendant la Première Guerre mondiale, elle part en tournée aux États-Unis avec la troupe de Jacques Copeau2. Elle joue par la suite aux côtés de Louis Jouvet et participe notamment à la création des pièces de Jean Giraudoux, Siegfried (1928), Amphitryon 38 (1929), Intermezzo (1933) ou de Marcel Achard : Jean de la Lune (1929), Domino (1932). Sa longue carrière sur les planches se termine en 1967 avec La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt.

Au cinéma, elle joue dans quelques films muets réalisés par Camille de Morlhon entre 1911 et 1914, puis elle reparait en 1928 sur les écrans dans Un chapeau de paille d'Italie de René Clair. Elle tourne en 1933 son premier film parlant, Madame Bovary de Jean Renoir (son rôle le plus marquant au cinéma). Elle participe à un peu plus d'une vingtaine de films jusqu'en 1974, dont Justice est faite de André Cayatte (1950) et Églantine de Jean-Claude Brialy (1972).

Sa tombe est visible à Pressagny-l'Orgueilleux, non loin de celle de Gaston Gallimard.

Filmographie (actrice)

Cinéma

  • 1911 : L'Otage de Camille de Morlhon
  • 1912 : Vengeance kabyle de Camille de Morlhon
  • 1912 : La Fiancée du Spahi de Camille de Morlhon
  • 1912 : La Haine de Fatimeh de Camille de Morlhon
  • 1912 : En mission de Camille de Morlhon
  • 1912 : La Belle Princesse de Camille de Morlhon
  • 1912 : Britannicus de Camille de Morlhon
  • 1912 : Le Fils prodigue de Camille de Morlhon
  • 1914 : Les Deux Enfants
  • 1928 : Un chapeau de paille d'Italie de René Clair : une cliente chez la modiste
  • 1933 : Madame Bovary de Jean Renoir : Emma Bovary
  • 1935 : Jérôme Perreau, héros des barricades d'Abel Gance : Madame de Chevreuse
  • 1936 : Club de femmes de Jacques Deval : Gabrielle Aubry
  • 1936 : Ménilmontant de René Guissart : Mme Collinet
  • 1938 : Abus de confiance d'Henri Decoin : Hélène Ferney
  • 1939 : La Charrette fantôme de Julien Duvivier : la capitaine Anderson
  • 1941 : L'Embuscade de Fernand Rivers : Sabine Guéret
  • 1942 : Le Lit à colonnes de Roland Tual : Mme Porey-Cave
  • 1946 : Désarroi de Robert-Paul Dagan : Odette
  • 1950 : Justice est faite d'André Cayatte : Marceline Micoulin
  • 1951 : Les Deux Vérités (Le Due verità) d'Antonio Leonviola : Mme Muk
  • 1952 : Nez de cuir d'Yves Allégret : Simone de Tainchebraye
  • 1952 : Procès au Vatican d'André Haguet : Mère Marie de Gonzague
  • 1952 : La neige était sale de Luis Saslavsky : Irma Friedmayer
  • 1953 : Des quintuplés au pensionnat de René Jayet : la directrice du pensionnat
  • 1953 : Lucrèce Borgia de Christian-Jaque : Julie Farnese
  • 1953 : Les Enfants de l'amour de Léonide Moguy : la directrice
  • 1954 : Une fille nommée Madeleine (Maddalena) d'Augusto Genina : Gertrude
  • 1955 : French Cancan de Jean Renoir : Mme Olympe
  • 1956 : Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy : Aloyse de Gondelaurier
  • 1957 : Élisa ou la Fille Élisa de Roger Richebé : Mme Irma
  • 1959 : Maigret et l'affaire Saint-Fiacre de Jean Delannoy : la comtesse de Saint-Fiacre
  • 1972 : Églantine de Jean-Claude Brialy : Églantine
  • 1974 : Grandeur nature de Luis García Berlanga : la mère de Michel
  • 1974 : La Rivale de Sergio Gobbi : la grand-mère

Télévision

  • 1968 : L'Idiot d'André Barsacq
  • 1979 : Grilles closes, téléfilm d'Henri Helman : la propriétaire

Théâtre

  • 1914 : Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski, mise en scène Jacques Copeau, Théâtre du Vieux-Colombier
  • 1917 : Barberine d'Alfred de Musset, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1917 : La Nuit des rois de William Shakespeare, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : La Nouvelle Idole de François de Curel, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : La Surprise de l'amour de Marivaux, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : Les Mauvais Bergers d'Octave Mirbeau, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : La Petite Marquise d'Henri Meilhac et Daniel Halevy, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : La Paix chez soi de Georges Courteline, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : L'Amour médecin de Molière, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : Georgette Lemeunier de Maurice Donnay, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : Crainquebille d'Anatole France, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : Gringoire de Théodore de Banville, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1918 : Le Médecin malgré lui de Molière, mise en scène Jacques Copeau, Garrick's Theatre New York
  • 1920 : Le Carrosse du Saint Sacrement de Prosper Mérimée, mise en scène Louis Jouvet, Théâtre du Vieux-Colombier
  • 1920 : Cromedeyre-le-Vieil de Jules Romains, mise en scène Jacques Copeau, Théâtre du Vieux-Colombier
  • 1922 : L'Amour livre d'or d'Alexis Nikolaïevitch Tolstoï, mise en scène Nathalie Boutkovsky, Théâtre du Vieux-Colombier
  • 1923 : La Locandiera de Carlo Goldoni, mise en scène Jacques Copeau, Théâtre du Vieux-Colombier
  • 1924 : La Scintillante de Jules Romains, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1924 : Le Pain de ménage de Jules Renard, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1925 : Madame Béliard de Charles Vildrac, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1925 : L'Infidèle éperdue de Jacques Natanson, Théâtre de la Michodière
  • 1926 : Le Carrosse du Saint Sacrement de Prosper Mérimée, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1927 : Léopold le bien-aimé de Jean Sarment, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1928 : Siegfried de Jean Giraudoux, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1929 : Suzanne de Steve Passeur, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1929 : Jean de la Lune de Marcel Achard, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1929 : Amphitryon 38 de Jean Giraudoux, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1930 : Le Prof d'anglais ou le système Puck de Régis Gignoux, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1931 : L'Eau fraîche de Pierre Drieu la Rochelle, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1931 : Un taciturne de Roger Martin du Gard, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1932 : Domino de Marcel Achard, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1933 : Intermezzo de Jean Giraudoux, mise en scène Louis Jouvet, Comédie des Champs-Élysées
  • 1934 : Amphitryon 38 de Jean Giraudoux, mise en scène Louis Jouvet, Théâtre de l'Athénée
  • 1934 : La Femme en fleur de Denys Amiel, Théâtre Saint-Georges
  • 1937 : Le Voyage d'Henry Bataille, mise en scène Henry Bernstein, Théâtre du Gymnase
  • 1938 : Duo de Paul Géraldy, mise en scène Jean Wall, Théâtre Saint-Georges
  • 1945 : Judith de Charles de Peyret-Chappuis, mise en scène Julien Bertheau, Théâtre Hébertot
  • 1946 : Electra d'Eugene O'Neill, mise en scène Marguerite Jamois, Théâtre Montparnasse
  • 1948 : Lucienne et le boucher de Marcel Aymé, mise en scène Georges Douking, Théâtre du Vieux-Colombier
  • 1950 : Chéri de Colette, mise en scène Jean Wall, Théâtre de la Madeleine
  • 1951 : Lucienne et le boucher de Marcel Aymé, mise en scène Georges Douking, Théâtre de la Porte-Saint-Martin
  • 1952 : Madame Filoumé d'Eduardo De Filippo, mise en scène Jean Darcante, Théâtre de la Renaissance
  • 1953 : Il était une gare de Jacques Deval, mise en scène Jean Darcante, Théâtre de la Renaissance
  • 1954 : Madame Filoumé d'Eduardo De Filippo, mise en scène Jean Darcante, Théâtre des Célestins
  • 1954 : La Mouette d'Anton Tchekov, mise en scène André Barsacq, Théâtre de l'Atelier
  • 1954 : Le Seigneur de San Gor de Gloria Alcorta, mise en scène Jacques Mauclair et Henri Rollan, Théâtre des Arts
  • 1955 : La Mouette d'Anton Tchekhov, mise en scène André Barsacq, Théâtre de l'Atelier
  • 1956 : La Profession de Madame Warren de George Bernard Shaw, mise en scène Jean Wall, Théâtre de l'Athénée
  • 1957 : Les Pas perdus de Pierre Gascar, mise en scène Jacques Mauclair, Théâtre Fontaine
  • 1959 : Mon père avait raison de Sacha Guitry, mise en scène André Roussin, Théâtre de la Madeleine
  • 1961 : Dommage qu'elle soit une putain de John Ford, mise en scène Luchino Visconti, Théâtre de Paris
  • 1961 : La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt, mise en scène Hubert Gignoux, Centre dramatique de l'Est, Théâtre de l'Ambigu
  • 1966 : L'Idiot de Dostoïevski, mise en scène André Barsacq, Théâtre de l'Atelier
  • 1967 : La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt, mise en scène Hubert Gignoux, Centre dramatique de l'Est

Notes et références

  1. Notice sur Les Gens du cinéma, cf. liens externes
  2. a et b Olivier Barrot et Raymond Chirat, Noir et Blanc - 250 acteurs français du cinéma français 1930-1960, Flammarion, 2000, pp. 555-558

Voir aussi

Bibliographie

  • Yvan Foucart, Dictionnaire des comédiens français disparus, Mormoiron, Éditions cinéma, 2008, 1185 p. (ISBN 978-2-9531-1390-7)

Liens externes

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07 février 2020

Lenormant Charles

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Charles Lenormant

 

Charles Lenormant
Égyptologue

Charles_Lenormant

Pays de naissance Drapeau de la France France
Naissance 1er juin 1802
Paris
Décès 22 novembre 1859
Athènes
Nationalité française

Charles Lenormant, né à Paris le 1er juin 1802 et mort à Athènes le 22 novembre 1859, est un archéologue, égyptologue et numismate français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Famille
  • 3 Notes et références
  • 4 Lien externe

Biographie

Inspecteur des Beaux-Arts, il accompagne en 1828 Jean-François Champollion dans son voyage en Égypte.

Il devient ensuite bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Arsenal puis conservateur-adjoint au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France.

Conservateur du Département des Imprimés en 1832, il est élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1839 et, l'année suivante, prend la direction du Cabinet des médailles, en succession de l'égyptologue Antoine Jean Letronne. Il succède également à ce dernier à la chaire d'archéologie du Collège de France en 1849.

Famille

Son épouse est Amélie Cyvoct, nièce et fille adoptive de Juliette Récamier, auteur de Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, Paris, 1859.

Son fils Charles François (1837-1883), professeur d'archéologie à la Bibliothèque nationale, membre de l'Institut.

Son petit-fils Charles Jean Joseph (1875-1948), professeur de chirurgie des hôpitaux de Paris, membre de l'Académie de médecine, Croix de guerre 14-18 1

Notes et références

  1. F. Huguet, Les professeurs de la faculté de médecine de Paris, dictionnaire biographique 1794-1939., INRP - CNRS, 1991 (ISBN 2-222-04527-4), p. 290-292

Lien externe

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06 février 2020

Lannes Jean

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Jean Lannes

 


Jean Lannes

220px-Julie_Volpelière_(d'après_Gérard)_-_Le_maréchal_Lannes_(1769-1809),_1834


François Gérard (1770–1837), Maréchal Jean Lannes (1769-1809),
Paris, musée de l'Armée.

Surnom « Le Roland de l'armée d'Italie »
« l'Ajax français »
« l'Achille de la Grande Armée »
« Le Brave des Braves1 »
Naissance 10 avril 1769
Lectoure
Décès 31 mai 1809 (à 40 ans)
Lobau
(Bataille d'Essling)
Mort au combat
Origine Français
Allégeance Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Grade Général de division
Années de service 1792-1809
Faits d'armes Bataille du pont de Lodi
Bataille de Bassano
Bataille du pont d'Arcole
Bataille de Montebello
Bataille d'Ulm
Bataille d'Austerlitz
Bataille d'Iéna
Bataille de Pułtusk
Bataille de Friedland
Bataille de Tudela
Siège de Saragosse
Bataille d'Essling
Distinctions Maréchal d'Empire
Grand aigle de la Légion d'honneur
Voir section « Distinctions »
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile (pilier est)
Hommes illustres
Autres fonctions Colonel général des Suisses
Famille Dynastie Lannes

Jean Lannes, 1er duc de Montebello, né le 10 avril 1769 à Lectoure (Gers) et mort le 31 mai 1809 sur l'île de Lobau, en Autriche, à la suite des blessures reçues à la bataille d'Essling, est un général français de la Révolution et de l'Empire, élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1804.

Engagé volontaire en 1792, il fait ses premières armes sur le front pyrénéen, puis dans l'armée d'Italie où, général de brigade, il est remarqué par Bonaparte lors de la bataille du pont d'Arcole. Il participe ensuite à la campagne d'Égypte et est élevé au rang de général de division.

Lors de la seconde campagne d'Italie (1799-1800), il dirige l'avant-garde de l'armée française. Il remporte son plus grand succès à la bataille de Montebello le 9 juin 1800. Son intelligence et son aptitude au combat sont confirmées lors de la bataille de Marengo cinq jours plus tard. Il est ensuite ministre plénipotentiaire au Portugal où il se heurte aux diplomates britanniques et portugais. En 1804, Napoléon l’élève à la dignité de maréchal d'Empire et lui donne le commandement du quatrième corps de l'armée des côtes de l'Océan.

Il participe à la campagne d'Allemagne achevée à Austerlitz (décembre 1805). Ayant quitté l'armée à la dissolution de la Troisième Coalition, il est rappelé par Napoléon lorsque la Prusse déclare la guerre à la France et suit l'Empereur dans sa campagne de Prusse et de Pologne : après la bataille d'Iéna (octobre 1806), il est chargé de pourchasser l'armée russe de Bennigsen, qu'il écrase à la bataille de Pułtusk. Il prend part à la bataille de Friedland où il combat encore en infériorité numérique. Le 15 juin 1808, il est fait duc de Montebello puis envoyé en Espagne où il remporte la bataille de Tudela, puis mène le second siège de Saragosse.

En 1809, il participe à la deuxième campagne d'Autriche, durant laquelle Vienne est de nouveau prise par les Français. Mais le 22 mai 1809, durant la bataille d'Essling, le maréchal Lannes, après avoir vu son ami le général Pouzet se faire tuer d'une balle perdue, est frappé à son tour par un boulet de trois livres qui le blesse gravement aux jambes. Malgré les tentatives des médecins, il meurt le 31 mai 1809, à l'âge de 40 ans.

Au cours de sa carrière, Lannes a démontré des qualités d'attaquant (Saragosse, Montebello), de chef d'avant-garde (Friedland, Aspern-Essling) ou de manœuvrier (Ulm, Iéna) qui en font, avec Davout, l'un des meilleurs commandants dont ait disposé Napoléon : celui-ci dira de lui à Sainte-Hélène: « Lannes, le plus brave de tous les hommes […] était assurément un des hommes au monde sur lesquels je pouvais le plus compter […] L'esprit de Lannes avait grandi au niveau de son courage, il était devenu un géant […] ».

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Début de carrière
    • 1.2 L'Italie
    • 1.3 L'Égypte
    • 1.4 Le Consulat
    • 1.5 Seconde campagne d'Italie
    • 1.6 Du Consulat à l'Empire
    • 1.7 La Campagne d'Allemagne
    • 1.8 Retour aux armées
    • 1.9 La Pologne
    • 1.10 La paix en famille
    • 1.11 L'Espagne
    • 1.12 Campagne d'Autriche
    • 1.13 Retour en France
  • 2 Regards des contemporains
  • 3 Titres
  • 4 Distinctions
  • 5 Armoiries
  • 6 Unions et descendance
  • 7 Hommages
  • 8 Notes et références
    • 8.1 Notes
    • 8.2 Références
  • 9 Annexes
    • 9.1 Sources et bibliographie
    • 9.2 Iconographie
    • 9.3 Liens externes

Biographie

Début de carrière

La maison natale de Jean Lannes à Lectoure.
Le petit Lannes, apprenti teinturier. Publicité du XIXe siècle (entre 1884 et 1890), chromolithographie sur carton.

Jean Lannes est né le 10 avril 1769, de Jean Lannes (trafiqueur, c'est-à-dire colporteur ou marchand de biens à une échelle modeste, ou encore cultivateur2 selon les sources) et de Cécile Fouraignan. Cinquième enfant d'une fratrie de six (il a quatre frères et une sœur), il naît à Lectoure, dans le Gers. L'aîné, Bernard, est doté d'une bonne instruction, entre au séminaire et devient prêtre. Jean, de son côté, commence des études, mais est mis en apprentissage chez un teinturier, son père ne pouvant subvenir aux dépenses. Selon une tradition rapportée par le poète agenais Jasmin3, il aurait participé à la plantation des ormeaux de la promenade du Bastion, sous lesquels sa statue sera érigée en 1834. À 23 ans, il décide à la Révolution française de s'engager dans l'armée, ce qu'il fait définitivement en 1792, entrant dans le service avec apparemment le grade de sergent-major4,5.

Jean-Baptiste Paulin Guérin (1783–1855), Jean Lannes, sous-lieutenant au 2e bataillon de volontaires du Gers en 1792 (1769-1809) (1835), Versailles, musée de l'Histoire de France.

Comme bon nombre de ses camarades, il rejoint rapidement le 2e bataillon de volontaires du Gers basé à Auch pour compléter son instruction, puis au camp du Mirail près de Toulouse, dirigé par le général Marbot6, et où il côtoie Augereau, alors adjudant-général. Il est élu sous-lieutenant de ce bataillon le 20 juin de cette même année, le lieutenant en étant le futur général Pouzet6. Ce bataillon est affecté à l'armée des Pyrénées orientales, dans laquelle s'engagent également deux des frères de Lannes2 qui participe à la guerre du Roussillon.

À la mi-mai 1793, le jeune sous-lieutenant se fait remarquer au poste de Saint-Laurent-de-Cerdans, proche du col de Coustouge. Les Gersois à peine arrivés sont délogés et mis en fuite par les Espagnols. Jean Lannes, dont c'est le baptême du feu, les harangue avec ardeur et réussit à rallier les fuyards pour retourner à l'offensive. Surpris, les Espagnols sont culbutés. Il montre la même ardeur dans la suite des opérations, notamment à la bataille de Peyrestortes, et est promu lieutenant le 25 septembre 1793, puis capitaine à peine un mois après, le 217 ou le 31 octobre.

Il participe activement aux combats de Port-Vendres puis à Banyuls où il est blessé. Il est alors envoyé en convalescence à Perpignan. Au mois de décembre, le général Basset lui envoie une dépêche lui enjoignant de rejoindre l'arméeNote 1,8, afin de lui confier le commandement du corps des grenadiers pour la bataille suivante. Celle-ci se tient à Villelongue. Longtemps indécise, elle tourne à l'avantage des Français quand ceux-ci prennent d'assaut une redoute puissamment fortifiée sur laquelle bute l'armée française, et l'empêche de prendre la ville. Le succès vaut à Lannes d'être nommé au rang de chef de brigade, afin de remplir les fonctions d'adjudant-général9, peu de temps après (le 23 ou le 25 décembre 17939).

Sa blessure n'est cependant pas totalement guérie, et après cet avancement il doit regagner Perpignan pour finir de se soigner. Il y rencontre sa future première femme Jeanne Méric10, souvent surnommée Polette11, « fille d'un banquier qui avait donné depuis le commencement de la guerre de nombreuses preuves d'un patriotisme actif9 ». Revenu sur le front pyrénéen, Lannes participe du 29 avril 1794 au 1er mai 1794 à la seconde bataille du Boulou, dans la division du général (et futur maréchal) Pérignon. Il y commande alors les 1er et 2e bataillons de volontaires du Gers12. Puis il dégage le général Lemoine au combat de Ripoll lors de l'expédition du corps de Cerdagne. Après cet engagement, Lannes passe dans la division d'Augereau, désormais général13. Le 19 mars 1795, il se marie avec « Polette ».

Lannes aurait ensuite été destitué par la purge royaliste d'avril 1795 entamée par François Aubry, mais serait reparti en tant que volontaire pour l'armée d'Italie4. Toutefois en mai 1795, à la suite du remaniement de l'armée des Pyrénées orientales par son nouveau commandant en chef, le général Schérer, Lannes est apparemment nommé à la tête de la 105e demi-brigade de première formation, qui comprend les deux bataillons du Gers et le 1er bataillon du 53e régiment d'infanterie (ci-devant Alsace). La division d'Augereau est transférée en Italie, où elle s'intègre dans l'armée d'Italie, commandée à partir de septembre par Schérer. Lannes se distingue à la tête de cette nouvelle unité lors de la bataille de Loano le 23 novembre 1795, où il remplace dans le feu de l'action le général Banel, un « pays », blessé en menant sa colonne14.

L'Italie

Rencontre avec Bonaparte

La réorganisation de l'armée d'Italie par le général Fabrefond prive Lannes de son commandement en versant les effectifs de la 105e demi-brigade de première formation dans la 51e demi-brigade de deuxième formation, dirigée par un officier plus ancien que lui. Il est également prévu qu'il quitte l'armée, comme d'autres officiers qui doivent être réformés à la suite de la réorganisation. Mais le nouveau commandant en chef Bonaparte prend sur lui de conserver ces officiers provisoirement15.

Le 15 avril 1796, le généralissime remarque Lannes au cours de la bataille de Dego, où celui-ci s'illustre dans un combat acharné à la baïonnette pour la prise de cette ville. Il est alors nommé par Bonaparte à la tête de la 69e demi-brigade de deuxième formation, qui vient de perdre son chef16. À la suite d'une série d'erreurs d'intendance, Lannes prend finalement le commandement des 6e et 7e bataillons de grenadiers, ainsi que du 4e bataillon de carabiniers. À la tête de l'avant-garde de l'infanterie, il est le premier à passer le Pô le 8 mai 1796, aux environs de Plaisance, à la bataille de Fombio17. Puis à la bataille du pont de Lodi, 10 mai 1796, il s'avance en tête de ses troupes, suivant Dupas, sur le pont contre l'artillerie autrichienne18.

À la suite de ces affrontements, un quatrième bataillon passe sous son commandement. Il est désormais l'un des officiers de valeur de Bonaparte, qui lui confie le soin de réprimer la révolte dans le village de Binasco le 25 mai19. À Pavie comme au premier siège de Mantoue, Lannes se distingue, aussi lui est-il confié la sécurité du quartier général, le mettant sous les ordres directs du général en chef19. L'officier est à nouveau chargé de ramener l'ordre à Arquata début juin20. Le 29 juin, il doit soumettre le duché de Massa et Carrare avec trois cents grenadiers et soixante-quinze hussards21.

Il fait preuve encore une fois d'un courage exemplaire au cours de la bataille de Bassano du 7 septembre. Il y est blessé, puis plus grièvement le 15 septembre à Governolo. Bonaparte demande alors que lui soit donné le grade de général de brigade22. Malgré la blessure, Lannes suit son chef dans sa lutte contre le Feldmarschalleutnant Alvinczy, ce qui conduit à la bataille d'Arcole.

Lannes à Arcole

Article détaillé : Bataille du pont d'Arcole.

Les forces françaises tentent de prendre le village d'Arcole en franchissant l'Alpone (it) par un pont sous le feu des forces autrichiennes. Dans les premiers assauts, Lannes est à la tête de deux bataillons de la 58e demi-brigade de deuxième formation et tente de traverser ; ses troupes doivent reculer devant la violence du feu ennemi, et leur chef est blessé par deux fois. Il doit être transporté à l'ambulance de Ronco pour se faire panser.

À son retour, il repousse avec ses grenadiers les Autrichiens qui tentent de traverser le pont, profitant de la retraite des Français, et qui menacent gravement l'état-major de Bonaparte. Le général en chef tente alors de galvaniser ses hommes en se portant seul en avant, arborant le drapeau23. À cheval alors que ses troupes sont à pied, recevant une troisième blessure, Lannes permet toutefois à Bonaparte de se dégager des troupes adverses, alors que le général en chef se retrouve entouré de toute part24.

Certains ont raconté la scène d’une manière quelque peu différente, ainsi Jean-Claude Damamme :

« Il [Lannes] arrive au moment où Bonaparte, qui avait jugé que seule la personne d'un général en chef aurait assez de magnétisme, dans des circonstances aussi désastreuses, pour entraîner la charge, est surpris par un recul des grenadiers et précipité peu glorieusement dans la vase de l'Alpone depuis le haut de la digue. Les Autrichiens, voyant l'affolement des Français effectuant un vigoureux retour offensif, dépassant l'endroit où est tombé un Bonaparte que personne ne se soucie de secourir. Séparé du reste de la troupe qui se débande, celui-ci va être pris par les Autrichiens lorsque… lorsque dans la fumée se profile la silhouette d'un cavalier solitaire. Renfort dérisoire ? Non, car ce cavalier c'est Lannes, le champion des causes perdues. Trop affaibli par ses blessures, il n'a pas la force de poser pied à terre. C'est à cheval, offrant ainsi une cible idéale, qu'il se met à la tête des grenadiers, les enlève, refoulant d'un mouvement irrésistible l'infanterie ennemie de l'autre côté du pont, avant de recevoir une nouvelle blessure qui le jette au bas de sa monture et le laisse sans connaissance25. »

Bonaparte reconnaît le caractère décisif et salvateur de cette action désespérée ; le 19 novembre, soit quatre jours après l’événement, il écrit au Directoire :

« Ce fut en vain que les généraux, sentant toute l'importance du temps, se jetèrent à la tête pour obliger nos colonnes de passer le petit pont d'Arcole : trop de courage nuisit : ils furent presque tous blessés : les généraux Verdier, Bon, Verne, Lannes furent mis hors de combat […] Le général Lannes, blessé déjà de deux coups de feu, retourna et reçu une troisième blessure plus dangereuse26. »

Le général en chef se fait même plus précis en écrivant à Carnot, membre du Directoire exécutif et grand spécialiste des questions militaires :

« … Jamais champ de bataille n'a été aussi disputé que celui d'Arcole. Je n'ai presque plus de généraux. Leur dévouement et leur courage sont sans exemple.
Le général de brigade Lannes est venu au champ de bataille, n'étant pas encore guéri de la blessure qu'il a reçue à Governolo. Il fut blessé deux fois pendant la première journée de la bataille, il était à trois heures après-midi étendu sur son lit et souffrant lorsqu'il apprend que je me porte moi-même à la tête de la colonne. Il se jette à bas de son lit, monte à cheval et revient me trouver ; comme il ne pouvait être à pied, il fut obligé de rester à cheval ; il reçut à la tête du pont d'Arcole un coup qui l'étendit sans connaissance. Je vous assure qu'il fallait tout cela pour vaincre…27. »

Pour remercier son nouveau général de brigade, Bonaparte lui remet le fameux drapeau qu'il a porté sur le pont, que le Corps législatif lui a renvoyé en l'honneur de sa victoire, et l'accompagne de ces termes : « Citoyen Général, le Corps législatif a voulu honorer l'armée d'Italie dans son général. Il y eut un moment, aux champs d'Arcole, où la bataille incertaine eut besoin de l'audace des chefs. Plein de sang et couvert de blessures, vous quittâtes l'ambulance, résolu de vaincre ou de mourir. Je vous vis constamment au cours de cette journée au premier rang des braves. C'est vous également qui le premier, à la tête de la colonne infernale, arrivâtes à Dego, passâtes le Pô et l'Adda. C'est à vous d'être le dépositaire de cet honorable drapeau, qui couvre de gloire les grenadiers que vous avez constamment commandés. Vous ne le déploierez désormais que lorsque tout mouvement en arrière sera inutile et que la victoire consistera à rester maître du champ de bataille28 ».

Lannes, soigné, ne prend part ni au combat du lendemain, ni à la victoire du 17 novembre 1796 ; il reprend des forces à Milan jusqu'au début 179729.

Fin de la campagne d'Italie

Le général Lannes est envoyé à Bologne en janvier 1797, avec deux mille hommes, afin d'observer les troupes pontificales. À la suite des victoires de Rivoli et de La Favorite, il est rappelé pour rejoindre la division d'Augereau, et participe au combat d'Anghiari sous le commandement du général Bon. Lannes fait prisonnier quinze-cent hommes, cette victoire permettant la capitulation de Mantoue et du reste du nord de l'Italie29.

À la suite de cette victoire décisive, Bonaparte peut se tourner contre l'armée pontificale, et lui envoie donc une expédition commandée par le général Victor, l'avant-garde étant sous le commandement de Lannes. Au début de février, la bataille de Faenza permet à cette expédition d'obtenir une capitulation rapide du pape, l'avant-garde parvenant à trois jours de Rome30. Lannes rejoint ensuite Bonaparte à Milan, qui y attend les conclusions du traité de Leoben. Le général est envoyé en mission dans la république de Gênes, au moment de la proclamation de la république ligurienne ; il y est pris à partie par le ministre plénipotentiaire Faipoult, qui se plaint au généralissime, sans toutefois grande conséquence. Bonaparte emmène Lannes avec lui à l'ouverture du congrès de Rastatt, puis le charge des prémices de la campagne d'Égypte31.

L'Égypte

Article détaillé : Campagne d'Égypte.

Lannes est donc chargé de préparer à Lyon la logistique de la campagne d'Égypte, puis est envoyé à Marseille pour continuer les préparatifs32. Arrivée à Malte le 10 juin 1798, l'armée française prend La Valette33. Lannes, d'abord rattaché au quartier général, est alors nommé commandant d'une brigade de la division Kléber, l'une des cinq de l'armée d'OrientNote 2. Lannes participe à la prise d'Alexandrie, aux batailles de Chebreiss et des Pyramides, mais son rôle est assez secondaire33. Kléber et Menou, blessés, sont remplacés par les généraux Dugua et Vial, tandis que le mécontentement s'installe dans l'armée, démoralisée par les conditions de l'expédition34. Si Lannes partage le mécontentement, il n'en fait pas état trop visiblement, et prend le 26 juillet le commandement de la division Menou, remplaçant Vial parti gouverner Rosette et sa province35. Restant au quartier général sous l'œil de Bonaparte, la division et son nouveau commandant sont utilisés pour contrer la révolte du Caire, en dispersant les groupes de paysans qui souhaitent aider les insurgés35. En récompense de ces services, et de la même façon que pour Murat et Dommartin, le généralissime lui offre la maison que Lannes habite au Caire35.

L'armée française s'engage ensuite en Syrie, et comprend désormais quatre divisions : Lannes prend la tête de celle de Menou, tandis que Kléber, Reynier et Bon gardent les leurs. Kléber et Reynier partent en pointe, commençant le siège d'El Arish ; le 7 février, Bonaparte part du Caire avec Lannes et Bon, et rejoint les autres divisions à El Arish le 15, l'armée y étant réunie le 19, date où la ville tombe36. Les Français prennent Gaza puis Jaffa, où Lannes mène l'assaut à travers une brèche dans la muraille37. La division de Lannes est fortement secouée après un accrochage postérieur au siège, mais prend Haïfa38. Toutefois Bonaparte ne parvient pas à prendre Saint-Jean d'Acre. Durant ce siège, Lannes est à la tête de plusieurs assauts ; c'est durant celui du 7 mai qu'il est blessé au cou ; sauvé in-extremis par un capitaine de grenadier, il est soigné par Dominique Larrey39,Note 3. Le 10 mai, jour du dernier assaut, à la suite duquel Bon est blessé mortellement, Bonaparte lève le siège ; il nomme Lannes, de son propre chef, général de division, tout en ayant demandé au Directoire de lui accorder cette promotion39.

Lors de la seconde bataille d'Aboukir, peu après, la division de Lannes forme la droite de l'armée française, et est chargée d'entamer l'attaque. Si son rôle est important, c'est Murat qui est reconnu comme ayant décidé du sort de la bataille40. Chargé de prendre le fort d'Aboukir, où s'est réfugié le reste de l'armée ennemie, le nouveau général de division est surpris par une sortie des assiégés, et, bien que l'ayant repoussé, est de nouveau blessé, d'un coup de feu à la jambe cette fois41. Il est soigné à l'hôpital d'Alexandrie, où se trouve également alité Murat, blessé à Aboukir ; c'est là que Lannes apprend que sa femme a eu un enfant en février, apparemment illégitime41. En octobre 1799, Lannes retourne en France avec Bonaparte et sa suite, où ils débarquent le 942.

Le Consulat

Arrivé en France, Bonaparte commence les préparatifs du coup d'État du 18 Brumaire, qui a lieu un mois après son retour. Dans cette optique, il demande à certains de ses généraux de lui rallier les officiers : Berthier se charge des officiers généraux, Murat des officiers de cavalerie, Lannes des officiers d'infanterie, et Marmont de ceux de l'artillerie43.

Lors de la journée du 18 brumaire, Lannes est nommé commandant du quartier général des Tuileries (siège du Conseil des Anciens). Il n'en bouge pas, restant donc à Paris pendant qu'à Saint-Cloud, le coup d'État aboutit. Le 12 novembre, le Consulat le nomme commandant des 9e et 10e divisions militaires, basées à Toulouse et à Perpignan, avec pour mission de réprimer toute opposition au nouveau régime44.

Ce retour dans ses terres natales permet à Lannes de mettre en ordre ses affaires familiales. Il divorce d'avec Polette Méric, et parcourt la région dans laquelle il est désormais le représentant officiel du gouvernement ; il rend compte à Bonaparte du bon accueil fait aux nouveaux dirigeants, et spécialement au Premier Consul. Établi à Auch, il fait également remettre en liberté les prisonniers détenus pour avoir pris part à une insurrection contre le gouvernement, ordre ainsi motivé : "La clémence fera plus de bien à la République qu'une excessive sévérité."45.

Au début de l'année 1800, Lannes est rappelé à Paris. Après avoir été le 18 mars nommé au commandement de la 4e division de l'armée de réserve, poste qu'il n'occupe qu'en théorie, il est fait le 16 avril commandant et inspecteur de la garde des consuls, ayant été préféré à Murat. En mai, nouveau changement d'affectation : Bonaparte l'emmène avec lui jusqu'à Genève, lui donne le titre de lieutenant-général, le commandement de l'avant-garde de l'armée de réserve dont il prend lui-même la tête. Cette armée va passer à nouveau la frontière transalpine pour entrer en Italie46.

Seconde campagne d'Italie

Article détaillé : Campagne d'Italie (1799-1800).

Le 14 mai, l'armée de réserve franchit les Alpes pour aller soutenir les autres forces françaises en Italie. Lannes, à la tête de l'avant-garde, prend le 16 mai Aoste puis Châtillon, et, laissant le 19 mai le fort de Bard de côté, repousse les forces austro-russes de Donnas et de Pont-Saint-Martin. Lannes s'établit enfin à l'entrée de la Vallée d'Aoste, repousse les forces ennemies de Carema, et continue, sans son artillerie et sa cavalerie bloquées à Bard, sur Ivrée où il arrive le 22 mai. Défendue par 6 000 hommes, la place est prise dans la journée, et permet à l'armée de pouvoir déboucher dans les plaines du Piémont sans autre résistance47.

Le 26 mai, l'avant-garde est rejointe par sa cavalerie, au moment même où la cavalerie autrichienne contre l'avancée de l'infanterie. Les Autrichiens se replient alors sur Turin, tandis que l'avant-garde de Lannes menace apparemment la capitale piémontaise. Bonaparte vient en personne féliciter les troupes de leur avancée spectaculaire, tandis que Murat prend la tête d'une autre avant-garde qui s'empare de Milan avant le 2 juin. Le 3, Lannes et ses hommes prennent Pavie, tandis que Murat prend Plaisance. Le 6, le lieutenant-général Lannes traverse le Pô à Belgioioso, et prend Stradella48.

Face à lui, il n'a apparemment que les troupes du général O'Reilly, qui ne comportent que 6 000 Autrichiens, pas assez pour l'empêcher de passer. Le reste de l'armée française est empêchée de passer le Pô à cause d'une crue subite ; Lannes reçoit alors de Bonaparte l'ordre de continuer sans s'arrêter en direction de Tortone et de Voghera. Le 9 juin, l'avant-garde s'élance pour appliquer l'ordre49.

Bataille de Montebello

Article détaillé : Bataille de Montebello (1800).

Mais le 4 juin, le général Masséna a capitulé à Gènes après une résistance acharnée. Le 8 juin, le général autrichien Ott, arrivé de Gènes grâce à la capitulation de Masséna, rejoint O'Reilly à Casteggio portant ainsi le nombre d'Autrichiens à 16 000 environ. Lannes, à la tête de ses 5 à 7 000 soldats, se heurte donc à une force presque trois fois supérieure, bien retranchée dans Casteggio, et dotée d'une forte artillerie. Malgré le sous-nombre évident, Casteggio change de mains plusieurs fois dans la journée ; au moment où les Autrichiens semblent l'emporter, la division Chambarlhac, qui avait elle aussi passé le Pô, arrive enfin, menée par le général Rivaud. L'arrivée de ces troupes fraîches, et la menée d'un nouvel assaut (où les troupes de Lannes passent en seconde ligne) provoquent la fuite des Autrichiens vers Montebello50.

À un contre trois puis contre deux, Lannes n'hésite pas à attaquer et à appliquer les directives du premier Consul. Thiers raconte ainsi : « Mais les Français, pleins de confiance, quoique inférieurs en nombre, sont capables des plus grands efforts de dévouement, surtout sous un chef comme Lannes, qui possède au plus haut point l'art de les entraîner51. »

Cette victoire de Montebello est pour Lannes une date pionnière dans la mesure où il s'agit de sa première victoire « personnelle ». La volonté de tourner le village de Casteggio, d'encercler l'ennemi ainsi que les dispositions générales prises montrent un talent certain et naissant, relevé notamment par Ronald Zins, qui exprime ainsi cette ascension :

« Bonaparte ne manque pas de féliciter son fidèle lieutenant qui, depuis le début de la campagne, a pris une nouvelle dimension guerrière. Lannes a fait preuve d'une volonté et d'une ardeur démesurées. Ses choix ont été judicieux et il a su se déplacer aussi rapidement que Bonaparte lui-même. En outre, il vient de remporter sa première bataille. Il n'a pas manqué l'occasion qui lui été offerte, d'exposer toutes ses capacités. Livré à lui-même, il a su choisir les options tactiques permettant de triompher des Autrichiens. Napoléon ne s'y trompera pas et appréciera cette victoire à sa juste valeur, lorsqu'en 1808 il choisira pour Lannes le titre de duc de Montebello52. »

Bataille de Marengo

Article détaillé : Bataille de Marengo.

Dans le but d'empêcher les Autrichiens de se replier sur Gênes ou Mantoue, Bonaparte augmente considérablement les distances entre ses différents généraux. Desaix part pour Novi, au sud, La Poype vers le nord, Victor pour Marengo, et Lannes pour San Guillano (it). Mais en réalité, les Autrichiens ne se trouvent ni vers Mantoue ni vers Gênes : ils sont face à Victor, et viennent d'Alexandrie en direction de Marengo. Ils profitent alors, le 14 juin, de l'étirement de l'armée française, pour passer à travers afin de rejoindre l'Autriche : les 30 000 hommes de leur armée tentent de se frayer un chemin à travers trois divisions françaises (Lannes et Victor, avec Watrin, Chambarlhac et Gardanne), accompagnées de deux brigades de cavalerie (Kellermann et Champeaux), rassemblant 15 000 soldats53.

L'armée autrichienne s'avance donc, et par un mouvement tournant en deux temps, tente d'encercler Lannes par la gauche et Victor par la droite. Ceux-ci, sous le couvert de la cavalerie, tentent de reculer en bon ordre. Coignet confirme : « Nous battions en retraite en bon ordre, mais les bataillons se dégarnissaient à vue d'œil, tous prêts à lâcher pied, si ce n'avait été la bonne contenance des chefs54. »

Thiers, lui, semble aussi confirmer cette vision d'une retraite parfaitement exécutée :

« C'est dans ces moments que Lannes et ses quatre divisions font des efforts dignes des hommages de la postérité. L’ennemi qui a débouché en masse de Marengo dans la plaine, vomit par quatre-vingts bouches à feu, une grêle de boulets et de mitrailles. Lannes, à la tête de ses quatre demi-brigades met deux heures à parcourir trois quarts de lieue. Lorsque l'ennemi s'approche et devient trop pressant, il s'arrête et charge à la baïonnette. Quoique son artillerie soit démontée, quelques pièces légères, attelés des meilleurs chevaux, et manœuvrant avec autant d'habileté que d'audace, viennent aider de leur feu les demi-brigades…55 »

Au moment où la retraite commence, Bonaparte arrive, accompagné de la division Monnier et de la garde consulaire ; le Premier consul a également rappelé Desaix à la rescousse. Mais Monnier est repoussé, chassé de Castelceriolo (it), tandis que la garde consulaire est soumise aux attaques de la cavalerie autrichienne, et forcée de battre en retraite56.

La dangerosité de la situation est décrite par Thiers :

« La présence du premier Consul, la vue des bonnets à poil de sa garde à cheval, ont ranimé les troupes. Le combat recommence avec une nouvelle fureur. Le brave Watrin, du corps de Lannes, avec le 6e de ligne et le 22e, rejette les soldats de Kaim dans le Fontanone. Lannes, remplissant le 40e et le 28e du feu de son âme héroïque, les pousse l'une et l'autre sur les Autrichiens. Partout, on combat avec acharnement dans cette immense plaine. Gardanne essaie de reconquérir Marengo; Lannes tâche de s'emparer du ruisseau qui a d'abord si utilement couvert nos troupes; les grenadiers de la garde consulaire, toujours en carré, comme une citadelle vivante au milieu de ce champ de bataille, remplissent le vide entre Lannes et les colonnes de Carra-Saint-Cyr[…] Mais le baron de Mélas, avec le courage du désespoir, ramenant ses masses réunies sur Marengo, débouche enfin du village, repousse les soldats exténués de Gardanne, qui s'attachent en vain à tous les obstacles. O'Reilly achève d'accabler de mitraille la division Chambarlhac, toujours restée à découvert sous les coups d'une immense artillerie.
Il n'y a plus moyen de tenir, il faut céder le terrain57. »

Le retour de Desaix et le travail de Kellermann permettent de retourner la situation, et de vaincre les Autrichiens. L’opiniâtreté de Lannes et Victor à reculer sans perdre la cohérence de leurs troupes a également fait beaucoup pour la victoire finale58. Au soir du 14 juin 1800, Marengo est devenu une victoire. Le bilan est le suivant : 6 600 blessés ou tués côté français, près de 10 000 côté autrichien ainsi que 30 pièces d'artillerie perdues. La division que commandait Lannes a quatorze officiers tués et près de 40 % de l'effectif est hors de combat.

Zins semble découvrir un nouveau trait au général :

« À Marengo, nous trouvons Lannes dans un rôle inhabituel. Il y livre un combat décisif plein d'abnégation. De l'aube au crépuscule, lui et Victor sont des modèles de courage et Lannes se fait remarquer par un sang-froid peu courant. Berthier note dans son rapport que “le général Lannes a montré dans cette journée le calme d'un vieux général”59. »

Le général André Laffargue livre une analyse similaire, mais plus militaire, des nouvelles aptitudes de Lannes :

« Lui, de nature bouillante, qui était ordinairement l'élan personnifié, s'était montré, cette fois, d'une froide impassibilité, conservant sous un feu écrasant, auquel il ne pouvait répondre, une constante maîtrise de soi, une persistante clarté d'esprit et de vision, une inaltérable confiance.
Ce sang-froid, cette confiance, par sa présence et son exemple, il les avait communiqués à ses soldats dont la fermeté durant ces interminables heures d'incertitude et de recul ne s'était jamais démentie.
Il s'était montré ainsi, aussi apte à maintenir qu'à entraîner, étant de ces chefs dont les qualités ne s'exaltent pas seulement dans les mouvements en avant et le succès, mais qui restent aussi égaux à eux-mêmes dans l'infortune60. »

À l'instar de Murat (qui a remplacé Champeaux, blessé mortellement dans la bataille) et Victor, Lannes reçoit un sabre d'honneur le 6 juillet, pour sa conduite à Marengo :

« Les Consuls de la République voulant donner une preuve toute particulière de la satisfaction du peuple français, au général de Division Lannes, commandant le centre de l'Armée, à la bataille de Marengo, lequel s'est conduit avec autant de bravoure que d'intelligence[…] fera donner un sabre… »

Enfin, le général Bertrand rapporte les propos suivants de Napoléon :

« Par son grand sang-froid, sa volonté, sa retraite en bel ordre, son mouvement dans le village (San Juillano), il a plus influé sur la bataille que Desaix dont l'arrivée a sans doute décidé de la victoire parce qu'il avait avec lui, en prévision de l'avenir, l'élite de l'armée61. »

Du Consulat à l'Empire

François Gérard, La Maréchale Lannes et ses cinq enfants (1814 ou 1817), musée des beaux-arts de Houston.

Après Marengo, Bonaparte confie l'armée d'Italie à Masséna, et part pour Paris le 23 juin, avec Berthier, Murat et Lannes. Ces deux derniers ne s'entendent pas plus qu'avant, voire moins depuis le mariage de Murat avec Caroline Bonaparte, également courtisée par Lannes depuis leur retour d'Égypte. Mais ce sentiment n'empêche pas Lannes de se remarier le 15 septembre 1800 avec Louise-Antoinette Guéhéneuc, fille d'un sénateur62. Bonaparte l'honore toujours d'une grande faveur, lui redonnant le commandement de la garde consulaire63. Il est également le parrain de son fils aîné, prénommé Louis Napoléon, Joséphine en étant la marraine64.

Lannes souffre toutefois d'une semi-disgrâce, due aux critiques que lui et d'autres généraux (Augereau et Delmas principalement) expriment face à l'établissement du concordat65. De plus, il a dépassé de plusieurs centaines de milliers de francs la somme allouée pour l'entretien de la garde des Consuls : cet écart a peut-être (ou pas) été approuvé verbalement par Bonaparte64. Le Premier Consul, mis au courant du problème, travaille alors à la lutte contre les abus dans l'administration de l'armée ; cette affaire lui donne l'occasion de frapper l'opinion publique en faisant preuve de sa sévérité66. Il décide d'obliger le commandant de la garde de rembourser lui-même les sommes dues, sous trois semaines, sans quoi il devra passer devant le conseil de guerre. Augereau, grand ami de Lannes, lui prête l'argent, mais Lannes doit quitter son commandement et Paris. Il rend Murat en partie responsable de cette infortune ; celui-ci aurait informé directement Bonaparte de la situation67.

Jean Lannes est donc nommé le 14 novembre 1801, ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire à Lisbonne68. Même si cela sonne comme une disgrâce pour les raisons évoquées ci-dessus, et que Lannes est assez dépité par la nomination69, ce n'est en rien un poste banal. Le Portugal, par l'alliance anglo-portugaise, est le théâtre de nombreuses intrigues de la part de Grande-Bretagne contre les intérêts français, et la mission de Lannes est d'y faire échec ; le choix du général pour cette tâche est renforcé par son antipathie pour les Anglais70. Au Portugal, Lannes se heurte à l'ambassadeur du Royaume-Uni et au ministre des Affaires étrangères du Portugal Almeida. Celui-ci profite des lacunes de Lannes en matière diplomatique pour le pousser à quitter le Portugal, sans prévenir la France. Bonaparte obtient le retour de Lannes à Lisbonne, fortement tancé par Talleyrand au nom du consul, mais également la démission de Almeida71. Lannes reprend alors sa place à Lisbonne, et sert apparemment de bonne manière en tant qu'ambassadeur auprès du régent et prince-héritier Jean de Portugal ; celui-ci est le parrain de son second fils Alfred, et dote les parents de son filleul72.

Les gains obtenus personnellement au Portugal permettent à Lannes de rembourser Augereau73. Mais son travail comme envoyé extraordinaire est contré par les échanges directs entre le gouvernement portugais et Talleyrand, son ministre de tutelle74. Celui-ci obtient en 1803 un traité de neutralité avec le Portugal, sans que Lannes y ait été mêlé75 ; mais ce dernier fait tout de même ratifier en 1804 un nouveau traité qui semble plus avantageux. Après cette réussite, la famille Lannes quitte Lisbonne, rappelée par le nouvel consul à vie76. Celui-ci, après son sacre le 2 décembre 1804 comme empereur, fait nommer dix-huit maréchaux d'Empire, dont quatorze officiers généraux d'active ; Lannes est parmi les élus77. Napoléon lui donne alors le commandement du quatrième corps de l'armée des côtes de l'Océan, le remplaçant à Lisbonne par le général Junot78. Dans le courant de sa nomination, il se porte acquéreur de l’ensemble du domaine de Maisons-sur-Seine et y fait réaliser des aménagements dans le parc en achevant les travaux entamés par le comte d’Artois. Après la mort du maréchal, Louise de Guéhéneuc vend en 1818 le domaine au banquier Jacques Laffitte.

La Campagne d'Allemagne

Article détaillé : Campagne d'Allemagne (1805).

Alors que l'armée est prête à embarquer à Ambleteuse et Étaples, Napoléon doit changer de plans. Ne pouvant compter sur l'amiral Villeneuve, enfermé dans Cadix, il transforme l'armée d'invasion en armée de campagne : c'est la naissance de la Grande Armée. Il donne à Lannes le commandement du 5e corps d'armée : celui-ci est composé de la division de grenadiers (ru) du général Oudinot, des divisions d'infanterie Suchet et Gazan, et de la brigade de cavalerie Trelliard, comprenant en tout plus de 27 000 hommes78.

Charles Thévenin, Reddition de la ville d’Ulm, le 20 octobre 1805, Napoléon Ier recevant la capitulation du général Mack (1815), château de Versailles.

Lannes et Murat, toujours d'avant-garde, franchissent le Rhin le 25 septembre ; le reste de l'armée suit le 26. Le 7 octobre, c'est au tour du Danube de voir passer l'avant-garde, qui tombe sur les arrières de l'armée du général Mack, et remportent la bataille de Wertingen, où les grenadiers d'Oudinot se font remarquer79. Alors que Mack est enfermé dans Ulm, Napoléon quitte alors l'aile droite de son armée pour rejoindre l'aile gauche ; il laisse le commandement de l'aile à Murat, qui ne tarde pas à avoir des frictions avec Ney, soutenu par Lannes, au sujet des mouvements à effectuer. Le retour de Napoléon donne raison à Ney, qu'il envoya s'emparer des ponts d'Elchingen. Une fois fait, Lannes vint le remplacer afin de continuer l'encerclement d'Ulm, Ney se déplaçant vers l'ouest80. Lannes et Ney œuvrent à nouveau de conserve le 15 octobre pour s'emparer des hauteurs du Michelsberg (Ney) et du Frauensberg (Lannes). Cette prise achève le siège d'Ulm, la place se rendant peu après81.

Guillaume Guillon Lethière, La Surprise du pont du Danube, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Lannes se tient à gauche.

Lannes n'assiste pas à la fin du siège : il doit à partir du 17 octobre appuyer Murat que l'Empereur a chargé de poursuivre les troupes ayant pu s'échapper d'Ulm, sous la conduite de l'archiduc Ferdinand et du général Werneck (en). Puis, après l'approche des troupes russes, la Grande Armée se dirige sur Vienne. Lannes s'empare de la ville de Braunau, où il trouve des approvisionnements assez importants pour que Napoléon y installe le grand dépôt de l'armée, alors à Augsbourg. Linz tombe à son tour dans les mains du récent maréchal. Dans la marche sur Vienne, les grenadiers d'Oudinot suivent de près la cavalerie de Murat, toujours en avant, tandis que la division Gazan rejoint le corps d'armée provisoire du maréchal Mortier82. Murat et Lannes défont encore l'arrière-garde russe à la bataille d'Amstetten le 5 novembre. Pour la prise de Vienne, Lannes, Murat et le général Bertrand, s'avançant seuls, arrivent à convaincre les artificiers autrichiens d'une trêve, les empêchant de mettre hors d'usage les ponts du Danube82. Puis Lannes participe à la bataille d'Hollabrunn, peu avant de joindre l'armée pour la bataille d'Austerlitz.

Durant cette dernière, Lannes commande la gauche de l'armée, ayant sous ses ordres, outre les divisions Suchet et Trelliard (Oudinot étant placé dans la réserve), la division Caffarelli (du corps de Davout) et la brigade de cavalerie Milhaud83. Établi sur la route d'Olmütz à Brünn, il a derrière lui Murat, commandant la cavalerie de ce côté ; la combinaison des deux armes est fatale à l'aile extrême-droite russe, commandée par Bagration, qui doit laisser aux Français la route d'Olmütz dégagée84.

Après le traité de Presbourg, mettant fin à la campagne et à la guerre contre l'Autriche, Lannes demande à quitter l'armée et à rentrer en France. Il s'est apparemment gravement brouillé avec Napoléon juste après la bataille d'Austerlitz, sans que la raison de cette brouille ne puisse être éclaircie. Le 5e corps est confié au maréchal Lefebvre, et Lannes rentre à Béziers, se contentant du commandement de la 9e cohorte de la ville85.

Retour aux armées

Article détaillé : Campagne de Prusse et de Pologne.

Alors qu'Austerlitz pouvait faire espérer la paix, quelques mois plus tard, c'est la guerre qui surgit à nouveau. Sous l'influence du parti de la guerre et du pouvoir de persuasion des Anglais, la Prusse neutre en 1805, s'oriente vers une politique belliqueuse qu'entretient fort à propos le souvenir de Frédéric le Grand. Cette politique est également une réaction à la création de la Confédération du Rhin, sous gouverne de la France. Ainsi le 12 septembre 1806, l'armée prussienne entre en Saxe. Le 1er octobre, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume adresse un ultimatum à Napoléon, exigeant le retrait des troupes françaises derrière le Rhin. L'ultimatum expirant le 8 octobre 1806, le 5e corps est réuni le 3, formant toujours l'aile gauche de la Grande Armée86. Napoléon critique la gestion du corps par Lefebvre, et rappelle Lannes, qui en reprend les rênes le 5 octobre.

Du côté prussien, on compte environ 155 000 hommes répartis entre trois corps : 60 000 hommes forment le corps principal sous les ordres de Brunswick, 50 000 soldats de l'armée saxo-prussienne sous les ordres du prince de Hohenlohe, les forces de Hanovre dirigées par Rüchel, environ 30 000 hommes et enfin, les 16 000 soldats du corps de réserve sous la direction du prince de Würtemberg.

Pour Napoléon, les choses sont simples. La vitesse sera, comme souvent, le leitmotiv de cette campagne ; il s'agit de vaincre les Prussiens avant l'arrivée d'éventuels renforts russes. L'attitude du commandement prussien contribue à la réussite de ce plan : en effet, le haut commandement prussien se montre très pressé, persuadé que les Français ne sont pas encore prêts, et il passe à l'offensive sans attendre d'éventuels renforts. La stratégie de Napoléon est de couper les lignes de communication de l'ennemi en marchant sur la capitale prussienne, les Français remontant du sud vers le nord en trois groupes. À l'ouest, Augereau et Lannes, au centre Bernadotte, Davout et la garde, suivis par la réserve de cavalerie, à l'est, Soult et Ney.

Jacques Garnier traduit de la manière suivante les dispositions de Napoléon :

« Le plan était de marcher sur la capitale ennemie, Berlin, en passant par un pays « fragile », l'allié saxon. C'est le moyen le plus sur de rencontrer l'ennemi, en le débordant si celui-ci continue sa marche sur la France, et en lui livrant une bataille à fronts renversés, s'il décidait de se replier pour défendre sa capitale87. »

Richard Knötel, La mort du prince Louis Ferdinand (1896). En avant, le maréchal des logis Guindey et un camarade, en derrière un membre du 9e régiment de hussards.

Privé des grenadiers d'Oudinot, dont la division n'est pas encore reconstitué, le 5e corps comprend à nouveau les divisions Suchet et Gazan, ainsi que la brigade Trelliard : 19 000 hommes d'infanterie, 1 500 de cavalerie. Aidé par son ami et nouveau chef d'état-major le général Victor, en délicatesse auprès de l'empereur, Lannes marche sur Cobourg, dont il s'empare le 7. Se portant sur Gräfenthal le 9, le corps de Lannes se dirige vers Saalfeld le 10, mais rencontre les 9 000 hommes de Louis de Prusse, l'un des grands partisans de la guerre, qui conduit l'avant-garde du prince de Hohenlohe88. S'ensuit la bataille de Saalfeld : alors que les troupes françaises malmènent les Prussiens par leur artillerie, leur chef Louis, à la tête de sa cavalerie, tente de contenir une charge dangereuse des hussards français, et est tué par l'un d'entre eux. C'est le signal de la déroute prussienne, poursuivie par Victor jusqu'à Rudolstadt. Si l'ampleur de l'affrontement se limite à un combat d'avant-garde (Lannes n'ayant pas l'ensemble de ses troupes face à l'avant-garde prussienne), cette défaite est similaire, pour certains Prussiens, à celle des Autrichiens à Ulm. Lannes rend les honneurs dus à son rang au prince tué dans le château du duc de Saxe-Weimar89, prince dont Napoléon ne regrette pas la perte dans sa lettre du 12 octobre au maréchal :

« Mon Cousin, j'ai reçu avec grand plaisir la nouvelle de votre affaire du 10 courant. J'avais entendu la canonnade et j'avais envoyé une division pour vous soutenir. La mort du prince Louis de Prusse semble être une punition du ciel, car c'est le véritable auteur de la guerre…90 »

Iéna

Article détaillé : Bataille d'Iéna.

Le corps d'Augereau arrive après la bataille, tout comme la division de Gazan ; la gauche de l'armée est donc réunie, et un grand mouvement impliquant toute la Grande Armée tente de gagner l'Elbe. Lannes et Augereau se dirigent sur Iéna, Davout et Bernadotte sur Naumbourg, afin de fermer les deux points importants de la Saale ; Soult, Ney et le reste de l'armée sont en couverture. À la suite d'un léger accrochage entre les avant-gardes française et prussienne à Winzerla (de), la Grande Armée est informée que l'armée prussienne était placée entre Iéna et Weimar91.

Le 13 octobre, Lannes part occuper Iéna, la majeure partie du corps contournant la ville par les routes de Weimar et de Naumbourg. La brume masquant une grande partie du paysage, c'est seulement arrivée sur la hauteur du Landgrafenberg que les Français peuvent voir l'armée prussienne, déjà en ordre de bataille, sur le plateau entre Iéna et Weimar, à à peine deux cent cinquante pas des tirailleurs français. Lannes prévient rapidement Napoléon, qui fait converger les autres corps vers le lieu de la future bataille. Arrivé, il demande que le 5e corps prenne position sur le plateau, ce qui oblige les hommes à élargir le sentier pour y transporter l'artillerie. Mais Napoléon surestime le rassemblement prussien, ne soupçonnant pas que le prince de Hohenlohe a envoyé une armée qui marche alors sur Naumbourg en direction de Davout, seul pour l'affronter92. Celui-ci fera face à la bataille d'Auerstaedt à des forces deux fois supérieures en nombre, et les battit sous les yeux de Guillaume Ier de Prusse et du duc de Brunswick.

Carte de la bataille d'Iéna.

À quatre heures du matin, ignorant les déboires de Davout, Napoléon donne ses instructions à Lannes : l'espace étroit ne permettant pas au corps de se déployer entièrement, deux régiments sont placés à l'arrière, la division Gazan étant encore plus loin. Les Prussiens entendent enfin les préparatifs français, mais le brouillard est très dense, ce qui permet au corps d'attaquer seul pour gagner un maximum de terrain afin de se déployer correctement. Le reste des troupes françaises devant progresser dans des chemins plus longs, le corps de Lannes essuie seul les premiers combats. Le village de Closewitz (de) puis la totalité du terrain entre Closewitz et Cospeda (en) est conquis, l'armée ennemie rejetée sur Lützeroda (de). Napoléon est alors maître du sommet du plateau, et ralentit la progression de l'armée afin que les 4e et 6e corps entrent en scène. L'avant-garde de Ney s'intercale entre Lannes et Augereau, et la seconde phase de la bataille débute93.

Lannes se dirige d'abord sur le centre du dispositif prussien, à Vierzehnheiligen (de) ; le village est pris. Lannes tente de s'emparer des hauteurs de droite, mais l'opposition y est forte, et Grawert (en) en profite pour menacer Vierzehnheiligen. Lannes doit rallier ses troupes pour charger les Prussiens ; parvenant à culbuter les troupes ennemies, Lannes prévient l'Empereur du début de la retraite des Prussiens, chargés de tous côtés. L'arrivée de la cavalerie de Murat sonne la fin de la seconde phase, la troisième étant alors consacrée à la poursuite des fuyards. Les Français descendent au pas de course le plateau, poussant les Prussiens vers Weimar ; le corps de Rüchel ne peut arrêter la progression de l'envahisseur. Weimar est occupée par la cavalerie impériale, qui y rentre en même temps que les fuyards94.

Après la bataille, le IIIe bulletin de la Grande Armée rend un hommage appuyé... à la cavalerie de Murat, et ne fait que citer incidemment les efforts de Lannes et de ses hommes. Quant à Augereau, son rôle dans la victoire, en prenant le village d'Isserstedt (de), est simplement oublié. Lannes est assez touché par cette injustice pour parler à sa femme de rentrer en France, dès que la paix le permettra. Il se plaint également du traitement dont il est l'objet de la part de l'Empereur95. Durant cette bataille, les 3e (Davout), 5e (Lannes) et 7e (Augereau) corps avaient été plus sollicités, alors que le 6e (Ney) n'avait engagé qu'une division, et que le 1er (Bernadotte) n'avait strictement rien fait. Bernadotte, Ney et Soult sont lancés le lendemain (15 octobre) à la poursuite des Prussiens ; Davout se repose à Naumbourg, Augereau à Weimar, et Lannes entre Naumbourg et Iéna96.

Le 17, le 5e corps reprend la route, en direction de l'Elbe, qu'il franchit le 21. Il prend la citadelle de Spandau, qui est occupée ensuite par le général Victor ; Napoléon, faisant alors son entrée à Berlin, en fait le grand dépôt de l'armée. Murat a enfin déniché les restes de l'armée prussienne, et Lannes reçoit l'ordre de le soutenir dans une démarche toute à l'honneur de la cavalerie de Murat, mais difficilement tenable pour l'infanterie de Lannes : le pays est pauvre, et les hommes ont du mal à suivre à pied les cavaliers, ce dont se plaint Murat97. Le 28 octobre enfin, le prince de Hohenlohe capitule à Prenzlow avec toute son infanterie (16 000 hommes) et son artillerie, tandis que sa cavalerie est cernée à Pasewalk par Milhaud98. Mais à nouveau, le bulletin rendant compte de l'affaire de Prenslow et rédigé selon les dires de Murat n'est pas du goût de Lannes : aucune mention de lui ou de ses hommes n'est faite99. L'Empereur (par Berthier) le félicite tout de même de la participation de son corps à la capitulation du prince, et le rassure. Il lui permet également de faire reposer ses hommes, alors que les autres corps partent à la poursuite de Blücher100.

La Pologne

Les troupes russes de Benningsen, fortes de 60 000 hommes, arrivent alors sur la Vistule, et Napoléon, pour gérer ce nouvel ennemi, sépare en deux son armée : Bernadotte, Soult et Ney sur la rive gauche de l'Oder, et Davout, Lannes et Augereau vers la Vistule. Deux nouveaux corps sont créés : le 8e corps de Mortier surveille l'aval de l'Elbe, et le 9e du prince Jérôme assiège les places fortes de Silésie. Napoléon garde auprès de lui Murat à Berlin, en attendant la suite des événements101. L'Empereur attend le soulèvement général de la Pologne, mais Lannes, qui la traverse au début de novembre, se montre très pessimiste sur la possibilité de faire renaître le pays, le trouvant plongé dans une grande anarchie102. Le maréchal est également confronté aux restes de la cavalerie prussienne, et, posté sur la rive occidentale de la Vistule, attend de trouver un moyen de la franchir. L'Empereur lui ayant demandé son opinion quant à la mobilisation générale en Pologne, Lannes lui donne un avis très négatif concernant l'esprit général : l'esprit polonais des grandes villes ne peut contrer la misère et l'avilissement des campagnes ; Augereau partage les mêmes sentiments103.

Fin novembre, Murat rejoint la première ligne pour la commander. Le 28, les Français menés par Murat entrent à Varsovie, suivi par les troupes de Davout le 29. Celles de Lannes sont à droite de Davout, appuyées par Augereau. Soult et Ney occupent la gauche de la ligne, tandis que Bernadotte se retrouve à l'extrême-gauche. Bessières et Ney commandent chacun une partie de la cavalerie104. L'Empereur arrive à Varsovie dans la nuit du 18 au 19 décembre, tandis que son armée a petit à petit franchi la Vistule. Davout est à l'avant-garde, et le 23 décembre franchit la Wkra, face aux Russes, livrant le combat de Czarnowo (en) le 23 décembre, dans la ville du même nom. Lannes suit Davout, puis doit marcher vers l'est sur Pułtusk, à vingt kilomètres. Le but est d'encercler Benningsen avant l'arrivée des renforts du général Buxhoewden : Bessières, Bernadotte et Ney vers le nord-est, doivent couper Benningsen de la Prusse orientale ; Murat, Soult, Davout, Augereau et Lannes doivent pousser Benningsen vers le nord, dans les bras de leurs camarades105.

La bataille de Pultusk

Article détaillé : Bataille de Pultusk (1806).

La boue gène grandement la progression du 5e corps : entre le 24 et le 25 décembre, il fait à peine trois lieues, et doit laisser son artillerie en arrière, sans pouvoir non plus compter sur sa cavalerie pour servir d'éclaireur106. Le maréchal lui-même tombe malade107.

De leur côté, ni Soult, ni Bessières, ni Bernadotte ne rencontrent les Russes ; quant à Ney, il ne fait que croiser le corps prussien de L'Estocq. Murat, Davout et Augereau repoussent des forces bien inférieures en nombre : la division Dokhtourov du corps de Buxhoewden et une faible partie des divisions Galitzine et Osten-Saken du corps de Benningsen106. C'est Lannes qui, le 26 décembre, a devant lui le gros de l'armée russe, qui s'est naturellement portée vers la réserve et les derniers ponts de la Narew, et se trouve rassemblée devant Pułtusk. Il a en propre 18 000 hommes, plus une division de 5 à 6 000 soldats en arrière (la division Gudin du corps de Davout), mais seulement quelques canons de bataillon. Il doit faire face à 50 000 adversaires dont 5 000 cavaliers, plus quelques milliers de cosaques, soutenus par une cinquante de pièces de gros calibre108.

Plan de la bataille de Pułtusk.

Malgré l'infériorité numérique évidente, Lannes part à l'attaque avec la division Suchet, laissant celle de Gazan en réserve. Il partage ses forces en trois colonnes. Celle de gauche, soutenus par la 1re brigade de dragons, marche sur la droite russe, où elle rencontre une force bien appuyée par l'artillerie. Celle de droite part couper la retraite de l'aile gauche russe, en ciblant le pont de la Narew. Dans le même temps, la troisième colonne attaque directement la gauche russe, et manque de peu de la désorganiser complètement. Au centre, la 2e brigade de dragons empêche l'avancée russe109.

Du côté russe, la droite russe ne fait aucun mouvement pour anéantir la colonne qui lui fait face, autant par crainte de la division française de réserve que par l'arrivée prochaine des troupes de Gudin, qui sont visibles des lignes russes. La division Gudin apparaît tard sur le champ de bataille et s'attaque directement à l'aile droite russe. Mais la nuit tombant, celle-ci fait mouvement pour passer entre la division Gudin et le corps de Davout, désormais très éloigné. Si la retraite russe à cet endroit ne réussit pas, les Russes profitent tout de même de la nuit pour déserter le lieu, passant rapidement la Narew ; le lendemain, Lannes peut occuper Pułtusk107.

Le bilan est sans équivoque : les Russes laissent 2 000 prisonniers, environ 3 000 tués ou blessés, ainsi que la majeure partie de son artillerie. Du côté français, il y a 1 500 blessées ou tués ; beaucoup d'officiers ont été blessés : les généraux Vedel, Claparède, Trelliard, ainsi que Lannes lui-même légèrement107. Toujours malade, Lannes rend un rapport sur la bataille très incomplet et incohérent, passant notamment sous silence le rôle de la division GudinNote 4.

Du côté russe, Benningsen écrivit fort étonnamment au tsar Alexandre Ier, son souverain, qu'il venait de remporter à Pułtusk une victoire sur Napoléon et sur trois corps de maréchaux, ainsi que sur la cavalerie de Murat.

Le général Laffargue estime que la réussite française doit tout à Lannes :

« En tous cas, c'est lui [Lannes] seul, alors qu'il était rongé par la fièvre depuis huit jours, qui a osé l'engager; osé avec moins de vingt mille hommes, en défier cinquante mille; osé marcher sans canon, sans une artillerie formidable. Et ce malade a trouvé en lui-même un dynamisme capable d'imprimer à sa troupe une telle force vive que Benningsen, pris à la gorge, a été vaincu parce qu'il s'est persuadé qu'il était vaincu. Voilà le miracle dû à la seule supériorité de la force d'âme, réalisé par Lannes à Pułtusk110. »

Pour la Grande Armée, la campagne est apparemment terminée : Napoléon lui demande de prendre ses quartiers d'hiver. Lannes s'établit à Varsovie (division Suchet) et à Serock (division Gazan)111.

1807 - Suite de la campagne de Pologne

Pour autant, les troupes russes ne s'arrêtent pas : Benningsen reporte vers le nord l'ensemble de ses troupes, exceptée la division Essen qui reste en face de Varsovie. Les autres divisions fondent sur l'aile gauche de la Grande Armée, entrant en contact avec les corps de Ney et de Bernadotte. Lannes, toujours malade fin janvier, remet à Suchet les instructions concernant le corps ; Napoléon, prévenu de son état, confie le commandement du corps au général Savary. Lannes a toutefois la consolation de voir sa femme qui vient jusqu'à Varsovie pour le veiller. Les soins s'étendent jusqu'au mois d'avril, Lannes manquant donc la bataille d'Eylau, tandis que sa femme repart de Varsovie vers le milieu du mois de mars112.

De retour au quartier général, Lannes est déçu de l'accueil qui lui est fait, et s'en plaint fortement dans les lettres qu'il écrit à sa femme et à son beau-père au début de mai113 ; il va jusqu'à supposer que l'Empereur ne l'apprécie plus114. Napoléon lui confie le corps d'armée de réserve, qui comprend la division de voltigeurs et de grenadiers d'Oudinot, la division Verdier, et une brigade de cavalerie de chevau-légers et de cuirassiers saxons, comprenant également les dragons de Grouchy et les cuirassiers de Nansouty ; deux divisions d'artillerie complètent la réserve115. Basé à Marienbourg, il reçoit l'ordre de rejoindre le siège de Dantzig, mené par le maréchal Lefebvre, afin de protéger l'armée assiégeante des tentatives de sauvetage russes. Le 15 mai, le général russe Kamenski tente une attaque sur les iles de Nehrung et de Holm ; le général Schramm commandant sur Nehrung le retient un moment, puis Lannes et Oudinot arrivent pour le soutenir avec quatre bataillons de grenadiers, et permettent à Schramm de repousser l'assaut116. Dantzig capitule le 26 mai.

L'Empereur français s'apprête à reprendre l'offensive le 10 juin, mais c'est Benningsen qui prend l'initiative le 3 : le corps de Ney fait face ce jour-là à 40 000 hommes, devant lesquels il doit battre en retraite rapidement sur Deppen (en) (bataille de Guttstadt). Napoléon, accompagné des corps de Davout et de Lannes, ainsi que de la garde impériale, vient le soutenir ; il rappelle également Soult et Bernadotte, également attaqués le 3 à Lomitten (en) et Spanden. Bernadotte, blessé, est remplacé par Victor à la tête du 1er corps, et l'armée passe la Pasłęka, tandis que la cavalerie de Murat, en avant, attaque l'arrière-garde de Bagration à Guttstadt le 9. Le 10, Murat et Soult attaquent seuls l'armée russe à Heilsberg, où elle s'est retranchée, laissant à nouveau l'initiative à l'armée française. Lannes, arrivant dans la nuit, reçoit l'ordre de déborder la droite des Russes. Le lendemain, Benningsen fait évacuer Heilsberg, et passe sur la rive droite de l'Alle, ouvrant la route vers Königsberg, ville royale de Prusse117.

Napoléon sépare à nouveau ses troupes en deux : à Murat, Davoult et Soult, la conquête de Königsberg, pour mettre à bas le royaume de Prusse ; à Victor, Ney, Mortier et Lannes, la poursuite des Russes. Lannes doit prendre position à Eylau, où Napoléon le rejointNote 5. L'armée de Benningsen est désormais forte de 100 000 Russes, auxquels s'ajoutent le corps de Tolstoï (18 000 hommes) et celui de Lestocq (30 000 hommes), qui se trouve vers Königsberg ; Napoléon souhaite livrer une bataille décisive contre les Russes, et vise le pont de Friedland, qui selon lui permettrait à Benningsen de repasser sur la rive gauche de l'Alle, afin de devancer l'armée française sur la route de Königsberg118.

Friedland

Article détaillé : Bataille de Friedland.

Le 13 juin, l'empereur des Français envoie ses corps d'armée sur Domnau, et demande à Lannes de passer à l'avant-garde et de pousser sur Friedland même. Rencontrant dans la nuit les Russes à mi-chemin entre Domnau et Friedland, Lannes réunit les troupes arrivées et se porte au contact de l'armée russe, à Posthenen (de), afin de l'empêcher de se déployer avant l'arrivée du reste de l'armée. Il dispose son artillerie sur le plateau dominant Posthenen, une partie des voltigeurs au centre de la plaine, dans un bois entre l'Alle à droite et Posthenen à gauche, demande à Grouchy de garder la droite du bois, le reste de la troupe (grenadiers et voltigeurs) gardant la plaine entre le bois et Posthenen. Le feu démarre à trois heures du matin, au petit jour. Nansouty arrive un peu plus tard avec ses carabiniers et ses cuirassiers, et occupe sur ordre de Lannes l'espace proche de la route entre Friedland et Königsberg, à gauche de Posthenen119.

Carte du champ de bataille, le 14 juin.

Les Russes ne pouvant prendre pied sur la rive défendue par Grouchy regroupent leurs efforts sur la route de Friedland ; Lannes demande alors à Grouchy de soutenir Nansouty, qui s'était replié. Grouchy s'empare alors du village d'Heinrichsdorf (de), sur cette route, en ralliant Nansouty ; Lannes lui envoie la brigade de grenadiers Albert de la division Verdier, qui vient de rejoindre son corps. Grouchy est repoussé par la cavalerie russe, puis elle-même est mise en déroute par Nansouty, qui repousse les Russes jusqu'à Friedland. Les grenadiers d'Albert prennent position sur Heinrichsdorf, et la division Dupas du corps de Mortier entre en ligne entre Heinrichsdorf et Posthenen119.

Sur la gauche de Lannes, l'absence de Grouchy fait peser l'attaque russe, qui traverse enfin, uniquement sur les grenadiers d'Oudinot ; la division Verdier est séparée en deux colonnes pour attaquer des deux côtés du bois les Russes qui essaient d'y pénétrer. L'armée russe (70 000 hommes) est maintenant entièrement déployée, mais les troupes de Lannes occupent toujours les positions clefs du champ de bataille, et les Russes ont le dos tourné à l'Alle, tandis que leurs communications sont compliquées par le ruisseau coupant la plaine en deux. Le front s'étend sur cinq kilomètres.

Ronald Zins explique comment Lannes peut tenir :

« Pour pallier son infériorité numérique, Lannes combat tout en manœuvres savantes et judicieuses. Profitant de la hauteur des seigles, des bosquets d'arbres et des inégalités de terrain, il ploie ou déploie ses bataillons dont les mouvements sont montrés ou dérobés à propos. Grâce à ce stratagème, Lannes parvient à faire croire aux Russes que ses forces sont plus importantes qu'elles ne le sont en réalité. Toutefois, le refoulement de l'adversaire ne se fait qu'au prix de lourdes pertes et le maréchal presse l'Empereur d'arriver.[…] Lannes lance alors un nouvel appel à l'aide : « Crève ton cheval, Saint-Mars, dit-il à son aide de camp, pour rapporter à l'Empereur que c'est l'armée russe tout entière que nous avons sur les bras. »120 »

Horace Vernet, Napoléon à Friedland, Versailles, musée de l'Histoire de France.

Les corps de Ney et de Victor, accompagnant Napoléon, arrivent enfin vers midi, onze heures après les premières échauffourées, et l'armée française peut se déployer aisément dans l'espace gardé par le corps de Lannes. Lannes reste au centre, à Posthenen121. Ney prend la tête de l'attaque générale, du côté gauche, et relance l'offensive à partir de cinq heures de l'après-midi. Il pénètre directement dans Friedland, tandis que les Russes sont encerclés par le reste de l'armée. La défaite russe est cuisante : 25 000 hommes tués ou blessés, tandis que les Français n'en comptent que 10 000. Le bulletin de la Grande Armée parle toutefois plus de la seconde partie de la bataille, après l'arrivée de l'Empereur, que de la première, où Lannes a fixé les troupes russes et permis la réussite du reste des troupes ; mais cette fois-ci Lannes ne semble pas en tenir rigueur à son souverain122.

Dans une lettre datée du 22 juin 1807 et adressée à l'Empereur, il précise sa vision de la bataille de Friedland :

« L'ennemi n'eut pas de meilleur succès dans plus de trente charges d'infanterie et de cavalerie qu'il fit sur toute l'étendue de notre ligne; partout et toujours il fut écrasé par un feu terrible d'artillerie et de mousqueterie, et souvent reconduit à la baïonnette.
Ces efforts de courage et d'opiniâtreté de nos troupes devant une armée aussi formidable, qui avait trois fois plus de cavalerie que nous, et au moins deux cents bouches à feu en batteries, sont dus en grande partie à l'importance bien sentie du poste qu'elles défendaient et à la confiance que leur inspirait l'arrivée prochaine de Votre Majesté à la tête de son armée123. »

À nouveau, Murat et Lannes sont de concert dans la poursuite des débris de l'armée russe. Le 20 juin, Lannes est à Tilsit, et annonce à sa femme la paix "dans huit jours". Il ne se trompe que de peu : les traités de Tilsit sont signés le 7 juillet avec la Russie et le 9 avec la Prusse124. Napoléon profite de ce succès militaire et diplomatique pour récompenser grandement ses hommes : le premier, le maréchal Lefebvre, est nommé duc de Dantzig le 28 mai. Le 30 juin, c'est Lannes qui reçoit donation des revenus de la principauté de Sievers, mais sans recevoir le titre de prince (qu'il utilise toutefois dans des documents officiels à l'intérieur de la principauté) ; à cette gratification s'ajoute l'élévation du général Victor, son vieil ami, à la dignité de maréchal d'Empire125. Lannes est également nommé colonel général des Suisses en 1807126.

La paix en famille

Jean-Charles Nicaise Perrin, Portrait de Jean Lannes, duc de Montebello, Maréchal de France (1769-1809) (entre 1805 et 1810), Versailles, musée de l'Histoire de France. Le maréchal porte ici son uniforme de colonel général, rouge, couleur typique des régiment suisses.

Bien que pressenti un temps pour commander l'armée qui devait occuper le Portugal, Lannes peut profiter des huit premiers mois de l'année 1808 pour rentrer dans sa famille et s'occuper de ses affaires à Paris : son domaine de Maisons et son hôtel rue de Varenne. Il se rend également aux eaux de Saint-Sauveur pour sa santé, et fait plusieurs séjours à Lectoure. Durant l'un d'entre eux, Murat, récent roi de Naples, s'y trouve également, revenant également des eaux où sa santé l'avait conduit127. Le 15 juin 1808, Lannes est fait duc de Montebello.

Au mois d'octobre 1808, Lannes accompagne Napoléon qui doit s'entretenir à Erfurt avec le tsar Alexandre au sujet de leur alliance ; désigné pour aller au-devant du souverain, il le reçoit à Bromberg, à l'entrée de la Confédération du Rhin. Le tsar flatte le nouveau duc, et n'oublie pas de présenter, même par procuration, ses respects à la maréchale128. Au moment de son départ, le souverain russe décore le maréchal du cordon de l'ordre de Saint-André, que Lannes portera avec l'autorisation personnelle de Napoléon129.

L'Espagne

Mais en Espagne, la situation est loin d'être aussi bonne qu'à l'est. Depuis le 2 mai, l'insurrection a été déclenchée contre l'armée d'occupation française. Si Bessières a remporté la victoire de Medina de Rioseco, la capitulation de Dupont de l'Étang à Bailén est un choc. La convention de Cintra a rendu le Portugal inatteignable, mais permet de sauver l'armée de Junot qui, transférée sur Rochefort, peut repartir aussitôt au combat. La Grande Armée, menée par Napoléon lui-même, franchit la frontière pour rétablir une situation déplorable. Lannes l'accompagne, malgré sa répugnance à passer de l'autre côté des Pyrénées130. Mais il reste pour le moment sans commandement particulier : Lannes est un atout que Napoléon veut utiliser là où cela est nécessaire et urgent131.

Traversant les montagnes de Tolosa, le maréchal fait une chute de cheval extrêmement violente, au point d'être intransportable. Le docteur Larrey, chirurgien de la Garde impériale, le soigne à Vitoria, où il arrive le 8 octobre, en enveloppant son corps dans la peau d'un mouton fraîchement dépecé. Les soins ont l'air en partie efficaces, puisque Lannes peut rejoindre l'armée à Burgos, après la bataille qui repousse l'armée espagnole de Blake vers le sud-ouest. Napoléon fait encore face à deux armées : celle de Castaños, au centre, qui borde le cours de l'Èbre, et celle de Palafox, au sud-est. C'est le maréchal Moncey qui fait face, avec le 3e corps, aux Espagnols ; il a pour ordre de rester immobile, le temps que le corps de Ney coupe la retraite à Castaños, cible directe de l'Empereur132.

Mais les opérations récentes exécutées par Moncey n'ont pas satisfait Napoléon : il demande donc à Lannes de rassembler des troupes à Logroño, puis de rejoindre Moncey et de prendre le commandement de son corps. Puis il doit se porter sur Tudela où il rencontrera les armées espagnoles. Lannes part avec les lanciers polonais de Lefebvre-Desnouettes, et rassemble à Logroño la division Lagrange, et les brigades de cavalerie Auguste Colbert (détachée du corps de Ney) et Digeon. Parti le 19 novembre, il arrive le 20 à Lodosa auprès de Moncey, qui se place sous son commandement. Le 22, les troupes de Logroño sont réunies à celles du corps, qui comprend déjà les divisions Maurice Mathieu, Musnier, Morlot et Grandjean, ainsi que la brigade de cavalerie Wattier. L'armée réunit alors environ 30 000 hommes, les armées espagnoles en comptant 50 à 60 000133.

Article détaillé : Bataille de Tudela.

Le 22, Lannes est à Alfaro. Le 23 novembre, il part accompagné des lanciers pour reconnaître le terrain vers Tudela. Ayant aperçu les Espagnols, il donne le signal de l'attaque dès l'arrivée de ses troupes : l'aile droite subit la charge de Mathieu, le centre, après une vive canonnade, fut enfoncé par Morlot et Grandjean, Lefebvre et Colbert profitant de la trouée pour encercler le reste de l'aile droite. Lannes confie à Moncey l'élimination du reste de ces deux parties ; lui-même, avec Musnier et Digeon, attend Lagrange pour attaquer la gauche espagnole. La division fait reculer, avec l'aide des dragons, le reste de l'armée espagnole. 7 000 Espagnols sont tués ou faits prisonniers134.

Mais Lannes a surestimé ses propres forces : il ne peut plus se tenir debout, et reste à Tudela, remettant à Moncey le soin de poursuivre Palafox sur Saragosse, tandis que Mathieu, avec Lagrange et Colbert, s'élance à la suite de Castaños vers Calatayud. Malheureusement, Ney n'est pas au poste que Napoléon lui a assigné : il croit que Lannes a été battu, et Castaños peut donc faire retraite par Ágreda sans autre problème. Ney, rejoint par les divisions du 3e corps, ayant manqué à sa tâche, n'a plus qu'à les suivre sur Saragosse. Lannes envoie également son aide de camp Marbot à Ágreda porter la nouvelle de la victoire ; à cause de l'absence de Ney, Marbot manque de peu de se faire prendre, et ne transmet son message que le 26 novembre135.

L'immobilisation de Lannes empêche apparemment son armée de prendre Saragosse aussi rapidement qu'il le souhaitait136. De son côté, Napoléon souhaite marcher contre l'armée anglo-espagnole venue du Portugal, et commandée par John Moore. Forte de 40 000 hommes, elle menace directement le corps de Soult, dans le León. L'Empereur rassemble donc le corps de Ney, une partie de celui de Victor, la garde impériale et les dragons de La Houssaye. L'armée se met en route le 19 décembre, Napoléon partant de Madrid le 28 et arrivant le soir même au pied du Guadarrama, Lannes l'accompagnant toujours. L'ascension de la montagne, en pleine tempête de neige, est difficile, et Napoléon montre l'exemple à ses troupes pour avancer sur ce genre de chemins : les soldats doivent se tenir par le bras dans chaque rang, lui-même se plaçant ainsi entre Duroc et Lannes. Une fois la montagne passée, la température remonte, mais la pluie transforme le chemin en fleuve de boue. Quant à l'armée anglo-espagnole, elle fait retraite en évitant le contact avec les Français137.

Le 1er janvier 1809, Napoléon est à Astorga, où il fait défiler les troupes de Soult et de Ney. Il fait également donner gîte et couvert à un millier de femmes et d'enfants anglais qui n'ont pas suivi l'armée de Moore. Rentrant à Benavente, il apprend les préparatifs de guerre de l'Autriche, et décide de rentrer en France pour y faire face. Emmenant avec lui Lannes, toujours convalescent, il le charge de prendre Saragosse, lui donnant le commandement des corps de Junot et de Mortier138.

Le(s) siège(s) de Saragosse

Article détaillé : Siège de Saragosse (1808).

Saragosse est l'une des premières villes à répondre à l'insurrection venue de Madrid. En juin 1808, le général de cavalerie Lefebvre-Desnouettes bat plusieurs fois l'armée aragonaise de Palafox, mais celle-ci se réfugie dans Saragosse. Le général du génie Lacoste, aide de camp de Napoléon, commence les préparatifs du siège, puis c'est le général Verdier, à la tête de sa division, qui prend le commandement le 26 juin. Même si le 4 août, la moitié de la ville est conquise, la résistance est forte, et le 7 août, le roi Joseph ordonne de lever le siège, lui-même évacuant Madrid, après la défaite de Bailén ; le jour suivant, Castaños arrive d'Andalousie avec 25 000 hommes, mais les Français sont déjà partis139.

La victoire de Tudela n'est pas suivi de l'effort nécessaire pour s'emparer de Saragosse : Ney et Moncey ne se retrouvent devant la capitale aragonaise que le 30 novembre, soit une semaine après la victoire de Lannes. Rappelant Ney pour son offensive vers l'ouest, Napoléon envoie à Moncey le 5e corps d'armée, commandé par Mortier, fraîchement arrivé en Espagne. Mais les Espagnols sont fortement retranchés, nombreux (31 000 soldats, 15 000 paysans, et autant de citadins), et parfaitement approvisionnés en munitions et en vivres ; ils sont également prêts à défendre la ville coûte que coûte140.

Article détaillé : Siège de Saragosse (1809).
Plan du siège de Saragosse de 1809.

Le 20 décembre, les troupes de Mortier et de Moncey s'établissent enfin devant Saragosse : le 3e corps et le 5e corps (l'ancien corps de Lannes, avec les divisions Suchet, Gazan et une brigade de cavalerie) comprennent environ 23 000 hommes chacun, le général Lacoste étant toujours à la tête du génie141. Le mont surplombant la ville est pris le 21, mais les faubourgs de la rive gauche résistent aux Français. Napoléon remplace alors Moncey par le général Junot, qui arrive le 29 décembre. L'Empereur précise les tâches de chacun : au 3e corps le soin d'attaquer, au 5e la couverture des assiégeants, en protégeant les arrières. Seule du 5e corps, la division Gazan reste devant le faubourg (Arrabal (es) en espagnol), sur la rive gauche, au nord de l'Èbre. Junot arrive le 29 décembre, et lance son attaque en trois points : le couvent Saint-Joseph à droite, le pont de la Huerva au centre, le château de l'Inquisition à gauche142. Seule une partie de ces objectifs sont atteints, la coordination entre les différents corps ayant du mal à se faire, compliquée par les attaques d'insurgés aragonais des alentours.

Le 22 janvier, Lannes arrive et prend les commandes de l'ensemble du siège, faisant entrer l'affrontement dans une nouvelle phase. Afin de mieux protéger les troupes du siège, il rapproche de la ville Mortier et Suchet, soustrayant un régiment à ce dernier pour renforcer l'assaut. Assignant à Wattier la surveillance des routes de Valence et de Tortosa, à Alcañiz, il s'installe lui-même au milieu des troupes. Il prévoit dans une lettre datée du 26 janvier d'être maître de la ville « dans deux jours », mais la progression parmi les couvents espagnols est assez lente, et Lannes se rend compte que la situation n'est pas aussi bonne que prévu143.

Il écrit le lendemain de l'attaque à Napoléon :

« Malgré tous les ordres que j'avais donnés pour empêcher que le soldat ne se lançât trop, on n'a pas pu être maître de son ardeur. C'est ce qui nous a donné 200 blessés de plus que nous devions avoir.[…] Le siège de Saragosse ne ressemble en rien à la guerre que nous avons faite jusqu'à présent. C'est un métier où il faut une grande prudence et une grande vigueur. Nous sommes obligés de prendre avec la mine ou d'assaut toutes les maisons. Ces malheureux s'y défendent avec un acharnement dont on ne peut se faire une idée144. »

Bien aidé par Lacoste, Lannes fait miner les cibles proches de ses soldats, afin de s'en emparer rapidement pour pouvoir correctement s'y barricader ; en réaction, les Espagnols entraînent les Français dans une guerre de rue145. L'infériorité numérique des assiégeants les expose à des tentatives de récupération des différents couvents occupés, mais Lannes donne un bon exemple de courage et de volonté à ses troupes, ce qui leur permet de tenir ; il essuie lui-même de temps en temps le feu ennemi, voire celui de ses propres soldats146.

Louis-François Lejeune, Épisode du siège de Saragosse : assaut du monastère de Santa Engracia, le 8 février 1809.

Suivant les ordres de Lannes, en contradiction avec ceux de l'Empereur, Mortier vient renforcer Gazan, tout en plaçant Suchet de manière à pouvoir être protégé des attaques du dehors, et être soutenu pour entrer dans la place. La maladie et la famine elles-mêmes entrent à Saragosse, augmentant les difficultés du siège147. Mais en une semaine, les Français atteignent le Coso (es), grande artère séparant en deux la ville, et le génie prépare le passage de l'autre côté.

Remettant alors la direction du siège à Junot, Lannes part le 13 février pour les hauteurs de Villamayor de Gállego, une forte position ; il y attend les armées ennemies, ainsi que les renforts promis par l'Empereur. Puis il retourne à Saragosse le 17 février pour y reprendre la direction des opérations. Le 20 février, la junte commandant la défense de la ville, à laquelle Palafox, malade, a transmis son autorité, décide la reddition de la place, bien convaincus par un bombardement intense de la rive droite et une percée décisive des Français148. La garnison ne compte plus que 13 000 hommes, qui sont emmenés prisonniers, tandis que la ville n'est apparemment plus peuplée que par 12 à 15 000 habitants selon Lannes149.

Lannes travaille ensuite à assainir Saragosse, traitant la population du mieux qu'il peut. Le 6 mars, un Te Deum est célébré par l'archevêque de Saragosse (es) dans Notre-Dame del Pilar, en présence de Lannes, de Mortier et de leurs états-majors au complet150. Lannes, exténué, attend impatiemment l'ordre qui lui permettra de retourner en France, laissant l'Aragon à Suchet. Le 26 mars, il part enfin, et rentre à Lectoure auprès de sa femme151.

Voilà le jugement que porte sur le siège le général Thoumas :

« Au point de vue militaire, ce siège doit être considéré comme une des principaux titres de gloire de l'armée française et de Lannes en particulier. Pour le juger il faut tenir compte de la grande infériorité numérique des assaillants, des difficultés qu'il éprouvait pour s'approvisionner de vivres et de munitions, de la constance avec laquelle ils supportèrent des privations et des fatigues inouïes, du courage qu'ils opposèrent pendant cinquante trois jours et cinquante trois nuits à des dangers continus. L'activité du maréchal Lannes, qui ne s'épargnait à aucun moment la peine et la fatigue, le sang-froid qu'il montra dans les dispositions les plus critiques, l'ardeur et la patience dont il donna l'exemple aux troupes, furent pour beaucoup dans le succès152. »

Concernant l'attitude de Lannes après la capitulation de la ville, le maréchal accepte, de la part des autorités de Saragosse, des cadeaux et peut-être de l'argent153. Thierry Lentz avance l'hypothèse que Lannes ait participé au pillage de la ville154, tandis que d'autres historiens pensent qu'il a seulement organisé des « contributions de guerre ».

Campagne d'Autriche

Article détaillé : Campagne d'Allemagne et d'Autriche (1809).

L'armée autrichienne envahit la Bavière le 8 avril 1809, et repousse les Bavarois sur Munich et Augsbourg. Arrivé à Donauworth le 13 avril, le maréchal Berthier prend le commandement de l'armée française, mais sous son commandement les affaires franco-bavaroises ne tournent pas bien. Le 16, les Autrichiens entrent à Munich, tandis que Davout se concentre à Ratisbonne avec l'armée du Rhin, Masséna faisant de même autour d'Augsbourg avec ses troupes ; l'armée bavaroise se place entre les deux corps d'armée français155.

Napoléon Ier a quitté Paris le 13, pour prendre le commandement de l'armée en Bavière, et enjoint Lannes de le retrouver au plus tôt. Moins d'un mois après être rentré d'Espagne, Lannes se retrouve donc le 19 avril auprès du souverain. À son arrivée, le maréchal doit recevoir le commandement du 2e corpsNote 6, composé du corps d'observation d'Oudinot (divisions Claparède et Tharreau), de la division Saint-Hilaire et de la brigade de cavalerie Colbert. Le 3e corps est sous les ordres de Davout, et le 4e sous ceux de Masséna ; l'armée bavaroise a pour chef le maréchal Lefebvre, et le général Vandamme commande aux Wurtembergeois. Mais au 19 avril, Davout a du mal à rejoindre l'Empereur, pressé par trois corps d'armée dirigés par l'archiduc Charles. Laissant derrière lui Ratisbonne aux mains d'un régiment de ligne sous les ordres du colonel Coutard, il bat à la bataille de Teugen-Hausen le corps de Rosenberg (de), tandis que le général de cavalerie Montbrun tient en échec à Dinzling le corps de Hohenzollern156.

Aussi la réorganisation des troupes napoléoniennes n'est pas encore faite : Napoléon ordonne à Lannes de prendre en charge les divisions Morand, Gudin et la brigade de cuirassiers de Saint-Sulpice. Ceci fait, Lannes engage aussitôt les rassemblements autrichiens, qu'il refoule au-delà d'Arnhoffen ; Lefebvre fait de même à Pfaffenhoffen avec ses Bavarois. Son armée reconcentrée, l'Empereur peut alors mettre son plan à exécution : tenter de couper l'armée autrichienne en deux. Le 20 avril, il lance ses opérations durant la bataille d'Abensberg157.

Carte de la bataille d'Abensberg.

Le corps de Davout tient en respect l'archiduc Charles à gauche, et Masséna fait de même avec le général Hiller à droite. Face à Napoléon se trouvent le corps du général Thierry et une partie de la cavalerie des corps de l'archiduc Louis et des généraux Hiller et Kienmayer. Du côté français, les troupes de Lannes, les Bavarois et les Wurtembergeois leur font face. Prenant le commandement direct des troupes alliées, il laisse Lannes à sa gauche couper les lignes de communication entre Thierry et l'archiduc Charles. Les soldats de Lannes avancent vivement sur Rohr, et fait prisonnière la majeure partie de l'infanterie de Thierry158.

Article détaillé : Bataille de Landshut (1809).

Napoléon a réussi à séparer les deux parties de l'armée d'Autriche, et durant la journée du 21 avril, repousse l'aile gauche autrichienne pour l'encercler près de Landshut, sur l'Isar : Davout et Lefebvre repoussant l'aile droite, Napoléon accompagné de Lannes, au centre, et Masséna (qui a traversé l'Isar à Moosburg) sur la rive droite complètent l'encerclement. Mais le corps de Masséna est plus lent que prévu, et Hiller arrive à sortir ses troupes de Landshut, bien que fortement poursuivis. L'archiduc Charles a alors perdu 40 à 45 000 hommes, mais le succès n'est pas encore complet159. La position de Davout face à Charles est d'ailleurs critique puisque proche de Ratisbonne, d'où Liechtenstein le menace. Napoléon, ne laissant derrière lui que Bessières avec deux divisions, se porte sur Eckmühl pour dégager Davout ; Lannes se voit attribuer la brigade de dragons de Nansouty, et part avec Vandamme et les Wurtembergeois en avant-garde. Arrivés aux avant-postes, Vandamme chasse les Autrichiens de leurs positions par son artillerie, tandis que Gudin les encercle par la gauche, Lannes et Morand prenant position au centre. Les Wurtembergeois s'emparent de la ville et du château, tandis que Davout fait prendre Unterlaichling160. En pleine nuit, sous la lune, les deux cavaleries s'affrontent, mais l'arrivée du corps de Kolowrat (de) arrête l'attaque. Suivant l'avis de Masséna, et contre celui de Lannes, Napoléon décide d'arrêter la progression de l'armée, alors fatiguée et peu encline à continuer le combat de nuit.

Si la bataille d'Eckmühl est un succès de plus, les Autrichiens perdant 6 000 tués ou blessés et 15 000 prisonniers, les Français ont de leur côté 1 200 morts et 4 000 blessés161. L'un des vieux compagnons de Lannes, son chef d'état-major le général Cervoni, est tué net par un boulet alors qu'il est en train de lui parler ; Lannes s'écrie « Heureuse mort ! », Cervoni n'ayant pas eu le temps de souffrir162.

Charles Thévenin, Attaque et prise de la ville de Ratisbonne par le maréchal Lannes le 23 avril 1809 (1810), château de Versailles.
Article détaillé : Bataille de Ratisbonne.

Les Autrichiens se replient sur Ratisbonne et tentent de passer sur la rive gauche du Danube, à l'aide d'un pont de bateaux. Lannes, apprenant l'existence de l'ouvrage, dirige dessus un feu d'artillerie, et la tête de pont tombe rapidement aux mains des Français. Six bataillons restent dans la ville et attendent l'assaut, tandis que le reste de l'armée autrichienne continue sa traversée163. Lannes, placé à droite de la ville, fait franchir les fossés à un régiment, et la porte de Straubing est enfoncée des deux côtés. Lannes atteint alors le centre de la ville, mais ne peut sans danger s'avancer sur le pont, et l'armée ennemie peut enfin terminer sa retraite164.

Vers Vienne

Napoléon décide de poursuivre l'archiduc Charles sur la route de Bohême, tout en essayant de lui couper la route de Vienne. Profitant de l'accalmie, le commandant en chef peut effectivement réorganiser l'armée comme prévu au départ de la campagne. Lannes retrouve la tête du 2e corps, la division Claparède (qui renforce le corps de Masséna) exceptée. Le 2e corps marche au centre de l'armée, se dirigeant vers Braunau ; Masséna forme la gauche, et Lefebvre et ses Bavarois la droite. Davout, chargé de la poursuite de Charles, suit pour l'instant l'armée en arrière-garde. Lannes recueille au passage les troupes de Bessières, malmenées par Hiller, et franchit l'Inn avec l'Empereur à Mühldorf, le 27 avril au soir ; la Salza est franchie le 30 à Burghausen165.

Les troupes de Lannes rencontrent plusieurs fois leurs homologues autrichiens : entre Altheim et Ried, les Français font 1 500 prisonniers ; à Wels, sur la Traun, Lannes fait réparer sous le feu ennemi le pont qu'il doit traverser, puis se dirige sur Steyr pour franchir l'Ens (de)166. À gauche, Masséna a rencontré Hiller à Ebersberg, et leur combat s'est changé en boucherie, les pertes étant de 4 500 Autrichiens et 2 800 Français167. Lannes quant à lui ne peut passer l'Ens que le 4 mai, et est devancé par Hiller au défilé d'Amstetten168. Il arrive le 7 mai à Melk, qui domine la rive droite du Danube, où Napoléon le rejoint pour diner.

Davout a été remplacé sur les arrières par Bernadotte et l'armée saxonne. Discutant avec l'Empereur de l'importance du camp autrichien placé sur la rive gauche (l'archiduc Charles est-il seul, ou Hiller l'a-t-il rejoint en passant par Mautern ?), Lannes suggère d'envoyer un de ses aides de camp pour reconnaitre l'ennemi. Accompagné d'un sergent et de dix grenadiers, Marbot doit ramasser quelques prisonniers ; la mission réussitNote 7, et Napoléon peut apprendre qu'Hiller a bien passé le fleuve169. Cela lui ouvre toute grande la route de Vienne, plus aucune troupe ne se trouvant sur son passage ; Bessières fait brûler le pont de Mautern pour s'assurer de l'impossibilité de retraverser le fleuve170. L'archiduc Charles ne peut rejoindre Vienne que pour la défendre de l'attaque des Français : le 10 mai, les faubourgs sont pris sans résistance, Napoléon prenant ses quartiers au château de Schönbrunn. Craignant d'être encerclé dans Vienne, l'archiduc Maximilien fait retraite par le pont du Tabor, qu'il brûle ensuite, laissant dans Vienne le général O'Reilly (en) pour signer la reddition. Celle-ci est ratifiée le 13 mai à deux heures du matin171.

Pour passer le Danube, les ponts de Vienne ayant été brûlés, l'île Lobau en aval s'impose compte tenu des circonstances. Forcés de construire un pont de bateaux, le premier corps à passer (le 4e de Masséna) ne traverse que le 21 mai, et les éléments qui débarquent trouve l'armée autrichienne entre Essling et Aspern, en retrait de ces villages172.

Essling

Article détaillé : Bataille d'Essling.
Jean-Charles Nicaise Perrin, Lannes à la tête de ses troupes à Essling.

Les éléments du corps de Masséna ayant débarqué s'établissent face aux Autrichiens : une division à gauche pour tenir Aspern, une division à droite pour Essling, le reste se trouvant au centre, défendant le pont flottant172.

Lannes, passé sur Lobau le 20 mai, reçoit pour ordre le 21 de défendre Essling avec les troupes de Masséna. Mais seuls 24 000 hommes d'infanterie et 5 000 de cavalerie sont passés, et font face à 80 000 Autrichiens173. Napoléon, qui a donné le commandement de l'aile droite à Lannes, lui adjoint également celui du centre, placé sous les ordres directs de Bessières. Même si Lannes et Bessières ne s'entendent pas, les injonctions de l'un sont suivies par l'autre, en dépit de quelques problèmes de susceptibilité du second174. Malgré la mort du général Espagne, blessé mortellement par un boulet, la cavalerie tient le choc, et le combat cesse à la nuit175. La mésentente entre Lannes et Bessières éclate alors devant Masséna, obligé de les séparer avant qu'ils n'en viennent à se battre176.

Lannes voit enfin son corps traverser le fleuve pendant la nuit. Il passe donc au centre, Bessières en seconde ligne avec la cavalerie, Masséna tenant Aspern et le général Boudet Essling, attendant les fusiliers de la garde impériale. L'armée française, après avoir défendu toute la journée précédente, passe enfin à l'offensive177. Afin de ralentir l'avance française, les Autrichiens endommagent fortement les pont de bateaux, Napoléon demandant alors à Lannes d'arrêter l'offensive, préférant lancer la retraite : le corps de Davout et les parcs pouvant alimenter l'artillerie, alors en manque de munitions, la bataille ne peut être gagnée178.

Felician Myrbach, L'Infanterie française dans les rues d'Essling (1906).
Felician Myrbach, Les Grenadiers autrichiens chargent le grenier fortifié d'Essling (1906).

La cavalerie autrichienne repasse alors à l'attaque ; après avoir attaqué Aspern et Essling, les Autrichiens reportent leur effort sur le centre. Lannes, bien soutenu par la cavalerie de Bessières, brise leur avancée ; la Jeune Garde reprend Essling. Lannes profite d'un moment de calme pour se promener en compagnie du général Pouzet, son ancien instructeur des volontaires du Gers ; celui-ci est tout d'un coup atteint par une balle, et meurt sur le coup179. Bouleversé, Lannes s'éloigne du cadavre et va alors s'asseoir sur une petite butte. Là, un petit boulet de trois livres venant d'Enzersdorf, après avoir ricoché, vient le frapper à l'endroit où ses genoux sont croisés.

Charles Meynier, Napoléon rendant visite aux blessés de Lobau, château de Versailles.
Paul-Émile Boutigny, Lannes blessé et amputé de la jambe.

Sa rotule gauche est brisée, les os sont fracassés, les ligaments, déchirés et les tendons, coupés. L'artère poplitée est rompue. Quant à la jambe droite, elle a le jarret déchiré. Transporté sur l'île Lobau, il y est, après un grand conciliabule entre les chirurgiensNote 8, amputé de la jambe gauche par Larrey. Souffrant de la soif sur l'île, qu'il ne peut quitter après une nouvelle rupture du pont, il ne voit pas la retraite sur Lobau de l'armée au complet, menée par Masséna. Dans la matinée du 23 mai, on transporte Lannes sur la rive droite du fleuve, l'installant dans une des maisons d'Ebersdorf. Durant quatre jours, l'état du maréchal paraît satisfaisant, et Lannes parle déjà de se faire fabriquer une jambe artificielle comme celle du général Palfi180. Mais dans la nuit du 27 au 28, Lannes est pris brutalement de fièvres et de délires. Son état s'aggrave et aucun des médecins présents, Larrey, Yvan, Paulet et Lannefranque, ne peut le sauver de la gangrène qui s'est déclarée. Le 29 mai, Napoléon, extrêmement affecté, restera une demi-heure au chevet de son ami, qu'il sait désormais condamné ; même le docteur Frank, sommité viennoise, ne peut que confirmer le pronostic. Jean Lannes meurt le 31 mai au matin, entre cinq et six heures. L'Empereur, prévenu, arrive peu après ; il déplore : « Quelle perte pour la France et pour moi181 ! »

Retour en France

Après le départ de Napoléon, Larrey et Yvan procèdent à l'embaumement, et le corps est rapatrié à Straubing. La maréchale, avertie de la blessure, prend la route avec son frère, mais apprend en cours de route la mort de son mari, et renonce au long voyage prévu pour se rendre à Paris182. Napoléon lui écrit :

« Ma cousine, le maréchal est mort ce matin des blessures qu'il a reçues sur le champ d'honneur. Ma peine égale la vôtre ; je perds le général le plus distingué de mes armées, mon compagnon d'armes depuis seize ans, celui que je considérais comme mon meilleur ami183. »

Premier maréchal de l'Empire frappé mortellement sur un champ de batailleNote 9, Jean Lannes est ramené à Strasbourg, où il reste jusqu'au 22 mai 1810. Se rendant à Braunau pour accueillir l'impératrice Marie-Louise, dont elle est demoiselle d'honneur, la duchesse de Montebello s'arrête à dans la capitale alsacienne pour y prier devant le cercueil. Le 22 mai 1810, jour anniversaire de la bataille d'Essling, le char qui porte le cercueil est amené dans la cathédrale, où, après l'office et le Requiem de Mozart, il est confié au détachement qui l'emmène à Paris184. Le cortège reçoit les honneurs de toutes les places qu'il traverse, et arrive à Paris le 2 juillet, et est transporté sous le dôme des Invalides, où est célébrée une messe. Les maréchaux SérurierNote 10, MonceyNote 11, Davout et Bessières veillent le catafalque, avec quatre invalides de combats où Lannes avait commandé.

Le 6 juillet 1810, jour anniversaire de la bataille de Wagram, le corps est inhumé au Panthéon. Le cortège comprend la cavalerie, commandée par le général Saint-Germain, puis l'infanterie, menée par le général Claparède, suivie de l'artillerie, sous les ordres du général d'Aboville ; fermant le cortège de la troupe, le général Andréossy commande le génie. Le général Hullin, gouverneur militaire de Paris, et les maréchaux présents alors suivent, précédant le cortège religieux et celui des dignitaires de l'Empire. Le cercueil de Saint-Hilaire, également placé aux Invalides sur un catafalque, est descendu après celui du maréchal dans les caveaux du Panthéon. C'est le maréchal Davout, désormais prince d'Eckmühl, qui lit le discours rendant hommage à Lannes185.

Sa veuve est faite dame d'honneur de l'Impératrice Marie-Louise, et refusera tout nouveau mariage. Elle fait le 22 juin 1818 don à la ville de Lectoure des bâtiments de l'ancien évêché, que Lannes avait racheté en 1790 comme bien national. Dans ces bâtiments s'installent la sous-préfecture, la mairie et le tribunal186.

Regards des contemporains

D'un naturel bouillant, s'emportant souvent facilement, Jean Lannes acquit peu à peu la patience et la maîtrise de sa volonté qui lui manquait pour faire d'un bon capitaine un grand général187. Habitué à un franc-parler, il n'acquit jamais les habitudes de cour que la distinction impériale pouvait exiger188, même devant l'Empereur lui-même189.

Napoléon déclare depuis Sainte-Hélène :

« Chez Lannes, le courage l'emportait d'abord sur l'esprit ; mais l'esprit montait chaque jour pour se mettre en équilibre ; je l'avais pris pygmée, je l'ai perdu géant.
Je perds le général le plus distingué de mes armées, celui que je considérais comme mon meilleur ami ; ses enfants auront toujours des droits particuliers à ma protection. »

— Las Cases

« Lannes, le plus brave de tous les hommes était assurément un des hommes au monde sur lesquels je pouvais le plus compter… L'esprit de Lannes avait grandi au niveau de son courage, il était devenu un géant.
Lannes, lorsque je le pris pour la première fois par la main, n'était qu'un ignàrantaccio. Son éducation avait été très-négligée ; néanmoins, il fit beaucoup de progrès, et, pour en juger, il suffit de dire qu'il aurait fait un général de première classe. Il avait une grande expérience pour la guerre; il s'était trouvé dans cinquante combats isolés, et à cent batailles plus ou moins importantes. C'était un homme d'une bravoure extraordinaire : calme au milieu du feu, il possédait un coup d'œil sûr et pénétrant, prompt à profiter de toutes les occasions qui se présentaient, violent et emporté dans ses expressions, quelquefois même en ma présence. Il m'était très-attaché. Dans ses accès de colère, il ne voulait permettre à personne de lui faire des observations, et même il n'était pas toujours prudent de lui parler, lorsqu'il était dans cet état de violence. Alors, il avait l'habitude de venir à moi, et de me dire qu'on ne pouvait se fier à telle et telle personne. Comme général il était infiniment au-dessus de Moreau et de Soult »

— O'Meara

Chaptal écrit dans Mes souvenirs sur Napoléon édité en 1893 :

« Deux ou trois généraux avaient conservé auprès de lui (Napoléon) une liberté de pensée et de conduite que les autres n'avaient pas. Le maréchal Lannes est néanmoins le seul qui ait gardé sa franchise et son indépendance. Passionné pour Napoléon, il n'a jamais souscrit aux caprices de son maître, il ne lui a jamais ni masqué ni caché sa manière de voir. Sur le champ de bataille comme à la Cour, il ne lui taisait aucune vérité. Aussi étaient-ils presque toujours brouillés, ou plutôt en bouderie ; car le raccommodement le plus entier s'opérait à la première vue, et le maréchal terminait presque toujours en disant avec humeur qu'il était bien à plaindre d'avoir pour cette catin une passion aussi malheureuse. L'Empereur riait de ces boutades, parce qu'il savait qu'au besoin, il trouverait toujours le maréchal ». »

Titres

  • 1er Duc de Montebello et de l'Empire (décret du 19 mars 1808, lettres patentes du 1er juin 1808, signées à Bayonne190,191) ;
  • Donataire
    • Pour un revenu de 327 820 fr. sur le duché de Varsovie (principauté de Sievers) ;
    • En Westphalie et en Hanovre (30 juin 1807 et 10 mars 1808191) ;

Distinctions

  • Sabre d'honneur après la bataille de Marengo (arrêté consulaire du 17 messidor an VIII)
  • Légion d'honneur (Drapeau de l'Empire français Empire français) :
    • Grand officier (25 prairial an XII (14 juin 1804), puis,
    • Grand aigle de la Légion d'honneur (13 pluviôse an XIII (2 février 1805),
    • Chef de la 9e cohorte ;
  • Commandant de l'ordre de la Couronne de fer (Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie) ;
  • Grand'croix de l'Ordre du Christ (Drapeau du Royaume du Portugal Royaume de Portugal) ;
  • Grand-croix de l'Ordre militaire de Saint-Henri (Drapeau du Royaume de Saxe Royaume de Saxe) ;
  • Chevalier de l'Ordre de Saint-André (Drapeau de l'Empire russe Empire russe)192,193.

Armoiries

Figure Blasonnement
Orn ext Maréchal-Duc de l'Empire GCLH.svg
Blason Jean Lannes (1769-1809).svg
Armes du duc de Montebello et de l'Empire

De sinople, à l'épée d'or en pal, la poignée en bas. Chef de duc.190,191,194.

Pour livrées 
cramoisi, or, verd ; cette dernière couleur dans les bordures seulement190.

Unions et descendance

Alors qu'il est chef de brigade à l'armée des Pyrénées orientales195, Jean Lannes épouse, le 29 ventôse an III (19 mars 1795), Catherine Jeanne Josèphe Barbe Polette Méric (née en 1773 - Perpignan), fille de Pierre, un riche banquier de Perpignan10.

Ce mariage est dissous par jugement du 18 mai 1800, confirmé par autre jugement définitif du 22 août suivant196, à la suite de la découverte de la non-annulation d'un précédent mariage de Polette Méric[réf. nécessaire].

Son fils, Jean-Claude (1er février10,Note 12 1799, Montauban - 1817), fut déclaré illégitime10. Malgré ces deux jugements, Jean-Claude revendiqua son droit d'aînesse et la pairie en 1815, 1816 et 1817 : mais il mourut pendant l'instance du procès au mois d'octobre de cette dernière année.

Lannes convole en secondes noces, le 15 septembre 1800 à Dornes (Nièvre), avec Louise de Guéhéneuc (1782-1856)

Hommages

Le 5 septembre 1819, le conseil municipal de Lectoure décide de l'érection d'un monument sur la place occupée par l'ancien hôtel de ville et l'ancienne halle. Ce Monument au maréchal Lannes est confié au sculpteur Jean-Pierre Cortot et inauguré le 25 mai 1834207.

Une autre statue de Jean Lannes se trouve dans la cour d'honneur du château de Versailles, à l'instar de Masséna, Mortier et Jourdan. En réalité, ces statues célébraient respectivement les généraux Lasalle, Saint-Hilaire, Colbert et Espagne. Leurs têtes furent remplacées par les têtes des maréchaux lorsque l'on déplaça les statues de ParisNote 15 à Versailles, pour les mettre à côté des statues de Du Guesclin, Bayard, Condé, Turenne, Sully, Suger et Duquesne208. Les statues n'ornent plus la cour d'honneur, mais un buste de Lannes, réalisé par François Masson, est placé dans la galerie des Batailles.

Une troisième statue de Lannes se trouve à Paris sur la face du palais du Louvre du côté de la rue de Rivoli, dans l'aile Rohan, avec ses anciens compagnons Kléber, Desaix et Masséna. Elle est l'œuvre de Vital Gabriel Dubray en 1857209.

Une quatrième statue par Charles Antoine Callamard ou Charles-René Laitié est érigée dans le parc du lycée militaire de Saint-Cyr, dont il est le parrain de la 180e promotion.

Le nom du maréchal Lannes est également placé sur le pilier est dans les noms gravés sous l'arc de triomphe de l'Étoile à Paris.

Enfin, dans les années 1920, le boulevard Lannes, l'un des boulevards des Maréchaux, est inauguré à Paris.

Notes et références

Notes

  1. « Mon cher ami, je sais que ta blessure va bien et qu'elle peut permettre de monter à cheval. J'ai besoin de toi ! »
  2. Les quatre autres étant commandées par les généraux Menou, Desaix, Reynier et Bon.
  3. Lannes se montra très reconnaissant envers le capitaine qui lui sauva la vie, notamment en le dotant personnellement pour lui permettre d'obtenir la main de sa fiancée (Thoumas 1891).
  4. Ronald Zins estime de manière assez convaincante qu'il est peu probable que ce rapport fut écrit par Lannes tant il contient d'inexactitudes et tant le maréchal était malade.
  5. Lannes reçoit aussi le renfort du capitaine Marbot, que lui envoie Augereau, dont le corps a été détruit lors de la bataille d'Eylau. L'officier est le fils du général Marbot qui a formé Lannes au camp de Toulouse, en 1793 ; aussi Lannes, par double reconnaissance du père de Marbot et de son ami Augereau, prend fortement soin de son nouvel aide de camp (Thoumas 1891).
  6. Il n'y a pas de 1er corps dans cette armée.
  7. À la suite de cette mission, Marbot est fait chef de bataillon (Thoumas 1891).
  8. Larrey se prononce pour l'amputation de la jambe gauche, un autre pour l'amputation des deux jambes ; Yvan s'oppose aux amputations, craignant que le temps, chaud et orageux, n'entraîne des conséquences funestes à l'opération (Thoumas 1891).
  9. Le seul qui eut le même destin est le maréchal Bessières, son rival, qui sera tué la veille de la bataille de Lutzen, le 1er mai 1813.
  10. Gouverneur des Invalides.
  11. Inspecteur général de la gendarmerie.
  12. Né alors que Lannes se trouvait éloigné de sa femme depuis deux années, du fait de la campagne d'Égypte, il fut déclaré adultérin par le jugement de divorce de ses parents. Voir « Jean-Claude Lannes » [archive], sur roglo.eu (consulté le 9 juin 2011)
  1. État-major du corps d'occupation en Italie (1863).
       

    Napoléon Camille Charles Jean Lannes (30 octobre 1835 - Pau † 30 novembre 1876 - Pau), 3e duc de Montebello (1874), officier de marine, lieutenant de vaisseau (vers 1860), chevalier de la Légion d'honneur (« Cote LH/1472/45 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture).

    Neveu du comte de Montebello, général de division commandant le Corps d'Armée de Rome, ce dernier l'a pris comme officier attaché à son état major. Il démissionnera de la marine en décembre 1866.

    À la mort de son père, il héritera du titre de duc de Montebello, mais pour peu de temps puisqu'il décède le 30 novembre 1876 (à 41 ans), laissant à son fils posthume l'héritage du titre.

    Ci-contre, l'état major du Corps d'armée : le lieutenant de vaisseau de Montebello est le 4e en partant de la droite (visage à moitié caché).

    Source 
    Napoléon Camille Charles Jean Lannes de Montebello, « Le corps d'occupation en Italie (1863) » [archive], sur www.military-photos.com (consulté le 11 juin 2011)
  2. Témoins : Gustave Lannes 1804-1875, baron de Montebello, Charles Lannes (1836-1922), duc de Montebello, Alfred de Mieulle (1805-1900), Maurice de Mieulle (1842-1915).
  3. Destinées au pont de la Concorde, et au nombre de huit, les statues des généraux de l'Empire morts au combat (Espagne, Saint-Hilaire, Cervoni, Hervo, Colbert, Ruffin, Lapisse et Lasalle) furent remplacées à la Restauration par des héros de l'Ancien régime. Mais le pont supportant mal les statues, les héros de la monarchie furent transférés au château de Versailles. Trop peu nombreux, on leur adjoint quatre des statues de l'Empire, mais on y plaça des têtes de maréchaux plutôt que celles de simples généraux (Thoumas 1891).

Références

  1. Thoumas 1891, p. 338
  2. a et b Thoumas 1891, p. 2
  3. Jasmin, Les Papillòtos, Le Maréchal Lannes
  4. a et b « Jean Lannes », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail de l’édition]
  5. Thoumas 1891, p. 4
  6. a et b Thoumas 1891, p. 5
  7. Thoumas 1891, p. 7
  8. Thoumas 1891, p. 8
  9. a, b et c Thoumas 1891, p. 9
  10. a, b, c et d Jean-Baptiste-Pierre Jullien de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France : des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du royaume et des maisons princières de l'Europe, précédée de la généalogie de la maison de France, vol. 7, L'auteur, 1826 (lire en ligne [archive])
  11. Zins 2009
  12. Thoumas 1891, p. 10
  13. Thoumas 1891, p. 12
  14. Thoumas 1891, p. 14
  15. Thoumas 1891, p. 16
  16. Thoumas 1891, p. 17
  17. Thoumas 1891, p. 19
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  19. a et b Thoumas 1891, p. 22
  20. Thoumas 1891, p. 23
  21. Thoumas 1891, p. 24
  22. Thoumas 1891, p. 25
  23. Thoumas 1891, p. 27
  24. Thoumas 1891, p. 28
  25. Damamme 1987, chap. 1 « La croissance du pygmée », p. 38-39
  26. Zins 1994, chap. 3 « Les vertes plaines d'Italie », p. 39, correspondance de Napoléon Ier, no 1196)
  27. Lannes 2002, p. 204, annexe no 1.
  28. Thoumas 1891, p. 29
  29. a et b Thoumas 1891, p. 30
  30. Thoumas 1891, p. 31
  31. Thoumas 1891, p. 33
  32. Thoumas 1891, p. 34
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  35. a, b et c Thoumas 1891, p. 42
  36. Thoumas 1891, p. 43
  37. Thoumas 1891, p. 45
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  39. a et b Thoumas 1891, p. 51
  40. Thoumas 1891, p. 57
  41. a et b Thoumas 1891, p. 58
  42. Thoumas 1891, p. 59
  43. Mémoires du duc de Raguse (Thoumas 1891).
  44. Thoumas 1891, p. 61
  45. Thoumas 1891, p. 65
  46. Thoumas 1891, p. 67
  47. Thoumas 1891, p. 68 à 70
  48. Thoumas 1891, p. 71 à 73
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  51. Thiers 1863, p. 422-423
  52. Zins 1994, chap. 5 : « Coup d'état et coup de maître », p. 79-80.
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  54. Coignet 1907, p. 73)
  55. Thiers 1863, p. 441
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  57. Thiers 1863, p. 440
  58. Thoumas 1891, p. 79
  59. Zins 1994, chap. 5 : « Coup d'état et coup de maître », p. 84
  60. Laffargue 1975, chap. « Deuxième campagne d'Italie », p. 125-126
  61. Général Bertrand, Cahier de Sainte-Hélène, Suliver, Paris, 1947 (tome 2, p. 211)
  62. Thoumas 1891, p. 82
  63. Thoumas 1891, p. 83
  64. a et b Thoumas 1891, p. 85
  65. Thoumas 1891, p. 84
  66. Thoumas 1891, p. 86
  67. Thoumas 1891, p. 87
  68. Thoumas 1891, p. 88
  69. Thoumas 1891, p. 363
  70. Thoumas 1891, p. 89
  71. Thoumas 1891, p. 90
  72. Thoumas 1891, p. 92-93
  73. Thoumas 1891, p. 93
  74. Thoumas 1891, p. 95
  75. Thoumas 1891, p. 96
  76. Thoumas 1891, p. 99
  77. Thoumas 1891, p. 101
  78. a et b Thoumas 1891, p. 104
  79. Thoumas 1891, p. 110-111
  80. Thoumas 1891, p. 112-114
  81. Thoumas 1891, p. 117
  82. a et b Thoumas 1891, p. 120
  83. Thoumas 1891, p. 132
  84. Thoumas 1891, p. 138
  85. Thoumas 1891, p. 141
  86. Thoumas 1891, p. 146
  87. Garnier 2000, p. 78
  88. Thoumas 1891, p. 149
  89. Thoumas 1891, p. 151
  90. Zins 1994, chap. 9 : « Lannes le grognard », p. 155, correspondance de Napoléon Ier, no 10982.
  91. Thoumas 1891, p. 152
  92. Thoumas 1891, p. 155
  93. Thoumas 1891, p. 159
  94. Thoumas 1891, p. 160
  95. Thoumas 1891, p. 163
  96. Thoumas 1891, p. 165
  97. Thoumas 1891, p. 167
  98. Thoumas 1891, p. 169
  99. Thoumas 1891, p. 170
  100. Thoumas 1891, p. 175
  101. Thoumas 1891, p. 176
  102. Thoumas 1891, p. 178
  103. Thoumas 1891, p. 181
  104. Thoumas 1891, p. 183
  105. Thoumas 1891, p. 184
  106. a et b Thoumas 1891, p. 185
  107. a, b et c Thoumas 1891, p. 189
  108. Thoumas 1891, p. 186
  109. Thoumas 1891, p. 187
  110. Laffargue 1975, chap. « Campagne de Pologne et de Prusse orientale », p. 221
  111. Thoumas 1891, p. 191
  112. Thoumas 1891, p. 196
  113. Thoumas 1891, p. 199-201
  114. Thoumas 1891, p. 204
  115. Thoumas 1891, p. 202
  116. Thoumas 1891, p. 203
  117. Thoumas 1891, p. 207
  118. Thoumas 1891, p. 210
  119. a et b Thoumas 1891, p. 212
  120. Zins 1994, chap. 10 : « Les premières lettres de noblesse », p. 198-199
  121. Thoumas 1891, p. 214
  122. Thoumas 1891, p. 216
  123. Lannes 2002, p. 223, annexe no 23
  124. Thoumas 1891, p. 217
  125. Thoumas 1891, p. 221
  126. « www.1789-1815.com » [archive] (consulté le 20 février 2011)
  127. Thoumas 1891, p. 222
  128. Thoumas 1891, p. 223
  129. Thoumas 1891, p. 224
  130. Thoumas 1891, p. 226
  131. Thoumas 1891, p. 228
  132. Thoumas 1891, p. 229
  133. Thoumas 1891, p. 230
  134. Thoumas 1891, p. 232
  135. Thoumas 1891, p. 234
  136. Thoumas 1891, p. 235
  137. Thoumas 1891, p. 238
  138. Thoumas 1891, p. 239
  139. Thoumas 1891, p. 242
  140. Thoumas 1891, p. 243
  141. Thoumas 1891, p. 246
  142. Thoumas 1891, p. 247
  143. Thoumas 1891, p. 249
  144. Thiers 1866, note 1, livre 32 : « Somo-Sierra », p. 101
  145. Thoumas 1891, p. 251
  146. Thoumas 1891, p. 252
  147. Thoumas 1891, p. 254
  148. Thoumas 1891, p. 261
  149. Thoumas 1891, p. 265
  150. Thoumas 1891, p. 267
  151. Thoumas 1891, p. 270
  152. Thoumas 1891, chap. 7, « Saragosse et Tudela », p. 269
  153. Thoumas 1891, p. 268
  154. Lentz 2002, note 2, chap. 18 : « Les avertissements de 1809 », p. 452.
  155. Thoumas 1891, p. 278
  156. Thoumas 1891, p. 280
  157. Thoumas 1891, p. 281
  158. Thoumas 1891, p. 282
  159. Thoumas 1891, p. 285
  160. Thoumas 1891, p. 286
  161. Thoumas 1891, p. 287
  162. Thoumas 1891, p. 288
  163. Thoumas 1891, p. 289
  164. Thoumas 1891, p. 293
  165. Thoumas 1891, p. 295
  166. Thoumas 1891, p. 296
  167. Thoumas 1891, p. 297
  168. Thoumas 1891, p. 298
  169. Thoumas 1891, p. 302
  170. Thoumas 1891, p. 304
  171. Thoumas 1891, p. 305
  172. a et b Thoumas 1891, p. 309
  173. Thoumas 1891, p. 310
  174. Thoumas 1891, p. 311-312
  175. Thoumas 1891, p. 312
  176. Thoumas 1891, p. 313-314
  177. Thoumas 1891, p. 315
  178. Thoumas 1891, p. 317
  179. Thoumas 1891, p. 319
  180. Thoumas 1891, p. 324
  181. Thoumas 1891, p. 326
  182. Thoumas 1891, p. 328
  183. Thoumas 1891, p. 330-331
  184. Thoumas 1891, p. 333
  185. Thoumas 1891, p. 336-337
  186. Thoumas 1891, p. 340
  187. Thoumas 1891, p. 348
  188. Thoumas 1891, p. 349
  189. Thoumas 1891, p. 350
  190. a, b et c « BB/29/1035 » [archive], Titre de duc de Montebello accordé par décret du 19 mars 1808, à Jean Lannes. Bayonne (1er juin 1808)., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 4 juin 2011), p. 16-17
  191. a, b et c Albert Révérend, Armorial du Premier Empire : titres, majorats et armoiries concédés par Napoléon Ier, vol. 3, Paris, (4 vol. in 2) Au bureau de L'Annuaire de la noblesse, 1894 (lire en ligne [archive])
  192. Eduard Maria Oettinger, Bibliographie biographique : ou Dictionnaire de 26 000 ouvrages, tant anciens que modernes, relatif à l'histoire de la vie publique et privée des hommes célèbres de tous les temps et de toutes les nations, depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, Chez Guillaume Engelmann, 1850, 788 p. (lire en ligne [archive])
  193. « Cote LH/1472/39 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  194. Nicolas Roret, Nouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc…, Encyclopédie Roret, 1854, 340 p. (lire en ligne [archive])
  195. AD PO - PERPIGNAN (après 1793) en pages 205-206 [archive]
  196. André F. Borel d'Hauterive et Albert Révérend, Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe, vol. 7, Champion (lire en ligne [archive])
  197. « Cote LH/1472/45 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  198. a et b Thoumas 1891, p. 339
  199. a, b et c « The title of prince of Sievers, used since the 5th duke, is derived from an estate in the land endowment of Jean Lannes ». (en) François Velde, « Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) » [archive], Lay Peers, sur www.heraldica.org, 27 septembre 2005 (consulté le 25 mai 2011)
  200. « Cote LH/1472/37 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  201. « Cote LH/1472/43 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  202. « Cote 19800035/1366/57969 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  203. « Cote LH/1472/40 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  204. « Cote LH/1472/41 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  205. « Jean de Montebello » [archive], L'Artiste, sur www.portait-montebello.com (consulté le 16 juin 2011)
  206. « Jean JHF LANNES DE MONTEBELLO » [archive], sur gw1.geneanet.org (consulté le 16 juin 2011)
  207. Thoumas 1891, p. 341
  208. Thoumas 1891, p. 342-343
  209. Thoumas 1891, p. 344
  210. « Maréchal Lannes » [archive], notice du CDOA.

Annexes

Sources et bibliographie

  • Les papiers de la famille de Montebello sont conservés aux Archives nationales sous la cote 461AP Archives nationales.
  • Dominique Larrey, Mémoires de chirurgie militaire, et campagnes de D. J. Larrey, J. Smith, 1812
  • Adolphe Thiers, Histoire du Consulat et l'Empire faisant suite à l'Histoire de la Révolution française, Paris, Paulin
  • Général Charles Thoumas, Le maréchal Lannes, Paris, éditions Calmann-Lévy, 1891, 388 p. (lire en ligne [archive])
  • Jean-Baptiste Marbot, Mémoires du général Baron de Marbot, Paris, Plon, 1892
  • Jean Roch Coignet, Les cahiers du capitaine Coignet, Paris, Hachette, 1907
  • Louis Mathieu Poussereau (préf. Achille Millien), Histoire du Maréchal Jean Lannes, duc de Montebello, éd. G. Vallière, 1910, 427.p. p.
  • Henri Houssaye, Iéna et la campagne de 1806, Paris, éditions Perrin, 1912 (lire en ligne [archive])
  • André Laffargue, Jean Lannes, Maréchal de France, duc de Montebello, Auch, imp. Th. Bouquet, 1975
  • Ronald Zins, Le Maréchal Lannes, Éditions Horace Cardon, 2009 (1re éd. 1994), 528 p.
  • Jean-Claude Damamme, Lannes : Maréchal d'Empire, Paris, Payot, 1987 (ISBN 2-228-14300-6)
  • Didier Audinot, Histoires effrayantes de l'histoire de France, éditions Grancher, « « L'épouvantable momie impériale » »
  • Jacques Garnier, Napoléon, de l'histoire à la légende, Paris, 2000, « Iéna, une victoire exemplaire »
  • Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, t. 1 : Napoléon et la conquête de l'Europe, Paris, éditions Fayard, 2002
  • Charles Lannes, Le maréchal Lannes, duc de Montebello, Paris, 2002

Iconographie

François Gérard, Le Maréchal Jean Lannes, localisation inconnue
  • François Gérard, Le Maréchal Jean Lannes, huile sur toile, localisation inconnue ;
  • Jean-Baptiste Paulin-Guérin (1783-1855), Jean Lannes, sous-lieutenant au 2e bataillon du Gers en 1792, huile sur toile, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon ;
  • Jean-Charles Nicaise Perrin, Jean Lannes, duc de Montebello, maréchal de France, vers 1805-1810, huile sur toile, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon ;
  • Jean-Charles Nicaise Perrin, Lannes à la tête de ses troupes à Essling, huile sur toile, localisation inconnue ;
  • Henri Lemaire, Le Maréchal Lannes, duc de Montebello, vers 1844, buste, localisation inconnue.

Liens externes

 

 

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05 février 2020

Tardieu Jacques-Nicolas

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Jacques-Nicolas Tardieu


Jacques-Nicolas Tardieu

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La Magdeleine pénitente, gravure de Tardieu d’après Paolo Pagani, v. 1750, Dresde, Galerie des vieux maitres de Dresde.

Naissance
2 septembre 1716
Paris
Décès
9 juillet 1791 (à 74 ans)
Paris
Activité
Graveur
Père
Nicolas-Henri Tardieu
Mère
Marie-Anne Tardieu
Conjoint
Élisabeth-Claire Tardieu
Enfant
Jean-Charles Tardieu

Jacques

Fils de Marie-Anne Tardieu et de Nicolas-Henri Tardieu, élève de son père, il fut reçu à l’Académie le 24 octobre 1749, sur les portraits gravés de Bon Boullogne (d’après Allou) et de -Nicolas Tardieu, né le 2 septembre 1716 à Paris où il est mort le 9 juillet 1791, est un graveur français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Œuvres
  • 3 Annexes
    • 3.1 Bibliographie
    • 3.2 Liens externes

Biographie

Le Lorrain (d’après Nonnotte), chalcographie du Louvre; graveur du roi et de S. A. S. l’électeur de Cologne. Cet artiste a gravé un grand nombre de portraits parmi lesquels on cite surtout le Portrait de Marie-Antoinette, d’après Nattier.

La Convention nationale lui passe commande de la gravure d'assignats en 1790 et 1791.

Il fut marié à deux graveuses, Louise-Françoise Duvivier, fille de Jean Duvivier, puis Élisabeth-Claire Tournay.

Œuvres

  • Le Paralytique guéri près de la piscine, d’après le tableau peint par Restout, Arras, Musée des beaux-arts, 1743 (inv. D 926 17) ;
  • La Sainte Famille, d’après Christophe ;
  • Constantin qui se fait apporter l’étendard où était travaillé le signe qu’il avait vu dans le ciel ;
  • L’Éloquence, allégorie, d’après de La Joue, 1745 ;
  • Une vignette des armes du roi, avec des anges pour supports, d’après le dessin de M. Boucher ;
  • Portrait du président Jeannin, ministre d’État sous Henri IV ;
  • Portrait du maréchal Dubourg, d’après M. de Leyn;
  • Portrait de M. Belle, peintre du roi, d’après le tableau peint par lui-même ;
  • Portrait de M. Tardieu, le père, graveur du roi, d’après Van Loo l’ainé ;
  • Vignette représentant le portrait du roi, d’après un jeton de M. Duvivier, 1746 ;
  • Portail de l’église de Saint-Sulpice (pour la description de la dédicace de cette église) ;
  • Portrait de feu Mgr le Dauphin duc de Bourgogne, d’après Rigaud ;
  • Portrait de feu M. l’abbé de Rothelin, d’après Coypel ;
  • Portrait de l’archevêque électeur de Cologne, 1748 ;
  • Portrait de M. le duc de Sully, auteur des Mémoires sur l’histoire d’Henri IV ;
  • Portrait de M. de Boccage, d’après le tableau de Marianne Loir ;
  • Docteur alchimiste, d’après D. Teniers ;
  • Deux tableaux représentant différents costumes des peuples orientaux ;
  • Deux tableaux représentant des animaux, d’après les dessins de Cochin fils ;
  • Portrait de feu M. de Boullongne, d’après Allou, 1750 ;
  • Portrait de M. Le Lorrain, d’après Nonotte ;
  • La Colère d’Achille ;
  • Adieu d’Hector et d’Andromaque, sujets tirés de l’Iliade d’Homère), d’après les tableaux de Coypel ;
  • Les Misères de la guerre ;
  • Le Déjeuner flamand (dont le tableau est connu en Flandre sons le nom de La Dévote de Teniers), d’après David Teniers.
  • L’Apparition de Notre-Seigneur d la Sainte Vierge, estampe gravée, d’après le Guide (tirée de la galerie royale de Dresde), 1753 ;
  • Portrait de la reine, d’après le tableau de Nattier, 1755
  • La Magdeleine pénitente, d’après Paolo Pagani, (de la galerie royale de Dresde), 1757
  • Portrait de feu Mme Henriette de France, d’après Nattier, 1759 ;
  • Portrait de M. Lullin, ministre de Genève ;
  • Portrait de Mgr l’archevêque de Bordeaux, d’après Restout, 1765 ;
  • Portrait de M. le prince de Gallitzin, ministre plénipotentiaire en France de la Cour de Russie, d’après Drouais ;
  • Portrait de M. d’Etemare, d’après Belle, 1775 ;
  • Portrait de Mlle de La Font ;
  • Portrait de M. l’abbé Gourdin, 1777.

Annexes

Bibliographie

  • Archives de l’art français, documents, « notice sur N. H. Tardieu », t. IV, p. 56-60.
  • Catalogue des estampes qui se vendent chez Tardieu, graveur du roy, rue Saint-Jacques, près celle des Noyers à Paris, 1746, in-4° de pages ;
  • Émile Bellier de La Chavignerie, Louis Auvray, Dictionnaire général des artistes de l’école française depuis l’origine des arts du dessin jusqu’à nos jours, t. 2, Paris, Renouard, 1885, p. 543.
  • Les Archives de l’Art français, documents, t. IV, p. 62-65.

Liens externes

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04 février 2020

Laharpe Amédée Emmanuel François

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Amédée Emmanuel François Laharpe

 

Amédée Emmanuel François Laharpe

250px-Amédé_emmanuel_François_Laharpe

 
Buste par Félix Lecomte ; Galerie des batailles du château de Versailles

Naissance 17 octobre 1754
Rolle (Vaud), Suisse
Décès 10 mai 1796 (à 41 ans)
Codogno, Italie
Mort au combat
Origine Drapeau de la Suisse Suisse
Allégeance Drapeau de Berne Berne
Drapeau de la France France
Arme Infanterie
Grade Général de division
Années de service 1791-1796
Conflits Guerre du Roussillon
Campagne d'Italie
Faits d'armes Prise du Fort Faron lors du siège de Toulon (1793)
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile, 24e colonne.

Amédée Emmanuel François Laharpe (avant la Révolution « Amédée de la Harpe ») né le 17 octobre 1754 près de Rolle dans le Pays de Vaud, mort au combat le 10 mai 1796, est un patriote et militaire d'origine suisse qui sert comme général dans l'armée d'Italie sous les ordres de Bonaparte.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Sous l'Ancien Régime et la Révolution
    • 1.2 Carrière militaire et mort
  • 2 Famille
  • 3 Pièce commémoratives
  • 4 Voir aussi
    • 4.1 Bibliographie
    • 4.2 Liens externes

Biographie

Sous l'Ancien Régime et la Révolution

Son père Louis-Philippe de la Harpe demande au Sénat de Berne d'être reconnu comme seigneur de Yens. En 1768, il fait, en compagnie de son cousin Frédéric-César, des études à l'institut fondé par Martin von Planta (de) à Haldenstein où régne l'esprit nouveau. Il sert quelque temps dans un régiment mercenaire en Hollande. De retour au Pays de Vaud, il prend le commandement d'une compagnie de milices. À la suite des événements du 4 août 1789 abolissant en France les privilèges, lui, le seigneur des Uttins, renonce à tous ses droits, à toutes les prestations, et cela sans indemnités. Il est l'un des principaux organisateurs de ces grands banquets de la liberté qui se sont tenus sous divers prétextes pour contourner l'interdiction de débats publics promulguée par Berne. Le 14 juillet 1791 il préside le Banquet de Rolle, où les participants fêtent la prise de la Bastille. Cela déplait à Berne qui envoie 4 000 hommes dans le Pays de Vaud. Amédée de la Harpe s'enfuit alors et s'engage dans l'armée française.

Carrière militaire et mort

En 1792 il est condamné par contumace à la peine de mort par Leurs Excellences de Berne qui confisquent ses biens. Son cousin Frédéric-César de La Harpe obtient, grâce au gouvernement français, l'annulation de sa condamnation à mort et sa réhabilitation par les autorités de Berne, mais ses propriétés ont été vendues et sa veuve et ses six enfants restent démunis. Promu chef de brigade le 17 décembre 1793.

Au siège de Toulon il prend le fort Pharon qui oblige la ville à capituler. Le 20 décembre 1793 il est nommé général de brigade. Le 16 août 1795, il passe général de division et fait la campagne d'Italie sous les ordres de Bonaparte. Il meurt le 10 mai 1796, à Codogno en Lombardie, tué par méprise dans l'obscurité, au sein même de son escorte, par les troupes françaises.

« Ce général était Suisse. Sa haine contre le gouvernement de Berne lui ayant attiré des persécutions, il s'était réfugié en France. C'était un officier d'une bravoure distinguée. Grenadier par la taille et par le cœur ; conduisant avec intelligence ses troupes dont il était fort aimé, quoique d'un caractère inquiet. »

« La République perd un homme qui lui était très-attaché ; l'armée un de ses meilleurs généraux, et tous les soldats un camarade aussi intrépide que sévère pour la discipline. »

— Dépêche de Napoléon Bonaparte au Directoire

Famille

  • Le cousin Frédéric-César de La Harpe, patriote vaudois et précepteur du tsar Alexandre Ier de Russie.

Pièce commémoratives

  • Son nom est inscrit sur l'Arc de Triomphe de l'Étoile à Paris
  • Son buste se trouve à Versailles dans la salle des maréchaux.

Voir aussi

Bibliographie

  • Eugène Secretan, Le Général Amédée de la Harpe, Esquisse biographique, Paris, Chevalier-Marescq, 1898
  • « Amédée Emmanuel François Laharpe », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail de l’édition]

Liens externes

  • Notices d'autorité

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André Louis

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Louis André (général)

 


Officier général francais 3 etoiles.svg Louis André

Chromo_général_André


Portrait du général Louis André
(chromolithographie publicitaire, s.d.).

Naissance 28 mars 1838
Nuits-Saint-Georges
Décès 18 mars 1913 (à 75 ans)
Dijon
Origine Drapeau de la France France
Arme Artillerie
Grade Général de division
Années de service 1857-1903
Conflits Guerre de 1870
Commandement 10e Division d'Infanterie
Distinctions Legion Honneur Commandeur ribbon.svg
Commandeur de la Légion d'honneur
Medaille militaire ribbon.svg
Médaille militaire
Médaille Commémorative de la Guerre 70-71
Autres fonctions Ministre de la Guerre

Louis Joseph Nicolas André, né à Nuits-Saint-Georges le 28 mars 1838 et mort à Dijon le 18 mars 1913, est un général français et un ministre de la Guerre (mai 1900-novembre 1904) de la IIIe République. Réputé dans les milieux scientifiques, brillant artilleur, il mena de profondes réformes dans l'armée, et œuvra pour la reconnaissance de l'innocence du capitaine Dreyfus, finalement décidée par la Cour de cassation en juillet 1906. Il fut contraint à la démission à la suite de l'affaire des fiches, système de renseignements politiques destiné à favoriser la promotion des officiers républicains dans l'armée française au début du XXe siècle.

Sommaire

  • 1 Origines
  • 2 Carrière
  • 3 Chute et retrait de la vie publique
  • 4 Grades[2]
  • 5 Décorations
  • 6 Notes et références
  • 7 Voir aussi
    • 7.1 Articles connexes
    • 7.2 Bibliographie
    • 7.3 Liens externes

Origines

Louis, Joseph, Nicolas, ANDRÉ est né à Nuits-Saint-Georges (Côte-d'Or), sous la Monarchie de Juillet, dans une famille fortunée, très pieuse (cinq de ses cousins germains étaient dans les ordres) et orléaniste du célèbre vignoble. Louis André adhère cependant au positivisme sous le Second Empire. Il devient à la même époque républicain sous l'influence d'un cousin germain de sa mère, Eugène Carion, avec qui il restera toujours très lié.

Carrière

Lors des Grandes manœuvres de l'est en 1901 le général André accueille Nicolas II dans le cadre de l'Alliance franco-russe.

Louis André entre à l'École polytechnique en 1857 et poursuit sa formation militaire à l'École d'application de l'artillerie et du génie de Metz, dont il sortira 1er en 1861. Lieutenant au régiment d'artillerie à cheval de la Garde impériale, il est nommé capitaine en 1867 et entre à l'état-major particulier de l'artillerie en tant que chef d'escadron en 1877. Colonel en 1888, il est nommé général de brigade et commandant de l'École polytechnique en 1893.

En garnison au Mans de 1897 à 1899, poste auquel il avait été appelé par le général Mercier, qui dirigeait alors, dans cette ville, le 4e corps d'armée, il va se séparer de ce dernier, avec qui il était très lié, à propos de l'affaire Dreyfus. C'est en effet au Mans que le général André a été convaincu que Mercier, lorsqu'il était ministre de la Guerre, avait fait condamner en 1894 le capitaine Dreyfus au vu d'un dossier secret qui n'avait été communiqué ni au capitaine, ni à son défenseur. Et c'est au Mans que Louis André deviendra un partisan de la vérité dans l'Affaire (alors qu'il était, dira-t-il, "comme tout le monde, ou peu s'en faut, un antidreyfusard de la première heure"), à la suite du fameux "discours sur Byzance" prononcé par le général Mercier, suivi d'une manifestation aux relents antisémites de jeunes officiers de la garnison

Louis André a été noté par le général Auguste Mercier en 1897 comme ayant « rempli, dans sa carrière militaire, des fonctions très diverses, dans lesquelles il a toujours fait preuve d’une intelligence et d’une instruction remarquables ainsi que de grandes qualités de commandement. » Ces qualités militaires le font respecter même si un abord peu commode le dessert parfois. Le capitaine Mollin, qui collectera les "fiches" affirme que « le général André n’est pas toujours très agréable, surtout pour les personnes de son entourage immédiat ; il est l'ennemi des faveurs et des passe-droits. Son caractère a quelque chose de rêche et de dur, bien qu'au fond il semble porté à la bonté et compatissant aux petits. »

En grande tenue.

Cet homme grand et maigre, était certes, malgré son passage dans la Garde impériale, républicain dès le Second Empire, mais il ne le manifestera publiquement, chose alors très rare dans l'armée, que lors des cérémonies du Centenaire de l'École polytechnique, en 1894. Il avait été nommé commandant de l'École à la fin de 1893, Sadi Carnot, son condisciple de Polytechnique, étant alors président de la République. Louis André n'a jamais appartenu à la franc-maçonnerie, contrairement à une opinion fort répandue. Il était positiviste et libre penseur, disciple d'Émile Littré. Pour Émile Mayer, c’est « l’amitié de Sadi Carnot, président de la République, pour son camarade de promotion Louis André […] » qui explique l’accession au généralat de cet officier. Mais Louis André était, et depuis fort longtemps, un artilleur réputé dans l'armée : c'est lui qui avait mis au point les méthodes de pointage du fameux canon lourd de campagne en acier De Bange, alors qu'il était directeur du cours pratique de tir d'artillerie à Bourges (1881-1886), où passaient tous les capitaines de cette arme avant de revenir dans leurs régiments pour diffuser leur savoir ; lieutenant-colonel, il présidait (1886-1888) la Commission d'expériences de Bourges lors de la mise au point des projectiles chargés en mélinite. Sa promotion au grade de général, même un peu tardive (il allait avoir 56 ans) est donc logique. C'est plutôt sa nomination comme commandant de l'École polytechnique qu'il doit à Sadi Carnot. Louis André prononcera d'ailleurs l'un des discours au Panthéon lors des obsèques du président de la République assassiné à Lyon en 1894.

Le général André est nommé ministre de la Guerre par Waldeck-Rousseau, président du Conseil, le 28 mai 1900, en remplacement du général de Galliffet, démissionnaire. C'était en pleine affaire Dreyfus, quelques mois après le verdict de Rennes qui avait de nouveau condamné le capitaine, mais avec circonstances atténuantes, décision absolument incompréhensible s'agissant d'une accusation de trahison. En accord avec le président du Conseil, il va s'attacher à rétablir la discipline dans l'armée où nombre d'officiers avaient pris position publiquement contre Dreyfus. Son premier acte sera de décider du remplacement de trois responsables de bureaux à l'état-major, ce qui va déclencher une vive réaction des généraux Jamont, vice-président du Conseil supérieur de la guerre, et Delanne, chef d'état-major de l'armée qui l'accuseront de « désorganiser l'armée ». Devant cette manifestation publique de désaccord, le général André va mettre immédiatement fin aux fonctions de ces deux généraux (4 juillet 1900) qui occupaient alors les deux principaux postes de l'armée. Cette décision va montrer que tous les actes d'indiscipline, y compris dans les plus hauts grades, seraient désormais sanctionnés sans faiblesse, et qu'il conviendrait maintenant d'obéir au ministre. Il déclarera ce jour-là à la Chambre des députés : "Soyez certains, Messieurs, que la tâche que je me suis imposée est de maintenir à tous les degrés de l'échelle, et de rétablir, s'il en était besoin, la discipline militaire la plus absolue."

À sa nomination rue Saint-Dominique, Louis André disposait de deux listes d'officiers qu'il avait lui-même constituées, pour classer les officiers : « Corinthe » et « Carthage ». La première désignait les républicains (« non licet omnibus adire Corinthum. », « Il n’est pas permis à tous d’aller à Corinthe »), la seconde les réactionnaires, en référence au mot de Caton l'Ancien, « delenda est Carthago. » (« Il faut détruire Carthage. »). Il explique ses raisons à son camarade Émile Mayer : « Avant l’affaire Dreyfus, l’origine de mes subordonnés, tout comme celle de mes camarades, m’était indifférente, et aussi leurs croyances, leurs doctrines philosophiques ou le parti auquel ils pouvaient appartenir. Mais tout est changé aujourd’hui : le pacte est rompu. Je suis appelé à accomplir une œuvre déterminée ayant pour objet d’introduire dans l’armée des mœurs nouvelles, de changer sa mentalité. »

Le général André, ministre de la Guerre de 1900 à 1904, a cependant fait preuve d'une grande continuité dans les nominations au sein du haut commandement, et il s'est toujours appuyé sur les généraux pour mener son action de réforme, contrairement à son collègue chargé de la Marine, Camille Pelletan, qui ignorera les amiraux de l'état-major. Toutes les réformes menées par lui dans l'armée, qu'il sera toujours et violemment accusé de "désorganiser", ne seront jamais remises en cause par ses successeurs : suppression de la dot des femmes d'officiers au moment de leur mariage ; fin des commissions de classement qui, composées uniquement de généraux, décidaient souverainement des promotions des officiers ; suppression des "inspections générales" dans les corps d'armée puisque, pour Louis André, l'inspecteur général des troupes ne peut être que celui qui les commande ; rattachement des régiments d'artillerie aux divisions d'infanterie, en lieu et place des corps d'armée, afin de favoriser la liaison de l'infanterie et de l'artillerie sur le champ de bataille ; amélioration de la santé dans l'armée ; réforme et libéralisation des établissements pénitentiaires ; port de la tenue bourgeoise en dehors du service ; fixation de la revue du 14 juillet le matin au lieu de l'après-midi, afin d'éviter les insolations ; importance du rôle social des officiers, comme le recommandait Lyautey, que Louis André appréciait puisqu'il le fera passer général de brigade à 49 ans en octobre 1903, après seulement deux ans et demi dans le grade de colonel, et qu'il l'affectera à la subdivision d'Aïn Sefra. Le général André était à la fois un partisan de la colonisation et d'une armée forte face à l'Allemagne (discours au lycée du Mans de juillet 1897), préfigurant ainsi la position que prendra Delcassé lorsqu'il sera ministre des Affaires étrangères de 1898 à 1905. C'est sous son ministère que les camps du Larzac, de Mailly et de la Courtine sont ouverts, celui de Sissonne faisant, lui, l'objet d'un agrandissement.

Le général André va décider, en octobre 1904, que le 155 Rimailho en acier serait le nouveau canon lourd de campagne (en remplacement du 120), mais il ne sera pas fabriqué en nombre par ses successeurs. Il portera à 3000 le nombre de canons de 75 que son prédécesseur, Galliffet, avait décidé de faire fabriquer à 2000 exemplaires. Rappelons qu'au début de la Grande Guerre, en 1914, l'armée française disposait de 3675 canons de 75, chiffre dû, pour l'essentiel, au général Galliffet et au général André.

C'est surtout en mettant un terme à l'affaire Dreyfus dans l'armée que le général André a fait preuve d'une très grande détermination et d'un très grand courage. Répondant à un fameux discours de Jean Jaurès à la Chambre des députés (6 et 7 avril 1903), tout en affirmant qu'il ne pouvait que respecter le verdict de Rennes, au nom de la "chose jugée", le ministre va cependant accepter de mener, au sein du ministère de la Guerre, une "enquête personnelle" pour savoir dans quelles conditions, et sur quelles pièces, Alfred Dreyfus avait été condamné à la déportation à perpétuité en décembre 1894. Aidé de son officier d'ordonnance, le capitaine Antoine Targe, il va découvrir en quelques semaines que Dreyfus avait été condamné au vu de pièces inventées ou falsifiées, et que des documents favorables à l'accusé n'avaient pas été fournis au conseil de guerre. Il démontrera aussi que les "aveux" de sa culpabilité qu'aurait faits le capitaine Dreyfus le jour de sa dégradation (5 janvier 1895), avaient été purement et simplement inventés par l'officier qui commandait, ce jour-là, le détachement de la Garde républicaine chargé de veiller sur le condamné, ces "aveux" étant validés par écrit avec la signature du général Gonse, sous-chef d'état-major de l'armée. Fort de ces découvertes, le général André va demander et obtenir, avec quelques difficultés, du gouvernement Combes, que ces éléments nouveaux soient transmis à la Cour de cassation. Pour lui, l'honneur de l'armée nécessitait qu'elle reconnaisse ses erreurs dans l'Affaire. La Cour de cassation, après une enquête complète et rigoureuse de plus de deux ans, va définitivement innocenter le capitaine Dreyfus le 12 juillet 1906.

Chute et retrait de la vie publique

Article détaillé : Affaire des fiches (France).
Le général André caricaturé avec le ministre de la Marine, Camille Pelletan.

Pierre Waldeck-Rousseau, en nommant Louis André au ministère de la Guerre en mai 1900, lui a donné pour tâche de « rapprocher le corps des officiers de la nation républicaine. » Le ministre va alors s'efforcer de favoriser la promotion des officiers républicains qui auraient été retardés dans leur avancement par les "commissions de classement" (ce fait, s'il n'est pas contestable, ne doit cependant pas être exagéré, comme le montre le cas du général André lui-même). Pour ce faire, il va accepter, à une époque où la manie du renseignement était fort répandue dans les sphères politiques et religieuses (à Paris, l'abbé Tourmentin publiait des listes de francs-maçons, à Grenoble, Mgr Fava dénonçait nommément les membres de la franc-maçonnerie), que des renseignements sur les opinions politiques des officiers soient obtenus avec l'aide du Grand Orient de France qui disposait de loges dans les villes de garnison. Mais, au lieu de recueillir les opinions politiques, les loges s'attacheront surtout aux pratiques religieuses des officiers : "Va à la messe", "A assisté à la communion de sa fille." Or, le général André, même devenu athée, n'était pas antireligieux : sa femme, Marguerite Chapuy, ancienne artiste de grand talent à l'Opéra-Comique de Paris, était très croyante et très pratiquante et elle élèvera leurs deux fils dans la religion catholique sans que le général y trouve à redire. Le Grand Orient protestera par lettre sur des nominations effectuées alors qu'il avait fourni des informations défavorables. Le général André, qui n'avait pas connaissance de ces lettres, se trouvera en porte-à faux à la Chambre des députés lors d'un débat très houleux à l'issue duquel il sera giflé par le député nationaliste Gabriel Syveton. Il démissionne le 15 novembre 1904, soit après quatre années et demie passées au ministère de la Guerre, longévité exceptionnelle à l'époque.

De très nombreux officiers qui avaient fait l'objet de fiches défavorables seront pourtant promus par le général André qui s'intéressait aussi, et de très près, à leurs qualités militaires. L'exemple le plus frappant est celui du futur général Lanrezac. Sa fiche indiquait qu'il "mangeait des Juifs à chaque repas" lorsqu'il était en poste à Alger et qu'à l'École de guerre où il enseignait, il était "le centre de la propagande antidreyfusarde, cléricale et antiministérielle ... et se livrait à de violentes attaques contre M. Waldeck-Rousseau et les autres ministres." Or Lanrezac, s'il avait bien ces opinions, n'en avait jamais publiquement fait état, ce qui était essentiel pour le ministre de la Guerre, et il était surtout l'un des meilleurs tacticiens de l'armée avant 1914. Aussi le général André, qui l'avait nommé commandant en second de l'École de guerre puis colonel en 1901, lui confiera-t-il le commandement du 119e régiment d'infanterie en 1902. En avril 1904, il le mettra même à la tête de la 12e brigade d'infanterie alors qu'il n'était encore que colonel.

Mort en 1913 à Dijon, le général André n'a pas connu la Grande Guerre. Il sera accusé par certains historiens d'être responsable du limogeage des généraux effectué par le général Joffre au début des hostilités, car ces généraux auraient fait l'objet de promotions sur des critères uniquement politiques entre 1900 et 1904. Cette affirmation ne résiste pas à l'examen : Louis André avait quitté le pouvoir dix ans avant 1914 et cette accusation permet surtout de passer sous silence les graves erreurs tactiques du début du conflit. Beaucoup de généraux de 1914, sauf quelques coloniaux, n'avaient jamais connu la guerre et la limite d'âge de leur grade était beaucoup trop élevée (62 ans pour un général de brigade, 65 ans pour un général de division alors que l'âge moyen des Français était à l'époque de 50 ans). Le maréchal Fayolle lui-même, dans ses Cahiers secrets de la Grande Guerre, condamne ces limogeages. Les généraux qui ont contribué à la victoire finale de 1918 ont presque tous été promus entre 1900 et 1904 : Archinard, Berdoulat, Berthelot, Dubail, Gamelin, Gouraud, Guillaumat, Hély d'Oissel, Georges Humbert, Marchand, Pierre Roques, Sarrail. Quant aux huit futurs maréchaux de la Grande Guerre, ils sont tous passés au grade supérieur sous le ministère du général André, à l'exception de Gallieni qui, nommé au plus haut grade de l'armée de l'époque (celui de général de division) en 1899, ne pouvait donc plus être promu. Le général André a notamment accéléré la carrière de Joffre qu'il a nommé général de brigade en octobre 1901, à l'âge de 49 ans, puis directeur du génie au ministère de la Guerre, en janvier 1904.

On peut ainsi considérer que, loin de désorganiser l'armée comme ses adversaires l'accuseront toujours avec virulence, le général André l'a, au contraire, bien préparée au conflit qui se déclenchera en 1914 : rétablissement de la discipline, très compromise au temps de l'affaire Dreyfus ; importance de l'artillerie de campagne avec le 75 qui fera merveille pendant la Grande Guerre (l'artillerie lourde, avec le 155 Rimailho, ne sera pas développée par ses successeurs, car la direction de l'artillerie du ministère ne croyait pas à son importance) ; liaison nécessaire entre l'infanterie et l'artillerie sur le champ de bataille ; importance donnée au rapprochement des officiers avec la société civile ; amélioration de la situation du conscrit (le général André était, pour cela, très populaire dans la France profonde de la Belle Époque) ; soumission complète de l'armée au pouvoir civil mise à mal pendant l'Affaire ; promotion d'officiers qui joueront un rôle essentiel pendant la Première Guerre mondiale : Joffre, Foch, Pétain, Franchet d'Espèrey, Lyautey, Maunoury, Fayolle, Sarrail, Gamelin. Son heure de gloire restera son action pour faire reconnaître l'innocence du capitaine Dreyfus. En mettant définitivement un terme à cette invraisemblable affaire qui avait profondément divisé l'armée, et que celle-ci avait elle-même déclenchée, le général André la remettait face aux responsabilités qu'elle n'aurait jamais dû quitter : la Défense nationale. Et pourtant ce ministre, très tôt républicain, est encore victime d'un étonnant ostracisme, près de 100 ans après sa mort.

Le général André est à l'origine de la loi du 21 mars 1905 qui abaisse la durée du service militaire de trois à deux ans.

Le 8 juillet 1905, les congressistes du Parti républicain, radical et radical-socialiste le nomment par acclamation membre du comité exécutif de cette formation politique1.

Louis André était officier de l'Instruction publique, commandeur de la Légion d'honneur et titulaire de la médaille militaire.

Son fils, le général de division Lucien André (1878-1969), polytechnicien, sera comme son père un brillant artilleur. Il commandait l'artillerie de l'armée des Alpes en 1940, au moment de l'attaque italienne.

Grades2

  • 9 octobre 1859 : Sous-lieutenant, école d'application du génie et de l'artillerie.
  • 9 octobre 1861 : lieutenant, 9e régiment d'artillerie.
  • 6 juin 1867 : capitaine, 7e régiment d'artillerie.
  • 17 septembre 1877 : chef d'escadron, 34 régiment d'artillerie.
  • 7 mars 1885 : lieutenant-colonel, état-major particulier de l'artillerie(illisible).
  • 11 juillet 1888 : colonel, état-major particulier de l'artillerie (illisible).
  • 26 décembre 1893 : général de brigade, École Polytechnique.
  • 12 mai 1899: général de division, État-major général de l'armée.

Décorations

Legion Honneur Commandeur ribbon.svg Medaille militaire ribbon.svg Ruban de la Médaille commémorative dla guerre 1870-1871.PNG Palmes academiques Officier ribbon.svg Band to Order St Alexander Nevsky.png
  • Légion d'honneur3:
    • Chevalier 24 juin 1871,
    • Officier 29 décembre 1891,
    • Commandeur 20 juillet 1903
  • Médaille militaire : 30 mars 1903.
  • Médaille commémorative de la guerre 1870-1871.
  • officier de l'Instruction publique : 7 mai 1895
  • Commandeur de l'Ordre de Saint-Alexandre Nevski

Notes et références

  1. Bulletin du Parti républicain radical et radical-socialiste : organe officiel du comité exécutif, 28 juillet 1905, p. 1.
  2. 6 D 883 3 SHAD, fiche du général
  3. « Cote LH/35/35 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture

Voir aussi

Articles connexes

  • Affaire des fiches
  • Émile Combes
  • Pierre Waldeck-Rousseau
  • Franc-maçonnerie
  • Grand Orient de France
  • Liste des ministres français de la défense

Bibliographie

  • Émile Combes et Maurice Sorre, Mon ministère : mémoires, 1902-1905, Plon, 1956, 293 p.
  • Serge Doessant, Le général André, de l'affaire Dreyfus à l'affaire des fiches, Éditions Glyphe 2009, 416 p., présentation en ligne [archive].
  • Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Bordas, 1978, p. 238.
  • Philippe Oriol, L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Les Belles Lettres, 2014.

Liens externes

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03 février 2020

Charrier de La Roche Louis

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Louis Charrier de La Roche


Louis Charrier de La Roche

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Biographie
Naissance 17 mai 1738
Lyon (France)
Ordination sacerdotale 23 mars 1791 par Jean-Baptiste Gobel, archevêque de Paris
Décès 17 mars 1827
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 10 avril 1791
Évêque de Versailles
9 avril 1802 – 17 mars 1827
Évêque constitutionnel de Seine-Inférieure
24 mars 1791 – 26 octobre 1791
Autres fonctions
Fonction religieuse
Premier Aumônier de l'Empereur
Fonction laïque
Baron de l'Empire

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org [archive]

Louis Charrier de la Roche, né en 1738 et mort en 18271, est un évêque français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Voir aussi
    • 2.1 Source
    • 2.2 Articles connexes
    • 2.3 Notes et références

Biographie

Louis Charrier de la Roche est né le 17 mai 1738 à Lyon1. Tonsuré à 11 ans, docteur en théologie en 1764 et chanoine de Lyon, prévôt-curé d'Ainay en 1777. D'esprit très libéral, gallican et même janséniste comme une grande partie du clergé lyonnais, il s'attache aux idées nouvelles, grand admirateur de Rousseau et de Voltaire.

Sous la Révolution, il fut député du clergé de Lyon à l'assemblée nationale, vota la Constitution civile du clergé, prêta le serment civique et fut élu, le 24 mars 1791, évêque constitutionnel de la Seine-Inférieure, siégeant à Rouen et consacré par l'archevêque de Paris Jean-Baptiste Gobel. La Révolution qu'il avait soutenue le dépassant, il donne sa démission le 26 octobre 1791. Il est alors emprisonné quelque temps, ses biens sont confisqués, puis il est finalement libéré. À sa sortie, il fait allégeance au Pape (17 mai 1797).

Le cardinal Caprara conjointement avec Portalis, inspiré par Talleyrand, lui propose de devenir le premier évêque de Versailles. Il refuse mais est nommé par le ministre et confirmé par une bulle du 18 septembre 1802. Émanation de la division de la France en départements, cet évêché n'existait pas sous l'Ancien régime. Il comprend, en 1802, 689 paroisses. Monseigneur Charrier de la Roche a été le premier évêque nommé de Versailles le 9 avril 1802, à la suite de la réorganisation de l'épiscopat français due au concordat de 1801. Il fut nommé Premier Aumônier de l'Empereur en 1802.

Durant son épiscopat de 25 ans, on peut remarquer que Monseigneur Charrier de la Roche, comme tous les évêques de France, ordonne que la fête de l'Assomption et de la Saint-Napoléon soient célébrées ensemble le 15 août 1806 et années suivantes... bien que devenu aumônier de l'Empereur et baron de l'Empire, ce cher évêque-fonctionnaire, dès la monarchie restaurée, s'empresse d'écrire que « le roi a détruit ce régime absurde qui pesait sur toute la France... ». Il posséda le château d'Estours.

Voir aussi

Source

  • Mgr Charrier de La Roche [archive]
  • Mgr Louis Charrier de la Roche sur catholique78.fr [archive]

Articles connexes

  • Liste des évêques de Versailles

Notes et références

  1. a et b BNF, « Louis Charrier de La Roche (1738-1827) » [archive], sur data.bnf.fr (consulté le 22 juillet 2014)

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02 février 2020

Barrot Odilon

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Odilon Barrot

 

Odilon Barrot

220px-Barrot


Odilon Barrot
Fonctions
Président du Conseil des ministres français
et Ministre de la Justice
20 décembre 1848 – 31 octobre 1849
(10 mois et 11 jours)
Président Louis-Napoléon Bonaparte
Gouvernement Barrot 1
Barrot 2
Législature Assemblée législative
Prédécesseur Louis-Eugène Cavaignac
Pierre Marie de Saint-Georges
Successeur Alphonse Henri d'Hautpoul
Eugène Rouher
Vice-président du Conseil d'État
27 juillet 1872 – 6 août 1873
Prédécesseur Seconde création du poste
à la suite de la loi Dufaure du 24 mai 1872
Successeur Paul Andral
Biographie
Date de naissance 19 juillet 1791
Lieu de naissance Villefort, Lozère (France)
Date de décès 6 août 1873 (à 82 ans)
Lieu de décès Bougival, Yvelines (France)
Nationalité française
Parti politique Parti de l'Ordre
Diplômé de Prytanée national militaire
Lycée Napoléon
Profession Avocat
Présidents du Conseil des ministres français

Hyacinthe Camille Odilon Barrot, né à Pied-de-Borne (Lozère) le 19 juillet 1791 et mort à Bougival le 6 août 1873, est un homme politique français, président du Conseil en 1848-1849 sous la présidence de Louis Napoléon Bonaparte.

On lui attribue la célèbre phrase pour définir la déconcentration : "C'est le même marteau qui frappe mais on en a raccourci le manche."

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Jeunesse
    • 1.2 Débuts professionnels (1811-1815)
    • 1.3 La Seconde Restauration
    • 1.4 La Monarchie de Juillet
    • 1.5 La Deuxième République
    • 1.6 Le Second Empire
  • 2 Œuvres
  • 3 Jugements
  • 4 Le prix Odilon Barrot
  • 5 Bibliographie
  • 6 Sources
  • 7 Voir aussi
    • 7.1 Articles connexes
  • 8 Notes et références

Biographie

Jeunesse

Issu d'une famille de juristes originaire de Toulouse, il est le fils de Jean-André Barrot (1753-1845), avocat puis magistrat, Conventionnel non régicide, et le frère de Ferdinand Barrot et Adolphe Barrot,

Odilon Barrot fait ses études secondaires au Prytanée militaire alors installé à Saint-Cyr, puis au Lycée Napoléon (actuel lycée Henri-IV) à Paris.

Il fait des études supérieures de droit.

Débuts professionnels (1811-1815)

Il est reçu avocat et admis au barreau en 1811. Il travaille dans le cabinet d'un ami de son père, l'ancien conventionnel Jean Mailhe, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation. Lorsque celui-ci est proscrit comme régicide en 1814, il obtient les dispenses nécessaires et lui succède dans cet office. Selon Loménie, « un goût dominant pour les régions arides du droit strict à un âge où l'on aime de préférence les débats passionnés et les émotions de cour d'assises révélait déjà cette aptitude de théoricien qui distingua particulièrement M. Odilon Barrot. »1

Sous les Cent-Jours, il élève contre le rétablissement de l'Empire une protestation qui est son premier acte politique. « Au mois de mars 1815, a-t-il raconté, lorsque le gouvernement fit appel à la Garde nationale de Paris, j'écrivis au capitaine de la compagnie de grenadiers du 4e bataillon de la 11e légion, pour me mettre, avec quelques amis, à sa disposition. Je montais la garde dans les appartements du roi, dans la nuit de son départ. Sa Majesté vit nos larmes et contint l'élan de notre enthousiasme. Je suis certain que cette scène touchante ne s'est pas effacée de sa mémoire ; elle est à jamais gravée dans la mienne. »2

La Seconde Restauration

Mais la Seconde Restauration, et particulièrement la Terreur blanche, ne tarde pas à susciter son désenchantement. Il rallie les rangs de l’opposition et devient bientôt l’un des membres influents du parti libéral. Il se lie avec ses principales figures comme Benjamin Constant, La Fayette, le général Foy et plusieurs des plus célèbres orateurs de l’époque et épouse d'ailleurs la fille de l'un d'entre eux, Guillaume-Xavier Labbey de Pompières.

Des protestants d'une petite ville du midi ayant refusé de tapisser la façade de leurs maisons pour les processions de la Fête-Dieu, avaient été condamnés à une amende par le juge de paix. Odilon Barrot les défend en 1818 devant la Cour de cassation et, dans un plaidoyer qui fit sensation, lance : « La loi doit être athée ». Il défend également Wilfrid Regnauld, impliqué par des rancunes politiques dans une affaire d'assassinat3, et plaide dans le procès du lieutenant-colonel Caron.

En 1820, s'étant opposé à une loi selon laquelle toute personne pouvait être arrêtée et détenue sur un simple mandat signé par trois ministres, il est traduit devant une cour de justice, mais acquitté.

Odilon Barrot est également franc-maçon depuis 1827, membre de la loge de Paris « Les Trinosophes », fondée parJean-Marie Ragon de Bettignies. Il a participé à la création de l'éphémère loge « Les Trois Jours » à Paris.

Bien que très lié à La Fayette et d'autres, il ne prend aucune part à leurs projets pour renverser le gouvernement, mais, en 1827, il rejoint l'association connue sous le nom de « Aide toi, le ciel t'aidera », où il retrouve Audry de Puyraveau, Béranger, Barthe, Duchâtel, Blanqui, Carrel et Guizot. Il en devient le président et s'efforce de la maintenir dans les voies d'une opposition pacifique et parlementaire. Il préside le banquet (le fameux banquet des Vendanges de Bourgogne) donné par la société aux 221 députés qui ont signé l'adresse de mars 1830 à Charles X et menacé de répondre à la force par la force.

La Monarchie de Juillet

Après les ordonnances du 26 juillet 1830, il rejoint la Garde nationale et prend une part active à la révolution de 1830, quoiqu'il n'en ait pas donné le signal et en ait même été quelque peu étonné. Comme premier secrétaire de la commission municipale, qui s'est installée à l'hôtel de ville et s'est constituée en gouvernement provisoire, il reçoit l'ordre de transmettre à la Chambre des députés une protestation précisant les exigences que les Libéraux avancés veulent imposer au nouveau roi avant de l'accepter. Il soutient l'idée d'une monarchie constitutionnelle en faveur du duc d'Orléans, contre les Républicains, dissuadant La Fayette de proclamer la République dont la présidence lui était offerte par un groupe de jeunes démocrates emmenés par Pierre Leroux.

Avec le maréchal Maison et Auguste de Schonen, il est l'un des trois commissaires choisis par Louis-Philippe pour accompagner Charles X hors de France. Il est d'abord très mal accueilli par le roi déchu mais finit par réussir assez complètement dans sa mission pour que celui-ci, dans un certificat, reconnaisse les « attentions » et les « respects » qu'il avait eus pour lui et pour la famille royale.

À son retour il est nommé préfet de la Seine. Ses concessions à la population parisienne et sa complaisance envers ceux qui demandent la mise en accusation des ministres de Charles X lui valent d'être comparé à Pétion, ce qui n'était pas un éloge, et de fréquents conflits s'élèvent entre lui et les ministres doctrinaires, Guizot et Montalivet. Il est révoqué en février 1831.

Odilon Barrot

Le 28 octobre 1830, il est élu député de l'Eure par le collège de département, et réélu le 5 juillet 1831 simultanément dans le 2e collège de l'Eure (Verneuil), le 2e collège de l'Aisne (Chauny) et le 2e collège du Bas-Rhin (Strasbourg) puis, successivement, en 1834, 1837, 1839, 1842 et 1846. Le gouvernement de Louis-Philippe était loin de satisfaire ses désirs de réforme et il ne cesse de réclamer qu'on « élargît les bases de la monarchie », en même temps qu'il proteste de sa loyauté envers la dynastie car il défend l'idée d'une royauté entourée d'institutions républicaines, et est devenu le chef de l'opposition dynastique (monarchistes constitutionnels de gauche : parti du mouvement).

Il combat vivement le ministère Perier, est chargé du rapport sur le rétablissement du divorce, rédige avec Cormenin, au nom des gauches, le célèbre Compte-rendu dont l'insurrection démocratique des 5 et 6 juin 1832 est la conséquence directe et, après la défaite des républicains, s'élève, quoique monarchiste, contre les représailles et les mesures d'exception. Le jour qui suit la manifestation de juin 1832 à l'occasion des funérailles du général Lamarque, il se fait indirectement le porte-parole des démocrates dans une entrevue avec Louis Philippe, qu'il rapporte longuement dans ses Mémoires (Voir l'article Insurrection républicaine à Paris en juin 1832). Par la suite, dans ses plaidoiries devant la Cour de cassation en faveur d'un des émeutiers, il demande et obtient l'annulation du jugement prononcé par le conseil de guerre, devant qui le gouvernement a fait déférer les inculpés en se fondant sur une ordonnance qui avait mis Paris en état de siège.

Il défend le droit d'association (avril 1834), demande l'amnistie pour les insurgés de Lyon et combat vainement les lois de septembre (1834-1835), joignant constamment à ses revendications en faveur de la liberté l'assurance de son dévouement à la monarchie constitutionnelle.

En décembre 1834, il fait partie des vingt-sept fondateurs de la Société française pour l'abolition de l'esclavage dont il devient le vice-président.

Il est aussi l'un des principaux actionnaires du journal d'opposition Le Siècle, lancé le 1er juillet 1836 par Armand Dutacq, le plus gros tirage de la presse de l'époque.

« Nonobstant toutes ses colères à la Chambre, écrit Eugène de Mirecourt, il entretenait au fond de son cœur, pour le roi citoyen, une sympathie pleine de tendresse. De son côté, Louis-Philippe ne gardait pas rancune au chef de la gauche. Il ne se trompait point au mobile qui le faisait agir. »2

Son opposition, comme celle des députés qui suivent ses inspirations, ne désarme que durant les deux ministères Thiers en 1836 et 1840. Il fait alors partie de la majorité. En revanche, il lutte avec force contre le ministère Molé, qu'il réussit à renverser au bout de deux ans en formant une coalition restée célèbre (1839). Il combat également le troisième ministère Soult et Guizot, qui en est l'homme fort, s'efforçant de rapprocher l'opposition dynastique, le centre gauche et le Tiers Parti et appuyant de sa parole et de ses votes toutes les propositions faites contre le ministère. Il vote contre l'indemnité Pritchard et est l'auteur d'un très grand nombre de propositions et d'amendements contre la corruption politique, contre l'envahissement de la Chambre par les députés fonctionnaires, etc.

La mort en 1842 du duc d'Orléans, qui affichait des convictions libérales, est un rude coup pour le parti d'Odilon Barrot, qui cherche dès lors à remplacer la régence de la duchesse d'Orléans par celle du duc de Nemours au cas où le comte de Paris viendrait à succéder à son grand-père.

En 1846, Barrot fait un voyage au Proche-Orient, mais revient à temps pour prendre part une deuxième fois aux préliminaires de la révolution. Partisan de la réforme électorale, il est en 1847 l'un des organisateurs de la célèbre « campagne des banquets » pour la réforme électorale, qui contribue à provoquer la révolution de 1848. Il assiste à seize de ces réunions et, quand le gouvernement voulut y mettre un terme, dépose au nom de la gauche une résolution de mise en accusation du ministère.

Il est ainsi malgré lui l'un des artisans de la chute de la royauté, car il n'a pas prévu la force du torrent à laquelle son éloquence a préparé la voie et il se cramponne toujours au programme de 1830. Le 24 février, appelé trop tardivement à former un ministère, il essaie de soutenir la régence de la duchesse d'Orléans devant la chambre ; il tente vainement, en se montrant à cheval sur les boulevards, de calmer l'effervescence générale et de sauver la Monarchie. Mais il ne peut que constater que le temps était passé pour les demi-mesures. Malgré les sollicitations de Adolphe Crémieux, il refuse d'entrer dans le Gouvernement provisoire.

La Deuxième République

Le mouvement populaire étant allé jusqu’à la proclamation de la République, que Barrot n'avait pas souhaitée, il s'efforce de l'entourer d'institutions conservatrices. Président du conseil général de l'Aisne et élu par ce département à l'Assemblée constituante le 23 avril 1848 (4e sur 14 par 107 005 voix sur 130 363 votants et 154 878 inscrits), il prit cette fois place à droite.

Odilon Barrot vu par Honoré Daumier.

Il est désigné par la majorité pour présider la commission d'enquête sur les évènements du 15 mai et sur les journées de juin. Il prend une part active aux débats constitutionnels et essaie de faire prévaloir le bicamérisme (27 septembre 1848). Il vote pour le maintien de l'état de siège, contre l'abolition de la peine de mort, contre l'incompatibilité des fonctions, contre l'amendement Grévy, contre le droit au travail, pour la proposition Rateau, pour l'expédition de Rome, contre la suppression de l'impôt du sel et de celui des boissons.

Louis Napoléon Bonaparte qui vient de prendre ses fonctions de président de la République, le nomme chef du gouvernement et ministre de la Justice le 20 décembre 1848. Il reçoit la mission de préparer d'importantes restrictions au droit de réunion, à la liberté de la presse et de défendre à la tribune, contre la Montagne et son orateur, Ledru-Rollin, les crédits réclamés pour l'expédition de Rome. C'est également sur son initiative qu'est votée l'interdiction des clubs (21 mars 1849). Après les élections législatives de mai 1849, il forme un second gouvernement. Ses convictions libérales, alors que le prince-président s'oriente déjà vers un pouvoir autoritaire, lui valent d'être renvoyé le 30 octobre 1849.

En mai 1849, il est élu à l'assemblée législative par le département de l'Aisne (68 782 voix sur 112 795 votants et 160 698 inscrits) et par celui de la Seine (112 675 voix sur 281 140 votants et 378 043 inscrits). Il y appuie notamment la loi Falloux sur l'enseignement libre et la loi du 31 mai contre le suffrage universel. Il a exprimé la théorie fonctionnaliste de l'inviolabilité, par les députés, à la session de l'Assemblée nationale du 29 juin 18494.

Le Second Empire

Lors du coup d'État de 1851, il fait partie des deux cent vingt députés qui, chassés manu militari du Palais Bourbon, se réunissent à la mairie du Xe arrondissement et essayent d’inculper le Prince-Président de haute trahison avant que la réunion ne soit interrompue par la police qui l'incarcère brièvement à la prison Mazas. Dès lors, n'étant plus une personnalité politique de premier plan sous l'Empire, il est contraint de se retirer de la vie politique. Ses tentatives pour être élu au Corps législatif sont toutes infructueuses.

Il est élu comme membre libre à l'Académie des sciences morales et politiques (1855) et se consacre à des études de législation. Avec la libéralisation de l'Empire incarnée par Émile Ollivier, il accepte, après une entrevue au Palais des Tuileries avec Napoléon III, la présidence d'un comité extra-parlementaire chargé d'étudier les projets de décentralisation (1869). Il devient membre titulaire de l'Académie des sciences morales et politiques en 1870.

Après la chute du Second Empire, l'Assemblée nationale le nomme membre du Conseil d'État réorganisé et Thiers, chef du pouvoir exécutif de la République française, qu'il a soutenu sous Louis-Philippe, lui en confie la présidence (27 juillet 1872) avec le titre de vice-président qu'il est le premier à porter. Mais ses forces déclinent et il a à peine occupé son nouveau poste pendant un an quand il meurt à Bougival.

Œuvres

Parallèlement à son activité politique, Odilon Barrot se consacre à la rédaction d'études juridiques ou administratives où il affirme son hostilité à la centralisation, défend la primauté de la justice morale sur la justice sociale et se montre soucieux d'associer les citoyens à l'exercice de la justice par la généralisation du jury. Il est également l'auteur d'intéressants Mémoires publiés après sa mort par son ami Prosper Duvergier de Hauranne.

  • De la centralisation et de ses effets, 1861
  • De l'organisation judiciaire en France, 1872
  • Mémoires posthumes, précédés d'un avant-propos de Duvergier de Hauranne, Paris, Charpentier, 1875-1876, 4 vol. in-8

Jugements

« Le plus solennel des indécis, le plus méditatif des irréfléchis, le plus heureux des ambitieux, le plus austère des courtisans de la foule » (Paul Thureau-Dangin)

Le prix Odilon Barrot

Un prix Odilon Barrot est décerné tous les trois ans par l'Académie des sciences morales et politiques (section Législation, droit public et jurisprudence). Ce prix revient au meilleur ouvrage sur le jury et sur la procédure, tant civile que criminelle, et au travail le plus libéral et le plus pratique sur l'émancipation de nos administrations municipales et départementales et sur une vraie décentralisation. La section peut également mettre au concours d'autres questions de droit.

Liste des lauréats :

  • 2002. Stanislas Roux-Vaillard, pour sa thèse de doctorat : Les jurisprudences française et américaine comparées en matière de conditions de brevetabilité (Paris II)
  • 2005. Pierre de Montalivet, pour sa thèse de doctorat sur Les objectifs de valeur constitutionnelle (Paris II.
  • 2008. Lionel Miniato, pour sa thèse publiée à la LGDJ (Bibliothèque de droit privé, tome 483): Le principe du contradictoire en droit processuel.
  • 2011. Julie Klein, pour sa thèse de doctorat Le point de départ de la prescription (Paris II)
  • 2014. Frederick Dupuis, pour sa thèse de doctorat L'excès de pouvoir en procédure pénale (Toulouse I)

Bibliographie

  • Archives nationales, fonds Odilon Barrot, série 271/AP.
  • A. Lebey, Louis-Napoléon Bonaparte et le ministère Odilon Barrot, Cornely, 1912, 719 p.
  • Charles Alméras, Odilon Barrot, avocat et homme politique (1791-1873), Paris, PUF, 1951, 371 p.
  • Benoît Yvert (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 916 p.

Sources

  • Les papiers personnels d'Odilon Barrot sont conservés aux Archives nationales sous la cote 271AP5
  • Cet article contient tout ou partie d'un document provenant du site La Vie rémoise.
  • Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, Paris, Dourloton, 1889

Voir aussi

Articles connexes

  • Premier gouvernement Odilon Barrot
  • Deuxième gouvernement Odilon Barrot

Notes et références

01 février 2020

Auvray Louis

Clic pour voir sa généalogie sur la ligne en dessous

 

Louis Auvray

 

Louis Auvray

Auvray,_Louis,_photo_Delsart,_BNF_Gallica

Louis Auvray (1860), photographie Delsart,
Paris, Bibliothèque nationale de France

Naissance
7 avril 1810
Valenciennes
Décès
27 avril 1890 (à 80 ans)
Nationalité
Français
Activité
Sculpteur

Louis Auvray, né le 7 avril 1810 à Valenciennes et mort le 27 avril 18901,2, est un sculpteur, un littérateur et un critique d'art français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Œuvres dans les collections publiques
  • 3 Publications comme littérateur et critique d'art
  • 4 Notes et références
  • 5 Annexes
    • 5.1 Bibliographie
    • 5.2 Iconographie
    • 5.3 Liens externes

Biographie

Élève de Pierre-Jean David d'Angers, Louis Auvray est le frère du peintre Félix Auvray. Il a surtout produit, en sculpture, des médaillons et des bustes. Il fut aussi directeur de la Revue artistique et littéraire et a collaboré à divers journaux artistiques. Il a aussi été nommé président du comité central des artistes.

Il a exposé aux divers salons un certain nombre de personnages historiques ou contemporains et quelques rares sujets de fantaisie notamment Jean-François Lesueur (1857), Antoine Watteau (1859), Une Bacchante (1863), Sauvageot (1865), Condillac (pour la ville de Grenoble en 1868), Un Philosophe (1870, Salon de 1873), Félix Auvray et Auvray père (1874), Jean-Guillaume Moitte statuaire (pour l'Institut en 1875), Alexandre Du Bois, architecte (1876).

Louis Auvray est aussi l'auteur, en collaboration avec l'architecte M. J. Adeline, du Monument à Louis-Henri Brévière à Forges-les-Eaux en 1874.

Œuvres dans les collections publiques

  • Paris :
    • Institut national de jeunes sourds de Paris : Roch-Ambroise Cucurron Sicard, dit l'abbé Sicart, buste.
    • musée du Louvre :
      • Portrait d'Alexandre-Charles Sauvageot, collectionneur, violoniste, donateur et conservateur honoraire des musées impériaux (1781-1860), 1863, buste en marbre ;
      • Portrait du peintre Gentile Bellini (vers 1429-1507), 1871, buste en marbre.
  • Valenciennes, musée des beaux-arts : Portrait du sculpteur Jacques Saly (1717-1776), 1838, buste en marbre.
  • Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon :
    • Portrait du chroniqueur Jean Froissart (1333-vers 1410), 1843, buste en marbre ;
    • Portrait du musicien Jean-François Lesueur (1760-1837), buste en marbre ;
    • Portrait du sculpteur Jacques Saly (1717-1776), buste en marbre.
  • Nogent-sur-Marne :
    • Monument à Antoine Watteau, 1865, buste en marbre ornant le cénotaphe du peintre. Inscrit à l'inventaire général du patrimoine culturel le 16 février 19893.

Publications comme littérateur et critique d'art

  • Délassements poétiques d'un artiste, 1849.
  • Concours des grands prix et envois de Rome, 1858.
  • Projet de tombeau pour Napoléon 1er, 1861.
  • Expositions des beaux-arts [Salons de 1834 à 1865].
  • Recueil d'allocutions maçonniques, 1840.
  • Il poursuivit l'édition du Dictionnaire général des artistes de l'école française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours, commencé par Émile Bellier de La Chavignerie (1821-1871), qui fut publié en deux volumes, 1882-1885.

 

 

Notes et références

  1. [1] [archive]
  2. Journal des débats politiques et littéraires du 01/05/1890 [archive]
  3. « Buste à la française de Watteau » [archive], sur Base Mémoire - site du Ministère de la Culture et de la Communication (consulté le 11 avril 2017).

Annexes

Bibliographie

  • Simone Hoog (préface de Jean-Pierre Babelon, avec la collaboration de Roland Brossard), Musée national de Versailles. Les sculptures, Vol. I, « Le musée », Paris, Réunion des musées nationaux, 1993.
  • Geneviève Bresc-Bautier, Isabelle Leroy-Jay Lemaistre (sous la direction de Jean-René Gaborit, avec la collaboration de Jean-Charles Agboton, Hélène Grollemund, Michèle Lafabrie, Béatrice Tupinier-Barillon), Musée du Louvre. département des sculptures du Moyen Âge, de la Renaissance et des temps modernes. Sculpture française II. Renaissance et temps modernes, vol. 1, « Adam-Gois », Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1998.

Iconographie

  • Hippolyte Maindron (1801-1884), Portrait de Louis Auvray (1839), médaille, profil droit, bronze, Valenciennes, musée des beaux-arts.

Liens externes

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