Vendée Militaire et Grand Ouest

16 octobre 2019

de Castellane Stanislas

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Stanislas de Castellane

 

Stanislas de Castellane

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Stanislas de Castellane président de la commission des Affaires étrangères en 1931
Fonctions
Député 1902-1906
puis 1919-1924
puis 1928-1936
Sénateur 1938-1940
Gouvernement IIIe République
Groupe politique RP (1902-1906)
GRD (1919-1924)
RDG (1928-1936)
UDR (1938-1940)
Biographie
Date de naissance 15 octobre 1875 à Juigné-sur-Sarthe
Date de décès 4 juillet 1959 (à 83 ans) à Paris
Résidence Cantal

Stanislas de Castellane, né le 15 octobre 1875 à Juigné-sur-Sarthe (Sarthe) et mort le 4 juillet 1959 à Paris, est un homme politique français, parlementaire du Cantal à plusieurs reprises entre 1902 et 1940.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Armoiries
  • 3 Voir aussi
  • 4 Sources
  • 5 Notes et références

Biographie

Issu d'une vieille lignée provençale, la maison de Castellane, frère cadet de Boni de Castellane, également député, diplômé de l'École libre des sciences politiques, Stanislas de Castellane est élu député du Cantal en 1902, malgré des accusations de corruptions collectives (organisation de banquets et distributions de pain, de farine et de béret) et individuelles (distribution d'argent aux électeurs de Saint-Saturnin,de Lavigerie...) de la part de son adversaire vaincu Gabriel Peschaud1. Il est élu maire de Marcenat en 1905 (jusqu'en mars 1940). Il s'occupe alors activement de la promotion du principe de la coopération agricole, particulièrement dans le cas des activités laitières. Alors affilié à la Fédération républicaine, il perd son siège lors du renouvellement de 1906.

Il retrouve son siège en 1919 en se présentant sur la liste d'Union nationale républicaine et rejoint l'un des groupes affiliés à l'Alliance démocratique, la Gauche républicaine démocratique.

Battu en 1924 par les candidats du Cartel des Gauches, il retrouve son mandat en 1928 et le conserve jusqu'en 1936. Il est alors membre des Républicains de gauche, le grand groupe du centre droit.

La victoire du Front populaire en 1936 le prive à nouveau de son siège de député mais il entre au Sénat en 1938 et siège au sein du groupe de l'Union démocratique et radicale, proche de la nébuleuse des Radicaux indépendants.

Le 10 juillet 1940, il vote en faveur de la remise des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. À la Libération, il est déclaré inéligible et ne retrouve pas de nouveau mandat parlementaire.

Il épouse Natalia Terry y Sanchez (1877-1962), la sœur d'Emilio Terry, en 1901, qui lui donne deux fils : Henri (1903-1937) et François (1908-1988).

Armoiries

Figure Blasonnement
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De gueules, à la tour donjonnée de 3 pièces d'or, maçonnée de sable, celle du milieu plus élevée.2

Voir aussi

  • Maison de Castellane.
    • Boniface de Castellane, son frère.
    • Boniface de Castellane, son neveu.
    • Henri de Castellane, son grand-père.
    • Pauline de Talleyrand-Périgord, sa grand-mère.
    • Marie de Castellane, sa tante.
    • Sophie de Castellane, sa grand-tante.
    • Boniface de Castellane, son arrière-grand-père.
    • Boniface de Castellane, son arrière-arrière-grand-père.
    • Anna Gould, sa belle-sœur.
  • Château d'Aubijou3 à Marcenat.

Sources

  • « Stanislas de Castellane », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Notes et références

  1. Journal officiel de la République française, 1902, 2336 p. (lire en ligne [archive]), p. 2329
  2. Revue historique de la noblesse, vol. 4, 1846 (lire en ligne [archive])
  3. « Mes parents possédaient de nombreux châteaux, entre autres "Aubijou", dans le Cantal, leur fief électoral, ayant appartenu à Jean II le Bon, passé aux La Tour d'Auvergne, puis aux La Rochefoucauld et aux Rohan-Chabot, pour échoir au maréchal de Castellane, dont la mère était issue de cette dernière famille. Ils dépensaient beaucoup d'argent pour les habitants de la contrée, au détriment des réparations nécessaires » in Boni de Castellane, Comment j'ai découvert L'Amérique : mémoires, Paris, Les éditions G. Grès et cie, chapitre V.

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15 octobre 2019

Forain Jean-Louis

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Jean-Louis Forain

 

Jean-Louis Forain

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Jean-Louis Forain dessinant dans son atelier (1933)

Naissance
23 octobre 1852
Reims
Décès
11 juillet 1931 (à 78 ans)
Paris
Nom de naissance
Louis Henri Forain
Nationalité
Française
Activité
Peintre, graveur, illustrateur
Formation
École nationale supérieure des beaux-arts Académie des Beaux Arts
Maître
Jean-Léon Gérôme
Mouvement
Impressionnisme
Conjoint
Jeanne Bosc
Distinctions
Membre de l'Académie des Beaux-Arts, Commandeur de la Légion d'honneur

Louis Henri Forain, dit Jean-Louis Forain, né à Reims le 23 octobre 1852, et mort à Paris le 11 juillet 1931, est un peintre, illustrateur et graveur français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Des exemples d'Œuvres dans des collections publiques
    • 2.1 Huiles
    • 2.2 Pastels
    • 2.3 Aquarelles
    • 2.4 Gouaches
  • 3 Galerie
  • 4 Salons
  • 5 Expositions
  • 6 Notes et références
  • 7 Annexes
    • 7.1 Sources
    • 7.2 Bibliographie
    • 7.3 Liens externes

Biographie

Jean-Louis Forain : Portrait de l'artiste (huile sur toile, 1906, musée d'Orsay)

Fils d'un modeste peintre en bâtiment, Forain s'établit à Paris vers les années 1860 et étudie la peinture et le dessin auprès de Jacquesson de La Chevreuse, Jean-Baptiste Carpeaux et André Gill. Entré à l'École des beaux-arts de Paris, il a pour professeur Jean-Léon Gérôme.

« Doux pays – Le péril clérical », croquis pour L'Écho de Paris, reproduit dans Le Pèlerin en 1902.

Il participe à la guerre de 1870, puis devient l'ami de Paul Verlaine et d'Arthur Rimbaud. Il habite avec ce dernier dans une chambre louée par Verlaine à Paris, rue Campagne-Première, de janvier à mars 1872. À cette époque on le surnomme Gavroche1. Il est un familier des salons de Nina de Callias et de la comtesse de Loynes, où il croise les écrivains Maurice Barrès, Paul Bourget, et fréquente Edgar Degas et Édouard Manet. Il commence sa carrière de peintre aux côtés des impressionnistes avec qui il participe à plusieurs expositions entre 1879 et 1886. Très proche de son ainé Degas, qui dira un jour: "Je ne veux pas de discours. Si ! Forain vous en ferez un, vous direz : il aimait le dessin."2

Il débute comme illustrateur en 1876 dans la revue La Cravache parisienne, et publie quelques caricatures, dans différents journaux tels que Le Scapin en 1876, puis La Vie moderne, Le Monde parisien et La République des lettres, où il fait preuve d’une ironie pleine de verve. Découvrant le monde de l'opéra avec ses danseuses et ses abonnés, il en fait son thème de prédilection.

Jean-Louis Forain participe à quatre expositions des huit Expositions Impressionnistes (1879, 1880, 1881 et 1886).

Son tableau Le Buffet, qui montre une réception mondaine, est reçu au Salon de 1884. Le Veuf est également accepté au Salon de 1885. À partir de 1887, Le Courrier français lance Forain en publiant régulièrement ses dessins satiriques et, en 1891, débute sa collaboration avec Le Figaro qui durera trente-cinq ans. De nombreux journaux tels L'Écho de Paris, le New York Herald, le Journal amusant, Le Rire, Le Temps, L'Assiette au beurre, Le Gaulois se disputent également son esprit caustique. Il explique dans Le Fifre, son propre journal lancé en 18893, qu’il veut « conter la vie de tous les jours, montrer le ridicule de certaines douleurs, la tristesse de bien des joies, et constater rudement quelquefois par quelle hypocrite façon le Vice tend à se manifester en nous »4.

Le peintre Forain et sa femme dans son atelier (photographie, 1891)

En 1891, Forain épouse la portraitiste Jeanne Bosc. Il peint des panneaux pour un haut lieu mondain de la Belle Époque, le Café Riche, à Paris.

Avec le boulangisme, le scandale de Panama, et l’affaire Dreyfus, Forain se détourne de la satire sociale et s’oriente progressivement vers la satire politique contre les « turpitudes » de la Troisième République. Il fréquente à cette époque le salon de la comtesse de Martel. Le polémiste se déchaîne dans le Psst…!5, journal anti-dreyfusard qu’il fonde en 1898 avec Caran d'Ache et le soutien actif d'Edgar Degas et Maurice Barrès.

En 1900, il retrouve la foi catholique de son enfance et participe à plusieurs pèlerinages à Lourdes.

Pendant la Première Guerre mondiale, il exalte le patriotisme de ses contemporains dans L’Opinion, Le Figaro et Oui avec des légendes telles que « — Pourvu qu’ils tiennent. — Qui ça ? — Les Civils », parue le 9 janvier 1915.

Le Figaro du 31 mars 1913.

Engagé volontaire en 1914, âgé de 62 ans, il participe à la section de camouflage avec d'autres artistes comme Lucien-Victor Guirand de Scevola, André Dunoyer de Segonzac, André Mare ou Auguste Desch. Il accompagne les soldats dans les tranchées pour continuer à dessiner et à les soutenir moralement. Il est extrêmement populaire pendant ces années de guerre.

Après la guerre, durant l'hiver 1920, Forain participe avec d'autres artistes — Joë Bridge, Adolphe Willette, Francisque Poulbot, Maurice Neumont, Louis Morin, Maurice Millière, Raoul Guérin, Jules Depaquit — à la fondation de la République de Montmartre.

Il est, aux côtés de Joë Bridge, Adolphe Willette, Francisque Poulbot, Maurice Neumont, etc. membre de la goguette du Cornet6.

En 1921, par attachement à sa ville natale de Reims, il offre au musée municipal un lot important de dessins préparatoires. Certains de ses dessins de guerre sont d'ailleurs exposés dans une des salles du musée des beaux-arts de Reims.

Forain est élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1923. La même année, il devient président de la République de Montmartre et le restera jusqu'à la fin de sa vie. Il est membre de la Royal Academy en 1931 et commandeur de la Légion d'honneur7. Sa tombe se trouve au cimetière du Chesnay, près de Versailles. On trouve une note sur ses obsèques dans les Cahiers de Paul Valéry, à la date du 15 juillet 1931.

Des exemples d'Œuvres dans des collections publiques

Huiles

  • Le Pêcheur, 1884, Southampton, City Art Gallery. [archive]
  • La Loge, 1885, Paris, Musée Carnavalet.
  • Anna de Noailles, 1905, Paris, Musée Carnavalet.
  • Scène de tribunal, 1907, Paris, Musée d'Orsay.
  • Le Veuf, Paris, Musée d'Orsay.
  • Scène de tribunal, c.1925, Paris, Musée du Louvre.
  • Les courses, vers 1880, Moscou, Musée Pouchkine.
  • Madame Forain pêchant à la ligne,1896, Washington, National Gallery of Art.

Pastels

  • Portrait de J-K. Huysmans, vers 1878, Paris, Musée d'Orsay.
  • Femme respirant des fleurs, 1883, Memphis, Dixon Gallery Gardens
  • Dans les coulisses, vers 1900, Paris, Petit Palais
  • Femme à sa toilette (c.1895/96) Mexico Soumaya Museo.

Aquarelles

  • Le Client, 1878, Memphis, Dixon Gallery and Gardens.
  • Le bar aux Folies-Bergère, 1878 New York, NY The Brooklyn Museum.
  • Entracte, Sur la Scène, 1879, Memphis, Dixon Gallery Gardens.
  • Soirée parisienne, c.1878, Memphis Dixon Gallery Gardens.

Gouaches

  • La Confidence au bal, 1894, gouache sur papier brun, Paris, Musée des arts décoratifs.
  • Le Trottin de Paris, 1894, gouaches, Genève, musée du Petit Palais à Genève.

Galerie

Salons

  • Salon des artistes français de 1884 : Le Buffet.
  • Salon des artistes français de 1885 : Le Veuf.
  • Salon des artistes français de 1930 : Autoportrait.

Expositions

  • 4e, 5e, 6e et 8e Expositions Impressionnistes (1879,1880,1881et 1886).
  • Exposition monographique au Musée des Arts décoratifs, Palais du Louvre, Pavillon de Marsan, 1913.
  • Paris, Bibliothèque nationale de France pour le centenaire de sa naissance, de juin à septembre 1952.
  • Jean-Louis Forain, Paris, Musée Marmottan, de mai à juin 1978.
  • Chagny, musée des deux guerres mondiales, de janvier à juillet 1986.
  • Jean-Louis Forain, Avignon, Musée Angladon puis Les Baux de Provence, Musée Yves Brayer, 2003.
  • The Dancer: Degas, Forain and Toulouse-Lautrec, The Portland Art Museum, 2008.
  • La Comédie parisienne, retrospective, Paris, Petit Palais, 2011.

Notes et références

  1. « Trois dessins de Rimbaud par Forain » [archive]
  2. Leila Jarbouai, Marine Kisiel, direction Musée d'Orsay, Degas Danse Dessin. Hommage à Degas avec Paul Valéry, Paris, Gallimard, 2017 (ISBN 978-2-07-275197-4), p. 227
  3. 15 numéros du 23 février au 1er juin 1889
  4. J.-L. Forain, « Bienvenue », Le Fifre, no 1,‎ 23 février 1889
  5. « Psst…! » [archive]
  6. « Le Déjeuner Maurice Neumont », Le Cornet,‎ avril 1922, p. 5 (lire en ligne [archive]).
  7. « Dossier dans l'ordre de la Légion d'honneur de Louis Henri Forain » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture

Annexes

Sources

  • Cet article contient tout ou partie d'un document provenant du site La Vie rémoise.

Bibliographie

Par ordre chronologique de publication :

  • Revue " L'Art et les Artistes - Forain", par Gustave Geffroy, n°21 - Novembre 1921, Paris
  • Charles Kunstler, Forain, Paris, F. Rieder & cie, 1931, 63 p. contient 60 planches hors-texte en héliogravure
  • Léandre Vaillat, En écoutant Forain, Flammarion, 1931, 257 p.
  • J.-L. Forain, peintre, dessinateur et graveur : exposition organisée pour le centenaire de sa naissance, Bibliothèque nationale, juin-septembre 1952, Paris, Bibliothèque nationale, 1952, 45 p.
  • Jean-François Bory, Forain, Paris, H. Veyrier, 1979, 126 p. (ISBN 2-85199-197-3)
  • (en) Alicia Craig Faxon, Jean-Louis Forain : a catalogue raisonné of the prints, New York, Garland Pub., 1982, 297 p. (ISBN 0-8240-9343-7)
  • (en) Alicia Craig Faxon, Jean-Louis Forain : artist, realist, humanist : organized and circulated by the International Exhibitions Foundation, Washington, D.C., 1982-1983, Washington, D.C., The Foundation, 1982, 60 p. (ISBN 0-88397-042-2)
  • Jean-Louis Forain : chroniqueur - illustrateur de guerre, 1914-1919 : catalogue édité à l'occasion de l'exposition organisée par la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Musée des deux guerres mondiales, janvier-juillet 1986, 1986, 82 p.
  • Cécile Coutin, Jean-Louis Forain et la guerre de 1914-1918, Université de Paris 4, 1987 (thèse de doctorat).
  • Cécile Coutin, Pourvu qu'ils tiennent...les français!, Paris, 1994, 22 p. (ISBN 2-88453-010-X)
  • Galerie Hopkins-Thomas, Jean-Louis Forain : les années impressionnistes, Lausanne, Bibliothèque des arts, 1995, 170 p. (ISBN 2-88453-010-X)
  • Jean-Louis Forain, 1852-1931 : catalogue d'exposition, 8 avril - 28 septembre 2003, Musée Angladon, Avignon, Musée Yves Brayer, Les Baux-de-Provence, 2003, 80 p. (ISBN 2-9510540-1-7)
  • Florence Valdes-Forain, Jean-Louis Forain, la Comédie Parisienne, Paris, Petit Palais, 2011 (ISBN 9782759601554)
  • (en) Florence Valdes-Forain., Jean-Louis Forain, la Comédie Parisienne, Memphis, Tennessee, U.S.A., The Dixon Gallery and Gardens, 2011 (ISBN 9782759601554)
  • André Roussard, Dictionnaire des peintres à Montmartre, Éditions A. Roussard, Paris, 1999, p. 237-238

Liens externes

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14 octobre 2019

Huysmans Joris-Karl

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Joris-Karl Huysmans

 

Joris-Karl Huysmans

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Joris-Karl Huysmans,
photographie d'André Taponier (1904).
Nom de naissance Charles Marie Georges Huysmans
Naissance 5 février 1848
Paris
Décès 12 mai 1907 (à 59 ans)
Paris
Activité principale
romancier, critique d'art
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement naturalisme, décadentisme, symbolisme

Œuvres principales

  • Sac au dos (1880)
  • "En ménage" (1881)
  • À rebours (1884)
  • En rade (1887)
  • Là-bas (1891)
  • En route (1895)
  • La Cathédrale (1898)
  • L'Oblat (1903)

Joris-Karl Huysmans [ɥismɑ̃ːs]1, nom d'usage de Charles Marie Georges Huysmans, est un écrivain et critique d'art français, né le 5 février 1848 à Paris, et mort dans la même ville2 le 12 mai 1907.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Le romancier
    • 1.2 L’écrivain décadent
    • 1.3 Le converti littéraire
    • 1.4 Le critique d’art
    • 1.5 Le critique littéraire
  • 2 Principales œuvres
  • 3 Postérité
    • 3.1 Adaptation musicale
    • 3.2 Littérature
  • 4 Notes et références
  • 5 Annexes
    • 5.1 Bibliographie
    • 5.2 Liens externes

Biographie

Plaque commémorative de Joris-Karl Huysmans entre les nos 8 et 9 rue Cambacérès à Paris (8e).

Huysmans naît le 5 février 1848 au no 11 (actuel no 9) de la rue Suger dans le 6e arrondissement de Paris, d'un père néerlandais du nom de Godfried Huysmans, lithographe de profession, et d'une mère française, Malvina Badin, maîtresse d'école. Il passe toute son enfance dans cette maison. Il fit toute sa carrière au ministère de l'Intérieur, où il entra en 1866.

En 1880, il collabore au journal Le Gaulois, hostile à l'expulsion des jésuites décrétée par le gouvernement. Sous la pression de ses supérieurs hiérarchiques, il cesse sa collaboration.

En tant que romancier et critique d’art, il prit une part active à la vie littéraire et artistique française dans le dernier quart du XIXe siècle et jusqu’à sa mort, en 1907.

Défenseur du naturalisme à ses débuts, il rompit avec cette école pour explorer les possibilités nouvelles offertes par le symbolisme, et devint le principal représentant de l’esthétique fin de siècle. Dans la dernière partie de sa vie, il se convertit au catholicisme, renoua avec la tradition de la littérature mystique et fut ami de l'abbé Mugnier.

Atteint d’un cancer de la mâchoire, J.-K. Huysmans mourut à son domicile parisien le 12 mai 1907, et est inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse.

La Société J.-K. Huysmans fut créée après sa mort à l’initiative de son ami le romancier Lucien Descaves.

Par son œuvre de critique d’art, il contribua à promouvoir en France la peinture impressionniste ainsi que le mouvement symboliste, et permit au public de redécouvrir l’œuvre des artistes primitifs.

Le romancier

En 1874, Huysmans fait paraître à compte d'auteur un premier recueil de poèmes en prose intitulé Le Drageoir aux épices. Il s’agit d’un mélange hétéroclite de pièces de prose poétique, où l’auteur rend hommage aux peintres hollandais et flamands (Rembrandt, Rubens, Brouwer, van Ostade, Bega…) et à la poésie de François Villon. Si cette œuvre de jeunesse laisse encore deviner l’influence marquée du romantisme — Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand — ou de la poésie moderne — les Petits poèmes en prose de Baudelaire — elle témoigne cependant déjà d’un véritable talent d’écrivain réaliste et d’un intérêt marqué pour l'esthétique naturaliste développée à la même époque par Émile Zola.

En 1876, Huysmans publie son premier roman, d'inspiration ouvertement naturaliste, Marthe, histoire d'une fille, qui a pour thème la vie et les déboires d’une jeune parisienne contrainte par une société cupide et sans scrupules à aller jusqu'à se prostituer pour survivre. Craignant la censure qui sévit alors en France, Huysmans fit d’abord éditer ce roman à Bruxelles.

La même année, il se lie d'amitié avec Émile Zola, dont il prend ouvertement la défense dans un vibrant article consacré à son dernier roman, L'Assommoir. Cet article restera dans l'histoire de la littérature comme un des tout premiers manifestes en faveur du naturalisme.

Son deuxième roman, Les Sœurs Vatard, qui suit également la veine naturaliste, paraît en 1879, accompagné d'une dédicace à Zola, qu’il reconnaît comme son maître en littérature.

Dès lors, Huysmans appartient au petit groupe des jeunes écrivains reçus par Zola dans sa villa de Médan. Il y fréquente Guy de Maupassant, Léon Hennique, Henry Céard et Paul Alexis avec lesquels il collabore, en 1880, à la publication, sous l’égide de Zola, du recueil collectif de nouvelles naturalistes intitulé Les Soirées de Médan, dans lequel il insère Sac au dos, un récit ironique et antipatriotique de son expérience de civil mobilisé durant la Guerre de 1870.

Huysmans par Coll-Toc (Les Hommes d’aujourd’hui, 1885).

En Ménage, roman publié l’année suivante, et surtout À vau-l'eau, une longue nouvelle parue en 1882, peignent les existences ternes et sans saveur d’anti-héros usés par « cette vie moderne atroce3 », et dont les idées noires sont imbibées des préceptes pessimistes de Schopenhauer4. Huysmans développe dans ses romans une « philosophie existentielle de la vie »5.

Huysmans gardera de cette période une puissance d'évocation exceptionnelle dans ses descriptions architecturales, comme le Cycle de Durtal en témoigne dans les nombreuses pages consacrées aux édifices religieux.

L’écrivain décadent

En publiant À rebours en 1884, Huysmans rompt brutalement avec l'esthétique naturaliste. Les « tendances vers l'artifice6 » de son héros, des Esseintes, son rejet de la modernité, ses goûts décadents, ses manières de dandy excentrique et ses caprices d’esthète enthousiasmeront les lecteurs et en particulier la « jeunesse artiste7 » qui se reconnut dans l’esthétique fin de siècle créée par Huysmans, lequel avait su faire la synthèse des influences morbides de Charles Baudelaire ou d’Edgar Poe, des propensions au rêve exprimées par les poèmes de Stéphane Mallarmé ou les tableaux de Gustave Moreau, et du réalisme exigeant des œuvres de la littérature latine de l’époque de la décadence romaine.

À rebours reste une œuvre à part dans l’histoire de la littérature et une expérience romanesque jamais réitérée par son auteur. C'est un roman total intégrant au cœur de la narration romanesque des réflexions sur l’art et la littérature, qui, suivant la pensée de Pascal, s'affirme nécessairement contre le goût des multitudes (« d'incompréhensibles succès lui avaient à jamais gâté des tableaux et des livres chers ; devant l'approbation des suffrages, il finissait par leur découvrir d'imperceptibles tares et il les rejetait, se demandant si son flair ne s'appointait pas, ne se dupait point »). Le livre fait aussi étalage du cynisme de Huysmans (« Fais aux autres ce que tu ne veux pas qu'ils te fassent ; avec cette maxime tu iras loin »). C'est le château de Lourps que lui avait fait découvrir son ami Louis Félix Bescherer qui sert de cadre à l'ouverture du roman.

En cherchant à ouvrir, par ce roman, une voie nouvelle dans la littérature pour échapper à l’impasse du naturalisme, Huysmans en vient à s’interroger personnellement sur la question de la foi. En effet, le roman se terminait sur ces mots :

« Seigneur, prenez pitié du chrétien qui doute, de l'incrédule qui voudrait croire, du forçat de la vie qui s'embarque seul, dans la nuit, sous un firmament que n'éclairent plus les consolants fanaux du vieil espoir6 ! »

Le converti littéraire

Après avoir lu À rebours, l’écrivain catholique Barbey d’Aurevilly, reprenant ce qu'il avait déjà dit au poète Charles Baudelaire, avait prédit que Huysmans aurait un jour à choisir entre « la bouche d’un pistolet ou les pieds de la croix8 », autrement dit entre le suicide ou la conversion religieuse. Aussi, après le « livre noir » que fut Là-bas, Huysmans envisage d’écrire un « livre blanc », qui explorerait l’univers de la mystique chrétienne, à travers une forme littéraire totalement inédite qu’il baptise le « naturalisme spiritualiste3». Ce roman, intitulé En route (1895), retrace les étapes successives de la lente et douloureuse conversion de son auteur à la religion catholique.

Puis, dans La Cathédrale, un roman très documenté que Huysmans publie en 1898, il étudie la symbolique chrétienne dans le cadre à la fois majestueux et romanesque de la cathédrale de Chartres. À la même époque, il explore les trésors de l’architecture religieuse de Paris et compose plusieurs monographies et études historiques sur divers monuments9. Il s’intéresse alors à toutes les formes de l’art sacré, depuis la littérature mystique (Jean de Ruisbroek, Thérèse d'Ávila…), jusqu’au plain-chant, en passant par la peinture et la sculpture religieuse.

Joris-Karl Huysmans photographié par Dornac.

Après s'être retiré dans plusieurs monastères (La Salette, Igny, Solesmes, Saint-Wandrille…), Huysmans quitte Paris en 1899 pour s’installer définitivement dans le petit village de Ligugé, près de Poitiers dans la Vienne, où il s’est fait bâtir une demeure à proximité de l’abbaye bénédictine Saint-Martin. Là, il partage la vie quotidienne des moines et se prépare à devenir oblat. Mais en 1901, la loi sur les associations vient dissoudre la communauté de Saint-Martin, poussant les moines à l’exil et obligeant Huysmans à rejoindre Paris. Après avoir publié une hagiographie consacrée à la mystique chrétienne sainte Lydwine de Schiedam (1901), Huysmans racontera son expérience de la vie monastique dans L'Oblat (1903).

À travers les trois romans qu’il publia consécutivement à sa conversion (En route, La Cathédrale, L’Oblat), Huysmans annonce le grand mouvement de conversions littéraires que vont connaître les Lettres françaises au début du XXe siècle avec des auteurs comme Paul Bourget, Charles Péguy, Brunetière, Paul Claudel, Léon Bloy ou encore François Mauriac10.

Le critique d’art

Huysmans était le descendant, par son père, d'une lignée d'artistes peintres flamands. Certains tableaux du plus célèbre de ses ancêtres, Cornelis Huysmans, peintre à Anvers au XVIIe siècle, figurent aujourd’hui à Paris au musée du Louvre. Aussi, Huysmans, qui avait modifié son prénom d’état-civil (Georges-Charles) pour adopter un prénom aux sonorités évoquant mieux ses origines hollandaises (Joris-Karl), débuta en publiant des descriptions de tableaux de peintres hollandais : « Le Bon compagnon de Frans Hals » (1875) et « Le Cellier de Pieter de Hooch » (1875).

Puis, à partir de 1876, Huysmans collabore, en tant que chroniqueur d’art, à différents journaux pour lesquels il rédige des comptes rendus des Salons de peinture. À cette occasion, il découvre les tableaux de plusieurs jeunes artistes indépendants qui exposent à l’écart des Salons officiels, où leurs œuvres sont systématiquement refusées par le jury. Il s’enthousiasme pour Édouard Manet, dont il vante un tableau intitulé Nana : « Nana est incontestablement l’une des meilleures toiles qu’il ait jamais signées. […] Elle est supérieure à beaucoup des lamentables gaudrioles qui se sont abattues sur le Salon de 187711 ». Dès lors, Huysmans prend la tête du combat visant à imposer l’impressionnisme au public, auquel il fait successivement découvrir les œuvres de Claude Monet, Edgar Degas, Gustave Caillebotte, Paul Cézanne, Camille Pissarro, Paul Gauguin, Georges Seurat, Jean-Louis Forain… Il fut par ailleurs un opposant farouche à l’art salonnier dont il fustige les principaux représentants : Alexandre Cabanel, Jean-Léon Gérôme ou Carolus-Duran.

Jean-Louis Forain, Joris-Karl Huysmans, écrivain (1878), Paris, musée d'Orsay.

Vers 1889, Huysmans découvre les œuvres d’Odilon Redon, de Gustave Moreau, de Jean-François Raffaëlli et de Félicien Rops et participe largement à faire connaître au public le mouvement du symbolisme en peinture.

Il réunira par la suite ses nombreuses chroniques d’art dans deux recueils12 : L’Art moderne (1883) et Certains (1889). Claude Monet, après les avoir lus, dira : « Jamais on n'a si bien, si hautement écrit sur les artistes modernes. » Et Stéphane Mallarmé verra en Huysmans « le seul causeur d'art qui puisse faire lire de la première à la dernière page des Salons d'antan, plus neufs que ceux du jour. »[réf. nécessaire]

Après sa conversion au catholicisme vers 1895, Huysmans redécouvre ensuite l’art religieux (Fra Angelico…), et en particulier la peinture des primitifs. Il signe alors de très beaux textes sur Matthias Grünewald, Roger van der Weyden, Quentin Metsys, le Maître de Flémalle.

Le critique littéraire

Huysmans est également l’auteur d’une œuvre de critique littéraire importante13. Ses écrits sur la littérature, dont la production s’étend de 1876 à 1904, prennent tantôt la forme de chroniques littéraires, de comptes rendus d’ouvrages ou d’études d’œuvres (L’Assommoir de Zola, Gamiani de Musset), tantôt la forme de portraits d’écrivains (Baudelaire, Flaubert, Maupassant, Edmond de Goncourt, Mallarmé, Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle Adam…), de préfaces (Rimes de joie de Théodore Hannon ; Le Latin mystique de Remy de Gourmont ; Poésies religieuses de Verlaine…), voire de réflexions sur la littérature intégrées sous forme digressive à l’intérieur de ses propres romans.

S’il reproche à la littérature latine classique sa sécheresse stylistique (Virgile, Tite-Live, Horace, Tacite…), Huysmans rend toutefois hommage à certains poètes mineurs dont la lecture lui paraît plus stimulante : Pétrone, Lucain, Apulée ou Tertullien… S’il condamne la littérature française classique (dont il ne sauve guère que Pascal), tout comme le mouvement du romantisme (au premier rang desquels il fustige Hugo, Lamartine et Mérimée), c’est pour mieux défendre par contraste la littérature moderne, depuis Baudelaire jusqu’à Zola, dont Huysmans sera d’ailleurs, dès 1876, un des premiers défenseurs et disciples.

Très tôt, en effet, comme on l'a dit plus haut, Huysmans s’engage dans la défense du mouvement naturaliste, aux côtés des premiers disciples d’Émile Zola avec lesquels il participera au recueil collectif des Soirées de Médan (1880).

Dans le milieu des années 1880, Huysmans apporte son soutien au courant symboliste (Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle-Adam, Remy de Gourmont…) en contribuant notamment à faire connaître du public les œuvres de Mallarmé.

Enfin, postérieurement à sa conversion au catholicisme, ses intérêts le portent vers des auteurs catholiques (Ernest Hello) ou des œuvres plus spécifiquement religieuses, telles Lourdes de Zola ou les Poésies religieuses de Verlaine.

Principales œuvres

  • Le Drageoir aux épices (recueil de prose poétique, 1874).
  • Marthe, histoire d’une fille (roman, 1876).
  • Les Sœurs Vatard (roman, 1879).
  • Sac au dos (nouvelle parue dans Les Soirées de Médan, 1880).
  • Croquis parisiens (poèmes en prose, 1880).
  • En ménage (roman, 1881).
  • À vau-l’eau, (nouvelle, éditions Henry Kistemaeckers, Bruxelles, 1882).
  • L’Art moderne (critique d’art, 1883).
  • À rebours (roman, 1884).
  • En rade (roman, 1887).
  • Un dilemme (nouvelle, 1887).
  • La Retraite de monsieur Bougran (nouvelle, 1888 ; pub. posthume 1964).
  • Certains (critique d’art, 1889).
  • La Bièvre (monographie, 1890).
  • Là-bas (roman, 1891).
  • En route (roman, 1895).
  • La Cathédrale (roman, 1898).
  • La Bièvre et Saint-Séverin (monographies, 1898).
  • Les Gobelins ; Saint-Séverin (monographies, 1901).
  • Sainte Lydwine de Schiedam (hagiographie, 1901).
  • De tout (recueil d’articles, 1902).
  • L'Oblat (roman, 1903).
  • Trois Primitifs (critique d’art, 1905).
  • Les Foules de Lourdes (roman, 1906).
  • Trois Églises (monographie, pub. posthume 1908).

Postérité

Adaptation musicale

En 2013, Will Z du groupe Cosmic Trip Machine adapte en musique Là-bas sur son album 12 Visions.

Littérature

Le héros principal du roman Soumission de Michel Houellebecq est un professeur spécialiste de l'œuvre de Joris-Karl Huysmans14. L'épigraphe du roman est une citation du roman En route.

Notes et références

  1. Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Louvain-la-Neuve, Peeters, 1994 (lire en ligne [archive]), p. 103.
  2. À son domicile du no 31 rue Saint-Placide.
  3. a et b Là-bas (1891).
  4. Rudy Steinmetz, « Huysmans avec Schopenhauer : le pessimisme d’À rebours », Romantisme, vol. 18, no 61,‎ 1988, p. 59-66 (lire en ligne [archive]).
  5. Brendan King, « J.-K. Huysmans (1848-1907) » [archive], sur www.huysmans.org (consulté le 1er mai 2017).
  6. a et b À rebours (1884).
  7. « J.-K. Huysmans », dans Les Hommes d’aujourd’hui (1885)
  8. Jules Barbey d’Aurevilly, « À rebours », Le Constitutionnel, (28 juillet 1884)
  9. Ces textes ont été réunis dans deux recueils : J.-K. Huysmans, À Paris (Bartillat, 2005) et Les Églises de Paris (Éditions de Paris, 2005)
  10. Jules Sageret, Les Grands Convertis, Société du Mercure de France, 1906.
  11. « La Nana de Manet », L’Artiste (Bruxelles), 13 mai 1877 ; rééd. dans J.-K. Huysmans, Écrits sur l’art (1867-1905), Éd. Patrice Locmant, Paris, Bartillat, 2006
  12. L’ensemble des écrits esthétiques de Huysmans ont depuis été réunis en une édition complète : J.-K. Huysmans, Écrits sur l’art (1867-1905), édition établie et préfacée par Patrice Locmant, Paris, Éditions Bartillat, 2006.
  13. J.-K. Huysmans, Écrits sur la littérature, édition présentée et établie par Patrice Locmant, Paris, Éditions Hermann, coll. « Savoirs Lettres », 2010.
  14. « Houellebecq remet en lumière l'œuvre de Huysmans, écrivain de la décadence » [archive], sur leparisien.fr, 6 janvier 2015.

Annexes

Bibliographie

Portrait de Huysmans, avant 1917.

Par ordre chronologique de parution :

Biographies de J.-K. Huysmans
  • Robert Baldick, La Vie de J.-K. Huysmans [The Life of J.-K. Huysmans, 1955], traduit de l’anglais par Marcel Thomas, Paris, Denoël, 1958.
  • Alain Vircondelet, J.-K. Huysmans, Paris, Plon, 1990.
  • Patrice Locmant, J.-K. Huysmans, le forçat de la vie, Paris, Bartillat, 2007 (Prix Goncourt de la Biographie).
Monographies et études sur J.-K. Huysmans
  • Gustave Coquiot, Le Vrai J.-K. Huysmans, Paris, Charles Bosse, 1912
  • Léon Bloy, Sur la tombe de Huysmans, Paris, Collection des Curiosités littéraires, 1913, 74 p.
  • Henri Bachelin, J.-K. Huysmans : Du naturalisme littéraire au naturalisme mystique, Paris, Librairie académique Perrin, 1926
  • Frédéric Canovas, L'Écriture rêvée, Paris, L'Harmattan, 2000.
  • Gustave Vanwelkenhuyzen, J.-K. Huysmans et la Belgique, Paris, Mercure de France, 1935
  • Lucien Descaves, Les Dernières Années de J.-K. Huysmans, Paris, Albin Michel, 1941
  • Pierre Cogny, Huysmans : À la recherche de l’unité, Paris, Nizet, 1953
  • Gustave Vanwelkenhuyzen, Insurgés de lettres : Verlaine, Bloy et Huysmans, Paris, Renaissance du livre, 1953
  • Charles Maingon, L’Univers artistique de J.-K. Huysmans, Paris, Nizet, 1977
  • Monographie éditée par la BNF : Joris-Karl Huysmans: du naturalisme au satanisme et à Dieu, Bibliothèque nationale, 1979 (ISBN 9782717714906)
  • Jean Borie, Huysmans : Le Diable, le célibataire et Dieu, Paris, Grasset, 1991
  • Alian Vircondelet (dir.), Huysmans. Entre grâce et péché, Paris, Beauchesne, 1995
  • Jean-Marie Seillan, « Huysmans, un antisémite fin-de-siècle », Romantisme, vol. 27, no 95,‎ 1997, p. 113-126 (lire en ligne [archive])
  • Marc Brunel et André Guyaux, Cahier Huysmans, Paris, Éditions de l'Herne, coll. « Cahiers de l'Herne » (no 47), 1985, 466 p. (ISBN 9782851970527, présentation en ligne [archive]).
  • Marc Smeets, Huysmans l'inchangé. Histoire d'une conversion, Amsterdam/New York, Rodopi, 2003.
  • Alain Buisine, Huysmans à fleur de peau : Le Goût des Primitifs, Arras, Artois Presses Université, 2004.
  • Gaël Prigent, Huysmans et la Bible, Paris, Champion, 2008.
  • Jérôme Solal, Huysmans et l'homme de la fin, Caen, Minard, 2008
  • Jean-Marie Seillan, Huysmans. Politique et religion, Paris, Classiques Garnier, 2009
  • Jérôme Solal, Huysmans avant Dieu, Paris, Classiques Garnier, 2010
  • Joanny Bricaud, J.-K. Huysmans et le satanisme : d'après des documents inédits, Hachette livre-BNF, 2014 (1re éd. 1913) (ISBN 9782013486378, lire en ligne [archive]).
  • Jérémy Lambert, Peinture et bibelot. Prégnance du pictural dans l’œuvre de Joris-Karl Huysmans, Paris, Honoré Champion, 2012
  • Carine Roucan, Le « Roman de Durtal » : une autofiction ?, Sarrebrück, Ed. universitaires européennes, 2015
  • Jérôme Solal, Huysmans avec Dieu, Paris, Classiques Garnier, 2015

Liens externes

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13 octobre 2019

Thomson William

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William Thomson (Lord Kelvin)

 
William Thomson

220px-Lord_Kelvin_photograph

Lord Kelvin
Naissance 26 juin 1824
Belfast (Irlande)
Décès 17 décembre 1907 (à 83 ans)
Largs
Nationalité Britannique
Domaines physicien
Institutions Université de Glasgow
Diplôme Royal Belfast Academical Institution (en)
Université de Glasgow
Peterhouse
Renommé pour Effet Joule-Thomson
Thomson effect (thermoelectric)
Galvanomètre à miroir (en)
Enregistreur à siphon (en)
Modèle de Kelvin-Voigt
Générateur électrostatique de Kelvin
Onde de Kelvin
Instabilité de Kelvin-Helmholtz
Mécanisme de Kelvin-Helmholtz
Luminosité de Kelvin–Helmholtz
Transformée de Kelvin (en)
Fonction de Kelvin-Bessel
Zéro absolu
Théorème de la circulation de Kelvin (en)
Théorème de Stokes
Pont de Kelvin (en)
Mesure 4 pointes
Équation de Kelvin
Diviseur de Kelvin-Varley (en)
Magnétorésistance
Le terme « énergie cinétique »
William Thomson, mieux connu sous le nom de Lord Kelvin (Belfast, 26 juin 1824 - Largs, 17 décembre 1907), 1er baron Kelvin, est un physicien britannique d'origine irlandaise reconnu pour ses travaux en thermodynamique.

Une des innovations de Kelvin est l'introduction d'un « zéro absolu » correspondant à l'absence absolue d'agitation thermique et de pression d'un gaz, dont il avait remarqué les variations liées selon un rapport linéaire. Il a laissé son nom à l'échelle de température, dite absolue, ou température « thermodynamique », mesurée en kelvins.

Sommaire

  • 1 Travaux et recherches
    • 1.1 Deuxième principe de la thermodynamique
    • 1.2 Électricité
    • 1.3 Mécanique
    • 1.4 Âge de la Terre
  • 2 Distinctions
  • 3 Notes et références
  • 4 Voir aussi
    • 4.1 Articles connexes
    • 4.2 Liens externes

Travaux et recherches

Deuxième principe de la thermodynamique

Statue de Lord Kelvin, 'Botanic Gardens', Belfast

Le deuxième principe de la thermodynamique possède un énoncé historique, dit de Thomson :

« Soit un cycle monotherme. Il ne peut être moteur. »

Cela interdisait l'hypothèse des moteurs perpétuels de deuxième espèce, dont l'image classique présentée aux étudiants est la suivante : la mer à 15 °C est un réservoir potentiel d'énergie fantastique, si on pouvait en tirer un travail : un navire avancerait ainsi, laissant derrière lui un sillage d'eau plus froide. Mais cela est interdit en vertu de ce deuxième principe.

Électricité

Ces mêmes études lui permirent d'étudier la conduction électrique des câbles sous-marins : il est promoteur de la grande construction du premier câble transatlantique. En revanche, il se heurta aux études de Maxwell sur l'éther : il se refusait à l'idée d'une propagation « transverse », sans propagation « longitudinale », dans ce milieu. Son étude de l'influence de la température sur la conduction électrique lui permit également de découvrir l'effet Thomson, ainsi que la relation entre l'effet Peltier et l'effet Seebeck, à la base de la thermoélectricité.

Il est également l'inventeur d'un mécanisme simple et bon marché de production d'électricité statique par influence, nommé le Replenisher1.

Mécanique

Calculateur mécanique de 1878

On retrouve sa trace dans nombre de théorèmes dits de Thomson, où le théorème de Stokes intervient. Ses mémoires contribueront beaucoup à l'épuration de la théorie des vortex, dont sortira, comme un joyau, l'analyse vectorielle de Gibbs (1839-1903) : les vecteurs sont si familiers de nos jours que cela est un peu occulté.

Atomiste, il eut une vision originale de la théorie des atomes à base de nœuds, vortex et quaternions, théorie remarquable, mais sans issue.

Il a aussi construit un des premiers calculateurs analogiques, un prédicteur de marées mécanique appliquant les principes de l'analyse harmonique2.

Âge de la Terre

Ses études de la conduction thermique lui firent trouver, vers les années 1850, un temps de refroidissement de la Terre qui, sans conforter les études bibliques, était néanmoins incompatible avec les travaux de Charles Lyell (1797-1875), fondateur des « couches géologiques ». En effet, la théorie de Lyell suggère que la Terre a été façonnée lentement sur une très longue période de temps par des forces toujours existantes. Or, Lord Kelvin aboutit à un temps bien trop court pour être en accord avec les travaux de Lyell. De ce fait, il fut mal considéré par les pro-darwiniens.

Ses études, basées sur le refroidissement de la Terre et sur le gradient de température constaté dans les profondeurs, donnent une fourchette se situant entre 24 et 400 millions d'années. La méconnaissance à cette époque de l'énergie radioactive est souvent considérée comme la cause de l'erreur de Kelvin, mais elle est en fait due au transfert thermique interne dans le manteau par convection, alors que Kelvin avait présumé un transfert de chaleur par conduction thermique3,4.

Article détaillé : Âge de la Terre.

Distinctions

Il a été distingué pour être titulaire des décorations ou prix scientifiques, ou membre des conseils ou sociétés savantes qui suivent :

  • titulaire de l'ordre du Mérite (Royaume-Uni), de l'ordre royal de Victoria,
  • membre du Conseil privé du Royaume-Uni,
  • membre de la Royal Society, qu'il préside de 1890 à 1895,
  • lauréat de la Royal Medal en 1856, de la médaille Copley en 1883,
  • membre de la Royal Society of Edinburgh (FRSE).

Notes et références

  1. Schéma de principe du replenisher [archive]
  2. Franck Greenaway, « William Thomson, lord Kelvin » [archive], sur Encyclopædia Universalis
  3. England P, Molnar P, Richter F, Kelvin, Perry et l'âge de la terre, Pour la Science, février 2008, p. 32-37, traduit d'un article d'American Scientist [archive]
  4. Jean-Louis Le Mouël, Le refroidissement de la Terre [archive], 196e conférence de l’Université de tous les savoirs, 14 juillet 2000

Voir aussi

Articles connexes

  • Replenisher
  • Liste de prédictions erronées
  • Kelvinator, une compagnie de réfrigérateurs nommée en son honneur
  • Sillage de Kelvin
  • Générateur électrostatique de Kelvin
  • Hayyim Selig Slonimski (en) (1810-1904)

Liens externes

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12 octobre 2019

Ørsted Hans Christian

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Hans Christian Ørsted

 

Hans Christian Ørsted

220px-Hans_Christian_Ørsted_daguerreotype

Un daguerréotype du Pr. Ørsted
Naissance 14 août 1777
Rudkøbing (Danemark)
Décès 9 mars 1851 (à 73 ans)
Copenhague (Danemark)
Nationalité Drapeau du Danemark Danois
Domaines Physique
Institutions Académie royale des sciences de Suède
Université technique du Danemark
Diplôme Université de Copenhague
Renommé pour Découverte de l'interaction entre magnétisme et électricité
Unité Œrsted
Distinctions Médaille Copley (1820)

Hans Christian Ørsted (prononcé [hans kʰʁæsjan ˈɶɐ̯sɛð]) (14 août 1777 à Rudkøbing – 9 mars 1851 à Copenhague), parfois écrit Œrsted, est un physicien et chimiste danois. Il est à l'origine de la découverte de l'interaction entre électricité et magnétisme.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Découverte de l'interaction électricité - magnétisme
  • 3 Autres éléments biographiques
  • 4 Postérité
  • 5 Bibliographie
  • 6 Voir aussi
    • 6.1 Bibliographie
    • 6.2 Articles connexes
    • 6.3 Liens externes
  • 7 Notes et références

Biographie

Intéressé dès son plus jeune âge par la chimie et l'histoire naturelle, mais aussi par la littérature, il s'orienta, sous l'influence de son père apothicaire, vers des études qui firent de lui un pharmacien en 1797 alors qu'il venait d'avoir ses vingt ans. Trois ans plus tard, il obtint un diplôme de médecine qui aurait pu lui assurer son avenir dans le corps médical. Mais sa passion pour la chimie, notamment pour les forces électrochimiques, et son intérêt grandissant pour la philosophie de la Nature, furent les déclencheurs de toutes ses réflexions et expliquent en bonne partie pourquoi il s'intéressa aux travaux de Ritter sur le galvanisme.

De retour de son séjour d'étude à Lusptein — où il rencontra entre autres Cuvier et Jean-Baptiste Biot — il travailla en étroite collaboration avec Ritter et devint, après la mort de ce dernier, son héritier spirituel. Il est fait membre étranger de la Royal Society en 1821. Il fut influencé par la pensée allemande, notamment Emmanuel Kant.

Découverte de l'interaction électricité - magnétisme

Hans Christian Ørsted, Der Geist in der Natur, 1854

En avril 1820, lors d'un cours sur l'électricité qu'il faisait à ses étudiants, il découvrit la relation entre l'électricité et le magnétisme dans une expérience qui nous apparaît aujourd'hui comme très simple.

Il démontra, par l'expérience, qu'un fil transportant du courant était capable de faire bouger l'aiguille aimantée d'une boussole. Il pouvait donc y avoir interaction entre les forces électriques d'une part et les forces magnétiques d'autre part, ce qui était révolutionnaire pour l'époque1.

Ørsted ne suggéra aucune explication satisfaisante du phénomène, ni n'essaya de représenter le phénomène dans un cadre mathématique. Il publia cependant le 21 juillet 1820 ses résultats expérimentaux dans un article de 4 pages en latin intitulé : Experimenta circa effectum conflictus electrici in acum magneticam. Ses écrits furent traduits et diffusés dans l'ensemble des communautés scientifiques européennes et ses résultats vivement critiqués.

Ampère prit connaissance de ses résultats en septembre 1820 et développa rapidement la théorie qui allait permettre l'émergence de l'électromagnétisme. Le succès de cette théorie contribua à la reconnaissance d'Ørsted, aussi bien dans la communauté scientifique que parmi ses concitoyens.

La Royal Society lui décerne la médaille Copley en 1820.

Autres éléments biographiques

Statue de Hans Christian Ørsted à Rudkøbing au Danemark.

En 1819, il découvre la pipérine.

En 1825 il produisit pour la première fois de l'aluminium.

Il est le fondateur de l'Université technique du Danemark.

Il était franc-maçon2.

Postérité

Deux cent mille personnes assistèrent à son enterrement. La population danoise vécut sa perte comme un événement majeur et comme un deuil national car, grâce à sa découverte et à ses dons d'orateur, il avait contribué à donner une image active et positive du Danemark.

Cependant, Ørsted ne fut pas la première personne à découvrir que l'électricité et le magnétisme étaient reliés. Un clerc italien, Gian Domenico Romagnosi, s'en était avisé 18 ans auparavant. Il publia sa découverte dans un journal local, et elle fut ignorée de la communauté scientifique.

Depuis 1936, l’Association américaine des professeurs de physique décerne la médaille Oersted, qui récompense des contributions notables dans l'enseignement de la physique.

Le premier satellite danois a été baptisé de son nom en raison de sa mission qui est principalement de mesurer le champ magnétique terrestre.

Bibliographie

  • (da) Bjarne Kousholt, H.C. Ørsted og fornuften i naturen, Polyteknisk forlag, Copenhague, 2000, 112 p. (ISBN 87-502-0910-8)
  • (en) Robert M. Brain, Robert S. Cohen et Ole Knudsen Hans Christian Ørsted and the romantic legacy in science : ideas, disciplines, practices, Springer, Dordrecht (Pays-Bas), 2007, XVII-442 p. (ISBN 978-1-4020-2979-0)
  • (fr) Hans Christian Orsted : 1777-1977, Ministère des Affaires étrangères du Danemark, Copenhague, 1977, 48 p.
  • (fr) M. C. Harding (dir.), Correspondance de H. C. Örsted avec divers savants, H. Aschehoug, Copenhague, 1920, 2 vol.

Voir aussi

Bibliographie

  • Léonce Élie de Beaumont, Éloge historique de Jean-Christion Oersted, associé étranger, lu à la séance publique annuelle du 29 décembre 1862, dans Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France, Gauthier-Villars, Paris, 1864, tome 34, p. XXXVII-LXXXIV (lire en ligne) [archive]

Articles connexes

  • Œrsted (symbole Oe), l'unité qui porte son nom
  • André-Marie Ampère et James Clerk Maxwell, qui ont travaillé sur des thèmes similaires
  • Électromagnétisme

Liens externes

 

Notes et références

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11 octobre 2019

Euler Leonhard

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Leonhard Euler


Leonhard Euler

220px-Leonhard_Euler_2

Portrait par Johann Georg Brucker (1756)
Naissance 15 avril 1707
Bâle (Suisse)
Décès 18 septembre 1783 (à 76 ans)
Saint-Pétersbourg (Empire russe)
Nationalité Drapeau de la Suisse Suisse
Domaines Mathématiques et physique
Institutions Académie des sciences de Russie
Académie de Berlin
Renommé pour Liste complète

Signature

Signature de Leonhard Euler

Leonhard Euler, né le 15 avril 1707 à Bâle (Suisse) et mort à 76 ans le 7 septembre 1783 (18 septembre 1783 dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg (Empire russe)1, est un mathématicien et physicien suisse, qui passa la plus grande partie de sa vie dans l'Empire russe et en Allemagne. Il était notamment membre de l'Académie royale des sciences de Prusse à Berlin.

Euler fit d'importantes découvertes dans des domaines aussi variés que le calcul infinitésimal et la théorie des graphes. Il introduisit également une grande partie de la terminologie et de la notation des mathématiques modernes, en particulier pour l'analyse mathématique, comme la notion de fonction mathématique2. Il est aussi connu pour ses travaux en mécanique, en dynamique des fluides, en optique et en astronomie.

Euler est considéré comme un éminent mathématicien du XVIIIe siècle et l'un des plus grands et des plus prolifiques de tous les temps. Une déclaration attribuée à Pierre-Simon de Laplace exprime l'influence d'Euler sur les mathématiques : « Lisez Euler, lisez Euler, c'est notre maître à tous3 ». Il était un fervent chrétien, croyant en l'inerrance biblique, et s'opposa avec force aux athées éminents de son temps.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Premières années
    • 1.2 Saint-Pétersbourg
    • 1.3 Berlin
    • 1.4 Déclin de la vue
    • 1.5 Retour en Russie
  • 2 Contributions aux mathématiques
    • 2.1 Notation mathématique
    • 2.2 Analyse
    • 2.3 Théorie des nombres
    • 2.4 Géométrie
    • 2.5 Théorie des graphes
    • 2.6 Mathématiques appliquées
  • 3 Autres sciences
    • 3.1 Physique et astronomie
    • 3.2 Logique
  • 4 Philosophie personnelle et croyances religieuses
  • 5 Publications
    • 5.1 Édition des œuvres complètes
  • 6 Hommages et distinctions
  • 7 Notes et références
  • 8 Voir aussi
    • 8.1 Bibliographie
    • 8.2 Articles connexes
    • 8.3 Liens externes

Biographie

Premières années

Ancien billet de 10 francs suisses, honorant Euler

Leonhard Euler naît le 15 avril 1707 à Bâle1, il est le fils de Paul Euler (1670-1745), modeste pasteur des Églises réformées de Suisse, affecté provisoirement à la paroisse Saint-Jacques au cœur de la cité bâloise et de Margaretha Brucker (1677-1761), fille de pasteur. Il a deux jeunes sœurs du nom d'Anna Maria et de Maria Magdalena4. En 1708, alors que Leonhard n'a pas un an, la famille Euler déménage de Bâle pour rejoindre la campagne voisine à Riehen, où Paul Euler est nommé pasteur de la paroisse homonyme. Leonhard passe la plus grande partie de sa prime enfance entre Riehen, modeste village où se situe la maison du pasteur Euler, centre d'un foyer familial pieux et dévot, et Bâle, où résident ses grands-parents, ainsi que la plupart des amis de son père, anciens collègues à l'université de confession calviniste affirmée. Paul Euler, qui a suivi les cours de Jakob Bernoulli, est un ami du médecin, à la fois mathématicien et érudit humaniste, Johann Bernoulli, le frère de Jakob, depuis leurs jeunes années d'études universitaires. Paul donne les premières leçons de mathématiques à son fils et constate rapidement sa précocité d'assimilation et son esprit vif en calcul et géométrie. Lycéen à neuf ans dans la ville de Bâle, le jeune Leonhard réside chez sa grand-mère maternelle et il est déjà familier de la maison Bernoulli. Son père a souhaité au départ le confier au tutorat bienveillant de son ami, qui s'impose petit à petit comme un des principaux mathématiciens européens après avoir repris inopinément la charge de mathématicien de son défunt frère à l'université de Bâle en 1705. Mais le professeur Bernoulli refuse se disant accaparé par sa recherche et les fonctions de sa chaire : il ne peut que conseiller de bonnes lectures d'initiation à Leonhard, le laisser jouer avec son jeune fils Jean comme il en a pris l'habitude, et l'inviter comme un fils au sein de sa famille, pour le grand plaisir de sa femme, si sa grand-mère accepte et s'il est libre, durant les veilles de dimanches et de fêtes religieuses. Conscient des lacunes scientifiques du modeste lycée auquel il l'a inscrit, Paul Euler réserve à son fils des leçons particulières auprès du maître Johannes Burckhardt (1691-1743), à la fois théologien et mathématicien.

À l'âge de treize ans, en 1720, Leonhard est inscrit à l'université de Bâle, et en 1723 obtient sa maîtrise de philosophie ou Magister Philosophiae, grâce à une dissertation qui compare les idées maîtresses de Descartes à celles de Newton. À cette époque, tous les samedis après-midi, l'étudiant peut poser des questions sur les difficultés rencontrées durant ses lectures d'ouvrages recommandés à Johann Bernoulli, qui ne lui donne pas à vrai dire de leçons particulières, mais lui explique au gré de la conversation ouverte les principes et raisonnements à mettre en œuvre. Ce faisant, Johann découvre un intérêt et un certain talent de Leonhard pour les questions mathématiques5.

Après ces trois années de tronc commun conclues en 1723, le jeune titulaire de la maîtrise doit en principe étudier la théologie, le grec et l'hébreu à la demande de son père, afin de devenir comme lui un bon pasteur, mais Jean Bernoulli parvient à convaincre Paul Euler que Leonhard a des remarquables dispositions pour devenir un excellent mathématicien. En 1726, il termine brillamment ses études de mathématiques. Il recherche en vain un poste universitaire d'assistant en mathématiques. Mais en septembre 1726 lui parvient une invitation de l'académie de sciences de Saint-Pétersbourg sur recommandation des fils de Johann, Daniel et Nicolaus Bernoulli, déjà expatriés en Russie depuis plus d'un an, avec une première offre d'une chaire de physiologie (sic) qui s'explique par la disparition tragique de Nicolaus. En novembre 1726, Leonhard Euler se résigne à accepter finalement l'offre après avoir longtemps hésité, car ses connaissances en physiologie ne seraient que rudimentaire, malgré un début de formation, et il espérait encore un poste de professeur de physique à l'université de Bâle6. Ainsi, après une formation rapide et intense à la faculté de médecine de Bâle, il part le 5 avril 1727 vers la lointaine "Venise du Nord". Il n'a pas encore vingt ans.

En 1727, Leonhard participe au concours de l'Académie des sciences de Paris qui consiste à résoudre un problème scientifique. Cette année-là, le problème concret retenu consiste à justifier la meilleure façon de placer les mâts d'un navire. Euler remporte la deuxième place, derrière Pierre Bouguer, aujourd'hui reconnu comme le « père de l'architecture navale ». Par la suite, Euler, assidu participant à ce concours, gagnera le prestigieux prix annuel douze fois dans sa carrière7.

Saint-Pétersbourg

Créée en 1724 par Pierre le Grand, l'académie des sciences de Saint-Pétersbourg était destinée à améliorer l'éducation en Russie et à combler le retard scientifique qui la séparait de l'Europe occidentale. En conséquence, elle était particulièrement intéressante pour les jeunes diplômés de l'université, aventureux, et les maîtres soucieux d'obtenir une chaire. L'académie possède dès l'origine suffisamment de ressources financières et une bibliothèque complète tirée de la bibliothèque privée de Pierre le Grand et de la noblesse russe. Très peu d'étudiants sont inscrits dans l'Académie, de façon à diminuer la charge des professeurs, à mettre l'accent sur la recherche et à offrir à son corps professoral à la fois le temps et la liberté d'effectuer des recherches scientifiques8.

Répondant à l'appel dès sa fondation, les deux fils de Johannes Bernoulli, Daniel et Nicolaus, y travaillent dès l'année 1725 à l'Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg. En juillet 1726, Nicolas meurt de l'appendicite et la reprise par le cadet Daniel du poste de son frère en mathématiques et en physique explique la vacance du poste en physiologie qu'il avait préalablement occupé.

Timbre de 1957 de l'Union soviétique commémorant le 250e anniversaire d'Euler

Euler arrive dans la capitale russe le 17 mai 1727, le jour de la mort de Catherine Ire de Russie, veuve de Pierre le Grand. Il s'attend à sa grande hantise à être affecté au département médical de l'académie, mais entre temps, un poste d'assistant s'est libéré au département de mathématiques. Il loge et travaille alors auprès de Daniel Bernoulli, qui, nommé professeur, n'est autre que son supérieur direct. Euler maîtrise assez rapidement le russe, puis il s'installe de manière indépendante à Saint-Pétersbourg. Il prend également un emploi additionnel de médecin dans la marine russe9.

La défunte Catherine Ire de Russie s'était efforcée de suivre la politique de son défunt mari. La noblesse russe reprend lentement le pouvoir lors de l'ascension de Pierre II de Russie, âgé de douze ans. Les membres éminents de la noblesse se méfient des chercheurs étrangers ; le gouvernement réduit le financement universitaire et semble causer diverses tracasseries et difficultés aux recrues étrangères. Leurs conditions de travail semblent toutefois s'améliorer à la mort de Pierre II10 ; Alors que Euler peut rapidement gravir les échelons au sein de l'Académie, jusqu'à devenir professeur de physique en 1731, Daniel Bernoulli se lasse de la censure et de l'hostilité dont il fait l'objet à Saint-Pétersbourg. Deux ans plus tard, il repart pour Bâle. Euler lui succède alors à la tête du département de mathématiques11.

Le 7 janvier 1734, il épouse Katharina Gsell (1707-1773), fille du peintre émigré en Russie, Georg Gsell (de) (1673-1740)12. Georg Gsell est un peintre suisse originaire de Saint-Gall, recruté par Pierre le Grand en 1716 pendant son voyage en Europe, il est à la fois marchand d'art et conservateur de la Kunstkamera).

Le jeune couple achète une maison avec vue sur la Neva. De leurs treize enfants, cinq seulement atteignent l'âge adulte13. Leonhard Euler, après le décès de Katharina Gsell en 1773, épouse l'année suivante une demi-sœur de celle-ci, Salomé Abigail Gsell (1723-1794), fille de Dorothea Graff (1678-1743) et de Georg Gsell (1673-1740). Dorothea Graff, fille de Maria Sibylla Merian était comme elle peintre et naturaliste, et avait accompagné sa mère dans ses expéditions au Surinam14.

Berlin

Timbre de RDA commémorant le 200e anniversaire de la mort d'Euler

Préoccupé par la persistance des troubles en Russie, Euler quitta Saint-Pétersbourg le 19 juin 1741 pour occuper un poste à l'Académie de Berlin, qui lui était proposé par Frédéric II de Prusse. Il vécut pendant vingt-cinq ans à Berlin, où il écrivit plus de 380 articles. À Berlin, il publia deux célèbres ouvrages : l'Introductio in analysin infinitorum (« Introduction à l’analyse des infiniment petits »)1, un texte sur les fonctions publié en 1748 et Institutiones calculi differentialis (« Traité du calcul différentiel »)15,1, publié en 1755 et traitant du calcul différentiel16.

En outre, Euler fut invité à être le professeur de la princesse d'Anhalt-Dessau, la nièce de Frédéric II. Euler lui écrivit plus de 200 lettres, qui furent ensuite rassemblées dans un best-seller intitulé Lettres à une princesse d'Allemagne (en) sur divers sujets de physique et de philosophie. Cet ouvrage contient des publications d'Euler sur divers sujets se rapportant à la physique et aux mathématiques, mais également sur des sujets philosophiques. Ce livre est devenu le plus largement lu de tous ses travaux mathématiques, et il a été publié en Europe et aux États-Unis. La popularité des « Lettres » témoigne de la capacité d'Euler à communiquer efficacement sur les questions scientifiques au public, une capacité rare pour un chercheur scientifique16.

Malgré l'immense contribution d'Euler au prestige de l'Académie, il fut finalement contraint de quitter Berlin, en partie à cause d'un conflit de personnalité avec Frédéric II. En effet, le monarque avait moins de considération pour Euler que pour son cercle de philosophes. Voltaire faisait partie de ceux qui étaient aux côtés de Frédéric II, et il eut une bonne place dans le cercle du roi. Euler, simple homme religieux et travailleur acharné, était très classique dans ses convictions et ses goûts. Il fut, à bien des égards, l'opposé de Voltaire. Euler avait une formation limitée en rhétorique, et avait tendance à débattre sur des questions qu'il connaissait peu, faisant de lui une cible fréquente de l'esprit de Voltaire16. Frédéric II exprima également sa déception vis-à-vis des capacités d'ingénierie d'Euler :

« Je voulais avoir un jet d'eau dans mon jardin : Euler a calculé la force des roues nécessaire afin d'élever l'eau jusqu'à un réservoir, d'où elle doit redescendre à travers des canaux, pour enfin sortir de la fontaine. Mon moulin a été réalisé géométriquement mais ne peut pas élever une goutte d'eau à moins de cinquante pas du réservoir. Vanité des vanités ! Vanité de la géométrie17 ! »

Déclin de la vue

Portrait de 1753 par Emanuel Handmann. Cette représentation indique des problèmes de la paupière droite et un possible strabisme. L'œil gauche semble en bonne santé, mais il a plus tard été affecté par une cataracte18.

La vue d'Euler empira tout au long de sa carrière en mathématiques1. Trois ans après avoir souffert d'une fièvre quasi mortelle en 1735, il devint presque aveugle de l'œil droit. Euler attribua plutôt son état au travail minutieux qu'il avait effectué en cartographie pour l'Académie de Saint-Pétersbourg. La vue d'Euler de l'œil droit empira tout au long de son séjour en Allemagne, si bien que Frédéric II le surnommait « Cyclope »19,20,21. Euler souffrit ensuite d'une cataracte de l'œil gauche, le rendant presque totalement aveugle22. Il semble que ce mauvais état ait eu peu d'effet sur sa productivité, Euler ayant compensé son handicap par ses compétences en calcul mental et par sa mémoire eidétique. Par exemple, Euler pouvait répéter l'Énéide de Virgile, du début à la fin, sans hésitation, et pour chaque page de son édition, il pouvait citer la première ligne et la dernière. Avec l'aide de ses scribes, la productivité d'Euler dans de nombreux domaines d'étude augmenta en fait. Ainsi, il produisit en moyenne un document de mathématiques par semaine au cours de l'année 177523.

Retour en Russie

La tombe de Leonhard Euler au monastère Alexandre-Nevski.

La situation en Russie s'était grandement améliorée depuis l'accession au trône de Catherine II de Russie[réf. nécessaire] ; en 1766, Euler accepta une invitation à revenir à l'Académie de Saint-Pétersbourg. C'est ainsi qu'il passa le reste de sa vie en Russie. Son second séjour dans le pays fut cependant marqué par la tragédie. Un incendie à Saint-Pétersbourg en 1771 lui coûta son domicile, et faillit lui ôter la vie. En 1773, il perdit son épouse de 40 ans. Trois ans après la mort de sa femme, Euler se remaria avec la demi-sœur de celle-ci, Salomé Abigail Gsell (1723-1794)24. Ce mariage allait durer jusqu'à sa mort.

Le 18 septembre 1783, Euler décéda à Saint-Pétersbourg d'une hémorragie intra-cérébrale22 et fut enterré avec son épouse au cimetière luthérien de Smolensk sur l'île Vassilievski (au XXe siècle le cimetière a été fermé, les restes d'Euler ont été transférés au cimetière Saint-Lazare du monastère Alexandre-Nevski). Son éloge funèbre fut écrit pour l'Académie française par le mathématicien et philosophe français Nicolas de Condorcet. Le récit de sa vie, avec une liste de ses œuvres, fut écrit par Nikolaus von Fuss, le beau-fils d'Euler et le secrétaire de l'Académie des sciences de Russie. Condorcet écrit dans son Éloge : « … il cessa de calculer et de vivre25 ».

Contributions aux mathématiques

Leonhard Euler a travaillé dans presque tous les domaines des mathématiques : la géométrie, le calcul infinitésimal, la trigonométrie, l'algèbre et la théorie des nombres. Il est une figure capitale de l'histoire des mathématiques : s'ils étaient imprimés, ses écrits, dont beaucoup sont d'un intérêt fondamental, pourraient occuper entre quarante et soixante ouvrages23. Le nom d'Euler est associé à un grand nombre de sujets.

Notation mathématique

Euler a introduit et popularisé plusieurs conventions de notation par le biais de ses nombreux ouvrages largement diffusés. Plus particulièrement, il a introduit la notion de fonction2 et a été le premier à écrire f(x) pour désigner la fonction f appliquée à l'argument x, en 173426. Il a également introduit la notation moderne des fonctions trigonométriques, la lettre e pour la base du logarithme naturel (également connue sous le nom de nombre d'Euler) en 172726, la lettre grecque Σ pour désigner une somme en 175526 et la lettre i pour représenter l'unité imaginaire, en 177727. L'utilisation de la lettre grecque π pour désigner le rapport de la circonférence d'un cercle à son diamètre a également été popularisée par Euler, mais celui-ci n'est pas à l'origine de la notation.

Analyse

Le développement du calcul infinitésimal a été au premier plan des recherches mathématiques du XVIIIe siècle, et la famille Bernoulli — amis d'Euler — est à l'origine de nombreux progrès dans ce domaine. Grâce à leur influence, l'étude du calcul infinitésimal est devenu l'un des axes principaux du travail d'Euler. Bien que certaines des démonstrations d'Euler ne soient pas acceptables au regard des normes modernes de rigueur mathématique28, ses idées ont tout de même conduit à de grandes avancées.

Euler est bien connu dans le domaine de l'analyse pour son usage fréquent des séries numériques et des séries entières. Il a notamment montré que le nombre \mathrm{e} est la somme de la série de terme général {\dfrac {1}{n\,!}} :

{\mathrm {e}}=\sum _{{n=0}}^{\infty }{\dfrac {1}{n\,!}}=\lim _{{n\to \infty }}\left({\frac {1}{0\,!}}+{\frac {1}{1\,!}}+{\frac {1}{2\,!}}+\cdots +{\frac {1}{n\,!}}\right)\cdot

Il a trouvé le « développement en série entière » de la fonction exponentielle :

{\mathrm {e}}^{x}=\sum _{{n=0}}^{\infty }{\dfrac {x^{n}}{n\,!}}=\lim _{{n\to \infty }}\left({\frac {1}{0\,!}}+{\frac {x}{1\,!}}+{\frac {x^{2}}{2\,!}}+\cdots +{\frac {x^{n}}{n\,!}}\right)\cdot

et celui de la fonction arc tangente.

Sa ténacité à utiliser les développements en séries lui a permis de résoudre le fameux problème de Bâle en 173528 :

\sum _{{n=1}}^{\infty }{\dfrac {1}{n^{2}}}=\lim _{{n\to \infty }}\left({\frac {1}{1^{2}}}+{\frac {1}{2^{2}}}+{\frac {1}{3^{2}}}+\cdots +{\frac {1}{n^{2}}}\right)={\frac {\pi ^{2}}{6}}\cdot

Euler est pleinement conscient de la nécessité de démontrer rigoureusement les résultats de convergence dont il se sert, mais cela ne l'empêche pas d'écrire également des formules « paradoxales » telle que 1+2+4+8+16+\dots =-1, de définir des règles d'emploi et de calcul avec de telles séries divergentes, et de les utiliser pour obtenir des résultats inattendus concernant, par exemple, la fonction zêta29.

Une interprétation géométrique de la formule d'Euler

Euler a introduit l'utilisation de la fonction exponentielle et des logarithmes dans les démonstrations en analyse. Il a découvert des moyens d'exprimer différentes fonctions logarithmiques en utilisant les séries entières, et il a étendu la notion de logarithme aux nombres négatifs et aux nombres complexes27. Il a également défini la fonction exponentielle pour les nombres complexes, et a découvert la relation qui la lie aux fonctions trigonométriques :

pour tout réel \varphi , {\mathrm {e}}^{{\,{\mathrm {i}}\,\varphi }}=\cos(\varphi )+{\mathrm {i}}\,\sin(\varphi ).\,

Un cas particulier de cette « formule d'Euler », obtenu en donnant à \varphi la valeur \pi est

{\mathrm {e}}^{{\,{\mathrm {i}}\,\pi }}=-1\ , qu'on préfère souvent écrire : {\mathrm {e}}^{{\,{\mathrm {i}}\,\pi }}+1=0\,

formule connue sous le nom d'identité d'Euler, et qualifiée de « formule la plus remarquable des mathématiques » par Richard Feynman, car elle réunit en seulement 7 caractères l'addition, la multiplication, l'exponentiation, l'égalité et les constantes remarquables 0, 1, \mathrm{e}, {\mathrm {i}} et \pi 30. En 1988, les lecteurs de The Mathematical Intelligencer l'ont désignée comme « la plus belle formule mathématique de tous les temps31,32 ». Au total, le nom d'Euler figurait dans trois des cinq formules arrivées en tête de ce vote31,32.

La formule de De Moivre

(\cos(x)+{\mathrm {i}}\,\sin(x))^{n}=\cos(nx)+{\mathrm {i}}\,\sin(nx)~

est une conséquence directe de la formule d'Euler.

En outre, Euler a contribué à la théorie des fonctions transcendantes avec l'introduction de la fonction bêta et de la fonction gamma. Il a également introduit une nouvelle méthode pour résoudre les équations quartiques. Il a aussi trouvé une façon de calculer des intégrales avec des limites complexes, préfigurant le développement moderne de l'analyse complexe, et a inventé le calcul des variations, qui inclut l'un de ses résultats les plus célèbres, nommé l'équation d'Euler-Lagrange.

Euler fut le pionnier de l'utilisation de méthodes d'analyse pour résoudre des problèmes de la théorie des nombres. Ce faisant, il a réuni deux branches différentes des mathématiques et introduit un nouveau champ d'étude : la théorie analytique des nombres. Euler a aussi introduit la théorie des séries hypergéométriques, des fonctions hyperboliques et la théorie analytique des fractions continues. Par exemple, il a prouvé l'infinité des nombres premiers en utilisant la divergence de la série harmonique, et il a utilisé les méthodes analytiques pour avoir une meilleure compréhension de la répartition des nombres premiers. Les travaux d'Euler dans ce domaine ont contribué à l'élaboration du théorème des nombres premiers33.

Théorie des nombres

L'intérêt d'Euler dans la théorie des nombres peut être attribué à l'influence de Christian Goldbach, son ami34 à l'Académie de Saint-Pétersbourg. Un grand nombre des premiers travaux d'Euler en théorie des nombres est fondé sur les travaux de Pierre de Fermat. Euler a développé quelques idées de Fermat, et a réfuté certaines de ses conjectures.

Euler a fait le lien entre la distribution des nombres premiers et l'analyse. Il a démontré que la série des inverses des nombres premiers diverge35. Pour ce faire, il a découvert le lien entre la fonction zêta de Riemann et les nombres premiers.

Euler a démontré les identités de Newton, le petit théorème de Fermat, le théorème des deux carrés de Fermat, et il a également travaillé sur le théorème des quatre carrés de Lagrange. Il a aussi défini la fonction \varphi qui associe à tout entier n le nombre d'entiers positifs inférieurs à n et qui sont premiers avec n. En utilisant les propriétés de cette « indicatrice », il a généralisé le petit théorème de Fermat pour aboutir à ce qui est maintenant connu sous le nom de théorème d'Euler. Il a contribué de manière significative à la recherche sur les nombres parfaits, qui ont fasciné les mathématiciens depuis Euclide. Euler a également conjecturé la loi de réciprocité quadratique. Cet énoncé est considéré comme un théorème fondamental de la théorie des nombres, et en cela Euler a ouvert la voie aux travaux de Carl Friedrich Gauss36.

En 1772, Euler a démontré que 2^{{31}}-1= 2 147 483 647 est un nombre de Mersenne premier. Il est resté le plus grand nombre premier connu jusqu'en 186737.

Géométrie

Comme dans les autres domaines des mathématiques, les contributions d'Euler à la géométrie sont exceptionnelles : angles d'Euler, droite d'Euler, cercle d'Euler, relation entre cercle inscrit et circonscrit, etc.

À titre d'exemple, il a montré que, pour tout triangle, les neuf points suivants :

  • les pieds des trois hauteurs (H1 H2 H3 dans le diagramme)
  • les milieux des trois côtés (I1 I2 I3 dans le diagramme)
  • les milieux de chacun des segments reliant l'orthocentre aux sommets du triangle (J1 J2 J3 dans le diagramme)

sont situés sur un même cercle38. Ce « cercle des neuf points » est encore appelé « cercle d'Euler » associé au triangle.

Il a démontré aussi que, dans tout triangle, l'orthocentre, le centre du cercle circonscrit, le centre de gravité et le centre du cercle des neuf points sont alignés38. La droite qui les porte est appelée « droite d'Euler » associée au triangle.

Cercle et droite d'Euler d'un triangle quelconque

 

Cercle et droite d'Euler d'un triangle quelconque

Théorie des graphes

Article détaillé : Problème des sept ponts de Königsberg.
Carte de Königsberg au temps d'Euler, montrant le schéma réel de disposition des sept ponts

En 1736, Euler résolut le problème des sept ponts de Königsberg39. La ville de Königsberg40, en Prusse, est traversée par la rivière Pregolia, qui entoure deux grandes îles reliées entre elles et aux deux rives par sept ponts. Le problème était de savoir s'il est possible de suivre un chemin qui emprunte chaque pont une fois et une seule et revienne au point de départ. Euler a établi que, pour que ce soit possible, il aurait fallu que chacune des quatre zones géographiques (les deux îles et les deux rives) soit atteinte par un nombre pair de ponts — en termes modernes : que chacun des quatre « sommets » du « graphe » soit adjacent à un nombre pair d'« arêtes » (un graphe ayant cette propriété est dit « eulérien »). La résolution de ce problème est considérée comme le premier théorème de la théorie des graphes39.

Euler a également établi la formule S-A+F=2 liant le nombre de sommets, d'arêtes et de faces d'un polyèdre convexe41, et donc d'un graphe planaire. La constante de cette formule est maintenant connue comme la caractéristique d'Euler pour un graphe (ou pour un autre objet mathématique), et est liée au genre de l'objet42. L'étude et la généralisation de cette formule, notamment par Cauchy43 et L'Huillier44, est à l'origine de la topologie.

En outre, Leonhard Euler est le premier à avoir étudié le problème du cavalier, en 1759. Il publiera ses recherches sur la question dans « Solution d'une question curieuse qui ne paraît soumise à aucune analyse »45.

Mathématiques appliquées

Certains des plus grands succès d'Euler ont été dans la résolution des problèmes analytiques dans des domaines autres que les mathématiques et dans la description de nombreuses applications des nombres de Bernoulli, des séries de Fourier, des diagrammes de Venn, des nombres d'Euler, des constantes e et π, des fractions continues et des intégrales. Il a développé des outils qui rendent plus faciles à appliquer certains problèmes physiques. Il a fait progresser le domaine de l'amélioration de l'approximation numérique d'intégrales, en inventant ce qui est maintenant connu sous le nom de méthode d'Euler. Euler a également démontré, en même temps que l'Écossais Colin Maclaurin — mais indépendamment — la formule d'Euler-Maclaurin. Il a aussi facilité l'utilisation des équations différentielles, en particulier en introduisant la constante d'Euler-Mascheroni :

\gamma =\lim _{{n\rightarrow \infty }}\left(1+{\frac {1}{2}}+{\frac {1}{3}}+{\frac {1}{4}}+\cdots +{\frac {1}{n}}-\ln(n)\right).

Un des domaines les moins communs qui intéressaient Euler était l'application des idées mathématiques à la musique. En 1739, il écrivit Tentamen novae theoriae musicae, dans l'espoir de finalement intégrer la théorie musicale aux mathématiques. Cette partie de son travail, cependant, n'a pas reçu une grande attention et a été décrite comme trop mathématique pour les musiciens mais aussi trop musicale pour les mathématiciens46. On y trouve cependant le tout premier exemple de théorie des graphes avec une disposition des notes couramment utilisée de nos jours en analyse musicale, le Tonnetz, mieux développé dans De harmoniae veris principiis per speculum musicum repraesentatis en 1774.

Autres sciences

Leonhard Euler a également contribué à d'autres sciences, comme certains domaines des sciences physiques, en étudiant par exemple le mouvement de la Lune.

Physique et astronomie

Euler a contribué à l'élaboration de la théorie d'Euler-Bernoulli, qui est un modèle utilisé dans le domaine de la résistance des matériaux. En dehors de l'application avec succès de ses outils d'analyse aux problèmes liés à la mécanique newtonienne, Euler a également appliqué ses techniques à des problèmes d'astronomie. Ses travaux dans cette science ont été reconnus par un certain nombre de prix décernés par l'Académie de Paris au cours de sa carrière47. Ses réalisations comprennent la détermination avec une grande précision des orbites des comètes et des autres corps célestes, mais aussi la compréhension de la nature des comètes, et le calcul de la parallaxe du Soleil. Ses calculs ont également contribué à l'élaboration de tables précises de longitudes48.

En dynamique des fluides, Euler fut le premier à poser les équations désormais connues sous le nom d'équations d'Euler des fluides parfaits, dans « Mémoires de l'Académie royale des sciences et des belles lettres de Berlin » (1757). Elles permettent le calcul de nombreux écoulements, comme la circulation sanguine, l'aérodynamique des automobiles et des avions, l'hydraulique, l'océanographie, la météorologie ou la grande tache rouge de Jupiter49.

En outre, Euler a fait d'importantes contributions en optique. Il a exprimé son désaccord avec la théorie corpusculaire de la lumière de Newton dans Opticks, qui était alors la théorie dominante. Ses documents des années 1740 sur l'optique ont contribué à faire en sorte que la théorie ondulatoire de la lumière proposée par Christian Huygens devienne la théorie la plus largement répandue, au moins jusqu'au développement de la théorie quantique de la lumière50.

Logique

Il est aussi crédité pour avoir, avec l'aide des courbes fermées, illustré le raisonnement syllogistique, en 1768. Ces schémas sont désormais connus sous le nom de diagrammes d'Euler51. Ainsi, le diagramme de gauche illustre le syllogisme suivant :

Illustration d'un syllogisme de la deuxième figure par un diagramme d'Euler.
Aucun prêtre n'est un singe.
Or, les chimpanzés sont des singes.
Donc, les chimpanzés ne sont pas prêtres.

Philosophie personnelle et croyances religieuses

Leonhard Euler et son ami Daniel Bernoulli ont été des adversaires de la Monadologie de Leibniz et de la philosophie de Christian Wolff. Euler a insisté sur le fait que la connaissance est fondée en partie sur la base de lois quantitatives précises. Les tendances religieuses d'Euler pourraient aussi avoir eu une incidence sur son aversion de la doctrine, il est allé jusqu'à qualifier les idées de Wolff de « sauvages et athées52 ».

Beaucoup de ce qui est connu des croyances religieuses d'Euler peut être déduit de ses Lettres à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophie et d'un ouvrage antérieur, Rettung der Göttlichen Offenbahrung Gegen die Einwürfe der Freygeister. Ces écrits montrent qu'Euler était un fervent chrétien qui estimait que la Bible avait été inspirée53.

Une anecdote rapportée par Dieudonné Thiébault54 met en scène les croyances religieuses d'Euler. Le philosophe français Denis Diderot, en visite à Saint-Pétersbourg en 1773-1774, avait accepté, à la demande de l'impératrice Catherine II, de voir la preuve de l'existence de Dieu qu'Euler prétendait pouvoir produire. Les deux hommes se rencontrèrent donc et Euler, sur un ton d'une parfaite conviction annonça « Monsieur, (a + bn)/n = x ; donc Dieu existe, répondez55 ! » . Le désarroi de Diderot, pour qui, (selon l'anecdote) les mathématiques étaient incompréhensibles, provoqua les rires de la cour. Gêné, il demanda à quitter la Russie. Il est plus que probable que l'anecdote soit apocryphe55 et Thiébault ne prétend pas le contraire. De toute évidence, ce dernier n'était pas présent, ses mémoires sont tardifs, la formule soi-disant donnée par Euler n'a aucun sens et Diderot n'était pas étranger aux mathématiques – comme en atteste la réputation qu'il s'était faite avec ses Mémoires sur différents sujets de mathématiques entre autres.

Publications

La couverture de Methodus inveniendi lineas curvas, écrit par Euler

Leonhard Euler a beaucoup écrit56. Ses ouvrages les plus connus sont :

  • Éléments d'algèbre (en) — Cet ouvrage d'algèbre élémentaire commence par une discussion sur la nature des nombres et donne une introduction à l'algèbre, incluant les formules pour les solutions d'équations polynomiales. Écrit en 1765 en allemand sous le titre Vollständige Anleitung zur Algebra, traduction en russe publiée en 1770 par l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, puis :
    • 1re éd. en allemand en 1770, en 2 volumes ; vol. 1 : E387 [archive], vol. 2 : E388 [archive] ou [1] [archive] ;
    • traduit en français :
      • en 1774 par Jean III Bernoulli,
      • en 1807 par Jean-Guillaume Garnier [archive] : vol. 1 [archive] et 2 [archive] ;
    • traduit en anglais (à partir des versions en français) :
      • en 1797 par Francis Horner (2e éd. : Johnson, 1810), incluant la traduction des Additions de 1774 par Lagrange, aperçu sur Google Livres,
      • en 1822 par John Hewlett, éd. Longman, aperçu sur Google Livres,
      • en 1824 par Charles Tayler.
  • Introductio in analysin infinitorum, Marcum-Michaelem Bousquet & socios, 1748, Livre I : (ISBN 0387968245), Livre II : (ISBN 0387971327)
  • Lettres à une Princesse d'Allemagne, Barthelemy Chirol, Genève, 1775
  • Methodus inveniendi lineas curvas maximi minimive proprietate gaudentes, sive solutio problematis isoperimetrici latissimo sensu accepti, 1744 ; le titre latin se traduit par « Une méthode pour trouver des lignes courbes jouissant de propriétés de maximum ou de minimum, ou la solution de problèmes isopérimétrique dans le sens le plus large ».
  • Tractatus de numerorum doctrina capita sedecim, quae supersunt (E792 [archive], 1849) : une introduction à la théorie des nombres, qu'Euler avait commencé à rédiger vers 1750 et annotée plus tard, puis abandonnée57.
  • Leonhard Euler, Écrits sur la musique, Tome 1 : Tentamen novae theoria musicae, et autres textes (Textes français avec introduction, présentation, commentaires historiques, mathématiques et musicaux par Renzo Caddeo, Xavier Hascher, Pierre Jehel, Athanase Papadopoulos et Hélène Papadopoulos), Hermann, Paris, 2015. (ISBN 2705690921).
  • Leonhard Euler, Écrits sur la musique, Tome 2 : Mémoires sur la musique, Lettres à une princesse d’Allemagne, Correspondance (Textes français avec introduction, présentation, commentaires historiques, mathématiques et musicaux par Renzo Caddeo, Xavier Hascher, Pierre Jehel, Athanase Papadopoulos et Hélène Papadopoulos), Hermann, Paris, 2015. (ISBN 9782705691288).

Édition des œuvres complètes

Nommée Opera Omnia, la publication des écrits d'Euler par la Commission Euler (de)58 de l'Académie suisse des sciences naturelles a débuté en 1911. Initialement prévue en trois séries, la décision d'en ajouter une quatrième comprenant sa correspondance est prise en 196759. Ces quatre séries, pour un total de plus de 80 volumes, se décomposent ainsi :

  1. Opera mathematica
  2. Opera mechanica et astronomica
  3. Opera physica, Miscellanea
  4. Commercium epistolicum

Hommages et distinctions

  • Euler est représenté sur la sixième série des billets suisses de 10 francs, sur de nombreux timbres postaux suisses, allemands et russes.
  • L'astéroïde (2002) Euler a été nommé en son honneur60.
  • Euler est également honoré par l'Église luthérienne dans son calendrier des saints, le 24 mai61.

Notes et références

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Leonhard Euler » (voir la liste des auteurs).
  1. a, b, c, d et e « Leonhard Euler », sur Encarta
  2. a et b (en) William Dunham, Euler: The Master of Us All, Washington, MAA, 1999 (ISBN 978-0-88385328-3, lire en ligne [archive]), p. 17
  3. Dunham 1999, p. xiii
  4. (en) N. N. Bogolyubov, G. K. Mikhailov et A. P. Yushkevich, Euler and Modern Science, MAA, 2007 (ISBN 978-0-88385564-5, lire en ligne [archive]), p. 400.
  5. (en) Ioan James, Remarkable Mathematicians: From Euler to von Neumann, Cambridge, 2002 (ISBN 0-521-52094-0), p. 2.
  6. Calinger 1996, p. 125
  7. (en) Ronald Calinger, « Leonhard Euler: The First St. Petersburg Years (1727–1741) », Historia Mathematica, vol. 23, no 2,‎ 1996, p. 156 (DOI 10.1006/hmat.1996.0015).
  8. Calinger 1996, p. 124.
  9. Calinger 1996, p. 127
  10. L'accession de l'impératrice Anna Ivanovna s'accompagne d'une augmentation (mal vécue) de l'influence politique et culturelle allemande en Russie.
  11. Calinger 1996, p. 128-129.
  12. Bogolyubov, Mikhailov et Yushkevich 2007, p. 402.
  13. (en) Nicolas Fuss, « Eulogy of Euler by Fuss » [archive] (consulté le 30 août 2006)
  14. Bogolyubov, Mikhailov et Yushkevich 2007, p. 396.
  15. (en) « E212 -- Institutiones calculi differentialis cum eius usu in analysi finitorum ac doctrina serierum » [archive], Dartmouth.
  16. a, b et c Dunham 1999, p. xxiv–xxv.
  17. (en) Frédéric II de Prusse (trad. Richard Aldington), Letters of Voltaire and Frederick the Great, Letter H 7434, 25 January 1778, New York, Brentano's, 1927
  18. Calinger 1996, p. 154-155
  19. Leonhard Euler, Commercium cum P.-L. M. de Maupertuis et Frédéric II, Birkhäuse, 1986, 290 p. (ISBN 3764311843).
  20. « Leonhard Euler » [archive], sur Maths et tiques (consulté le 13 mai 2009).
  21. « Euler Leonhard, le plus grand ? » [archive], sur Maths93 (consulté le 13 mai 2009).
  22. a et b « Leonhard Euler » [archive], sur Bibm@th.net (consulté le 13 mai 2009).
  23. a et b (en) B. F. Finkel, « Biography- Leonard Euler », Amer. Math. Month., vol. 4, no 12,‎ 1897, p. 300 (DOI 10.2307/2968971).
  24. Bogolyubov, Mikhailov et Yushkevich 2007, p. 405.
  25. Marquis de Condorcet, « Éloge de M. Euler » [archive] (consulté le 5 mars 2016)
  26. a, b et c Xavier Hubaut, « Leonhard Euler » [archive], sur Mathématiques du secondaire (consulté le 14 mai 2009)
  27. a et b Carl B. Boyer, A History of Mathematics, John Wiley & Sons (ISBN 0-471-54397-7), p. 439-445.
  28. a et b Gerhard Wanner, Analysis by its history, Springer, mars 2005, p. 62
  29. Texte original d'Euler sur ces séries [archive] ; concernant ces formules, il écrit lui-même (p. 2) : "cela doit paraître bien paradoxe", ajoutant : "mais j'ai déjà remarqué dans une autre occasion, qu'il faut donner au mot somme une signification plus étendue".
  30. (en) Richard P. Feynman, Robert B. Leighton (en) et Matthew Sands (en), Feynman Lectures on Physics [détail de l’édition], vol. I, juin 1970, p. 10, chap. 22: Algebra
  31. a et b (en) David Wells, « Are these the most beautiful? », Mathematical Intelligencer, vol. 12, no 3,‎ 1990, p. 37–41.
  32. a et b (en) David Wells, « Which is the most beautiful? », Mathematical Intelligencer, vol. 10, no 4,‎ 1988, p. 30–31.
  33. Dunham 1999, chap. 3 et 4
  34. Xavier Viennot, « De Leonhard Euler aux mathématiques combinatoires d'aujourd'hui » [archive], sur IREM de Lyon, 2009 (consulté le 10 mars 2013)
  35. Leonhard Euler, « Variae observationes circa series infinitas » [archive], 1737 (consulté le 10 mars 2013)
  36. Dunham 1999, chap. 1 et 4
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  52. Calinger 1996, p. 153-154
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  54. Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, T. III, Paris, F. Buisson, 1804 (lire en ligne [archive]), p. 142. L'anecdote est commentée dans (en) B. H. Brown, « The Euler-Diderot Anecdote », Amer. Math. Month., vol. 49, no 5,‎ mai 1942, p. 302–303 (DOI 10.2307/2303096, lire en ligne [archive]) et dans (en) R. J. Gillings, « The So-Called Euler-Diderot Incident », Amer. Math. Month., vol. 61, no 2,‎ février 1954, p. 77–80 (DOI 10.2307/2307789, lire en ligne [archive]).
  55. a et b Gillings 1954
  56. Au début du XXe siècle, Gustaf Eneström (en) en a fait l'inventaire. Il en répertorie 866. Cette classification est utilisée par les historiens pour identifier les écrits d'Euler.
  57. (en) André Weil, Number Theory : An approach through history from Hammurapi to Legendre [détail des éditions], p. 192-195.
  58. (en) The Euler Commission [archive]
  59. René Taton, « A propos des « Opera omnia » d'Euler », Revue d'histoire des sciences, vol. 29, no 1,‎ 1976, p. 73-77 (DOI 10.3406/rhs.1976.1376)
  60. « Noms des astéroïdes (C à E) » [archive], 2009 (consulté le 16 mai 2009).
  61. (en) « Christian Church Year » [archive], sur Evangelical Lutheran Church in America (consulté le 16 mai 2009)

Voir aussi

Bibliographie

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  • Lexikon der Naturwissenschaftler, Heidelberg, Spektrum Akademischer Verlag, 2000.
  • S. S. Demidov, 2005, « Treatise on the differential calculus » dans I. Grattan-Guiness (ed.), Landmark Writings in Western Mathematics. Elsevier: 191-98.
  • Craig G. Fraser, « Leonhard Euler's 1744 book on the calculus of variations » dans I. Grattan-Guiness (ed.), Landmark Writings in Western Mathematics, Elsevier: 168-80, 2005
  • (en) Georgi P. Gladyshev, « Leonhard Euler’s methods and ideas live on in the thermodynamic hierarchical theory of biological evolution », International Journal of Applied Mathematics & Statistics (IJAMAS), vol. 11, no 7,‎ 2007, p. 52-68 (lire en ligne [archive])
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  • Hermann Heimpell, Theodor Heuss, Benno Reifenberg (editors). 1956. Die großen Deutschen, volume 2, Berlin: Ullstein Verlag.
  • Xavier Hascher et Athanase Papadopoulos (dir.), Leonhard Euler : Mathématicien, physicien et théoricien de la musique, CNRS Editions, Paris, 2015, 516 p. (ISBN 978-2-271-08331-9)
  • (en) D. J. Krus, « Is the normal distribution due to Gauss? Euler, his family of gamma functions, and their place in the history of statistics », Quality and Quantity: International Journal of Methodology, no 35,‎ 2001, p. 445-46 (lire en ligne [archive])
  • (en) Paul Nahin, Dr. Euler's Fabulous Formula, Princeton, 2006 (ISBN 978-0-691-11822-2)
  • (en) William Dunham, Euler: The Master of Us All, Mathematical Association of America, 1999 (ISBN 978-0-88385-328-3, lire en ligne [archive]).
  • Karin Reich, « 'Introduction' to analysis » dans Grattan-Guiness, I., ed., Landmark Writings in Western Mathematics, Elsevier: 181-90, 2005
  • David S. Richeson, Euler's Gem: The Polyhedron Formula and the Birth of Topology, Princeton University Press, 2008
  • (en) Edward C. Sandifer, The Early Mathematics of Leonhard Euler, MAA, 2007 (ISBN 0883855593)
  • Robert E. Bradley, C. Edward Sandifer, Leonhard Euler: Life, Work and Legacy, North Holland, colle. Studies in the History and Philosophy of Mathematics, volume 5, 2007
  • J. Simmons, The Giant Book of Scientists: The 100 Greatest Minds of All Time, Sydney: The Book Company, 1996
  • Simon Singh, Fermat's Last Theorem, Fourth Estate: New York, (ISBN 1857026691), 1997
  • Rüdiger Thiele, « The mathematics and science of Leonhard Euler », dans Mathematics and the Historian's Craft: The Kenneth O. May Lectures, G. Van Brummelen and M. Kinyon (eds.), CMS Books in Mathematics, Springer Verlag, (ISBN 0387252843), 2005
  • (en) Doris Schattschneider, « A Tribute to Leonhard Euler (1707-1783) », Mathematics Magazine, vol. 56, no 5,‎ novembre 1983
  • Philippe Henry (sous la direction de), Leonhard Euler, « incomparable géomètre », Médecine & Hygiène, Genève, 2007 (ISBN 978-2-88049-241-0).
  • André Warusfel, Euler : les mathématiques et la vie, Vuibert, 2009 (ISBN 271172218X).
  • Jacques Sesiano, Euler et le parcours du cavalier : Avec une annexe sur le théorème des polyèdres, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2015, 272 p. (ISBN 978-2-88074-857-9, présentation en ligne [archive])

Articles connexes

  • Liste des membres de l'Académie royale des sciences
  • Médaille Euler
  • Henri Dulac
  • Johann Euler
  • Liste des sujets nommés d'après Leonhard Euler
  • Table de constantes mathématiques
  • Trigonométrie complexe
  • Théorèmes d'Euler
  • Quintuple diophantien (en)

Liens externes

 

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10 octobre 2019

Sainte-Claire Deville Henri

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Henri Sainte-Claire Deville

 

Henri Sainte-Claire Deville

Henri_Sainte-Claire_Deville

Biographie
Naissance
11 mars 1818
Saint Thomas
Décès
1er juillet 1881 (à 63 ans)
Boulogne-Billancourt
Sépulture
Cimetière du Père-Lachaise
Nationalité
Français
Formation
Collège Stanislas
Activités
Chimiste, professeur d'université
Autres informations
A travaillé pour
Université de Paris
Membre de
Société philomathique de Paris
Académie des sciences de Saint-Pétersbourg
Académie des sciences de Russie
Société Ramond
Académie des sciences
Académie hongroise des sciences
Académie royale des sciences de Prusse

Henri Deville, de son nom complet Henri Sainte-Claire Deville, né le 11 mars 1818 à Saint Thomas (Archipel des Antilles), décédé le 1er juillet 1881 à Boulogne-sur-Seine, inhumé au cimetière du Père-Lachaise, est un chimiste français, connu principalement pour ses travaux sur l'aluminium.

Sommaire

  • 1 Ses origines
  • 2 La chimie
  • 3 L'École normale supérieure
  • 4 Ses travaux sur l'aluminium
  • 5 Les débuts de la production
  • 6 Les huiles et les pétroles
  • 7 Les métaux de la mine du platine, les prototypes du mètre et du kilogramme de 1889 et la règle géodésique
  • 8 Sa philosophie chimique
  • 9 Postérité littéraire et hommages
  • 10 Publications
  • 11 Notes et références
  • 12 Voir aussi
    • 12.1 Bibliographie
    • 12.2 Liens externes

Ses origines

Henri Deville est né dans les Antilles sur l'île de saint Thomas, possession à l'époque du Danemark. Son père, qui avait conservé sa nationalité française, était armateur. Sa famille est originaire de la région française du Périgord.

Son frère Charles, devenu géologue, est connu pour ses travaux sur les volcans.

La chimie

Il revient en France avec sa famille en 1824. Il entreprend des études de médecine et obtient son doctorat à 25 ans en 1843. Il se passionne pour la chimie et suit les cours du chimiste Louis Jacques Thénard. Il crée dans un grenier son premier laboratoire1 et découvre le toluène. Sa thèse de chimie porte sur l'essence de térébenthine.

En 1845, lors de la réouverture de la faculté des sciences de Besançon, il est nommé professeur de chimie et doyen, il restera six ans. Il met au point un nouveau procédé d'analyse pour analyser l'eau du Doubs. Il isole l'acide nitrique anhydre en faisant passer du chlore sur du nitrate d'argent. Cette découverte lui vaut sa première renommée auprès du monde scientifique européen.

L'École normale supérieure

En 1851, il est nommé maître de conférence de chimie à l'École normale supérieure de Paris à l'âge de 33 ans.

Il cultive ses relations en ouvrant son laboratoire le dimanche après-midi aux célébrités scientifiques (Louis Pasteur), littéraires (Renan) et politiques (Thiers).

En travaillant sur des corps supposés très stables tels que l'eau et le dioxyde de carbone, il met en évidence la notion de réversibilité et d'équilibre chimique. Ses travaux sur la dissociation seront repris et développés par ses élèves : Henri Debray, Louis Joseph Troost, Paul Hautefeuille, Alfred Ditte. En 1864, il donne sur ce sujet des conférences appelées « leçons de chimie » à la Société chimique de Paris.

Dès 1852, il est nommé professeur de chimie suppléant et en 1867 professeur de chimie titulaire à la Faculté de sciences de Paris à la suite de Dumas. Il est suppléé de 1875 à sa mort par Henri Debray et c'est Louis Joseph Troost qui lui succède.

Ses travaux sur l'aluminium

Dès son arrivée à l'École normale, il cherche à déterminer les propriétés du silicium, du magnésium et de l'aluminium.

Pour produire de l'aluminium, il reprend les expériences de Friedrich Wöhler, ce dernier n'ayant réussi qu'à produire quelques paillettes d'aluminium au milieu de nombreuses impuretés. Pour réduire l'oxyde d'aluminium, à la différence de Wöhler, il remplace le potassium par du sodium. Il réussit à produire les premiers lingots d'aluminium2:264. La production chimique de l'aluminium est née. En 1854, il fait une première communication sur ce sujet à l'Académie des sciences mais ne juge pas utile de déposer un brevet pour son procédé de fabrication3.

En 1859, il publie un ouvrage sur l'aluminium où il prévoit l'utilisation future de ce métal : « L'aluminium est susceptible de devenir un métal usuel ». Parmi d'autres propriétés, il détermine sa conductibilité électrique : « La détermination de la conductibilité électrique a été faite au moyen de l'appareil de M. Wheatstone, en cherchant quelles étaient les dimensions d'un fil de clavecin et d'un fil d'aluminium qui opposaient au passage de l'électricité la même résistance électrique. »

Les débuts de la production

En 1854, Henri Sainte-Claire Deville réalise la première production industrielle d'aluminium dans une usine de Javel à Paris. Les travaux sont financés par l'empereur Napoléon III. Les premiers lingots seront utilisés pour l'exposition universelle de 1855.

En 1856, l'usine s'installe dans le quartier de la Glacière puis en 1857 à Nanterre. En 1859, cette usine produira 500 kg d'aluminium principalement destiné à la bijouterie. En 1860, après avoir reçu un rapport à ce sujet de l'ingénieur des mines Gustave Noblemaire, il a l'intuition géniale de choisir la bauxite comme minerai pour produire l'alumine nécessaire à la production de l'aluminium, plutôt que la cryolithe d'Islande qui revient très cher4. Il met au point le procédé dit procédé Deville pour extraire l'alumine du minerai.

Il travaille sur les questions périphériques à la production de l'aluminium et met au point une méthode de production du sodium, matière première dont il a besoin. À la suite de ses travaux, le coût de production de ce métal passe de 1000 F à 10 F par kg.

Le procédé chimique de Sainte-Claire Deville se développera jusqu'en 1886, année où Paul Héroult et Charles Martin Hall découvriront le procédé électrolytique de production de l'aluminium. En 1854, Sainte-Claire Deville avait approché une méthode électrolytique, mais les cinq piles qu'il utilisait étaient incapables de lui fournir l'intensité nécessaire. Henri Moissan, prix Nobel de chimie en 1906, dira « Deville attendait la découverte de Gramme».

Les huiles et les pétroles

Avec la découverte des gisements de pétrole en Amérique du Nord vers 1860 et l’essor industriel de la seconde moitié du XIXe siècle, les huiles ont un rôle important à jouer en tant que nouveau combustible aussi bien dans le monde industriel que pour les applications au chauffage domestique.

Sainte-Claire Deville se renseigne sur le commerce et l’industrie du pétrole et constate que les caractéristiques des produits du pétrole n’ont pas encore été déterminées c’est pourquoi il rassemble quarante et un échantillons de produits pétroliers d’origine variée et il communique ses résultats à l’Académie des sciences. Il détermine leur composition : carbone, hydrogène et une infime quantité d’oxygène ainsi que leur pouvoir calorifique qui est défini comme le nombre de calories que peut fournir en brûlant 1 kg d’huile.

Avec l’aide d’Audouin, il met en œuvre un foyer dans lequel il y a combustion du pétrole, des expériences sont menées sur le yacht impérial, le Puebla, en mars et avril 1868, les résultats obtenus avec de l’huile de houille sont en accord avec ceux obtenus par Deville dans son laboratoire.

Il utilise de nouveaux calorimètres et la Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz répète chaque jour sur une grande échelle et avec ses huiles lourdes obtenues par la distillation de la houille les expériences réalisées au laboratoire afin de vérifier le pouvoir calorifique. Sainte-Claire Deville travaille sur l’emploi industriel des huiles minérales pour le chauffage des machines. Cette application a été très utile aux industriels parisiens lors du siège de Paris en 1871, 6 000 tonnes d’huile de goudron provenant de l’usine à gaz de la Villette ont été utilisées.

Avec Dieudonné, Sainte-Claire Deville se penche sur l’emploi industriel des huiles pour la traction des locomotives, il explique que cette nouvelle application est totalement différente de la précédente : pour une locomotive, il y a une force de traction considérable et la trépidation à laquelle est soumise continûment la machine. Ils mettent au point une nouvelle chaudière adaptée à une locomotive tractant des wagons. Des essais sont faits entre Epernay et Reims et Epernay et Bar par la Compagnie des chemins de fer de l'Est où Deville est membre du conseil d’administration. L’Empereur utilise ce moyen de locomotion le 3 septembre 1868 pour se rendre au camp de Châlons.

Sainte-Claire Deville souligne les deux dangers résultant de la volatilité et de la dilatabilité considérable des huiles pour leur conservation et leur transport. Les résultats obtenus par Sainte-Claire Deville connaîtront une diffusion durable grâce à l’article de Troost sur le pétrole dans le dictionnaire de chimie pure et appliquée publié, en 1873, par Wurtz.

Les métaux de la mine du platine, les prototypes du mètre et du kilogramme de 1889 et la règle géodésique

À l’inverse des travaux sur l’aluminium, ceux concernant les métaux de la mine du platine occuperont Sainte-Claire Deville jusqu’à sa mort car ils sont difficiles et dangereux.

Dès 1854, Jacobi apporte au laboratoire de Sainte-Claire Deville des pépites de l’Oural ainsi que du platine démonétisé. Sainte-Claire Deville et Debray séparent les différents métaux constituant la mine du platine, ce sont le platine, le rhodium, le palladium, l’iridium, l’osmium et le ruthénium. Dans différents travaux présentés à l’Académie des Sciences, ils précisent les résultats obtenus.

En 1859, Pelouze présente à l’Académie des médailles en alliage de platine et d’iridium fondues par les procédés de Deville et Debray faites à l’École Normale et le 4 juin 1860, c’est Sainte-Claire Deville qui présente deux lingots de 25 kilogrammes fondus dans un même four et coulés dans une lingotière en fer forgé ainsi qu’une roue dentée en platine moulée dans le sable ordinaire des fondeurs.

En 1861, l’ouvrage intitulé « De la métallurgie du platine et des métaux qui l’accompagnent » paraît, il est écrit par Sainte-Claire Deville et Debray.

Après le décès d’Henri Sainte-Claire Deville, en 1881, Debray fait une communication à l’Académie en 1882 sur des travaux qu’ils avaient entrepris ensemble.

Ces travaux vont permettre la réalisation des prototypes du mètre et du kilogramme de 1889. En effet, les Expositions Universelles se développent à partir de 1850 et comme les exposants ont leur étalon de mesures et il est difficile de comparer les produits. À l'Exposition Universelle de Paris en 1867, un Comité des Poids et Mesures et des Monnaies se constitue et demande l'adoption internationale du système métrique, institué, en France, en 1795.

En 1869, Napoléon III propose la création d'une Commission internationale. La commission française commence ses travaux dès novembre 1869.

Le Général Arthur Jules Morin et Henri Sainte-Claire Deville entreprennent des études préparatoires à partir du mètre et du kilogramme des Archives qu’ils trouvent dans un état de conservation très satisfaisant (Le 22 juin 1799, un étalon à bouts (la longueur est définie par la distance séparant les faces terminales de la règle) et un cylindre en platine sont déposés aux Archives). Ils discutent principalement sur la nature du métal à utiliser. Sainte-Claire Deville propose un alliage de platine et d’iridium et il veut bien se charger de réaliser une règle en platine iridié qu’il remet le 15 février 1870. Il souligne, le 23 mai 1870, qu’il y aura des difficultés pour obtenir un étalon identique à celui des archives car le minerai de platine contient de 75 à 95 % de platine.

La Commission se réunit du 8 au 13 août 1870, à Paris, elle prend le nom de « Commission Internationale du Mètre ». Mais la guerre franco-prussienne a commencé le 19 juillet et la Commission se sépare après avoir constitué un Comité des Recherches préparatoires qui doit effectuer des études à partir du mètre et du kilogramme des Archives.

Ce Comité des Recherches préparatoires se réunit du 2 au 14 avril 1872, à Paris, afin de préparer les réunions générales de la Commission Internationale. Sainte-Claire Deville pense qu’il est possible de fondre et de couler deux cents kilogrammes d’un alliage de platine à 10 % d’iridium. Les qualités de cet alliage sont son inaltérabilité, sa dureté, sa densité élevée et son homogénéité. La Commission Internationale se réunit, à nouveau, du 24 septembre au 12 octobre 1872. Trente pays participent à cette Commission. Après avoir entendu les résultats des travaux du Comité des Recherches préparatoires, elle décide de construire de nouveaux prototypes. Le métal utilisé pour réaliser les étalons sera un alliage composé de 90 pour cent de platine et de 10 pour cent d'iridium.

Le Comité permanent issu de cette Commission et la Section française mettront en œuvre ces décisions. La fabrication de ces mètres est importante car « tous les pays recevront des copies identiques, construites en même temps que le prototype à trait » et que c’est la France, pays du système métrique, qui a été chargée de les réaliser. Ce Comité demande au gouvernement français, le 3 octobre 1873, d’organiser une conférence qui permettra la création d’un Bureau international des poids et mesures.

Une conférence diplomatique se tient à Paris, du 1er mars au 20 mai 1875, elle aboutit au traité appelé « Convention du Mètre » signé par dix sept états. Un Comité international des poids et mesures voit le jour. D’autre part le Bureau International des Poids et Mesures est créé. Ce Bureau est un organisme scientifique international entretenu à frais communs par les états signataires, il est installé en France, pays du Système métrique. Il a pour but de conserver les prototypes internationaux et d’unifier les unités de mesure dans le monde. Il s'installe au Pavillon de Breteuil, à Sèvres.

Sainte-Claire Deville n’appartient pas au Comité des Recherches préparatoires mais il assiste aux séances, certaines réunions ont même lieu dans son laboratoire à l’École Normale où il met en œuvre les expériences. Le 5 avril 1872, il fond et coule un lingot de 2 kg de platine.

Après ces travaux préparatoires, la Section française propose au Comité permanent d’effectuer la coulée définitive pour l’ensemble des pays, puis le lingot sera forgé, réduit en barres, celles-ci seront étirées afin de réaliser les mètres. Du 25 avril au 12 mai1874, de nombreuses fusions sont réalisées avec des quantités inférieures à cent kilogrammes et le 13 mai, un lingot de 250 kg en platine iridié est coulé au Conservatoire des Arts et Métiers en soixante neuf minutes, en présence du directeur du commerce intérieur, Monsieur Dumoustier de Frédilly. C’est l’alliage du Conservatoire ou Alliage de 1874.

Enfin la première Conférence Générale des Poids et Mesures est convoquée les 24, 25 et 26 septembre 1889. La règle no 6 est choisie comme prototype international du mètre et le cylindre KIII comme prototype du kilogramme. Ils sont conservés au Bureau international, ils représentent, désormais, les unités de longueur et de masse. Les autres prototypes sont répartis entre les États membres de la Convention du mètre qui les ont commandés par tirage au sort. Chaque pays a ainsi ses prototypes nationaux.

Sainte-Claire Deville est sollicité aussi par l’association géodésique internationale. Cette association a vu le jour en 1862, la France y a adhéré en 1871. Avec Mascart, il réalise une règle géodésique en platine iridié de quatre mètres de longueur. En 1878, il se rend à Hambourg en septembre afin de participer à la réunion de l’association géodésique internationale, il lit un mémoire sur la construction de la règle géodésique.

Sa philosophie chimique

Ce terme de philosophie chimique est utilisée par Sainte-Claire Deville dès 1860 dans la leçon qu’il professe à la Société chimique qui a pour titre « des lois de nombre en chimie et la variation de leurs constantes ». À cette époque, la chimie est en pleine évolution théorique et le terrain de nombreux débats : la querelle des atomistes et des équivalentistes d’une part, celle des énergétistes et des mécanistes d’autre part. Dans les deux domaines, il a pris position : il est anti-atomiste et énergétiste. En effet, l’énergétisme décrit les conditions de transformation d’une matière lors d’une réaction chimique sans faire d’hypothèses sur la constitution de la matière, ce sont la pression, la température, le rapport entre les quantités de réactifs qui sont étudiées afin de montrer que la réaction est ou non possible ce qui correspond bien à une prise de position anti-atomiste. Sainte-Claire Deville expose ses leçons sur l’affinité, en 1867, à la Société chimique. Ce texte ainsi que celui sur la dissociation éclaire sa prise de position : rétrograde sur l’atomisme, novateur en mécanique chimique. Il rejette l’hypothèse des atomes et celles des forces en chimie. Sainte-Claire Deville donne une priorité absolue à l’expérience, il suit la position de Dumas qu’il a pris comme modèle toute sa vie et comme l’expérience lui a montré l’existence de l’acide nitrique anhydre, il est conforté dans le fait que seule l’expérience permet de conclure. Cette position n’est pas isolée, Berthelot est anti-atomiste, elle n’est pas non plus arriérée puisqu’en 1895, Ostwald, énergétiste convaincu et militant chante la déroute de l’atomisme, tout comme Duhem.

Postérité littéraire et hommages

Ce sont les travaux de Deville qui donneront l'idée à Jules Verne d'un obus creux suffisamment léger mais également résistant pour pouvoir être tiré par un canon directement sur la lune.

« Vous savez qu'un illustre chimiste français, Henri Sainte-Claire Deville, est parvenu, en 1854, à obtenir l'aluminium en masse compacte. Or, ce précieux métal a la blancheur de l'argent, l'inaltérabilité de l'or, la ténacité du fer, la fusibilité du cuivre et la légèreté du verre; il se travaille facilement, il est extrêmement répandu dans la nature, puisque l'alumine forme la base de la plupart des roches, il est trois fois plus léger que le fer, et il semble avoir été créé tout exprès pour nous fournir la matière de notre projectile ! »

— De la Terre à la Lune,chapitre 7.

En 1885, la rue Sainte-Claire-Deville dans le 12e arrondissement de Paris prend son nom en hommage.

Publications

(Liste non exhaustive)

  • De l'aluminium et de ses combinaisons chimiques, Comptes-rendus de l'Académie des sciences (1854), article analysé sur le site BibNum [archive].
  • Mémoire sur la fabrication du sodium et de l'aluminium, Annales de chimie et de physique, 46 (1856), 415-58
  • De l'aluminium, ses propriétés, sa fabrication et ses applications, 1 vol., in-8°, Paris, Mallet-Bachelier, 1859,176 pages
  • L’état naissant des corps, la Revue scientifique, 22 janvier 1870.
  • L'internat dans l'éducation, la Revue scientifique, 2 septembre 1871.

Notes et références

  1. « Dans un taudis de la rue de la Harpe, il avait installé un laboratoire personnel, où, après avoir répété les expériences dont il avait été témoin à la Sorbonne, il cherchait à faire naître des réactions ignorées, à produire des composés nouveaux. À l'âge de vingt ans, il présentait à l'Institut son premier mémoire [...] Cette étude, suivie de beaucoup d'autres, qui attira les regards des maîtres de l'époque, les Thénard, les Gay-Lussac, les Chevreul, les Dumas. À peine avait-il obtenu le titre de docteur ès-science qu'il était envoyé à Besançon pour organiser la faculté des Sciences nouvellement créée et la diriger comme doyen. Il avait vingt-six ans. »

    — Paul Fuchs, À propos d'un centenaire. Les Sainte-Claire Deville [archive], dans Je sais tout : magazine encyclopédique illustré, 1905, p. 465-467

    .
  2. Georges Flusin, « Électrométallurgie : l'industrie de l'aluminium » [archive], La Houille blanche, octobre 1911 (consulté le 23 novembre 2017), p. 263-271
  3. Catherine Paquot, Henri Sainte Claire Deville : Chimie, recherche et industrie, Vuibert, 2005, p. 43
  4. Gustave Noblemaire, Histoire de la maison des Baux, introduction, p. VI

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Baptiste Dumas, Éloges historiques de Charles et Henri Sainte-Claire-Deville, lus dans la séance publique annuelle de l'Académie des sciences du 5 mai 1884, dans Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France, Gauthier-Villars, Paris, 1888, tome 44, p. XXIX-LXV (lire en ligne) [archive]
  • Georges Chaudron in « La préparation industrielle de l'aluminium et la découverte de ses propriétés par un illustre savant français, Henry Sainte-Claire Deville », Revue de l'aluminium no 211, juin 1954, page 97, publié par l'Institut d'histoire de l'aluminium.
  • Jean Plateau, Un texte fondateur de Henri Sainte-Claire Deville relatif à l’aluminium : la note aux comptes rendus de l’Académie des sciences du 6 février 1854, dans Bibnum (lire en ligne) [archive]
  • M. Daumas, Henri Sainte-Claire-Deville et les débuts de l'industrie de l'aluminium, dans Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, 1949, Volume 2, no 4, p. 352-357 (lire en ligne) [archive]
  • Jules Gay, Henri Sainte-Claire Deville. Sa vie et ses travaux, Paris, Gauthier-Villars, 1889, 117 pages.
  • Catherine Paquot, Henri Sainte-Claire Deville, Chimie, recherche et industrie, Paris, Vuibert, 2005, 225 pages (ISBN 978-2-71179139-2)

Liens externes

 

09 octobre 2019

Rousseau Jean-Jacques

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Jean-Jacques Rousseau

 


Jean-Jacques Rousseau

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Pastel de Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753 (alors âgé de 41 ans).

Naissance
28 juin 1712
Genève (Armoiries du canton de Genève (Suisse) République de Genève)
Décès
2 juillet 1778 (à 66 ans)
Ermenonville (Royaume de France Royaume de France)
Sépulture
Cénotaphe de Jean-Jacques Rousseau, Panthéon
Langue maternelle
Français
École/tradition
Contractualisme, précurseur du romantisme
Principaux intérêts
Politique, éducation, éthique, religion, musique, botanique
Idées remarquables
État de nature, contrat social, perfectibilité
Influencé par
Plutarque, Machiavel, Grotius, Pufendorf, Hobbes, Descartes, Locke, Condillac, Malebranche, Leibniz, Mme d'Epinay
A influencé
Kant, Maistre, Robespierre, Wollstonecraft, Léon Tolstoï, Pouchkine, Schiller, Fichte, Hegel, George Sand, Rawls, Jürgen Habermas, Dimitri Kitsikis
Adjectifs dérivés
rousseauiste
Père
Isaac Rousseau
signature de Jean-Jacques Rousseau

signature

Jean-Jacques Rousseau, né le 28 juin 1712 à Genève, mort le 2 juillet 1778 (à 66 ans) à Ermenonville, est un écrivain, philosophe et musicien francophone. Orphelin très jeune, sa vie est marquée par l'errance. Si ses livres et lettres connaissent à partir de 1749 un fort succès, ils lui valent aussi des conflits avec l'Église catholique et Genève qui l'obligent à changer souvent de résidence et alimentent son sentiment de persécution. Après sa mort, son corps est transféré au Panthéon de Paris en 1794.

Dans le domaine littéraire, Jean-Jacques Rousseau connaît un grand succès avec le roman épistolaire Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), un des plus gros tirages du XVIIIe siècle. Cet ouvrage séduit ses lecteurs d'alors par sa peinture préromantique du sentiment amoureux et de la nature. Dans Les Confessions (rédigées entre 1765 et 1770, avec publication posthume en 1782 et 1789) et dans Les Rêveries du promeneur solitaire (écrites en 1776-1778, publiées en 1782), Rousseau se livre à une observation approfondie de ses sentiments intimes. L'élégance de l'écriture de Rousseau provoque une transformation significative de la poésie et de la prose françaises en les libérant des normes rigides venues du Grand Siècle.

Dans le domaine philosophique, la lecture en 1749 de la question mise au concours par l'Académie de Dijon : « le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer ou à corrompre les mœurs ? » provoque ce qu'on appelle « l'illumination de Vincennes ». De là naissent les ouvrages qui inscrivent durablement Rousseau dans le monde de la pensée : le Discours sur les sciences et les arts (1750), le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) et Du contrat social (1762).

La philosophie politique de Rousseau est bâtie autour de l'idée que l'homme est naturellement bon et que la société le corrompt. Par « naturellement bon », Rousseau entend que l'être humain à l'état de nature a peu de désirs de sorte qu'il est plus farouche que méchant. Ce sont les interactions avec les autres individus qui rendent les êtres humains « méchants » et conduisent à l'accroissement des inégalités. Pour retrouver une bonté naturelle, l'homme doit avoir recours à l'artifice du contrat social et être gouverné par des lois découlant de la volonté générale exprimée par le peuple. Pour Rousseau, contrairement à ce que pense par exemple Diderot, la volonté générale n'est pas universelle, elle est propre à un État, à un corps politique particulier. Rousseau est le premier à conférer la souveraineté au peuple. En cela, on peut dire que c'est un des penseurs de la démocratie même s'il est favorable à ce qu'il nomme l'aristocratie élective ou le gouvernement tempéré.

Rousseau est critique par rapport à la pensée politique et philosophique développée par Hobbes et Locke. Pour lui, les systèmes politiques basés sur l'interdépendance économique et sur l'intérêt conduisent à l'inégalité, à l'égoïsme et finalement à la société bourgeoise (un terme qu'il est un des premiers à employer). Toutefois, s'il est critique de la philosophie des Lumières, il s'agit d'une critique interne. En effet, il ne veut revenir ni à Aristote, ni à l'ancien républicanisme ou à la moralité chrétienne.

La philosophie politique de Rousseau exerce une influence considérable lors de la période révolutionnaire durant laquelle son livre le Contrat social est « redécouvert ». À plus long terme, Rousseau marque le mouvement républicain français ainsi que la philosophie allemande. Par exemple, l'impératif catégorique de Kant est imprégné par l'idée rousseauiste de volonté générale. Durant une partie du XXe siècle, une controverse opposera ceux qui estiment que Rousseau est en quelque sorte le père des totalitarismes et ceux qui l'en exonèrent.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Famille et enfance
    • 1.2 Madame de Warens et la conversion au catholicisme
    • 1.3 Premiers contacts avec le monde des Lumières françaises
    • 1.4 Célébrité et tourments
    • 1.5 Face aux religions et à Voltaire
    • 1.6 Années d'errance
    • 1.7 Décès
  • 2 Itinéraire intellectuel
    • 2.1 La philosophie de Rousseau dans son contexte
    • 2.2 L'« illumination de Vincennes », les deux premiers discours et les Lumières
    • 2.3 Changement de vie, 1756-1759
    • 2.4 Le Contrat social et l'Émile
    • 2.5 Rousseau et la religion
    • 2.6 Rousseau vu par Rousseau
  • 3 Nature humaine et histoire conjecturale chez Rousseau
    • 3.1 Histoire conjecturale
    • 3.2 De l'état de nature à la société civile ou politique
    • 3.3 Amour-propre et pitié ou la fin de l'homme naturellement bon
    • 3.4 Passions, raison et perfectibilité
    • 3.5 Vertu et conscience
  • 4 Philosophie politique
    • 4.1 Quelques mots importants de la philosophie politique de Rousseau
    • 4.2 Volonté générale
    • 4.3 Droit et loi chez Rousseau
    • 4.4 Corps politique et citoyenneté
    • 4.5 Gouvernement
    • 4.6 Religion civile
    • 4.7 Droit international
  • 5 Jean-Jacques Rousseau et l'art
    • 5.1 Rousseau et le théâtre
    • 5.2 Rousseau et le roman : La Nouvelle Héloïse
    • 5.3 La langue et la littérature
    • 5.4 Rousseau compositeur et critique musical
  • 6 Questionnements contemporains sur l'œuvre de Rousseau
    • 6.1 Cohérence de l'œuvre
    • 6.2 Rousseau et le féminisme
    • 6.3 Rousseau et le totalitarisme du XXe siècle
    • 6.4 Interprétation de la pensée de Rousseau par Léo Strauss
    • 6.5 Rousseau vu par Habermas (école de la Théorie critique)
  • 7 Influence
    • 7.1 Rousseau, la Révolution française et la tradition républicaine
    • 7.2 Influence sur les libéralismes
    • 7.3 Influence sur la philosophie allemande
    • 7.4 Rousseau, le socialisme, le marxisme
    • 7.5 Rousseau et le courant « urbaphobe »
  • 8 Hommages et présence de Rousseau dans la culture populaire
    • 8.1 Hommage de la France : le transfert au Panthéon
    • 8.2 Hommages de Genève
    • 8.3 Hommages de Neuchâtel
    • 8.4 Nomenclature astronomique
    • 8.5 Monuments et rues
  • 9 Chronologie des œuvres
  • 10 Œuvres
  • 11 Notes et références
    • 11.1 Notes
    • 11.2 Références
    • 11.3 Traductions
  • 12 Voir aussi
    • 12.1 Bibliographie
    • 12.2 Articles connexes
    • 12.3 Autres projets
    • 12.4 Liens externes

Biographie

Famille et enfance

Page de registre manuscrit.
Baptême de Jean-Jacques Rousseau le 4 juillet 1712 à la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Le prénom de son grand-père, David, est inscrit par erreur au lieu de celui de son père, Isaac.

Raymond Trousson, dans la biographie qu'il consacre à Jean-Jacques Rousseau, indique que la famille est originaire de Montlhéry, près d'Étampes, au sud de Parisn 1. L'aïeul de Jean-Jacques, Didier Rousseau, quitte cette ville pour fuir la persécution religieuse contre les protestants1. Il s'installe à Genève en 1549 où il ouvre une auberge2. Son petit-fils Jean Rousseau tout comme son fils Didier Rousseau (1641-1738), le grand-père de Rousseau, exercent le métier d'horloger, profession alors respectée et lucrative.

Gravure. Un horloger travaille à la lumière d'une fenêtre. À sa droite, un petit enfant lit, assis sur un tabouret bas.
Jean-Jacques Rousseau faisant la lecture à son père, dessin de Maurice Leloir, 1889.
Gravure. Un enfant protège de ses bras un arbuste qu'un homme veut abattre.
Jean-Jacques chez le pasteur Lambercier. Carte postale, 1912

Jean-Jacques Rousseau est né le 28 juin 1712 au domicile de ses parents situé Grand-Rue dans la ville haute de Genève. Il est le fils d'Isaac Rousseau (Genève, 1672 - Nyon, 1747), horloger comme son père et son grand-père, et de Suzanne Bernard (Genève, 1673 - Genève, 1712), elle-même fille d'un horloger nommé Jacques Bernard3. Ses parents se marient en 1704, après qu'une première union a réuni les deux familles, le frère de Suzanne, Gabriel Bernard, ayant épousé la sœur d'Isaac, Théodora Rousseau, en 1699. Un premier garçon, François, naît le 15 mars 1705, puis Isaac laisse femme et nouveau-né à Genève pour aller exercer son métier d'horloger à Constantinople. Il y reste six ans et revient au foyer en 17114, le temps d'avoir un deuxième enfant avec sa femme, qui décède de fièvre puerpérale le 7 juillet 1712, neuf jours après la naissance de Jean-Jacques Rousseau5.

Isaac Rousseau, membre de la petite minorité de Genevois bénéficiant du rang de citoyen, a un caractère parfois violent. À la suite d'une altercation avec un compatriote, il se réfugie à Nyon dans le canton de Vaud, le 11 octobre 1722, pour échapper à la justice6. Il ne revient jamais à Genève, mais conserve quelques contacts avec ses fils, notamment Jean-Jacques qui fait régulièrement le voyage à Nyon et à qui il communique sa passion pour les livres. Il confie sa progéniture à son double beau-frère Gabriel Bernard7. À partir de l'âge de dix ans, Rousseau est donc élevé par son oncle Gabriel8, un pasteur protestant qu'il prend pour son grand-père, et sa tante Théodora. Son frère, François, quitte le domicile très tôt et l'on perd sa trace en Allemagne, dans la région de Fribourg-en-Brisgau. Rousseau est confié en pension au pasteur Lambercier à Bossey au pied du Salève, au sud de Genève, où il passe deux ans (1722-1724) en compagnie de son cousin Abraham Bernard.

Son oncle le place ensuite en apprentissage chez un greffier, puis, devant le manque de motivation de l'enfant, chez un maître graveur, Abel Ducommun. Le contrat d'apprentissage est signé le 26 avril 1725 pour une durée de cinq ans9. Jean-Jacques, qui avait connu jusque là une enfance heureuse, ou tout au moins paisible, est alors confronté à une rude disciplinen 2. Le 14 mars 1728, rentrant tardivement d'une promenade à l'extérieur de la ville et trouvant les portes de Genève fermées, il décide de fuir, par crainte d'être à nouveau battu par son maître10, non sans avoir fait ses adieux à son cousin Abraham.

Madame de Warens et la conversion au catholicisme

Gravure. Devant une maison, une femme élégante sourit à un jeune homme pauvrement vêtu, un baluchon à l'épaule.
Première rencontre avec Madame de Warens par Steuben (1830) à Annecy.

Après quelques journées d'errance, il se réfugie par nécessité alimentaire auprès du curé de Confignon, Benoît de Pontverre. Celui-ci l'envoie chez une Vaudoise de Vevey, la baronne Françoise-Louise de Warens, récemment convertie au catholicisme11, et qui s'occupe des candidats à la conversion. Rousseau s'éprend de celle qui sera plus tard sa tutrice et sa maîtresse. La baronne l'envoie à Turin à l'hospice des catéchumènes de Spirito Santo où il arrive le 12 avril 1728. Même s'il prétend dans ses Confessions avoir longuement résisté à sa conversion au catholicisme (il est baptisé le 23 avril12), il semble s'en accommoder assez vite. Il réside quelques mois à Turin en semi-oisif, vivotant grâce à quelques emplois de laquais-secrétaire et recevant conseils et subsides de la part d'aristocrates et abbés auxquels il inspire quelque compassion. C’est lors de son emploi auprès de la comtesse de Vercellis que survient l’épisode du larcin (vol du ruban rose appartenant à la nièce de Mme de Vercellis) dont il fait lâchement retomber la faute sur une jeune cuisinière qui est, de ce fait, renvoyée13.

Désespérant de pouvoir s'élever de sa condition, Rousseau décourage ses protecteurs et reprend, le cœur léger, le chemin de Chambéry pour retrouver la baronne de Warens en juin 1729. Adolescent timide et sensible, il est à la recherche d'une affection féminine qu'il trouve auprès de la baronne14. Il est son « petit », il la nomme « Maman », et devient son factotum. Comme il s'intéresse à la musique, elle l'encourage à se placer auprès d'un maître de chapelle, M. Le Maître, en octobre 1729. Mais lors d'un voyage à Lyon, Rousseau, affolé, abandonne en pleine rue Le Maître frappé d'une crise d'épilepsie15. Il erre ensuite une année en Suisse où il donne ses premières leçons de musique à Neuchâtel en novembre 1730. En avril 1731, il rencontre à Boudry un faux archimandrite dont il devient l'interprète jusqu'à ce que l'escroc soit assez rapidement démasqué10.

En promenade à la campagne, elle le regarde, le bras passé autour de son coude ; lui a les yeux baissés.
Rousseau et Madame de Larnage, lithographie de Paul Gavarni.

En septembre 1731, il retourne auprès de Mme de Warens. Il rencontre chez elle Claude Anet, sorte de valet-secrétaire, mais qui est aussi amant de la maîtresse de maison. Mme de Warens est à l'origine d'une grande partie de son éducation sentimentale et amoureuse. Le ménage à trois fonctionne tant bien que mal jusqu'au décès de Claude Anet d'une pneumonie le 13 mars 173416. « Maman » et Jean-Jacques s'installent pendant l'été et l'automne aux Charmettesn 3. Pendant ces quelques années, idylliques et insouciantes selon ses Confessions, Rousseau s'adonne à la lecture en puisant dans l'importante bibliothèque de M. Joseph-François de Conzié avec laquelle il va se fabriquer « un magasin d'idées ». Grand marcheur, il décrit le bonheur d'être dans la nature, le plaisir lié à la flânerie et la rêverie, au point d'être qualifié de dromomane17. Il travaille aux services administratifs du cadastre du duché de Savoie, puis comme maître de musique auprès des jeunes filles de la bourgeoisie et de la noblesse chambériennes. Mais sa santé est fragile. « Maman » l'envoie en septembre 1737 consulter un professeur de Montpellier, le docteur Fizes, sur son polype au cœur. C'est au cours de ce voyage qu'il fait la connaissance de Madame de Larnage âgée de vingt ans de plus que lui, mère de dix enfants, sa vraie initiatrice à l'amour physiquen 4.

De retour à Chambéry, il a la surprise de trouver auprès de Madame de Warens un nouveau converti et amant, Jean Samuel Rodolphe Wintzenried18, et le ménage à trois reprend. En 1739, il écrit son premier recueil de poèmes, Le Verger de Madame la baronne de Warens, poésie grandiloquente éditée en 1739 à Lyon ou Grenoble19.

Premiers contacts avec le monde des Lumières françaises

 Portrait de face d'une femme « éveillée, coquette [...] l'air franc, amical, fripon et bon enfant » (Flaubert).
« Je me trouble. Je m'égare. Et bref, me voilà épris de Madame Dupin. »20. Tableau de Jean-Marc Nattier.

Rousseau entre dans l'orbite de deux figures importantes des Lumières, Condillac et d'Alembert, lorsqu'en 1740, il trouve un emploi de précepteur auprès des deux fils du prévôt général de Lyon, M. de Mably. Ce dernier est le frère aîné de Gabriel Bonnot de Mably et d'Étienne Bonnot de Condillac qui feront tous deux une carrière littéraire5. Rousseau compose pour le plus jeune des deux fils un Mémoire présenté à M. de Mably sur l'éducation de Monsieur son fils21. Ayant ainsi l'occasion de fréquenter la bonne société lyonnaise, il s'y gagne quelques amitiés, notamment celle de Charles Borde qui l'introduira dans la capitale. Chambéry est proche et il peut rendre quelques visites à « Maman », mais les liens sont distendus. Après une année difficile auprès de ses jeunes élèves, Rousseau s'accorde avec M. de Mably pour mettre fin au contrat21. Après quelque temps de réflexion, il décide alors de tenter sa chance à Paris22.

À Paris, grâce à une lettre d'introduction auprès de M. de Boze, il est présenté à Réaumur, qui lui permet de soumettre à l'Académie des sciences un mémoire présentant son système de notation musicale. Celui-ci prévoit la suppression de la portée et de la remplacer par un système chiffré. Les académiciens ne sont pas convaincus par le projet qui, selon eux, ne serait pas nouveau, l'inventeur étant le père Souhaitty23. Rousseau s'obstine, améliore son projet et le fait publier à ses frais, sans rencontrer le succès espéré, sous le titre de Dissertation sur la musique moderne24. À cette époque, il se lie d'amitié avec Denis Diderot, tout aussi méconnu que lui, et reçoit les conseils du père Castel. Il fréquente le salon de Madame de Beserval, et de Madame Dupin qu'il tente vainement de séduire. Elle lui confie durant quelque temps l'éducation de son fils10 Jacques-Armand Dupin de Chenonceaux, en 1743.

En juillet 1743, Rousseau est engagé comme secrétaire de Pierre-François, comte de Montaigu, qui vient d'être nommé ambassadeur à Venise. Sa connaissance de l'italien et son zèle le rendent indispensable auprès d'un ambassadeur incompétent. Il apprécie la vie animée de Venise : spectacles, prostituées25 et par-dessus tout la musique italienne. Mais l'importance qu'il se donne le rend arrogant et Montaigu le congédie au bout d'un an. Il est de retour à Paris le 10 octobre 1744. Cette courte expérience lui a néanmoins permis d'observer le fonctionnement du régime vénitien et c'est à ce moment, alors qu'il a 31 ans, que s'éveille son intérêt pour la politique. Il conçoit alors le projet d'un grand ouvrage qui s'intitulerait Les Institutions politiques mais qui deviendra le fameux Du contrat social. Il y travaille de temps à autre pendant plusieurs années26.

Il s'installe alors à l'hôtel Saint-Quentin, rue des Cordiers, où il se met en ménage avec une jeune lingère, Marie-Thérèse Le Vasseur, en 1745. Cette dernière lui apporte l'affection qui lui manque. Il l'épouse civilement à Bourgoin-Jallieu le 30 août 1768. Jean-Jacques doit alors supporter non seulement une femme bavarde mais aussi la famille de celle-ci27. Entre 1747 et 1751 naîtront cinq enfants que Jean-Jacques Rousseau, peut-être sur l'insistance de la mère de Marie-Thérèse28, fait placer aux Enfants-Trouvés, l'assistance publique de l'époque. Il explique d'abord qu'il n'a pas les moyens d'entretenir une famille29, puis au livre 8 des Confessions, il écrit qu'il a livré ses enfants à l'éducation publique en considérant cela comme un acte de citoyen, de père, et d'admirateur de République idéale de Platon30. Au livre suivant des Confessions, il écrit également qu'il fit ce choix principalement pour soustraire ses enfants à l'emprise de sa belle-famille, qu'il jugeait néfaste. Cette décision lui sera reprochée plus tard par Voltaire, alors qu'il se pose en pédagogue dans son livre Émile, et aussi par ceux qu'il appelle la « coterie holbachique » (l'entourage de d'Holbach, Grimm, Diderot, etc.). Cependant, certains de ses amis, dont Madame d'Épinay avant qu'elle se brouille avec lui, avaient proposé d'adopter ces enfants31.

En mai 1743, il commence la composition d'un ballet héroïque, Les Muses galantes, dont des extraits sont présentés à Venise en 174432. En 1745, Rameau qui écoute des morceaux des Muses galantes chez un fermier général juge que « certains sont d'un apprenti, d'autres d'un plagiaire »33. Pour la victoire de Fontenoy, il contribue à la création de la comédie-ballet du duo Voltaire-Rameau, les Fêtes de Ramire, basée sur La Princesse de Navarre de Voltaire accompagnée de la musique de Rameau34. Il gagne sa vie en exerçant les fonctions de secrétaire, puis de précepteur chez les Dupin de 1745 à 1751. Le cercle de ses fréquentations compte dès lors Dupin de Francueil, sa maîtresse Louise d'Épinay, Condillac, d'Alembert, Grimm et surtout Denis Diderot. En 1749, Diderot l'invite à participer au grand projet de l'Encyclopédie en lui confiant les articles sur la musique35.

Célébrité et tourments

Photo noir et blanc. Portrait de face d'un homme portant une perruque courte, chemise largement ouverte sur la poitrine.
Pierre-Alexandre DuPeyrou, riche habitant de Neuchâtel et son ami, qui a publié une partie de son œuvre.

Premières grandes œuvres

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Airs de Colette du Devin du village chantés par Martha Angelici (1937).

En 1749, l'Académie de Dijon met au concours la question « Le progrès des sciences et des arts a-t-il contribué à corrompre ou à épurer les mœurs ? » Encouragé par Diderot, Rousseau participe au concours36. Son Discours sur les sciences et les arts (dit Premier Discours) qui soutient que le progrès est synonyme de corruption, obtient le premier prix, en juillet 1750. L'ouvrage est publié l'année suivante et son auteur acquiert immédiatement une célébrité internationale37. Ce discours suscite de nombreuses réactions ; pas moins de 49 observations ou réfutations paraissent en deux ans, parmi lesquelles celles de Charles Borde, l'abbé Raynal, jusqu'à Stanislas Leszczynski ou Frédéric II, ce qui permet à Rousseau d'affiner son argumentation dans ses réponses et lui apporte une notoriété grandissante38.

Il abandonne alors ses emplois de secrétaire et précepteur pour se rendre indépendant, et vit grâce à ses travaux de transcription de partitions musicales10 ; il adopte une attitude physique et vestimentaire plus en harmonie avec les idées développées dans le Discours. Mais ce sont ces idées qui vont l'éloigner progressivement de Diderot et des philosophes de l'Encyclopédie.

Le 18 octobre 1752, son intermède en un acte, Le Devin du village est représenté devant le roi Louis XV et la Pompadour, à Fontainebleau. L'opéra est un succès, mais Rousseau se dérobe le lendemain à la présentation au roi, refusant de ce fait la pension qui aurait pu lui être accordée39. Il fait jouer immédiatement après sa pièce Narcisse, à laquelle Marivaux avait apporté quelques retouches40.

Cette année 1752 voit le début de la Querelle des Bouffons. Rousseau y prend part auprès des encyclopédistes en rédigeant sa Lettre sur la musique française, dans laquelle il affirme la primauté de la musique italienne sur la musique française, celle de la mélodie sur l'harmonie, écorchant au passage Jean-Philippe Rameau41.

Photo d'une page manuscrite comportant des ratures.
Fragment du manuscrit du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1754).

En 1754, l'Académie de Dijon lance un autre concours auquel il répond par son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (également appelé Second Discours), qui achève de le rendre célèbre. Rousseau y défend la thèse selon laquelle l'homme est naturellement bon et dénonce l'injustice de la société28. L'œuvre suscite, comme le Premier Discours, une vive polémique de la part notamment de Voltaire, Charles Bonnet, Castel et Fréron42. Sans attendre le résultat du concours, il décide de se ressourcer à Genève, non sans rendre au passage une visite à sa vieille amie, Mme de Warens. Célèbre et admiré, il est bien accueilli. Dans le domaine des idées, Rousseau s'éloigne des encyclopédistes athées qui croient au progrès, alors que lui prône la vertu et l'amour de la nature. Il reste fondamentalement croyant, mais abjure le catholicisme et réintègre le protestantisme, redevenant par là citoyen de Genève43. Toutefois, il ne reste que quelques mois dans la cité. Le 15 octobre, il est de nouveau à Paris.

Grandes œuvres et intégration sociale

Portrait d'une femme assise, la tête penchée, tenant d'une main un livre, l'autre sur le menton, l'expression coquette.
Louise d'Épinay qui a prêté à Rousseau l'Ermitage en Forêt de Montmorency. Pastel de Jean-Étienne Liotard.

Rousseau ne s’adresse plus seulement à la société bourgeoise comme les artistes de cour ou les érudits des siècles précédents. Il n'a de cesse de s’adresser à un autre public, différent de celui de la haute société qui hante les salons littéraires44. Progressivement, sa célébrité devient « funeste » selon ses propres termes, cette célébrité qu’il a cherchée comme une arme sociale se retourne contre lui, et il entre dans une paranoïa, confronté à la personnalité publique qu’est devenu « Jean-Jacques », celui que les gens veulent voir, rencontrer et dont des portraits circulent44,45. En avril 1756, Mme d'Épinay met à sa disposition l'Ermitage, une maisonnette située à l'orée de la forêt de Montmorency. Il s'y installe avec Thérèse Levasseur et la mère de celle-ci46 puis commence à rédiger son roman Julie ou la Nouvelle Héloïse et son Dictionnaire de la musique. Il entreprend aussi, à la demande de Mme d'Épinay, la mise en forme des œuvres de l'abbé de Saint-Pierre47. Au début de 1757, Diderot envoie à Rousseau son drame Le Fils naturel, dans lequel se trouve la phrase « L'homme de bien est dans la société, il n'y a que le méchant qui soit seul ». Rousseau prend cette réplique pour un désaveu de ses choix et il s'ensuit une première dispute entre les amis48.

Au cours de l'été, Diderot éprouve des difficultés pour faire paraître l'Encyclopédie à Paris. Ses amis Grimm et Saint-Lambert sont enrôlés dans la guerre de Sept Ans. Ils confient au vertueux Rousseau leurs maîtresses respectives, Mme d'Épinay et Mme d'Houdetot. Jean-Jacques tombe amoureux de cette dernière, entrainant une idylle vraisemblablement platonique, mais, du fait de maladresses et d'indiscrétions, les rumeurs vont bon train jusqu'aux oreilles de l'amant. Rousseau en accuse successivement ses amis Diderot, Grimm et Mme d'Épinay qui vont définitivement lui tourner le dos49. Mme d'Épinay lui signifie son congé, et il doit quitter l'Ermitage en décembre. Il part s'installer à Montmorency où il loue la maison qui deviendra son Musée en 189850.

Dans sa Lettre à M. d'Alembert (1758) il s'oppose à l'idée que défendait ce dernier selon laquelle Genève aurait intérêt à construire un théâtre, en arguant du fait que cela affaiblirait l'attachement des citoyens à la vie de la cité51.

Isolé à Montmorency et atteint de la maladie de la pierre, il devient bourru et misanthrope. Il gagne toutefois l'amitié et la protection du maréchal de Luxembourg et de sa deuxième épouse. Il reste cependant très jaloux de son indépendance, ce qui lui laisse le temps d'exercer une intense activité littéraire. Il achève son roman Julie ou la Nouvelle Héloïse, qui obtient un immense succès52, et travaille à ses essais Émile ou De l'éducation et Du contrat social. Les trois ouvrages paraissent en 1761 et 1762, grâce à la complaisance de Malesherbes, alors directeur de la Librairie. Dans La Profession de foi du vicaire savoyard, placée au cœur de l'Émile, Rousseau réfute autant l'athéisme et le matérialisme des Encyclopédistes que l'intolérance dogmatique du parti dévot53. Dans Le Contrat Social, le fondement de la société politique repose sur la souveraineté du peuple et l'égalité civique devant la loi, expression de la volonté générale. Ce dernier ouvrage inspirera l'idéologie pré-révolutionnaire54. Si l'Émile et le Contrat social, marquent le sommet de la pensée de Rousseau, ils isolent cependant leur auteur. En effet, le Parlement de Paris et les autorités de Genève estiment qu'ils sont religieusement hétérodoxes et les condamnent55. Menacé de prise de corps par la Grande Chambre du Parlement de Paris en juin 1762, il doit fuir seul la France, avec l'aide du maréchal de Luxembourg ; Thérèse le rejoindra plus tard. Il évite Genève et se réfugie à Yverdon chez son ami Daniël Roguin. Si sa condamnation à Paris est surtout due à des motifs religieux, c'est le contenu politique du Contrat Social qui lui vaut la haine de Genève. Berne suit Genève et prend un décret d'expulsion. Rousseau doit quitter Yverdon et se rend à Môtiers auprès de Madame Boy de la Tour. Môtiers est situé dans la principauté de Neuchâtel qui relève de l'autorité du roi de Prusse Frédéric II. Ce dernier accepte d'accorder l'hospitalité au proscrit56.

Face aux religions et à Voltaire

Photographie panoramique de paysage en couleur, prise du château d'Erlach.
La lande et l'île Saint-Pierre où vécut Rousseau, vues du nord.

Les malheurs de Rousseau n'ont pas attendri les philosophes et ceux-ci continuent à l'accabler, notamment Voltaire et D'Alembert. Physiquement, la maladie de la pierre le fait souffrir et il doit être régulièrement sondé. C'est alors qu'il adopte un long vêtement arménien, plus commode pour cacher son affection57. Il se remet à écrire un mélodrame, Pygmalion puis une suite à L'Émile, Émile et Sophie, ou les solitaires qui restera inachevée.

L'Émile est mis à l'Index en septembre 1762 et Christophe de Beaumont, archevêque de Paris lance l'anathème contre les idées professées par Le Vicaire savoyard. Rousseau y répond par une Lettre à Christophe de Beaumont qui paraîtra en mars 1763, libelle dirigé contre l'Église romaine58. Toutefois son ton volontairement « antipapiste » ne calme pas les ardeurs des pasteurs protestants de Genève qui mènent une lutte sourde contre les amis de Jean-Jacques, qui cherchent vainement à le réhabiliter. Fatigué, Rousseau va finir par renoncer le 12 mai 1763 à la citoyenneté genevoise59. Entretemps il se passionne pour la botanique et fait publier son Dictionnaire de la musique, fruit de seize années de travail.

Le conflit devient politique avec la publication des Lettres de la campagne de Jean-Robert Tronchin, procureur général auprès du Petit Conseil de Genève, auquel Rousseau réplique par ses Lettres de la montagne où il prend position en faveur du Conseil général, représentant le peuple souverain, contre le droit de veto du Petit Conseil60. Les lettres sont publiées en décembre 1764, mais sont brûlées à La Haye et Paris, interdites à Berne. C'est le moment que choisit Voltaire pour publier anonymement Le Sentiment des citoyens où il révèle publiquement l'abandon des enfants de Rousseau. Le pasteur de Môtiers, Montmollin, qui avait accueilli Jean-Jacques lors de son arrivée, cherche alors à l'excommunier avec le soutien de la « Vénérable Classe de ses confrères de Neuchâtel ». Mais Rousseau est protégé par un rescrit de Frédéric II61. Il passe toutefois pour un séditieux et la population rameutée par Montmollin devient si menaçante que, le 10 septembre 1765, Jean-Jacques se réfugie provisoirement dans l'île Saint-Pierre sur le lac de Bienne62, d'où le gouvernement bernois l'expulse le 24 octobre. Avant de partir, Jean-Jacques Rousseau confie à son ami Du Peyrou une malle contenant tous les papiers qu'il possédait (manuscrits, brouillons, lettres et copies de lettres)63.

Années d'errance

 Portrait de Rousseau dans la tenue « arménienne » (toque et col de fourrure) qu'il portait à Londres.
Portrait par Allan Ramsay de Rousseau à Londres en 1766, conçu pour former un diptyque avec celui de Hume. Rousseau y voyait une machination : « On lui fait mettre un bonnet bien noir, un vêtement bien brun, on le place dans un lieu bien sombre, et là, pour le peindre assis on le fait tenir debout, courbe, appuyé dʼune de ses mains sur une table bien basse, dans une attitude où ses muscles fortement tendus altèrent les traits de son visage. De toutes ces précautions devait résulter un portrait peu flatteur quand il eut été fidèle »64.

Rousseau, dès lors, vit dans la hantise d'un complot dirigé contre lui et décide de commencer son œuvre autobiographique en forme de justification. Il gagne Paris où il séjourne en novembre et décembre 1765 au Temple qui bénéficie de l'exterritorialité. Rousseau est également sous la protection du prince de Conti qui lui permet de recevoir des visiteurs de marque65. À l'invitation de David Hume, attaché à l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris, il gagne l'Angleterre le 4 janvier 1766. Thérèse le rejoint plus tard. Durant son séjour en Angleterre son instabilité mentale croît et il se persuade que David Hume est au centre d'un complot contre lui55. C'est à cette époque que circule dans les salons parisiens une fausse lettre du roi de Prusse adressée à Rousseau. Elle est bien tournée mais peu charitable à son égard. L'auteur est Horace Walpole, mais Rousseau l'attribue dans un premier temps à D'Alembert, puis soupçonne Hume de tremper dans le complot66. Hume a fréquenté à Paris les Encyclopédistes qui ont pu le mettre en garde contre Rousseau. Ce dernier, hypersensible et soupçonneux, se sent persécuté. Après six mois de séjour en Angleterre, la rupture est complète entre les deux philosophes, chacun se justifiant par des écrits publics, ce qui génère un véritable scandale dans les Cours européennes. Les ennemis de Rousseau, au premier rang desquels Voltaire, jubilent, alors que ses amis, qui l'ont poussé à confier son destin à Hume, sont consternés par la tournure des évènements.

Reproduction d'un feuillet manuscrit.
Première page du manuscrit dit « de Paris » des Confessions, offert à la Convention nationale en 1794, par la veuve de Rousseau, Thérèse Levasseur67.

Durant son séjour anglais, il réside du 22 mars 1766 au 1er mai 1767 chez Richard Davenport qui a mis à la disposition du citoyen de Genève sa propriété de Wootton Hall dans le Staffordshire. C'est là qu'il écrit les premiers chapitres des Confessions68. La façon dont il traite dans ses écrits Diderot, Friedrich Melchior Grimm, atteste de sa paranoïa55.

Reproduction de la page de grand titre.
Les Rêveries du promeneur solitaire, édition de 1782

En mai 1767, toujours sous la menace d'une condamnation par le Parlement, Rousseau regagne la France sous le nom d'emprunt de Jean-Joseph Renou, nom de jeune fille de la mère de Thérèse69. Pendant un an, il est hébergé par le prince de Conti au château de Trye, près de Gisors dans l'Oise. Le séjour est particulièrement angoissant pour Rousseau qui en vient à soupçonner ses amis, y compris le fidèle DuPeyrou, venu lui rendre visite70.

Le 14 juin 1768, il quitte Trye et va errer quelque temps en Dauphiné autour de Grenoble. Thérèse le rejoint à Bourgoin où le 29 août, et pour la première fois, il la présente au maire de la ville comme sa femme71. Il reprend son nom et s'installe à la ferme Monquin à Maubec72. Il décide de quitter le Dauphiné le 10 avril 1770, séjourne quelques semaines à Lyon, et arrive à Paris le 24 juin 1770 où il loge à l'hôtel Saint-Esprit, rue Plâtrière.

À Paris, il survit grâce à ses travaux de copiste de partitions de musique. Il organise des lectures de la première partie des Confessions dans des salons privés devant des auditoires silencieux et gênés face à cette âme mise à nu73. Ses anciens amis craignant des révélations, Mme d'Épinay fait interdire ces lectures par Antoine de Sartine, alors lieutenant-général de police.

Tableau représentant un homme de profil à perruque blanche, tenant un bâton et un bouquet. Au second plan, un pavillon.
Rousseau herborisant à Ermenonville par Georg Friedrich Meyer (1778).

Dans ses Considérations sur le gouvernement de Pologne, qu'il rédige alors, il condamne la politique russe de démantèlement de la Pologne. Cette prise de position accroît sa marginalité, la plupart des philosophes des Lumières françaises admirant alors Catherine II. Il poursuit l'écriture des Confessions et entame la rédaction des Dialogues, Rousseau juge de Jean-Jacques74. Ne pouvant les publier sans susciter de nouvelles persécutions, il tente de déposer le manuscrit sur l'autel de Notre-Dame, mais la grille fermée lui en empêche l'accès. En désespoir de cause, il va jusqu'à distribuer aux passants des billets justifiant sa position75.

C'est aussi l'époque où il herborise76, activité qu'il partage avec Malesherbes, ce qui rapproche les deux hommes. Il écrit à l'adresse de Mme Delessert, sous forme de lettres, un cours de botanique destiné à sa fille Madelon, les Lettres sur la botanique77. Les Rêveries du promeneur solitaire, ouvrage inachevé, sont rédigées au cours de ses deux dernières années, entre 1776 et 1778. Ces dernières œuvres ne seront publiées qu'après sa mort. À cette date, Il entretient aussi une correspondance avec le compositeur d'opéra Gluck.

Décès

Un homme assis tend une main vers une fenêtre qu'une femme vient d'ouvrir en le regardant.
Les dernières paroles de J.-J. Rousseau, gravure de Jean-Michel Moreau (1783).

En 1778, le marquis de Girardin lui offre l'hospitalité, dans un pavillon de son domaine du Château d'Ermenonville, près de Paris ; c'est là que l'écrivain philosophe meurt subitement le 2 juillet 1778, de ce qui semble avoir été un accident vasculaire cérébral. Certains ont avancé l'hypothèse d'un suicide, créant une controverse sur les circonstances de la mort du philosophe78.

Cénotaphe entouré d'arbres, dont le bas-relief représente une femme allaitant son enfant et lisant l'Émile.
Vue du tombeau de Rousseau dans l'île des Peupliers. Gravure par Godefroy, dessin de Gaudat, 1781.

Le lendemain de sa mort, le sculpteur Jean-Antoine Houdon moule son masque mortuaire. Le 4 juillet, le marquis René-Louis de Girardin fait inhumer le corps dans l'île des Peupliers de la propriété. La tombe érigée à la hâte par le marquis de Girardin est remplacée en 1780 par le monument funéraire actuel dessiné par Hubert Robert, exécuté par J.-P. Lesueur : un sarcophage sculpté, sur ses quatre côtés, de bas-reliefs représentant une femme donnant le sein et lisant l'Émile, ainsi que plusieurs allégories de la liberté, de la musique, de l'éloquence, de la nature et de la vérité79. Sur le fronton, un cartouche d'où pend une guirlande de palmes porte la devise de Rousseau « vitam impendere vero » (« consacrer sa vie à la vérité »). La face nord porte l'épitaphe « ici repose l'homme de la Nature et de la Vérité ». Le philosophe est rapidement l'objet d'un culte, et sa tombe est assidûment visitée80.

Itinéraire intellectuel

portrait d'homme assis, regardant de face, richement vêtu, portant une veste rouge.
Portait de David Hume conçu par Allan Ramsay pour former un diptyque avec celui de Rousseau (1766). Rousseau se plaignait de la dissymétrie de traitement entre les deux portraits81.

La grande sensibilité de Rousseau marque profondément son œuvre et explique, en partie, les brouilles qui ont jalonné sa vie. David Hume disait de lui82 : « Toute sa vie il n'a fait que ressentir, et à cet égard, sa sensibilité atteint des sommets allant au-delà de ce que j'ai vu par ailleurs ; cela lui donne un sentiment plus aigu de la souffrance que du plaisir. Il est comme un homme qui aurait été dépouillé non seulement de ses vêtements, mais de sa peau, et s'est retrouvé dans cet état pour combattre avec les éléments grossiers et tumultueuxtrad 1 ». Bertrand Russell ajoutait82 : « C'est le résumé le plus sympathique de son caractère qui soit à peu près compatible avec la véritétrad 2 ».

La philosophie de Rousseau dans son contexte

Rousseau n'a pas suivi de cours de philosophie. Autodidacte, ce sont ses lectures, notamment celle de ses immédiats prédécesseurs : Descartes, Locke, Malebranche, Leibniz, la Logique de Port-Royal et les jusnaturalistes83,84, qui lui ont permis de devenir philosophe. Dès la première œuvre qui le rend célèbre, le Discours sur les sciences et les arts, Rousseau se revendique comme n'étant pas un philosophe de profession et exprime sa méfiance envers certains de ceux qui se disent philosophes. Il écrit à ce propos :

« Il y aura dans tous les temps des hommes faits pour être subjugués par les opinions de leur siècle, de leur pays, de leur société : tel fait aujourd'hui l'esprit fort et le philosophe, qui, par la même raison, n'eût été qu'un fanatique du temps de la Ligue. Il ne faut point écrire pour de tels lecteurs, quand on veut vivre au-delà de son siècle85. »

Trois aspects de la pensée de Rousseau sont particulièrement à relever86 :

  • Tout d'abord, Rousseau est le premier grand critique de la pensée politique et philosophique telle qu'elle se déploie à partir de la fin du 17e siècle. À l'encontre de Bacon, Descartes, Locke, Newton, il soutient que ce qu'ils nomment « progrès » est d'abord un déclin de la vertu et du bonheur, que les systèmes politiques et sociaux de Hobbes et Locke basés sur l'interdépendance économique et sur l'intérêt conduisent à l'inégalité, à l'égoïsme et à la société bourgeoise (un terme qu'il est un des premiers à employer)86 ;
  • Ensuite, si Rousseau est un critique de la théorie politique et philosophique de son temps, sa critique vient de l'intérieur. Il ne veut revenir ni à Aristote, ni à l'ancien républicanisme ni à la moralité chrétienne car, s'il accepte bien des préceptes des traditions individualistes et empiristes de son temps, il en tire des conclusions différentes en se posant des questions différentes. Par exemple : est-ce que l'état de guerre de tous contre tous est premier ou est-ce qu'il ne s'agit que d'un accident de l'histoire ? Est-ce que la nature humaine ne peut pas être modelée pour arriver à un État démocratique ?87 ;
  • Enfin, Rousseau est le premier à penser que la démocratie est la seule forme légitime d'État86.
Gravure ancienne du buste d'un homme.
Jean Bodin, une des sources d'inspiration de Rousseau

Dans ses écrits politiques, Rousseau se place dans la continuité de Bodin qu'il interprète à l'aide de « la théorie philosophique et juridique du droit naturel moderne88 ». Pour lui, Grotius et Pufendorf ainsi que Locke ont commis l'erreur de penser que les passions étaient naturelles89 alors qu'elles ne sont que les produits de l'histoire. Pour Rousseau, la nécessaire satisfaction des besoins primaires (nourriture, boisson, etc.) qui imprègne si fortement l'histoire des hommes, tend à les isoler. Elle ne les rapproche pas, comme chez Pufendorf, pas plus qu'elle n'attise leur discorde comme chez Hobbes90.

Prenant position contre Grotius et Hobbes selon qui la liberté peut s'aliéner parce que la vie est première, Rousseau soutient dans Du Contrat social, que la liberté est inaliénable car vie et liberté sont synonymes91. De même, alors que chez Hobbes, le peuple est constitué grâce à la terreur qu'exerce sur lui le pouvoir, chez Rousseau, le peuple se constitue grâce à un pacte social qui fonde son unité politique92. À la différence de ce que pensent Locke, Spinoza ou Hobbes, pour Rousseau, une fois le pacte passé, l'être humain perd tout droit naturel93. Il s'oppose sur ce point, à l'école du droit naturel de Pufendorf, Grotius, Burlamaqui, Jean Barbeyrac, qui conçoivent « le droit politique, en tant que droit des sociétés civiles ». Ce que cherche Rousseau, ce n'est pas le droit des sociétés civiles, mais le droit de l'État94.

L'« illumination de Vincennes », les deux premiers discours et les Lumières

L'illumination de Vincennes et le Discours sur les sciences et les arts

Article détaillé : Discours sur les sciences et les arts.

En 1749, lors d'une visite à Diderot, alors emprisonné à Vincennes, Rousseau lit dans le Mercure de France86 que l'Académie de Dijon a lancé un concours sur la question suivante : « Le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer ou à corrompre les mœurs ? »95. Cette lecture provoque chez lui ce qu'on nomme usuellement l'« illumination de Vincennes »96, événement qui va profondément changer le cours de sa vie : « Tout d'un coup, écrit-il, je me sens l'esprit ébloui de mille lumières ; des foules d'idées s'y présentèrent à la fois avec une force et une confusion qui me jeta dans un trouble inexprimable »95.

Page de grand titre de l'édition originale.
Discours sur les sciences et les arts

Dans le texte qu'il écrit pour ce concours97, Rousseau s'oppose à Montesquieu, Voltaire et Hume qui voient la modernité et le perfectionnement des arts et des sciences comme extrêmement positifs98. Le citoyen de Genève fait débuter le rétablissement des arts « à la chute du trône de Constantin », c'est-à-dire à la chute de l'empire Byzantin, « qui porta dans l'Italie les débris de l'ancienne Grèce »99. Rousseau, influencé par la pensée des classiques anciens, tels Tite-Live, Tacite ou Plutarque, « dresse un réquisitoire contre la société moderne et l'artifice »100. Ses modèles parmi les Anciens sont Sparte et la République romaine, du temps où elle était « le temple de la vertu » avant de devenir, sous l'Empire, « le théâtre du crime, l'opprobre des nations et le jouet des barbares »101. L'anti-modèle est constitué par la Cité d'Athènes au siècle de Périclès qu'il trouve trop mercantile, trop portée sur la littérature et les arts, toutes choses qui, selon lui, poussent à la corruption des mœurs101.

La pensée de Rousseau s'articule autour de trois axes : la distinction entre les sciences et arts utiles et ceux qu'il estime inutiles, l'importance accordée au génie, l'opposition au luxe qui corrompt la vertu. Concernant le premier point, Rousseau donne aux arts et aux sciences une origine peu flatteuse : « L'astronomie est née de la superstition ; l'éloquence, de l'ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; toutes, et la morale même, de l'orgueil humain. Les Sciences et les arts doivent donc leur naissance à nos vices »102. Toutefois, il distingue les sciences et arts utiles, ceux qui portent sur les choses et qui ont trait aux métiers, au travail manuel des hommes (au XVIIIe siècle, en France, le travail manuel est méprisé) d'avec les sciences et arts abstraits seulement motivés par la recherche du succès mondain103. L'important, chez Rousseau, c'est la vertu, « science sublime des âmes simples » dont les principes sont « gravés dans tous les cœurs » et dont on apprend les lois en écoutant « la voix de sa conscience dans le silence des passions »104.

En concordance avec sa conception du lien entre art ou science et vertu, Rousseau distingue entre le génie, qui ne se laisse pas corrompre par le monde, et le mondain. S'adressant à Voltaire, il écrit : « dites-nous, célèbre Arouet, combien vous avez sacrifié de beautés mâles et fortes à votre fausse délicatesse, et combien l'esprit de la galanterie si fertile en petites choses vous en a coûté de grandes »105. De façon générale, il estime que les génies (Bacon, Descartes, Newton) ont su se focaliser sur l'essentiel et ont contribué à l'amélioration de l'entendement humain : « c'est à ce petit nombre qu'il appartient d'élever des monuments à la gloire de l'esprit humain »106.

Rousseau voit une antinomie entre le luxe, qu'il associe au commerce et à l'argent, et la vertu : « Les anciens politiques parlaient sans cesse de mœurs et de vertu ; les nôtres ne parlent que de commerce et d'argent »107. Pour Rousseau, le luxe conduit au développement des inégalités et à la dépravation des mœurs. Sur ce point, il est en opposition avec le courant majeur de son siècle représenté par des gens comme Mandeville ou Voltaire qui, dans le Mondain, plaide en faveur du superflu, ou encore par les physiocrates ou par David Hume qui voit dans le luxe un aiguillon à l'activité économique108. Le citoyen de Genève, conscient de cette opposition, note :

« Que le luxe soit un signe certain des richesses ; qu'il serve même à les multiplier : que faudra-t-il conclure de ce paradoxe si digne d'être né de nos jours ; et que deviendra la vertu, quand il faudra s'enrichir à quelque prix que ce soit107 ? »

Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes

Article détaillé : Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.
Un Hottentot vêtu d'un pagne indique un bateau à un groupe de bourgeois hollandais qui semblent vouloir le retenir.
« Il retourne chez les égaux », illustration du Discours par Jean-Michel Moreau (1778).

En 1755, Rousseau publie le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes109. Pour Jean Starobinski, Rousseau dans cet ouvrage « recompose une « genèse » philosophique où ne manquent ni le jardin d'Éden, ni la faute, ni la confusion des langues version laïcisée, « démythifiée » de l'histoire des origines, mais qui, en supplantant l'Écriture, la répète dans un autre langage »110.

Rousseau imagine ce qu'aurait pu être l'humanité quand l'homme était bon : c'est l'état de nature qui n'a peut-être jamais existé. C'est ce qu'on nomme une histoire conjecturale basée sur une conjecture c'est-à-dire sur une hypothèse110. À partir de cette base, il explique comment l'homme naturellement bon est devenu mauvais. Selon lui la Chute n'est pas due à Dieu (il le suppose bon), ni à la nature de l'homme, mais au processus historique lui-même, et aux institutions politiques et économiques qui ont émergé au cours de ce processus111. Chez Rousseau, le mal désigne à la fois les tourments de l'esprit qui préoccupaient tant les stoïciens mais également ce que les Modernes nomment l'aliénation, c'est-à-dire l'extrême attention que les hommes portent au regard des autres. Attention qui les détourne de leur moi profond, de leur nature112.

Rousseau termine son discours en définissant, d'une part, sa vision de l'égalité où l'inégalité des conditions doit être proportionnée à l'inégalité des talents, et en constatant, d'autre part, que l'homme ne peut pas revenir en arrière, que l'état de nature est définitivement perdu113.

Changement de vie, 1756-1759

Page d'un livre en latin du seizième siècle comportant une lettrine.
Moralia, 1531

Durant cette période, Rousseau ressent la nécessité de changer de vie et de suivre le précepte qu'il fait figurer désormais dans de nombreux textes « vitam impedere vero (consacrer sa vie à la vérité) »114. Tout d'abord, il change de tenue. « Je quittais la dorure et les bas blancs ; je pris une perruque ronde ; je posais l'épée ; je vendis ma montre en me disant avec une joie incroyable : Grâce au ciel, je n'aurai plus besoin de savoir l'heure qu'il est »115,116. Par ailleurs, il quitte la ville pour s'installer à la campagne, d'abord à l'Ermitage en forêt de Montmorency, puis dans la maison du Petit Mont-Louis. Enfin, il refuse les places et les rentes qu'on lui offre. Pour rester libre, il gagne sa vie en exerçant le métier de copiste de musique. Il rompt, également, le lien fort qui existait entre lui et Diderot depuis 1742117.

Pour Jean Starobinski, la pauvreté ostentatoire de Rousseau a une double visée. C'est d'abord une « démonstration de vertu à la manière stoïcienne ou cynique » destinée à alerter les consciences, à accuser l'inégalité sociale alors très forte. Par ailleurs, elle est une manifestation de la fidélité de Rousseau à son origine sociale118. Toujours selon cet auteur, Rousseau a eu le génie de se conformer à un principe très à la Plutarque, qu'il énonce ainsi dans une lettre adressée à son père alors qu'il n'a que dix-neuf ans : « J'estime mieux une obscure liberté qu'un esclavage brillant119 »,118.

Le Contrat social et l'Émile

Les ouvrages Du Contrat social120 et Émile, ou De l’éducation121 sont tous deux parus en 1762. Ils sont presque immédiatement condamnés. En France, la condamnation émane à la fois du Parlement (Ancien régime) et de la faculté de théologie. À Genève, elle est l'œuvre du Petit Conseil. Ces condamnations auront des conséquences lourdes pour Rousseau dans la mesure où elles le condamnent à une vie d'errance. Si la Révolution française contribue à faire du Contrat social son œuvre la plus estimée en France, la tradition allemande lui préfère le Second Discours et l'Émile122.

Le contrat social

Article détaillé : Du contrat social.
Un homme indique la maxime gravée sur une colonne. Le peuple acclame, deux puissants désapprouvent.
« Force n'est pas droit », gravure sur cuivre pour l'édition Didot-Bozarian du Contrat (1801).

Au départ, Rousseau veut écrire un livre intitulé Institutions politiques. Puis, il abandonne ce projet parce qu'il l'estime déjà traité par Montesquieu. Il entreprend alors d'écrire un livre tourné vers la nature des choses et qui soit par là à même de fonder le droit politique88. Comparant le livre de Montesquieu et le sien, il écrit dans Émile, « l'illustre Montesquieu ... se contenta de traiter du droit positif des gouvernements établis ; et rien au monde n'est plus différent que ces deux études »123. Le Contrat social vise en effet à fonder à la fois le droit politique et l'État. Selon Mairet, ce qui donne à cet ouvrage son statut unique c'est qu'à la manière de Platon, il « établit d'emblée la liaison de la vérité et de la liberté »124.

La notion de Contrat social ne doit pas s'entendre comme désignant un contrat formel entre individus mais comme l'expression de l'idée selon laquelle, « le pouvoir légitime pour gouverner n'est pas directement fondé sur un titre divin ou sur un droit naturel à gouverner, mais doit être ratifié (« autorisé ») par le consentement des gouvernés »125.

Dans le Contrat social Rousseau cherche à répondre à ce qu'il pense être la question fondamentale de la politique à savoir : comment réconcilier la liberté des citoyens avec l'autorité de l'État fondée sur la notion de souveraineté qu'il reprend à Bodin126. Pour Gilles Mairet, la nouveauté radicale du Contrat social vient de ce qu'il affirme à la fois que le peuple est souverain et que la république est une démocratie127. Dans cet ouvrage, Rousseau veut absolument éviter que les êtres humains soient soumis à l'arbitraire des chefs, c'est pourquoi, comme il l'indique dans une lettre du 26 juillet 1767 adressée à Mirabeau, son but est de « trouver une forme de gouvernement qui mette la loi au-dessus des hommes »128. Rousseau veut allier idéalisme politique et réalisme anthropologique. Il écrit à ce propos : « Je veux chercher si, dans l'ordre civil, il peut y avoir quelque règle d'administration légitime et sûre, en prenant les hommes tels qu'il sont et les lois telles qu'elles peuvent être. Je tâcherai d'allier toujours, dans cette recherche, ce que le droit permet avec ce que l'intérêt prescrit, afin que la justice et l'utilité ne se trouvent point divisées129. »

Le Contrat social comporte quatre livres. Les deux premiers sont consacrés à la théorie de la souveraineté et les deux derniers à la théorie du gouvernement130.

Émile, ou De l’éducation

Article détaillé : Émile ou De l'éducation.
Dans une chambre un homme et une femme regardent des enfants jouer au pied d'un lit.
« Voilà la règle de la nature. Pourquoi la contrariez-vous ? ». Illustration pour l' Émile de Jean-Michel Moreau (1777).

Cet ouvrage commencé en 1758 et publié en 1762 en même temps que le Contrat social est à la fois un des plus importants traités d'éducation et un des plus influentsn 5. L'ouvrage s'inscrit dans la lignée de La République de Platon et des Aventures de Télémaque de Fénelon, qui mêlent politique et éducation. (Rousseau cite particulièrement le dialogue de Platon, le présentant comme un ouvrage d'éducation qu'on aurait eu tort de juger selon le titre) Peu de choses disposent Rousseau à écrire un ouvrage sur l'éducation. S'il a été précepteur des enfants de Mably (le frère de Condillac et de l'Abbé de Mably), l'expérience semble n'avoir pas été très concluante. Par ailleurs, comme Voltaire ne manquera pas de le faire savoir, Rousseau a abandonné ses cinq enfants, nés entre 1746-1747 et 1751-1752, à l'hospice des enfants trouvés131, bien qu'il incite à être parent (les femmes à faire des enfants et les pères à s'occuper de l'éducation de leurs enfants)

Du haut d'une colline un homme fait admirer à un autre le paysage de la vallée du Pô au soleil levant.
« La nature étalait à nos yeux toute sa magnificence ». Émile et le vicaire savoyard, Jean-Michel Moreau (1777).

L'ouvrage repose sur la conception fondamentale de Rousseau selon laquelle l'homme est né bon mais la société l'a corrompu. Ainsi pose-t-il comme « maxime incontestable que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits : il n'y a point de perversité originelle dans le cœur humain. Il ne s'y trouve pas un seul vice dont on ne puisse dire comment et par où il y est entré »132,131. Rousseau divise l'éducation des êtres humains en cinq phases correspondant aux cinq livres de l'Émile. Le livre I traite des nouveaux-nés, le livre II des enfants de 2 à 10/12 ans, le livre III des 12 à 15/16 ans, le livre IV de la puberté dominée par des conflits entre raison et passions, tout en abordant aussi des questions de métaphysique ou de religion dans une section connue sous le titre de La Profession de foi du vicaire savoyard et qui a été publiée à part. Enfin le livre V traite du jeune adulte au moment où il s'initie à la politique et prend une compagne133.

En lien avec sa conception de la personne humaine, l'éducation doit d'abord être négative c'est-à-dire qu'on ne doit pas commencer par instruire car par là on risque de pervertir la nature humaine  : « La première éducation doit donc être purement négative. Elle consiste, non point à enseigner la vertu ni la vérité, mais à garantir le cœur du vice et l’esprit de l’erreur »134. Il reproche justement à John Locke, dans ses Pensées sur l'éducation (1693), de vouloir trop tôt considérer l'enfant comme un être raisonnable135 et de vouloir utiliser l'éducation pour transformer l'enfant en homme, plutôt que de laisser l'enfant être un enfant, en attendant qu'il grandisse et devienne adulte de manière naturelle136. Pour Rousseau, c'est seulement au moment de la puberté que l'éducation doit donner une formation morale et permettre à l'adolescent d'intégrer le monde social.

Rousseau et la religion

Articles détaillés : Lettres écrites de la montagne, La Profession de foi du vicaire savoyard et Lettre à Christophe de Beaumont.
Deux hommes assis, deux femmes debout, l'une en pleurs, l'autre en prières, regardent une mourante dans son lit.
« Ô grand Être! », gravure de Daniel Chodowiecki pour La Nouvelle Héloïse (1782).

Trois groupes de textes sont à prendre en compte pour comprendre le rapport de Rousseau à la religion :

  • les écrits « théoriques », ou « dogmatiques », comme la Lettre à Voltaire sur la Providence, le livre IV de l'Émile intitulé Profession de foi du vicaire savoyard, ajouté in extremis à l'ouvrage, peu avant l'impression ; le 8e et dernier chapitre du Contrat social, lui aussi ajouté au dernier moment à la fin du livre (ce chapitre 8 est le plus long de l'ensemble de l'ouvrage) ; enfin, La Nouvelle Héloïse. On remarquera que ces trois derniers ouvrages ont été publiés à la même période (1762-1763) ;
  • les écrits de justification ou de polémique : la Lettre à Christophe de Beaumont137, les Lettres écrites de la montagne138 et les Dialogues (Rousseau juge de Jean-Jacques) ;
  • la correspondance privée, notamment les lettres à Paul Moultou et la lettre à Franquières de 1769n 6.

La foi chrétienne de Rousseau est une sorte de déisme rationaliste, héritée de Bernard Lamy et de Nicolas Malebranchen 7 : il y a un dieu parce que la nature et l'univers sont ordonnés. Rousseau n'est pas matérialiste (voir la Lettre à Franquières), mais il n'est ni un protestant orthodoxe, ni un catholique romain. Pourtant, il se dit « croyant », y compris dans sa lettre du 14 février 1769 à Paul Moultou, lequel semble désireux de renoncer à sa foi, et qu'il exhorte à ne pas « suivre la mode »n 8.

En particulier, Rousseau ne croit pas au péché originel, une doctrine qui incrimine la nature humaine et qu'il a longuement combattue. Il parle avec ironie de ce péché « pour lequel nous sommes punis très justement des fautes que nous n’avons pas commises » (Mémoire à M. de Mably)139. S'il rejette cette doctrine, c'est pour des raisons théologiques, car il voit dans les implications de ce dogme une conception dure et inhumaine, qui « obscurcit beaucoup la justice et la bonté de l'Être suprême »; mais c'est aussi parce que, se sentant bon, il ne peut concevoir d'être affecté par une tare secrète140. Cette position l'amènera à forger la fiction d'un « état de nature », extra-moral et extra-historique, pour écarter tous les faits de l'histoire141.

Rousseau vu par Rousseau

Articles détaillés : Les Confessions (Rousseau), Rousseau juge de Jean-Jacques et Les Rêveries du promeneur solitaire.
Un homme tenant un livre et un chien, assis devant une cabane en pierres au toit de chaume. Derrière, des sapins.
La « cabane du philosophe », fabrique du Désert (partie nord-ouest du parc d'Ermenonville), où Jean-Jacques Rousseau passait de longues heures lors de son séjour en 1778. Gravure de Motte, vers 1810.

En guise d'autobiographie, Rousseau a écrit trois ouvrages : Les Confessions, Rousseau juge de Jean-Jacques, et les Rêveries du promeneur solitaire , ouvrage qu'il n'achèvera pas.

La rédaction des Confessions s'échelonne de 1763 ou 1764 à 1770. Si Rousseau présente dans cet ouvrage ses fautes passées, tel l'épisode du ruban volé142, les Confessions sont moins des confessions au sens d'augustinien, qu'une sorte d'autoportrait à la Montaigne. L'objet du livre « est de faire connaître exactement mon intérieur dans toutes les situations de ma vie. C'est l'histoire de mon âme que j'ai promise »143,144.

Il écrit Rousseau juge de Jean-Jacques durant la période allant de 1772 à 1776. L'ouvrage paraît partiellement en 1780 et suscite un certain malaise car Rousseau y dénonce un complot qui serait mené contre lui par Grimm, Voltaire, D'Alembert et David Hume145. Dans cet écrit, Rousseau dialogue avec Jean-Jacques qui représente le Rousseau tel que le voient ses ennemis et un troisième personnage appelé « le Français » qui représente l'opinion publique, c'est-à-dire quelqu'un qui n'a ni rencontré Rousseau, ni lu ses livres. C'est ce personnage qu'il veut convaincre146.

Les Rêveries du promeneur solitaire sont écrites entre 1776 et 1778, jusqu'à la mort de Rousseau. Si dans ce livre, la vie est « constituée en objet philosophique »147, des contradictions sont visibles entre son projet politique qui vise à intégrer le citoyen dans la vie politique et l'inclination profonde de Rousseau. Il écrit « [...] Je n'ai jamais été vraiment propre à la société civile où tout est gêne, obligation, devoir, et [..] mon naturel indépendant me rendit toujours incapable des assujettissements nécessaires à qui veut vivre avec les hommes »148,149.

Le statut de ces textes fait problème. Pour Alexis Philonenko, la philosophie de Rousseau « face à l'obstacle a reflué vers une théorie de l'existence individuelle ». Au contraire, pour Géraldine Lepan, ces œuvres « peuvent être lues comme le complément nécessaire du « triste et grand système » issu de l'Illumination de Vincennes »150. L'objectif serait toujours le même : « dévoiler le moi sous les déformations sociales »151.

Nature humaine et histoire conjecturale chez Rousseau

Histoire conjecturale

Un érudit médite dans son cabinet de travail, la main gauche tenant encrier et plume, la droite sur le cœur.
Saint Augustin dans son cabinet de travail par Sandro Botticelli. Saint Augustin est un des théoriciens du péché originel.

Selon George Armstrong Kelly, Rousseau aborde le puzzle de l'histoire de la façon la plus antithétique qui soit : l'aspect moral. Pour Rousseau, l'histoire est à la fois un recueil d'exemples et une succession d'états des facultés humaines qui évoluent en fonction des défis du temps152. L'histoire, pour le citoyen de Genève, n'est jamais un point de départ, mais au contraire le moyen d'étendre une tension qui lui est propre à l'humanité vue comme un tout. Le philosophe n'utilise pas les données pour s'interroger sur leur sens, il les utilise pour appuyer ses propres convictions153. Dans l'Émile, Rousseau défend l'idée que nos impressions sur le passé doivent être utilisées à des fins éducatives, et non pour cultiver un savoir théorique. Sur ce point, il se démarque de Jean le Rond D'Alembert qui avait une vue plus objective de l'histoire qu'il voyait comme devant donner à la postérité un spectacle dépassionné des vices et des vertus153. Au contraire, Rousseau écrit dans son Histoire de Lacédémone :

« Je me soucie fort peu qu'on me reproche d'avoir manqué de cette froideur grave recommandée aux historiens [...] comme si la principale utilité de l'histoire n'était pas de faire aimer avec ardeur tous ses gens de bien et détester les méchants154. »

Pour Jean Starobinski, d'une certaine façon, l'histoire conjecturale chez Rousseau vise à proposer une histoire alternative à celle du christianisme. Cet auteur note que, dans le Second Discours, « Rousseau recompose une « genèse » philosophique où ne manque ni le jardin d'Éden ni la faute, ni la confusion des langues. Version laïcisée, « démythifiée » de l'histoire des origines, mais qui, en supplantant l'Écriture, la répète dans un autre langage »110. De sorte que l'état de nature peut être vu comme une reconstruction imaginaire qui se substitue au mythe biblique du jardin d'Éden dans le Livre de la Genèse. Au début du Ve siècle, l'expulsion des hommes du paradis terrestre — pour avoir mangé du fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal — avait inspiré au théologien chrétien Augustin d'Hippone la doctrine du péché originel. Même s'il rejetait celle-ci, Rousseau y réfère explicitement dans la note 9 du Second Discours141.

Pour Victor Goldschmidt, Rousseau radicalise la méthode conjecturale utilisée par ses contemporains en considérant comme un fait certain que l'état de nature ait existé. Son principal problème est d'expliquer le passage de cet état naturel à la société civile par des causes purement naturelles à partir de conjectures physiques (santé et égalité biologique), métaphysiques (la perfectibilité et une liberté purement virtuelle) et morales (l'amour de soi, la pitié et l'amour)111.

De l'état de nature à la société civile ou politique

Buste de Hobbes à 58 ans de trois quart, regard scrutateur, lèvres timidement pincées, calotte sur la tête.
Thomas Hobbes un penseur auquel Rousseau s'oppose en s'en inspirant. « Le célèbre Anglais Thomas Hobbes, professeur académique de Son Altesse le prince de Galles », gravure anonyme pour l'édition de 1647 du De Cive.

Comme Thomas Hobbes et John Locke et d'autres penseurs de l'époque, mais à l'inverse de Platon, Aristote, Augustin d'Hippone, Nicolas Machiavel et d'autres, le point de départ de la philosophie de Rousseau est l'état de nature155. Mais Rousseau ne considère pas les hommes qui de son temps vivaient en tribus en Amérique comme étant à l'état de nature : pour lui, ils sont à un stade plus avancé. Pour penser l'être humain à l'état naturel, il faut remonter plus loin et imaginer quelque chose qui n'a peut-être jamais existé. Rousseau écrit qu'il va considérer l'être humain « tel qu'il a dû sortir des mains de la Nature », ce faisant écrit-il « je vois un animal moins fort que les uns, moins agile que les autres, mais à tout prendre, organisé le plus avantageusement de tous »156.

Selon Victor Goldschmidt, il y a d'abord un passage de l'état naturel à la société naturelle qu'il nomme aussi « jeunesse du monde » sans « impulsion étrangère » uniquement parce que « le mouvement imprimé à l'état de nature se poursuit de son propre élan ». Par contre le passage de la société naturelle à la société civile s'explique par plusieurs impulsions étrangères111. Tout d'abord, le développement des techniques agricoles et métallurgiques entraîne l'appropriation et la division des tâches. Par ailleurs, des phénomènes naturels extraordinaires tels que les éruptions volcaniques viennent changer l'environnement physique des hommes. Tous ces bouleversements entraînent une exacerbation des passions humaines. Alors, pour éviter le pire, l'homme doit prendre une décision non naturelle et passer un contrat social111. Pour Jean Starobinski, le passage de l'état de nature à la société civile d'avant le contrat social s'effectue en quatre phases :

  1. L'homme oisif vivant dans un habitat dispersé qui peu à peu s'associe en horde157 ;
  2. La première révolution : l'humanité entre dans l'ordre patriarcal et les familles peuvent se regrouper. Pour Rousseau, cette période est celle de l'âge d'or157 ;
  3. L'ordre patriarcal cède la place à un monde marqué par la division des tâches qui fait perdre à l'homme son unité. Les plus violents ou les plus habiles deviennent les riches et les autres les pauvres158 ;
  4. La guerre de tous contre tous159 entendue par Rousseau dans un sens à la Hobbes160.

À l'issue de ce processus, l'établissement d'un contrat social permet de sortir de l'état de guerre et de réaliser une société civile marquée par l'inégalité. Jean Starobinski écrit à ce propos : « stipulé dans l'inégalité, le contrat aura pour effet de consolider les avantages du riche, et de donner à l'inégalité valeur d'institution »159. Dans le Contrat social, Rousseau cherche à sortir de ce premier contrat social inégalitaire à travers le concept de volonté générale qui permettra, selon l'expression de Christopher Bertam, « à chaque personne de bénéficier de la force commune tout en restant aussi libre qu'ils l'étaient dans l'état de nature »160. Bref pour Rousseau l'État est le moyen de sortir du mal que constitue la société. Pour Victor Goldschmidt, il ne faut pas trop insister sur l'opposition entre le contrat du Discours et celui du Contrat Social car chez les deux l'inégalité est présente111.

Victor Goldschmidt note dans Anthropologie et Politique (p. 779-780) que Rousseau « a découvert la contrainte sociale, le rapport [...] social [...], la vie et le développement autonomes de structures [...], leur indépendance à l'égard des individus et, corrélativement, la toile de dépendance de ces même individus à l'égard de ces structures »111.

Amour-propre et pitié ou la fin de l'homme naturellement bon

Page de grand titre de l'édition originale.
L'Introduction à la connaissance de l'esprit humain de Vauvenargues (1746) dont s'est inspiré Rousseau pour la distinction entre « amour propre » et « amour de nous-mêmes »161

Rousseau répète à plusieurs reprises que l'idée selon laquelle l'homme est naturellement bon et que la société le corrompt, domine sa pensée. La question qui vient alors à l'esprit est la suivante : comment le mal peut-il jaillir dans une société composée d'hommes bons ?162. L'adjectif « bon » ne signifie pas qu'à l'origine les hommes sont naturellement vertueux et bienfaisants mais, selon John Scott, qu'en l'homme « existerait à l'origine un équilibre entre les besoins et passions et la capacité à les satisfaire », et ce serait cet équilibre qui ferait l'homme « bon pour lui-même et non dépendant des autres », car précisément c'est la « dépendance vis-à-vis des autres qui fait les hommes mauvais »163.

Rousseau avance que pour permettre la préservation de l'espèce, les créatures sont dotées de deux instincts, l'amour de soi et la pitié. L'amour de soi leur permet de satisfaire leurs besoins biologiques, tandis que la pitié les conduit à prendre soin des autres. Notons que, si la pitié est dans le Second discours, un instinct indépendant, dans l'Émile et dans l'Essai sur l'origine des langues, elle n'est considérée que comme un prolongement de l'amour de soi vu comme l'origine de toutes les passions164.

La chute, ou le mal, s'introduit chez l'homme avec l'apparition de l'amour-propre, apparition d'ailleurs liée à la compétition sexuelle pour attirer un(e) partenaire. Rousseau écrit dans la note 15 du Discours sur l'origine des inégalités :

« L'amour de soi-même est un sentiment naturel qui porte tout animal à veiller à sa propre conservation et qui, dirigé dans l'homme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité et la vertu. L'Amour-propre n'est qu'un sentiment relatif, factice, né dans la société, qui porte chaque individu à faire plus de cas de soi que de tout autre, qui inspire aux hommes tous les maux qu'ils se font mutuellement et qui est la véritable source de l'honneur165. »

En résumé, l'amour-propre pousse les êtres humains à se comparer, à chercher à être supérieurs aux autres, ce qui engendre des conflits. Toutefois, si on regarde la façon dont il traite la question en partant de l'Émile, il est possible de noter que l'amour-propre est à la fois l'instrument de la chute de l'homme et de la rédemption164. En effet, dans ce livre, l'amour-propre est la forme que prend l'amour de soi dans un environnement social. Si, chez Rousseau, l'amour-propre est toujours vu comme dangereux, il est possible de contenir ce mal grâce à l'éducation et grâce à une bonne organisation sociale, comme on les trouve exposées respectivement dans l'Émile et le Contrat social166.

Même si l'amour-propre prend sa source dans la compétition sexuelle, il ne révèle son plein potentiel de dangerosité que lorsqu'il est combiné à l'interdépendance économique qui se développe lorsque les individus vivent en société. En effet, dans ce cas, les êtres humains vont à la fois chercher les biens matériels et la reconnaissance, ce qui les conduit à entretenir des relations sociales marquées par la subordination de certains et par le désir d'atteindre ses fins quels que soient les moyens employés. De sorte que sont menacées à la fois la liberté des êtres humains et leur estime de soi166.

Passions, raison et perfectibilité

Papier peint panoramique. Scène de danse où les sauvages sont vêtus d'une manière qui évoque l'antiquité gréco-romaine.
Représentation idéalisée de l'état de nature des « sauvages de la mer du Pacifique » par Jean-Gabriel Charvet. Rousseau précise dans le Discours sur l'origine de l'inégalité qu'il s'agit d'un état qui « n'existe plus, qui n'a peut-être jamais existé, qui probablement n'existera jamais » et ajoute plus loin que « le premier homme, ayant reçu immédiatement de Dieu des lumières et des préceptes, n’était point lui-même dans cet état ».

À la différence d'Aristote, mais comme d'ailleurs Thomas Hobbes et John Locke, pour Rousseau, la raison est subordonnée aux passions et notamment à l'amour-propre167. Par ailleurs les passions et la raison évoluent, ont une dynamique propre. Au départ, à l'état de nature, l'être humain n'a que peu de passions et de raison. Rousseau note, concernant les hommes en l'état de nature (qu'il appelle les sauvages) qu'ils « ne sont points méchants précisément parce qu’ils ne savent ce que c’est que d’être bons ; car ce n’est ni le développement des lumières, ni le frein de la Loi, mais le calme des passions et l’ignorance du vice qui les empêche de mal faire »168. La dynamique des passions et de la raison qui conduit à leur évolution est explicitée par Rousseau dans le passage suivant :

« Quoiqu’en disent les Moralistes, l’entendement humain doit beaucoup aux Passions, qui, d’un commun aveu, lui doivent beaucoup aussi : C'est par leur activité, que notre raison se perfectionne; Nous ne cherchons à connaître que parce que nous désirons jouïr, et il n'est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n'aurait ni désirs ni craintes se donnerait la peine de raisonner. Les Passions, à leur tour, tirent leur origine de nos besoins, et leurs progrès de nos connaissances; car on ne peut désirer ou craindre les choses, que sur les idées qu'on peut en avoir, ou par la simple impulsion de la Nature; et l'homme sauvage, privé de toute sorte de lumière, n'éprouve que les Passions de cette dernière espèce168. »

Pour Rousseau, le trait dominant de l'homme, ce n'est pas la raison mais la perfectibilité155. Parlant de la différence être humain et animal, Rousseau écrit « Il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c'est la faculté de se perfectionner ; faculté qui, à l'aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l'espèce, que dans l'individu, au lieu qu'un animal est, au bout de quelques mois, ce qu'il sera toute sa vie »169. Si Rousseau est un des premiers, voire le premier, à utiliser le mot perfectibilité, pour lui, le mot n'a pas qu'un aspect positif. Il a, au contraire, le plus souvent un aspect négatif. En effet, pour le citoyen de Genève, la perfectibilité est seulement la capacité de changer, capacité qui conduit le plus souvent à la corruption167.

Vertu et conscience

Selon Georges Armstrong Kelly, « Rousseau se réfère à la « sagesse » comme le siège de la vertu, la conscience qui ne crée pas de lumière, mais plutôt qui active le sens de l'homme des proportions cosmiques »170. Pour Rousseau, la vérité morale est l'élément unificateur de toute réalité. Les connaissances ne sont que de fausses lumières, de simples projections de l'amour-propre, si elles ne sont pas enracinées, comme chez lui, dans une certitude intérieure171. Dans le cas contraire, la raison peut être corrompue par les passions et se transformer en raisonnements faux qui flattent l'amour-propre. Si la raison peut permettre d'accéder à la vérité, seule la conscience, qui impose l'amour de la justice et de la moralité de façon quasi esthétique, peut la faire aimer. Le problème, pour lui, est que la conscience basée sur une appréciation rationnelle d'un ordre tracé par un Dieu bienveillant est chose rare dans un monde dominé par l'amour-propre172.

Philosophie politique

Rousseau expose principalement sa philosophie politique dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, le Discours sur l'économie politique, le Contrat social ainsi que dans les Considérations sur le gouvernement de la Pologne173. La philosophie politique de Rousseau se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des XVIIe siècle et XVIIIe siècles. Au demeurant, son Discours sur l'inégalité est parfois considéré comme un dialogue avec l'œuvre de Thomas Hobbes. Pour Christopher Bertram, le cœur de la doctrine politique de Rousseau tient dans l'affirmation « qu'un État peut être légitime seulement s'il est guidé par la volonté générale de ses concitoyens »173.

Quelques mots importants de la philosophie politique de Rousseau

TermesDéfinitions et/ou signification des termes pour Rousseau
Amour de la patrie Sentiment doux et vif qui joint la force de l'amour-propre à toute la beauté de la vertu. Efficace pour aider les gens à se conformer à la volonté générale174.
Corps politique Est aussi un être moral qui a une volonté; et cette volonté générale tend toujours à la conservation et au bien-être du tout et de chaque partie175. Son établissement se réalise grâce à un vrai contrat par lequel les deux parties s'obligent à l'observation des lois.
Corruption du peuple et des chefs Elle intervient lorsque les intérêts particuliers se réunissent contre l'intérêt général; lorsque les vices publics ont plus de force pour énerver les lois que les lois pour réprimer les vices. Alors la voix du devoir ne parle plus dans les cœurs176.
Gouvernement N'est pas maître de la loi mais en est le garant et a mille façons de la faire aimer177.
Législateur Son premier devoir est de se conformer à la volonté générale178.
Loi Synonyme de raison publique. S'oppose à la raison privée qui vise des intérêts particuliers179.
Souveraineté C'est l'autorité suprême, dont procède le droit législatif180. Avec Rousseau, la souveraineté, c'est-à-dire la « puissance absolue et perpétuelle » passe du monarque au peuple181.
Vertu Science des âmes simples. Ses principes sont gravés dans tous les cœurs. Pour apprendre ses lois, il suffit de rentrer en soi-même et d'écouter la voix de la conscience dans le silence des passions104. La vertu consiste aussi en la conformité de la volonté particulière à la volonté générale182.
Volonté générale Elle tend à la conservation du corps politique et de ses parties; elle tend toujours vers le bien commun. C'est la voix du peuple lorsqu'il ne se laisse pas séduire par les intérêts particuliers183.

Volonté générale

Volonté et généralité

Homme debout tournant son visage vers les cieux qui s'entr'ouvrent
Numa Pompilius, le fondateur de nombre d'institutions religieuses et politiques romaines, consultant les dieux. Gravure de Bernhard Rode.

La volonté générale est le concept clé de la philosophie politique de Rousseau. Mais cette expression est faite de deux termes — volonté et généralité — dont il convient de préciser le sens, si l'on veut bien comprendre la pensée du citoyen de Genève184.

La volonté, chez Rousseau, comme chez tous les « volontaristes » venant après le livre Du libre arbitre d'Augustin d'Hippone doit être libre pour avoir une valeur morale. La liberté s'entend d'abord comme la non soumission à l'autorité d'autres hommes comme c'est le cas du pouvoir paternel ou du pouvoir du plus fort185. Toutefois, Rousseau doute que la volonté seule puisse conduire les hommes à la morale. Selon lui, les hommes ont besoin soit de grands législateurs comme Moïse, Numa Pompilius (Rome) ou Lycurgue (Sparte), soit d'éducateurs pour que la volonté s'oriente vers le bien tout en restant libre186.

Pour Rousseau, dire que la volonté est générale signifie qu'elle se situe quelque part entre le particulier et l'universel comme chez Pascal, Malebranche, Fénelon ou Bayle. Selon Patrick Riley, cette vision du « général » serait « assez distinctement française »187. Sur ce point Rousseau s'oppose à Diderot qui, dans l'article « Droit naturel » de l'Encyclopédie, développe l'idée qu'il existe à la fois une volonté générale du genre humain et une morale universelle, ce qui le conduit à penser le général en termes universels. Rousseau, dont les modèles sont Rome, Sparte ou encore Genève, insiste, au contraire, sur l'importance des particularismes nationaux188.

Rousseau n'est pas le premier à accoler les deux mots « général » et « volonté » et à utiliser l'expression de « volonté générale » : avant lui, Arnauld, Pascal, Malebranche, Fénelon, Bayle ou Leibniz l'avaient également utilisée189. Mais ils l'utilisaient pour désigner la volonté générale de Dieu, alors que pour Rousseau, il s'agit de la volonté générale des citoyens. Bref, le philosophe laïcise et démocratise l'expression.

Interprétations de la notion de volonté générale

Pour Christopher Bertram, la volonté générale chez Rousseau est une notion ambiguë qui peut être interprétée de deux façons : dans une conception démocratique, elle est ce que les citoyens ont décidé ; dans une conception plus tournée vers la transcendance, elle est l'incarnation de l'intérêt général des citoyens obtenu en faisant abstraction des intérêts particuliers160. La première interprétation s'appuie principalement sur le chapitre 3 du livre 2 du Contrat social où Rousseau insiste sur les procédures de délibération pour atteindre l'intérêt général160.

Il est possible d'unifier ces deux vues en supposant que, pour Rousseau, dans de bonnes conditions et avec de bonnes procédures, les citoyens feront en sorte que la volonté générale issue de la délibération corresponde à la volonté générale transcendante160. Mais, pour le citoyen de Genève, cette identité n'est pas assurée. Il écrit à ce propos :

« Il s'ensuit de ce qui précède que la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique : mais il ne s'ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours (Du Contrat social livre II, chapitre III, p. 56). »

Estimant que la qualité de la délibération des citoyens, dès lors qu'ils sont suffisamment informés, est mise en danger par les effets de la rhétorique et la simple communication des citoyens entre eux, il affirme que la démocratie athénienne était en réalité « une aristocratie très tyrannique, gouvernée par des « savants » et des « orateurs » »190.

Droit et loi chez Rousseau

La Loi et le droit naturel

L'écrivain en robe de chambre à sa table, « souriant, mignard, avec l'air d'une vieille coquette » (Diderot).
Diderot, un homme qui développe une idée du droit naturel différente de celle de Rousseau, par Louis-Michel van Loo, 1767 (Musée du Louvre).

Rousseau, dans le Discours sur l'inégalité, soutient que la loi naturelle peut être comprise de deux façons très différentes. Pour les jurisconsultes romains, la loi naturelle exprime « l'expression de rapports généraux établis par la nature entre tous les êtres animés, pour leur commune conservation »191. Pour les jusnaturalistes modernes, la loi est « une règle prescrite à un être moral, c’est-à-dire intelligent, libre, et considéré dans ses rapports avec d’autres êtres »191, elle est naturelle au sens où elle poursuit les fins naturelles de l'homme192 sur lesquelles, selon Rousseau, les philosophes de son temps ne s'accordent guère193. Il en ressort que s'il existait une loi naturelle, elle devrait répondre aux deux définitions précédentes, ce qu'il estime impossible. Car si les hommes en l'état de nature agissaient spontanément en vue de l'utilité commune, ce n'est plus le cas de l'homme moderne. De sorte que, selon Gourevitch, quand Rousseau emploie le terme « loi naturelle », il ne fait pas référence à ses propres vues mais à celle des jusnaturalistes modernes192. Quand il expose ses vues, Rousseau préfère parler de « droit naturel », pour au moins deux raisons : la loi est généralement entendue comme l'expression d'un commandement d'un supérieur à un inférieur, pas le droit ; par ailleurs, le droit peut être appliqué de façon différente en fonction des circonstances192.

Le problème pour Rousseau est que si l'amour de soi et la pitié poussent les êtres humains à suivre le droit naturel, du fait du développement de l'interdépendance économique entre les hommes, l'amour de soi devient amour-propre et la loi de la nature humaine cesse d'assurer le respect du droit naturel. Ce constat conduit Rousseau à énoncer sa « thèse centrale [selon laquelle] une fois que les hommes sont devenus irréversiblement dépendants les uns des autres, la conformité spontanée — « naturelle » — au droit naturel ne peut être restaurée à une échelle mondiale »194.

Droit politique et justice

Rousseau différencie le droit naturel du droit politique. Ce dernier se réfère aux principes ou lois de ce qu'il appelle souvent les « États bien-constitués ». Le droit politique vise dans le cadre d'un État ou d'un corps politique à établir de façon positive une société qui permette aux hommes de vivre bien. Il ne s'agit pas de retourner à l'état de nature mais de pouvoir mener une vie bonne. Pour cela, le droit politique aidé par la raison instrumentale, doit permettre le retour à une certaine forme de justice. Cela conduit Rousseau à distinguer trois types de justice : la « justice divine », la « justice universelle » et la « justice humaine ». La première vient de Dieu ; la seconde se réfère à Diderot qui, dans l'article « Droit naturel » de l'Encyclopédie (IC, 2), voit le droit et la justice comme un pur acte de raison ; la troisième est celle de Rousseau. Chez lui, l'idée de justice se réfère à un corps politique et ne s'étend pas au monde entier195. Rousseau note à cet égard :

« Ce qui est bien et conforme à l’ordre est tel par la nature des choses et indépendamment des conventions humaines. Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la source ; mais si nous savions la recevoir de si haut, nous n’aurions besoin ni de gouvernement ni de lois. Sans doute il est une justice universelle émanée de la raison seule ; mais cette justice, pour être admise entre nous, doit être réciproque. À considérer humainement les choses, faute de sanction naturelle les lois de la justice sont vaines parmi les hommes ; elles ne font que le bien du méchant et le mal du juste, quand celui-ci les observe avec tout le monde sans que personne les observe avec lui. Il faut donc des conventions et des lois pour unir les droits aux devoirs et ramener la justice à son objet196. »

Corps politique et citoyenneté

Société politique, société civile et droit politique

Fragment d'une sculpture romaine : tête en marbre d'un homme barbu.
Buste d'Aristote qui, contrairement à Rousseau, considère que l'homme est un animal politique.

Selon Rousseau, la société politique n'est pas naturelle et pour lui, l'homme n'est pas un animal politique comme chez Aristote. Le corps politique qui naît de la convention et du consentement des membres permet l'agrégation des ressources ainsi que la mise en commun des forces et des ressources des membres de la société. Pour désigner ce corps politique, Rousseau emploie aussi les termes société bien constituée, « peuple »197, République, « État quand il est passif, Souverain quand il est actif, puissance en le comparant à ses semblables »198. La fin ou le but d'un corps politique, c'est de proposer un moyen de transformer le contrat social inégal de la société civile en « une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant »199.

La distinction homme/citoyen

Le droit naturel est bon pour l'homme, le droit politique pour le citoyen. Le citoyen à travers le droit politique s'engage dans un projet visant à améliorer la société. Participer à un vrai contrat social provoque pour Rousseau un changement de perspective qui distingue l'homme du citoyen. En effet, le citoyen doit apprendre à se considérer comme la partie d'un tout, à écouter la voix du devoir, à « consulter sa raison avant d'écouter ses penchants »200. Pour unir les citoyens, pour qu'ils forment un tout, Rousseau considère qu'avoir les mêmes habitudes, les mêmes croyances et pratiques est une aide. Le patriotisme est aussi un moyen de souder les citoyens et de faciliter leur acceptation de la volonté générale. Rousseau écrit à ce propos : « L'amour de la patrie est la plus efficace ; car comme je l'ai déjà dit, tout homme est vertueux quand sa volonté particulière est conforme en tout à la volonté générale, et nous voulons volontiers ce que veulent les gens que nous aimons »201. Nous savons que, pour Rousseau, les hommes sont animés par deux principes : l'amour propre et la pitié. Chez le citoyen, la pitié doit laisser place à la réciprocité. « Les engagements qui nous lient au corps social ne sont obligatoires que parce qu'ils sont mutuels »202.

Égalité, justice, utilité et corps politique

Chez Rousseau, la notion de justice est liée à la réciprocité. Le problème est que pour qu'il y ait réciprocité, il faut qu'il y ait égalité. Or depuis la fin de l'état de nature, la liberté et l'égalité naturelles se sont évanouies. Il faut donc les reconstituer de façon conventionnelle. Dans son projet de reconstitution de l'égalité et de la liberté, Rousseau ne considère pas l'égalité comme une fin en soi, mais comme le moyen de sécuriser la liberté politique qui ne peut exister qu'entre égaux. Si Rousseau ne s'oppose pas aux inégalités issues des efforts des êtres humains mais aux inégalités non justifiées par la nature, il considère néanmoins que l'égalité est toujours menacée et il voit son inscription dans la durée comme un défi que les hommes doivent relever en permanence203. Pour lui, les droits politiques sont basés sur les hommes tels qu'ils sont avec leur amour-propre, leurs intérêts, leurs vues du bien commun, ce qui le conduit à une démarche relativement pragmatique. Il écrit dans son Contrat social :

« Je tâcherai d'allier toujours, dans cette recherche, ce que le droit permet avec ce que l'intérêt prescrit, afin que la justice et l'utilité ne se trouvent point divisées204. »

La souveraineté du peuple

Facsimilé d'une gravure de l'édition originale.
Le frontispice du Léviathan de Hobbes représentant le Souverain comme un corps massif composé de nombreux individus, armé d'une épée et d' une crosse.

Chez Rousseau, le peuple entendu au sens politique d'ensemble des citoyens est souverain, cela veut dire que c'est lui qui promulgue ou qui ratifie les lois, c'est de lui que vient la volonté générale. S'il est souverain, toutefois, il ne gouverne pas et n'a pas vocation à gouverner205.

Il s'agit dès lors de déterminer comment la souveraineté du peuple peut s'exercer. Il existe deux solutions possibles : la démocratie directe ou la démocratie représentative. Rousseau n'est pas très enthousiaste pour la démocratie représentative et lui préfère une forme de démocratie directe calquée sur le modèle antique. Se borner à voter, c'est, selon lui, disposer d'une souveraineté qui n'est qu'intermittente. Il se moque ainsi du système électoral alors en cours en Angleterre, en affirmant que le peuple n'y est libre que le jour des élections, et esclave sitôt que ses représentants sont élus206. Sa critique envers l'idée de représentation de la volonté est donc sévère :

« la souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu'elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n'y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. »

Rousseau enchaine : « toute loi que le peuple en personne n'a pas ratifiée est nulle ; ce n'est point une loi »206. Christopher Bertram estime toutefois que si l'interprétation exposée ci-dessus est la plus répandue, il n'est pas évident qu'elle soit correcte et que Rousseau rejette réellement toute forme de représentation comme il le laisse entendre207.

Même si Rousseau a une vision de la souveraineté différente de celle de Hobbes, tout comme chez ce dernier, les citoyens en s'associant perdent tous leurs droits naturels, en particulier celui du contrôle du pouvoir souverain208.

Gouvernement

Gouvernement et souveraineté

Le souverain, le peuple chez Rousseau, promulgue les lois qui sont l'expression de la volonté générale. Le gouvernement, par contraste, est un corps plus limité de personnes qui administrent l'État dans le cadre des lois. Il est autorisé à promulguer des décrets d'application des lois dans les cas où cela est nécessaire207.

Rousseau insiste sur la nécessaire séparation du gouvernement (l'exécutif) et du législatif : le second émet des lois générales tandis que le premier les exécute et les adapte aux cas particuliers. Rousseau craint qu'en mêlant exécutif et législatif, il ne soit porté atteinte à la généralité de la loi. Par ailleurs, le citoyen de Genève insiste sur la tentation du gouvernement d'usurper le pouvoir souverain (législatif). Pour Gourevitch, cette crainte pose la question de savoir « jusqu'à quel point, les « hommes comme ils sont » et les « lois comme elles peuvent être » sont réconciliables même dans la meilleure des sociétés ordonnées ? » et donne à la pensée de Rousseau quelque chose d'insoluble voire de tragique209.

Trois formes de gouvernement

Rousseau distingue trois sortes de gouvernement : la démocratie pure ou directe, la monarchie et l'aristocratie. L'aristocratie peut revêtir trois formes : l'aristocratie naturelle, élective et héréditaire210. La démocratie directe est bonne pour les petits États vertueux où règne l'égalité des rangs211. Rousseau n'est pas vraiment un adepte de la monarchie qui favorise, selon lui, l'émergence des courtisans au détriment des gens compétents212. Au niveau financier, si la démocratie directe est soucieuse de ne pas imposer trop d'impôts au peuple, ce n'est pas le cas de la monarchie, qui, selon lui, ne convient qu'aux nations opulentes213. Concernant l'aristocratie, le modèle héréditaire lui semble à proscrire ; quant à l'aristocratie naturelle, il ne la tient possible que dans les petits États. Le meilleur mode de gouvernement est donc, selon lui, l'aristocratie élective, qu'il appelle aussi gouvernement tempéré214. Parlant de l'aristocratie élective, Rousseau écrit :

« Mais si l'aristocratie exige quelques vertus de moins que le gouvernement populaire, elle en exige aussi d'autres qui lui sont propres : comme la modération dans les riches et le contentement dans les pauvres ; car il semble qu'une égalité rigoureuse y serait déplacée ; elle ne fut pas même observée à Sparte215. »

Religion civile

Estampe : dans le jardin des Tuileries, une foule regarde une statue de la Sagesse surgir d'un brasier.
Fête de l'Être Suprême, une tentative de religion civile durant la Révolution, 1794. Musée Carnavalet, Paris.

Rousseau traite de cette question au livre IV chapitre 8 du Contrat social. Pour lui, les premiers corps politiques ont été formés à la fois par des grands personnages qui leur ont donné leurs lois et par des dieux qui les ont, en quelque sorte, validés en leur donnant leur onction216. De sorte que le contrat social acquiert une dimension transcendante qui incite les gens à le suivre par crainte d'une sanction divine. Selon lui, le christianisme a cassé le lien entre la religion et le corps politique car il s'est soucié des hommes, pas des citoyens217. Si le christianisme a répandu l'idée de droit naturel, en devenant une force, il a divisé la souveraineté des États. Aussi, le citoyen de Genève considère-t-il que les États chrétiens ne pratiquent pas ce qu'il appelle une saine politique217. Pour rétablir l'unité perdue à cause du christianisme, c'est-à-dire l'opposition entre la religion et le corps politique local, pour « réunir les deux têtes de l'aigle, et ... tout ramener à l'unité politique, sans laquelle jamais ni État ni gouvernement ne sera bien constitué »218, Rousseau propose la création d'une religion civile reposant sur un petit nombre de dogmes positifs tels que « l'existence d'une divinité puissante, intelligente, bienfaisante, prévoyante et pourvoyante, la vie à venir, le bonheur des justes, le châtiments des méchants, la sainteté du contrat social et des lois »219.

Droit international

Selon Rousseau, ce qu'il nomme le droit des nations et que nous appellerions, de nos jours, droit international, est une chimère. En effet, il considère qu'il est difficile de « punir » un État souverain. Ses propres projets pour une fédération des États européens et pour un droit de la guerre valable sont demeurés fragmentaires. Notons que Rousseau ne voit pas la guerre comme une opposition d'individus les uns contre les autres, mais comme une lutte entre entités morales où l'État X combat l'État Y. Le but de la guerre n'est pas la mort d'une population mais de briser la volonté générale de l'État ennemi217.

Jean-Jacques Rousseau et l'art

Rousseau et le théâtre

Pastel : demi-buste d'un homme souriant, les yeux brillants, regardant vers le côté.
D'Alembert, portrait par Quentin de La Tour (1753).
Article détaillé : Lettre sur les spectacles.

Si Rousseau a écrit une comédie Narcisse ou l'Amant de lui-même qui reçut un accueil d'estime lorsqu'elle a été présentée à la Comédie-Française en 1752, il ne croit pas lui-même qu'elle soit un chef-d'œuvre220. Parce qu'il connaît un triomphe avec Le Devin du village, un petit opéra dont Raymond Trousson dit que s'il n'est « pas une grande chose », il est ravissant « et dans la ligne de son Discours [sur les sciences et les arts] »221. Toutefois, dans ce qui est son écrit le plus célèbre sur le théâtre, la Lettre à d'Alembert, il est très critique envers cette forme d'art. Cette lettre est d'abord une réponse à l'article de l'encyclopédie intitulé Genève où d'Alembert plaide pour la création d'un théâtre. Rousseau se sent provoqué car il croit que d'Alembert a été influencé par Voltaire qui possède une propriété près de Genève. Si l'on passe outre ces susceptibilités et que l'on s'en tient aux faits, le projet d'établissement d'un théâtre à Genève voit s'opposer la haute société protestante de la ville favorable au théâtre, et les simples citoyens, que Rousseau soutient. Pour comprendre la signification politique de cette opposition, Rousseau perçoit le théâtre comme un fait social participant à l'aliénation du peuple et à la destruction des mœurs et de la liberté publique222.

Aussi, dans sa Lettre à d'Alembert sur les spectacles, Rousseau s'oppose à la thèse soutenue par Cicéron, Corneille, Racine, Voltaire et Diderot selon laquelle un objet esthétique provoque à la fois plaisir et participe de la civilisation en promouvant la vertu et en provoquant une haine du vice223. Pour lui, au contraire, comme l'expose Platon au chapitre X de La République, l'art flatte la partie irrationnelle de l'âme et n'instruit pas224. En effet, il estime qu'une pièce doit d'abord plaire et flatter224, préoccupations qui annihilent tout travail éducatif. Par ailleurs, Rousseau reproche au théâtre de son temps de donner dans l'art pour l'art, et par là, de refuser toute finalité sociale225.

Sa critique du théâtre rejoint aussi celle de ce qu'on appellerait aujourd'hui « la société du spectacle »226. La société de cour pouvant être analysée comme une première société du spectacle. Rousseau considère que le théâtre en France s'est développé dans le cadre de la monarchie et symbolise à la fois la prééminence des grandes villes sur les petites villes et celle de l'aristocratie qui s'adonne aux loisirs sur le peuple qui travaille. Pour le citoyen de Genève, le théâtre participe d'institutions politiques qui pervertissent le peuple et le rendent mauvais225. D'une façon générale, Rousseau trouve l'art français de son temps trop savant, trop uniformisateur, ou, pour reprendre une expression actuelle, trop pensée unique. Pour lui la culture varie selon les peuples, est particulière, pas uniforme. Aussi estime-t-il que ce qui peut convenir à Paris peut être néfaste à Genève227.

Rousseau s'oppose aussi à Diderot sur l'importance à accorder au métier de comédien. Diderot dans le Paradoxe sur le comédien apprécie chez les acteurs leur capacité à jouer un rôle tout en restant eux-mêmes. Or, précisément ce que Diderot considère comme le sommet de l'art de l'acteur, de sa virtuosité, Rousseau le perçoit, au contraire, comme le sommet du mensonge et de la duplicité228.

En fait, pour Rousseau, dans une République, ce n'est pas le théâtre qu'il faut valoriser mais la fête229.

« Quoi! Ne faut-il donc aucun spectacle dans une République ? Au contraire, il en faut beaucoup ! C'est dans les Républiques qu'ils sont nés...Mais quels seront enfin les objects de ces spectacles ? Qu'y montrera-t-on ? Rien, si l'on veut...Plantez au milieu d'une place un piquet couronné de fleurs, rassemblez-y le peuple, et vous aurez une fête230. »

Rousseau et le roman : La Nouvelle Héloïse

Article détaillé : Julie ou la Nouvelle Héloïse.
Brouillon autographe. Les pages sont partagées en deux colonnes : à droite le texte, à gauche les ajouts.
Pages du manuscrit de Julie ou la nouvelle Héloise, Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Dans Les Confessions, Rousseau soutient qu'il a écrit ce roman pour satisfaire dans la fiction un irrépressible désir d'aimer qu'il n'a pas pu satisfaire dans la réalité231,n 9. D'une certaine façon, ce roman a une valeur consolatrice. Il écrit aussi ce roman parce qu'il pense qu'une œuvre romanesque permettra à ses idées de toucher un public plus large et plus vaste232. Par ailleurs, il estime qu'à la différence du théâtre, auquel il s'est opposé dans la Lettre à D'Alembert, l'œuvre romanesque est susceptible de rendre la vertu aimable à tous car elle met en scène des personnes ordinaires233.

Saint-Preux, au clavecin, baise la main de Claire, qui se pâme. Julie, qui chante avec elle, ne les voit pas.
« Il appliqua sur sa main un baiser », illustration de Jean-Michel Moreau pour l'édition originale.

La trame du roman se présente ainsi. Saint-Preux, un précepteur, tombe amoureux de son élève Julie d'Etange. L'amour est réciproque mais les contraintes financières et sociales s'opposent à ce mariage. Saint-Preux est pauvre. Aussi, Julie épouse Monsieur de Wolmar un brave homme riche et athée, de trente ans son aîné. Dans ce roman, Rousseau introduit une séparation entre mariage et amour. Il estime en effet que bien que M. et Mme de Wolmar ne soient pas amoureux, ils doivent rester unis. Il écrit à ce propos : « chaque fois que deux époux s'unissent par un nœud solennel, il intervient un nœud tacite de tout le genre humain de respecter ce lien sacré, d'honorer en eux l'union conjugale »234,235. Alors que chez Léon Tolstoï, grand admirateur de Rousseau, Anna Karénine meurt en s'abandonnant à sa passion et en quittant son mari, les époux Wolmar restent ensemble. Ils fondent la communauté de Clarens où règnent douceur et modération. Malgré tout, à la fin, Julie avoue s'être un peu ennuyée pendant son mariage et ne pas avoir oublié Saint-Preux. Le roman a eu un succès considérable tant au XVIIIe siècle qu'au XIXe siècle236.

La langue et la littérature

L'élégance de l'écriture de Rousseau a conduit à une transformation significative de la poésie et de la prose française. En particulier elle les a aidées à se libérer des normes rigides venues du Grand Siècle : « [Rousseau] a pu faire vivre la nature pittoresque dans ses écrits et réveiller chez les Français le goût des beautés naturelles, susciter dans la génération littéraire qui l'a suivi une foule de grands peintres de la nature, les Bernardin de Saint-Pierre, les Chateaubriand, les Senancour, et surtout son élève passionné, George Sand237. »

De nombreux écrivains ont été également influencés par Rousseau, hors de France. C'est le cas en Russie pour Pouchkine et Tolstoï qui a écrit : « À quinze ans je portais autour de mon cou un médaillon avec un portrait de Rousseau en lieu et place de l'habituelle croix »238. En Angleterre, il a influencé Wordsworth, Coleridge, Lord Byron, Shelley, et John Keats — aux États-Unis, Hawthorne et Thoreau — en Allemagne, Goethe, Schiller et Herder. Ce dernier considérait Rousseau comme son « guide » tandis que Goethe remarquait en 1787 que l'« Émile ou De l'éducation avait eu une influence notable sur les esprits cultivés du monde »239.

Rousseau compositeur et critique musical

Articles détaillés : Le Devin du village, Lettre sur la musique française, Les Muses galantes et Pygmalion.
Partition de musique.
Musique de la mélodie « Avril », sur un poème de Rémy Belleau, page 2240.
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« L'amour ne sait guère », air du Devin de village interprété par Reynaldo Hahn (1911).

La musique fut une vocation contrariée de Rousseau. Initié à la pratique musicale par madame de Warens, il en vécut médiocrement durant son séjour à Paris, essentiellement en tant que copiste — activité dont il témoigne en ces termes : « Homme de lettres, j'ai dit de mon état tout le mal que j'en pense ; je n'ai fait que de la musique française, et n'aime que l'italienne ; j'ai montré toutes les misères de la société quand j'étais heureux par elle : mauvais copiste, j'expose ici ce que font les bons. Ô vérité ! mon intérêt ne fut jamais rien devant toi ; qu'il ne souille en rien le culte que je t'ai voué241 ».

Rousseau est l'auteur d'un opéra-ballet, Les Muses galantes242 — présenté chez le fermier général La Pouplinière en 1743243, puis à l'Opéra en 1747, sans succès243 — et d'un mélodrame intitulé Pygmalion. Selon François-Joseph Fétis, « Rousseau est l'inventeur de ce genre d'ouvrage, où l'orchestre dialogue avec les paroles du personnage qui est en scène, et exprime les sentiments dont il est ému243 ». Le catalogue des œuvres du philosophe compositeur comprend encore des fragments d'un ballet sur le thème de Daphnis et Chloé243.

Les historiens de la musique retiennent Le Devin du village (1752), « intermède pastoral, dont les airs ne doivent leur naïveté qu'aux connaissances musicales élémentaires de leur auteur242 ». Selon Paul Pittion, « l'Ouverture n'est qu'une suite d'airs de danse, mais certaines pages comme l'air de Colin, Je vais revoir ma charmante maîtresse, et les couplets L'art à l'amour est favorable ne sont pas sans charme242 ». Ce petit opéra remporte un réel succès : « il a été chanté par toute la France, depuis Jéliotte et Mlle Fel jusqu'au roi Louis XV, qui ne pouvait se lasser de répéter J'ai perdu mon serviteur, avec la voix la plus fausse de son royaume244 ». Le roi propose alors une pension à Rousseau, mais celui-ci refuse. C'est à cette occasion qu'éclate la première dispute avec Diderot, qui le presse plutôt d'accepter l'offre royale39.

La postérité ne s'est pas montrée favorable envers Rousseau compositeur. Dans ses Mémoires, Hector Berlioz plaint ce « pauvre Rousseau, qui attachait autant d'importance à sa partition du Devin du village, qu'aux chefs-d'œuvre d'éloquence qui ont immortalisé son nom, lui qui croyait fermement avoir écrasé Rameau tout entier, voire le Trio des Parques, avec les petites chansons, les petits flon-flons, les petits rondeaux, les petits solos, les petites bergeries, les petites drôleries de toute espèce dont se compose son petit intermède244 ».

Portrait de Rameau
Rameau par Joseph Aved (vers 1760).

Dans l'histoire de la musique française, en effet, Rousseau est principalement retenu comme critique et adversaire de Rameau245, qui le considère, de son côté, comme un « pauvre fou, qui n'est pas si méchant qu'on le croit »246. L'opéra, qui se présente alors comme « expression glorieuse du « spectacle divertissement » tel que le conçoit le régime aristocratique versaillais » selon Jean Malignon247, devient la cible de diverses querelles, dont la « querelle des Bouffons » où les encyclopédistes poursuivent des buts différents : « à travers le rideau prétexte de l'Opéra, Diderot vise l'esprit même de Versailles, Grimm vise l'esprit français tout entier, et Rousseau vise un homme248 ».

Dans sa Lettre sur la musique française, publiée en 1753, c'est bien l'auteur d'Hippolyte et Aricie qu'il attaque pour ses théories sur l'harmonie : « C'est donc un principe certain et fondé dans la nature, que toute musique où l'harmonie est scrupuleusement remplie, tout accompagnement où tous les accords sont complets, doit faire beaucoup de bruit, mais avoir très-peu d'expression : ce qui est précisément le caractère de la musique française249 ».

Rousseau conclut cette Lettre de manière particulièrement tranchante, qui provoqua un tel scandale que les acteurs et les musiciens de l'Opéra brûlèrent son auteur en effigie dans la cour de l'Académie royale de musique243 :

« Je crois avoir fait voir qu'il n'y a ni mesure ni mélodie dans la musique française, parce que la langue n'en est pas susceptible ; que le chant français n'est qu'un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue ; que l'harmonie en est brute, sans expression, et sentant uniquement son remplissage d'écolier ; que les airs français ne sont point des airs ; que le récitatif français n'est point du récitatif. D'où je conclus que les Français n'ont point de musique et n'en peuvent avoir, ou que, si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux250. »

Partition et paroles imprimées.
Air sur trois notes, publié posthumément dans les Consolations des misères de ma vie (1781). Selon Jenny Batlay, « personne avant Rousseau n'avait osé écrire un air avec une telle économie de moyens. C'est un tour de force d'avoir réussi à créer un air si expressif — malgré une monotonie voulue mais jamais excessive — avec une telle économie de moyens »251.

Pour les musicologues modernes, les attaques de Grimm et de Rousseau contre l'art de Rameau « confinent à la niaiserie252. ». Berlioz en vient à considérer comme un trait de « perfidie facétieuse » les éloges de Gluck adressés à la musique de Rousseau en présence de Marie-Antoinette244. Au début du XXe siècle, Claude Debussy raille encore « la naïve esthétique de Jean-Jacques Rousseau253 » et ses « raisons — pas très valables — d'en vouloir à Rameau254 ». Un de ses amis, le critique Louis Laloy écrit : « Pour le citoyen de Genève, toute musique qu'il ne saurait écrire lui-même est « gothique »255 ». En 1977, Antoine Goléa considère que les ouvrages de certains compositeurs français, « les Philidor, les Monsigny, les Grétry, justifieraient, à la rigueur, le placet de Rousseau, sublime à force d'être ridicule256 », tout en critiquant l'attitude rétrograde du philosophe : « Rousseau pensait à Rameau, pensait au langage harmonique et au contrepoint qu'il traite de « reste de barbarie ». Au temps de Berlioz, il eût été pour Adam — au temps de Debussy, pour Saint-Saëns et Ambroise Thomas256 ».

Considérant l'évolution esthétique de la tragédie lyrique vers l'opéra, Jean Malignon relève néanmoins le rôle de Rousseau critique : « Laissons là pour une fois sa Lettre sur la musique française, citée abondamment — et, hélas, exclusivement — par les historiens de Rameau, pour ouvrir plutôt sa Lettre à d'Alembert sur les spectacles. Quel mordant ! Un chef-d'œuvre ! D'un seul revers de sa plume d'oie, il balaie toutes « ces pleureuses de loge, si fières de leurs larmes ». Jolie trouvaille, au demeurant ! Par malchance, il s'agit au total d'un ouvrage de méchante humeur », mais qui apporte « la clef d'un malentendu pénible, inexplicable, qui pendant tout le XIXe siècle a séparé Rameau du public français257 ».

En effet, « l'âme dont parle ici le Genevois Rousseau représente quelque chose d'assez rare encore à l'époque. Il n'est pas jusqu'à la façon de prononcer le mot qui ne rende un son neuf257 ». François-Joseph Fétis offre également un portrait nuancé : « Sans être savant dans la théorie et dans l'histoire de la musique, sans avoir possédé une connaissance pratique de l'harmonie et du contrepoint, sans avoir même été assez habile lecteur pour déchiffrer une simple leçon de solfège, Jean-Jacques Rousseau exerça une grande influence sur la musique de son temps en France […] Dans l'esthétique de la musique, il eut d'ailleurs des vues justes, élevées, et ce qu'il en a écrit n'a pas été sans fruit pour la réforme du goût des français dans cet art243 ».

Partitions.
Planche du Dictionnaire de musique (1768).

Rousseau est par ailleurs considéré comme un des fondateurs de l'ethnomusicologie quand, dans son Dictionnaire de musique, il transcrit « deux chansons des sauvages de l’Amérique » pour mettre le lecteur « à portée de juger des divers Accens musicaux des Peuples »258.

Questionnements contemporains sur l'œuvre de Rousseau

Cohérence de l'œuvre

Si Rousseau soutient que l'unité fondamentale de son œuvre repose sur l'idée que l'homme est naturellement bon, que c'est la société qui le pervertit, il n'en demeure pas moins que jusqu'au début du XXe siècle Rousseau a été lu de façon très dichotomique : d'un côté il est vu comme un « magicien de la langue » et de l'autre comme un homme de contradiction dont le cas relève presque de la pathologie259. Encore faut-il préciser qu'il s'agissait des interprétations les plus bienveillantes. Selon Jean Starobinski, ses accusateurs « le tenaient coupable de tous les désastres politiques et moraux qu'ils voyaient survenir dans le monde moderne259 ». Ce n'est qu'à partir du début du XXe siècle que ses œuvres politiques ayant été enfin complètement éditées, il est possible de le lire de façon systématique. Si Gustave Lanson est un des premiers à insister sur l'unité de la pensée de Rousseau, c'est à partir de l'analyse de Ernst Cassirer exposée dans son livre Le problème Jean-Jacques Rousseau de 1932 que la thèse de l'unité va devenir dominante non sans rentrer des résistances. Par exemple, contre Cassirer, Victor Basch soutient en 1932 que Rousseau est d'abord un poète et qu'il « n'a été penseur et philosophe qu'autant qu'il a été poète et romancier »260. Dans son livre Anthropologie et politique. Les principes du système de Rousseau, Victor Goldschmidt insiste sur la cohérence de la pensée philosophique de Rousseau qui, selon lui, résulterait du fait que le citoyen de Genève affirme qu'une même méthode doit être utilisée pour analyser diverses disciplines, méthode qui tient essentiellement à « l'observation et au raisonnement »111.

Une lectrice, de profil, songeant à sa lecture, lève les yeux sans regarder le spectateur.
Mary Wollstonecraft femme de lettres et féministe par John Opie.

Au début du XXIe siècle, un auteur comme John Scott estime que s'il y a bien des paradoxes dans l'œuvre de Rousseau, cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas unité. En effet, la contradiction peut n'être qu'apparence de contradiction et ne demander qu'à être levée261. Cet auteur considère l'œuvre du citoyen de Genève comme un exposé du système de la bonté naturelle de l'homme262. Toutefois, dans cette maxime ou cette conjecture, l'adjectif « bon » ne signifie pas qu'à l'origine les hommes sont naturellement vertueux et bienfaisants mais, selon John Scott, qu'en l'homme « existerait à l'origine un équilibre entre les besoins et passions et la capacité à les satisfaire », et ce serait cet équilibre qui ferait l'homme « bon pour lui-même et non dépendant des autres », car précisément c'est la « dépendance vis-à-vis des autres qui fait les hommes mauvais »263.

Rousseau et le féminisme

Rousseau, dans l'Émile ou De l'éducation, livre V, affirme : « Plaire aux hommes, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce, voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu'on doit leur apprendre depuis l’enfance ».

À la fin du XVIIIe siècle, la femme de lettres Mary Wollstonecraft, l’une des pionnières du féminisme en Angleterre, dénonce cette conception de Rousseau de la femme comme une imposture intellectuelle consistant à considérer comme nature ce qui est culture264, idée qui sera développée plus tard par Simone de Beauvoir dans sa célèbre expression : « On ne naît pas femme, on le devient ». Dans son livre de 1792, A Vindication of the Rights of Woman, traduit par Défense des droits de la femme, elle critique la vision de la femme qu'a le philosophe de l'éducation, qui dénie aux femmes le droit même à l'éducation. Elle suggère que, sans cette idéologie pernicieuse qui encourage les jeunes femmes à privilégier leur beauté et leur apparence, elles pourraient s'accomplir de manière bien plus féconde. Les épouses seraient de véritables compagnes, exerceraient un métier si elles le souhaitaient : « les femmes pourraient certainement étudier l'art de guérir et être des médecins aussi bien que des infirmières. Devenir des sages-femmes, ce à quoi la décence semble les destiner […] ; elles pourraient aussi étudier la politique […] et occuper toutes sortes de fonctions ».

Dans la Lettre à d’Alembert sur les spectacles, Rousseau écrit « toute femme qui se montre se déshonore ». Obligé de reconnaître que quelques femmes ont du talent, il précise que c’est à « l’encontre de son sentiment » et donc que « ce n’est pas à une femme mais aux femmes qu'il refuse le talent des hommes ». Cette affirmation relève d'une théorie masculiniste265, voire misogyne, mais doit être replacée dans le contexte de l'époque266.

Rousseau et le totalitarisme du XXe siècle

Demi-buste d'un homme de face, en costume trois pièces, regardant vers le côté.
Bertrand Russell, un critique de Rousseau, peint par Roger Fry en 1923.

Dès le XIXe siècle, Rousseau fait l'objet de critiques, telle celle de Proudhon pour lequel « la Révolution, la République et le peuple n'eurent jamais de plus grand ennemi que Jean-Jacques »267,268.

Bertrand Russell décrit Rousseau, dans son Histoire de la philosophie occidentale (1952), comme « l'inventeur de la philosophie politique de dictatures pseudo-démocratiques », et conclut qu'« Hitler en est le résultat »269.

Bien que Rousseau ait critiqué à maintes reprises les tyrannies et régimes autoritaires de son temps, défendant la liberté de conscience et d'expression comme bases de la démocratie, au moins trois auteurs (Marejko, Crocker et Talmon) lui ont reproché d'avoir influencé l'émergence du totalitarisme. Précisons d'abord que pour Jan Marejko, cela ne signifie pas que l'on trouve dans les écrits de Rousseau une intention délibérée d'élaborer un système totalitaire270. Pour l'universitaire américain Lester G. Crocker271, deux éléments de la pensée de Rousseau auraient favorisé le totalitarisme contemporain, à savoir : la tendance autarcique de la pensée de Rousseau ainsi que son insistance sur l'idée d'unité nationale (critiquée en son temps par l'abbé Bergier qui évoquait un « patriotisme fanatique »). L'historien israélien Jacob L. Talmon voit également dans la théorie de la volonté générale de Rousseau l'origine de ce qu'il appelle la « démocratie totalitaire »272.

Leo Strauss s'oppose à cette interprétation car il estime, selon Céline Spector273, « que le contrat rousseauiste ne peut exiger le sacrifice de l'individu, car la nature ne dicte rien d'autre que l'intérêt personnel ». Selon Strauss, « Rousseau croyait que des révolutions pourraient restaurer la modération de l'Antiquité sur des principes nouveaux, conscients. Sa pensée est une union bizarre du progressisme radical et révolutionnaire de la modernité et de la discrétion et de la réserve de l'Antiquité »274.

En France, le régime de Vichy a été partagé dans son appréciation de Rousseau. Marcel Déat a salué un « Jean-Jacques Rousseau totalitaire », socialiste et national275. Par les membres plus maurrassiens, le citoyen de Genève a parfois été dépeint comme la figure même du « Juif errant » voire, chez Maurras lui-même, comme « anarchiste individualiste » et « faux prophète »276. Dans un livre sur Montesquieu publié en 1943, M. Duconseil, un tenant de la « Révolution nationale » de Pétain collaborateur de L'Action française, écrit : « Jean-Jacques Rousseau est la grande figure sémite qui domine notre époque. [...] Voilà le père des dogmes démocratiques modernes »276. Dominique Sordet rapproche Rousseau et Léon Blum, et qualifie les idées du philosophe de « destructives [...] de tout ordre social hiérarchique, et par conséquent aryen »276.

Bruno Bernardi souligne que dans le Contrat social, « la souveraineté des citoyens est le seul fondement de l'obéissance des sujets. De l'obéissance des sujets dépend la consistance de la souveraineté. Ce n'est qu'au prix d'une désarticulation de cette double contrainte, aux yeux de Rousseau indissociable, et d'une confusion entre le sujet et le citoyen qu'on a pu voir ici le germe d'une conception totalitaire de l'État [...] ». Il relève qu'

« on a pu voir en [Rousseau] aussi bien un apôtre de l'irréductible liberté de l'individu qu'un fourrier du totalitarisme. Dans son outrance même, cette opposition renvoie à la caractérisation de sa démarche épistémologique : on a pu lui prêter une orientation tantôt individualiste tantôt holiste. Doit-on voir dans sa conception de la société la mise en œuvre d'un modèle artificialiste et mécaniste ou organiciste ? Sans se recouvrir, ces trois débats d'interprétation renvoient d'évidence l'un à l'autre. Si les exégètes les plus attentifs de la pensée de Rousseau se sont refusés à toute lecture unilatérale, si le Rousseau totalitaire de L.-J. Talmon [...], ne leur a guère paru crédible, ils semblent généralement accepter les termes du débat. [...] Une lecture attentive de ce chapitre [Édition sur Wikisource Du contrat social/Édition 1762/Livre I/Chapitre 5] ne permet-elle pas de montrer que Rousseau cherche précisément à se dégager de l'opposition entre organicisme et artificialisme mécaniste277 ? »

Interprétation de la pensée de Rousseau par Léo Strauss

Rousseau est avec Machiavel, Hobbes et Tocqueville, un des auteurs favoris de Leo Strauss278. Pour ce philosophe, le citoyen de Genève marque le début de la deuxième vague de la modernité. La première vague débutant avec Machiavel et Hobbes, tandis que la troisième débute avec Friedrich Nietzsche. Si la première vague a fait de la morale et de la politique un problème technique, Rousseau au contraire, a voulu redonner une place non technique à celle-ci sans toutefois revenir aux classiques279. Strauss interprète la notion de volonté générale comme une extension de la volonté particulière, comme une préfiguration de l'impératif catégorique de Kant280. La volonté générale, selon lui, serait « une contrainte nécessaire » à la vie bonne en société281. Cet auteur insiste sur le Rousseau du Discours sur les sciences et les arts qu'il analyse comme voulant s'émanciper d'une conception de la science vue par les Lumières comme un substitut à la religion, comme devant conduire les hommes au bonheur282. Selon Strauss, pour Rousseau,

« La science est mauvaise, non dans l'absolu, mais seulement pour le peuple ou pour la société ; elle est bonne, et même nécessaire, pour le petit nombre parmi lequel Rousseau se compte283. »

Selon Léo Strauss, alors que les lois issues de la volonté générales sont tributaires du législateur et comportent toujours une part de mystère, la philosophie cherche à mettre ce mystère en lumière et donc à lui faire perdre son efficacité propre : « en d'autres termes, note-t-il, la société doit faire tout ce qui est possible pour faire oublier aux citoyens les faits mêmes que la philosophie politique met au centre de leur attention, comme constituant les fondements de la société. La société joue son existence sur un aveuglement spécifique contre lequel la philosophie se révolte nécessairement284 ».

Rousseau vu par Habermas (école de la Théorie critique)

photo d'Habermas
Jürgen Habermas.

Habermas, dans L'Espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, considère Rousseau comme un des premiers à avoir pensé au rôle de l'opinion publique. Selon le philosophe allemand285, le citoyen de Genève « rattache la volonté générale à une opinion publique qui coïncide avec l'opinion irréfléchie et spontanée, avec l'opinion telle qu'elle est publiée »286'285. Il remarque à cet égard que Rousseau se prononce contre les longs débats qu'il voit comme un affaiblissement du lien social287. Chez Rousseau, l'opinion publique exerce un certain pouvoir de direction (Habermas rappelle que Rousseau écrit dans le Contrat social (livre IV, ch.7) « l'opinion publique est l'espèce de loi dont le censeur est le ministre », mais que chez lui, cette opinion publique est en quelque sorte « canalisée » par le législateur qui traduit la volonté générale en loi)287. Habermas, sur ces points, se démarque de Rousseau en insistant sur l'aspect délibératif de sorte que, chez lui, « la volonté générale est ... formée discursivement, dans l'espace de la discussion publique »288. Un autre point de désaccord peut être relevé entre Habermas et Rousseau. Alors que le citoyen de Genève insiste sur la notion de patrie et suppose une communauté relativement homogène qui partage le respect des mêmes vertus, la même conception du bien de la communauté, Habermas, qui pense que ces conditions ne peuvent pas être remplies dans le cadre d'une société non-homogène, propose pour le monde du XXIe siècle « un modèle d'intégration politique, insistant sur les conditions procédurales de formation de l'opinion et de la volonté »289.

Influence

Gravure en couleur de face à mi-corps. Le visage exprimer une douleur contenue et le regard est intense.
Portrait de Rousseau par Angélique Briceau (1791).

La pensée de Rousseau a imprégné tant la Révolution française que le républicanisme de la Troisième République en France. Au niveau philosophique, si Rousseau a fortement influencé la philosophie allemande, il a été contesté par les libéraux et certains marxistes tandis qu'il est apprécié du courant urbaphobe.

Rousseau, la Révolution française et la tradition républicaine

Influence sur la Révolution française

Un angelot tenant à la main le Contrat social réfléchit le soleil vers l'Assemblée, tandis qu'un prêtre, un noble et un militaire font naufrage.
Estampe de Jean-Baptiste Chapuy (vers 1789) intitulée Assemblée Nationale, écueil des aristocrates : le génie de Rousseau en éclaire l'entrée.

Le royaliste Charles Maurras voit en Rousseau l'inspirateur de la Révolution, et la source intellectuelle de tous les maux de la France :

« Je hais dans Rousseau le mal qu'il a fait à la France et au genre humain, le désordre qu'il a apporté en tout et, spécialement, dans l'esprit, le goût, les idées, les mœurs et la politique de mon pays. Il est facile de concevoir qu'il ait dû apporter le même désordre sur le plan religieux290. »

Maurras reprend là une tradition contre-révolutionnaire initiée par Edmund Burke, Joseph de Maistre auteur d'un Examen d'un écrit de J.-J. Rousseau sur l'inégalité des conditions parmi les hommes, publié de façon posthume sous le titre Contre Rousseau291, et Louis de Bonald292.

Les universitaires qui se sont penchés sur la question ont une approche plus nuancée et plus documentée. Pour George Armstrong Kelly, avant la Révolution, Rousseau est surtout connu comme étant l'auteur de l'Émile et des Discours293. Ce n'est qu'après le début de la Révolution que ses écrits politiques sont réellement découverts par Sieyès, Marat et d'autres294. Ce qui marque les révolutionnaires au tout début, c'est l'idée développée par Rousseau que l'homme s'est éloigné de la nature, ce qui l'a conduit à l'esclavage et à ses suites. C'est aussi l'idée prégnante chez lui que les peuples ont parfois droit, comme Sparte et Rome, à une seconde naissance. C'est ce scénario rousseauiste qui a profondément marqué les Montagnards, notamment Robespierre et Saint-Just295. Là où Rousseau voit des maîtres et des esclaves, les tenants de la Révolution française insistent sur la nature cachée, préservée de la dépravation de l'Ancien Régime du peuple français. Pour George Armstrong Kelly, les disciples montagnards de Rousseau, ont transformé la notion très prégnante chez Rousseau de mémoire en volonté de procéder à un recommencement avec de nouveaux héros et une nouvelle cité. Volonté aussi de faire en sorte de retrouver le temps où l'homme était bon294.

Rousseau de profil, le haut du corps vêtu à la mode de son temps ; le bas, à celle antique.
« Jean-Jacques Rousseau en sage tenant le Contrat social », carte à jouer contemporaine de la Révolution française d'Hughes Chassoneris.
Une femme tenant une torche dévoile une autre, nue, tenant le Contrat social, sous le regard du buste de Rousseau.
Estampe de Louis-Simon Boizot, La Philosophie découvrant la vérité, avec en haut à droite, un buste de Rousseau.

Jean Starobinski illustre quant à lui le « conservatisme politique de Rousseau » en citant296 son Jugement sur la Polysynodie. O.C. (1756), III, 638 :

« Qu'on juge du danger d'émouvoir une fois les masses énormes qui composent la monarchie française ! Qui pourra retenir l'ébranlement donné, ou prévoir tous les effets qu'il peut produire ?... Que le gouvernement actuel soit encore celui d'autrefois, ou que durant tant de siècles il ait changé de nature insensiblement, il est également imprudent d'y toucher. Si c'est le même, il le faut respecter ; s'il a dégénéré, c'est par la force du temps et des choses, et la sagesse humaine n'y peut plus rien. »

Jean Starobinski estime que « la pensée de Rousseau se rapproche sur ce point de celle de Montesquieu. Même prudence, même alternative entre la conservation de l'institution primitive et sa dégénérescence, même hésitation à passer à l'action au nom d'un progrès296... ». Plus loin, commentant cette fois le Contrat social (1762), il ajoute :

« Rousseau est certainement sincère lorsqu'il se défend d'avoir voulu troubler l'ordre établi et renverser les institutions de la France monarchique. Dans les Lettres de la Montagne (Ire partie, lettre VI) il assure que le Contrat social, loin de proposer l'image d'une cité qui devrait supplanter la société existante, se borne à décrire ce que fut la République de Genève avant les troubles qui l'ont corrompue. Dans les Confessions, le Contrat est présenté comme une œuvre de réflexion abstraite, pour laquelle Rousseau n'a pas voulu « chercher d'application ». Il n'a fait qu'user pleinement du « droit de penser », que les hommes possèdent universellement297. »

Pour Jean Starobinski : « S'il est vrai que la pensée de Rousseau est révolutionnaire, il faut aussitôt ajouter qu'elle l'est au nom d'une nature humaine éternelle, et non pas au nom d'un progrès historique. (Il faut « interpréter » l’œuvre de Rousseau pour voir en elle un facteur décisif dans le progrès politique du XVIIIe siècle.) »298

Critique de Arendt sur l'influence de Rousseau sur la Révolution française

La critique d'Arendt concernant Rousseau porte sur deux points . Selon elle, Rousseau, d'une part, identifie souveraineté et pouvoir et d'autre part, donne à la pitié un rôle politique. Elle insiste fortement sur le second point. Pour elle, c'est la primauté donnée à la question sociale qui a empêché la Révolution d'instituer la liberté. Or cette mise en avant de la pitié vient de Rousseau, le premier à avoir donné de l'importance à cette émotion. Elle écrit à ce propos : « il s'intéressait plus à son émotion qu'à la souffrance d'autrui, il s'enchantait aux émotions et humeurs à mesure qu'elles se révélaient à lui dans les délices exquises de l'intimité que Rousseau fut le premier à découvrir.. »299. Le problème pour Arendt vient du fait que la pitié n'est pas un sentiment politique constructif notamment quand, comme les hommes de la Révolution, on la prend pour une vertu et qu'on ne croit pas au précepte de Montesquieu qui veut que même la vertu doit comporter des limites300. Pour Arendt, en politique, ce n'est pas la pitié, mais la solidarité qui participe de la raison qui permet d'améliorer les choses.

Rousseau et la tradition républicaine en France

Claude Nicolet, dans son ouvrage L'idée républicaine en France (1982), un livre qui a contribué au retour en force du républicanisme dans les années 1980, soutient que c'est Rousseau qui a fourni le socle théorique à la notion de République telle qu'elle est entendue en France. Selon cet auteur, l'idée républicaine en France s'est construite autour des concepts de souveraineté et de la théorie de la loi développés par le citoyen de Genève301. Nicolet écrit :

« La grande affaire des républicains, c'est bien entendu Rousseau. L'homme et l'œuvre ont été, par lui-même, si intimement liés, ils sont d'ailleurs si contradictoires en apparence, et si cohérents en réalité, qu'on ne pourra pas s'étonner que Rousseau ait été, un siècle durant - et peut-être plus - à la fois la référence inévitable et le signe de division le plus éclatant des républicains français, comme de quelques autres302,301. »

De façon plus générale Rousseau est considéré avec Kant et le positivisme comme l'une des trois « sources » de la doctrine républicaine en France303. Il a permis aux républicains de disposer d'une légitimité historique faces aux monarchistes et aux catholiques301. Toutefois cet héritage pose le problème de l'interprétation du Contrat social qui oppose un Rousseau en faveur d'un gouvernement aristocratique à un Rousseau plus républicain revendiqué par Robespierre. Pour Nicolet, Rousseau ne serait pas un auteur démocratique au sens contemporain comme l'ont cru Mme de Staël et Benjamin Constant, car il conserve au mot république son sens ancien d'État légitime gouverné par des lois, qui doit beaucoup à la politeia aristotélicienne. Selon cette interprétation, « le legs de Rousseau serait triple : au-delà du prince de la souveraineté populaire et la définition de la loi comme expression de la volonté générale, l'œuvre du philosophe aurait inspiré une théorie de la vertu comme visée d'intérêt général, jugée consubstantielle au républicanisme »304.

Il est à noter que Rousseau est absent du renouveau de la pensée républicaine initié par Quentin Skinner et John Pocock à partir des années 1960-1970. Ce renouveau, qui récuse le dualisme introduit par Isaiah Berlin entre liberté positive et négative, s'inscrit plus dans le sillage de Cicéron que d'Aristote et dans la tradition républicaine de Machiavel. Pour eux la liberté individuelle réside d'abord dans la participation à des institutions politiques305.

Rousseau et le concept de souveraineté

Dans une étude sur le concept de souveraineté, Jacques Maritain voit dans « le mythe de la Volonté générale » exposé dans Du Contrat social « un moyen de transférer au peuple le pouvoir séparé et transcendant du roi absolu306. » Or, selon le philosophe, ce transfert est hautement problématique :

« Ainsi Rousseau, qui n'était pas un démocraten 10, a introduit dans les démocraties modernes naissantes une notion de la Souveraineté qui était destructrice de la démocratie, et tendait vers l'État totalitaire. [...] Le Législateur, ce surhomme décrit dans le Contrat social, nous offre un avant-spectacle de nos dictateurs totalitaires modernes dont « la grande âme est le vrai miracle qui doit prouver » leur « mission », et qui doivent « altérer la constitution de l'homme pour la renforcer » (II, iv). Rousseau ne pense-t-il pas, au surplus, que l'État a droit de vie et de mort sur le citoyen ?307. »

Et Maritain de conclure : « L'État de Rousseau n'est que le Léviathan de Hobbes couronné par la Volonté générale, en lieu et place de la couronne de ceux que le vocabulaire jacobin nommait les rois et les tyrans307. »

De son côté, Alain de Benoist affirme :

« Alors que les philosophes des Lumières veulent limiter les prérogatives du pouvoir et contestent la notion même de souveraineté, Rousseau fait au contraire de celle-ci la pierre angulaire de tout son système politique. Appelant souverain le corps politique auquel a donné naissance le contrat social, il en déduit que la volonté générale étant une, la souveraineté qui en résulte ne saurait être fragmentée sous peine de perdre toute signification. Par définition, la souveraineté ne se divise pas. Rousseau rejette donc toute séparation des pouvoirs, toute tentative de diviser la souveraineté. Le contraste avec les propositions libérales est éclatant. Rousseau rejette l'alternative entre le libéralisme et le despotisme, ou plutôt il pense qu'en instaurant le citoyen, on peut assurer l'unité politique et sociale sans tomber pour autant dans le despotisme. On pourrait dire qu'en fin de compte, Rousseau veut seulement changer de monarque : il substitue le peuple au roi de droit divin, mais sans jamais abandonner l'idée de souveraineté absolue. Cela posé, il est assez indifférent à la forme du gouvernement. Il n'est pas hostile, par exemple, au gouvernement aristocratique, dont il dit même expressément qu'il est le « meilleur des gouvernements ». Mais cela doit se comprendre à l'intérieur de son système. L'essentiel, pour Rousseau, est que le peuple détienne la puissance législative et ne s'en dessaisisse jamais. Une fois cela acquis, la puissance exécutive peut aussi bien avoir une forme aristocratique. La capacité à gouverner ne se confond pas ici avec la souveraineté308. »

Influence sur les libéralismes

 peinture représentant Madame de staël
Madame de Staël, critique libérale de Rousseau, portrait par Gérard,
Château de Versailles.

Dès 1788, Madame de Staël publie ses Lettres sur l'œuvre et le caractère de J.-J. Rousseau309 où elle critique Rousseau. Benjamin Constant, fait de Rousseau un des responsables de la Terreur pour ne pas avoir posé de limite à la souveraineté populaire310. Hegel en partant d'une prémisse différente – ne pas avoir mis la volonté générale au service de l'État vu comme possédant quelque chose de divin, mais au service de la société civile – arrive également comme Constant à la conclusion que Rousseau serait responsable de la Terreur311.

Constant reproche également à Rousseau d'en être resté à la liberté des anciens tournée vers la politique et de n'avoir pas envisagé la liberté des modernes plus orientée vers la sphère individuelle et économique311. À la fin du XIXe siècle, début du XXe siècle, des libéraux comme Émile Faguet ou Léon Duguit reprocheront à Rousseau d'avoir sacrifié l'individu à l'État312. Déjà chez Duguit pointe l'accusation du Rousseau père de la tyrannie. Ce dernier écrit, dans Souveraineté et liberté de 1921, que Rousseau est « l'initiateur de toutes les doctrines de dictature et de tyrannie, depuis les doctrines jacobines de 1793 jusqu'aux doctrines bolcheviques de 1920 »313. Cette critique sera reprise au moment de la guerre froide, où Rousseau sera vu par un libéral comme Jacob Leib Talmon comme un des pères du totalitarisme. Friedrich Hayek associe Rousseau au constructivisme. Dans le tome 2 de Droit, législation et liberté, il écrit :

« La nostalgie d'une société à la Rousseau guidée non par des lois morales apprises et justiciables seulement par la saisie intellectuelle des principes sur lesquels cet ordre est fondé, mais par les émotions « naturelles » irréfléchies, enracinées dans les millénaires de vie en petites hordes- cette nostalgie mène directement à réclamer une société socialiste où l'autorité fait régner la « justice sociale » visible d'une manière qui convient à ces émotions naturelles314. »

Selon Christopher Bertram, la philosophie politique libérale de John Rawls, notamment celle de son ouvrage majeur la Théorie de la justice, présente certaines proximités avec la pensée de Rousseau. En particulier, la façon dont Rawls introduit la notion de position originelle pour mettre l'intérêt personnel au service des principes de justice n'est pas sans rappeler l'argument de Rousseau selon lequel les citoyens devraient être tirés au sort pour sélectionner les lois de façon impartiale315.

Influence sur la philosophie allemande

Miniature du buste d'un homme portant perruque.
Rousseau a influencé Emmanuel Kant, ici peint par Springer en 1765.

Rousseau a influencé Kant qui avait un portrait de lui pour seul ornement de son bureau. On raconte également que la seule exception que ce dernier fit a sa promenade quotidienne rituelle fut le jour où il était trop absorbé par la lecture de l'Émile qu'il venait de recevoir316. Pour Bertram, la notion rousseauiste de volonté générale imprègne la notion d'impératif catégorique notamment dans la troisième formulation que l'on trouve dans Fondation de la métaphysique des mœurs315. Toutefois, la pensée de Rousseau s'oppose à l'idée kantienne d'une législation universelle. En effet, le célèbre genevois, dans des travaux préparatoires au contrat social a rejeté l'idée d'une volonté générale de l'humanité. Pour lui, la volonté générale, n'apparait que dans le cadre de l'État315. L'influence de Rousseau sur Kant est aussi perceptible dans sa psychologie morale, notamment dans son livre La Religion dans les limites de la simple raison.

La relation entre Rousseau et Hegel est également complexe. Si dans la philosophie du droit, Hegel félicite Rousseau de voir la volonté comme la base de l'État, il se fait une fausse idée de la notion de volonté générale qu'il voit comme recouvrant les volontés contingentes des individus. Enfin, Hegel reprend la notion d'amour propre de Rousseau ainsi que l'idée qu'attendre des autres respect et reconnaissance exacte peut amener à se soumettre à eux315.

Schopenhauer, quant-à-lui, disait : « Ma théorie a pour elle l'autorité du plus grand des moralistes modernes : car tel est assurément le rang qui revient à J.-J. Rousseau, à celui qui a connu si à fond le cœur humain, à celui qui puisa sa sagesse, non dans des livres, mais dans la vie ; qui produisit sa doctrine non pour la chaire, mais pour l'humanité ; à cet ennemi des préjugés, à ce nourrisson de la nature, qui tient de sa mère le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possède la vérité, et qu'il émeut les cœurs317 ».

Concernant Karl Marx, si les idées d'aliénation et d'exploitation peuvent être vues comme présentant certains liens avec la pensée de Rousseau sur ces sujets, les références à Rousseau dans l'œuvre de Marx sont trop rares, et de trop peu d'importance pour réellement en tirer des conclusions certaines315.

Rousseau, le socialisme, le marxisme

La pensée politique de Rousseau influence les révolutionnaires de 1830 et de 1848, Blanqui et les Communards de 1871, ainsi que les anarchistes de la fin du XIXe siècle318.

L'économiste libéral Frédéric Bastiat voit en Saint-Simon, Charles Fourier et leurs disciples les « fils de Rousseau »319. De même, pour le socialiste Jean Jaurès, Rousseau est le précurseur du socialisme. Célestin Bouglé, de son côté, estime que la théorie des lois de Rousseau « ouvre directement la voie au socialisme »319.

La place que Rousseau donne aux antagonismes sociaux issus de la division des tâches et de la propriété privée en fait également un précurseur du marxisme320. Pourtant, Marx ne cite que très peu Rousseau. Quand il se réfère à la partie du chapitre 7 du livre II du Contrat social, c'est de façon négative pour noter que c'est « un excellent tableau de l'abstraction bourgeoise »319. En fait, Karl Marx reproche à Rousseau de ne pas assez tenir compte des rapports sociaux319. D'une façon générale la lecture marxiste, notamment dans les années 1960, privilégie la lecture du Contrat social par rapport au Second discours et est très critique envers la notion de volonté générale. Selon eux, la volonté générale s'oppose à la lecture marxiste en termes de luttes des classes et de conflits politiques321.

En Italie, Rousseau a été étudié par Galvano Della Volpe, un disciple de Gramsci. Dans un premier temps, en 1945, cet auteur soutient que Rousseau s'oppose au marxisme en tant que continuateur d'une tradition « qui part de Platon et, à travers le christianisme, rejoint le jusnaturalisme laïc »322. En 1954, au contraire, il estime qu'il existe à partir de Locke et de Rousseau deux théories de la démocratie « une ligne Locke-Kant-Humboldt-Constant qui produit la théorie de la démocratie libérale ; une ligne Rousseau-Marx-Engels-Lénine qui trouve son incarnation historique dans la démocratie soviétique (prolétarienne et non représentative) »323. Dans ces conditions, Rousseau aurait pu, selon lui, contribuer à enrichir le marxisme323.

Le marxisme au début du XXIe siècle tel qu'il se développe autour de Toni Negri est très critique envers Rousseau qu'il voit comme un des penseurs de la souveraineté — concept qu'il juge réactionnaire — et comme le promoteur d'une vision juridique qui encourage une orientation organisationnelle, voire bureaucratique du pouvoir et de la société324.

Rousseau et le courant « urbaphobe »

Rousseau est considéré comme l'un des fondateurs du courant « urbaphobe » qui combat la grande ville325. Dans l’Émile, Rousseau décrit son idéal, la ferme isolée vivant en autarcie sous un régime patriarcal : « ce pain bis, que vous trouvez si bon, vient du blé recueilli par ce paysan ; son vin noir et grossier, mais désaltérant et sain, est du cru de sa vigne ; le linge vient de son chanvre, filé l'hiver par sa femme, par ses filles, par sa servante ; nulles autres mains que celles de sa famille n'ont fait les apprêts de sa table ; le moulin le plus proche et le marché voisin sont les bornes de l'univers pour lui »326. Claude Lévi-Strauss estime par ailleurs qu'il « ne s’est pas borné à prévoir l’ethnologie: il l’a fondée »327.

Hommages et présence de Rousseau dans la culture populaire

Hommage de la France : le transfert au Panthéon

Vue du Panthéon avec une foule.
Apothéose de J.-J. Rousseau, sa translation au Panthéon. Eau forte d'Abraham Girardet (1798).
Gravure représentant Rousseau sortant de son tombeau sur l'île des Puepliers.
Résurrection de Jean-Jacques Rousseau, estampe de Christian Gottlieb Geissler (1794).

La question de l'hommage de la nation à Rousseau est posée peu de temps après la décision de l'Assemblée du 4 avril 1791 de transformer l'église Sainte-Geneviève en sépulture des grands hommes, à la suite de l'entrée de Voltaire dans ce qui était devenu le Panthéon, le 11 juillet 1791. En août 1791, le journaliste et écrivain Pierre-Louis Ginguené rédige une pétition qu'il fait circuler parmi les gens de lettres. Appuyée par 300 signatures, elle est remise par deux députations, l'une de Parisiens, l'autre d'habitants de Montmorency. Les Parisiens exigent une statue, mais aussi le transfert au Panthéon, tandis que les habitants de Montmorency se contenteraient d'un cénotaphe dans le mémorial républicain328.

Le projet sommeille quelques années. Thérèse veuve Rousseau se présente à la Convention nationale, le 11 avril 1794, pour réclamer fermement la translation promise. Les événements de la Terreur repoussent encore l'application de la décision. Finalement, la cérémonie est fixée au 11 octobre 1794329.

L'entrée au Panthéon se fait au son de l'orgue, dans un « recueillement religieux ». Cambacérès, président de la Convention, prononce l'éloge du grand homme :

« Moraliste profond, apôtre de la liberté et de l'égalité, il a été le précurseur qui a appelé la nation dans les routes de la gloire et du bonheur. [...] C'est à Rousseau que nous devons cette régénération salutaire qui a opéré de si heureux changements dans nos mœurs, dans nos coutumes, dans nos lois, dans nos esprits, dans nos habitudes... Ce jour, cette apothéose, ce concours de tout un peuple, cette pompe triomphale, tout annonce que la Convention veut acquitter à la fois envers le philosophe de la nature, et la dette des Français, et la reconnaissance de l'humanité. »

La cérémonie se termine par un Hymne à Jean-Jacques Rousseau de Marie-Joseph Chénier sur une musique de Gossec. Le soir, le peuple danse. Une gravure de Geissler représente la Résurrection de Jean-Jacques Rousseau où, coiffé de son bonnet d'Arménien, il sortait du tombeau comme un nouveau Christ330. Un opéra-comique en un acte de d'Alayrac, sur un livret d'Andrieux, est consacré à L'Enfance de Jean-Jacques Rousseau331,332, créé le 23 mai 1794333 et représenté jusqu'en 1796334.

Hommages de Genève

Photo en couleur de la statue en bronze d'un homme assis vêtu à la mode romaine.
Statue de Jean-Jacques Rousseau à Genève par James Pradier.

L'Île Rousseau à Genève est nommée en hommage au philosophe des Lumières originaire de cette ville. L'île portait le nom d'Île aux Barques avant de prendre son nouveau nom en 1834. L'année suivante, en 1835, une statue de Rousseau est réalisée sur l'île par le sculpteur James Pradier335.

 Photo contemporaine de l'île.
Île Rousseau à Genève.

Les relations de Rousseau avec sa ville natale ont été tumultueuses : en juin 1762, ses œuvres Du contrat social et Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes sont brûlées par le gouvernement genevoisn 11. Cependant, selon le site de la ville de Genève, « La Bibliothèque de Genève abrite aujourd’hui les manuscrits les plus rares du philosophe, notamment l’une des premières ébauches de Du Contrat social, dite manuscrit de Genève », ainsi qu'une documentation d'importance. Avec la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, ce sont les deux établissements qui possèdent les œuvres rares de Rousseau en Suisse. La Suisse entre ainsi dans le registre « Mémoire du monde » de l'UNESCO en 2011336.

En 1969, un bâtiment d'enseignement post-obligatoire a été ouvert dans le quartier du Bouchet à Genève, portant le nom de Collège Rousseau, en hommage à l'auteur du célèbre ouvrage sur l'éducation intitulé L'Emile.

Genève a célébré le tricentenaire de la naissance de Rousseau en 2012, la manifestation s'appelle « 2012 Rousseau pour tous »337. Elle a duré un an et se sont déroulés « expositions, spectacles, opéra, concerts, banquets républicains, films, promenades, publications et colloques »338. 2012 est également l'année où a été créée la Maison de Rousseau et de la Littérature à Genève. C'est essentiellement un lieu de rencontres et de débats339.

Hommages de Neuchâtel

Cascade à Môtiers.
Cascade à Môtiers.

Rousseau a vécu à Môtiers du 10 juillet 1762 au 8 septembre 1765. À sa mort son ami Pierre-Alexandre DuPeyrou recueille ses manuscrits dont les Rêveries, plus de 1000 lettres de Rousseau et environ 2500 lettres reçues. Elles sont préservées à la bibliothèque publique de Neuchâtel. La Bibliothèque de Genève et la Bibliothèque publique universitaire de Neuchâtel possèdent la majeure partie de son œuvre. En 2011, elles entrent dans le registre international Mémoire du monde de l’UNESCO340,341. Neuchâtel abrite aussi une association Jean-Jacques Rousseau créée en 1956.

Le Musée Rousseau de Môtiers à Môtiers possède la chambre où il a vécu. Dans le haut de ce même village, une cascade porte son nom située dans la forêt, au bord de la rivière où il a écrit une partie de Les Rêveries du promeneur solitaire342,343. Dans le restaurant de Île de Saint-Pierre (Berne), la chambre à l'étage où il a vécu est restée intacte après son départ et est aujourd'hui visitable344.

Nomenclature astronomique

L'astéroïde (2950) Rousseau a été nommé pour lui rendre hommage.

Monuments et rues

à Paris 1er arrondissement.
Pont Jean-Jacques Rousseau à Boudry.
  • Rue Jean-Jacques-Rousseau (Nantes) à Nantes
  • Rue Jean-Jacques-Rousseau (Paris) à Paris
  • Rue Rousseau à Genève
  • Rue Jean Jacques Rousseau, à Montreuil (Seine-Saint-Denis)
  • Promenade J.-J. Rousseau, à La Neuveville
  • Rue Jean-Jacques Rousseau, à Montpellier
  • Rue-Jean-Jacques-Rousseau, à Vevey
  • Rue Jean-Jacques Rousseau, à Bergerac
  • Rue Jean-Jacques Rousseau à Téteghem
  • Rousseaustrasse Straße, à Zürich
  • Rue Jean-Jacques Rousseau, à Môtiers
  • Rue Jean-Jacques-Rousseau à Bar-le-Duc
  • Rue Jean-Jacques Rousseau à Dijon
  • Rue Jean-Jacques Rousseau à Annecy
  • Rue Jean-Jacques Rousseau à Lille
  • Rousseau Street, à San Antonio, Texas
  • Rousseau Road, à Bethel (Vermont), Vermont
  • Pont Jean-Jacques Rousseau à Boudry

Chronologie des œuvres

  • 1742 : Projet concernant de nouveaux signes pour la musique.
  • 1743 : Dissertation sur la musique moderne.
  • 1750 : Discours sur les sciences et les arts.
  • 1751 : Discours sur la vertu du héros.
  • 1752 : Le Devin du village — La représentation à Fontainebleau devant le roi le 18 octobre 1752 est un succès ; celle à l'Opéra le 1er mars 1753, un désastre.
  • 1752 : Narcisse ou l’Amant de lui-même — Comédie représentée par les comédiens ordinaires du roi, le 18 décembre 1752.
  • 1755 : Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.
  • 1755 : Économie politique.
  • 1756 : Examen de deux principes avancés par M. Rameau.
  • 1756 : Jugement sur la Polysynodie — Première publication en 1782)345
  • 1756-1758 : Jugement du Projet de paix perpétuelle de Monsieur l'Abbé de Saint-Pierre
  • 1758 : Lettres morales — Écrites entre 1757 et 1758, publication posthume en 1888346.
  • 1758 : Lettre sur la providence.
  • 1758 : Lettre à D'Alembert sur les spectacles.
  • 1761 : Julie ou la Nouvelle Héloïse.
  • 1762 : Le Lévite d'Éphraïm .
  • 1762 : Émile ou De l'éducation — Dans lequel est inclus La Profession de foi du vicaire savoyard au livre IV.
  • 1762 : Du contrat social.
  • 1764 : Lettres écrites de la montagne.
  • 1764 : Lettres sur la législation de la Corse.
  • 1771 : Considérations sur le gouvernement de Pologne.
  • 1771 : Pygmalion.
  • 1781 : Essai sur l'origine des langues — Posthume.
  • 1765 : Projet de constitution pour la Corse — Posthume.
  • 1767 : Dictionnaire de musique — Écrit à partir 1755, il paraît à Paris en 1767.
  • 1770 : Les Confessions — Écrites de 1765 à 1770, publication posthume en 1782-1789.
  • 1777 : Rousseau juge de Jean-Jacques — Posthume.
  • 1778 : Les Rêveries du promeneur solitaire — Écrites en 1776, publication posthume.
  • 1781 : Émile et Sophie, ou les Solitaires — Publication posthume en 1781, suite inachevée de l'Émile.

Œuvres

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • [Contrat] Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Paris, Le livre de Poche, 2013, 319 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Écrits] Jean-Jacques Rousseau, Jean-Jacques Rousseau : Écrits politiques, Paris, Le Livre de Poche, 2012 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Discours] Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Paris, Gallimard Folio/essais, 2014, 384 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes : Lettre sur la musique française, Paris, 1753.
  • Jean-Jacques Rousseau à Venise (1743-1744) raconté par lui-même, Paris, Maurice Glomeau éditeur, 1920
  • Jean-Jacques Rousseau et R.A. Leigh (éditeur scientifique), Correspondance Complète, Oxford, The Voltaire Fondation, 1979, 474 p. (ISBN 9780729406857)347.
  • Jean-Jacques Rousseau, Bernard Gagnebin (éditeur scientifique) et Marcel Raymond (éditeur scientifique), Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade »Document utilisé pour la rédaction de l’article
    Édition de référence, riche en introductions, notes et variantes348. Publiée sous le patronage de la Société Jean-Jacques Rousseau349 et avec l'appui du Fonds national suisse de la recherche scientifique et de l'État de Genève.
    • [OC I] Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes I Les Confessions et Autres textes autobiographiques:, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1986 (1re éd. 1959), 2096 p.
    • [OC II] Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes II :La Nouvelle Héloïse, Théâtre, Poésies, Essais Littéraires, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1984 (1re éd. 1961), 2160 p.
    • [OC III] Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes III : Du Contrat social, Écrits politiques, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1964 (1re éd. 1959), 2240 p.
    • [OC IV] Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes IV : Émile, Éducation Morale, Botanique, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1980 (1re éd. 1969), 2192 p.
    • [OC V] Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes V : Écrits sur la musique, la langue et le théâtre, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1995, 2240 p.
  • Rousseau est l'un des auteurs de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, dont il a rédigé la plupart des articles sur la musique, ainsi que l'article « Économie politique » (publié en 1755 dans le tome V de l'Encyclopédie), plus généralement connu aujourd'hui sous le titre de Discours sur l'économie politique350.

Notes et références

Notes

  1. Pour consulter l'arbre généalogique de Rousseau, voir « Connaissez-vous Jean-Jacques ? Famille, je vous aime ! » [archive], sur Académie de Grenoble.
  2. Tous ces renseignements sur la petite enfance de Jean-Jacques se trouvent dans le Livre premier des Confessions.
  3. La maison est une propriété du marquis François de Conzié. Rousseau reverra Conzié longtemps après le décès de Mme de Warens. Cf. Guillermin C., Notice de M. de Conzié des Charmettes, sur Mme de Warens et Jean-Jacques Rousseau et « Bail de la propriété des Charmettes », Bulletin de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, vol. I,‎ 1856, p. 73-90.
  4. Sur ce point, voir la notice consacrée à Mme de Larnage dans Raymond Trousson (éd.) et Frédéric S. Eigeldinger (éd.), Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Éditions Honoré Champion, 2006.
  5. Cette influence s'étend bien au-delà des frontières de la France. À titre d'exemple, en Amérique du Sud, Simón Bolívar sera éduqué selon les préceptes de cet ouvrage.
  6. Voir l'édition en 20 volumes de la Correspondance Générale (1926) par Théophile Dufour et Pierre-Paul Plan. La lettre à Franquières et la lettre à Paul Moultou se trouvent au volume XIX.
  7. Sur la pensée religieuse de J.-J. Rousseau et son inspiration : Henri Gouhier, Les méditations métaphysiques de Jean-Jacques Rousseau, Vrin, 1970.
  8. Jean-Jacques Rousseau, Correspondance Générale, Armand-Colin, édition de Théophile Dufour et Pierre-Paul Plan, 1926, 20 volumes. Particulièrement, s'agissant de la Lettre à Franquières et de la lettre à Paul Moultou, voir le volume XIX.
  9. La Nouvelle Héloïse, que Rousseau a écrit dans les parcs et jardins d'Ermenonville, apparaît comme l'écho du souvenir d'une femme qu'il y avait aimée : « Rousseau avait peuplé les lieux de son Héloïse d'une femme aimée », (Gérard Blanchard, « Ermenonville, les lieux du texte d'un jardin », Communication et langages, no 50, 3e-4e trimestre,‎ 1981, p. 78 (DOI 10.3406/colan.1981.3485, lire en ligne [archive]))
  10. « S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes. » Du Contrat social, III, iv.
  11. Le Discours était pourtant dédicacé à la république de Genève.

Références

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  2. Trousson, t. I, p. 19.
  3. Trousson 1993, p. 14.
  4. Trousson 1993, p. 15.
  5. a et b Bertram 2012.
  6. Trousson, t. I, p. 38-39.
  7. Trousson 1993, p. 20.
  8. « Gabriel Bernard, frère de ma mère », Les confessions : Livre premier, Garnier-Flammarion, 1968, p. 44.
  9. Trousson, t. I, p. 48.
  10. a, b, c et d Bernard Cottret, « Rousseau fête ses 300 ans ! », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 17 mai 2012.
  11. Trousson 1993, p. 26.
  12. Trousson, t. I, p. 62-63.
  13. Trousson, t. I, p. 71. Voir le récit dans Les Confessions, livre II, p. 80.
  14. Trousson, t. I, p. 93.
  15. Trousson, t. I, p. 97.
  16. Trousson, t. I, p. 127.
  17. Emmanuel Régis, La dromomanie de Jean-Jacques Rousseau, Société française d'imprimerie et de librairie, 1910 (lire en ligne [archive]).
  18. Trousson, t. I, p. 151.
  19. Trousson 1993, p. 63.
  20. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, chapitre VII.
  21. a et b Trousson 1993, p. 67.
  22. Trousson 1993, p. 70.
  23. Trousson 1993, p. 72.
  24. Trousson 1993, p. 703.
  25. Voir Les Confessions, Livre VII, p. 39-41.
  26. Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, p. 452.
  27. Trousson, t. I, p. 217.
  28. a et b « Rousseau », dans Le Nouveau Dictionnaire des Auteurs, Laffont-Bompiani, 1994.
  29. « Lettre à Madame de Francueil, 1751 » [archive], sur lettres.ac-rouen.fr.
  30. Platon, La République [détail des éditions] [lire en ligne [archive]] (livres V et VI).
  31. Sur ce point, voir la biographie de Trousson.
  32. Trousson 1993, p. 81.
  33. Trousson 1993, p. 89.
  34. Trousson 1993, p. 89-90.
  35. Michaël O'Dea, « Rousseau contre Rameau : musique et nature dans les articles pour l'Encyclopédie et au-delà », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, no 17,‎ 1994 (DOI 10.3406/rde.1994.1272).
  36. Trousson 1993, p. 103.
  37. Raymond Trousson, « Jean-Jacques Rousseau et son œuvre dans la presse périodique allemande de 1750 à 1800 (I) », Dix-huitième Siècle, no 1,‎ 1969 (DOI 10.3406/dhs.1969.896)
  38. Trousson, t. I, p. 271-275.
  39. a et b Trousson, t. II, p. 292.
  40. Trousson, t. I, p. 295.
  41. Trousson, t. I, p. 305.
  42. Trousson, t. I, p. 382.
  43. Trousson, t. I, p. 389.
  44. a et b Entrez sans frapper, émission de la Première en radio, diffusée le lundi 29 septembre 2014.
  45. Antoine Lilti, Figures publiques : L'invention de la célébrité 1750-1850, 2014, Fayard.
  46. Trousson 1993, p. 139.
  47. Trousson 1993, p. 139-140.
  48. Trousson 1993, p. 145.
  49. Trousson 1993, p. 150.
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  92. Lepan 2015, p. 177.
  93. Lepan 2015, p. 179-180.
  94. Mairet 2013, p. 49.
  95. a et b Lepan 2015, p. 24.
  96. Scott 2012, p. xxi.
  97. Discours sur les sciences et les arts
  98. Lepan 2015, p. 18.
  99. Écrits, p. 25.
  100. Lepan 2015, p. 19.
  101. a et b Écrits, p. 30.
  102. Écrits, p. 38.
  103. Lepan 2015, p. 33.
  104. a et b Écrits, p. 54.
  105. Écrits, p. 43.
  106. Écrits, p. 52.
  107. a et b Écrits, p. 41.
  108. Lepan 2015, p. 35-36.
  109. Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Texte en ligne.
  110. a, b et c Starobinski 2014, p. 19.
  111. a, b, c, d, e, f et g José Fontaine, « Victor Goldschmidt, Anthropologie et politique. Les principes du système de Rousseau », Revue philosophique de Louvain,‎ 1977, p. 523-525 (lire en ligne [archive]).
  112. Starobinski 2014, p. 28.
  113. Starobinski 2014, p. 36.
  114. Lepan 2015, p. 99.
  115. Les Confessions Livre VIII, p. 88.
  116. Lepan 2015, p. 22.
  117. Lepan 2015, p. 101.
  118. a et b Starobinski 2014, p. 13-14.
  119. Correspondance Complète Rousseau, 1979, tome 1, p.13
  120. Du contrat social. Texte en ligne.
  121. Émile, ou De l’éducation
  122. Lepan 2015, p. 147.
  123. Mairet 2013, p. 46.
  124. Mairet 2013, p. 79.
  125. Gourevitch 1997, p. XV.
  126. Bertram 2012, p. 12.
  127. Mairet 2013, p. 54.
  128. Lepan 2015, p. 162.
  129. Mairet 2013, p. 168-169.
  130. Mairet 2013, p. 58.
  131. a et b Lepan 2015, p. 225.
  132. Émile, ou De l’éducation. Livre II, p. 114.
  133. Lepan 2015, p. 236.
  134. Émile, ou De l’éducation. Livre II, p. 117.
  135. Lepan 2015, p. 240-241.
  136. (en) Hugh Cunningham, The invention of childhood, Londres, BBC Books, 2006 (ISBN 9780563493907), p. 113-115
  137. À Christophe de Beaumont. Texte en ligne.
  138. Lettres écrites de la montagne. Texte en ligne.
  139. Laurent Gagnebin, « La bonté originelle de l'homme [archive] », Bulletins de l'Oratoire, no 792, septembre 2012.
  140. Collectif, La religion de Jean-Jacques Rousseau, p. 277 [archive].
  141. a et b France Farago, « Rousseau, nature et histoire », Bulletins de l'Oratoire, no 792,‎ septembre 2012 (lire en ligne [archive]).
  142. Les Confessions, livre II, p. 80.
  143. Les Confessions, Livre VII, p. 4.
  144. Lepan 2015, p. 289.
  145. Lepan 2015, p. 294.
  146. Lepan 2015, p. 296.
  147. Lepan 2015, p. 306.
  148. Les Rêveries du promeneur solitaire. Sixième Promenade, p. 461.
  149. Lepan 2015, p. 309.
  150. Lepan 2015, p. 282.
  151. Lepan 2015, p. 283.
  152. Kelly 2011, p. 10.
  153. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_R

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08 octobre 2019

Rayer Pierre

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Pierre Rayer

 

 

Pierre Rayer

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Pierre Rayer.

Biographie
Naissance
8 mars 1793
Décès
10 septembre 1867 (à 74 ans)
Nationalité
Français
Formation
Université de Caen
Activités
Dermatologue, pathologiste
Conjoint
Aline Verdier de Lacoste
Autres informations
A travaillé pour
Université de Paris
Membre de
Académie des sciences
Académie nationale de médecine
Académie américaine des arts et des sciences
Distinction
Grand officier de la Légion d'honneur‎

Pierre François Olive Rayer, né le 7 mars 1793 à Saint-Sylvain (Calvados) et mort le 10 septembre 1867 à Paris, fut un médecin et dermatologue français, connu surtout pour ses travaux d’anatomo-pathologie et de physiologie. Il fut professeur de médecine comparée, doyen de la Faculté de Paris de 1862 à 1864, membre de l’Académie de médecine et de l’Académie des Sciences et fondateur de la Société de biologie.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Ouvrages
  • 3 Bibliographie
  • 4 Notes et références
  • 5 Annexes
  • 6 Éponymies
    • 6.1 Articles connexes
    • 6.2 Liens externes

Biographie

Il commence ses études de médecine à l’université de Caen et les achève à Paris, à l’École pratique des hautes études, à l’Hôtel-Dieu et à la Maison royale de santé. Il est interne en 1813 et obtient son doctorat en médecine en 1818, avec une thèse intitulée Sommaire d’une histoire abrégée de l’anatomie pathologique. En 1822, il est l’auteur d’un important travail consacré à une épidémie de suette en Seine-et-Oise1.

Désireux de suivre la carrière de l’enseignement, il souhaite se présenter, sous la Restauration, au concours d’agrégation, mais, s’étant allié à une famille protestante, il ne peut se faire inscrire. Le banquier Alexandre Aguado le prend comme médecin et, dès lors, sa clientèle devient nombreuse et lucrative. Nommé médecin de l’hôpital Saint-Antoine en 1825, de la Charité en 1832, il devient ensuite médecin consultant du roi Louis-Philippe.

En 1837, il décrit le farcin, ou morve cutanée, une maladie mortelle des chevaux transmissible à d’autres espèces, notamment à l’homme. En 1841, il publie un traité en trois volumes sur les maladies des reins. En 1843, il succède à Morel de Vindé comme membre de l’Académie des sciences, puis il fonde la Société de biologie et devient, sous l’Empire, président du Comité central d’hygiène publique et de l’Association générale des médecins de France.

En 1850, Rayer publie un mémoire2 où, relatant des travaux faits en collaboration avec Casimir Davaine (1812-1882), il donne la première description clinique détaillée du charbon.

Le 19 août 1862, le docteur Rayer, qui était, depuis 1852, médecin ordinaire de Napoléon III, est nommé par décret à une chaire de médecine comparée, créée exprès pour lui à la Faculté de médecine de Paris. Cet acte arbitraire choque vivement les professeurs et les élèves de l’école. Surpris de voir un étranger imposé par le chef de l’État, ils montrent leur mécontentement. Loin de tenir compte de leur opinion, Napoléon III renchérit en nommant Rayer doyen de l’école. Les élèves protestent en sifflant le professeur qui, dans l’incapacité de poursuivre ses cours, finit par donner sa démission le 18 janvier 1864. Rayer est promu, le même mois, grand officier de la Légion d'honneur.

Politiquement, Rayer était un libéral, plutôt libre penseur, bien que marié et inhumé religieusement. Il entretint des relations amicales avec plusieurs disciples de Saint-Simon, tels les banquiers Adolphe et Gustave d'Eichthal, le naturaliste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et la femme de lettres George Sand. Son amitié avec Littré dura jusqu’à sa mort.

C’est dans le service de Rayer à l’Hôpital de la Charité que Jean-Martin Charcot et Guillaume Duchenne de Boulogne effectuèrent leur formation d’internes. Casimir Davaine fut également externe de Pierre Rayer à l’Hôpital de la Charité.

Rayer encouragea la vocation scientifique de Claude Bernard, de Casimir Davaine et de nombreux chercheurs qui allaient s’illustrer par leurs travaux biologiques et pathologiques dans la seconde moitié du XIXe siècle3.

Ouvrages

  • Sommaire d’une histoire abrégée de l’anatomie pathologique, 1818 (thèse de doctorat)4
  • Mémoire sur le Delirium tremens, 1819.
  • Mémoire sur les inflammations non virulentes de la membrane muqueuse des organes de la génération chez les enfans; Paris, Baillière, 1821.
  • Histoire de l’épidémie de suette miliaire qui a régné en 1821 dans les départements de l’Oise et de Seine-et-Oise, Paris, Baillière, 1822.
  • Traité théorique et pratique des maladies de la peau, 3 vol., 18325.
  • Traité des maladies de la peau 6
  • De la morve et du farcin chez l’homme, Paris, Baillière, 1837.
  • Traité des maladies des reins, 3 vol., 1839.
  • Atlas du traité des maladies des reins comprenant l’anatomie pathologique des reins, de la vessie, de la prostate, des uretères, de l’urètre, etc, 1841.
  • Archives de médecine comparée, 1842.
  • Cours de médecine comparée, 1863.

Bibliographie

Livres où Pierre Rayer est cité
  • Antonio Cadeddu, Les Vérités de la science. Pratique, récit, histoire : le cas Pasteur, éd. Leo S. Olschki, 2005 (ISBN 88-222-5464-3)
  • Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 15 volumes, (1863-1890).
  • Jean Théodoridès, Un grand médecin et biologiste Casimir-Joseph Davaine (1812-1882), éd. Pergamon Press, 1968.
Biographie de Pierre Rayer
  • R. Caveribert, La Vie et l’œuvre de Rayer, Th. méd., Paris, 1931.
  • M. Molinéry, La Vie et l’œuvre de Rayer, éd. Paris-médical, 1932, 84. p. 439-440.
  • J.H. Talbott, A biographical history of medicine : excerpts and essays on the men and their work, 1970, p. 521-523.
  • Jean Théodoridès, Pierre Rayer - Un demi-siècle de médecine française, éd. Pariente Louis, 2000.
  • Biographies médicales, 1re s., 1932-34, p. 33-48, portr.
  • Progrès médical. 1927. 25. p. 989-997
L’hôpital de la Charité et Pierre Rayer
  • « Actes de la séance de la Société française d’histoire de la médecine » consacrée à Rayer, in Histoire des Sciences Médicales, XXV, 4, p. 261-305.
  • A. Laboulbene, L’Hôpital de la Charité de Paris, 1606-1878, Paris, Baillière, 1878.
  • F. Gillet, L’Hôpital de la Charité, Montévrain, 1900.
  • « Démolition de l’hôpital de la Charité », Gaz. Med. Paris, 1862, p. 578.

Notes et références

  1. Pierre Rayer, Histoire de l’épidémie de suette miliaire qui a régné en 1821 dans les départements de l’Oise et de Seine-et-Oise, éd. Baillière, Paris, 1822.
  2. Rayer, « Inoculation du sang de rate », Comptes rendus des séances et Mémoires de la Société de biologie, II, 1850 [1851], p. 141-144.
  3. Jean Théodoridès, Un grand médecin et biologiste, Casimir-Joseph Davaine (1812-1882), éd. Pergamon Press, 1968, p. 28.
  4. Téléchargeable sur le site de la BIUM Pierre Rayer, Sommaire d’une histoire abrégée de l’anatomie pathologique [archive]
  5. Téléchargeable sur le site de la BIUM.
  6. Téléchargeable sur le site de la BIUM Traité des maladies de la peau [archive]

Annexes

Éponymies

  • Maladie de Rayer : un syndrome associant ictère, splénomegalie, et hépatomégalie.
  • Nodule de Rayer : nodule cutané jaunâtre (xanthome) souvent localisé aux paupières.

Articles connexes

  • Casimir Davaine
  • Henry Toussaint
  • Napoléon III
  • Hôpital de la Charité

Liens externes

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07 octobre 2019

Chaptal Jean-Antoine

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Jean-Antoine Chaptal

 


Jean-Antoine Chaptal

220px-Jean-Antoine_Chaptal_(1756-1832),_comte_de_Chanteloup

Jean-Antoine Chaptal par Anicet Charles Gabriel Lemonnier.
Nom de naissance Jean-Antoine Chaptal
Naissance 5 juin 17561
Nojaret (France)
Décès 29 juillet 1832 (à 76 ans)1
Paris (France)
Nationalité Drapeau : France Française
Domaines Chimie
Diplôme Université de médecine de Montpellier
Renommé pour Chaptalisation
Distinctions Son nom est sur la Liste des soixante-douze noms de savants inscrits sur la tour Eiffel

Jean-Antoine Chaptal, comte de Chanteloup, né le 5 juin 1756, à Nojaret et mort le 29 juillet 1832 à Paris, est un chimiste, médecin et homme politique français ; il est le père du vicomte Jean-Baptiste Marie Chaptal de Chanteloup.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Œuvres
  • 3 Distinctions et hommages
    • 3.1 Distinctions
    • 3.2 Hommages
    • 3.3 Titres
  • 4 Iconographie
  • 5 Armoiries
  • 6 Notes et références
    • 6.1 Notes
    • 6.2 Références
    • 6.3 Bibliographie
      • 6.3.1 Bibliographie de l'œuvre
      • 6.3.2 Bibliographie de référence
    • 6.4 Articles connexes
    • 6.5 Liens externes

Biographie

Après un enseignement rudimentaire par un prêtre de Mende, suivi de 5 années au collège de Mende et une année de philosophie à Rodez, Chaptal commence des études de médecine à Montpellier de 1774 à 1777. « Après l’autopsie d’un adolescent qui se réveille au cours de l’opération2 », il s'éloigne de la médecine et se rend à Paris pour étudier la chimie. Sa renommée est surtout due aux applications qu’il fit de la chimie dans l’industrie, notamment avec l’amélioration de la production de l’acide chlorhydrique. Il donne son nom à la chaptalisation, procédé permettant d’augmenter par sucrage la teneur en alcool des vins.

Il revient à Montpellier en 1780 pour y occuper la chaire de chimie universitaire. En 1781, il épouse Anne Lajard, fille d’un négociant qui lui fait connaître les besoins des manufactures textiles. Ce sont surtout les applications industrielles de la science qui l’intéressent. Fils cadet, désavantagé par le droit d’aînesse, c’est son oncle Claude Chaptal, médecin à Montpellier, qui, après avoir assumé les frais de son éducation et de ses études de médecine puis de chimie, l’aidera à bâtir des ateliers pour y expérimenter et développer ses découvertes, avant d’en faire son héritier. Il crée une fabrique de produits chimiques qui le fait bientôt connaître dans toute l’Europe, et dès 1786 il reçoit de Louis XVI des titres de noblesse.

Une très grande importance doit être attribuée à son application de la formule de Lavoisier sur la transformation du sucre en alcool : on peut considérer que cette application de la formule capitale de l’œnologie constitue l’acte de naissance de la chimie moderne du vin3. Chaptal avait développé sa doctrine sur la vinification dès 1799 lors de la rédaction de l’article « vin » du Dictionnaire d’agriculture de François Rozier. Immédiatement, les propriétaires de vignobles s’emparent de son travail et des savants tels qu’Antoine-Alexis Cadet-de-Vaux et Jean-Louis Roard publient cette nouvelle doctrine avec leurs propres observations. Fort de tous les renseignements que lui fournissent ceux qui ont adopté ses principes, Chaptal développe son sujet dans son traité de 1807, qui a révolutionné l’art de la vinification.

Hommage à Chaptal, Badaroux, sa commune natale

En 1793, il dirige à Paris la fabrique de poudre de guerre de Grenelle. Il concourt également avec Berthollet, Laplace et Monge à la création de l’École d’arts et métiers. Il est nommé par le Comité de salut public inspecteur des poudres et salpêtres pour l’arrondissement du Midi, puis, en juin 1794, directeur de l'Agence révolutionnaire des poudres. Par ailleurs, il enseigne la chimie végétale à l’École polytechnique et devient membre de l’Académie des sciences à partir de 1796. Deux ans plus tard, il ouvre la Manufacture des Ternes à Neuilly, qui produit de l'acide et qui conduira à une plainte, sous l'Empire, d'un voisin, Lombard, ex-procureur du Parlement de Paris reconverti à l'apiculture. Celui-ci ne manquera pas de souligner les conflits d'intérêts de Chaptal, qui réussira même à faire nommer son fils à la mairie en remplacement de Delabordère, qui s'était opposé à la manufacture en raison de la pollution qu'elle provoquait.

En effet, parallèlement à ses activités de savant, de chimiste et d'industriel, il est d'abord chargé du portefeuille du département de l'Intérieur par intérim le 6 novembre 18004 par Napoléon Bonaparte, il est officiellement nommé ministre de l’Intérieur le 21 janvier 1801. Entre deux, il a le temps d'élaborer la loi du 28 pluviôse an VIII « concernant la division du territoire de la République et l'administration », qui institue préfets et sous-préfets, conseillers généraux et d'arrondissement, y compris les arrondissements de Paris.

Chaptal est à l’origine d’une réorganisation complète de l’instruction publique et en particulier de la création de l’école de sages-femmes de l’Hospice de la maternité de Paris en 1802. On doit à son administration l’arrêté Chaptal, qui est l’acte fondateur des musées de province français. Il démissionne en 1804 lorsque Bonaparte se fait proclamer empereur, afin de se consacrer à ses travaux scientifiques. Il est reçu à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen le 27 juillet 1803.

Il est nommé sénateur le 25 thermidor an XII (13 août 1804), est fait pair de France une première fois lors des Cent-Jours et le redevient sous la Restauration en 1819.

En 1823, ruiné par les dettes de son fils, Chaptal doit se défaire de son château de Chanteloup, qui avait été déclaré bien national en 1792, saisi en 1794 sur le duc de Penthièvre, puis vendu aux enchères publiques en 1802 - et dans le parc duquel il cultiva des betteraves afin de produire du sucre - ce qui entraînera de 1823 à 1829 le démembrement des terres et bâtiments du domaine et finalement la démolition de la demeure du duc de Choiseul par la Bande Noire, sous les directives du banquier Enfantin, leur principal créancier.

En 1824, il prend la présidence du Conseil de Perfectionnement de l'École spéciale de Commerce, première école de supérieure de commerce française. Il meurt dans la pauvreté en 1832.

Il aurait été initié par Louis-Claude de Saint-Martin5.

Chaptal n’a fait aucune découverte de premier ordre mais il a propagé l’étude de la chimie par ses leçons et ses écrits; on lui doit la fabrication artificielle de l’alun, du salpêtre, de ciments imitant ceux de pouzzolane, le blanchiment à la vapeur, l’art de teindre le coton en rouge d'Andrinople.

Il fut un des fondateurs, avec les trois Consuls, de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, et son premier président jusqu’à sa mort, en 1832 (le baron Louis Jacques Thénard lui succède). Les conceptions qu’il professe sont très proches de celles de Jacques Claude Marie Vincent de Gournay, de la Société d’Agriculture, de Commerce et des Arts de Bretagne.

Il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 89).

Tombe de Jean Antoine Chaptal (Père Lachaise, division 89).

Œuvres

Voir aussi la section Bibliographie ci-dessous pour les liens vers les ouvrages numérisés.

  • 1790 : Éléments de chimie
  • 1790 : Observations générales sur l’agriculture considérée dans ses rapports avec la prospérité de la France, suivies de quelques réflexions sur les ouvrages d’Olivier de Serres
  • 1796 : Traité du salpêtre et des goudrons
  • 1798 : Tableau des principaux sels terreux
  • 1800 : Art du peinturier et du dégraisseur
  • 1800 : Essai sur le perfectionnement des arts chimiques en France
  • 1801 : Essai sur le blanchiment
  • 1800 : L’Art de faire, de gouverner et de perfectionner les vins.
  • 1800 : Traité théorique et pratique sur la culture de la vigne, avec l’art de faire le vin, les eaux-de-vie, esprit de vin, vinaigres simples et composés
Ce recueil contient les textes fondamentaux de la viticulture et de l’œnologie modernes. Rozier y enseigne l’art de cultiver la vigne, Dussieux ajoute des notes et observations nouvelles, Chaptal livre ici le premier de ses traités sur le vin. Il est intitulé Essai sur le vin. Ce travail sera complété, la même année par l’Art de faire, de gouverner et de perfectionner les vins. Suit un autre traité de Rozier sur la distillation et un autre, de Parmentier, sur les vinaigres. On peut dire que la publication de cet ouvrage a fait changer de face l’industrie vinicole.
  • 1806 : La chimie appliquée aux arts
  • 1807 : L’Art de la teinture du coton en rouge
  • 1819 : De l’industrie française
  • 1823 : Chimie appliquée à l’agriculture
C’est le dernier ouvrage publié par ce grand chimiste. Dans ce traité qui sera réimprimé et deviendra un des classiques de l’agronomie, il applique pour la première fois les nombreuses découvertes chimiques à l’agriculture scientifique et technique, mais aussi pratique : importantes considérations sur la composition des sols, de l’air, de la chaleur, sur le rôle de l’eau, l’influence de l’électricité sur la végétation, le rôle de la lumière et de la température , etc.
  • 1893 : Mes souvenirs sur Napoléon (Publiés par Emmanuel Chaptal, arrière-petit-fils de l'auteur).

Distinctions et hommages

Distinctions

  • Légion d'honneur6 :
    • Légionnaire (9 vendémiaire an XII : 2 octobre 1803), puis,
    • Grand officier (25 prairial an XII : 14 juin 1804), puis,
    • Grand-croix de la Légion d'honneur (22 mai 1825).

Hommages

  • Cinq établissements d'enseignement secondaire français portent son nom : le lycée Chaptal d'Amboise (Indre-et-Loire), le lycée Chaptal de Paris, le lycée Chaptal de Mende (proche de son village de naissance), le lycée Chaptal de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) et celui de Quimper (Finistère)
  • Il fait partie des soixante-douze savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.

Titres

  • Comte Chaptal et de l'Empire (lettres patentes du 26 avril 1808, Bayonne7)
  • Institution de majorat attaché au titre de comte de Chanteloup (accordée par lettres patentes du 25 mars 1810, à Compiègne)7)
  • Pair de France8 :
    • 2 juin 1815 (Cent-Jours)
    • Baron-pair héréditaire (5 mars 1819, lettres patentes du 8 janvier 1820)

Iconographie

- un portrait par Louis-André-Gabriel Bouchet, daté de l'an VIII, est conservé au musée Carnavalet (P 762); ;il y arbore un gilet teint suivant un procédé de son invention;

- un buste par Philippe-Laurent Roland, daté de 1802 (plâtre : H. 86 ; L. 60 ; P. 30 cm), est exposé au Musée des Augustins de Toulouse.

- un buste place Chaptal à Mende ;

Armoiries

Figure Blasonnement
Chaptal.svg Armes des Chaptal

De gueules, à une tour d'or, maçonnée et portillée de sable, accostée de quatre étoiles d'or.9,10,11

Orn ext comte sénateur de l'Empire GOLH.svg
Blason Jean-Antoine Chaptal (1756-1832).svg
Armes du comte Chaptal et de l'Empire, sénateur, l'un des quatre officiers du Sénat, membre de la 1re classe de l'Institut de France, comte de l'Empire par (lettres patentes du 26 avril 1808), comte de Chanteloup (avec majorat par lettres patentes du 25 mars 1810),

De gueules à la tour d'or, maçonnée de sable accompagnée de quatre étoiles d'argent posées en pal, deux à dextre deux à senestre et surmontée en chef à senestre d'une vigne de sinople fruitée d'or ; franc-quartier de comte-sénateur.7,12,11,13

  • Livrées : jaune, blanc, rouge, bleu et noir7
Orn ext Comte (baron-pair) GCLH.svg
Blason Jean-Antoine Chaptal (1756-1832) pair de France.svg
Armes de Chaptal, comte de Chanteloup, Baron-pair héréditaire

De gueules à la tour d’or maçonnée de sable, accostée de quatre étoiles d’argent 2 et 2.8

Notes et références

Notes

Références

  1. a et b Académie des sciences (France) et Pierre Flourens (Rédacteur), Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France : Éloge historique de Jean-Antoine Chaptal (Périodique), Paris, Imprimerie royale, 1816-1949, 67 vol. : ill. ; 28 cm (ISSN 0368-9263, notice BnF no FRBNF34378313), t. XV, 1838
    Éloge historique de Jean-Antoine Chaptal sur Wikisource
    Éloge historique de Jean-Antoine Chaptal [archive] disponible sur Gallica
  2. Xavier Riaud, « Jean Antoine Chaptal (1756-1832), médecin, ministre et comte d'Empire » [archive], Napoléon et la médecine (consulté le 29 septembre 2015).
  3. (it) Antonio Saltini, Storia delle scienze agrarie : 2 I secoli della rivoluzione agraria, Bologna, Edagricole, 1987 (ISBN 88-206-2413-3, OCLC 165883001), p. 403-422
  4. Jean-Baptiste Duvergier, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglements, et avis du Conseil d'Etat, Paris, J. B. Sirey, 1826, 511 p. (ISSN 1762-4096, notice BnF no FRBNF37578059), p. 346
    Collection complète - 1826, tome 12, p.346 [archive] disponible sur Gallica
  5. Richard Raczynski, Un dictionnaire du Martinisme, Paris, Dualpha éd., 2009, p. 159.
  6. « Cote LH/485/63 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  7. a, b, c et d « Centre historique des [[Archives nationales (France)]] » [archive], sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr (consulté le 4 juin 2011)
  8. a et b François Velde, « Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) » [archive], Lay Peers, sur www.heraldica.org, 27 septembre 2005 (consulté le 18 juin 2011)
  9. Marie-Henri-François-Charles de Lescure, Armorial du Gévaudan, Lyon, A. Badiou-Amant, 1929, 1 vol. (XXI-953-XX p.) : ill. ; in-4 (notice BnF no FRBNF32377589), p. 402
  10. Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, t. (tome 1 [archive] et 2 [archive]), Gouda, G.B. van Goor zonen, 1884-1887
  11. a et b Louis de La Roque, Armorial de la noblesse de Languedoc, Généralité de Montpellier, vol. 1-2, F. Seguin, 1860 (lire en ligne [archive])
  12. Alcide Georgel, Armorial de l'Empire français : L'Institut, L'Université, Les Écoles publiques, 1870 (lire en ligne [archive])
  13. Nicolas Roret, Nouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc..., Encyclopédie Roret, 1854, 340 p. (lire en ligne [archive])

Bibliographie

Bibliographie de l'œuvre

  • Jean-Antoine Chaptal, Instructions sur la manière d'extraire le goudron et autres principes résineux du pin : Imprimées par ordre du Comité de Salut public, Paris, Impr. du Comité de Salut public, s.d., 18 p., In-8° (notice BnF no FRBNF30221973)
  • (fr+de) Jean-Antoine Chaptal, De la Culture du tabac et du Monopole, Strasbourg, impr. de F.-G. Levrault, s.d., 8 p., In-8° (notice BnF no FRBNF30221964)
  • Jean-Antoine Chaptal, Observations sur quelques avantages qu'on peut retirer des terres ocreuses, avec les moyens de les convertir en brun rouge, et d'en former des pozzolanes propres à remplacer avec économie les étrangères et les nationales, Paris, Impr. des États de Languedoc, 1787, 48 p., In-fol. (notice BnF no FRBNF30221980)
  • Jean-Antoine Chaptal, Élémens de chimie, A Montpellier, de l'imprimerie de Jean-François Picot, 1790, 3 vol. (CX-259, 443, 460 p.) ; in-8 (notice BnF no FRBNF35483378)
  • Jean-Antoine Chaptal, Observations générales sur l'agriculture, considérée dans ses rapports avec la prospérité de la France : suivies de quelques réflexions sur les ouvrages d'Olivier de Serres, A Montpellier, de l'imprimerie de Jean-François Picot, 1790, 31 p., In-8° (OCLC 665764015)
  • Jean-Antoine Chaptal, Essai sur le perfectionnement des arts chimiques en France, Paris, Déterville, 1794, In-8°, VIII-88 p. (notice BnF no FRBNF30221968)
  • Institut de France et Jean-Antoine Chaptal (Rédacteur), Mémoires de l'Institut national des sciences et arts. Sciences mathématiques et physiques (1re classe, t. I) : Tableau des principaux sels terreux, Paris, Baudouin, 1798, 6 vol. : ill. ; in-4 (ISSN 2017-5264, notice BnF no FRBNF32813196)
  • Jean-Antoine Chaptal, François Rozier, Antoine Augustin Parmentier et Louis Dussieux (ill. Abraham Jacobsz Hulk), Traité théorique et pratique sur la culture de la vigne : avec l'art de faire le vin, les eaux-de-vie, esprit de vin, vinaigres, Paris, Delalain, 1801, 2 vol. (XVI-408, X-[2]-584 p.-VIII p. de pl.) : pl. gr. par Hulk, tableaux ; in-8 (notice BnF no FRBNF30221985)
  • R. O'Reilly, Essai sur le blanchiment : avec la description de la nouvelle méthode de blanchir par la vapeur, d'après le procédé du citoyen Chaptal, Paris, bureau des "Annales des arts et manufactures", 1801, In-8°, XVI-226 p., pl. (notice BnF no FRBNF31039366)
  • Jean-Antoine Chaptal, L'Art de faire, gouverner et perfectionner les vins, Paris, Delalain fils, 1801, 215 p., In-8° (notice BnF no FRBNF31929350)
  • Jean-Antoine Chaptal, Chimie appliquée aux arts, Paris, Déterville, 1807, 4 vol. in-8° (notice BnF no FRBNF30221963)
  • Jean-Antoine Chaptal, L'Art de la teinture du coton en rouge, Paris, Déterville, 1807, In-8°, XII-172 p. et planches (notice BnF no FRBNF30221959)
  • Jean-Antoine Chaptal, Principes chimiques sur l'art du teinturier-dégraisseur, Paris, Déterville, 1808, In-8°, XII-69 p. et pl. (notice BnF no FRBNF30221981)
  • Jean-Antoine Chaptal, Instruction sur l'art d'extraire l'indigo des feuilles du pastel : publiée par ordre de N. Exc. Mgr de Montalivet, Paris, Mme Huzard, 1811, In-8°, Pièce (notice BnF no FRBNF31929355)
  • (it) Jean-Antoine Chaptal, François Rozier, Antoine Augustin Parmentier et Louis Dussieux, Trattato teorico-pratico sulla cultura della vite : Opera tradotta sulla seconda edizione francese [« Traité théorique et pratique sur la culture de la vigne »], Firenze, G. Piatti, 1812-1813, 3 vol. in-8, pl. (notice BnF no FRBNF30221988)
  • Jean-Antoine Chaptal, Mémoire sur le sucre de betteraves, Paris, Mme Huzard, 1818, 61 p., In-8° (notice BnF no FRBNF30221974)
  • Jean-Antoine Chaptal, De l'Industrie françoise, Paris, A.-A. Renouard, 1819, 2 vol. (XLVIII-248 p.-4 f. de dépl., 463 p.) : tabl. ; in-8° (notice BnF no FRBNF30221969)
  • Jean-Antoine Chaptal, Chimie appliquée à l'agriculture, Paris, Mme Huzard, 1823, 2 vol. (LVI-298, 484 p.) ; 21 cm (notice BnF no FRBNF30221961)
  • Jean-Antoine Chaptal, Mes souvenirs sur Napoléon, Paris, Plon, 1893 (lire sur Wikisource). — Texte établi par Emmanuel Chaptal.

Bibliographie de référence

  • Cet article comprend des extraits du Dictionnaire Bouillet.

  • Jean-Baptiste Duvergier, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglements, et avis du Conseil d'Etat, Paris, J. B. Sirey, 1826, 511 p. (ISSN 1762-4096, notice BnF no FRBNF37578059), p. 346
  • Académie des sciences (France) et Pierre Flourens (Rédacteur), Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France : Éloge historique de Jean-Antoine Chaptal (Périodique), Paris, Imprimerie royale, 1816-1949, 67 vol. : ill. ; 28 cm (ISSN 0368-9263, notice BnF no FRBNF34378313), t. XV, 1838
    • Éloge historique de Jean-Antoine Chaptal sur Wikisource
    • Éloge historique de Jean-Antoine Chaptal [archive] disponible sur Gallica
  • Armand Boutillier du Retail (Collecteur), Léon de Lanzac de Laborie (Auteur du texte), Henri Du Passage (Auteur du texte) et Camille Matignon (Auteur du texte), Recueil. Dossiers biographiques Boutillier du Retail : Documentation sur Jean-Antoine Chaptal (Recueil de pièces), Paris, Le correspondant, 1893-1944, 6 pièces ; formats divers (notice BnF no FRBNF42047799)
  • Maurice Lacoin, Chaptal, ministre de la production industrielle du Premier Consul : Conférence faite à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, le 25 mars 1944, Coulommiers, Brodard et Taupin, 1945, 1 pièce (24 p.) ; 27 × 21 cm (notice BnF no FRBNF32334507)
  • André Conquet et Chambre de commerce et d'industrie (Mende) (Éditeur scientifique), La Vie féconde de Jean-Antoine Chaptal : 1756-1832, Mende, Chambre de commerce et d'industrie de Mende et du département de la Lozère, 1982, 24 p., ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 20 cm (notice BnF no FRBNF34717236)
  • (en) Jean-Claude Perrot et Stuart Joseph Woolf (préf. Louis Bergeron), State and statistics in France, 1789-1815, London ; Paris ; New York, Harwood academic, 1984, XII-205 p. ; 23 cm (ISBN 3-7186-0201-6, notice BnF no FRBNF36953804)
  • Michel Péronnet (Éditeur scientifique) et Commission d'histoire régionale de la Révolution française (Languedoc-Roussillon) (Éditeur scientifique) (préf. Michel Vovelle), Chaptal : table ronde tenue à la Faculté de médecine de Montpellier les 28 et 29 novembre 1986, Toulouse, Privat, coll. « Bibliothèque historique Privat », 1988, XII-336 p. : couv. ill. ; 22 cm (ISBN 2-7089-5340-0, ISSN 0297-9632, notice BnF no FRBNF34943847)
  • Jean-Antoine Chaptal (préf. Louis Bergeron), De l'industrie française, Paris, Imprimerie nationale éd., coll. « Acteurs de l'histoire », 1993, 532 p., ill. ; 23 cm (ISBN 2-11-081288-5, ISSN 1164-5717, notice BnF no FRBNF35763719)
  • Paul Mazliak, Parmentier, Chaptal, Chevreul : trois grands pionniers de la chimie alimentaire, Paris, Vuibert, 2011, 1 vol. (V-186 p.) : ill., couv. ill. en coul. ; 24 cm (ISBN 978-2-311-00290-4, notice BnF no FRBNF42399711)
  • Le Gabale, Le comte Antoine-Claude Chaptal (1756-1832), Paris, Les contemporains, coll. « Les Contemporains » (no 328), 1899, 1 pièce (16 p.) : et portr. ; gr. in-8 (ISSN 2016-7830, notice BnF no FRBNF30775470)
  • Marie-Henri-François-Charles de Lescure, Armorial du Gévaudan, Lyon, A. Badiou-Amant, 1929, 1 vol. (XXI-953-XX p.) : ill. ; in-4 (notice BnF no FRBNF32377589)

Articles connexes

  • Chaptalisation
  • Sucre
  • Histoire des indiennes de coton en Europe
  • Histoire de la chimie
  • Liste des ministres français de l'Intérieur
  • Liste des soixante-douze noms de savants inscrits sur la tour Eiffel
  • Arrêté Chaptal du 14 fructidor an IX
  • Olivier de Serres
  • Jean-Baptiste Marie Chaptal de Chanteloup
  • Familles subsistantes de la noblesse française

Liens externes

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06 octobre 2019

Milne Edwards Henri

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Henri Milne Edwards


Henri Milne Edwards

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Henri Milne Edwards, photographié par Eugène Pirou
Naissance 23 octobre 1800
Bruges
Décès 29 juillet 1885
Paris 5e
Nationalité Drapeau de la France France
Diplôme
doctorat en médecine (1823), doctorat en sciences naturelles (1837)
Profession
Biologiste, doyen de la Faculté des sciences de Paris
Distinctions
médaille Copley, prix de physiologie de l'Académie des sciences
Descendants
Alphonse Milne-Edwards

Henri Milne Edwards (connu aussi sous le nom de Milne-Edwards1), né le 23 octobre 1800 à Bruges et mort le 29 juillet 1885 à Paris 5e, est un médecin et zoologiste français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Noms de familles, de genres et d'espèces naturelles
  • 3 Principales publications
  • 4 Notes et références

Biographie

Il est le fils cadet de William Edwards, riche planteur de la Jamaïque, et de la seconde épouse de ce dernier Élisabeth Vaux, française. Le jeune Henri est notamment élevé par ses sœurs et ses frères aînés. Son père, qui aide des Britanniques à rejoindre leur pays, est arrêté par les troupes de Napoléon. Henri Milne Edwards est alors conduit à Paris par son frère aîné William Edwards, médecin. La chute de Napoléon permet la libération de leur père et la famille se réunit à Paris.

Henri étudie la médecine. Pendant ses études il se forgea une solide réputation de noceur. Stendhal le surnommait « Brother Brandy » et disait de ce « mauvais sujet aux boucles blondes et aux beaux yeux divagues », qu'il était « fort gai, fort brave et même avec l'âme noble, quand elle n'était pas offusquée par cinquante verres d'eau-de-vie »2.

Il obtient néanmoins son doctorat en 1823 et se marie la même année avec Laura Trézel, avec laquelle il a neuf enfants, dont Alphonse Milne-Edwards (1835-1900), qui deviendra également zoologiste.

Il se livra quelque temps à la pratique médicale et publia plusieurs ouvrages de vulgarisation médicale. Il enseigne un temps les sciences naturelles au collège royal Henri-IV.

Il publie en 1828 ses Recherches sur les crustacés qui sont récompensées par le prix de physiologie de l'Académie des sciences.

Il suit les cours de Georges Cuvier (1769-1832) et se lie d'amitié avec Jean Victor Audouin (1797-1841). C'est avec ce dernier qu'il réalise entre 1826 et 1828 une étude extrêmement détaillée de la faune marine côtière des environs de Granville.

En 1832, Henri devient professeur d'hygiène et d'histoire naturelle à l’École centrale des arts et manufactures. Il obtient le doctorat ès sciences naturelles devant la faculté des sciences de Paris en 1837. À la mort d'Audouin en 1841, il est nommé à la chaire d'entomologie du Muséum national d'histoire naturelle. Henri Milne-Edwards visite, en 1844, les rivages d'Italie et de Sicile avec deux futurs professeurs du Muséum, Armand de Quatrefages (1810-1892) et Émile Blanchard (1819-1900). Lorsque Dumas devient ministre en 1849, il lui succède au décanat. En 1862, il abandonne sa chaire d'entomologie pour succéder à Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861) à la chaire de mammalogie et d'ornithologie de ce même muséum. Il est aussi doyen de la Faculté des sciences de Paris et professeur de zoologie, anatomie, physiologie.

La plupart de ses travaux sont publiés dans les Annales des sciences naturelles, publication dont il dirige la partie consacrée à la zoologie (à partir de 1834). Parmi ses autres ouvrages, il faut mentionner son Histoire naturelle des crustacés (3 volumes, 1837-1841), qui est longtemps demeuré un ouvrage de référence ; une Histoire naturelle des coralliaires, (1858-1860) ; et surtout les importantes Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée de l'homme et des animaux (14 volumes, 1857-1881).

En 1848, il devient membre étranger de la Royal Society de Londres, société qui le récompense en 1856 en lui décernant la médaille Copley. Il était grand officier de la Légion d'honneur.

Noms de familles, de genres et d'espèces naturelles

Étoile de mer (Henricia leviuscula)

Le nom de Henri Milne-Edwards est honoré par plusieurs noms de famille, de genres ou d'espèces animales, comme :

  • Anémone de mer : famille Edwardsiidae
  • Étoile de mer : genre Henricia
  • Crustacés : Glossocephalus milneedwardsi Bovallius, 1887
  • Oursons d'eau : Milnesium tardigradum Doyère, 1840
  • Caprin : Capricornis milneedwardsii
  • Coraciidae : Geranopterus milneedwardsi Mayr et Mourer-Chauviré, 2000

Principales publications

  • A manual of surgical anatomy … Desilver, Philadelphie, 1828.
  • A manual of materia medica and pharmacy. Careys & Lea, Philadelphie, 1829.
  • Cahiers d’histoire naturelle. Crochard & Masson, Paris 1833–53.
  • Annales des sciences naturelles, zoologie et biologie animale. Masson, Paris 1834–85.
  • Élémens de zoologie. Crochard & Dumont, Paris, Bruxelles, 1834–37.
  • Histoire naturelle des crustacés. Roret, Paris 1834–40.
  • Outlines of anatomy and physiology. Little & Brown, Boston 1841.
  • Die Zoologie. Scheible, Rieger & Sattler, Stuttgart 1848–58.
  • Quelques remarques sur l’emploi du sel en agriculture … Paris 1849.
  • A monograph of the British fossil corals. Londres, 1850–72.
  • Zoologie. Langlois, Leclercq & Masson, Paris 1850–58.
  • Mélanges carcinologiques. Martinet, Paris 1851–54.
  • Beiträge zur allgemeinen Zoologie. Müller, Stuttgart 1853.
  • Histoire naturelle des coralliaires ou polypes proprement dits. Roret, Paris 1857–60.
  • Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée de l'homme et des animaux, faites à la Faculté des sciences de Paris. Masson, Paris 1857–81.
  • A manual of zoology. Renshaw, Londres, 1863.
  • Recherches pour servir à l'histoire naturelle des mammifères comprenant des considérations sur la classification de ces animaux par M. H. Milne Edwards, des observations sur l'hippopotame de Liberia et des études sur la faune de la Chine et du Tibet oriental, par M. Alphonse Milne-Edwards. Masson, Paris 1868–74.

Notes et références

  1. À l'origine, Milne était l'un des prénoms de Henri. Afin d'éviter d'être confondu avec l'un des membres de son importante famille, il accole celui-ci à son nom de famille sous la forme Milne Edwards (sans trait d'union). Son fils, Alphonse, a toujours utilisé le nom de famille Milne-Edwards (avec trait d'union). Cette situation conduit parfois à des confusions, d'autant plus que les auteurs anglo-saxons le nomment très souvent Henri Milne-Edwards.
  2. Stendhal, Souvenirs d'égotisme, chapitre 9.

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05 octobre 2019

Thévenard Antoine-Jean-Marie

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Antoine-Jean-Marie Thévenard


Antoine-Jean-Marie Thévenard

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Louis Hierle, L'amiral Antoine-Jean-Marie Thévenard (1892), château de Versailles.

Naissance 7 décembre 1733
Saint-Malo
Décès 9 février 1815 (à 81 ans)
Paris
Origine Français
Allégeance Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la Monarchie constitutionnelle française Monarchie constitutionnelle française
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Arme Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Pavillon de la Marine de la République française Marine de la République
Pavillon de la Marine du Premier Empire Marine impériale française
Grade vice-amiral
Années de service 1745-
Conflits Guerre de Succession d'Autriche
Guerre de Sept Ans
Guerres de la Révolution et de l'Empire
Distinctions commandeur de l'ordre de Saint-Louis
grand officier de la Légion d'honneur
comte d'Empire
pair de France
Hommages inhumé au Panthéon de Paris
Autres fonctions commandant du port de Rochefort
commandant du port de Toulon
préfet maritime de Lorient
membre de l'Académie de Marine
membre de l'Académie des sciences
membre du Sénat conservateur

Antoine-Jean-Marie Thévenard, né à Saint-Malo le 7 décembre 1733, et mort à Paris le 9 février 1815, est un officier de marine et homme politique français. Il termine sa carrière au grade de vice-amiral.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Formation dans la Compagnie des Indes pendant la guerre de Succession d'Autriche
    • 1.2 La Guerre de Sept Ans : officier du roi, corsaire et ingénieur-constructeur
    • 1.3 Service à terre
    • 1.4 Ministre de la Marine et des Colonies
    • 1.5 Le vice-amiral le plus ancien de la Marine républicaine puis impériale
  • 2 Publications
  • 3 Distinctions
  • 4 Notes et références
  • 5 Voir aussi
    • 5.1 Sources et bibliographie
    • 5.2 Articles connexes

Biographie

Formation dans la Compagnie des Indes pendant la guerre de Succession d'Autriche

Articles détaillés : Compagnie française des Indes orientales et Guerre de Succession d'Autriche.

Fils d'un capitaine de la Compagnie des Indes, il embarque à douze ans sur un vaisseau de la Compagnie commandé par son père. C'est la période de la guerre de Succession d'Autriche et il participe dès les premières années à trois combats. Il reste quelques années au service de la Compagnie, y apprend le métier et y acquiert du galon.

Il reviendra « après avoir servi dans la marine royale et comme corsaire » au service de la Compagnie en 1767 comme capitaine.

La Guerre de Sept Ans : officier du roi, corsaire et ingénieur-constructeur

Article détaillé : Guerre de Sept Ans.

Lieutenant de vaisseau, il sert en 1754 sur le Brillant de l'escadre du comte du Chaffault qui va détruire les établissements anglais sur la côte de Terre-Neuve. Il est ensuite second du corsaire François Thurot sur le Maréchal de Belle Isle et participe à son expédition vers l'Irlande en 1759.

À la suite de cette expédition, il se consacre à Saint-Malo à la construction de quatre frégates et d'une flûte dont il réalise lui-même les plans, probablement en collaboration avec l'ingénieur Groignard. Ses frégates seront considérées comme une grande réussite. Il va aussi faire les plans et diriger la construction des deux premières canonnières de la marine française.

Service à terre

À la paix de Paris, il sert de 1764 à 1769 comme Capitaine de vaisseau de la Compagnie des Indes, puis capitaine de port et retourne enfin dans la marine royale où il est promu d'abord capitaine de frégate en 1770, puis capitaine de vaisseau en 1773.

Sa santé étant mauvaise — il souffre probablement d'une maladie tropicale, peut être de paludisme, très répandu chez les marins ayant navigué aux Antilles ou dans l'océan Indien — il ne va pratiquement plus servir qu'à terre pendant tout le reste de sa carrière. Il commande ensuite la marine à Lorient en 1779, mais ne participe pas à la guerre d'indépendance des États-Unis. Il devient toutefois chef d'escadre (ancien grade correspondant à celui de contre-amiral) en 1784.

Ministre de la Marine et des Colonies

Il devient ministre de la Marine de Louis XVI en mai 1791, mais c'est une époque de très grande désorganisation et il démissionne dès septembre 1791. Sa seule réalisation concrète est la liste des officiers de la marine en application de la loi de réorganisation décidée par l'assemblée Législative après la dissolution du Corps des officiers de marine du roi. Cette liste préparée par Thévenard et signée par Louis XVI lors de son ministère ne sera toutefois promulguée que par son successeur Antoine François Bertrand de Molleville. Elle établissait une liste de trois amiraux, neuf vice-amiraux et dix huit contre-amiraux à la date du 1er janvier 1792. En fait, à la mi 1792, seul cinq seront encore en fonction : parmi les amiraux, ne subsiste que d'Estaing qui va être bientôt arrêté. Thévenard sera le seul vice-amiral encore en fonction et trois contre-amiraux seulement : tous les autres auront soit émigré, soit au moins démissionné.

Le vice-amiral le plus ancien de la Marine républicaine puis impériale

Début 1793, Thévenard commande le port de Brest mais il est arrêté dans le courant de l'année. Toutefois, il est acquitté et libéré par le tribunal révolutionnaire. Il est de nouveau emprisonné début 1794 et ne sera libéré qu'après le 9 Thermidor.

À compter de ce moment et jusqu'à 1810, Thévenard surnommé « l'Ancêtre », sera en tête des listes de la marine comme le plus ancien des vice-amiraux. Il commande alors le port de Rochefort en 1796, puis provisoirement commandant d'armes à Toulon en remplacement de Vence en 1798. Respecté en tant qu'administrateur, bien vu des officiers comme des marins, il devient préfet maritime de Lorient à la création de l'institution. L'Empire le couvre d'honneur : Légion d'honneur, comte d'Empire, membre du Sénat conservateur à sa retraite en 1810.

Le roi Louis XVIII en fait un membre de la Chambre des pairs en 1814.

Il meurt en 1815, peu avant le retour de Napoléon Ier. Il repose au Panthéon de Paris. Il aura servi successivement Louis XVI, les différents régimes issus de la Révolution, Napoléon Ier, Louis XVIII.

Il est l'auteur de Mémoires relatifs à la marine, ouvrage devenu un classique. Son fils, Antoine René Thévenard, capitaine de vaisseau, fut tué à Aboukir où il commandait l'Aquilon.

Thévenard était franc-maçon, membre notamment de la loge L'Union à Lorient.

Publications

  • Mémoires relatifs à la marine, t. 1, Paris, Laurens jeune, 1799, 516 p. (lire en ligne [archive]),
  • Mémoires relatifs à la marine, t. 2, Paris, Laurens jeune, 1799, 551 (+ planches) p. (lire en ligne [archive]),
  • Mémoires relatifs à la marine, t. 3, Paris, Laurens jeune, 1799, 562 p. (lire en ligne [archive]),
  • Mémoires relatifs à la marine, t. 4, Paris, Laurens jeune, 1799, 678 p. (lire en ligne [archive]).

Distinctions

  • 1771 : membre de l'Académie de Marine
  • 1787 : membre de l'Académie des sciences
  • 1773 : chevalier de l'ordre de Saint-Louis. Il en est promu commandeur le 27 décembre 1814, sous la Restauration.
  • 1804 : grand officier de la Légion d'honneur
  • comte d'Empire
  • membre du Sénat conservateur
  • pair de France

Notes et références

Voir aussi

Sources et bibliographie

  • « Antoine-Jean-Marie Thévenard », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]  ;
  • Jean-Philippe Zanco, Dictionnaire des Ministres de la Marine 1689-1958, S.P.M. Kronos, Paris, 2011 (en ligne [archive]).
  • Archives nationales (CARAN) – Service Historique de l’Armée de Terre – Fort de Vincennes – Dossier S.H.A.M. CC7 ALPHA 2 352, Dossier Archives nationales, cote : C7 319.

Articles connexes

04 octobre 2019

Quinette Nicolas-Marie

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Nicolas-Marie Quinette

 

Nicolas-Marie Quinette

220px-Quinette


Nicolas-Marie Quinette, député du département de l'Aisne à l'Assemblée législative et à la Convention Nationale, Château de Versailles
Fonctions
Drapeau de la France République française
Ministre de l'Intérieur
22 juin 1799 – 10 novembre 1799
Gouvernement Directoire
Prédécesseur Nicolas-Louis François de Neufchâteau
Successeur Pierre-Simon de Laplace
Drapeau de l'Empire français Empire français
Membre de la Commission de gouvernement provisoire
22 juin 1815 – 7 juillet 1815
Biographie

Nicolas-Marie Quinette, baron de Rochemont, né à Paris le 16 septembre 1762 et mort à Bruxelles le 14 juin 1821, est un homme politique français.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Début de carrière
    • 1.2 Le député d'extrême-gauche
    • 1.3 Le montagnard
    • 1.4 Arrestation et captivité
    • 1.5 Au Conseil des Cinq-Cents
    • 1.6 Ministre de l'Intérieur (1799)
    • 1.7 Serviteur de l'empereur
    • 1.8 Les Cent-Jours et la commission de gouvernement
    • 1.9 Exils
  • 2 Sources
  • 3 Références
  • 4 Liens externes

Biographie

Début de carrière

Fils d'un avocat auprès du parlement de Paris, Quinette exerce à Soissons la profession de notaire quand survint la Révolution française. Tout d'abord hostile aux idées révolutionnaires, il finit par embrasser celles-ci. Il est nommé en 1791 administrateur de l’Aisne, puis élu député de ce département à l’Assemblée Législative, le douzième sur quatorze, avec 283 voix sur 533 votants.

Le député d'extrême-gauche

Siégeant à gauche, il est l'un des membres les plus avancés de l'Assemblée. Le 25 novembre 1791, il est nommé au nouveau Comité de surveillance créé par l'Assemblée, en compagnie d'autres députés d'extrême-gauche comme Isnard ou Merlin de Thionville1.

Il soutient vigoureusement le séquestre des biens des émigrés, puis le déclaration de guerre à l'Autriche le 20 mars 1792. Après le 10 août, il fait partie de la commission chargée d'examiner la conduite des ministres du roi déchu, et demande des poursuites contre le duc de Cossé-Brissac, commandant de la garde constitutionnelle de Louis XVI, assassiné un mois plus tard. Puis il est envoyé auprès de l'armée de La Fayette qui vient de déserter.

Le montagnard

Le 4 septembre 1792, Quinette est réélu à la Convention nationale, le premier sur douze, par 525 voix sur 650 votants. Bien que siégeant sur les bancs de la Montagne, il tente de tempérer le 21 septembre la proposition de Collot d'Herbois au sujet de la proclamation de la république, arguant qu'il appartient au peuple français de se prononcer sur cette question. Dans le même temps il effectue plusieurs missions auprès des armées. Il entre au comité d'instruction publique et est suppléant au comité des finances. Le 6 décembre 1792 il fait adopter un décret au sujet du jugement du roi, qui crée la Commission des Vingt-et-un chargée de rédiger l'énoncé des crimes du souverain déchu.

Lors du procès de Louis XVI, il choisit de voter contre l'appel au peuple, pour la peine de mort et contre le sursis. Le 23 mars 1793, il fait décréter la transformation du Comité de Défense générale en Comité de salut public, effective le 6 avril.

Arrestation et captivité

Entretemps le 2 avril, il est envoyé à Saint-Amand avec le ministre de la Guerre Beurnonville et trois collègues procéder à l'arrestation du général Dumouriez. C'est alors qu'il est arrêté par celui-ci et livré aux Autrichiens du prince de Cobourg. Il reste enfermé avec ses collègues pendant plus de deux ans, dans des conditions de détention difficiles. Ils sont finalement libérés et échangés avec la future Madame Royale le 25 décembre 1795 à Bâle. Le nouveau Conseil des Cinq-Cents déclare alors qu'il a bien mérité de la patrie.

Au Conseil des Cinq-Cents

Quinette reprend alors sa carrière politique et est élu en 1796 au conseil des Cinq-Cents par le département du Nord ainsi que par celui des Basses-Pyrénées. Il préside cette assemblée du 21 novembre 1796 au 20 décembre de la même année. Mais il est sorti de ce Conseil lors des élections de 1797 remportées par les royalistes. Il redevient ensuite administrateur de l'Aisne, puis est nommé par le Directoire à la régie de l'enregistrement et des domaines.

Ministre de l'Intérieur (1799)

Le 22 juin 1799 (4 messidor an VII), Quinette est nomme ministre de l'Intérieur par le Directoire épuré par le Coup d'État du 30 prairial. Il nomme son ami et ancien collègue à la Convention Roux-Fazillac chef de la première division du ministère. Suivant la poussée néo-jacobine de l'été 1799, il demande en juillet à ses chefs de bureau de mener une enquête sur le patriotisme des fonctionnaires. Mais il ne fait pas preuve de grandes capacités au cours de son court ministère, et il est révoqué par Bonaparte à la suite du 18 brumaire.

Serviteur de l'empereur

Il se rallie finalement au nouveau régime et est nommé préfet de la Somme en 1800. Il fait preuve d'une grande modération dans ses fonctions et parvient à affermir le consensus autour du régime napoléonien. En 1808 Napoléon le nomme Chevalier, puis Baron de l'Empire en 1810.

Quinette reçoit ensuite la charge conseiller d’État en 1810 et directeur général de la comptabilité des communes la même-année. À ce poste, il travaille à la rédaction d'un tableau général de la comptabilité des grandes villes de l'Empire, qu'il présente en 1813 ainsi qu'un résumé du budget de toutes les communes.

Il adhère en 1814 à la déchéance de Napoléon puis se retire dans sa propriété aux environs de Paris.

Les Cent-Jours et la commission de gouvernement

Lors des Cent-Jours, le baron Quinette se rallie de nouveau à l'empereur. Ce dernier lui confie une mission extraordinaire dans l'Eure, la Seine-Inférieure et la Somme, ce qui lui vaut de siéger à la chambre des pairs impériale à partir du 2 juin 1815. Il ne prend la parole qu'à une seule reprise, afin de soutenir la proposition de La Fayette de déclarer la permanence des chambres et d'armer toutes les gardes nationales de l'empire.

Le 22 juin 1815, après Waterloo, Quinette est nommé Commission de gouvernement provisoire présidée par Fouché. Avec son collègue Carnot, autre ancien régicide, il est farouchement opposé au retour des Bourbons. Sa préférence va à la restauration de la république. Le 28 juin à la Chambre des pairs, il prononce un habile discours éludant la question de l'avènement de Napoléon II, satisfaisant ainsi malgré lui Fouché, d'ores et déjà rallié aux Bourbons.

Exils

Le retour de Louis XVIII signifie la fin de la carrière de Quinette. Banni sous la Restauration par la loi contre les régicides de 1816, il s’embarque pour les États-Unis. À son arrivée à New York, il est chaleureusement accueillis par d'autres émigrés français, notamment Joseph Bonaparte. En 1818, il s'embarque pour l’Angleterre, se fixe un temps à Liverpool puis enfin se retire à Bruxelles, où il finit ses jours. Il meurt en 1821 d'une attaque d'apoplexie.

Sources

  • « Nicolas-Marie Quinette », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Nicolas-Marie Quinette » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878 (Wikisource)
  • Léonard Gallois, Dictionnaire historique de tous les Ministres depuis la révolution jusqu'en 1827, Paris, 1828
  • Jacques-Alphonse Mahul, Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, 2e année, 1821, Paris : Ponthieu, 1822, p. 269-273 [1] [archive]

Références

Liens externes

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03 octobre 2019

Paré Jules François

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Jules François Paré

 

Jules-François Paré

220px-Jules_Francois_Paré_(1793)


Jules François Paré en 1793 par Jean-Louis Laneuville
Fonctions
Ministre de l'Intérieur
20 août 1793 – 5 avril 1794
Prédécesseur Dominique Joseph Garat
Successeur Jean Marie Claude Alexandre Goujon
Biographie
Date de naissance 11 août 1755
Lieu de naissance Rieux (Marne)
Date de décès 29 juillet 1819
Nationalité française
Profession Juriste

Jules-François Paré (1755 - 1819) est un homme politique français, ministre de l'intérieur pendant la Révolution française.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Sources
  • 3 Notes et références
  • 4 Voir aussi

Biographie

Tombe au cimetière du Père-Lachaise.

Il naît à Rieux (Marne) le 11 août 1755 dans une famille modeste. Son père, charpentier, ne peut lui fournir qu'une éducation primaire.

Il se lie d'amitié avec Danton au Collège des Oratoriens de Troyes, et devient par la suite maître-clerc chez celui-ci à Paris, alors qu'il est avocat aux conseils du roi. Lorsque la révolution éclate, il en adopte avec modération les principes, et obtient, grâce à la protection de son employeur, un poste de commissaire départemental. Il est élu en 1793 secrétaire du conseil exécutif provisoire.

Nommé ministre de l'intérieur le 20 août 1793, en remplacement de Garat, il se montre en dessous de sa tâche et est dénoncé comme « un nouveau Roland » par Hébert et Vincent, et comme un dantoniste par Couthon. Il démissionne de son poste le 5 avril 1794 (16 germinal an II), jour de la mort de son protecteur, Danton, sur la guillotine.

Il se tient alors prudemment à l'écart des affaires nationales. En l'an IV, il est nommé commissaire du Directoire auprès du département de la Seine, puis administrateur des hôpitaux militaires.

Sous l'Empire, il vit dans une petite propriété qu'il possède dans son pays natal, et reste éloigné des affaires publiques.

Il meurt à Paris le 29 juillet 1819 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (49e division)1.

Sources

  • « Jules François Paré », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
  • « Paré (Jules François) », dans Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 1987, 1998 [détail de l’édition], p. 1019

Notes et références

  1. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 621

Voir aussi

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02 octobre 2019

Romeu Charles

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Charles Romeu

 

Charles Romeu

Charles_Romeu_(1912)

Biographie
Naissance
24 août 1854
Prades
Décès
5 mars 1933 (à 78 ans)
Prades
Nationalité
Français
Autres informations
Distinction
Cheva24lier de la Légion d'honneur‎

Charles Jean-Baptiste Marie Joseph Romeu né le 24 août 1854 à Prades de Conflent (Pyrénées-Orientales), mort le 5 mars 1933 (à 78 ans) dans la même ville, fut viguier d’Andorre de 1887 à 1933.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Décorations
  • 3 Bibliographie
  • 4 Notes et références

Biographie

Charles Romeu a été viguier d’Andorre pendant 47 ans, de 1887 à 1933 : le viguier était alors le représentant de la France en Andorre. L’évéché de La Seu d'Urgell avait aussi un viguier.

Pour étendre l’influence française, Charles Romeu a développé les écoles françaises, a promu les bourses auprès des étudiants andorrans. Il a organisé la participation de l’Andorre à l’Exposition universelle de Paris de 1889, où elle a gagné la médaille de bronze avec des minéraux, des outils de fermage, des tissus, des vins, etc.

À ses débuts comme viguier, il a rencontré quelques difficultés avec l’Evêque de la Seu d’Urgell. Toutefois, Charles Romeu était quelqu’un qui n’aimait pas les conflits et a su dissiper tout malentendu. Il vivait à Prades et se déplaçait plusieurs fois par an en Andorre à dos de mulet, avec des guides expérimentés comme Cisco de Sans ou Pepe Moles.

Il a épousé en premières noces Eugénie Lafabrègue. Devenu veuf, il a épousé Suzanne Faurie.

Charles Romeu avait fait des études de droit et comme viguier veillait à l’application de la justice en Andorre.

Décorations

  • Chevalier de la Légion d’honneur, le 14 janvier 19021.

Bibliographie

  • (ca) Ludmilla Lacueva Canut (ca) L’home de mirada clara. Charles Romeu, veguer francès de 1887 a 1933. Editorial Andorra 2014 (biographie romancée)2.

Notes et références

  1. « Cote LH/2375/28 » [archive], base Léonore, ministère français de la Culture
  2. Vida de Romeu, el veguer etern [archive], Andrés Luengo, elperiodicdandorra.ad, 10 avril 2014.

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01 octobre 2019

de Joly Étienne

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Étienne de Joly

 

Étienne de Joly

Etienne-Louis-Hector_de_Joly,_by_Antoine_Vestier

Etienne Louis Hector de Joly (Antoine Vestier, l'an 4)

Fonction
Maire
 
Biographie
Naissance
22 avril 1756
Montpellier
Décès
3 avril 1837 (à 80 ans)
Paris
Activités
Homme politique, avocat

Étienne Louis Hector de Joly (Montpellier, 22 avril 1756 – Paris, 3 avril 1837), est un avocat au conseil du roi, qui devient ministre de l'Intérieur, puis ministre de la justice de Louis XVI, le 3 juillet 1792, dans le cabinet composé principalement par des membres du Club des Feuillants. Pendant la Révolution française, il change son nom en Étienne Dejoly.

Sommaire

  • 1 Biographie
    • 1.1 Début de carrière
    • 1.2 Au gouvernement du roi
    • 1.3 Fin de vie
  • 2 Notes et références
  • 3 Annexes
    • 3.1 Bibliographie
    • 3.2 Lien externe

Biographie

Début de carrière

Joly est le fils d'un notaire de Loret, village près de Montpellier. Il part très jeune à Paris, où il épouse Marie Éléonore Michaut (1764-1842), fille d'un procureur au Châtelet. Il achète une charge d'avocat1. En octobre 1780, Joly est nommé premier assesseur au tribunal[Lequel ?]. Avant la Révolution française, Joly est avocat aux conseils du roi2. Il est partisan des idées nouvelles.

Joly devient ensuite secrétaire de l'Assemblée générale des représentants de la Commune de Paris[Quand ?]. Il est élu député à l'assemblée des représentants de Paris par le district des Enfans-Rouges, le 25 juillet 17893, après avoir été élu vice-président de ce district et s'être occupé de former la Garde nationale de son quartier.

Étienne Joly préside la chambre d'administration du Suprême Conseil de France. C'est l'orateur habituel des fêtes de l'Ordre4. Ses amis lui conseillent de devenir ministre.

Au gouvernement du roi

Après le 13 juin 1792 et la chute du Gouvernement girondin, un cabinet formé principalement de membres du Club des Feuillants le remplace.

Étienne de Joly est ministre de la Justice du 3 juillet au 9 août 1792, et est donc le dernier ministre de la justice de Louis XVI. Du 17 juillet 1792 au 21 juillet 1792, il est temporairement ministre de l'Intérieur, mais Clément Felix Champion de Villeneuve le remplace.

La formation d'un gouvernement du roi avec les Feuillants, a créé un fossé entre lui est les chefs de l'Assemblée nationale. Un mouvement de radicalisation est en route. C'est l'Assemblée qui bénéficie des pouvoirs les plus essentiels, et pas le gouvernement. Joly, va donc à l'Assemblée. Il y peint les périls de la situation, l'urgence des mesures, et déclare que le roi désire qu'une députation de la représentation nationale vienne à ses côtés pour défendre la constitution et par sa présence protéger sa famille. Mais l'Assemblée ne lui répond pas.

Lors de la journée du 10 août 1792, Étienne de Joly est au cabinet du roi, et assiste là à une réunion avec six ministres5. Pétion rend compte au roi de la situation dans Paris. Lorsque l'insurrection est connue, Joly et Champion sont envoyés à l'Assemblée pour s’informer du danger, et pour solliciter son aide et celle des commissaires6.

Étienne de Joly passe le reste de la journée dans la loge du logographe avec Louis XVI et le futur Louis XVII7.

Fin de vie

Étienne de Joly conserve les sceaux jusqu'à la chute de la monarchie et doit les apposer sur le décret promulguant la suspension du monarque8. Georges Jacques Danton le remplace comme ministre de la justice. Il est traduit au Tribunal révolutionnaire, le 10 décembre 1792, sur la motion de Pierre Philippeaux, mais a le bonheur d'être oublié et n'est point mis en jugement. Il reste quelques mois à Paris et travaille consciencieusement pour les Girondins9 .

Suite aux décrets d'arrestations des Girondins, il part au début du printemps 1793 pour Bagnères-de-Bigorre, où il est arrêté peu de temps après10. Il échappe de peu à l’échafaud11. Au mois de juillet 1793, les administrateurs de l'assemblée départementale refusent sa translation à la prison de Mont-de-Marsan. Mis en accusation par les proconsuls Izabeau et Garrau, il doit comparaître devant la Convention nationale. Il est donc envoyé à Paris, où il survit un an dans une prison révolutionnaire, jusqu'à sa libération après le 9 Thermidor.

Après la Révolution, Napoléon le nomme avocat au Conseil d'État, fonction qu'il occupe de 1806 à 1815. Il est aussi élu maire de Créteil en 1815 mais, au printemps de cette même année, il quitte ce poste à la nouvelle du retour de l'empereur.

Étienne de Joly est à nouveau maire de Créteil de 1819 à 1831. Il témoigne en faveur de Charles-Guillaume Naundorff. Il décède le 3 avril 1837 à Paris, terminant sa vie dans l'obscurité12. Il s'était marié trois fois.

Notes et références

  1. Biographie nouvelle des contemporains,ou Dictionnaire historique et raisonné de tous les hommes ... Par Étienne de Jouy, Antoine-Vincent Arnault, Antoine Jay, p. 283.
  2. Mémoires du marquis de Ferrières ...avec une notice sur sa vie, Charles Élie Ferrières, p. 135.
  3. Mémoires et documents Par France Commission d'histoire économique et sociale de la Révolution française, France Commission recherche et de publication des documents relatifs à la vie économique de la Révolution, France Ministère de l'éducation nationale, p. 305
  4. François Collaveri, La franc-maçonnerie des Bonaparte, p. 114.
  5. Histoire Des Girondins Et Des Massacres de Septembre D'après Les Documents Officiels Et Inédits, Adolphe Granier de Cassagnac, p. 492
  6. Histoire parlementaire de la révolution française ou, Journal des assemblées nationales, depuis ..., Prosper Charles Roux, Philippe Joseph Benjamin Buchez, p. 462
  7. Intrigues dévoilées ; ou Louis XVII, dernier roi légitime de France..., Modeste Gruau de la Barre, p. 548.
  8. Histoire de la terreur, 1792-1794, Louis Mortimer-Ternaux, p. 54
  9. Annales historiques de la Révolution française, Société des études robespierristes, 1970, p. 204.
  10. La franc-maçonnerie des Bonaparte, François Collaveri, p. 114
  11. François Collaveri, La franc-maçonnerie des Bonaparte, Fp. 33.
  12. La grande encyclopédie du XIXe siècle.

Annexes

Bibliographie

  • Georges Bordonove, Louis XVII et l'énigme du Temple, 1995
  • Alain Decaux, Louis XVII retrouvé, Perrin, 1947
  • Gruau, dit de la Barre, Louis XVII, Intrigues dévoilées (Consultable en ligne) [archive]
  • Dejoly, Étienne-Louis-Hector : Mémoires inédits de E.-L.-H. Dejoly sur la journée du 10 août 1792, Édition critique avec une introduction et des notes par Jacques Godechot, Paris, Presses universitaires de France ; (Nancy, impr. de G. Thomas), 1947.

Lien externe

30 septembre 2019

Ducreux Joseph

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Joseph Ducreux

 

Joseph Ducreux

Ducreux1

Autoportrait en moqueur, vers 1793.

Naissance
26 juin 1735
Nancy
Décès
24 juillet 1802
Route de Paris à Saint-Denis
Nationalité
Flag of Lorraine.svg Lorraine, puis Drapeau de la France France
Activité
Portraitiste, pastelliste, miniaturiste et graveur
Maître
Quentin de La Tour

Joseph Ducreux, né à Nancy le 26 juin 1735 et mort le 24 juillet 1802 sur la route de Paris à Saint-Denis, est un portraitiste, pastelliste, miniaturiste et graveur lorrain, puis après 1766, français.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Descendance et mort
  • 3 Média
  • 4 Galerie
  • 5 Note et référence
  • 6 Bibliographie
  • 7 Liens externes

Biographie

Marie Antoinette en 1769; ce portrait fut envoyé au Dauphin, ainsi il put voir sa fiancée avant de la rencontrer.

Ducreux a dû étudier son art d’abord avec son père, peintre également. À Paris en 1760, il travaille avec Maurice Quentin de La Tour, spécialiste du portrait. En ce qui concerne la technique de Ducreux pour la peinture à l’huile, l’influence de Jean-Baptiste Greuze est très importante. Spécialiste du portrait, Ducreux a pour modèles de ses premiers pastels : Pierre-Jean Mariette, le Comte de Caylus et Ange Laurent Lalive de Jully. Ces œuvres doivent être des copies d’après Quentin de La Tour. Ses autoportraits bien connus de la fin des années 1780 montrent son intention de rompre avec la tradition et son intérêt pour la physionomie. Cette pseudo-science se base sur le physique et plus particulièrement le visage de quelqu’un pour définir son caractère et sa personnalité. Ducreux tente de capturer et de rendre la personnalité de ses modèles.

En 1769, Ducreux est envoyé à Vienne pour peindre Marie-Antoinette avant qu’elle ne quitte son pays natal pour épouser Louis XVI. Fait baron, il devient le premier peintre de la Reine en remerciement pour ses services par l’intermédiaire de la reine bien qu’il ne soit pas membre de l’Académie royale de peinture.

La Révolution française le fait s’installer à Londres, où il dessine les derniers portraits de Louis XVI juste avant son exécution. De retour à Paris en 1793, Jacques Louis David s’associe à lui et l’aide à poursuivre une carrière officielle. La résidence de Ducreux devient un salon informel où les artistes se font portraiturer. Ducreux a également joué un rôle politique ; ses relations étaient considérables ; il a peint la cour d’Allemagne, celle d’Angleterre, celle de France ; il a connu tous les personnages marquants de son époque, dans tous les rangs ; il a laissés des documents précieux pour l’historien.

L’élève de de Latour était également connu pour avoir le caractère le plus irascible du monde, et pour être presque toujours en colère ; Méhul a fait son portrait dans le personnage de l’Irato ou l’Emporté, dont les paroles sont de Marsollier1. L’habitude qu’avait ce peintre de refaire souvent son propre portrait, dans des attitudes différentes, lui facilitait merveilleusement le talent d’atteindre la ressemblance et de saisir l’expression des physionomies. L’autoportrait connu sous le nom du Moqueur est le plus remarquable de cet artiste.

Descendance et mort

Autoportrait, bâillant.

Joseph Ducreux a eu plusieurs enfants : son fils aîné, Jules, était peintre de batailles ; capitaine d’infanterie à vingt-six ans, le général en chef Dumouriez auquel il fut attaché en qualité d’officier historiographe de l’armée, faisait le plus grand cas de lui. Son caractère, son talent comme peintre, son travail assidu, ses vastes connaissances faisaient espérer pour lui un brillant avenir, lorsqu’il mourut, peu après la bataille de Jemmapes. Dumouriez lui donna le sabre qu’il portait à cette bataille même. Ses plans, ses travaux, ses dessins finirent aux archives du ministère de la guerre.

Son autre fils, Léon, filleul du duc et de la duchesse de Feltre, était soldat d’ordonnance sous les ordres immédiats de son frère. Peintre de fleurs, il mourut - de langueur, dit-on - à Strasbourg, chez sa marraine, également à la suite de la guerre. Le dernier fils de Ducreux, Adrien, élève de son père et de Greuze, annonçait les plus heureuses dispositions pour la peinture lorsqu’il mourut à seize ans.

Sa fille aînée Rose-Adélaïde s’illustra également en peinture mais mourut à trente-et-un ans. Une seule enfant a survécu à Joseph Ducreux, Antoinette-Clémence Ducreux, filleule de la reine Marie-Antoinette. Remarquablement jolie et aimable ; elle était peintre de fleurs, de miniature et de portrait au pastel ; elle a servi de modèle à Greuze à l’âge de 15 ans pour L'Accordée de village, qui est tout simplement son portrait. Elle épousa son cousin germain, Maignan Ducreux, filleul du duc d'Orléans.

Joseph Ducreux est mort d’une apoplexie foudroyante, sur la route de Paris à Saint-Denis, laissant, à Nancy, des descendants en ligne collatérale qui, pendant près d’un siècle, ont habité la maison dite des Adam, située au 57 rue des Dominicains, remarquable par ses sculptures.

Média

L'Autoportrait en moqueur a connu sur Internet une certaine notoriété à partir de 2009, sous forme de mème, notamment en raison d'une ressemblance entre sa posture sur le portrait et celle de certains rappeurs; de célèbres paroles de rap lui sont alors associeés, réécrites dans un anglais victorien littéraire et suranné2.

Galerie

Note et référence

  1. Dans le premier ou le second acte, l’acteur doit se frapper la poitrine en s’écriant : c’est Du Creux, Du Creux !
  2. Joseph Ducreux -Archaic rap [archive]

Bibliographie

  • Georgette Lyon, Joseph Ducreux. Premier peintre de Marie-Antoinette, Paris, 1958.
  • Émilie-Juliette Gauby, Joseph Ducreux 1735-1802. Peintre de portraits, mémoire, Blaise Pascal Université de Clermont II, 2004.

Liens externes

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Union List of Artist Names • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale d’Espagne • Id RKDartists • WorldCat
  • Joseph Ducreux [archive] dans la base joconde [archive]
  • Neil Jeffares : "Pastels & Pastellists" : chapitre (en Anglais) consacré à Joseph Ducreux [archive]

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29 septembre 2019

Guignard de Saint-Priest François-Emmanuel

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François-Emmanuel Guignard de Saint-Priest

 


François-Emmanuel Guignard
comte de Saint-Priest

220px-François-Emmanuel_Guignard_de_Saint-Priest

François-Emmanuel Guignard comte de Saint-Priest
portant les insignes, de l'ordre impérial de Saint-André
reçus de l'impératrice Catherine II qui le fit également
chevalier de l'ordre de Saint-Alexandre Nevski
Naissance 12 mars 1735
Grenoble
Décès 26 février 1821
Saint-Priest
Activité principale
ministre de la maison du roi (1789) puis ministre de l'Intérieur (1790–1791)
Autres activités
ambassadeur français auprès du Portugal, puis auprès de l'Empire ottoman et enfin auprès des Provinces-Unies
Conjoint
Wilhelmina von Ludolf, comtesse du Saint-Empire
Descendants
5 enfants dont Guillaume Emmanuel, Armand-Emmanuel-Charles Guignard de Saint-Priest, Emmanuel Louis Marie Guignard, vicomte de Saint-Priest
Famille
Guignard de Saint-Priest

François Emmanuel Guignard, chevalier puis comte de Saint-Priest était un diplomate et homme d'État français, né à Grenoble le 12 mars 1735 et décédé à Lyon, dans la maison de Moidiere, place Bellecour où était son domicile, inhumé dans un tombeau du cimetière de l'église de Saint-Priest (près de Lyon) le 26 février 1821. Successivement officier dans les armées de Louis XV, ministre à Lisbonne (1763), ambassadeur à Constantinople (1768–1785) et en Hollande (1787), ministre-secrétaire d'État de la Maison du Roi (1789–1790) et premier ministre de l'Intérieur (1790–1791), chargé de mission durant l’émigration par Louis XVIII auprès de plusieurs cours étrangères (1795–1807).

Sommaire

  • 1 Enfance et étude
  • 2 Carrière militaire
    • 2.1 Servant de Saint-Jean de Jérusalem
    • 2.2 Aide maréchal des logis
  • 3 Ambassade au Portugal
  • 4 Mission en Angleterre
  • 5 Ambassade à Constantinople
    • 5.1 Description des Turcs
    • 5.2 Espionnage de l’ambassade britannique
    • 5.3 Libération du prince Repnine
    • 5.4 Mariage et enfants
    • 5.5 Négociation de paix entre la Russie et l'Empire ottoman
    • 5.6 Deuxième négociation de paix (Russie, Autriche et Empire ottoman)
  • 6 Ambassadeur dans les Provinces-Unies
  • 7 Ministère (1788–1790)
    • 7.1 Journées des 5 et 6 octobre 1789
    • 7.2 Derniers mois au ministère
  • 8 Voyage dans le Nord de l’Europe et fin de vie
  • 9 Famille
  • 10 Références
  • 11 Bibliographie
  • 12 Annexes
    • 12.1 Articles connexes
    • 12.2 Liens externes

Enfance et étude

François Emmanuel Guignard, comte de Saint-Priest est né à Grenoble le 12 mars 1735 de Jean-Emmanuel Guignard, vicomte de Saint-Priest, et de Louise Jacqueline Sophie de Barral de Montferrat. La famille de Guignard de Saint-Priest était une ancienne famille noble du Dauphiné connue depuis la fin du XIIIe siècle (Jean de Guignard, Eyr., sgr. d’Arbonne et d’Oncy dénombra noblement en 1543 ; Jacques de Guignard, Chr., président au Parlement de Metz, prévôt des marchands de Lyon en 1654 fut titré vicomte de Saint-Priest par lettres de 1653)1.

Il fit ses études dans différents collèges jésuites et les finit à Paris en 1749. Il fut inscrit l’année suivante dans la compagnie des Mousquetaires gris, mais il n’en fit pas le service. Il reçut en même temps un bâton d’exempt des Gardes du corps du roi et il est nommé de service auprès du roi2.

Arrivé à la cour de Versailles, il retrouve des proches parents : l’abbé Pierre de Barral (aumônier du roi) et le comte de Verceil (lieutenant des gardes du corps). Son service lui permit d’accompagner plusieurs fois le roi Louis XV à la chasse ou dans le salon où le roi jouait3. Ce qui lui a permis de pouvoir parler « sans embarras » au roi. Son service prit fin en avril 1752 et il s’embarqua à destination de Malte pour faire ses caravanes. Lors du voyage le navire prend feu au niveau des cuisines ; l’incendie est maîtrisé4.

Carrière militaire

Servant de Saint-Jean de Jérusalem

Il est reçu de minorité dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le 16 mars 17395.

Il arrive à Malte, en 17526, pour faire ses caravanes où il doit d'abord rester quatorze jours en quarantaine à cause d’une rumeur de contagion de la peste. Il est accueilli et présenté par son oncle, le bailli de Tencin, ancien ambassadeur de l'Ordre à Rome.

Pour sa première caravane, en 1752, il part pour la Sicile afin d’y chercher une provision de biscuit7. De là, il rejoint la Sardaigne, à la recherche de corsaires barbaresques. Après avoir quitté la Sardaigne, il fait une courte mission en Espagne et revient à Malte pour passer l’hiver. Sa deuxième caravane, en 1753, l’emmène à Naples, sur la côte espagnole et à Majorque où il faillit se noyer8 et sa troisième, en 1754, sur les côtes d'Afrique, entre Tunis et Tripoli9.

Il renonce à prononcer ses vœux à l'Ordre pour se marier en 1754 et quitte Malte sans avoir été reçu chevalier.

Aide maréchal des logis

Il rentre en France en mars 1755. Il arrive à Lyon et retrouve ses parents ainsi que l’archevêque de Lyon, le cardinal de Tencin. Il retrouve la compagnie des gardes du corps du roi. Il est nommé le 1er janvier 1760 aide maréchal des logis10. Il participe à deux campagnes militaires en Allemagne, une dans l’armée du maréchal de Broglie, la seconde sous le prince de Soubise. Il fait partie ensuite du corps auxiliaire, qui aida l’Espagne à attaquer le Portugal11.

Ambassade au Portugal

En 1764, à l’âge de vingt-neuf ans il est nommé ambassadeur au Portugal12. Il habitait une « jolie maison » en bois car depuis le tremblement de terre de 1755, les maisons en pierre avaient laissé un mauvais souvenir (même le palais du roi était en bois).

Par ses fonctions, il encourage le commerce entre la France et le Portugal. Au début de 1764, il y avait échange de quinze à vingt navires de blé et, à la fin de son mandat, ce sont deux cent cinquante navires de blés qui s’échangeaient chaque année13, ce qui permit le développement d’autres échanges commerciaux. Il est chargé d’organiser la récupération des restes (débris de canon et de fonte) des bateaux échoués pendant la bataille d’Algarve (en 1758, la flotte française a été défaite par la flotte anglaise). Il négocie la libération de dix-sept jésuites qui étaient prisonniers au Portugal14.

Après deux ans et demi passés à la cour du Portugal, il demande à changer de poste. Il demanda un congé en attendant d’être nommé ailleurs.

Mission en Angleterre

Il part pour l’Angleterre, à bord d’une frégate anglaise et fait connaissance de Joseph Banks15. Le but de son voyage était de porter une grande somme d’argent pour le service d’une de ses connaissances. Il profite de son voyage en Angleterre pour visiter Londres, Bath, Bristol, Oxford. Le recteur de l’université d'Oxford étant un ami, il a l’honneur d’être fait docteur en droit16. De retour en France, il est nommé ambassadeur à Constantinople. Sa carrière d’ambassadeur devenant incompatible avec son engagement militaire, il choisit de démissionner de l’armée et reçoit l’autorisation de conserver son grade de colonel.

Ambassade à Constantinople

Durant le début de son ambassade (et jusqu’à la mort de Louis XV), il est associé au « secret du Roi » (Certaines lettres ne devaient pas passer par le ministre des Affaires étrangères, mais par le comte de Broglie17). L’ambassade de France à son arrivée était « une grande baraque de bois qui tombait en ruine ». Un jour s’appuyant sur le rebord d’une fenêtre, le bois céda et il faillit chuter18. Il rénova donc l’ambassade.

Armes de la famille
Guignard de Saint-Priest
sur l'ancien consulat français à Istanbul
Devise :
Fort et Ferme.

Description des Turcs

Quelques mois après son arrivée à Constantinople, la Russie et l’Empire ottoman entrent en guerre. Il décrit l’armée turque comme étant mal organisée (peu de chefs), sans armes homogènes (le corps de janissaires était composé d’artisans qui devaient venir avec leurs propres armes) et obsolète (l’artillerie était composée de quelques canons tirés par des buffles et qui étaient beaucoup plus lents que le reste de l’armée). Il ajoute que la puissance de l’armée turque provenait du nombre imposant de soldats mobilisables (il a été impressionné par les dix mille hommes du corps des janissaires19).

Il note aussi l’insécurité présente à Constantinople : les soldats turcs ne faisaient pas de différence entre les Russes et les autres Européens, aussi tous les Européens subissaient les insolences des milices ; les ambassadeurs étaient protégés par des janissaires, mais ceci n’empêchait pas les injures (il a ainsi essuyé deux coups de fusils lorsqu’il se promenait à cheval20).

Il prévient le grand vizir que les Russes prévoyaient de faire soulever les Grecs contre les Turcs et qu’une escadre de navires allait être envoyés. La France souhaitait que l’Empire ottoman gagne cette guerre, car la Russie était alliée de la Grande-Bretagne. Le ministère de la Marine turc affirma que c’était impossible. Mais les Russes réussirent à le faire, et certaines îles passèrent sous domination russe pendant toute la guerre21.

Espionnage de l’ambassade britannique

Il espionne l’ambassadeur britannique pendant cinq ans. Il recopie tous les jours les lettres fournies par le domestique de l’ambassadeur britannique. Ce domestique était un gentilhomme polonais qui était chargé de balayer le bureau de l’ambassadeur pendant le dîner qui durait jamais moins de deux heures. Ce domestique récupérait les dépêches à l’aide d’une fausse clé et les replaçait avant la fin du dîner. Cet espionnage n’apporte pas ou peu d’informations importantes, mais permet de s’assurer que les pourparlers de paix entre Russes et Turcs n’avaient pas encore commencé22.

Libération du prince Repnine

Le prince Repnine délivré de la prison des sept tours en présence du comte de Saint-Priest le 25 septembre 1773.

Il rédige un mémoire sur l’Égypte qui était selon lui la meilleure province de l'Empire ottoman à conquérir23. Il libéra le prince Repnine qui était prisonnier de guerre24.

Mariage et enfants

Il se marie en 1774 à trente-neuf ans. Il épouse Wilhelmine Constance von Ludolf, comtesse du Saint-Empire, fille de l'ambassadeur de Naples, le comte de Ludolf. Elle est née en 1752 et morte en 180725.

Son fils aîné est né en 1775. Son deuxième fils est né en 1776. Après la naissance de son deuxième fils, il décide de rentrer en France en congés avec son fils aîné. Mais ce dernier tombe malade et décède lors d’un voyage entre Constantinople et la France. Il est inhumé sur l’île Saint-Pierre, près de la Sardaigne26. Il reste trois ans en France et repart en 1778 pour Constantinople avec un de ses frères et son neveu le comte d’Antraigues. Il confie à ses parents sa fille née en 1777.

En 1781 naît sa deuxième fille. En 1782 naît son fils Armand27.

Négociation de paix entre la Russie et l'Empire ottoman

Audience accordée par le grand vizir Aimali Carac au comte de Saint-Priest le 18 mars 1779.

La peste règne alors à Constantinople, plusieurs de ses domestiques en meurent.

Il s’active à faire avancer les négociations de paix entre la Russie et l'Empire ottoman. La France avait tout à gagner de faciliter la paix entre ces deux pays afin d’avoir du crédit. Ceci permit notamment à la France de demander à la Russie de respecter la neutralité des bateaux, lors de son conflit avec la Grande-Bretagne. Il permet ainsi l’établissement du traité de paix d’Aïnali-Kavak (en) le 21 mars 177928.

Réception de l'Ambassadeur de France, par le Sultan à Constantinople : le dîner offert par le Grand Vizir.

À la suite de ces négociations, il est fait chevalier des ordres impériaux de Saint-André et de Saint-Alexandre Newski par Catherine II.

Deuxième négociation de paix (Russie, Autriche et Empire ottoman)

Il négocie la paix entre la Russie et l’Empire ottoman et entre l’Autriche et l’Empire ottoman. Il réussit à faire accepter que l’Empire ottoman cède la Crimée à la Russie et négocie la modification de frontière entre l’Autriche et l’Empire ottoman. Cette dernière négociation lui valut la reconnaissance de l’empereur Joseph II d’Autriche. Tout cela aboutit à la signature du traité de Constantinople29. Son ambassade à Constantinople prend fin en 1785. Il passe deux ans en France pour revoir sa famille et gérer quelques affaires.

Ambassadeur dans les Provinces-Unies

Il est nommé ambassadeur auprès des états généraux des Provinces-Unies le 1er septembre 1787. Les Provinces-Unies sont alors en pleine Révolution batave, et durant le voyage qui le conduit en Hollande, il rencontre des patriotes qui fuient la guerre civile, notamment Johan Valckenaer. Il est alors rappelé à Versailles30. Il repart pour les Provinces-Unies en mars 1788, mais la Hollande est encore la proie de révoltes. À peine arrivé à La Haye, une populace manifeste devant les grilles de son ambassade31. Durant son ambassade, il est espionné par un Français, le comte de Maillebois, pour le compte des Provinces-Unies32.

Ministère (1788–1790)

Il intègre le gouvernement en décembre 1788, devenant ministre sans portefeuille. Le conseil était alors composé du duc de Nivernois, du comte de Montmorin, du comte de la Luzerne, de Necker en tant que ministre des Finances et Michel Bouvard de Fourqueux33.

Il participe à l’ouverture des états généraux de 1789. Il suggère que l’accession aux emplois militaires ne soit plus le privilège des nobles34 mais cette proposition est rejetée.

Le 11 juillet 1789, il est renvoyé de son ministère en même temps que Necker35. Louis XVI le rappelle au ministère en même temps que Necker. Il est nommé secrétaire d'État de la Maison du roi poste qui deviendra, un an plus tard, celui de ministre de l'Intérieur (C’est la première fois qu’un ministre est nommé ministre de l’Intérieur en France). Ce n’était pas un poste facile, car Paris était en proie à des révoltes (prise de la Bastille quelques jours auparavant…)36. En septembre 1789, il fait venir le régiment de Flandres à Versailles car des menaces avaient été signalées par le marquis de Lafayette et la municipalité de Versailles avait fait alors la demande de protection37.

Journées des 5 et 6 octobre 1789

Le 5 octobre 1789, une foule marche sur Versailles pour ramener Louis XVI à Paris. Les troupes du roi étaient alors composées du régiment de Flandres (deux bataillons), les Gardes suisses (trois bataillons), deux cents chasseurs à cheval et huit cents gardes du corps à cheval. À cela on pouvait ajouter le régiment de chasseurs à cheval de Lorraine qui était à Rambouillet. Il conseille alors au roi de mettre sa famille en sécurité à Rambouillet et de placer un régiment au pont de Saint-Cloud, un autre au pont de Sèvres et que le roi soit en avant-garde avec les gardes du corps. La foule étant composée principalement de femmes et d’enfants, les troupes du roi étaient suffisantes pour convaincre les manifestants de rentrer à Paris. Ce plan est vivement débattu pendant des heures, entre ceux qui soutenaient le plan (danger pour le roi et sa famille, pour le château de Versailles, risque de devenir prisonniers…) et ceux qui étaient opposés au plan (le peuple de Paris aime le roi, il faut éviter la guerre civile…). Le roi ne prend aucune décision et clôt le conseil pour consulter la reine. La reine ne voulant pas se séparer du roi, le plan est abandonné38.

La foule ayant franchi les ponts lors du deuxième conseil, il suggère au roi de fuir à Rambouillet pour mettre sa famille en sécurité. Le roi approuve ce conseil. Les préparatifs du départ commencent, et il part à Rambouillet pour devancer l’arrivée du roi. Mais le roi décide finalement de rester à Versailles. Il rentre donc sur Versailles vers vingt-deux heures, la foule a déjà atteint les grilles du château de Versailles39.

Le lendemain, de son cabinet, il voit la foule entrer dans la cour et se diriger vers les appartements du roi. Le garde du corps qui était en poste est assassiné, mais cela laisse le temps aux valets du roi de barricader son appartement. Furieuse, la foule commence à tuer d’autres gardes du corps. Déguisé en valet, il traverse la foule et passe par un passage secret pour rejoindre le roi. Il lui conseille fortement de partir pour Paris, tel que le demandait la foule40.

Derniers mois au ministère

Mirabeau l’accuse d’avoir dit le 5 octobre « Vous aviez autrefois un Roi qui vous donnait du pain, vous en avez à présent douze cents, aller leur en demander », mais il trouve des témoins qui l’innocentent41. Il déclare à l’Assemblée nationale : « Je respecte les lois votées par l’Assemblée nationale. Mon devoir est de les faire exécuter et respecter et ce devoir je l’ai rempli. J’ai la conscience intime d’avoir servi avec fidélité ma patrie et mon Roi. J’ai juré le maintien de la constitution et je serai fidèle à mon serment »42.

Il est accusé de « crime de lèze-Nation » et de « conspirateur contre la Nation », mais trois prestigieux avocats de l'époque (dont un de ceux qui défendra Louis XVI deux ans plus tard) rédigent un mémoire pour sa défense. Il participe à la Fête de la Fédération du 14 juillet 179043. À la suite de la démission de Necker le 3 septembre 1790, Il propose au roi sa propre démission, mais Louis XVI la refuse44. Il réitère sa proposition de démission fin 1790 et le roi l’accepte.

Voyage dans le Nord de l’Europe et fin de vie

Malte, 1791.

Peu après il se rend à Stockholm, où son beau-frère est ambassadeur d'Autriche. Quelque temps plus tard, il gagne Saint-Pétersbourg, où il est admirablement reçu par Catherine II, en remerciement des services rendus à la Russie lors de son ambassade à Constantinople, puis séjourne dans différents pays d’Europe. En 1795, il rejoint le comte de Provence à Vérone où il est ministre de sa maison. Il accompagne la cour dans son exil, à Blankenburg et à [[Jelgava[Mittau]], et prend sa retraite en 1808 en Suisse. Après avoir essayé en vain d'obtenir la permission de revenir en France, il est expulsé de Suisse et erre en Europe jusqu'à la Restauration. Il rentre en France à l’âge de quatre-vingts ans et est nommé lieutenant-général des armées du roi et pair de France en 1815. Il meurt à Saint-Priest à l’âge de quatre-vingt-six ans.

Famille

Son fils aîné, Guillaume Emmanuel Guignard de Saint-Priest (1776–1814), devint major général de l'armée russe et servit pendant les campagnes du tsar Alexandre Ier contre Napoléon. Il mourut à Laon en 1814. Le deuxième, Armand Emmanuel Charles (1782–1863), devint le gouverneur civil d'Odessa et épousa la princesse Sophie Galitzine. Le troisième, Emmanuel Louis Marie Guignard de Saint-Priest (1789–1881), fut général et ambassadeur, et l'un des familiers de la duchesse de Berry. L'une de ses filles, Anasthasie Émilie épousa Ange Jean Michel Bonaventure de Dax d'Axat, maire de Montpellier (1814–1830).

Références

  1. Jougla de Morenas, Grand Armorial de France, tome 4, pages 249 à 250.
  2. Mémoires du comte de Saint-Priest, publié par le Baron de Barante, Calmann-Levy, 1929 en 2 volumes, page 3.
  3. Mémoires, pages 4-5.
  4. Mémoires, page 10
  5. Saint-Allais, L'ordre de Malte, ses grands maîtres et ses chevaliers, Delaunay, Paris, 1839, p. 209.
  6. Louis de la Roque, Catalogue des chevaliers de Malte, appelés successivement Chevaliers de l'Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes, de Malte - 1099-1800, Alp. Desaide, Paris, 1891, colonne 115.
  7. Mémoires, page 11.
  8. Mémoires, page 15.
  9. Mémoires, page 17.
  10. Mémoires, page 40.
  11. Mémoires, page 62.
  12. Mémoires, page 81.
  13. Mémoires, page 85.
  14. Mémoires, page 89.
  15. Mémoires, page 92.
  16. Mémoires, page 96.
  17. Mémoires, page 112.
  18. Mémoires, page 122.
  19. Mémoires, pages 124-125.
  20. Mémoires, page 127.
  21. Mémoires, page 128.
  22. Mémoires, page 131.
  23. Mémoires, page 138 (ce mémoire a été lu par Napoléon Bonaparte avant la campagne d'Égypte).
  24. Mémoires, page 149
  25. Mémoires, page 154.
  26. Mémoires, page 157.
  27. Mémoires, page 175.
  28. Mémoires, page 172.
  29. Mémoires, page 182.
  30. Mémoires, page 203.
  31. Mémoires, page 209.
  32. Mémoires, page 210.
  33. Mémoires, page 215.
  34. Mémoires, page 226.
  35. Mémoires, page 230.
  36. Mémoires, page 236.
  37. Mémoires, volume 2, page 4.
  38. Mémoires, volume 2, pages 10-11.
  39. Mémoires, volume 2, page 14.
  40. Mémoires, volume 2, page 19.
  41. Mémoires, volume 2, page 30.
  42. Mémoires, volume 2, page 35.
  43. Mémoires, volume 2, page 37.
  44. Mémoires, volume 2, page 42.

Bibliographie

  • Mémoires du comte de Saint-Priest, publié par le Baron de Barante, Calmann-Levy, 1929 en 2 volumes, réédition 2006, Mercure de France, collection Le Temps Retrouvé, présentation et annotations de Nicolas Mietton.

Annexes

Articles connexes

  • Ambassade de France au Portugal
  • Ambassade de France en Turquie
  • Ambassade de France aux Pays-Bas
  • Liste des ministres français de la Maison du Roi
  • Liste des ministres français de l'Intérieur
  • Jean-Emmanuel Guignard, vicomte de Saint-Priest, son père
  • Maison Guignard de Saint-Priest (autres membres)
  • Famille Dax

Liens externes

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28 septembre 2019

Servan Joseph

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Joseph Servan

 
Joseph Marie Servan de Gerbey

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Naissance 14 février 1741
Romans (Drôme)
Décès 10 mai 1808 (à 67 ans)
Paris
Origine Drapeau de la France France
Arme Génie
Grade Général de division
Années de service 1760-1807
Distinctions Commandant de la Légion d'honneur
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile, 33e colonne
Autres fonctions Ministre de la Guerre sous la Révolution française

Joseph Marie Servan de Gerbey, né le 14 février 1741 à Romans (Drôme) et mort le 10 mai 1808 à Paris, est un général français de la Révolution et de l’Empire.

Il est ministre de la Guerre sous la Révolution française du 9 mai 1792 au 13 juin 1792 puis du 10 août 1792 au 3 octobre 1792.

Sommaire

  • 1 Biographie
  • 2 Œuvres
  • 3 Source
  • 4 Liens externes
  • 5 Références

Biographie

D'un père de très petite noblesse du Dauphiné, Joseph Servan est successivement volontaire dans le régiment de Guyenne le 20 décembre 1760, officier du génie, sous-gouverneur des pages de Louis XVI, colonel, puis maréchal de camp. En 1769, il fait la campagne de Corse. Il est capitaine en 1772. Et il se rend célèbre en publiant en 1780 Le soldat citoyen, préconisant une véritable conscription militaire universelle et obligatoire, seul moyen à ses yeux d'unir les citoyens et l'armée.

Le 8 mai 1792, il est promu maréchal de camp, puis porté au ministère de la guerre par le parti girondin du 9 mai au 12 juin 1792. Il provoque la formation d’un camp autour de Paris et fait licencier la garde du roi et les régiments suisses. Sous son ministère, les différentes peines corporelles ci-devant infligées aux soldats sont abolies. Lorsqu’il donne sa démission, l’Assemblée nationale par décret du 13 juin 1792, déclare qu’il a bien mérité de la patrie.

Ministre une seconde fois après le 10 août 1792, Joseph Servan fait supprimer le huitième couplet de la Marseillaise en 1792, le jugeant trop religieux (référence à Dieu). Promu lieutenant général le 25 septembre 1792, puis général en chef le 6 octobre suivant, il rend son portefeuille le 14 octobre 1792 et passe, au commandement en chef de l’armée des Pyrénées occidentales. Arrêté sous la Terreur, il est libéré le 3 février 1795. Il est réintégré dans l'armée.

Sous le Consulat, il est président du conseil des revues. Il est fait commandeur de la Légion d'honneur le 14 juin 1804 . Le général Servan est admis à la retraite le 3 mai 1807. Il meurt à Paris à l'âge de 67 ans.

Joseph Servan est auteur d’un Projet de constitution pour l’armée française et d’une Histoire des guerres des Gaulois en Italie ainsi que de plusieurs articles militaires publiés dans l’Encyclopédie méthodique de Charles-Joseph Panckoucke.

Son nom figure sur l’arc de triomphe de l'Étoile, côté Ouest. Joseph Servan est le frère de Joseph Michel Antoine Servan.

Œuvres

  • 1780 : Le soldat citoyen, ou Vues patriotiques sur la manière la plus avantageuse de pourvoir à la défense du royaume1
  • 1808 : Tableau historique de la guerre de la révolution de France2

Source

Liens externes

 

Références

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27 septembre 2019

de Narbonne-Lara Louis Marie

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Louis Marie de Narbonne-Lara

 
Louis-Marie de Narbonne-Lara

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Louis-Marie-Jacques-Amalric, comte de Narbonne-Lara (1755-1813) par Herminie Déhérain née Lerminier (1798-1839)

Naissance 23 août 1755
Colorno (Duché de Parme)
Décès 17 novembre 1813 (à 58 ans)
Torgau (Drapeau du Land de Saxe Saxe)
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Empire français Empire français
Arme Artillerie
Cavalerie
Grade Général de division
Années de service ?-1813
Distinctions Officier de la Légion d'honneur
Comte d'Empire
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile, 11e colonne "NARBONNE"
Autres fonctions Ministre de la Guerre

Louis-Marie-Jacques-Almaric de Narbonne-Lara, né à Colorno le 23 août 1755, mort à Torgau le 17 novembre 1813, est un général français de la Révolution et de l’Empire.

Sommaire

  • 1 Début de carrière
  • 2 Sous la Révolution
  • 3 Sous le Premier Empire
  • 4 Postérité
  • 5 Anecdote
  • 6 Notes et références
    • 6.1 Source

Début de carrière

Il est né à Colorno dans le duché de Parme, dans une famille distinguée. Il est le fils naturel du roi Louis XV de France. En effet, sa mère, Françoise de Châlus (1734-1821), duchesse de Narbonne-Lara, dame d'honneur de Madame Adélaïde, fille du roi de France, fut notamment une des maîtresses du roi.

Il est le frère cadet de Philippe de Narbonne-Lara, également enfant du roi.

Il fait ses études chez les Oratoriens au collège de Juilly. Il entre ensuite dans l'armée, d'abord dans l'artillerie puis chez les dragons. Il y brûle les étapes, devenant capitaine à 18 ans puis colonel à 28. Le ministre des Affaires étrangères Vergennes le repére alors et en fait un de ses secrétaires. À la mort du ministre, il reprend du service et devient en 1789 colonel du régiment de Piémont.

Sous la Révolution

Au début de la Révolution, il embrasse les idées nouvelles et se lie à des nobles libéraux tels que le duc d'Aiguillon. En 1790, alors qu'il se trouve en garnison à Besançon, il parvient à maintenir l'ordre malgré des troubles et est nommé commandant en chef de la garde nationale du Doubs. Il revient toutefois à Paris, où il devient célèbre en étant l'amant de Madame de Staël. En 1791, Narbonne accompagne à Rome ses demi-sœurs : Mesdames Adélaïde et Victoire.

Nommé le 4 septembre 1791, par le roi, Maréchal de camp, il devient ministre de la guerre le 6 décembre 1791. Ni Louis XVI ni Marie-Antoinette ne l'apprécient, mais sa nomination doit barrer la route à La Fayette que la famille royale déteste. En vue de la guerre prochaine, Narbonne visite les frontières du royaume pendant son ministère, et fait, à la suite de ce voyage, un brillant rapport à l’Assemblée législative sur les ressources militaires de la France ; il organise trois armées sous les ordres des généraux Rochambeau, Luckner et La Fayette. Cependant, il ne cesse d'être attaqué par les brissotins et les députés cordeliers comme Chabot. Au sein du ministère, il est la cible des royalistes comme Bertrand de Molleville. Celui-ci obtient son renvoi le 9 mars 1792.

Le comte rejoint alors l'Armée de l'est puis l'état-major de Luckner à Strasbourg. Il est promu lieutenant général le 22 mai 1792. Au cours de l'été 1792, il intrigue auprès du roi pour retrouver son ministère. Il revient pour cela à Paris et assiste au Journée du 10 août 1792 aux côtés de Louis XVI. Décrété d’accusation le 14 août 1792, il émigre à Londres avec l'aide de Madame de Staël. De là il écrit à la Convention pour lui demander un sauf-conduit afin de venir assumer sa part de responsabilité dans les actes du gouvernement de Louis XVI. Cette dangereuse faveur lui est refusée. L'Angleterre étant entrée en guerre contre la France, il passe en Suisse puis en Allemagne, à Hambourg.

En 1797, il tente de faire rayer son nom de la liste des émigrés avec l'aide de ses amis comme Mathieu Dumas, mais le Coup d'État du 18 fructidor an V lui ôte tout espoir. Le sénat de Hambourg ordonne même son expulsion.

Sous le Premier Empire

Enfin rayé de la liste des émigrés après le 18 brumaire, il rentre en France en 1801. Napoléon Ier le réintégre dans l'armée le 24 juin 1809, avec le grade de général de division. Narbonne obtient les postes de gouverneur de Trieste puis d'ambassadeur à Munich. Il est élevé à la dignité de comte d'Empire le 23 décembre 1810, puis reçoit la croix d' officier de la Légion d'honneur le 30 juin 1811. Il fait la campagne de Russie en qualité d’aide-de-camp de l'empereur. En 1813, il est envoyé comme ambassadeur à Vienne. Il s'arrête à Prague en compagnie de Fouché afin de mener des négociations avec Metternich.

L'échec de la conférence entraîne son rappel par Napoléon qui lui confie le commandement de la place de Torgau, en Saxe.

C'est là qu'il meurt le 17 novembre 1813, des suites d'une chute de cheval.

Postérité

Il épouse à Paris le 16 avril 1782, Marie-Adélaïde de Montholon1, dont il a deux enfants:

  • Louise-Amable-Rion-Françoise de Narbonne-Lara, (née le 25 mai 1786), épouse José Braamcamp de Almeida Castelo-Branco, premier comte de Sobral.
  • Marie-Adélaïde-Charlotte de Narbonne-Lara, (née le 11 mai 1790 - morte en 1856), épouse en 1809 Claude-Philibert Barthelot, comte de Rambuteau.

Il a également deux enfants naturels:

  • Louis-Jean-Amalric de Narbonne-Lara, avec Jeanne Pitrot-Verteil.
  • Louise Amalric Contat, avec Louise-Françoise Contat. Celle-ci épouse le 2 décembre 1811 Jean Frédérik Abbéma.

Il est également vraisemblable qu'il soit le père des deux fils de la baronne Germaine de Staël

  • Louis-Auguste de Stael (1790-1826) sans postérité
  • Albert de Stael (1792-1813) sans postérité

Anecdote

Une ressemblance physique frappante avec Louis XV de France et les faveurs dont ce dernier comblait le jeune Louis Marie de Narbonne-Lara avaient tendance à faire dire qu'il était le fils naturel du vieux roi.

Notes et références

  1. Petite-fille de Charles de Fournier de la Chapelle.

Source

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